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La sécurité alimentaire se dégrade dans la zone sahélienne durant la période de soudure

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Tchad
  • Février 2018
La sécurité alimentaire se dégrade dans la zone sahélienne durant la période de soudure

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  • Messages clé
  • CONTEXTE NATIONAL
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    • Le niveau d’insécurité alimentaire augmente dans la zone sahélienne avec la baisse des niveaux de réserves alimentaires, la fin des activités de contre saison, la hausse relative des prix des céréales, et la faible opportunité d’emploi. Au Lac, suite aux mauvaises récoltes, aux prix de bétail relativement bas, et des conflits qui perturbent les moyens d’existence, les niveaux d’insécurité alimentaire sont en Crise.

    • La baisse continue des niveaux des stocks alimentaires dans la plupart des ménages continue d’augmenter la demande dans les prochains mois, et les marchés auront des difficultés à répondre à cette demande croissante à cause de la hausse du prix de carburant (4 janvier 2018) qui a poussé les transporteurs à aller en grève, avec le risque d’avoir de bas niveaux des stocks commerçants dans les zones déficitaires.

    • La situation pastorale connaît une forte dégradation à cause des déficits fourragers dans la plupart des régions (15 régions sur 21) de la zone de transhumance. Un tarissement avancé des mares semi permanentes a contraint les pasteurs à un départ précoce en transhumance. Une soudure pastorale pourrait affecter les conditions physiques des animaux à partir de fin mars, et pourrait engendrer des conflits agriculteurs–éleveurs. 


    CONTEXTE NATIONAL

    Situation actuelle

    Situation agricole

    Les résultats provisoires de la campagne agricole 2017-2018 indiquent une production céréalière estimée à 2 862 610 t, soit une hausse de 3,2 % par rapport à la moyenne quinquennale (Source : Agence Nationale d’Appui au Développement Rural, ANADER). Le mil, le sorgho et le maïs ont enregistré de légères hausses de production. En revanche, le riz a enregistré une légère baisse à cause des inondations. Toutefois, certaines régions ont enregistré une importante baisse de la production céréalière, notamment le Kanem (27,7 %), Wadi Fira (27,2 %), Barh El Ghazal (20,5 %), Lac (7,6 %), Moyen Chari (5 %) et Batha (4,9 %). Bien que la région de Sila ait enregistré un léger excédent céréalier de 4 pourcent comparé à la moyenne, le département de Djourf Al Ahmar est déficitaire.

    Les prévisions de la production de berbéré de novembre 2017 indiquent un excédent de 11 pourcent comparé à la moyenne quinquennale (ANADER), bien que les rendements en cours soient en dessous de la moyenne sur beaucoup de sites, notamment le Ouaddaï, Guera, Sila, Salamat et Chari Baguirmi à cause des attaques de chenilles, du stress hydrique et de l’arrêt précoce des pluies de 2017.

    La production des oléagineux, estimée à 1 095 691 t en 2017, reste proche de la moyenne quinquennale.

    La production des légumineuses est estimée à 142 087 t, soit une hausse de 11 pourcent, par rapport à la moyenne quinquennale.

    Les cultures maraichères enregistrent globalement une hausse de production comparée à la moyenne, due à l’extension des superficies grâce à l’appui des ONG. En revanche, on note une baisse dans le Guera et le Batha, faute de recharge de la nappe phréatique.

    Situation pastorale

    La situation pastorale se caractérise par un fort déficit de biomasse dans la zone sahélienne enregistré dans 15 régions sur 21. Les régions les plus touchées par le déficit fourrager sont le Guera, Wadi Fira, Lac, Salamat, Hadjer Lamis et Ouaddaï. Ceci a occasionné une transhumance précoce (débutée dès fin septembre au lieu d’octobre – novembre), dans la plupart des régions. Ce début précoce est en train d’accélérer la soudure pastorale qui commence dès février, au lieu d’avril en année normale.

    Marchés et flux

    Les marchés fonctionnent normalement dans presque toutes les régions du pays à l’exception du Lac où ils sont au ralenti en raison de la situation sécuritaire instable due aux conflits. Par exemple, le marché de Bagassola (Lac) ne fonctionne qu’à 20 pourcent de sa capacité normale. Les marchés sont renforcés par les récoltes de berbéré qui sont presque finies. L’offre sur la plupart des marchés céréaliers est à son niveau normal grâce aux bonnes récoltes de 2017. Les importations de produits manufacturés (pâtes, huile, sucre, etc.) de la Libye et des céréales du Soudan (riz) contribuent au ravitaillement des marchés au Sahel (Guera, Wadi Fira, etc.) malgré l’insécurité qui ralentit les flux avec la Libye. Les flux internes se comportent comme en année normale dans presque toutes les régions.

    Dans la plupart des marchés céréaliers, les prix affichent une tendance baissière. On observe cependant la tendance inverse dans certains marchés tels que Mangalmé, où le prix du sorgho a augmenté de 18 pourcent comparé à la moyenne à cause de l’assèchement du berbéré. La forte demande en céréales dans le Ouaddaï et Sila au profit des réfugiés soudanais a causé une augmentation des prix des céréales.

    Mouvement des populations

    Des mouvements de population sont observés dans le département de Mangalmé à cause de la faible production pluviale, de l’assèchement des cultures de berbéré et des attaques de chenilles mineuses. Ces mouvements se font notamment vers Abéché, Mongo, Salamat ou N’Djamena. Il s’agit généralement des chefs de ménage avec ou sans leur épouse et des jeunes de 18 ans et plus.  

    La présence anormale des pasteurs bororos est signalée dans les centres urbains de Mongo et Melfi suite aux évènements en RCA. La reprise des hostilités par les groupes armés en Centrafrique a provoqué l’arrivée de près de 20 000 personnes dans les départements de la Nya Pendé et des Monts de Lam (région du Logone Oriental). Un effectif de 18 000 personnes a été enregistré par le HCR.

    Assistance humanitaire

    La communauté humanitaire développe des actions dans différentes zones. Dans le département de Kobé (région du Wadi Fira), le PAM fournit actuellement une assistance alimentaire sous forme de « Food for Assets » à 4 375 participants. Au Lac, près de 90 000 personnes bénéficient d’une assistance alimentaire sous forme de Distribution Générale des Vivres (DGV) et 48 310 personnes sous forme d’argent liquide. Cette assistance se poursuivra jusqu’à fin mars, sous condition de livraison des commandes de vivres en cours d’acheminement.

    En zone soudanienne, dans le Logone Oriental, le PAM développe des interventions d’urgence en faveur des nouveaux réfugiés centrafricains à travers des vouchers et des suppléments nutritionnels (biscuits protéinés) à 4 000 enfants.  

    Stocks céréaliers des ménages

    Les niveaux de stocks céréaliers amorcent une baisse saisonnière dans la plupart des régions. Au Sahel, dans les régions déficitaires (BEG, Kanem, Wadi Fira, Lac), on note une baisse inhabituelle du niveau des stocks. La plupart des ménages commencent à dépendre des marchés pour couvrir leurs besoins alimentaires de base.

    Stocks céréaliers commerçants et Institutionnels 

    La reconstitution des stocks commerçants s’effectue comme en année normale. Les stocks résiduels de l’Office National de Sécurité Alimentaire (ONASA) sont bas et la reconstitution connaît un retard comparé aux années précédentes, faute de financement. Une baisse du volume des achats, en deçà des 25 000 t habituelles, est attendue à cause des difficultés économiques du pays.

    Situation de la sécurité alimentaire courante

    Selon les évaluations menées en octobre 2017 par FEWS NET, près de 1,5 millions de personnes, dont la plupart sont dans la zone sahélienne, sont à risque d’insécurité alimentaire au Tchad à la suite des mauvaises récoltes de 2017/2018, des déficits fourragers et du faible pouvoir d’achat des ménages. Les déficits fourrager et céréalier au Kanem, BEG, Batha, Wadi Fira, Ouaddai et Sila ont pour conséquence de perturber les moyens d’existence de nombreux ménages pastoraux et d’anticiper l’épuisement des stocks de céréales des ménages. Ces zones sont actuellement sous pression (Phase 2 de l’IPC) et aucun changement n’est attendu d’ici fin mai. Au niveau du Lac, près de 175 000 personnes ont actuellement des difficultés pour répondre à leurs besoins alimentaires de base. Cette situation est due à la réduction de niveaux des stocks alimentaires, aux conflits et aux faibles revenus du travail salarié.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de février à septembre 2018 est basé sur les hypothèses suivantes au niveau national :

    • Evolution des paramètres agro-climatiques pour la campagne 2018–2019 : la saison des pluies de 2018 devrait se dérouler normalement dans toutes les zones agropastorales avec une pluviométrie proche de la moyenne.
    • Perspectives pour les récoltes de contre saison : la production des cultures de décrue/berbéré (février à mars) dans les zones de production du Guera, Ouaddaï, Sila, Salamat (Aboudeia), Chari Baguirmi et Batha serait en dessous des prévisions. En revanche, les récoltes maraîchères seraient au-dessus de la moyenne en raison de l’augmentation des superficies emblavées grâce aux appuis des différentes ONG.
    • Situation pastorale : les déficits importants de production de biomasse et en eau de surface observés dans les zones pastorales et agropastorales continueraient d’entraîner des mouvements anormaux des transhumants vers la zone soudanienne, causant des tensions entre les communautés agricoles et pastorales. Ces déficits entraineraient une période de soudure pastorale précoce, prolongée et difficile dès février 2018.
    • Stocks céréaliers des ménages : dans certaines régions déficitaires (BEG, Kanem, Wadi Fira, Lac), un épuisement précoce des céréales sera amorcé dès fin février.
    • L’offre et la demande :
      • Offre de produits alimentaires : les produits céréaliers, oléagineux et tubercules sont généralement disponibles en quantité suffisante, comme en année normale, grâce à la bonne production enregistrée. Toutefois, la disponibilité sera inférieure à la normale dans les zones qui ont connu de déficits de production.
      • Demande de produits alimentaires – dont demande institutionnelle et demande de bétail depuis le Nigéria à travers le Niger : dans les zones qui ont connu de bonnes récoltes, la demande sera inférieure car les stocks des ménages seront supérieurs à la normale. Dans les zones déficitaires, la demande sera inférieure à cause d’une baisse du pouvoir d’achat. Chez les commerçants grossistes, la demande en céréales serait importante. La demande institutionnelle serait inférieure à la normale à cause des difficultés financières.
    • Main d’œuvre agricole : avec l’installation normale de la saison agricole 2018-2019 et suite à l’abandon des subventions au labour mécanisé, la demande de main d’œuvre agricole restera soutenue pour la préparation des sols, des semis et de l’entretien. Par conséquent, le coût de la main d’œuvre agricole restera moyen à supérieur à la moyenne et sera profitable aux ménages pauvres.
    • Sources de revenus non-agricoles : plusieurs chantiers de construction et de prospection sont à l’arrêt et les bras valides s’orienteraient massivement vers la maçonnerie, la manutention (porte-tout, charrette) et l’orpaillage.

    La tendance des prix

    • Prix du mil : sur le marché de Sarh, le prix du mil observé en janvier 2018 est autour de 190 FCFA/kg, soit une baisse de 11 pourcent comparée à la moyenne quinquennale. Le prix atteindra son pic en août (285 FCFA/kg).
    • Prix du sorgho : sur le marché d’Amtiman, le prix du kilogramme de sorgho en janvier 2018 est de 133 FCFA. Par rapport à la moyenne quinquennale, ce prix représente une augmentation de 22 pourcent, mais devrait revenir à un niveau moyen en février (+4 %) et mars (+6 %) avant de connaitre à nouveau un prix supérieur à cette moyenne en août (+13 %) et en septembre (+18 %).
    • Prix du maïs : le prix du maïs observé en janvier sur le marché de Bol est plutôt stable comparé à la moyenne quinquennale (-9%) et devrait le rester jusqu’au mois de mars avant de connaitre une baisse de 14 pourcent à cause des récoltes de contre saison froide. De nouveau stable en mai et juin, le prix connaitra une hausse modérée en juillet (+14 %) et août (+20 %) pendant la soudure.
    • Prix du sésame : sur le marché de N’Djamena, le prix du sésame a reculé de 520 à 510 FCFA entre décembre 2017 et janvier 2018. Il atteindra son pic en avril (+21 pourcent) à cause de l’arrivée des grossistes soudanais attendue.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Entre février et mai : la plupart des régions du Sahel et les zones inondées du sud ont enregistré des récoltes en dessous de la moyenne, et les stocks des ménages seront épuisés dès février/mars contre mai en année normale. Par conséquent, l’insécurité alimentaire des ménages dans le Kanem, BEG, Batha, Guera, Wadi Fira, Ouaddaï, Sila, Moyen Chari et Tandjilé sera sous pression (Phase 2 de l’IPC). En revanche, le Lac sera en Crise (Phase 3 de l’IPC) à cause des faibles réserves alimentaires et des conflits. Avec la détérioration attendue des termes d’échange, les conditions de la sécurité alimentaire pourraient se détériorer pour la plupart des régions de la zone sahélienne. Le reste du pays connaitra une situation Minimale (Phase 1 de l’IPC).

    Entre juin et septembre : pendant que la situation de la sécurité alimentaire de certains départements ne subira aucun changement entre la première et la deuxième période de scenario grâce aux bonnes récoltes maraichères, l’inadéquation des niveaux de stocks et le faible pouvoir d’achat dû notamment au faible prix des animaux et au prix élevé des céréales des ménages pauvres  et très pauvres du Lac, Kanem, BEG, Batha, Guera et Wadi Fira conduira à un déficit dans l’accès alimentaire. Par conséquent, les conditions de la sécurité alimentaire pourraient se détériorer, entre juin et septembre, en crise (Phase 3 de l’IPC). Dans les régions du Mandoul, Moyen Chari, Tandjilé/Est, Ouaddai et Sila, les ménages auront des difficultés alimentaires pendant la soudure et seront sous pression (Phase 2, IPC).  Le reste du pays connaitra une situation Minimale (Phase 1 de l’IPC).

    Figures

    Figure 1

    CALENDRIER SAISONNIER POUR UNE ANNÉE TYPIQUE

    Source: FEWS NET

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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