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Les faibles productions agricoles et la pression sur les moyens d’existence détériorent la sécurité alimentaire au Lac et à L’Est du pays

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Tchad
  • Octobre 2023 - Mai 2024
Les faibles productions agricoles et la pression sur les moyens d’existence détériorent la sécurité alimentaire au Lac et à L’Est du pays

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  • Messages clé
  • Contexte national
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Zone de préoccupation
  • Messages clé
    • À l’Est du pays la dégradation des moyens d’existence induite par l’afflux des réfugiés et les faibles productions pluviales a entraîné une détérioration de la consommation alimentaire des réfugiés, retournés et des ménages hôtes. Au Lac, les baisses de production couplées à l’érosion des sources de revenus due au contexte sécuritaire lié aux groupes armés non étatique limitent l’accès alimentaires des ménages déplacés et hôtes. Au Tibesti et, dans les deux provinces de l’Ennedi Est et Ennedi Ouest, la baisse des flux entrants à la suite de l’insécurité à la frontière avec la Libye et l’arrêt de ceux du Soudan (occasionnés par la crise soudanaise) continuent d’induire des écarts de consommation à cause d’un accès limité aux marchés. Malgré les stratégies d’adaptation de crise développées par les réfugiés, retournés et, déplacés internes et ménages hôtes de ces zones, ces ménages ont toujours des déficits de consommation alimentaire. Ainsi, ils sont en insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC). Dans le reste du pays, les apports certes faibles des productions pluviales améliorent la consommation alimentaire des ménages très pauvres et pauvres ; ils sont en insécurité alimentaire aiguë Minimale (Phase 1 de l’IPC).
    • Les perturbations de la saison pluvieuse ont entraîné des baisses de rendements dans de nombreuses localités du pays. Au Sahel, la présence des réfugiés et retournés tchadiens installés sur les espaces agricoles les a réduites durant la campagne. Les longues séquences sèches et les cumuls pluviométriques déficitaires ont occasionné de pertes de superficies mises en valeur au Ouaddaï et au Sila. Par conséquent, il est observé que les modestes récoltes en cours sont inférieures à une année normale.
    • Au Sahel, la mauvaise pluviométrie de la saison a limité la disponibilité des pâturages qui est inférieure à la moyenne. Dans les zones d’attache du Sahel, les mares semi-temporaires sont complètement taries depuis fin septembre, plus précocement par rapport à une année typique. Ceci a engendré des départs précoces, amorcés dès début septembre 2023, de transhumants à destination de la zone soudanienne, anticipant sur les déficits en ressources pastorales. Au Lac, un retour précoce des pasteurs à destination des îles est observé, suscité par les faibles disponibilités de pâturages.  
    • L'afflux massif des réfugiés dans les trois provinces de Ouaddaï, Sila et Wadi Fira est à l'origine de l'insécurité alimentaire des ménages autochtone. À Adré, le nombre des réfugiés et retournés sont environ quatre fois plus de la population locale et a occasionné une pression sur les moyens d'existence qui sont fortement dégradés.  Les besoins en assistance alimentaire augmentent rapidement, mais FEWS NET n'a pas suffisamment des données sur les assistances alimentaires, ni sur les nombres mensuels des bénéficiaires, ni sur le contenu des rations ou le montant des transferts monétaires permettant d'évaluer la couverture des assistances. La situation est très volatile et pourrait changer dans les mois à venir. FEWS NET continue de suivre de près l'évolution de la consommation alimentaire des réfugiés, retournés et ménages hôtes.  

    Contexte national

    Situation actuelle

    Contexte sociopolitique : La précaire accalmie politique qui prévaut après les protestations, du 20 octobre 2022, contre la prorogation de la transition couplée de la reconduction du président actuel de la transition a été momentanément rompue. Des mesures judiciaires, largement dénoncées par les acteurs politiques et de la société civile, ont été prises à l'encontre des leaders du parti "Les Transformateurs". Cependant, un accord de principe a été signé entre le gouvernement et les acteurs de l’opposition notamment du partie ‘’Les Transformateurs’’ en fin octobre 2023 à Kinshasa sous l’égide du Facilitateur congolais En outre, les préparatifs du gouvernement pour le référendum du 17 décembre 2023 sont en cours. 

    Contexte régional et mouvements de population (Soudan) : La crise soudanaise continue de provoquer d‘afflux massifs et réguliers de réfugiés soudanais et retournés tchadiens vers le Tchad. Plus de 500 000 personnes dont 80 986 retournés tchadiens sont accueillies à l’Est du pays (IOM). Les enfants et les femmes en constituent la majorité de ces réfugiés. 

    Contexte sécuritaire (conflits politico-militaires, intercommunautaires et mouvements de populations) : En mi-août 2023, des affrontements entre des groupes rebelles et les forces gouvernementales ont été rapportés dans le Tibesti. Cette reprise des hostilités marque ainsi la rupture du cessez-le-feu entre les belligérants, en vigueur depuis plus d’une année. L’armée a déployé des troupes additionnelles destinées à renforcer la surveillance de la frontière tchado-libyenne. Ce regain de tension affecte les flux transfrontaliers notamment ceux à destination du Tchad. 

    Depuis fin septembre 2023, une recrudescence des conflits agriculteurs-éleveurs a été observée dans plusieurs localités de la zone méridionale. Au Moyen Chari, de nouveaux foyers de conflits agriculteurs-éleveurs ont été enregistrés à Koumogo et Korbol où près d’une douzaine de de personnes ont été tuées et plusieurs blessés graves. La crise sécuritaire intervenue en juin 2023 dans le département de la Nya Pendé a impacté la campagne agricole pluviale. En effet, plus de 16 000 personnes avaient fui l’insécurité pour trouver refuge en RCA n’en sont pas revenus.

    Au Lac, les mouvements répétitifs de personnes à la suite de la persistance de l’insécurité durant l’hivernage continuent de détériorer la sécurité alimentaire des déplacés internes et des ménages hôtes. Confrontés à l’insécurité qui aggrave la précarité, environ 3 000 tchadiens à la recherche de moyens de survie ont quitté la province du Lac pour le Niger en août 2023 à la recherche d’opportunités. Le Haut-Commissariat des Réfugiés (HCR) signale le retour de 100 ménages de rapatriés tchadiens qui auraient fait l'inverse en quittant le Niger pour revenir au Tchad pour les mêmes raisons.

    Situation agricole :

    • Campagne pluviale : Le déroulement de la campagne pluviale a été sévèrement perturbé à cause des cumuls pluviométriques, inférieurs à la normale, et de longues séquences sèches dans la plupart des zones du pays avec des baisses de production plus prononcées au Sahel. Les déficits pluviométriques ont également favorisé les apparitions d’ennemis de cultures dont les chenilles légionnaires au Sila signalées par les services provinciaux de l’agriculture. L’agence nationale de lutte acridienne (ANLA), a signalé la présence de larves matures et ailés de criquets pèlerins à Mao au Kanem et à Salal dans le Bahr El Ghazel (BEG). Cependant, la situation acridienne est globalement calme. Les attaques de cantharides ont été rapportés au Moyen Chari sur le niébé. A Abtouyour et Mangalmé dans le Guéra et à Abou Deia au Salamat, des apparitions d’oiseaux granivores et de coléoptères ont également été signalées avec de dégâts importants sur les cultures. L’installation des réfugiés soudanais et retournés tchadiens sur des espaces agricoles au Ouaddaï (Département d’Assongha) et dans la province du Sila a significativement réduit de près de 30 pourcents en moyenne les emblavures durant l’hivernage. En zone soudanienne, les récoltes amorcées à la mi-octobre se poursuivent tandis qu’au Sahel, des retards importants, variables selon les zones, sont rapportés à cause des perturbations intervenues durant la campagne entraînant des re-semis. 
    • Campagne de contre saison chaude 2023-2024 : Les activités menées actuellement se résument globalement au sarclage et repiquage du sorgho de décrue (berbéré) rapportés au Salamat et Guéra. Au Mayo Kebbi, les activités dominantes sont le repiquage du riz et l’entretien des parcelles de berbéré. Au Sahel Ouest (Kanem, BEG) une intensification du maraîchage est observée car de plus en plus soutenu par les acteurs humanitaires et de développement pour le renforcement de la résilience. Malgré l’engouement des producteurs, ils sont limités par le prix du carburant pour l’alimentation des motopompes.

    Situation pastorale et mouvements de bétail : Dès mi-septembre 2023,la faible disponibilité de pâturages et l’assèchement précoce des mares semi-permanentes servant à l’abreuvement du bétail ont entraîné une transhumance précoce vers le sud et le Sila dès le mois de septembre 2023 au lieu de décembre. Les premiers troupeaux ont atteint la zone méridionale, au Moyen Chari, Tandjilé et aux frontières entre les provinces du Mayo Kebbi Est et Chari Baguirmi. Cette présence précoce des pasteurs au Sud du pays occasionne une surcharge pastorale et une compétition entre transhumants pour l’accès et le contrôle des espaces pastoraux. En plus de la pression sur les ressources pastorales, des rixes récurrentes, entre agriculteurs et éleveurs sont enregistrées dès l’arrivée de ces transhumants au Moyen Chari. 

    Stocks des ménages et stocks institutionnels : Pour le stock institutionnel, pendant l’année 2023, l’Office National de Sécurité Alimentaire (ONASA) a vendu 33 00 tonnes de céréales à prix modérés. Actuellement, le stock céréalier institutionnel disponible est de 18 000 tonnes alors que les besoins courants sont estimés à 53 000 tonnes.

    En zone soudanienne, les récoltes en cours contribuent à la reconstitution des stocks des ménages. Cependant, les niveaux sont légèrement en deçà d’une année normale à cause de la baisse de production. Au Sahel Est, des niveaux plus significatifs de baisses ont été enregistrés notamment dans la zone d’accueil de réfugiés. La pression exercée par les ménages très pauvre et pauvres du Sahel, réfugiés et retournés tchadiens sur les ressources réduit les quantités de ressources disponibles.

    Moyens d’existence : Dans la plupart des zones du pays, les moyens d’existence des ménages sont en dégradation à la suite des baisses de production agricoles, des mauvaises conditions pastorales et des perturbations de flux liées aux contraintes sécuritaires. Les volumes des produits alimentaires importés en provenance de la Libye sont significativement réduits par les perturbations sécuritaires à la frontière impactant ainsi les revenus tirés par la main d’œuvre locale impliquée dans leur distribution. Au Lac, face à l’absence de l’assistance alimentaire, les déplacés font recours aux aliments sauvages en complément des faibles volumes de paiements en nature reçus lors des travaux agricoles. Les niveaux de revenus sont globalement en baisse à la suite de la raréfaction des opportunités face à la suroffre de la main d’œuvre agricole et non agricole dans les zones agricoles et agropastorales. Les salaires journaliers sont largement en baisse, atteignant seulement40 pour cent comparée à une année typique. Les revenus qui sont tirés de la vente de produits artisanaux, sauvages et du fagot sont très limités. Une intensification de la migration saisonnière, débutée très tôt par rapport à une année normale est rapportée à Mangalmé, au Ouaddaï et Sila à la suite des tendances de la saison laissant augurer une baisse de la production agricole. L’exportation du bétail à destination du Soudan et du Nigéria sont respectivement nuls et réduits. Ceci affecte les niveaux de revenus des ménages, agropasteurs et pasteurs du Ouaddaï, Wadi Fira, BEG, Kanem et Batha. Au Tibesti, l’interdiction de l’orpaillage artisanal depuis juin 2022 réduit significativement les niveaux de revenus de la plupart des ménages très pauvres et pauvres. Son exploitation par des artisans locaux et ceux venus des autres provinces est retreinte. Le commerce et la migration transfrontaliers sont ralentis par l’insécurité. Ces activités ne rapportent que de revenus dérisoires. 

    Marchés de produits alimentaires : L’offre en produits alimentaires est en deçà de la normale à cause des baisses de production, de l’arrêt des flux entrants de produits importés à partir du Soudan, des perturbations sécuritaires à la frontière avec la Libye. Les coûts élevés de transport exacerbent les baisses de volumes des approvisionnements de marchés. Une hausse atypique de la demande céréalière est observée dans la plupart des zones du pays notamment dans les provinces de l’Est à cause des afflux et la de réfugiés soudanais et retournés. Faisant suite à ce niveau élevé de la demande, les prix des produits alimentaires sont en hausse atypique, comparées à la moyenne quinquennale. Les prix du mil rapportent des hausses à Abéché (38%), N’Djaména (23%), Moundou (41%) et Sarh (34%). Le sorgho affiche les plus grandes hausses de prix comparées à la moyenne quinquennale à Sarh (55%) et Kélo (77%). 

    Marchés à bétail : Une baisse de l’offre est observée dans les marchés d’Adré et Dogdoré localités proches de la frontière soudanaise à cause des risques liés la situation en cours au Soudan pouvant engendrer des vols de bétails. Le départ précoce des transhumants et des troupeaux de sédentaires confiés aux pasteurs, en mouvement vers le sud du pays réduit l’approvisionnement du marché de Biltine, un des principaux marchés dans la zone. Le marché de Sila affiche une suroffre de bétail résultant de la présence des transhumants. La fermeture de frontière Niger-Nigéria entraine un détour massif de bétail à travers le Cameroun pour acheminer le bétail du Tchad au Nigeria malgré la dépréciation du Naira nigérian. Des hausses localisées des prix de bovin, comparées à la moyenne quinquennale sont observées à Abéché (37 pour cent) en raison de la présence d’intermédiaires pour la collecte destinée au Nigéria. Les marchés à bétail du Mayo Kebbi Est, Mayo Kebbi Ouest et Tandjilé frontalières du Cameroun affichent des hausses modérées comparées à la moyenne quinquennale de prix (de 15 à 35 pour cent) à la suite de la demande pour l’exportation au Cameroun et au Nigéria. 

    Situation nutritionnelle : Des taux élevés d ‘admissions d’enfants malnutris sévères ont été rapportés dans les zones d’accueil de réfugiés soudanais et de retournés tchadiens entre juin et septembre 2023. L’afflux massif de ces personnes constitue un poids supplémentaire sur les services sociaux de base déjà fragiles du fait de mauvaises pratiques d’hygiène et d’assainissement ainsi que maladies d’origine hydriques. Ceci, couplé aux déficits alimentaires liés à la période de soudure, a probablement beaucoup contribué à ces niveaux élevés de malnutrition aigüe.

    Situation humanitaire : Un effectif de 519 570 personnes dont 77 320 retournés tchadien sont trouvé refuge au Tchad à la suite de l’insécurité au Soudan. Ces personnes ont perdu leurs moyens d’existence et sont accueillies dans les sites de transit ou camps nouvellement crées localisés dans 35 villages ; le Ouaddaï accueille plus de 327 000 personnes (UNCHR, Mise à jour du 19 octobre 2023). Adré, chef-lieu du département d'Assoungha dans la région du Ouaddaï, a accueilli un nombre de réfugiés et de retournés dépassant de loin sa population de moins de 62 000 habitants environ (estimation de 2023 de l’INSEED). A titre d’illustration, plus de 240 000 personnes réfugiées et retournées sont dénombrées par les acteurs humanitaires à Adré. Ces réfugiés se trouvent au niveau des ménages hôtes et sur des sites de transit, en attente d’être déplacés vers des camps de réfugiés nouveaux ou existants, plus éloignés de la frontière. Une assistance alimentaire en vivres a été fournie par le PAM à 440 279 personnes soit 384 881 réfugiés, 38 660 retournés migrants tchadiens et 16 738 personnes issues des populations vulnérables dans les différentes localités de la zone d’accueil de l’Est. Cependant, FEWS NET n’a pas les détails sur la distribution mensuelle et le contenu de ces assistances alimentaires. Le retard de la mobilisation de financement, destinée à l’assistance à ces réfugiés et retournés limite la réponse des organisations humanitaires aux besoins alimentaires des réfugiés qui dépendent principalement de cette aide. Face à une précarité alimentaire extrême, la plupart d’entre eux vivent de la mendicité et de la solidarité des ménages hôtes. Au Lac, l’arrêt de l’assistance, depuis le début de la soudure, ne permet plus de réduire les besoins alimentaires des déplacés et ménages hôtes.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    A l’Est, dans les provinces d’accueil (Ouaddaï, Wadi Fira et Sila) et au Lac, la consommation alimentaire des réfugiés, retournés, déplacés internes et ménages hôtes continue de se détériorer à cause de la pression sur les marchés, la concurrence sur les moyens d’existence. Ceci est davantage accentué par les baisses de productions limitant les disponibilités céréalières. Les réfugiés et retournés exercent une pression sur les faibles volumes de stocks céréaliers des ménages hôtes. Les disponibilités limitées de produits alimentaires importés et manufacturés accentuent la pression sur les marchés entraînant des hausses atypiques de prix. Les volumes des achats sont par conséquent, très limités à cause des faibles niveaux de revenus. Les réfugiés, retournés, et les ménages hôtes dans les provinces du Ouaddaï, Sila, Wadi Fira ne peuvent pas satisfaire ces besoins alimentaires, malgré le recours à la mendicité par la plupart des réfugies. Ainsi, ces provinces sont en l’insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) avec quelques ménages en insécurité alimentaire aiguë d’Urgence (Phase 4 de l’IPC). Les besoins en assistance alimentaire sont énormes dans ces provinces car les réfugiés et retournés en dépendent. Cependant, le retard de financements des organisations humanitaires affecte la mise en œuvre de ces assistances alimentaires d’urgence qui est même arrêté au Lac depuis avril 2023. Au Lac, les faibles productions des ménages, ne permettent pas de répondre aux besoins alimentaires de base des déplacés et des ménages hôtes. Ils font face à une insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC). Les ménages très pauvres et pauvres du Tibesti sont confrontés à des déficits de consommation à cause des perturbations des flux entrants et de la dégradation des moyens d’existence dont l’orpaillage artisanal, le commerce et la migration transfrontaliers suscitées par l’insécurité persistante aux frontières tchadiennes. Dans les deux provinces, d’Ennedi Ouest et Ennedi Est, Les ménages très pauvres et pauvres subissent les effets conjugués de la crise soudanaise et de l’insécurité aux frontières entre le Tchad et la Libye ; ils ont des déficits de consommation. Ainsi, les ménages très pauvres et pauvres de Tibesti, l’Ennedi Est et Ouest, ne peuvent satisfaire leurs besoins de consommation sans recourir à des stratégies d’adaptation de crise. Ils sont en insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC).

    La consommation alimentaire des ménages du Sahel Ouest est également en détérioration à cause des mauvaises productions pluviales, d’une situation pastorale médiocre. Ils ont un faible accès alimentaire à cause des niveaux de prix qui limitent significativement les volumes des achats sur les marchés dont ils dépendent pour leur consommation. Ils sont en Crise (Phase 3 de l’IPC). L’insécurité provoquée par les conflits intercommunautaires en juin 2023 s’est traduite par une mauvaise campagne, laissant les populations du canton de Bekan (département de la Nya Pendé) avec une consommation alimentaire réduite et minimalement adéquate. Ces ménages ont recours à des stratégies négatives dont la réduction atypique du nombre de repas et recours intense à des produits de cueillette en période de récoltes, entre autres, pour satisfaire leurs besoins de consommation. Ils sont en Stress (Phase 2 de l’IPC). Au Sahel central (Batha, Guéra, Salamat) et en zone soudanienne, la consommation alimentaire des ménages très pauvres et pauvres s’améliore grâce aux récoltes en cours complétées de de produits hivernaux de fin de saison pluvieuse. Les ménages de ces zones sont en insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC).


    Calendrier saisonnier pour une année typique

    Source: FEWS NET

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire d’octobre 2023 à mai 2024 se base sur les suppositions suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    • Contexte sociopolitique et sécurité interne : Des protestations contre la cherté de la vie et les contestations politiques sur le déroulement par des acteurs de la société civile et d’acteurs politiques sur le déroulement de la transition devraient se poursuivre, avec une légère augmentation jusqu'au début de 2024. Aussi, malgré la levée de la suspension des activités politiques de quelques des partis d'opposition le 21 janvier 2023, il est peu probable que les manifestations drainent davantage de monde que durant le dernier trimestre de 2022, en raison de la réponse musclée du gouvernement contre les activités de protestation. Au Lac, Les incursions des membres de l’Etat Islamique en Afrique en l’Ouest et au Sahel (EIAO) devraient persister au moins jusqu'en mai 2024, mais resteront à des niveaux inférieurs à ceux observés en 2022 et nettement inférieurs aux tendances observées au cours des cinq années précédentes (2017-2021).

    • Conflits politico-militaires et sécurité : 

      • Des opérations localisées conduites par les groupes rebelles dans le nord du Tchad, connaitront une augmentation jusqu'en mai 2024, bien qu'elles devraient être contenues par les forces tchadiennes.

      • Le déploiement massif de militaires au Logone pour contrer d’éventuelles incursions de rebelles tchadiens à partir du nord de la RCA pourraient créer un climat de crainte pour les populations locales. Des déplacements forcés de population, majoritairement des jeunes vers d’autres provinces, pourraient être observés au Logone Oriental (Monts de Lam, Nya pendé, Kouh-Est et Kouh-Ouest) afin de s’abriter des représailles sur fond d’accusations de complicité par les forces de défenses et de sécurité. 

    • Conflits intercommunautaires : En zone méridionale, les foyers latents de différends intercommunautaires (Mandoul, Moyen - Chari) pourraient produire des escarmouches à cause des arrivées précoces de transhumants suivies de dévastation de champs, en cours des récoltes. Ces conflits pourraient persister durant la première partie de la période de scénario voire au-delà et ainsi se généraliser dans les différentes provinces de la zone soudanienne, notamment dans les zones de culture de berbéré et du riz de contre-saison dans le Mayo Kebbi est et la Tandjilé. 

    • Productions pluviales et de contre-saison : Des baisses de niveau de production sont attendues à cause des perturbations pluviométriques enregistrées durant la saison pluvieuse et des réductions d’espaces agricoles dans les zones d’accueil de réfugiés et retournés de l’Est du pays. Du fait du bas niveau de l’humidité des sols résultant des faibles cumuls de précipitations enregistrées durant l’hivernage, les superficies emblavées en contre-saison (mars à mai 2024) seront inférieures à la moyenne au Lac et dans le bassin rizicole, de même que le niveau de récolte de sorgho de décrue (berbéré) dans le Guera et le Salamat en décembre 2023. Dans le sud du Bassin du système Chari-Logone, le recours à l’irrigation du riz de contre saison, au Mayo Kebbi Est notamment, et l’intensification du maraîchage au Sahel Ouest seront entravés par les prix élevés du carburant.

    • Stocks céréaliers institutionnels : Les défis sécuritaires liés à la multiplication des foyers de tensions pourraient concentrer les allocations budgétaires et réduire les ressources destinées à la reconstitution des stocks institutionnels. Les niveaux de ces stocks seront modérément inférieurs à ceux d’une année normale. 

    • Situation pastorale : Les perturbations de la saison pluvieuse (séquences sèches et faibles cumuls pluviométriques) impacteraient la situation pastorale à cause des bas niveaux de pâturages et le tarissement précoce des mares depuis fin septembre au lieu de décembre en année normale. Les troupeaux des sédentaires feront davantage recours aux feuillages d’arbustes et épineux qui se raréfieront progressivement à partir de janvier 2023 au lieu d’avril en année normale. Les faibles niveaux de ressources pastorales impacteraient négativement l’état d’embonpoint des animaux, la production laitière et la disponibilité des produits laitiers. 

    • Crise soudanaise : La persistance de la crise sécuritaire au Soudan continuera d’occasionner des afflux de réfugiés et retournés, vers les zones péri-frontalières en territoire tchadien. Ces afflux s’intensifieront suivant la sévérité de la situation sécuritaire au soudan et pourraient être davantage plus importants durant toute la période couverte par le présent scénario.

    • Evolution des moyens d’existence : Les revenus agricoles (main d’œuvre et vente de cultures) seront inférieurs à une année normale à cause des baisses de production pluviale enregistrées, de la suroffre de la main d’œuvre (bas niveaux de salaires journaliers) et des faibles productions notamment dans les zones agricoles et agropastorales. La faible demande à l’exportation occasionnée par la crise soudanaise couplée à la chute du Naira nigérian et les coûts élevés de transport réduirait les revenus tirés de la vente des petits ruminants. Une érosion des autres sources (emploi domestique, manutention, artisanat, vente de produits de cueillette et fagots) induite par la pression sur les opportunités maintiendra les revenus à des niveaux atypiquement bas dans les zones d’accueil de réfugiés, au Lac et au Sahel Ouest. Les reflux réguliers d’artisans orpailleurs sur les sites du Tibesti et le ralentissement économique limiteront les revenus tirés de la migration par les ménages très pauvres et pauvres du BEG et du Kanem.

    • Marchés de produits alimentaires :

      • Approvisionnements : Des baisses de volumes d’approvisionnements de marchés céréaliers comparées à la moyenne et à la même période l’année dernière seront observées dans la plupart des zones du pays. Ces tendances seraient liées aux faibles niveaux de productions et des coûts élevés de transports. La disponibilité de produits importés sera significativement inférieure à une année normale à cause de l’insécurité aux frontières libyennes et à la fermeture des frontières terrestres avec le Soudan. 

      • Offre : D’octobre 2023 à mai 2024, l’offre de produits alimentaires issus des récoltes de contre-saison restera globalement inférieure à une année normale à cause des faibles productions pluviale et cette contre-saison, ainsi que des prix élevés du carburant qui entravaient l’irrigation dans les zones rizicoles et au Lac.

      • Demande : La dépendance précoce aux marchés qui interviendra vers février – mars 2024 à cause des faibles niveaux de production et épuisements de stocks céréaliers des ménages entrainera une pression significativement élevée et soutenue de la demande, notamment dans les zones d’accueil des réfugiés (Ouaddaï, Sila) au Sahel. Cette hausse atypique de la demande se maintiendra durant toute la période d’analyse à cause des afflux de réfugiés, de l’arrêt des flux entrants du Soudan, des perturbations de flux à partir de la Libye et des difficultés de mobilisation des fonds destinés à l’assistance humanitaire. 

      • Prix : Une tendance haussière significative, comparée à la moyenne quinquennale des prix actuellement observée se maintiendra davantage à partir de la fin de la première période de scénario, vers décembre. Cette tendance proviendra des faibles niveaux de stocks céréaliers qui entraînera une demande soutenue sur les marchés. Les niveaux élevés de prix, illustrés par le prix du mil, se maintiendront durant toute la période de scénario (Figure 1). 

    Figure 1

    Projections des prix du mil sur le marché de N’Djaména (XAF/kg)
    Projections des prix du mil sur le marché de N’Djaména (XAF/kg)

    Source: FEWS NETE, septembre 2023

    • Marchés à bétail : 

      • Offre :Les marchés à bétail afficheront une suroffre notamment au Sahel Ouest et à l'Est du pays à cause de l'arrêt des flux avec le Soudan. Les exportations à destination du Nigéria fonctionneront au ralenti à cause de la situation politique au Niger empêchant les échanges à la frontière nigéro-nigériane, un des principaux points de passage du bétail tchadien vers le Nigéria. 

      • Demande : Malgré une légère intensification des exportations via le Cameroun, la dépréciation du Naira nigérian ainsi que les coûts élevés de transports limiteront les volumes de flux sortants de bétail. La demande locale restera faible à cause du ralentissement économique qui renforce la précarité financière limitant le pouvoir d’achat des ménages très pauvres et pauvres. 

      • Prix : Les prix sur les marchés locaux seront légèrement en baisse comparé à une année normale durant tout le scénario. Le mauvais état physique des animaux consécutif aux mauvaises conditions pastorales (soudure pastorale précoce) accentuera les tendances baissières de prix sur les marchés à bétail dès fin janvier. De hausses ponctuelles de prix interviendraient durant les périodes festives (fin décembre, Ramadan) mais resteraient à des niveaux proches à légèrement supérieures de la moyenne. 

    • Situation nutritionnelle : À partir de février 2024, alors que les récoltes commencent à s’épuiser, le nombre de cas de malnutrition aiguë devrait progressivement augmenter. Dans les zones touchées par le conflit et celles accueillant des personnes déplacées, la dégradation de la situation nutritionnelle atteindra probablement des niveaux sérieux à critique en avril/mai 2024 en raison de l'augmentation des écarts déficits de consommation alimentaire liés la période de soudure et une réponse humanitaire insuffisante.
    • Situation humanitaire : Une détérioration continue de la situation humanitaire serait observée durant la période d’analyse à cause des afflux continus de réfugiés soudanais. Les incursions suivies d’attaques par les éléments de groupes armés au Lac occasionnerait des mouvements de populations notamment celles des zones insulaires vers la terre ferme exacerbant ainsi la pression sur la consommation alimentaire des populations locales de ces zones qui est déjà sévèrement affectées. Les interventions d’acteurs humanitaires pourraient être éprouvées par une insuffisance de financement de l’assistance dans les zones d’accueil de réfugiés soudanais de l’Est du pays ou son arrêt systématique comme au Lac 

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Entre octobre 2023 et janvier 2024 : Les réfugiés et retournés ainsi que les ménages hôtes très pauvres et pauvres du Ouadaï, du Sila seraient en insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) à l’exception du département de Ouara. Les apports alimentaires issus de propres productions à Ouara et des flux internes favoriseraient un meilleur accès alimentaire dans ce département par rapport aux autres départements de la province. Les faibles disponibilités céréalières couplées aux prix élevés sur les marchés ainsi que l’érosion des principales sources de revenus entraîneront des déficits de consommation des déplacés du Lac. Des écarts de consommation seront observés dans les provinces du Tibesti, Ennedi Est, Ennedi Ouest à la suite, respectivement, des faibles disponibilités de produits importés, des coûts élevés de transport et des bas niveaux de revenus limitant l’accès aux marchés des ménages très pauvres et pauvres. Ils ne pourront faire face aux besoins de consommation alimentaire sans recourir à des stratégies d’adaptation de crise. Ainsi, ils seront en insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC). La situation pourrait s’empirer, globalement au Lac et dans les provinces d’accueil de l’Est à cause de la pression des déplacés du Lac et des réfugiés et retournés de l’Est dont certains d’entre eux sont en Urgence (Phase 4 de l’IPC). Les besoins en assistance alimentaire continueront d’augmenter avec l’afflux des réfugiés soudanais et retournés tchadiens et sont cruciaux pour prévenir la détérioration de leur consommation alimentaire. Les ménages de la Nya Pende auront une consommation alimentaire réduite d’adéquation minimale à cause de la faible production découlant du départ de nombreux producteurs en RCA. Ils seront en Stress (Phase 2 de l’IPC). La disponibilité des récoltes et autres produits sauvages soutiendront la consommation des ménages très pauvres et pauvres du Batha, Guéra, et Salamat ainsi que ceux des provinces de la zone méridionale. Ils seront en insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC).

    Entre février 2024 et mai 2024 : La détérioration de la situation alimentaire des ménages très pauvres et pauvres des provinces sahariennes (Ennedi Est, Ennedi Ouest, Tibesti), des réfugiés soudanais, retournés tchadiens et ménages hôtes du Sahel Est persistera. Cette situation sera occasionnée par les déficits de consommation résultant d’une part, des faibles volumes de flux et arrêt de flux entrants du Soudan. La pression ainsi que la compétition sur les moyens d’existence accentueront cette détérioration aussi bien à l’Est du pays qu’au Sahel Ouest. Les réfugiés et retournés de l’Est du pays, les déplacés internes et ménages hôtes du Lac ainsi que les ménages très pauvres et pauvres du département de Mangalmé continueraient d’avoir des déficits de consommation et ne pourront satisfaire leurs besoins alimentaires de base malgré les stratégies de crise. Ils resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC) avec des ménages en Urgence (Phase 4 de l’IPC). Les ménages des provinces du Sahel central (Guéra, Batha) ne pourront satisfaire leur consommation alimentaire sans recourir à des stratégies d’adaptation. Ils auront une consommation alimentaire réduite d’adéquation minimale et sont en Stress (Phase 2 de l’IPC). Les produits de contre-saison (berbéré, maraîchage) renforceront la consommation alimentaire des ménages des provinces soudaniennes. Ils auront en insécurité Minimale (Phase 1 de l’IPC).

    Évènements qui pourraient changer les scenarios

    Tableau 1
    Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable.
    ZoneÉvénementImpact sur les conditions de la sécurité alimentaire
    NationaleInsécurité au TibestiL’aggravation de la situation sécuritaire dans le Tibesti pourrait perturber davantage voir arrêter les flux des produits entrants à travers les circuits non formels en provenance de la Libye. Il en résulterait une hausse de la demande des produits alimentaires locaux en substitution aux produits importés plus chers et moins disponibles dans les provinces sahéliennes et sahariennes. 
    Référendum constitutionnelDes perturbations du processus référendaire pourrait impacter les fonctionnements de marchés voire réduire les interventions humanitaires au bénéfice des réfugiés, retournés et ménages hôtes, et causer des variations atypiques des prix.
    Des pénuries de carburantUne réduction des mouvements d’acteurs humanitaires limitant les opérations d’assistance. Elles peuvent également restreindre davantage l'offre et les prix seraient bien supérieurs aux projections.
    Zone de moyens d’existence Est céréales et maraîchage (TD 06) du Tchad, Provinces du Ouaddaï et Sila Crise sécuritaire au Soudan Un cessez-le-feu par suite des négociations ou un arrêt du conflit soudanais à la suite de la victoire d’un camp sur l’autre limiterait les afflux, de personnes en quête de sécurité, vers le Tchad. Les prévisions d’effectifs de réfugiés pourraient se stabiliser et rester à des niveaux proches de ceux actuellement observés et une cette situation pourrait résulter à une réduction des ménages en Crise (Phase 3 de l’IPC)
    Déploiement intense de l’assistance humanitaireLa mobilisation significative de l’assistance humanitaire et son intensification au bénéfice des réfugiés, et retournés et ménages hôtes favoriseraient une amélioration de l’accès alimentaire à aux réfugiés, retournés et ménages hôtes. Il en résulterait une diminution des ménages en Urgence (Phase 4 de l’IPC) et en Crise (Phase 3 de l’IPC) 
    Zone de moyens d’existence agropastorale et pêche (TD08) du Tchad de la Province du LacPersistance de l’insécurité au LacLa recrudescence des attaques par les groupes armés accentuera la précarité alimentaire des déplacés et ménages hôtes. 
    Rupture définitive de l’assistanceLa consommation alimentaire des déplacés et ménages hôtes du Lac pourrait se détériorer à des niveaux pires que ce qui est prévu dans le présent scénario.

     


    Zone de préoccupation

    Zone de moyen d’existence Est céréaliers et produits maraîchers (TD06) des Provinces de Ouaddaï et Sila (Figure 2) 

    Situation actuelle

    Figure 2

    Zone de moyen d’existence Est céréaliers et produits maraîchers (TD06), Provinces du Ouaddaï et Sila
    Zone de moyen d’existence Est céréaliers et produits maraîchers (TD06), Provinces du Ouaddaï et Sila

    Source: FEWS NET

    Crise soudanaise et impacts sur sécurité alimentaire au Tchad : Le Tchad continue d’être affecté par les conséquences de la crise soudanaise. Les frontières terrestres communes sont fermées depuis mi-avril au lendemain du déclenchement des violences. Les flux transfrontaliers sont ainsi à l’arrêt. Trois des quatre provinces tchadiennes frontalières (Ouaddaï, Wadi Fira et Sila) du Soudan accueillent de nombreux réfugiés soudanais et retournés tchadiens fuyant les violences en cours sur le territoire soudanais. En date du 19 octobre 2023, plus de 519 570 personnes dont 77 320 retournés tchadiens. Selon les autorités administratives ainsi que des acteurs humanitaires des deux provinces (Ouaddaï et Sila), plus de 1000 arrivées quotidiennes sont enregistrées jusqu’en début septembre. Ces personnes venues du Soudan rejoignent les sites de transit où ils se trouvent tandis que d’autres intègrent les ménages d’accueil suivant les liens sociaux. Fin septembre 2023, pus de 6 500 personnes, réfugiées et retournées, étaient inaccessibles dans la localité de Tissi au sud du Sila à cause des inondations d’axes routiers par les eaux des ouaddis empêchant la circulation des acteurs humanitaires selon le Sous Bureau PAM de Goz-Beida (Province du Sila). Ils sont ainsi privés d’un accès à l’assistance alimentaire. Par ailleurs, les acteurs humanitaires ont relocalisé à ce jour 176 861 personnes réfugiées et retournés dans divers camps. D’autres relocalisations sont en cours à partir des sites de sites de transit.

    Situation agricole : Des pluies irrégulières et erratiques accompagnées d'une (de) période(s) sèche(s) ont provoqué le flétrissement et l'endommagement des cultures à Hadjer Adjid, Farchana et Adré.. Les cumuls pluviométriques enregistrés au cours de la saison sont inférieurs à ceux d’une année normale. Ces perturbations de la saison ont engendré l’apparition d‘ennemis de cultures dont des chenilles légionnaires à Koukou et Goz-Beida dans la province du Sila. Selon les responsales locaux de l’agriculture, d’importantes superficies de cultures céréalières et de légumineuses sont dévastées. Une baisse des superficies agricoles comparée à l’année dernière et à la moyenne des cinq dernières est observée dans le Sila occasionnée par l’installation des réfugiés sur des parcelles agricoles. Selon l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural (ANADER), des pertes de superficies variant de 10 à 32 pour cent sont rapportées sur les emblavures céréalières et de légumineuses dans les deux provinces à cause de l’installation des réfugiés sur les parcelles agricoles et des faibles cumuls pluviométriques et de longues séquences sèches. Les pertes des superficies emblavées en légumineuses sont plus importantes au Sila (42 pour cent) que dans le Ouaddaï (trois pour cent).

    Situation pastorale : Les mêmes faibles cumuls pluviométriques et des longues séquences sèches enregistrées durant la saison ont provoqué une dégradation atypique des ressources pastorales dans les provinces du Ouaddaï et du Sila. Les pâturages sont quasi inexistants tandis que les mares semi temporaires sont complètement asséchées sur les principaux parcours de transhumance du Ouaddaï au Sila. Dans le département d’Assongha, de nombreux troupeaux de pasteurs sont en mouvements vers le Sud du Sila. La surcharge pastorale dans les provinces du Ouadaï et du Sila est occasionnée par l’afflux massif des pasteurs en provenance de la zone de transhumance et des troupeaux appartenant aux réfugiés soudanais et retournés tchadiens. La situation zoosanitaire est globalement calme. La délégation provinciale de Sila qui dispose d’une réserve d’environ 70 000 doses de vaccins prévoit une couverture vaccinale contre la peste des petits ruminants (PPR) et la péripneumonie contagieuse des bovidés (PPCB).

    Marchés à bétail : Les approvisionnements des marchés à bétail d’Adré dans le département d’Assongha (province du Ouaddaï), sont principalement réduits par la mauvaise situation pastorale contraignant à un départ massif de pasteurs vers le Sud. Ceci est davantage accentuée par les différends intercommunautaires qui poussent certains pasteurs à éviter quelques marchés à la suite du contexte sécuritaire instable aux frontières tchado-soudanaises. Une offre proche de la normale est observée sur les marchés à bétail durant l’hivernage, elle tend à baisser dans la plupart des localités de la zone d’accueil à cause du départ précoce en transhumance des pasteurs et leurs troupeaux. Elle est par contre un peu proche de la moyenne à Goz-Beida (Province du Sila) qui accueille en transit, dans sa partie nord des pasteurs en route vers le sud de la province. Les prix de petits ruminants sont en hausse à cause de la forte demande locale, légèrement soutenue par la présence des acteurs humanitaires achetant les animaux pour leur consommation. 

    Stocks céréaliers des ménages : Les stocks des ménages hôtes très pauvres et pauvres, en cours de reconstitution, sont significativement inférieurs à la moyenne à cause des bas niveaux de récoltes pluviales. 

    Marchés de produits alimentaires : Compte tenu de l’arrêt des flux entrants du Soudan, les approvisionnements des marchés en produits alimentaires sont suppléés essentiellement par les flux internes à partir de N’Djamena et la Libye pour les produits manufacturés et importés. Cependant, les volumes des flux restent très inférieurs à une année normale en dépit de ces flux alternatifs à causes des coûts élevés de transport et de l’insécurité aux frontières tchado-libyennes. Les stocks commerçants locaux sont à des niveaux significativement bas, largement en dessous des niveaux d’une année normale, malgré les récoltes en cours. L’offre céréalière est en baisse significative à cause des faibles niveaux de récolte en cours et les coûts de transport occasionnés par l’augmentation des prix du carburant. Des hausses atypiques, comparée à la moyenne quinquennale de prix et à la même période de l’année passée sont observées sur les différents marchés de produits alimentaires, notamment à Adré, Farchana, Goz-Beida, Hadjer Hadid et Kerfi. Ces niveaux de prix sont dus à la forte demande suscite par présence de personnes travaillant dans les organisations humanitaires, les afflux massifs de réfugiés soudanais et retournés tchadiens, .

    Sources de nourritures : Les apports alimentaires des réfugiés et retournés proviennent principalement des produits distribués par l‘assistance humanitaire, de la mendicité, de la solidarité des ménages hôtes et de nantis et pour une minorité d’entre eux, des achats sur les marchés. Les ménages hôtes s'alimentent avec les faibles produits agricoles issus de la production propre, ainsi que de modestes volumes d’achats sur les marchés notamment ceux ayant perdu la grande partie de leurs superficies récoltables. 

    Sources de revenus : Une érosion des revenus est observée à cause de la suroffre de la main d’œuvre induite par la présence massive de réfugiés et retournés. Les afflux continus créent une compétition sur les ressources disponibles (fagots, matières premières pour les produits d’artisanat) et les opportunités existantes (maçonnerie, fabrication et vente de briques et manutention, entre autres). A titre d’illustration, les salaires journaliers de la main d’œuvre agricole ont baissé de plus de 40 pour cent, par rapport à une année normale, dans le département d’Assongha. Par ailleurs, les activités génératrices de revenus telles que la vente d’eau et la manutention constituent des opportunités dans les centres urbains et autour des places de marchés. La demande en eau de consommation est en hausse conduisant à une augmentation des coûts passant de 750 FCFA à 2 000 FCFA pour une contenance de 300 litres. De nombreux réfugiés s’orientent vers la collecte du bois de chauffe et à la mendicité dans les places de marchés et devant des domiciles d’autochtones.

    Nutrition : La situation nutritionnelle déjà préoccupante dans les provinces de Ouaddaï et Sila est exacerbée par l’afflux massif des réfugiés soudanais et retournés tchadiens. Pendant la période de juin à août 2023, les nouvelles admissions des cas d’enfants souffrants de malnutrition aiguë sévère (MAS) ont augmenté de plus 61 pour cent à Ouaddaï et de 15 pour cent à Sila.

    Assistance humanitaire : Depuis le début de la crise soudanaise, en avril 2023, l’action humanitaire se déploie dans la zone d’accueil afin d’apporter assistance aux réfugiés soudanais, retournés tchadiens et ménages hôtes. En date du 19 octobre 2023, environ 440 0000 personnes dont des réfugiés (334 881), retournés (38 660) et membres des ménages locaux (16 738) ont reçu des vivres en ration complète. Le panier alimentaire des distributions de vivres est composé de sorgho (425g/pers/j), légumineuses (100g/pers/j) et huile (35g/pers/j). Près de 180 000 ont également bénéficié des repas chauds sur les sites de relocalisation. L’analyse de la couverture des assistances alimentaires n’a pas pu être complétée car les détails de ces données ne sont pas disponibles, dont le nombre mensuel des bénéficiaires, la quantité distribuée par ménages et la fréquence des distributions.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire d’octobre 2023 à mai 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, en plus des suppositions nationales :

    • Production agricole de contre-saison : Les productions de contre-saison seront en baisse à cause des prix élevés du carburant destiné à l’irrigation et l’incapacité d’accès aux intrants dont les engrais à cause de la perte du pouvoir d’achat des ménages. L’installation des réfugiés sur les espaces agricoles limiteraient les superficies durant la campagne de contre-saison. 
      • Situation pastorale : Une soudure pastorale précoce serait observée dans la zone dès fin janvier au lieu de mars à avril en année normale à cause des déficits en pâturages et d’une indisponibilité en eau d’abreuvement. Une dégradation conséquente de l’état d’embonpoint des animaux serait observée à partir de décembre 2023 jusqu’en janvier 2024. La disponibilité du lait et des produits laitiers serait inférieure à la normale durant toute la période d’analyse.

      • Marchés à bétail : L’offre sur les marchés à bétail resterait inférieure à la moyenne à Adré et dans plusieurs localités d’Assongha à cause des mauvaises conditions pastorales. Une suroffre sera observée à Goz Beida (province de Sila à cause de la concentration de bétail, en quête de pâturages, à la suite des conditions pastorales relativement meilleures.   

    • Marchés de produits alimentaires : L’offre de produits alimentaires sur les marchés de la zone locale serait légèrement en baisse comparée à une année normale, notamment à Ouaddaï. Face à une pression induite par les faibles stocks des ménages, la demande sur les marchés serait supérieure à une année normale. Elle sera davantage prononcée par la présence et les afflux successifs de réfugiés soudanais et retournés tchadiens. Les stocks céréaliers de ménages s’épuiseraient à partir de fin janvier 2024 et conduirait à une augmentation significative de la demande. Les prix de produits alimentaires sur les marchés se maintiendraient en hausse significative comparée à la moyenne quinquennale et à l’année dernière durant toute la période d’analyse. 

    • Sources de revenus : Une érosion générale des revenus serait observée durant toute la période d’analyse à cause d’une concurrence entre ménages (hôtes, très pauvres et pauvres, réfugiés et retournés) sur les opportunités d’embauche (emploi domestique, manœuvre dans les places de marchés et maçonnerie, entre autres). Les revenus de la vente de produits agricoles et de petits ruminants seraient en baisse significative comparée à une année normale à cause des faibles productions agricoles et de l’arrêt des exportations vers le Soudan. L’insécurité couplée aux reflux réguliers d’artisans sur les sites d’orpaillage du Tibesti et la crise soudanaise continueraient de limiter les revenus de la migration à des niveaux largement inférieurs à une année normale.

    • Sources de nourriture :
      • Production propre des ménages hôtes : Les apports de la propre production dans l’alimentation des ménages serait très réduites et ne couvrirait que partiellement les besoins des ménages hôtes durant la première période de scénario. Les faibles volumes des stocks ne couvriraient que les trois premiers mois et s’épuiserait vers fin janvier 2024 au lieu de juin à juillet en année normale. Les pratiques sociales de solidarité dont les partages de repas avec les réfugiés réduirait davantage les niveaux des stocks des ménages. Un épuisement précoce sera observé à partir de janvier 2024, contraignant les ménages à dépendre des marchés et faire recours à d’autres stratégies en vue de compléter leur alimentation.
      • Paiement en nature : Les volumes de produits agricoles reçus des paiements en nature seraient très largement inférieurs à une année normale à cause des mauvaises récoltes enregistrées au cours de la campagne pluviale. 

      • Achats sur les marchés : Les volumes des achats seraient très limités à cause des bas niveaux de revenus des ménages hôtes dont les principales sources de revenus sont fortement érodées à cause de la crise soudanaise qui exacerbe les conditions locales (faible production et bas niveaux de revenus issus de la vente des récoltes). 

      • Produits de l’assistance : Compte tenu des difficultés des acteurs à mobiliser l’assistance et des effectifs sans cesse croissants des réfugiés et retournés, les volumes des vivres distribués seraient très limités et ne couvriraient pas les besoins alimentaires des réfugiés, retournés et ménages hôtes.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    D’octobre 2023 à janvier 2024 : De nombreux ménages hôtes très pauvres et pauvres auraient des déficits de consommation à cause des faibles volumes de récolte consécutives aux perturbations pluviométriques durant la saison et de la réduction des superficies mises en valeur. Les faibles volumes des achats sur les marchés ne pourraient pas compenser les écarts importants enregistrés sur les disponibilités alimentaires. Cependant, l’amélioration des disponibilités alimentaires issues des nouvelles récoltes et la réduction de certaines maladies infantiles hydriques durant cette période pourraient contribuer à une légère diminution de ces niveaux élevés de malnutrition aigüe. Les réfugiés et retournés pourraient davantage se livrer massivement à des pratiques nouvelles dans la zone dont la mendicité massive. La mendicité intense de nourriture par des enfants, femmes et hommes sera observée. Face à l’érosion des principales sources par suite de la pression sur les ressources disponibles et la compétition sur les opportunités, la plupart des revenus serait en baisse atypique, inférieure à une année normaleIls sont confrontés à des déficits de consommation et seront en Crise (Phase 3 de l’IPC) avec des ménages en insécurité alimentaire aiguë d’Urgence (Phase 4 de l’IPC). Les besoins d’assistance alimentaire augmenteront avec les arrivés des réfugiés et retournés ; sans ces assistances, leur situation alimentaire pourrait s’empirer graduellement. 

    De février à mai 2024 : La consommation alimentaire continuerait de se détériorer dans la plupart des localités. Faisant suite aux épuisements des stocks dès fin janvier 2024, les tendances des prix haussières atypiques comparées à la moyenne quinquennale limiteraient l’accès alimentaire des ménages. Les faibles revenus dus à l’érosion des principales sources pourraient amener les réfugiés et retournés ainsi que les ménages hôtes très pauvres et pauvres à vendre leurs biens personnels et intensifier la vente de bétail afin d‘accéder aux marchés. En définitive, les revenus tirés de la plupart des sources seraient marginaux. Les ménages réfugiés, hôtes et retournés subiraient une précarité financière les obligeant à développer des stratégies d’adaptation de crise. A partir de février 2024, la recrudescence des infections respiratoires aigües, l’épuisement progressif des ressources locales et les services sociaux de base déjà fragiles avec la pression des personnes réfugiées pourraient entraîner une détérioration progressive de la situation nutritionnelle pourrait dépasser les niveaux observés de la période de soudure en avril/mai 2024. Ils feront face à des déficits de consommation et resteraient en Crise (Phase 3 de l’IPC) malgré l’intensification des stratégies de crise. Les effectifs des ménages en insécurité alimentaire aiguë d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) pourraient augmenter durant la seconde période de scénario.

    Zone de moyen d’existence agropastorale et pêche (TD08) de la Province du Lac (Figure 3)

    Situation actuelle

    • Contexte sécuritaire : Une baisse d’incidents sécuritaires est rapportée au Lac traduisant une relative accalmie. Malgré les attaques enregistrées en août 2023, une baisse de 13 pour cent de déplacements a été signalée par rapport à la même période de l’année dernière (OIM).  

    Figure 3

    Zone de moyen d’existence agropastorale et pêche (TD08), Province du Lac
    Zone de moyen d’existence agropastorale et pêche (TD08), Province du Lac

    Source: FEWS NET

    • Situation agricole : Cette campagne agricole est marquée par des faibles niveaux de précipitations, induisant à une baisse de la production par rapport à la moyenne. Le niveau des précipitations affiche une moyenne de 147 mm par rapport à une pluviosité annuelle moyenne de 250mm, soit une baisse de 41,2 pour cent. Une longue séquence sèche de 21 jours successifs entre le mois d’août et début septembre a occasionné des flétrissements de culture par suite du stress hydrique. 

      • Des re-semis ont été effectués à la suite de la reprise des pluies en mi-septembre 2023. Dans le département de Bagasola, les emblavures du maïs et du mil ont enregistré des réductions respectives de superficies de 22,78 pour cent et 31,54 pour cent à cause des faibles cumuls pluviométriques (SODELAC, août 2023). 

      • Quelques attaques par les ennemis de cultures (oiseaux granivores et criquets pèlerins) ont également été signalés.

    • Sources de revenus : La plupart des revenus des ménages hôtes et déplacés internes sont en baisse à cause de la raréfaction des opportunités de la main d’œuvre agricole à la suite de la suroffre et des baisses de superficies par la mauvaise pluviométrie. La forte pression exercée sur les produits de cueillette et la compétition sur la collecte du fagot, de produits sauvages servant de matière première à l’artisanat réduisent les quantités de ces produits vendues sur les marchés. Face à une demande limitée en produits de cueillette et du fagot et au faible pouvoir d’achat, les revenus sont en baisse.

    • Marchés de produits alimentaires : A Bol et Bagasola, l’offre céréalière est inférieure à une année normale à cause de la baisse de la production agricole pluviale. Faisant suite aux faibles niveaux de stocks accentué par l’arrêt de l’assistance humanitaire depuis avril 2023, une pression intense de la demande induite par la forte dépendance aux marchés est observée. Une demande additionnelle constituée des deux provinces voisines du Sahel Ouest (BEG et Kanem) renforce davantage les hausses de prix du maïs. À Bol le prix du maïs atteint 15 et 49 pour cent de plus que l’année dernière et la moyenne quinquennale, respectivement, tandis que le prix du mil est en baisse par rapport à l’année passée, mais toujours très élevé par rapport à la moyenne quinquennale (Figure 4).

    Figure 4

    Variation des prix des céréales sur le marché de Bol
    Variation des prix des céréales sur le marché de Bol

    Source: FEWS NET

    • Sources de nourriture : Compte tenu des faibles productions pluviales, les apports en produits agricoles propres dans la consommation de la plupart des ménages déplacés et hôtes sont largement en deçà des niveaux d'une année normale. Les volumes des paiements en nature des déplacés sont très marginaux voire nuls. Dépendant principalement des marchés, leur accès est réduit par les bas niveaux de leurs revenus face aux prix en hausse, atypique, comparée à une année normale ; ils ne peuvent se procurer que des volumes très limités.

    • Situation pastorale : Un retour précoce vers les localités insulaires est constaté depuis début septembre 2023 à cause de la faible disponibilité de pâturages sur la terre ferme. Une concentration du bétail au sud de la province est également observé. Ceci a occasionné une compétition entre pasteurs pour l’accès et le contrôle de zones de pâturages et a entraîné un mauvais état d’embonpoint des animaux par suite d’un faible accès alimentaire. La complémentation animale mise à disposition par les acteurs humanitaires manque, faute de financement de l’assistance. Une recrudescence des épizooties a été déplorée par les services techniques qui signalent des cas de pasteurellose et de trypanosomose. 

    • Marchés à bétail : Une légère baisse relative de l’offre en gros bétail est observée à cause du retour précoce et massif des pasteurs vers les zones insulaires. Toutefois, le niveau de l’offre se maintient supérieure à une année normale en raison du ralentissement de l’exportation à destination du Nigéria via le Niger. En plus, la dépréciation du Naira nigérian ainsi que les contraintes sécuritaires sur les axes d’exportation limite les volumes d’exportation, renforçant suroffre locale du gros bétail. Par contre, une baisse de l’offre en petits ruminants occasionnée par le départ des pasteurs vers les zones insulaires et dans les localités situées au sud de la province a entraîné une hausse modérée comparée à la moyenne quinquennale des prix d’ovins (26 pourcents) et de caprins (30 pourcents) à Bol (Figure 5). 

    Figure 5

    Projections des prix du mouton sur le marché de Bol
    Projections des prix du mouton sur le marché de Bol

    Source: FEWS NET

    • Termes de l’échange céréales/bétail à Bol : Le faible volume des pâturages a affecté l’état d’embonpoint de bétails qui conduisent à une baisse de leur valeur marchande. Au regard de la hausse des prix de produits alimentaires et les faibles revenus tirés de la vente des bétails, les pasteurs font face à un terme de l’échange défavorable de l’échange céréales/bétail, comme l'illustre le marché de Bol. 

    • Situation nutritionnelle : Les données nutritionnelles affichent une fluctuation qui montre une hausse atypique des admissions d’enfants malnutris de juin à août 2023 avec un pic en août. Cette tendance à la hausse est corrélée par une augmentation de l’incidence des maladies de l’enfants (IRA, paludisme, diarrhée), les pratiques d’Alimentation du Nourrisson eu du Jeune Enfant (ANJE) que n'est pas en mesure de couvrir tous les besoins et les effets de la période de soudure qui réduisent la consommation alimentaire des ménages. Selon la planification annuelle de la province du Lac, les nouvelles admissions en date de septembre 2023 qui s’élèvent à 20 530 cas.

    • Assistance humanitaire : L’arrêt de l’assistance depuis le mois de mars 2023 est dû à la baisse des ressources exprimées par le PAM. En conséquence, quelques ménages ont migré vers les localités insulaires en quête des ressources alimentaires, malgré les restrictions gouvernementales et les conditions sécuritaires volatiles dans ces zones. 

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire d’octobre 2023 à mai 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, en plus des suppositions nationales :

    • Les incursions des membres de l'Etat Islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO) devraient persister au moins jusqu'en mai 2024, mais resteront à des niveaux inférieurs à ceux observés en 2022 et nettement inférieurs aux tendances observées au cours des cinq années précédentes (2017-2021).
    • La production agricole globale serait inférieure à la moyenne quinquennale à cause des faibles niveaux de production pluviale et des difficultés liées au carburant durant la campagne de contre-saison.
    • Les revenus seraient globalement en baisse, notamment ceux issus de la main d’œuvre agricole. Face à la suroffre, les salaires journaliers seront très bas, inférieurs à une année normale. La pression sur les produits de cueillette et les fagots ainsi que la suroffre de l’artisanat généreront des revenus inférieurs à ceux d’une année normale.
    • Durant toute la période de scénario, les marchés céréaliers afficheraient des prix supérieurs à la moyenne quinquennale à cause des faibles productions qui entraîneraient une pression soutenue aux marchés. Les coûts élevés de transport et le contexte sécuritaire continueraient de renforcer la tendance haussière des prix sur les marchés de produits alimentaires à cause des faibles volumes de flux internes. Ces prix seraient davantage plus importants, à partir de mars et avril 2023 à la suite des épuisements de stocks et de la demande céréalière, notamment du mil durant la période de Ramadan.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    D’octobre 2023 à janvier 2024 : Compte tenu de la pression des déplacés sur les faibles volumes de stocks céréaliers issus de la campagne pluviale et des faibles volumes de capture de poisson dues à la saisonnalité, les déplacés et ménages hôtes seraient confrontés à des déficits de consommation alimentaire malgré les stratégies de crise développées. Leur accès alimentaire sera fortement réduit à cause des niveaux élevés de prix sur les marchés, les classant en Crise (Phase 3 de l’IPC). Les besoins en assistance alimentaire sont de plus en plus grandissants à cause de la baisse de production, mais l’insuffisance des financements a obligé les organisations humanitaires d’arrêter ces opérations humanitaires depuis mars 2023. 

    De février à mai 2024 : L’épuisement total des stocks à partir de fin janvier 2024 limitera l’accès alimentaires des déplacés et ménages hôtes qui dépendront majoritairement des marchés. Cependant, ils ne pourront se procurer que de faibles volumes sur les marchés à cause des prix élevés face à leurs bas niveaux de revenus. La plupart des ménages développeraient des stratégies d’adaptation de crise (réduction de dépenses d’éducation et de santé) en vue de se procurer des revenus mais ne pourront satisfaire leurs besoins de consommation. L’état nutritionnel des enfants de moins de cinq ans et femmes enceintes et allaitantes continuera de se détériorer à cause des faibles apports alimentaires, couplée à la prévalence des pathologies dont les infections respiratoires aigües et le paludisme, entre autres. Malgré les stratégies d’adaptation intensifiées et compte tenu des facteurs défavorables ci-dessus, l’insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) persistera. 

    Citation recommandée: FEWS NET. Tchad Perspectives sur la sécurité alimentaire Octobre 2023 - Mai 2024: Les faibles productions agricoles et la pression sur les moyens d’existence détériorent la sécurité alimentaire au Lac et à L’Est du pays, 2023.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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