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La sécurité alimentaire des pasteurs et agro-pasteurs se dégrade à l’Ouest du Tchad

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Tchad
  • Avril - Septembre 2015
La sécurité alimentaire des pasteurs et agro-pasteurs se dégrade à l’Ouest du Tchad

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  • Messages clé
  • Contexte national
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    • Le conflit Boko Haram s’est élargi au Tchad et le nombre de réfugiés, déplacés et retournés est de plus de 40.000 personnes. La dégradation de la consommation alimentaire et des moyens d’existence est due à la pression des arrivées. Les ménages hôtes (Lac, Kanem, BEG et Hadjer Lamis) ont des difficultés à générer des revenus agricoles, piscicoles et commerciales à cause de l’insécurité.

    • Le niveau de stocks céréaliers des ménages dans la partie Ouest (Kanem, BEG, Lac et Hadjer Lamis), du sud du Guera et de Wadi Fira a baissé et est en dessous d’une année normale. De façon générale, la consommation alimentaire des ménages est légèrement faible et la soudure pastorale a commencé précocement de deux mois. La situation restera en Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC) grâce aux interventions qui sont en cours.

    • Actuellement, les ménages du département de Djourf Al-Ahmar (Ouest de Sila), et du nord Guera ont épuisé précocement leurs stocks et font face à une hausse saisonnière anormale des prix des céréales et une baisse atypique des prix de bétail et resteront en Stress (Phase 2 de l’IPC).

    • Les réfugiés et retournés en provenance de la République Centrafricaine (près de 150.000 personnes selon les estimations d’OCHA) continuent de bénéficier de l’assistance humanitaire diverse sans laquelle leur sécurité alimentaire sera très inquiétante. Depuis le début de l’année, le PAM continue de d’assurer régulièrement le cycle de transfert de coupons pour les retournés de la République Centrafricaine, assistant plus de 63.770 personnes dans tous les sites des retournés dans le sud.


    Contexte national
    Situation actuelle

    Situation agro-pastorale

    Selon les récentes enquêtes de la Direction de la Production Agricole et des Statistiques/DPAS (Février 2015), les productions définitives du berbéré (sorgho de décrue) sont en baisse dans 7 régions sur les 10. La région de Hadjer Lamis enregistre la plus grande baisse (-77,7 pour cent) suivie du Guera (-72,8 pour cent) et du Chari Baguirmi (-62 pour cent). Ces déficits sont dus aux baisses de superficies dues aux conditions de flétrissement sur le berbéré dans certaines régions.

    Dans la région du Lac, les récoltes issues de la campagne de contre saison froide sont en cours et la production du maïs est de moyenne à bonne. Les maraichers sont en maturité et leurs récoltes sont aussi en cours. La mise en place de la troisième campagne (saison chaude) a démarré avec les premiers semis grâce à l’irrigation au niveau des polders aménagés. Les semis des aubergines se poursuivent aux abords du Lac Tchad. Dans la région du Ouaddaï, on note la récolte de l’oignon, de l’ail et des légumes (gombo, oseille, tomate, laitue) à un niveau supérieur que l’année dernière grâce à l’extension des superficies.

    Dans la zone soudanienne, les travaux de nettoyage des champs ont commencé au début de ce mois d’avril comme en année normale, ainsi que les labours à sec avec tracteurs, en préparation de la grande campagne pluviale 2015. Les récoltes de berbéré sont en hausse dans le Mayo Kebbi Est (22,5 pour cent). Le riz de contre saison dans le Mayo Kebbi Est et dans la Tandjilé Est a été repiqué et évolue normalement au stade de tallage et montaison.

    La situation pastorale s’est dégradée dans la partie Ouest de la zone sahélienne (Kanem, Barh El Gazel/BEG, Hadjer Lamis et Wayi) à cause de la faible disponibilité en pâturage et la rareté de l’eau comparée à la normale suite au déficit pluviométrique de 2014 comparé à la normale. Les animaux traversent déjà leur période de soudure depuis fin février (soit un à deux mois plus tôt que la normale) dans le BEG, le Kanem et une partie de Hadjer Lamis et du Lac. Les éleveurs font de grandes distances allant de 5-10 km à la recherche du pâturage. Ceci a un impact négatif sur l’embonpoint des animaux et entraine une baisse de la production du lait. La transhumance du nord vers le sud était précoce à cause de la soudure qui a commencé tôt. Dans la zone soudanienne, il y a une concentration très importante des animaux qui ne peuvent pas progresser beaucoup plus au sud au-delà de la frontière tchadienne à cause de la fermeture de la frontière avec la République Centrafricaine (RCA), entrainant une forte pression sur le pâturage rare notamment dans le département de la Grande Sido. Les animaux ainsi affaiblis sont moins résistants face aux maladies. Les feuilles d’arbres, les foins, les tourteaux et graines de coton sont ainsi des alternatives pour renforcer l’alimentation du bétail. Pour faire face à cette situation, le Gouvernement a mis à la disposition par exemple à Maro (département de la grande Sido) quelques tonnes de tourteaux qui sont vendus à prix subventionné aux éleveurs. La Coton Tchad est entrain également de vendre des grains de coton aux éleveurs dans la même zone.

    Marchés et flux

    Dans la zone sahélienne, les marchés sont bien approvisionnés en produits de base et manufacturés. Les produits de base (céréales, oléagineux, légumineuses) viennent des stocks paysans nantis et de nombreux commerçants des localités ou d’ailleurs. On note des disponibilités importantes des produits céréaliers comme en année normale à cause de la bonne production agricole enregistrée durant la campagne agricole 2014/2015. L’offre en céréales est renforcée grâce aux récoltes de cultures de contre saison (berbéré, maïs, blé, riz) et à la mise en vente sur les marchés les céréales de l’Office National de Sécurité Alimentaire (ONASA). Ce qui a entrainé une stabilité des prix du sorgho comparée à la moyenne et une légère baisse comparée à avril 2014 dans la zone sahélienne. Comparé à avril 2014, le mil pénicillaire est en baisse de 16 pourcent sur le marché d’Abéché, et de 8 pourcent par rapport à la moyenne quinquennale. Cette baisse s’explique par la bonne production céréalière de 2014 et la faible demande des ménages. A Bol, grâce aux récoltes de la campagne de saison sèche froide, les marchés commencent à être mieux approvisionnés; ce qui a contribué à faire baisser le prix du maïs qui connait actuellement une baisse de 16 pourcent par rapport à mars dernier, bien que relativement stable (+4 pourcent) comparé à avril 2014. Ceci est aussi dû au fait que les ouvriers agricoles payés généralement en nature, mettent rapidement le maïs reçu sur le marché pour faire face à leurs dettes. Le prix du maïs à Bol reste quand même élevé (+35 pourcent) comparé à la moyenne quinquennale.

    Dans la zone soudanienne, les récoltes de berbéré et la vente subventionnée des céréales déclenchées par l’ONASA améliorent la disponibilité des céréales sur les marchés. Grâce aux stocks des ménages dont le niveau est comme en année normale, les marchés ruraux continuent à approvisionner les marchés urbains en céréales et autres produits vivriers. A titre illustratif, à Moundou, l’offre en sorgho est en hausse comparée à l’année passée à la même période. Les producteurs vendent une partie de leur stock en sorgho pour préparer la nouvelle campagne agricole (achat des nouveaux outils agricoles et entretien/réparation des anciens). Cette bonne disponibilité a stabilisé le prix du sorgho sur le marché de Sarh (200 FCFA/kg comparé à 204 FCFA/kg en mars 2015). Les quantités disponibles sur les marchés de Bodo et Tapol (Logone Oriental) par exemple sont satisfaisantes comparée à l’année passée à la même période. La stabilité du prix du maïs est causée par les importations du Cameroun qui sont importantes cette année. Le prix du riz est en hausse dans la Tandjilé à cause du déficit enregistré en 2014. Par contre, le prix du sésame est faible, en attende des commerçants Nigérians et Camerounais qui tardent à venir, comparé à une année normale.

    La demande en maïs est élevée à Moundou à cause des achats institutionnels de près de 2.000 sacs en mars. Dans les autres régions du sud, la demande céréalière est moyenne à cause du bon niveau de stock des ménages. La demande en arachide et niébé (dans la zone soudanienne) est élevée comparée à l’année dernière à cause de la faible production comparée à l’année dernière due aux augmentations des superficies en sésame au détriment de l’arachide. Il en résulte une hausse du prix comparée à avril 2014.

    Quant aux flux, on observe des volumes de transfert de céréales plus élevés et de nouveaux flux par rapport à une année normale entre la zone soudanienne et la zone sahélienne et vice versa. Des transferts de maïs et sorgho sont observés entre le marché de Sarh et celui de Mao et Moussoro. On observe aussi des mouvements normaux de céréales de la région du Salamat vers le Guera, Mangalmé, Ouaddai, Kanem, et Borkou-Ennedi-Tibesti/BET. Les marchés de Bokoro et Gama s’approvisionnent en mil pénicillaire du département de Barh-signaka. La région du Batha s’approvisionne en légumes et fruits à partir de Mongo et de Bitkine. Am-Timan continue à fournir du sésame au Soudan voisin et fait entrer en retour des pâtes et autres produits alimentaires.

    La fermeture des frontières avec les pays voisins (Nigeria et RCA) continue à avoir un impact négatif sur l’activité d’exportation du bétail. Les flux de bétail vers le Nigeria ont été ralentis et presque interrompus à cause de l’insécurité. A cet effet, l’offre en bétail sur les marchés locaux reste supérieure à la normale et les prix du bétail sont plus bas par rapport à ceux de l’année 2014 et à une année normale. Avec le faible niveau de pâturage actuel et de l’état physique des animaux, les prix des animaux continuent à baisser. Sur le marché à bétail de Mao (Kanem), le prix du mouton en avril est en baisse de 32 pourcent comparé à son niveau d’avril 2014, et de 8 pourcent comparé à la moyenne quinquennale.

    Mouvement des populations

    Dans la région du Lac, selon les derniers chiffres d’OCHA, on estime à près de 43.808 les personnes réfugiées, retournées et déplacées. Ce chiffre est en constante augmentation parce que les populations continuent à arriver fuyant les exactions de Boko Haram au Nigeria et au Lac Tchad. Il a été rapporté un départ massif des bras valides des régions du Sahel notamment du Ouaddai et du Sila pour la zone aurifère à l’extrême Nord du pays. Par contre, les travailleurs qui étaient présents dans la région de Moyen Chari depuis décembre 2014 commencent à regagner leur base d’origine.

    Les réfugiés et retournés venus de la RCA sont estimés à près de 150.000 personnes selon OCHA. Dans le département de la Grande Sido, ils sont repartis sur 3 sites, dont 2 sites des retournés et un site des réfugiés. La distribution des céréales, légumineuses, huile et sel aux réfugiés se fait mensuellement. Entretemps, les distributions se faisaient sans classement, mais depuis le début de l’année, les réfugiés sont repartis en classe de très pauvre, pauvre, moyen et nanti. Les distributions se font maintenant en tenant compte de cette répartition. Chez les retournés, ce sont des coupons d’une valeur de 6.000 FCFA qui sont remis à chaque personne et ceci pour une durée d’un mois. Ces coupons permettront aux bénéficiaires d’acheter la nourriture de leur préférence auprès des commerçants agrées.

    Situation nutritionnelle

    Globalement, le nombre d’admissions de cas de malnutrition aiguë sévère (MAS) aux mois de janvier et février 2015 étaient en baisse par rapport à la même période en 2014, probablement grâce au moins en partie à l’amélioration de l’assistance alimentaire et de la couverture sanitaire. Au total, 8.831 cas de MAS ont été admis pour traitement dans les régions de la bande sahélienne pour le mois de janvier 2015, et 11.461 au mois de février, soit 20.292 au total. Ce nombre est proche des 20.800 admissions de janvier-février 2014.

    Selon le compte rendu de la dernière réunion restreinte de Cluster Nutrition en date du 29 avril, une augmentation très importante du nombre d’admission dans les régions du Kanem et du Bahr El Gazal a été signalée. En comparaison aux admissions du premier trimestre 2014, une augmentation d’environ 2.000 admissions dans la région du Kanem a été observée, alors que le nombre reste quasi-identique pour la région du BEG. Bien que cela puisse être lié à une couverture plus importante des centres de santé par ACF, ainsi qu’aux dépistages effectués dans la région au premier trimestre, d’autres explications ont été données comme la mauvaise situation agro-pastorale dans les régions en question, l’impossibilité pour les populations du Kanem de poursuivre leurs activités agricoles dans la région du Lac, et la hausse des prix des céréales.

    Assistance humanitaires

    Dans le Lac, la prise en charge sanitaire des réfugiés et des déplacés est assurée par l’Unicef ainsi que des ONG telles que IMC, IRC et Centre de Support de Santé International (CSSI). En réponse à la crise au Nigeria, le PAM a fourni une assistance alimentaire à près de 9.047 personnes depuis janvier 2015, parmi lesquelles 3.468 réfugiés, 5.579 personnes déplacées, retournés et communautés hôtes. Les nouveaux arrivés continuent de bénéficier de biscuit (High Energy Biscuits- HEBs).

    Depuis le début de l’année (2015), le PAM continue de finaliser régulièrement le cycle de transfert de coupons pour les retournés de la RCA, assistant plus de 63.770 personnes dans tous les sites des retournés dans le sud du Tchad. Entre Janvier et février 2015, le PAM a distribué 7.518 tonnes de nourriture pour à peu près 450.000 refugiés (Centrafricains et Soudanais). En mars 2015, l’Union Européenne (UE) et 5 agences des Nations Unies y compris le PAM ont lancé un projet conjoint pour appuyer les populations hôtes qui accueillent les retournés de la RCA à la frontière entre le Tchad et la RCA. Ce financement est assuré par le fond de l’UE de paix et de stabilité pour le Tchad. La prise en charge des enfants malnutris est assurée par MSF Suisse à Massakory. La distribution des semences et kit maraichers par la FAO est en cours dans les départements de Dababa et de Dagana.

    Dans les régions de Wadi Fira et du Ouaddaï, le CRS à travers un financement de l’USAID/FFP prévoit l’appui à travers des coupons (coupons alimentaires contre travail et coupons inconditionnels) à 12.515 ménages entre juin et septembre. Dans les départements de Biltine et d’Arada dans le Wadi Fira, l’assistance sera sous forme de coupons contre travail; chaque ménage bénéficiera d’un coupon mensuel d’une valeur de 25.000 FCFA par ménage pendant cinq mois (mai à septembre). Dans le département de Megri (Wadi Fira), chaque ménage bénéficiera de trois coupons alimentaires inconditionnels repartis en trois mois (juin, juillet et septembre). La valeur de chaque coupon s’élève à 20.000 FCFA par ménage/mois. L’ONASA dispose des céréales (19.869 tonnes) qui sont essentiellement destinées à la vente à prix modéré. Cette opération peut contribuer à faciliter l’accès aux céréales des ménages pauvres et protéger leurs moyens d’existence.

    Situation de la sécurité alimentaire

    Dans la zone sahélienne, la situation actuelle est relativement calme, à l’exception des régions du Lac, Hadjer Lamis, BEG et du Kanem ou les conditions de la sécurité alimentaire se sont dégradées à cause de l’épuisement précoce des stocks et aux pressions des réfugiés et déplacés sur les populations hôtes. Dans la région du Guera la situation est normale à l’exception du département de Melfi (cantons Sorki et Gogmi) qui n’a pas eu de bonnes productions et les ménages pauvres sont contraints de vendre plus de têtes de bétail qu’en année normale pour accéder aux vivres. La vente subventionnée des céréales faite par l’ONASA est une chance pour les ménages qui n’ont pas assez beaucoup produit pendant le début de la campagne pluviale d’accéder aux céréales. Dans la partie sud de Wadi Fira, le niveau de stock s’est épuisé depuis le mois d’avril, soit deux mois comparé à une année normale à cause de la baisse de la production céréalière dans toute la région de Wadi Fira de 25 pourcent dans la région comparée à une année normale. Le département de Biltine et son voisin Mégri ont confirmé que les ménages pauvres ont presque épuisé leur stock en petit mil, arachide et le niébé, et qu'il y aura un accès limité à une alimentation adéquate entre avril et la fin de la période de soudure de 2015. La migration saisonnière des pasteurs de Biltine vers le sud du Tchad a commencé plus tôt cette année (mi-octobre) que la normale (novembre/décembre).

    Dans les régions du sud, les stocks résiduels des ménages peuvent couvrir encore les besoins jusqu’au mois de juin. Les produits maraîchers sont également disponibles au niveau des ménages et sur certains marchés et contribuent à diversifier l’alimentation des ménages. Les produits de cueillette, la viande, le poisson, les œufs, l’huile, etc. sont également des sources de nourriture non négligeables et contribuent efficacement à l’amélioration de la sécurité alimentaire des ménages pauvres.

    Dans les régions de culture de décrue du sud, on note une amélioration de l’accès alimentaire des ménages grâce à la bonne disponibilité des produits agricoles de contre saison sur l’ensemble des marchés, avec des prix relativement accessibles par rapport à l’année dernière à la même période. Les stocks paysans actuels demeurent satisfaisants suite à la bonne production céréalière de la campagne agricole 2014/2015. La vente subventionnée des céréales de l’ONASA qui a commencé dans certaines régions telles que le Guera, Moyen Chari, Logone Occidental contribue à l’amélioration des stocks des ménages.

    Au regard du contexte actuel, et selon les résultats de l’analyse de l’insécurité alimentaire aigüe, tout le pays est en insécurité alimentaire Minime (Phase 1 de l’IPC) à l’exception de la partie Ouest (Kanem, BEG, Lac et Hadjer Lamis) et des zones isolées comme Sila, Wadi Fira et Guera qui sont actuellement en Stress (Phase 2 de l’IPC) à cause de l’épuisement précoce des stocks céréaliers, de la rareté de pâturage, de la baisse des prix du bétail et de la pression des refugiés, retournés et déplacés sur les ressources limitées des régions.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable d’avril 2015 à septembre 2015 est basé sur les hypothèses suivantes au niveau national:

    • Agro climatologie : À ce moment, il y’a pas des indications que les cumuls pluviométriques et la répartition temporelle et spatiale ne devraient être proches de la moyenne au cours de la saison des pluies 2015 dans la plupart des zones agricoles du Tchad.
    • Perspectives pour les récoltes de contre saison : Les récoltes des cultures de saison sèche sont en cours et seront moyennes; elles s’achèveront comme d’habitude en mars/avril pour les produits maraichers selon les disponibilités en eau. Les sources de nourriture et de revenu liées au maraichage et aux cultures de décrues, la main d’œuvre inclue, resteront moyennes à supérieurs à la moyenne mais s’achèveront comme d’habitude en avril. Dans les périmètres rizicoles de Bongor et dans la Tandjilé Est (à Boumo) les récoltes de la campagne sèche interviendront comme d’habitude en fin juillet et elles seront légèrement en dessous de la moyenne parce que les travaux ont commencé tard.
    • Situation pastorale : Les productions de pâturages ont été moyennes au niveau national. Toutefois elles ont été largement inférieures à la moyenne dans la partie Ouest du Tchad (Kanem, BEG, Hadjer Lamis et Lac) et dans le Moyen Chari. L’alimentation du bétail qui a commencé à se raréfier dans le BEG, Kanem et Hadjer Lamis depuis fin février pourrait continuer à être beaucoup plus préoccupante entre avril et juin, à cause de l’insécurité causée par Boko Haram qui limite le mouvement des animaux autour du lac Tchad. Cela entraine le surpâturage dans les zones de concentration du bétail. Dans les zones typiquement déficitaires comme le nord-est du Tchad (Kanem et BEG), la transhumance qui se trouve vers l’extrême sud permettra d’assurer l’alimentation du bétail au moins jusqu’à septembre. A la faveur d’une installation normale de la saison on pourrait s’attendre à un début de reconstitution des pâturages à partir de juillet.
    • La transhumance et l’embonpoint du bétail : Comme on s’y attend, l’installation de la saison sera globalement normale au Tchad et la restauration des pâturages sera également normale. Cependant, l’alimentation des animaux sera critique autour du lac Tchad et dans le Moyen Chari du fait de l’insécurité civile au nord - est du Nigeria et en Centrafrique et à cause d’une concentration atypique du bétail dans les zones plus sécures; ce qui peut engendrer un surpâturage ou une raréfaction précoce des ressources fourragères. L’on assistera à un recours plus accru à l’aliment bétail dont les prix pourraient connaitre une hausse et atteindre des niveaux supérieurs à la moyenne du fait de la demande élevée entre avril et juin. Dans ces zones de concentration on pourrait assister à une offre de bétail supérieure à la moyenne avec pour conséquence une baisse de prix jusqu’en mai. L’installation normale de la saison et la régénération progressive de pâturage favoriseront le retour habituel des transhumants dans les zones d’attache, augmentant la disponibilité laitière qui est une source d’alimentation et de revenus pour les ménages.
    • Marchés du bétail : Ils sont actuellement affectés par le conflit Boko Haram. La demande qui émane du Nigeria continuera à être en dessous de la moyenne jusqu’en juin avec les tensions consécutives à ce conflit. Les prix du bétail vont connaitre une baisse entre avril et juin à cause de cette faiblesse de la demande et aussi de la dégradation saisonnière des conditions d’alimentation du bétail plus prononcée due au déficit fourrager. A partir de fin juin, les prix pourraient augmenter avec la hausse de la demande pour le mois de ramadan (juin/juillet) et la tabaski (septembre). Dans les grandes zones d’élevage de l’Ouest (Kanem, BEG, Hadjer Lamis et Lac) où il a été observé des déficits fourragers localisés, l’état d’embonpoint du cheptel pourrait continuer à se détériorer plus vite et provoquera la baisse localisée des prix en dessous de la moyenne. Par conséquent, les termes de l’échange deviendraient inférieurs à la moyenne, notamment autour du Lac Tchad, à cause de la forte baisse du prix du bétail. Ils pourront remonter à partir de fin juin suite à une diminution de l’offre avec le retour du bétail dans les zones pastorales, l’amélioration de l’embonpoint avec la repousse du tapis herbacé suite aux premières pluies en juin au Sahel et l’augmentation de la demande pendant le Ramadan (juin-juillet) et surtout la Tabaski en septembre. Pendant toutes ces périodes, les prix seront au-dessus des moyennes saisonnières à cause de la forte demande locale urbaine. Cependant, la demande venant du Nigeria est déjà en baisse et elle risque d’être inférieure à la moyenne à cause de l’intensification du conflit Boko Haram. Les prix du bétail seront en baisse par rapport à la moyenne entre avril et juin mais seront en hausse par rapport à la moyenne entre juillet et septembre à cause de la diminution saisonnière de l’offre avec le retour du bétail dans les zones pastorales et l’état d’embonpoint normal des animaux suite à la restauration du pâturage. De ce fait, malgré les niveaux élevés des prix des céréales, les termes de l’échange vont s’améliorer et se situer à un niveau au moins égal à la moyenne entre juillet et septembre.
    • Marchés céréaliers et prix : Les disponibilités de céréales sèches seront suffisantes jusqu’aux prochaines récoltes 2015 pour garantir un approvisionnement normal des marchés vues les productions enregistrées pendant la campagne 2014/2015 et l’état d’approvisionnement des marchés évalué en février 2015 par les missions conjointes CILSS/FEWS NET/FAO/PAM/SISAAP. Par ailleurs, vue la stabilité du prix du riz sur le marché international, les importations seront normales malgré la hausse du dollar vis-à-vis de la plupart des monnaies de la région ; ce qui va permettre un approvisionnement régulier des marchés et une stabilité du prix du riz et du blé notamment dans les zones urbaines.
    • La fermeture de la frontière Tchado-Libyenne : La frontière restera fermée jusqu’au moins septembre. Les marchés dans le BET seront toujours approvisionnés depuis la Libye mais avec des quantités plus faibles que la tendance saisonnière normale. Les flux du commerce céréalier habituels à partir du Ouaddaï s’étendront jusqu’au Batha et Salamat afin de combler le vide.
    • La demande : La demande des ménages va s’accroitre progressivement à partir d’avril sur les marchés pour atteindre son maximum en juillet-août comme d’habitude. Toutefois, le niveau global de cette demande sera inférieur à la moyenne compte tenu du bon niveau de stocks propres au-dessus de la moyenne détenus par les ménages dans la plupart des régions exception faite de la partie Ouest (Kanem, BEG, Hadjer Lamis et Lac). Les achats institutionnels pourront se poursuivre jusqu’en Mai, mais ces achats auront un impact limité sur la hausse des prix vu les bons stocks des commerçants et la forte capacité potentielle de l’offre dans les grandes zones de production du centre et sud Est.
    • Les flux de céréale : Les flux d’importations et également les exportations seront atypiquement en baisse entre le Tchad et la RCA, le Nigeria et le Tchad à cause du conflit en RCA et de l’insécurité grandissante due à Boko Haram le long de la frontière avec le Nigeria. Les flux seront en baisse par rapport à une année normale au Tchad compte tenu du conflit Boko Haram au Nord-est du Nigeria et aussi à cause du conflit en RCA.
    • L’offre de céréales : Elle sera moyenne sur les différents marchés des pays à cause de la bonne récolte céréalière de 2014. Cette offre sera renforcée par les récoltes de culture de décrue notamment le berbéré, le maïs de contre saison froide, et le riz irrigué. A cet effet, les marchés resteront bien approvisionnés jusqu’à juillet. A partir du mois d’aout, les prémices et le maïs de contre saison chaude du Lac viendront renforcer la disponibilité au niveau des ménages et des marchés. Cependant, cette offre sera inférieure à la normale au Kanem à cause de la baisse de la production céréalière et pourrait répondre difficilement à la demande surtout avec la pression des réfugiés. L’offre de l’arachide restera inferieure à la normale entre avril et mi-juin à cause de la faible production de 2014. A partir de mi-juin, les marchés seront mieux approvisionnés parce que les commerçants vont déstocker l’arachide à cause de son prix qui sera très élevé face à la demande du mois de Ramadan (l’arachide est un élément très important dans la préparation de la bouillie).

    Les prix des cultures de base et de rente de base suivront les tendances décrites ci-dessous :

    • Le prix du mil, pourrait continuer à être au-dessus de la moyenne jusqu’en septembre suite à un bon niveau de stock due aux bonnes récoltes de 2014 renforcées par les cultures de contre saison récoltées en mars 2015.
    • Le prix du sorgho pourrait connaitre une légère hausse qui va continuer jusqu’en juin (période de soudure) par rapport à son niveau actuel et qui pourra s’accentuer en juillet pour atteindre le pic en aout. Avec les prémices en aout, le prix va amorcer sa baisse en septembre mais restera élevé compare à son niveau de septembre 2014 et à la moyenne quinquennale.
    • Le prix du maïs connaitra une hausse à partir d’avril jusqu’en juillet à cause du niveau d’approvisionnement des marchés faible comparé à la moyenne. Une baisse allant de 10 à 18 pourcent pourrait être observée en aout et septembre comparée à 2014 à cause de la récolte de maïs de contre saison chaude (fin juillet). Mais le niveau reste élevé que la moyenne quinquennale jusqu’à septembre.
    • Le prix du sésame (une culture de rente principale) sera stable à cause de l’augmentation des stocks sur le marché et de la baisse de la demande durant les périodes post récoltes de 2014. Le prix restera en dessous de la moyenne sur plusieurs marchés jusqu’à septembre.
    • Les sources de revenu et de nourriture : Les sources de revenu et de nourriture des ménages se comporteront comme en année typique entre avril et juin. En juillet et août, la dépendance des ménages vis à vis des achats sur le marché sera légèrement au-dessus d’une année normale dans les zones déficitaires de la zone soudanienne et une partie de la zone sahélienne (Kanem, Bahr El Gazel et Batha-Est) qui est structurellement déficitaire.
    • Situation acridienne : Compte tenu des prévisions saisonnières, la présence des criquets pèlerins au Tchad sera similaire à une année normale. Il n y’a aucune indication pour un développement significatif du criquet pèlerin jusqu’en septembre.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Pour la période d’avril à juin, la situation alimentaire demeurera calme dans la zone soudanienne grâce au paiement du coton qui a commencé tôt cette année (février/mars) au lieu d’avril/mai/juin dans le passé. Ce qui a permis à certains ménages pauvres et très pauvres de renforcer leur stock pendant cette période. Même dans la Tandjilé ou il y’avait eu des inondations en 2014, la production était bonne et le prix du riz est actuellement en baisse comparé à avril 2014 et à la moyenne quinquennale. Par conséquent, toute la zone est actuellement en insécurité alimentaire aigue de phase Minimale (Phase 1 de l’IPC).

    Dans la zone sahélienne, Les ménages accèdent aux denrées alimentaires avec moins de difficultés entre avril et mai grâce aux bonnes productions céréalières pluviales de 2014, aux bonnes récoltes de la culture de décrue (berbéré) et des produits maraîchers. Au mois de juin, avec l’installation effective de la soudure agricole, les stocks céréaliers des ménages seront réduits au minimum et les ménages pauvres et très pauvres ne dépendront que des achats sur le marché. Ainsi, on observera un début de dégradation de la situation alimentaire dans le sahel ouest (Kanem, BEG, Hadjer Lamis et Lac), Sila, Guera et Wadi Fira, et les ménages pauvres auront une consommation réduite et ne pourront pas se permettre de dépenses non alimentaires. A cet effet, ces régions resteront en Stress (Phase 2 de l’IPC).

    Pendant la période de juillet à septembre, l’accès aux céréales deviendra progressivement difficile à cause de la période de soudure agricole et le niveau des prix qui atteindront leur pic entre juillet et août. Cette situation laisse percevoir des difficultés alimentaires qui seront perceptibles dans certaines régions de la bande sahélienne (Kanem, Barh-El-Gazal, Hadjer Lamis, Lac, les parties nord et sud du Guera, Wadi Fira et Sila) à cause de l’épuisement des stocks céréaliers des ménages, et de la baisse du prix de bétail. Toutes ces régions citées seront en Stress (Phase 2 de l’IPC) pendant cette période. Toutefois, il est important de souligner que certaines zones (Kanem, Barh-El-Gazal et Lac) risqueront de basculer en Crise (Phase 3 de l’IPC) si l‘assistance alimentaire s’arrête.

    Dans le sud du Guera le pâturage pourrait s’améliorer à partir de juillet et les marres seront remplies. Les conditions physiques de bétail s’améliorent ainsi que la disponibilité laitière. A partir de mi-aout, les prémices (maïs de cases, arachide et haricot de plein champ) seront disponibles et les prix des céréales commenceront à baisser. On assistera à une amélioration des termes de l’échange. A cet effet, même sans assistance alimentaire la situation restera stable sur une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) jusqu’à septembre et même si l’assistance s’arrêtera à partir de juillet, la situation ne pourra pas se détériorer.

    À partir de septembre, la situation alimentaire dans la zone soudanienne et une partie de la zone sahélienne sera atténuée grâce à l’apparition de prémices et l’amélioration de la disponibilité laitière.

     

    Pour plus d'informations sur les perspectives des zones de préoccupation, veuillez, s'il vous plaît, cliquer en haut de la page pour télécharger le rapport complet.

    Figures Calendrier saisonnier pour une année typique

    Figure 1

    Calendrier saisonnier pour une année typique

    Source: FEWS NET

    Carte des résultats actuels de la sécurité alimentaire, avril 2015

    Figure 2

    Carte des résultats actuels de la sécurité alimentaire, avril 2015

    Source: FEWS NET

    Figure 1. Projection du prix à la consommation du maïs sur le marché de Bol en FCFA/Kg

    Figure 3

    Figure 1

    Source: FEWS NET

    Figure 4

    Source:

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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