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La consommation alimentaire des ménages se dégrade dans les zones de conflits

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Tchad
  • Décembre 2018
La consommation alimentaire des ménages se dégrade dans les zones de conflits

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  • Messages clé
  • CONTEXTE NATIONAL
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    • Les conflits au lac Tchad et récemment au Tibesti, perturbent les moyens d’existence et les marchés. La diminution des flux transfrontaliers des produits agro-alimentaires (riz, pâtes, farine de blé) avec la Libye accélère l’épuisement des avoirs et des stratégies d’adaptation des ménages au niveau du Tibesti. Les revenus des ménages sont très inférieurs à la moyenne, affectant l’accès financier et physique à la nourriture.

    • La situation nutritionnelle déjà précaire dans le Tibesti pourra être aggravée par les difficultés d’accès alimentaire et la disponibilité. Lors des dernières enquêtes SMART (septembre 2018), la prévalence de la malnutrition aiguë globale (MAG) était déjà proche du seuil critique (13,6%). Cette situation exige des réponses pour remédier aux causes de la malnutrition telles que la dysenterie, le paludisme et infections respiratoires.

    • Les bonnes récoltes de 2018-2019 enregistrées dans la zone sahélienne et au Mayo-Kebbi entrainent une bonne reconstitution des stocks aux niveaux des ménages et des commerçants comparés à une année normale. Par conséquent, on constate une faible dépendance aux marchés. Cependant, le déficit céréalier enregistré au Moyen-Chari, Mandoul, Tandjilé et les deux Logones entraînerait un épuisement des stocks vers mai 2019 (2-3 mois plus tôt que d'habitude).

    • La situation pastorale est bonne grâce à la disponibilité de pâturage et en eau. L’embonpoint des animaux est bon entrainant une légère hausse relative des prix, qui restent cependant inférieurs à la moyenne. Toutefois, face à une baisse atypique du prix des céréales, on observe une amélioration des termes de l’échange bétail/céréales.


    CONTEXTE NATIONAL

    Situation actuelle

    Situation agricole : Les récoltes pluviales sont presque terminées et la production céréalière de la campagne agricole 2018/2019 est estimée à 3 003 362 tonnes, soit une hausse de 11,9 pourcent par rapport à la moyenne des 5 dernières années (Direction de la Statistique Agricole – DSA, novembre 2018). Toutefois, une baisse de 4,5 pourcent est enregistrée dans toutes les régions de la zone soudanienne à l’exception des deux Mayo Kebbi, Est et Ouest.

    La production des autres cultures vivrières est estimée à 1 781 495 tonnes (DSA, novembre 2018). Elle est en hausse de 7,7 pourcent par rapport à la moyenne quinquennale. En revanche, la zone soudanienne a enregistré une baisse de 6,8 pourcent par rapport à 2017, mais une légère hausse de 1,8 pourcent par rapport à la moyenne quinquennale.

    La situation pastorale : La campagne pastorale 2018 a connu un démarrage précoce avec une assez bonne répartition spatio-temporelle des pluies. Les cumuls pluviométriques du 1er avril au 31 octobre 2018 indiquent que la plupart des régions sont excédentaires, entrainant un bon rendement de la biomasse. Le bilan fourrager est largement excédentaire et peut couvrir les besoins jusqu’au prochain hivernage. Les mares semi-permanentes sont à moitié pleines, mais la plupart d’entre elles pourra tarir d’ici à février 2019. La situation zoosanitaire est calme grâce aux campagnes de vaccination entreprises par l’Etat et ses partenaires. La transhumance vers le sud des troupeaux originaires du Bahr-El-Gazal et le Kanem est déjà constatée en novembre au niveau de la zone soudanienne et plus précisément au niveau du Moyen Chari et du Mandoul malgré la disponibilité fourragère et les eaux de surface dans les régions d’origine. Ces troupeaux se déplacent plus rapidement que d’habitude et ont causé de sérieux dégâts sur les cultures dans le Mandoul. Par exemple, dans le village Béko, ce sont environ 108 hectares toutes cultures confondues qui ont été dévastés. Les villages Toura et Békessi ont également connu des pertes. L’embonpoint des animaux est normal.

    La main d’œuvre agricole : La demande de main d’œuvre agricole se situe au-dessus de la moyenne dans la zone sahélienne grâce aux superficies récoltables supérieures à la moyenne, mais se trouve en diminution car la saison agricole est bientôt terminée et les activités de récolte ont diminué. L’intégration des réfugiés et retournés au lac Tchad provoque aussi une augmentation de l’offre de main d’œuvre. Néanmoins dans la zone soudanienne, la demande reste moyenne à faible à cause des baisses de superficies récoltables en riz, notamment dans le Mayo Kebbi et la Tandjilé. Par ailleurs, la demande est légèrement supérieure à la normale dans le Moyen Chari, car chaque producteur veut achever ses récoltes avant l’arrivée des transhumants qui sont entrain de descendre rapidement vers la zone soudanienne.

    Mouvements de populations : Au Moyen Chari, les réfugiés de la République Centrafricaine sont dépendants de l’assistance alimentaire. Par ailleurs, les dernières attaques de septembre au Lac ont provoqué le déplacement de 180 personnes de Kaїga vers Bagassola.

    L’offre et la disponibilité céréalière : Les marchés sont bien approvisionnés en produits agricoles grâce aux récoltes des cultures pluviales en cours et des stocks commerçants. Par contre, on constate une perturbation des flux des produits alimentaires dans les zones de conflit, notamment au lac Tchad et au Tibesti. L’offre de produits locaux est renforcée par des importations (pâtes, farine de blé, riz, huile et sucre) en provenance de la Libye, du Soudan et du Cameroun. Les produits céréaliers, les oléagineux et les tubercules sont disponibles en quantité suffisante, grâce à une production se situant autour de la moyenne. Toutefois, la disponibilité est inférieure à la normale dans les zones qui ont connu des baisses de production.

    La demande de produits céréaliers : La demande céréalière est normale grâce aux bonnes récoltes mais la demande institutionnelle pour la reconstitution des stocks et des interventions futures reste timide comparée à une année normale.

    Les flux et prix des produits alimentaires : Les flux sont normaux à l’exception des zones de conflit (Lac et Tibesti). La tendance des prix des céréales en novembre 2018 est en baisse par rapport à la moyenne quinquennale. Par contre, le prix du riz reste stable (+5 pourcent) du fait des mauvaises récoltes en zone soudanienne. Les commerçants grossistes profitent des prix relativement bas (maïs, mil et sorgho) pour la reconstitution de leurs stocks. Les prix du niébé, du sésame et de l’arachide, principales cultures de rente, se situent au niveau de la moyenne quinquennale.

    Les prix du bétail : Le prix des animaux (ovins, caprins et bovins) enregistre une baisse en novembre allant de 10 à 25 pourcent par rapport à la moyenne quinquennale. Cette baisse s’explique par la faible demande du Nigeria et le ralentissement des flux avec le Soudan et la Libye.

    Assistance humanitaire : Au Lac, la prise en charge par les ONG se poursuit et a beaucoup soulagé les retournés et déplacés qui bénéficient des vivres et de produits ménagers (seau, nattes, bidons, tentes et autres). Par contre, aucune assistance n’a été signalée pour les populations du Tibesti.

    Situation alimentaire courante : La consommation alimentaire est satisfaisante dans presque toutes les zones grâce aux récoltes excédentaires de la campagne agricole 2018/2019 et à la disponibilité de tubercules et de produits maraichers (tomates, carottes, aubergines, laitues, etc.) qui assurent une bonne diversité alimentaire. Ces produits procurent également des revenus. Les ménages sont en insécurité alimentaire minimale (Phase 1 de l’IPC).

    Toutefois, certains ménages de retournés et de déplacés du Lac éprouvent des difficultés alimentaires à cause des conflits qui limitent l’accès aux sources de revenus. Par conséquent, ils ont une consommation alimentaire réduite et sont incapables de se permettre certaines dépenses non alimentaires essentielles. Ils sont sous pression et peuvent basculer en Crise sans l’assistance en cours (Phase 2 ! de l’IPC). Par ailleurs, au Tibesti, les ménages éprouvent des difficultés d’accès au marché et aux sources de revenus alors que les stocks sont à de très bas niveaux et leur consommation alimentaire est faible.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de décembre 2018 à mai 2019 est basé sur les hypothèses suivantes au niveau national :

    • La production agricole :Le début des récoltes de sorgho de contre saison (berbéré) est prévu fin février 2019 et se poursuivra jusqu’à mars, comme en année normale, sauf au Guéra où elles se poursuivront jusqu’en avril à cause de la lenteur des retraits des eaux dans les zones marécageuses, lors du repiquage.
      • Les pertes causées par les maladies des cultures pendant les récoltes pluviales et de contre saison seront moyennes à légèrement en dessous de la moyenne. Par contre, à Sarh, les pertes seront légèrement au-dessus de la moyenne à cause de l’arrêt précoce des pluies et des dégâts probables des chenilles Spodoptera friji sur le berbéré, entre décembre et mars.
      • Les opportunités génératrices de revenus et de paiements en nature pour les ménages pauvres resteront élevées pour les récoltes de berbéré (janvier à mars 2019) par rapport à 2017/2018. Cependant, les paiements seront moyens à inférieurs à la moyenne selon la zone, à cause de la crise financière.
    • Stocks alimentaires (aux niveaux ménages, commerçants et institutionnelles) : Les stocks céréaliers (ménages et commerçants) seront moyens ou supérieurs à la moyenne au niveau national grâce aux bonnes productions enregistrées en 2018/2019 et aux importations commerciales. Toutefois, les régions du Guéra (département de Mangalmé) et du Batha (Batha-Ouest) connaitront une baisse précoce des stocks céréaliers à cause des niveaux élevés d’endettements rapportés (Enquêtes Nationales de Sécurité Alimentaire - ENSA - octobre 2018). Au niveau du Kanem et du Bahr-el-Gazal (BEG), qui sont des régions structurellement déficitaires, les stocks céréaliers seront épuisés entre février et mai, comme en année normale. A Biltine (Wadi Fira), une forte concentration des stocks de produits alimentaires sera attendue du fait de l’interruption des flux vers le Tibesti. Le volume des achats institutionnels sera moins important cette année contrairement aux années passées à cause des difficultés économiques.
    • Marchés et Prix des produits agricoles : Une hausse saisonnière de la demande des ménages sera progressivement rapportée sur les marchés. Cette hausse sera davantage prononcée au Moyen Chari, Mandoul, les deux Logones, Tandjilé, Wadi Fira, Kanem, BEG et Tibesti à cause de la forte dépendance aux marchés suite à la baisse précoce des stocks céréaliers des ménages. Les flux des produits alimentaires manufacturés en provenance de la Libye fonctionneront au ralenti à cause de l’insécurité civile. Les prix des céréales seront inférieurs à la moyenne pendant toute la période d’analyse, sauf dans les zones de conflit où une hausse atypique pourra être observée.
    • Elevage : Les mouvements de bétail, du nord vers le sud (novembre à janvier) et du sud vers le nord (mai/juin) resteront normaux. Ils se déplacent cependant plus rapidement que d’habitude et se retrouvent dans des régions où les récoltes ne sont pas encore achevées.
      • Le niveau actuel de pâturage est largement excédentaire pour couvrir les besoins au niveau national pendant toute la période d’analyse.
      • Une hausse des prix du bétail interviendra à partir de mai en raison de l'augmentation de la demande de bétail liée à la période de Ramadan (mai/juin). Cependant, les prix resteront similaires à l'année dernière, en dessous de la moyenne quinquennale. Les termes de l'échange bétail/céréale suivront les mêmes tendances.
    • Revenus non agricoles : Les activités non agricoles, telles que la migration saisonnière, la construction, et la fabrication de briques, augmenteront après la période de récolte (novembre à janvier selon la zone) suivant la tendance saisonnière. Les revenus issus de ces activités et de la vente de bétail seront cependant inférieurs à la moyenne à cause de la crise financière et des conflits.
    • Assistance alimentaire : L'assistance alimentaire ciblant les ménages les plus vulnérables est acquise jusqu’à décembre 2018. Compte tenu du profilage en cours au Lac pour une catégorisation des personnes à assister, l’assistance est planifiée et probable mais le financement n’est pas encore confirmé pour 2019.
    • Crédit : Les ménages pourront commencer à s’endetter pour couvrir leurs besoins alimentaires, à partir d’avril jusqu'à mai 2019, mais à des niveaux inférieurs à la moyenne. Dans les zones rizicoles, l’endettement pourra commencer dès décembre afin de leur permettre de repiquer le riz de contre saison.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Pour la période de décembre 2018 à janvier 2019, les ménages du Tibesti devront adopter des stratégies de crise telles que la limitation des dépenses non alimentaires et la réduction du nombre de repas et feront face à un déficit de consommation et seront en sécurité alimentaire en Crise (Phase 3 de l’IPC). Certains ménages du Lac, notamment les déplacés et réfugiés, auront des difficultés à accéder à la nourriture issue du partage des repas entrainant l’épuisement rapide des stocks et la baisse de revenus. Ces ménages vont diminuer leurs dépenses essentielles liées à la santé et l’éducation et seront en Stress (Phase 2 ! de l’IPC) pendant cette période, grâce à l’aide alimentaire.

    Grâce aux bonnes récoltes de céréales, d’oléagineux, de légumineuses, de tubercules et de produits maraîchers en cours, au niveau des prix des céréales en dessous de la moyenne et à la disponibilité laitière, les ménages pauvres des autres régions du pays auront une consommation alimentaire adéquate et seront capables de couvrir leurs besoins alimentaires sans grandes difficultés ; ils seront en insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC).

    Pour la période de février à mai 2019, les zones de conflit (Lac et Tibesti) pourront connaitre des difficultés alimentaires et développer des stratégies de crise. Au niveau du Lac Tchad, l’incertitude de l’assistance mettra les ménages en difficulté alimentaire, et entrainera des déficits de consommation ; ils seront en sécurité alimentaire en Crise (Phase 3 de l’IPC). Au Tibesti, la persistance du contexte sécuritaire actuel continuera d’affecter la consommation alimentaire des ménages malgré les stratégies d’adaptation auxquelles ils auront recours. De ce fait, ils resteront en crise (Phase 3 de l’IPC).

    Les stocks céréaliers des ménages du BEG et du Kanem vont s’épuiser graduellement à partir de février et les ménages dépendront du marché. Leur accès sera limité à cause des ralentissements des flux de la Libye qui entraineront des hausses des prix des produits alimentaires. Les ménages pauvres et très pauvres pourront faire face à une consommation alimentaire réduite mais ne pourront pas se permettre certaines dépenses non alimentaires. La sécurité alimentaire sera sous pression (Phase 2 de l’IPC).

    Pour les autres zones du pays, les activités comme l’intensification du maraîchage procureront des revenus supplémentaires. Par conséquent, l’insécurité alimentaire restera Minimale (Phase 1 de l’IPC) jusqu'à mai 2018.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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