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L'insécurité alimentaire de Crise s’est installée dans les zones localisées du Sahel

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Tchad
  • Avril - Septembre 2014
L'insécurité alimentaire de Crise s’est installée dans les zones localisées du Sahel

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  • Messages clé
  • Présentation nationale
  • Zone d’intérêt
  • Evénements qui pourraient changer les scenarios
  • Messages clé
    • Les ménages pauvres des régions de Wadi Fira et du sud de Bahr El-Ghazel (BEG) ont des déficits de consommation à cause de l’épuisement précoce des stocks, des hausses atypiques des prix de denrées alimentaires et des conditions pastorales pauvres. Bien que l’assistance humanitaire projetée empêche une détérioration plus profonde, ces ménages resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC) jusqu'aux prochaines récoltes en octobre.
    • L’état d’embonpoint des animaux est moins bon par rapport à une année typique dans la zone sahélienne à cause des déficits de pâturage. Cela réduit la disponibilité laitière, les prix des animaux et le pouvoir d’achat des pastoralistes. Les ménages affectés dans le Batha, le nord du BEG, Kanem, Guera, Sila et Hadjer Lamis auront des difficultés d’accès alimentaire et seront en Stress (Phase 2 d'IPC) entre avril et septembre.
    • Quant au Logone Oriental, Moyen Chari, Mandoul, et Salamat, la présence des refugiés et retournés constitue de charges supplémentaires aux niveaux de leur famille d’accueil, augmentera la dépendance en termes de personnes en charge dans le ménage, et cause une pression sur la demande, sur la consommation et les dépenses au niveau des ménages. A cet effet, ces ménages seront en Stress (Phase 2 de l’IPC).

    Présentation nationale
    Situation actuelle

    Situation agricole

    Les activités agricoles pour la campagne 2014/2015 sont actuellement à l’heure et normale et sont dominées par les travaux de préparation des champs dans le sud. Le battage de blé de contre saison froide se poursuit sur les polders du Lac Tchad. Dans le Mayo Kebbi, les riz de contre saison sont maintenant au stade de tallage et les plus avancés sont en montaison. Les activités agricoles créent des opportunités de main d’œuvre, tandis que les récoltes de contre saison améliorent la disponibilité et la consommation des ménages.

    Situation des ressources pastorales

    Dans la zone sahélienne ainsi que certains départements de la zone soudanienne comme Kyabé et Bahr Kôh, le pâturage se fait de plus en plus rare dans les environnants des villages et les bergers conduisent les troupeaux souvent loin des villages pour assurer leur alimentation. L’état d’embonpoint est moins bon comparé à une année normale et certains animaux sont physiquement fatigués ; ce qui pourra baisser le rendement à l’attelage et la viande ne sera pas de bonne qualité. A cet effet, les prix des animaux seront bas. Toutefois, les animaux ne souffrent d’aucune maladie économiquement critique pour le pasteur. On note une concentration des troupeaux au sud du pays plus forte qu’en année normale à cause des déficits pastorales plus tôt que normale dans la zone sahélienne et l’afflux massif des éleveurs retournés fuyant le conflit en République Centrafricaine (RCA).

    Mouvement de population

    Dans la zone sahélienne, on observe le retour progressif des émigrés vers les villes notamment à Wadi Fira, Bahr El Gazal, Hadjer Lamis et au Kanem. Les populations retournées et réfugiés de la RCA recensées à leur arrivée dans deux centres d’accueil sont estimées autour de 90.000 à 100.000 personnes selon certaines sources. Un troisième site est en cours d’identification pour leur relocalisation. Actuellement, les retournés et refugiés sont capables de couvrir leurs besoins essentiels et non essentiels sans difficultés majeures grâce à la solidarité et aux diverses assistances alimentaires et non alimentaires fournies par le gouvernement et les organisations internationales. Le PAM vient de mettre en œuvre un programme d’assistance sous forme de coupons pour les retournés, ciblant 54 000 personnes au sud du pays. La présence des retournés de la RCA  provoque une pression sur les disponibilités et la consommation alimentaires des ménages hôtes des régions du Mandoul, Moyen Chari, Logone Oriental et Salamat. 

    Stock céréalier dans les ménages

    Dans la zone sahélienne, les stocks en céréales sont épuisés depuis le mois de mars, soit deux mois plutôt qu’en année normale à cause des baisses très marquées de la production céréalière de la campagne agricole 2013-2014 comparée à la moyenne quinquennale; ces stocks sont épuisés de manière précoce notamment dans les régions de Wadi Fira (-49 pourcent), du Kanem (-77 pourcent), du Barh El-Ghazal (-25 pourcent) et du Sila (-21 pourcent) suite aux niveaux des pluies en-dessous de la moyenne de 2013. Dans la zone soudanienne, les stocks paysans actuels sont moyens malgré des niveaux de production supérieurs à la moyenne en 2013-2014 à cause de remboursement des dettes en nature plus importantes qu’en année normale, dû au déficit céréalier important de la campagne agricole 2012-2013.

    Marchés

    Les stocks existant (y compris ceux de l’Office National de Sécurité Alimentaire -ONASA) permettront un approvisionnement moyen des marchés en produits vivriers et ainsi limiter la tendance haussière des prix. En outre, les marchés du Moyen Chari, le Salamat, Batha et Guera sont aussi approvisionnées par les nouvelles récoltes de décrue qui ont renforcé l’offre existante des denrées alimentaires. Les prix des céréales (mil, sorgho, riz, maïs) restent toujours élevés et supérieurs à la moyenne des cinq dernières années à cause de la forte demande des zones déficitaires dans la partie sahélienne. La vente de céréales à prix modéré initiée par le gouvernement en mars n’a pas pu réduire leur demande de manière significative sur les marchés. Comparativement à la même période de la moyenne quinquennale, la hausse la plus atypique est enregistrée sur le mil à Moussoro (+30 pourcent), sur le maïs à Bol (42 pourcent), et sur le sorgho à Biltine (47 pourcent).

    Sur le marché du bétail, l’offre de bétail a baissé et est moins importante qu’en année normale à cause de la rareté des animaux qui se trouvent loin des marchés à bétail et non loin des points d’eau et de pâturage beaucoup plus au sud. Quant à la demande, elle est surtout forte à Mao comparée à une année normale à cause d’un appel d’offre lancé par l’Action Contre la Faim (ACF) pour l’achat de petits ruminants pour une éventuelle distribution aux populations vulnérables. Cette forte demande a tiré les prix vers le haut à Mao. Par exemple, le prix du petit ruminant a connu une hausse entre 20 et 25 pourcent à Mao par rapport à la moyenne quinquennale. Dans les autres marchés à bétail, les prix sont en baisse comparés à mars mais restent supérieurs à la moyenne quinquennale. Quant aux termes de l’échange, ils sont en défaveur de l‘éleveur à cause des prix élevés des céréales. Par exemple, la vente d’un bouc moyen sur le marché de Moundou permet d’avoir 70 kg de sorgho contre 96 kg en moyenne sur les cinq dernières années. Sur le marché de Biltine, un mouton moyen permet d’acquérir 102 kg de mil, soit une baisse de 32 pourcent par rapport à la moyenne quinquennale.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable d’avril à septembre 2014 est basé sur les hypothèses suivantes au niveau national:

    • Agro climatologie : La saison des pluies va débuter à la période normale dans toutes les régions agro-pastorales du Tchad. Le début des pluies interviendra dans la zone soudanienne en avril/mai et dans la zone sahélienne en juin. Les cumuls pluviométriques seront normaux et la distribution au cours de la saison des pluies 2014 sera également normale.
    • Perspectives de la main d’œuvre agricole : Avec l’installation probablement normale de la campagne agricole 2014-2015, les activités liées aux préparations des champs et sarclage débuteront simultanément en mai à juillet dans tout le pays. Cela occasionnera une forte demande saisonnière de la main d’œuvre dont le coût sera supérieur à celui de l’année dernière quand l’installation des pluies et de la campagne agricole était hétérogène et par conséquent, l’offre était plus forte que cette année.
    • La situation pastorale : Le niveau du pâturage et des eaux d’abreuvage est faible et permet difficilement au bétail de garder leur embonpoint normal jusqu’en mai – juin où les premières pluies pourraient offrir d’autres pâturages nouveaux verts et de l’eau d’abreuvage. Faute de quoi, la période d’accès difficile au pâturage et à l’eau qui a déjà commencé depuis le mois dernier au lieu de mai en année normale dans la zone sahélienne va être longue et dure pour les animaux. Cette situation se traduira par une baisse des prix des animaux et de revenus de ménages et sera beaucoup plus critique pour les régions du Kanem, Barh El Ghazal, Hadjer-Lamis, le Wadi Fira, Dababa, Haraze Al Biar et le nord Batha. Dans la zone soudanienne, les premières pluies attendues vers mai et juin permettraient une repousse des herbacées et une disponibilité d’eau dans les points d’abreuvement selon les endroits. Entre juillet et septembre, le lait serait abondant et à des prix moyens abordables pour tout consommateur (250 à 300FCFA/litre). Les conditions vont aussi s’améliorer dans zone sahélienne avec les premières pluies utiles qui tombent en juin, en année normale.
    • La migration et les transferts : En dépit des retours progressifs des émigrés vers les villes annoncés depuis le début du mois d’avril, la migration interne et intra régionale prendra normalement fin en mai/juin. Les transferts issus de cette migration seront globalement à des niveaux habituels d’une année moyenne.
    • La demande céréalière émanant des ménages: La demande des ménages dans la zone sahélienne va s’accroitre progressivement à partir d’avril sur les marchés pour atteindre son maximum en juillet-août et sera au dessus d’une année moyenne. En septembre, les prémices vont améliorer la consommation des ménages qui dépendront un peu moins des achats sur le marché. Dans la zone soudanienne, les stocks alimentaires des ménages vont commencer à s’épuiser d’une façon normale à partir de mai, obligeant les ménages à dépendre plus sur les achats du marché pendant le mois de juin. Ceci accroîtra la demande saisonnière des ménages sur les marchés locaux. Cependant, dans les zones où les réfugiés et/ou les retournés de la RCA se trouvent (Moyen Chari, Mandoul, Logone Oriental et Sila), les ménages dépendront des achats sur le marché plus tôt que d’habitude et la demande de ces derniers sur les marchés sera aussi supérieure à la moyenne. Avec la période de Ramadan (juillet), la demande céréalière pourra encore augmenter à cause d’une forte consommation de la bouille. Cette demande sera stable en août avant de baisser en septembre avec les prémices.
    • L’offre: Dans presque tout le pays, les marchés seront encore bien approvisionnés par les stocks commerçant avec l’hypothèse d’un bon début de campagne de 2014/2015. L’approvisionnement sera légèrement supérieur à la moyenne dans la zone soudanienne en raison de la bonne production agricole en 2013/14. Les marchés du Kanem et Hadjer Lamis dépendront des céréales de la région du Lac Tchad, où il y a trois campagnes agricoles (pluviale, saison froide et chaude) dans l’année.
    • Les prix des céréales: A partir d’avril, les prix des céréales seront globalement supérieurs au niveau national par rapport à la moyenne quinquennale pour atteindre le pic en août. Sur les marchés de la zone sahélienne, les prix du mil pourront enregistrer des hausses qui pourraient atteindre 30 pourcent et celui du sorgho 50 pourcent. Dans la zone soudanienne, cette tendance haussière sera moindre que celle qui sera enregistrée dans la zone sahélienne à cause du niveau élève de stock dans cette zone.
    • Les marchés du bétail : Les prix du bétail vont connaitre une baisse entre avril et juin à cause de la dégradation saisonnière des conditions alimentaires du bétail mais seront en dessous des moyennes saisonnières dans la zone sahélienne où le commerce du bétail sera entravé par le conflit du Boko Haram au nord-est du Nigeria. Les animaux remonteront à partir de fin mai/début juin suite à une diminution de l’offre avec le retour du bétail dans les zones pastorales, l’amélioration de l’embonpoint et l’augmentation de la demande pendant le Ramadan. Ce qui peut se traduire dans un premier temps par la stabilisation de la dégradation des termes de l’échange en juin et leur amélioration à partir de début juillet 2014.
    • Situation nutritionnelle : Globalement, le niveau de malnutrition aiguë globale sera en augmentation dans la plupart des régions à prévalence élevée de MAG (BEG, Batha, Kanem, Lac et Wadi Fira). La tendance pourra évoluer de manière critique au cours de la période de soudure juin à août 2014 en absence d’intervention nutritionnelle ciblée et adéquate.
    • La situation des réfugiés/retournés: Vu le retour difficile à la stabilité en RCA, la tension est perceptible et on pourrait s’attendre à une augmentation du nombre des réfugiés et retournés. A cet effet, les programmes d’assistance mis en place par les humanitaires vont continuer et une ration complète sera assurée pendant toute la période de scenario pour prés de la moitié des retournés et réfugiés.  A cet effet, la pression sur les ménages hôtes des trois régions du sud va continuer pendant toute la période de scenario.
    • L'aide humanitaire : Il jouera un rôle très important cette année dans l’atténuation de l'insécurité alimentaire dans les zones ciblées à risque. Le projet Catholic Relief Service (CRS) interviendra au nord Ouara dans les cantons Gueri et Bourtail et à Wadi Fira (Biltine, Mata et Am-zoer) sous forme de « Food Voucher » à partir de mai et pour une durée de 6 mois. En outre, la vente des céréales à prix modéré de prés de 15 000 tonnes initiée par le gouvernement au profit de tous les ménages contribuent à favoriser l’accès des ménages sur les marchés.
    • Les récoltes vertes : En septembre, la situation alimentaire pourra s’améliorer avec la sortie de prémisses (arachides, maïs, haricot) dans les villages et sur les marchés. A titre d’exemple, en année normale, les marchés de Mongo et Bitkine fournissent le maïs en mi-août – début septembre.
    • Les récoltes de décrue (berbéré) et de contre saison : Les récoltes de cultures de décrue (berbéré) et de contre saison (tomate, laitue, concombre, pastèque, etc..) dans le Batha et le Guera ont pris fin en mars/début avril. Dans le Batha, le berbéré est en baisse de 17 pourcent comparée à la moyenne quinquennale. Par contre dans le Guera, il est en hausse de 22 pourcent comparé à la moyenne quinquennale. Dans le Mayo Kebbi, les récoltes de riz de contre saison viennent à peine de commencer par endroits et la production serait normale.
    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Avril à juin :

    Entre avril et juin, on observera une détérioration de la situation alimentaire dans les régions de Barh El-Ghazal et Wadi Fira où les réserves alimentaires sont quasi-inexistantes dans les ménages et l’accès aux denrées alimentaires par ces derniers est beaucoup plus difficile. Cette difficulté d’accès sera due au faible pouvoir d’achat face à la hausse atypique des prix des denrées alimentaire. En réponse, au niveau des ménages on observe un déstockage des petits ruminants, une migration intensive et la vente de bois/paille plus importante que la normale. Cependant, même avec ces stratégies d’adaptation et l’assistance humanitaire présente dans la zone, les ménages dans le Barh El-Ghazal et le Wadi Fira font face à un déficit de consommation et à cet effet, ils seront en Crise (phase 3 de l’IPC).

    A cause de la dépendance du Kanem et Hadjer Lamis en approvisionnement céréalier à partir du Lac Tchad qui à trois campagnes agricoles (pluviale, saison froide et chaude) dans l’année et à cause de production des cultures de décrue (berberé) et de contre saison (tomate, laitue, concombre, pastèque, etc..) dans le Batha, le sud Kanem et le Guera, la sécurité alimentaire des ménages pauvres et très pauvres sera moins affectée  comparée à BEG et Wadi Fira, car ils auront une consommation alimentaire réduite et d’adéquation minimale et seront en Stress (phase 2 de l’IPC) pendant cette période. A cet effet, malgré que les ménages agro-pasteurs pauvres vendent de petits ruminants, de fagots et de charbon pour acheter des céréales, le revenu total est en dessous de la normale.

    Dans le reste de la partie sahélienne et la zone soudanienne, en dehors de Mandoul, Moyen Chari et Logone Oriental, la situation de sécurité alimentaire actuelle restera stable grâce à la disponibilité alimentaire et des stocks des ménages qui resteront satisfaisants, et aux prix, à un niveau normal suivant les variations saisonnières. Actuellement, les ménages couvrent convenablement leurs besoins alimentaires et non alimentaires et continueront d’accéder à la nourriture sans difficulté majeure et seront en phase d’insécurité alimentaire Minimale (phase 1 d'IPC). Dans les trois régions de la zone soudanienne citées ci-dessus, les conflits intercommunautaires en RCA ont provoqué une pression sur les ménages hôtes, affectant ainsi les disponibilités alimentaires et la qualité de repas. A cet effet, les ménages dans ces régions seront en Stress (Phase 2 de l’IPC) pendant la période de scenario.  La région de Dar Sila (partie Est) se trouve aussi en Phase de Stress à cause de la baisse de la production céréalière de 21 pourcent comparée à la moyenne des trois dernières années et la présence des retournés.

    Juillet à septembre :

    Dans la zone soudanienne et une partie du Sahel (Guera, Chari Baguirmi et la partie ouest de Sila), la situation alimentaire devra s’améliorer avec les premières apparitions des prémisses (arachides, maïs, haricot) dans les villages et sur les marchés. A titre d’exemple, les marchés de Mongo et Bitkine (Canton Golonty et la zone de Tounkoul dans le Canton Bidio) fournissent le maïs en mi-août – début septembre. Ensuite, le bétail retrouvera son embonpoint avec l’herbe fraiche et l’eau abondante et le lait serait abondant et à des prix abordables. En outre, l’augmentation de la demande de bétail va suivre la période de Ramadan et le prix du bétail ira en s’améliorant à partir de fin mai et début juin. Ce qui peut se traduire dans un premier temps par la stabilisation de la dégradation des termes de l’échange en juin et leur amélioration à partir de juillet 2014. A partir de cette période, le prix du bétail et les revenus pastoraux issus de la vente de lait seront en nette augmentation et améliorent l'accès alimentaire des ménages par les achats sur le marché. De même, les ménages pauvres dans les zones agricoles généreront des revenus par le travail de la main-d'œuvre pour accéder à la nourriture normalement. A cet effet, tous les ménages de ces régions seront en Phase 1 (Aucune/Minimale).

    Dans la zone sahélienne, les ménages pauvres du Batha, nord Guera, nord Ouara et Kanem continueront à dépendre du marché à cause de l’épuisement de leurs réserves alimentaires. En outre, l’accès aux denrées alimentaire sera plus difficile face à un niveau des prix supérieur à la moyenne quinquennale. A cet effet, les ménages font recours à la vente de leurs petits ruminants, vente de bois et de paille, et l’exode. Malgré ces stratégies saisonnières normales, les ménages auront un revenu inferieur à une année normale et continueront d’avoir une consommation alimentaire réduite et d’adéquation minimale pendant cette période. Par contre, certaines régions (BEG, Wadi Fira et une partie de nord Ouara) qui font déjà face à un déficit de consommation, continueront à avoir des difficultés à couvrir à peine le minimum de leurs besoins alimentaires à cause de l’épuisement de stock, et de la hausse des prix des céréales. Bien que l’assistance humanitaire projetée empêche une détérioration plus profonde, ces ménages en BEG, Wadi Fira et une partie de nord Ouara resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC) ; quant aux régions du Batha, nord Guera, et Kanem, elles resteront en Stress (Phase 2 de l’IPC) jusqu'à les prochaines récoltes en octobre.

    Quant à certaines régions du sud comme le Moyen Chari, le Mandoul et le Salamat, la présence des refugiés et retournés va constituer de charges supplémentaires aux niveaux de leur famille d’accueil et augmentera la dépendance en termes de personnes en charge dans le ménage, causant une pression sur la demande, la consommation et les dépenses au niveau des ménages. A cet effet, les ménages réduiront leur consommation alimentaire en termes de nombre de repas et en terme de qualité (bouillie au lieu de riz ou boule); ensuite, ces ménages sont incapables d’engager certaines dépenses non alimentaires essentielles et seront en Stress (Phase 2 de l’IPC).


    Zone d’intérêt

    La Région de Wadi Fira

    Production agricole

    La production céréalière de la campagne agro-pastorale 2013-2014 a connu une baisse de 49 pourcent comparée à la moyenne quinquennale due au retard dans l’installation de la campagne, la rupture des pluies en juillet et l’arrêt précoce des pluies (trois semaines plutôt qu’en année normale). En année normale, la région est d’une manière générale auto-suffisante mais cette année, le bilan céréalier est en dessous de la normale avec un déficit estimé à 12 000 tonnes (ONDR-Biltine).

    En outre, la situation de la campagne maraîchère est moins bonne en cette période ou la plus part des cultures a été récoltée plutôt qu’en année normale à cause du desséchement anormal sur les cultures de maraîchage en phase de floraison dû à la chaleur accompagnée d’un vent chaud. En l’absence des estimations quantitatives, il est à noter que le niveau de réalisation des cultures maraichères (tomate, laitue, oignon, etc..) était de moindre ampleur comparé à la normale et se justifie par le niveau d’eau dans les mares semi-permanentes jugé inférieur à la normale. Cependant, en dépit de la faible production céréalière et maraichères à Biltine, le niveau de production de l’arachide a augmenté de 59 pourcent et celui de sésame de 88 pourcent comparé à la moyenne des cinq dernières années parce que ces cultures sont moins vulnérables aux conditions de sécheresse par rapport aux cultures céréalières.

    Les revenues totales des ventes des cultures sont en baisse d'environ 13 pour cent par rapport à la moyenne comme environ trois-quarts de la production totale dans cette zone provient de la production céréalière qui était inférieure à la moyenne. Toutefois, les revenus provenant de la vente de l'arachide étaient supérieures à la moyenne en raison des effets combinés de la bonne production agricole et des prix favorables. Plus précisément, le prix actuel de l’arachide a augmenté de 14 pourcent par rapport à janvier 2014 et de 11 pourcent par rapport à la moyenne quinquennale à cause de la forte demande soudanaise et l’émergence de petites unités de transformation d’huile d’arachide. En outre, le revenu issu des emprunts en nature et les payements en nature ont significativement chuté de presque 50 pourcent comparée à la normale.

    Situation zoo-sanitaire

    La situation sanitaire des animaux est relativement calme malgré les conditions physiques qui sont moins bonnes comparées à une année normale à cause de la rareté de pâturage et de l’eau. Les animaux parcourent de grandes distances à la recherche de pâturage et de l’eau. Cette perte de poids se traduit par une perte de productivité en termes de lait et de viande, et de la perte de compétitivité sur le marché.

    Les revenus de la main d’œuvre non-agricoles

    Le prix de la main d’œuvre est resté stable à 2 000Fcfa/jour, mais la demande a baissé comparée à la normale à cause des projets de construction qui sont presque terminés depuis l’année dernière et du maraichage réduit. On constate aussi une réduction de nombre de jours de travail par semaine (baisse de 4 à 3-2 fois). A cet effet, des ménages pauvres qui dépendent de cette source verront leur revenu baissée.

    Marchés et prix

    Le marché de Biltine est relativement moins animé à cause de la faible récolte de 2013 qui a influé sur le niveau d’offre jugé inferieur comparé à la normale. Les échanges entre les marchés des grandes zones de production de la zone sahélienne (Abéché, Am-timan, Goz-Beida) et celui de Biltine sont réguliers et normaux pour les céréales de base (mil et sorgho). Par contre, on n’a pas observé jusque là des flux qui sont typiques pendant cette période de la zone soudanienne vers Biltine (via Abéché) à cause de la disponibilité céréalière dans certaines régions de la zone sahélienne (Ouaddai, Guera, Chari Baguirmi, Lac et Salamat).

    La demande intérieure (ménages, commerçant et institutionnelle) devient de plus en plus importante et est supérieure à la normale à cause de l’épuisement de stock des ménages depuis février, deux mois plus tôt que d’habitude. Des achats institutionnels (ONASA) ont été signalés à l’Est de Biltine vers Guereda (Wadi Fira) mais en faibles quantités. En année normale, ONASA ne fait pas des achats dans cette zone. La demande des commerçants commence à devenir importante à partir de mars mais suit la saisonnalité avec une tendance à la hausse. Cependant, la demande extérieure a fortement baissé comparé à la période de stabilité en Libye avant 2011 à cause de la situation sécuritaire en Libye, et les restrictions administratives et la sécurité civile de l’autre coté de la frontière qui empêche le transfert des céréales vers le Darfour voisin.  Une forte demande en provenance des marchés locaux (des régions du Wadi Fira, Borkou et Ennedi, et nord Ouara) qui ont connu un déficit céréalier très important a été observée.

    Les prix des céréales enregistrent une hausse importante par rapport à l’année dernière à la même période due au faible niveau d’approvisionnement. Les prix varient entre 74 pourcent pour le sorgho et 47 pourcent pour le mil comparé à mars 2013. Cette hausse est aussi importante (47 pourcent sur le prix du sorgho et 38 pourcent sur le prix du mil pénicillaire) comparée à la moyenne quinquennale. La légère hausse du prix du riz importé (+6 pourcent) s’explique par un niveau d’approvisionnement à partir de la Libye mais en dessous la normale.

    Marchés du bétail

    Sur le marché du bétail, l’offre actuelle reste importante comparée à la même saison d’une année normale. Cette importance de l’offre se justifie par la faible disponibilité fourragère et/ou hydraulique et la crainte des ménages de perdre des animaux. En ce qui concerne les prix des bovins et des petits ruminants, le niveau de l’offre a influé fortement sur les prix et on y observe une baisse systémique (69 pourcent sur le prix du bovin, 62 pourcent sur le prix de l’ovin et 57 pourcent sur le prix du caprin) des prix des animaux par rapport à l’année dernière à la même période. Cette baisse y est toujours observée (50 pourcent sur le prix du bovin, 34 pourcent sur le prix de l’ovin et 36 pourcent sur le prix du caprin) comparée à la moyenne quinquennale. A cet effet, on assiste à une détérioration des termes de l’échange mouton/mil qui sont actuellement en défaveur de l’éleveur. En mars 2013 l’éleveur échangeait sur le marché de Biltine un mouton contre 400 kilogrammes (kg) de mil ; alors qu’en mars 2014 il ne peut obtenir que 93 kg de mil par mouton échangé, soit moins d’un sac de 100 kg. La faiblesse des conditions physiques de bétail a contribué aussi à une baisse de la disponibilité laitière. La disponibilité laitière est en baisse et presque inexistante en cette période comparée à une année normale.

    Assistance Humanitaire

    L’Office National de Sécurité Alimentaire (ONASA) déploie depuis le mois de mars 2014 prés de 4 000 tonnes qui se vendent sur le marché à prix modéré (50 pourcent inferieur au prix du marché). Souvent l’ONASA procède à une telle vente pendant la période de soudure (entre juin et septembre) mais cela n’est pas typique pour cette période. La vente à prix modéré est destinée à toute la population de Biltine. En outre, l'aide d'urgence sous forme de cash voucher par CARE International a commencé à Biltine depuis le début du mois de mars. Les populations cibles sont les pauvres et très pauvres dans toute la région. Pour le programme de CARE, le nombre de bénéficiaires est estimé à 20.000 ménages.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable d’avril à septembre 2014 pour la région de Wadi Fira est basé sur les hypothèses suivantes:

    • Situation pastorale : A cause du déficit fourrager qu’a connu la zone, la soudure pastorale sera précoce (mars/avril) comparée à la normale (mai) et on observera une détérioration des conditions physiques des animaux entre avril et juin. Cette perte d’embonpoint se traduira par une baisse atypique des prix de petits ruminants et de quantité de lait. A partir de juillet et jusqu'à septembre, les conditions physiques des animaux vont s’améliorer avec la bonne disponibilité fourragère et en eau dans toutes les zones agro-pastorales.
    • Les transhumances : Avec la concentration des troupeaux réfugiés et retournés à l’extrême sud du Tchad, les éleveurs vont remonter vers le nord dans la région de Wadi Fira à partir de juin avec le risque d’une forte concentration et des conflits agriculteurs-éleveurs.
    • Produits de cueillette : La baisse et l’arrêt brusque de la pluviométrie ont eu un effet aussi considérable sur les produits de collecte et par conséquent une baisse du niveau des produits de cueillette comparée à la normale sera observée.
    • Ventes des produits agricoles : On observera une baisse importante au niveau de la vente de produits agricoles (céréales et produit maraichers) des ménages pauvres et très pauvres au cours de la période du scénario comparées à une année normale.
    • Les flux internes: Les marchés céréaliers urbains de la zone s’approvisionneront à partir des stocks de reports ménagers des villages environnants comme en année normale en plus des flux atypiques des marchés des zones excédentaires comme Abéché pour alléger les effets de la baisse de la production céréalière par rapport à la moyenne. Ces flux seront ralentis par la saison des pluies (de juillet à septembre) à cause de l’état des routes et la présence des ouadis qui rendront le trafic difficile voire impossible par endroit.
    • Les flux externes: Les mesures restrictives du gouvernement de 2012 resteront valides pour les exportations des céréales avec les pays voisins notamment le Soudan. Cependant, des sorties des céréales de manière informelles continueront entre la partie est de Wadi Fira et le Darfour voisin mais les volumes exportées seront moins importantes qu’en année normale.
    • Les prix des céréales : En mai et septembre, on observera une hausse atypique des prix des céréales (sorgho et mil) de prés de 80 à 100 pourcent comparée à la moyenne quinquennale, à cause d’une forte demande atypique, et du déficit céréalier qui a influé sur le niveau de l’offre sur le marché. Ce niveau de prix limitera par conséquent l’accès aux céréales par les ménages pauvres et très pauvres.
    • Les prix des animaux : La baisse de prix du bétail qui sera observée sur le marché de Biltine entre avril et juin pourrait être autour de 15 à 20 pourcent et affectera négativement les termes de l’échange mouton/céréales. Cependant tout le mois de Ramadan, les prix de bétail vont augmenter comparés à la moyenne quinquennale à cause de la forte demande en viande. Par conséquent, à partir de juillet, on assistera à une vente du bétail plus que d’habitude due au mois de Ramadan et aussi afin de renforcer les capacités d’achat des ménages à cause de leur dépendance vis-à-vis du marché au-dessus de la normale. A cet effet, les prix des animaux vont augmenter de 10 pourcent comparé à juin.  En août et septembre, il y’aura un bon embonpoint des animaux due à la bonne disponibilité de pâturage et d’eau; ainsi, les prix resteront stables.
    • L’assistance humanitaire : Les programmes d'assistance humanitaire suivants se poursuivront au cours de la période de scenario:
      • L’Office National de Sécurité Alimentaire (ONASA) continuera à vendre prés de 4 000 tonnes à prix modéré (50 pourcent inferieur au prix du marché). La vente à prix modéré sera destinée à toute la population de Biltine.
      • CARE International continuera à distribuer l'aide d'urgence sous forme de cash voucher aux 20 000 ménages pauvres et très pauvres dans toute la région.
      • Catholic Relief Services (CRS) a ciblé 8,000 ménages pour l’aide alimentaire à travers les coupons alimentaires. 7,500 ménages sédentaires vont recevoir des coupons de 24,000 CFA pour 6 mois de mai à octobre. A peu prés 500 ménages nomades vont recevoir des coupons pour un montant non encore défini pour 3 mois de mai à juillet. Ensuite, CRS va cibler 10,000 ménages pour les activités complémentaires sur l’agriculture (semences, techniques culturels et post-récoltes) et microfinance, dont 6,250 ménages sont retenus également pour l’aide alimentaire.
    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Entre avril et juin, l’épuisement précoce des stocks alimentaires des ménages, combiné avec la baisse des prix du bétail et la hausse atypiques des prix des produits alimentaire, le pouvoir d'achat des ménages va être réduit et l'accès aux denrées alimentaires sera limité. Bien que le revenu des ménages pauvres et très pauvres issue de la vente de petits ruminants et du transfert va augmenter au cours de la période du scénario comparé à une année normale comme des stratégies d’adaptation, ceux issus de la vente de bois/paille, de construction et des céréales ont baissé et la différence ne pourra pas être comblée. Par conséquent, les ménages réduiront leurs dépenses non alimentaires et feront face à un déficit de consommation. A cet effet, ils seront en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Entre juillet-septembre, les ménages vont continuer à avoir de difficultés d’ordre alimentaire à cause du manque de disponibilité au niveau des ménages et de leur dépendance totale vis-à-vis des achats sur le marché. Les stratégies d’adaptation, comme le déstockage des animaux et la migration par exemple vers Abéché pour travailler dans les grands champs des nantis, continueront à renforcer les capacités d’achat, mais la hausse atypique des prix des céréales pendant cette période limitera considérablement l’accès aux céréales par les ménages et ne leur permettra par conséquent de combler le déficit alimentaire. Bien que l’assistance humanitaire projetée empêche une détérioration plus profonde, les ménages continueront de faire face aux déficits de consommation et resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC) jusqu'à les prochaines récoltes en octobre.


    Evénements qui pourraient changer les scenarios

    Table 1: Événements possibles dans les six prochains mois qui pourraient changer les scenarios ci-dessus. 

    Zone

    Evénement

    Impact sur les conditions de la sécurité alimentaire

    National

    Retard dans le démarrage de la campagne agricole 2014-2015

    • Réduction des opportunités relatives au salariat agricole ou en d’autre terme baisse de la demande de la main d’œuvre agricole. 
    • Rétention de stock et hausse des prix des céréales.
    • Retard des récoltes et prolongement de la soudure agricole

    National

    Interdiction des sorties des céréales des zones excédentaires vers celles déficitaires et/ou perturbations des échanges entre le Tchad et les pays voisins tels que le Nigeria et la Libye.

    • Hausse des prix des céréales dans les zones de forte demande ou déficitaires.

     

    Wadi Fira

    Intensification du niveau d’assistance humanitaire, y compris les distributions gratuite des vivres, la vente des céréales à prix modéré, et les « cash vouchers ».

    • Ces actions permettront d’améliorer l’accessibilité aux denrées alimentaires par les ménages et éviter la perte des avoirs relatifs aux moyens d’existence (exemple : vente de petits ruminants).

     

    Wadi Fira

    Transfert de céréales de la zone soudanienne vers la zone sahélienne au-dessus de la normale.

    • Ceci permettrait de stabiliser le niveau des prix des denrées sur le marché

     

     

    Figures Calendrier saisonnier pour une année typique

    Figure 1

    Calendrier saisonnier pour une année typique

    Source: FEWS NET

    Figure 2

    Source:

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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