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L’assistance humanitaire est nécessaire pour améliorer l’accès des ménages aux vivres dans les zones d’insécurité

  • Food Security Outlook
  • Mali
  • June 2022
L’assistance humanitaire est nécessaire pour améliorer l’accès des ménages aux vivres dans les zones d’insécurité

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  • Key Messages
  • Contexte National
  • Key Messages
    • La campagne agricole 2022 à 2023 a démarré grâce à des pluies à la première décade de juin au Sud du pays. En dépit des prévisions des pluies normales à excédentaires selon NOAA, IRI, et PRESSAS, les difficultés d’accès aux intrants agricoles (engrais, semences) et l’insécurité entraineront probablement des récoltes en dessous de la moyenne. Les activités agricoles en cours constituent des opportunités moyennes de revenus et de nourritures pour les ménages pauvres en dehors des zones d’insécurité.

    • L’impact des sanctions économiques de la CEDEAO et de la crise Ukrainienne continue d’affecter négativement l’économie globale du pays à travers la baisse du niveau des activités économiques, des flux commerciaux, et engendre une inflation sur les denrées alimentaire et non alimentaire. L’accès des ménages pauvres aux marchés est difficile en cette période de soudure à cause du niveau des prix très élevés par rapport à la moyenne quinquennale et des termes de l’échange bétail et céréales défavorables aux éleveurs dans un contexte de baisse globale de revenu liée aux séquelles des sanctions de la CEDEAO et de la crise Ukrainienne.

    • La situation sécuritaire reste volatile et se détériore dans les régions de Ménaka et de Mopti avec la multiplication des incidents engendrant le déplacement des populations. La détérioration des moyens d´existences (perte d’emplois, vols/pillage de biens, etc.) qui en découlent accroit davantage l’exposition des ménages pauvres à l’insécurité alimentaire.

    • L’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) en cours pour les ménages pauvres des zones d’insécurité du Nord, de la zone du Liptako Gourma, et beaucoup plus marquée dans la région de Ménaka à cause des difficultés d’accès aux vivres se poursuivra jusqu’en septembre 2022. Quant aux ménages pauvres des centres urbains, du Sahel Occidental et de la vallée du fleuve Niger, l’insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) en cours se poursuivra jusqu’en septembre 2022 à cause de la soudure précoce liée à l’épuisement prématuré des stocks et de la flambée des prix des denrées alimentaires qui limitent leur accès à l´alimentation.


    CONTEXTE NATIONAL

    Situation actuelle

    • Production agropastorale : Les récoltes de contre-saison 2021 et 2022 de riz sont inférieures à la moyenne à cause des difficultés d’accès aux intrants agricoles (engrais, semences, carburant) et la réduction des superficies emblavées en lien avec l’insécurité, sont en cours dans les zones de périmètres irrigués dans la vallée du fleuve Niger de Koulikoro à Gao et au niveau des lacs et mares de décrue à travers le pays. Les récoltes attendues à partir de juin/juillet pour le riz, et d’août/septembre pour les cultures de décrues, amélioreront la disponibilité alimentaire au niveau des zones concernées. Le démarrage de la nouvelle campagne agricole est en cours dans les zones agricoles du Sud du pays où les pluies, bien que déficitaires en ces débuts continuent, à être enregistrées. Le nettoyage des champs, le transport de fumier, voire les semis, constituent des opportunités moyennes de revenus et de nourriture pour les ménages pauvres. Cependant, les difficultés d’accès aux intrants agricoles (engrais, semences) en lien avec la crise Russo-Ukrainienne, en particulier pour l’engrais, réduiront les superficies cultivées et les rendements pour certaines spéculations comme le coton, le riz, et le maïs. Les conditions d’élevage sont fortement dégradées dans les zones de forte concentration dans les régions du Nord et du Centre à cause du déficit de production de biomasse et des perturbations de mouvements des troupeaux. Dans les zones du Sud du pays, l’amélioration saisonnière des pâturages et des points d’eau est en cours grâce aux pluies enregistrées ; ce qui atténue la soudure pastorale pour le bétail et relance les productions animales (lait, beurre, fromage) contribuant à l’amélioration de la consommation alimentaire et aux revenus pour les ménages éleveurs. La situation zoo-sanitaire est relativement calme. La campagne de vaccination du bétail contre les principales épizooties se poursuit partout à travers le pays avec l’appui de certains partenaires comme la FAO et le CICR.
    • Production de pêche : Les captures de poissons se poursuivent sur les cours d’eau et au niveau des mares grâce au faible niveau de la crue. La production inférieure, à cause du faible niveau de la crue de l’année dernière, procure des revenus moyens aux ménages pêcheurs compte tenu de la forte hausse du prix du poisson observée depuis mars 2022 sur les marchés, ce qui augmente le pouvoir d’achat des ménages pêcheurs et améliore ainsi leur alimentation. Dans le delta du Niger, l’insécurité continue de perturber cette activité en limitant l’accès à certaines zones de pêche, réduisant ainsi le revenu des pêcheurs, et par conséquent la capacité à satisfaire leurs besoins alimentaires et non-alimentaires. Quant à la pisciculture, les productions se poursuivent et renforcent la disponibilité en poisson.
    • Fonctionnement des marchés et prix : La baisse saisonnière des offres de céréales est observée sur les marchés du pays mais beaucoup plus marquée qu’en année normale à cause de la baisse des productions agricoles de la campagne passée, les perturbations sécuritaires qui réduisent les flux commerciaux sur certains marchés notamment dans le Liptako Gourma et le Nord de Ségou, et les perturbations de flux commerciaux avec les pays voisins en lien avec les sanctions de la CEDEAO et de l’UEMOA. Les disponibilités restent tout de même suffisantes pour les demandes de consommation dans l’ensemble. En cette période de soudure, les demandes, y compris les achats institutionnels, restent encore élevés à cause du nombre des personnes en besoin et du retard dans les achats des vivres. Le prix de la céréale de base en fin mai présente sa hausse habituelle sur les marchés de consommation à travers le pays même si une certaine baisse est observée sur certains marchés de production de Bankass, Ségou grâce aux ventes en cours pour les besoins financiers de la nouvelle campagne agricole et aussi par manque des revenus du coton dans les zones cotonnières. Par rapport à la moyenne quinquennale, le prix de la principale céréale (mil, sorgho, maïs) au niveau des marchés des capitales régionales est en hausse de 101 pourcents à Sikasso, 92 pourcents à Ségou, 90 pourcents à Mopti, 75 pourcents à Koulikoro, 67 pourcents à Kayes, 63 pourcents à Gao, 55 pourcents à Tombouctou et 5 pourcents à Kidal. Ces niveaux de prix réduisent les capacités d’accès des ménages pauvres aux aliments dans l’ensemble à travers le pays particulièrement dans les zones d’insécurité et celles ayant connu des baisses de productions. Quant aux denrées importées, en plus de la baisse de leur disponibilité, notamment pour celles à base de blé en raison de crise Ukrainienne, la tendance à la hausse des prix se poursuit en lien avec la faible disponibilité sur les marchés et le renchérissement du prix du pétrole qui grève le transport. Les exonérations d’impôts initiées par le Gouvernement sur les importations du riz, du sucre, et d’huile, de même que les opérations d’assistance alimentaire programmées par le Gouvernement et ses partenaires, atténueront les difficultés d’accès des ménages aux aliments. L’offre de bétail sur les marchés est faible par rapport à une année moyenne à cause des difficultés d’accès dans les zones d’insécurité du Centre et du Nord qui sont les principaux centres d’approvisionnement en bétail du pays et la remontée saisonnière des troupeaux transhumants dans les zones agricoles du Sud du pays. La hausse habituelle des offres est tout de même observée notamment dans les zones agropastorales du Sahel Occidental et par endroits dans les régions du Nord où les difficultés d’alimentations du bétail sont observées. Une hausse habituelle de la demande en bétail est observée à cause de la Tabaski et des bœufs de labour dans les zones agricoles du pays. Cette hausse habituelle pour la Tabaski mais saisonnière pour le début hivernage. Les prix du bétail sont en hausse dans l’ensemble. Par rapport à la moyenne quinquennale, le prix de la chèvre est supérieur sur les marchés pastoraux suivis grâce à la baisse des offres par rapport à une demande en hausse en prélude à la Tabaski. La hausse est de 65 pourcents à Ménaka, 28 pourcents à Tombouctou, 27 pourcents à Rharous et 22 pourcents à Nara. Cette hausse est favorable à des revenus pastoraux moyens à supérieurs à la moyenne pour les ménages qui disposent encore des effectifs qui peuvent être vendu au marché. Les termes de l’échange chèvre/céréales par rapport à la moyenne des cinq dernières années sont en dégradation, en raison de la flambée des prix des céréales de base, de 56 pourcents à Mopti, 40 pourcents à Nara et 27 pourcents à Rharous, 17 pourcents à Gao et Tombouctou, ce qui réduit l’accès des pauvres aux marchés. Ils sont pratiquement similaires à Bourem (+5 pourcents) et en légère hausse à Ménaka (+13 pourcents).
    • Mouvement de population : Les déplacements de populations se poursuivent à cause de la persistance des incidents sécuritaires particulièrement dans la zone du Liptako Gourma à la frontière avec le Burkina et le Niger où on assiste à une multiplication des foyers de tension entre les groupes armés, les communautés et l’intensification des offensives militaires. Le nombre de déplacés en fin avril est de 370 548 personnes. Ce nombre est en légère hausse de 2 pourcents par rapport au mois de février 2022 et de 0,5 pourcents par rapport à avril 2021 (Rapport DTM, avril 2022). Au même moment, le retour timide des réfugiés et de certains déplacés sur la base des négociations et des accords entre communautés se poursuit avec l’appui du gouvernement et des agences humanitaires. Les régions de Mopti (170 501 PDIs), Gao (52 338 PDIs), Tombouctou (67 839 PDIs), abritent le plus grand nombre de déplacés dans le pays. Ces déplacés qui connaissent une forte dégradation de leurs moyens d’existence pour la majorité ont comme principale préoccupation, la nourriture pour 97 pour cent et les abris pour 67 pour cent (Rapport DTM, avril 2022), selon un rapport du HCR.  
    • Situation sécuritaire : Les incidents sécuritaires continuent d’être enregistrés dans les zones du Centre et du Nord du pays et le Nord des régions de Ségou et de Koulikoro. Selon les données de Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), une hausse de 49,5 pourcents des incidents sécuritaires est observée par rapport au premier trimestre de l’année dernière pour la même période. Cette hausse tient surtout à l’intensification des opérations militaires dans les foyers des groupes armés et des attaques armées qui se multiplient et aussi au retour de l’Etat islamique pour le grand Sahara dans la reconquête de territoire dans la région de Ménaka après le départ des troupes françaises mais également dans la région de Mopti. Les attaques armées, des affrontements entre groupes armés, des assassinats ciblés et la pose d’engins explosifs se poursuivent et font état d’une hausse de plus de 200 pourcents du nombre de morts au premier trimestre de 2022 par rapport à 2021 pour la même période. Ces incidents sécuritaires continuent de perturber le mouvement des personnes et des biens et le fonctionnement régulier des marchés particulièrement dans la bande frontalière avec le Burkina Faso. 
    • Mouvement de population : Les retours habituels de bras valides pour la nouvelle campagne agricole sont en cours dans les zones agricoles. Dans les zones d’insécurité du Centre et Nord du pays et dans les zones de faible production où une intensification inhabituelle des départs de bras valides et aussi des ménages a été observée, les retours sont faibles ; ce qui crée des problèmes de disponibilité en bras valides dans ces zones. Quant aux déplacements des populations dans les zones d’insécurité, ils se poursuivent avec environ 370 548 personnes (CMP, avril 2022) dont 46 pourcents dans la seule région de Mopti. Le nombre de personnes déplacées internes (PDI) en raison du regain de violence contre les populations civiles, on s’attend à une augmentation du nombre de déplacé dans les mois à venir. Des retours de réfugiés maliens du Niger, Burkina Faso et la Mauritanie continuent d’être enregistrés à travers le pays.
    • Impact des sanctions de la CEDEAO et de la crise Russo-Ukrainienne sur les ménages : La fermeture des frontières entre le Mali et les pays voisins dans le cadre des sanctions de la CEDEAO ont fortement réduit les flux des échanges commerciaux, ce qui affecte négativement le niveau des activités économiques dans le pays et engendre la baisse des revenus des ménages dépendant des secteurs comme l’hôtellerie, les unités industrielles, le commerce, la construction. Quant à la crise Russo-Ukrainienne, la hausse du cours mondial du pétrole et la faible disponibilité de certaines denrées alimentaires (blé, huile etc.) et des fertilisants limitent leur accès aux ménages surtout pauvres. La baisse des productions de contre-saison de riz s’explique par la baisse des superficies cultivées à cause de l’insécurité et la faible utilisation des engrais à prix élevé consécutive à la crise Ukrainienne. Ces difficultés viennent exacerber les séquelles de la crise de Covid-19 qui continuent d’impacter l’économie nationale par la baisse du niveau des activités économiques.
    • Situation nutritionnelle : La prévalence de la Malnutrition Aiguë Globale (MAG)selon les résultats de l’enquête nutritionnelle basée sur la méthodologie SMART conduite de septembre à octobre 2021 est de 10,0 pourcents au niveau national, ce qui est élevé selon les normes de l’OMS particulièrement à Tombouctou (10,5 pourcents) et Gao (13,5 pourcents) et très élevé dans la région de Ménaka (17,9 pourcents dont 3,9 pourcents de MAS). La dégradation habituelle de la situation nutritionnelle est observée à cause des difficultés d’accès à la nourriture en cette période de soudure notamment pour les ménages pauvres en raison de l’épuisement précoce des stocks, la baisse de revenus et du recours aux stratégies d’adaptation de réduction de la qualité, du volume voire du nombre de repas. A cela, il faut également ajouter le fardeau plus élevé des morbidités infantiles notamment le paludisme et la diarrhée liés à l’installation de la saison des pluies et des mauvaises conditions d’hygiène et d’assainissement. La dégradation est plus marquée dans les zones d’insécurité surtout pour les ménages déplacés où l’accès aux services sociaux de base et aux programmes de Nutrition reste limité. Les programmes de dépistage et de récupération nutritionnelle se poursuivent à travers le pays avec l’appui des partenaires. Aux vingt deuxièmes semaines de l’année 2022, le nombre des admissions des enfants souffrants de malnutrition aiguë (sévère et modérée) est en légère hausse de 5 pourcents par rapport à celui de 2021 à la même période (5109 cas contre 4836 en 2021).

    Résultats de la sécuritaire alimentaire

    L’épuisement précoce des stocks résultant de la baisse de la production céréalière 2021/22 de 10 à 30 pourcents par rapport à la moyenne quinquennale, du fait des aléas climatiques et de l’insécurité dans les zones du Centre et du Nord du pays, a engendré une dépendance plus forte que d’habitude des ménages aux marchés. La baisse globale de revenus à laquelle on assiste présentement à cause des conséquences des sanctions économiques de la CEDEAO sur les activités économiques du pays et sur les flux commerciaux avec les pays voisins a réduit les capacités d’accès des ménages pauvres aux vivres disponibles à des prix supérieurs de plus de 40 pourcents à la moyenne quinquennale. Les ménages pauvres des zones agropastorales du pays et des centres urbains qui ne peuvent satisfaire leurs besoins alimentaires et non-alimentaires sans recourir de façon atypique aux emprunts en nature ou en espèce, à la réduction des dépenses non-alimentaires voire alimentaires et à la vente de biens se retrouvent actuellement en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC).

    Dans les zones de conflit du Centre et du Nord, les moyens d’existence connaissent une forte dégradation à cause de la persistance de l’insécurité et ses effets sur les activités économiques qui sont au rabais, les vols de biens, les pertes d’emplois etc. Les difficultés d’accès des ménages pauvres aux vivres à cause des revenus faibles et des prix des denrées alimentaires très élevés contribuent à une dégradation de la consommation alimentaire plus marquée qu’en année moyenne particulièrement dans la zone des trois frontières à Ménaka qui fait l’objet de combat entre les groupes armés. Les ménages font alors recours à la réduction du volume des repas, du nombre de repas et aussi à l’assistance de la part des parents/amis et des agences humanitaires. Avec une érosion totale du panier de protection de moyens d’existence voire un déficit profond, de survie, en plus du recours aux stratégies d’adaptations négatives de vente de biens productifs, les ménages pauvres sont présentement en insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) avec une nécessité d’assistance dans les zones d’insécurité de Ménaka pour éviter une dégradation en pire. Il en est de même pour les ménages déplacés dans ces zones qui se retrouvent dans un état de dénuement et qui ont besoin d’assistance pour éviter de passer à une situation d’urgence.

    Suppositions 

    Le scenario le plus probable de la sécurité alimentaire de juin 2022 à janvier 2023 se base sur des suppositions fondamentales, par rapport à l’évolution du contexte national, qui sont :

    • Situation sécuritaire et mouvement des populations : La situation sécuritaire restera volatile durant toute la période du scenario en dépit des négociations en cours entre les différentes communautés et les offensives militaires au niveau des foyers terroristes. Des attaques armées entre groupes armés notamment dans la réserve naturelle d'Ansongo-Ménaka, dans le Liptako Gourma, la pose d’engins explosifs et les assassinats ciblés se poursuivront même si on s’attend à une baisse d’intensité liée aux conditions climatiques qui limiteront les mouvements. Les perturbations des activités agricoles et les déplacements de populations qui en résulteront fragiliseront les conditions socio-économiques dans les zones concernées.
    • Situation sociopolitique : Le Gouvernement malien de transition présentera probablement un nouveau calendrier électoral dans les mois à venir à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les impacts des sanctions économiques et financières continueront à affecter pour longtemps la situation économique et financière globale du pays même en cas d’assouplissement des sanctions dans les prochains mois. Dans les mois à venir, une résurgence des protestations politiques est probable à Bamako et dans les zones urbaines du pays alors que certains manifestants se rassemblent pour montrer leur soutien au Gouvernement de transition et dénoncer les sanctions de la CEDEAO.
    • Pluviométrie/crue : Les prévisions consensuelles de NOAA, IRI, Mali-Météo et de PRESASS d’avril 2022 indiquent une forte probabilité de cumul pluviométrique normal à excédentaire au Mali de juin à août 2022 et moyenne à excédentaire de juillet à septembre 2022. Quant aux cours d’eau sur les bassins du fleuve Niger et du fleuve Sénégal, on s’attend à des écoulements moyens à supérieurs à la moyenne de juin à octobre 2022 grâce aux pluies moyennes à excédentaires attendues.
    • Inondation : Les prévisions de cumul de pluies normal à supérieur à la moyenne et les risques élevés d’inondation selon les prévisions du PRESASS de mai à septembre 2022 font craindre des dégâts moyens à importants sur les cultures, les biens d’équipements dans les zones basses et aussi au long des cours d’eau à travers tout le pays ainsi que dans les zones urbaines. Les pertes de biens matériels et de production agricole qui en résulteront affecteront négativement les moyens d’existence des ménages pauvres.
    • Productions agricoles : Les prévisions saisonnières favorables sur les facteurs climatiques (pluies, crue), la poursuite du programme national de subvention des intrants agricoles (semences, engrais) et les assistances en intrants agricoles notamment dans les régions du Nord par la FAO, le CICR et d’autres ONGs dans le cadre du renforcement de la résilience, sont favorables à une production moyenne dans le pays. Cependant, la faible disponibilité actuelle des intrants agricoles (engrais) en lien avec la fermeture des frontières et la crise ukrainienne, la hausse du prix des engrais de plus de 50 pourcents par rapport au prix habituel limiteront leur accès aux producteurs surtout pour les zones de riz irrigué, de coton et de maïs; ce qui réduira la production en dessous de la moyenne quinquennale en octobre 2022 et beaucoup plus dans des zones de conflit dans le Liptako Gourma et d’inondations à travers le pays.
    • Productions animales/mouvement du bétail : Les conditions d’élevage dégradées connaitront leur reconstitution saisonnière grâce à l’installation à temps des pluies à partir de juin dans les zones Sud du pays et à partir de juillet dans les zones Centre et Nord du pays. L’amélioration des conditions d’élevage relancera les productions animales (lait, beurre et viande) à partir de juin/juillet pour atteindre le pic en août/septembre ; ce qui améliorera la consommation alimentaire et le revenu des ménages pasteurs jusqu’en janvier grâce à la disponibilité des pâturages et des résidus de récolte.
    • Pêche : Les captures de poissons à cause de la reprise de la crue sur les cours d’eau connaitront leur baisse habituelle de juin à octobre. Le niveau d’écoulement moyen à supérieur à la moyenne sur les cours d’eau attendu selon les prévisions saisonnières (PRESASS) est favorable à une reproduction satisfaisante des espèces piscicoles due à l’inondation des zones de reproduction des poissons. Par conséquent, les perspectives pour la prochaine campagne de pêche qui démarrera en novembre 2022 seront moyennes à supérieures à la moyenne quinquennale dans l’ensemble.

    Les marchés et les prix

    • Approvisionnement des marchés en vivres : La baisse saisonnière des offres de céréales observée se poursuivra de façon plus marquée qu’en année normale à cause de la baisse des productions de céréales de 2021 et des perturbations de flux dans les zones de conflit du Centre et du Nord du pays. Les récoltes des cultures de contre-saison en juin et les ventes d’intervention de l’Office des Produits Agricoles du Mali (OPAM) dans les régions du Nord et dans le Sahel Occidental de Kayes et Koulikoro amélioreront les disponibilités en céréales dans le pays. Les récoltes moyennes attendues à partir d’octobre amélioreront comme d’habitude l’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires de façon moyenne à supérieure à la moyenne jusqu’en janvier 2023.
    • Prix des denrées alimentaires de base : La tendance des prix des céréales de base globalement supérieure à la moyenne sur les marchés devrait se maintenir de juin à septembre. A partir d’octobre, en dépit des récoltes inférieures à la moyenne attendues, elles engendreront la baisse saisonnière des prix qui seront tout de même au-dessus de la moyenne à cause de la cherté des prix des intrants agricoles. Pour les denrées importées, les mesures d’exonération du Gouvernement permettront de limiter la hausse et de maintenir les prix à un niveau moyen à légèrement supérieur à la moyenne.
    • Prix du bétail : Le prix du bétail similaire à supérieur à la moyenne en cette période de soudure pastorale se maintiendra jusqu’en janvier 2023 grâce aux demandes pour la fête de Tabaski et à la reconstitution des conditions d’élevage à partir de juin/juillet à la faveur de l’installation des pluies. Il en sera de même pour les petits ruminants qui sont les plus demandés. Les perturbations de l’accès des ménages aux marchés dans les zones d’insécurité du Nord de la région de Ségou, de Mopti et de Ménaka et la volonté des ménages concernés de procéder à des ventes d’urgence réduiront le niveau des prix du bétail en dessous de la moyenne dans ces zones durant toute la période.
    • Assistance humanitaire : L’assistance alimentaire en vivres et en non-vivres se poursuit particulièrement dans les zones de conflit grâce aux partenaires humanitaires. Pour la période de soudure agropastorale de juin à septembre 2022, le plan national de réponses prévoit une assistance alimentaire mensuelle d’au moins 50 pourcents de la ration complète principalement sous forme de cash pour 1 840 067 personnes à travers tout le pays. Toutefois, la faible mobilisation des finances du côté du Gouvernement et les difficultés d’accès humanitaires dans les zones concernées risquent de limiter l’impact de ces assistances.
    • Migration : Le retour habituel des bras valides en cours de l’exode se poursuivra au rythme de l’installation de la nouvelle campagne agricole. Les ressources moyennes à inférieures à la moyenne rapportées en juin ou envoyées durant le séjour dans les zones d’accueil des centres urbains et des pays voisins permettront aux ménages d’améliorer leur accès aux marchés notamment dans les zones de baisse de production agricole et les zones de conflit où les départs ont été plus précoces et massifs que d’habitude. A partir de septembre, on assistera aux départs habituels des bras valides vers les sites d’orpaillage, des centres urbains du pays et des pays voisins en dépit des restrictions de mouvements entre les pays qui connaissent un assouplissement.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    La dégradation habituelle de la consommation alimentaire à cause de la soudure agropastorale liée à l’épuisement progressif des stocks des ménages pauvres, la hausse des prix des denrées de base à un niveau très élevé se poursuivra jusqu’en septembre. Le score de consommation alimentaire pauvre plus limite devrait être supérieur à la moyenne des cinq dernières années du mois de septembre qui est de 18,8 pourcents. La dépendance plus longue des pauvres aux marchés avec des revenus en baisse les amène à adopter des stratégies d’adaptation atypique d’intensification de la main d’œuvre agricole surtout que la période s’y prête, de vente de bétail et d’emprunt. Par conséquent l’insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) se maintiendra jusqu’en septembre. La disponibilité moyenne des récoltes en vert à partir de septembre, les récoltes principales d’octobre à janvier et la baisse saisonnière attendue des prix à partir d’octobre amélioreront l’accès des ménages à la nourriture. Par conséquent, la majorité des ménages sera en insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC) d’octobre à janvier 2023.

    Quant aux ménages pauvres des zones d’insécurité du Nord et du Centre particulièrement dans la zone du Liptako Gourma aux moyens d‘existence fortement dégradés, les ménages pauvres ont des difficultés moyennes à importantes d’accès à la nourriture à cause de l’épuisement précoce des stocks et la baisse de revenus, des pertes de biens due à l’insécurité persistante. Selon l’analyse « Outcome Analysis » de FEWS NET, les ménages pauvres de la zone de Ménaka et dans les cercles de Bankass et Koro ne peuvent pas satisfaire leurs besoins alimentaires sans recourir à des stratégies d’adaptation négatives. La réduction du volume et de la qualité des repas, les difficultés d’accès aux services sociaux de base contribueront à rehausser la dégradation de la situation nutritionnelle au-dessus du niveau moyen de la zone pour la période de juin à septembre. Par conséquent, l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) en cours dans ces zones se poursuivra jusqu’en septembre 2022 particulièrement dans les zones de Ménaka, ou en absence d’assistance humanitaire conséquente la situation évoluera en pire. Il en sera de même pour les ménages déplacés qui sont dans une situation de dénuement. A partir d’octobre, la disponibilité des récoltes, des produits de cueillette, des produits laitiers de même que la baisse saisonnière des prix contribueront à améliorer l’accès des ménages aux denrées alimentaires. Par conséquent, l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) évoluera en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) d’octobre à janvier avec nécessité d’assistance dans les zones de conflit pour éviter une dégradation en pire notamment dans la zone de Ménaka.

    Evènements qui pourraient changer les scenarios

    Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable.

    ZoneEvénements

    Impacts sur les conditions de la sécurité alimentaire

    National

    Recrudescence des cas de COVID-19 dans le pays et ou dans les pays voisins et d’accueil des migrants 

    Le renforcement des restrictions dans le pays et ou dans les pays voisins à cause de la recrudescence des cas de COVID-19 impactera davantage sur les activités économiques qui trainent encore les séquelles de cette pandémie. La baisse de revenus qui en résultera, limitera les capacités des ménages pauvres à satisfaire leurs besoins alimentaires et non-alimentaires.

     

    Les contestations socio-politiques qui pourront naitre de la mauvaise gouvernance et de l’organisation des élections au cours de la transition 

    Les troubles socio-politiques qui naitront de la mauvaise gouvernance et des contestations liées aux élections engendreront des perturbations économiques, une contraction des contributions des bailleurs de fonds allant jusqu’à l’isolement du pays. Cet état de fait en plus des effets néfastes de la COVID-19 perturberont davantage une économie déjà fragilisée et limiteront la capacité du Gouvernement à répondre aux demandes sociales qui s’accumulent ; ce qui rehaussera la vulnérabilité des ménages pauvres.

    National (zones d’Office du Niger, zone cotonnière, le Sahel occidental, la bande du fleuve de Gao et de Tombouctou)  

    Levée des sanctions de la CEDEAO et de l’UEMOA

    La levée des sanctions économiques de la CEDEAO et de l’UEMOA permettra une amélioration des flux commerciaux avec les pays voisins et qui relancera la reprise des activités économiques dans le pays améliorant ainsi les opportunités de revenus pour les ménages. La baisse des prix qui en résultera amélioreront l’accès des ménages pauvres aux vivres.

     

    Dégâts des ennemis des cultures de septembre à novembre

    Les dégâts importants des déprédateurs (oiseaux granivores, chenilles…) sur les cultures à maturation de septembre à octobre réduiront les disponibilités céréalières dans les zones agricoles indiquées. La baisse des disponibilités et la hausse des prix des denrées de base réduiront l’accès des ménages pauvres aux denrées alimentaires et le revenu des ménages exploitants.

    Nord du Mali (ZONE des moyens d’existence 2, 3, 4), Centre, Bande du sahel (ZONE 13)

    Retard dans l’installation des Pluies, un déficit important et un arrêt précoce des pluies

    Le retard dans l’installation des pluies prolongera la soudure pastorale dans les régions du Nord ; ce qui peut engendrer la misère physiologique avec une baisse importante des productions animales et une mortalité plus élevée que la moyenne. Il en sera de même pour un déficit pluviométrique de juin à septembre et un arrêt précoce des pluies en début septembre qui contribueront à la baisse des rendements ; ce qui pourrait limiter l’accès des ménages plus pauvres aux marchés.

     

    Figures Calendrier saisonnier pour une annee typique au Mali.

    Figure 1

    CALENDRIER SAISONNIER POUR UNE ANNÉE TYPIQUE

    Source: FEWS NET

    Terms of trade for millet/goats (kg/animal) in May 2022

    Figure 2

    Terms of trade for millet/goats (kg/animal) in May 2022

    Source: FEWS NET

    Rainfall forecast, July to September 2022

    Figure 3

    Rainfall forecast, July to September 2022

    Source: FEWS NET

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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