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Les hausses de prix sur les marchés et la diminution de la production accentuent l’insécurité alimentaire aigüe de Crise (Phase 3 de l'IPC) au Sahel et Lac

  • Mise à jour sur la sécurité alimentaire
  • Tchad
  • Décembre 2023
Les hausses de prix sur les marchés et la diminution de la production accentuent l’insécurité alimentaire aigüe de Crise (Phase 3 de l'IPC) au Sahel et Lac

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  • Messages clé
  • Situation actuelle
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Suppositions mises à jour
  • Perspectives jusqu’ à mai 2024
  • Messages clé
    • La consommation alimentaire des réfugiés, retournés et ménages hôtes des provinces de l’Est continue de se détériorer à cause des épuisements précoces de stocks céréaliers des ménages hôtes.  L’insécurité alimentaire aigüe de Crise (Phase 3 de l’IPC) persiste et contraint certains ménages à intensifier massivement des stratégies d'adaptation d’urgence. Ces ménages sont en Urgence (Phase 4 de l’IPC). Les ménages très pauvres et pauvres des provinces sahariennes (Tibesti, Ennedi Est et Ennedi Ouest) ainsi que les déplacés et ménages hôtes du Lac ne peuvent satisfaire leurs besoins de consommation sans recourir à des stratégies de crise ; ils sont en insécurité alimentaire aigüe de Crise (Phase 3 de l’IPC).
    • Face à l'épuisement précoce des stocks céréaliers des ménages hôtes, l'afflux des réfugiés à Ouaddai, Sila et Wadi Fira accentue la pression sur les moyens d'existence des populations locales. L’achat sur les marchés et l’aide humanitaire sont leurs principales sources de nourriture. Cependant, à cause de l’augmentation des besoins en assistance alimentaire, les problèmes d'insuffisance de financements des organisations humanitaires affectent les volumes disponibles pour les réfugiés soudanais, retournés tchadiens et ménages hôtes. De nombreux ménages font recours à des stratégies d’urgence dont la mendicité pratiquée surtout par les retournés tchadiens et réfugiés soudanais. 
    • Les baisses de superficies de la campagne agricoles de contre-saison rapportées dans plusieurs provinces sont dues aux faibles humidités dans la plupart des bassins de production et la pénurie de carburant en cours qui limite l’irrigation des pépinières et les superficies repiquées en riz de contre-saison au Mayo Kebbi Est. Au Ouaddaï, les périmètres de cultures de rente (oignon, ail) y sont fortement affectés par ladite pénurie. En outre, le retrait tardif des eaux dans les bras du lac retarde la mise en valeur des polders non aménagés dans la province du Lac. L’apparition des chenilles légionnaires sur les cultures de berberé dans les départements de Mont Illi et Mayo Lémié a occasionné l’abandon de nombreux périmètres agricoles détruits. 
    • La situation pastorale continue de se dégrader dans les localités pastorales et agropastorales à cause du déficit fourrager et l’assèchement complet des mares. Ces déficits fourragers couplés à la raréfaction des points d’eau affectent l’état physique des animaux qui est en dessous de celui d’une année normale. Ces mauvaises conditions pastorales ont entraîné un mouvement massif des troupeaux vers le sud et y a occasionné une surcharge pastorale. Ceci entraîne des heurts réguliers entre agriculteurs et pasteurs provoquant des pertes en vies humaines et matérielles comme dans le canton Banda en début décembre 2023. 

    Situation actuelle

    Contexte sociopolitique : Le processus référendaire marquant l’évolution de la transition politique a abouti à l’adoption par un référendum du projet de constitution le 17 décembre 2023. Les résultats promulgués le 24 décembre 2023 consacrent l’Etat unitaire fortement décentralisé. Certains acteurs politiques de l’opposition ayant soutenu l’option fédérale contestent ces résultats qualifiés de mascarade. Des organisations de la société civile dénoncent également des fraudes massives. Par ailleurs, le contexte social reste paralysé par une nouvelle pénurie de carburant intervenu depuis fin novembre 2023. La plupart des activités socio-économiques notamment le trafic urbain et interurbain sont grandement perturbé à cause des surenchères sur les prix du carburant. Ceci affecte le fonctionnement des marchés de produits alimentaires.

    Campagne agricole de contre saison : Les activités de cette saison restent grandement affectées par les impacts des perturbations pluviométriques enregistrées durant la saison pluvieuse. Des baisses d’emblavures sont rapportées dans les principaux bassins de production à cause de la faible disponibilité des pépinières et d’un accès limité aux intrants. Des appuis en aménagements de sites maraîchers, dotations en intrants et matériels sont fournis à 3000 ménages hôtes dans le département d’Assongha et 1 500 personnes dans le département d’Ouara. Dans le bassin rizicole (Provinces du Tandjilé et Mayo Kebbi Est), les activités dominantes sont les travaux de préparation de sol, mise en place de pépinière et le repiquage isolé. L’irrigation des espaces rizicoles grâce aux eaux du fleuve Logone est entravée par le chantier de construction du pont transfrontalier de Yagoua. Ceci a engendré des baisses de superficies. Dans les départements du Mayo Lémié et Mont Illi, des attaques de cultures par les chenilles légionnaires sont signalées par la base phytosanitaire provinciale. Additionnellement, la pénurie persistante de carburant intervenue depuis fin novembre 2023 perturbe l’irrigation et les travaux de contre saison notamment en zone rizicole et dans la province du Lac.

    Situation pastorale :En zone sahélienne, une dégradation accentuée de la situation pastorale est rapportée à cause des mauvais résultats de la saison pluvieuse. Au Sahel Ouest, les animaux dépendent précocement du pâturage aérien tandis qu’au Lac, la plupart des troupeaux sont dans les îles et au sud pour profiter du pâturage. Au Moyen Chari, une dégradation des conditions pastorales occasionnée par la présence massive des troupeaux, les faibles disponibilités de résidus de récoltes des points d’eau. Faisant suite à la surcharge pastorale, une compétition entre pasteurs pour l’accès aux ressources est observée. Ceci entraîne une détérioration, atypique, de l’état d’embonpoint des animaux. Des heurts isolés entre agriculteurs et éleveurs sont régulièrement rapportés malgré le calme relatif observé durant ces dernières semaines.

    Sources de revenus : Une érosion des principales sources de revenus est rapportée dans la plupart des zones à cause des mauvais résultats de la saison (déficit de production agricole) et de la raréfaction des opportunités économiques. La suroffre de la main d’œuvre non agricole, urbaine, induite par l’afflux massif des migrants saisonniers vers les centres urbains en quête d’embauche réduit les revenus tirés de la migration à cause des faibles salaires. En zone rurale, une érosion globale de la plupart des sources réduit les revenus des ménages très pauvres et pauvres.

    La pression exercée par les ménages très pauvres sur les ressources naturelles réduit les revenus issus de la vente du bois de chauffe, de l’artisanat et des produits de cueillette ; les quantités prélevées sont très faibles. 

    A l’Est, la présence massive des réfugiés et retournés continue d’engendrer une pression sur les moyens d’existence. Additionnellement à la baisse de production des ménages hôtes, la fermeture de la frontière soudanaise continue d’occasionner une érosion accentuée des revenus, tirés de la main d’œuvre non agricole, du petit commerce entre autres, à cause de l’arrêt des flux transfrontaliers. 

    La dégradation des conditions pastorales vient accentuer les baisses de revenus issus de la vente de bétail à cause de l’éloignement des pasteurs vers les localités plus éloignées, au sud du pays. Le mauvais état d’embonpoint détériore la valeur marchande des animaux d’où des niveaux de prix en baisse comparée à la moyenne en certaines localités du Sahel. 

    Les reflux réguliers des orpailleurs artisanaux du Tibesti par les forces de l’ordre continuent de réduire les revenus tirés de la migration par les artisans orpailleurs issus des ménages très pauvres et pauvres du Sahel.

    Source de nourriture : La plupart des sources sont en baisse comparée à une année normale à cause des faibles productions, des bas niveaux de revenus et de la pression sur les ressources disponible. En zone soudanienne, la consommation alimentaire est essentiellement soutenue par les récoltes malgré les bas niveaux de stocks reconstitués complété par les paiements en nature et les produits de cueillette. Au Sahel, les achats sur les marchés constituent la principale source alimentaire à cause de l’épuisement des stocks de ménages. Cependant, les volumes des achats sont inférieurs à une année normale à cause des bas niveaux de revenus des ménages face aux tendances haussières atypiques, comparées à la moyenne quinquennale de prix. 

    Le recours très remarqué aux produits de cueillette est observé dans certaines localités comme au Lac et même en zone soudanienne à cause des faibles disponibilités de stocks céréaliers. Les volumes de produits sont très inférieurs à une année normale à cause de la pression exercée par les ménages.

    A l’Est du pays, les réfugiés et les retournées dépendent des marchés, de la solidarité des ménages hôtes et de l'aide humanitaire comme sources de nourriture. Cependant, l’insuffisance de l’assistance humanitaire, les faibles niveaux de revenus occasionnés par la concurrence et la pression sur les moyens d’existence renforcent les écarts de consommation. La pression sur les stocks des ménages a entraîné des épuisements précoces de ces stocks amenuisant les apports de la solidarité dont ils bénéficiaient notamment dans le Département d’Assongha au Ouaddaï.

    Marchés céréaliers et prix : L’approvisionnement des marchés de produits alimentaires est affecté par la hausse des coûts de transports accentuée par la pénurie persistante de carburant intervenue depuis fin novembre 2023. L’offre céréalière est en baisse significative comparée à une année normale à cause des faibles productions couplées aux volumes limités de flux internes. Des hausses atypiques, comparées à la moyenne quinquennale de prix sont observées, dans la plupart des zones du pays. Au Lac, des hausses atteignant 62 pour cent et 67 pour cent comparées à la moyenne quinquennale sur le prix, respectivement du mil et du maïs sont rapportées à Bol en fin novembre 2023 (Figure 1). Les mêmes tendances de prix persistent dans les provinces de l’Est à cause de la forte pression sur les céréales locales. Plus largement dans le Sahel, les faibles volumes disponibles de produits de produits alimentaires importés à partir de la Libye et l’arrêt des flux entrants du Soudan accentuent la forte hausse des prix sur les marchés céréaliers. 

    Figure 1

    Variation des prix du maïs sur le marché de Bol (janv-nov 2023)
    Variation des prix du maïs

    Source: FEWS NET

    Marché à bétail : Dans les provinces voisines du Soudan, la disponibilité sur les marchés est en baisse relativement à une année normale. Ce faible niveau de l’offre fait suite à cause de l’éloignement des troupeaux vers les localités de la zone méridionale en quête de meilleures conditions pastorales. La présence des intermédiaires et autres acheteurs suscite des hausses des prix sur les marchés de N’Djaména, en certaines localités de la zone méridionale. Ces niveaux de prix sont induits par la hausse de la demande à l’exportation intense du bétail à destination du Nigéria, malgré la dépréciation du naira, et du Cameroun.  Des hausses modérées à significatives, comparées à la moyenne quinquennale des prix des petits ruminants à Fianga (17 pour cent) et Kélo (31 pour cent), deux points de regroupement pour l’exportation. Le changement institutionnel intervenu au Niger et ses implications régionales dont l’embargo continuent de limiter les flux sortants vers le Nigéria de bétail à partir des provinces de l’Ouest (BEG, Kanem). 

    Situation humanitaire :  Au mois de décembre 2023, le Tchad a enregistré 484,626 réfugiés soudanais et 98,770 retournés tchadiens dans les provinces de l’Est (UNHCR). Les réfugiés et les retournés continuent d’éprouver des gaps de consommation alimentaires. Le Programme Alimentaire Mondiale a relevé avoir assisté plus de 537 000 personnes (réfugiés, retournés et ménages hôtes) Le retard de financement préoccupe les acteurs humanitaires dont le PAM qui redoute une baisse significative de l’assistance alimentaire aux 550 000 personnes, réfugiés soudanais et retournés tchadiens de l’Est. Un arrêt total des interventions en nutrition est également redouté (PAM). Ceci renforce la pression des personnes réfugiées et retournées, sur les moyens d’existence des ménages hôtes et exacerbe davantage l’insécurité alimentaire des populations dans les provinces d’accueil. Au Lac, l’arrêt du déploiement de l’assistance continue d’accentuer l’insécurité alimentaire des déplacés internes et ménages hôtes confrontés aux déficits de production pluviale. 

    Situation alimentaire courante 

    La précarité alimentaire des réfugiés et retournés découlant d’un accès alimentaire limité occasionne une détérioration accentuée de leur consommation. Malgré les stratégies de crise, ils ne peuvent satisfaire leurs besoins alimentaires de base. D’effectifs croissants font recours à des stratégies d’urgence mais n’arrivent pas à couvrir leurs besoins de consommation. Ils intensifient la pression sur les moyens d’existence des ménages hôtes avec lesquels ils sont en compétition pour l’accès aux ressources et opportunités disponibles. Ceci accentue l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les provinces d’accueil de l’Est. Les ménages très pauvres et pauvres du Lac, Tibesti, d’Ennedi Est, Ennedi Ouest continuent d’avoir des écarts significatifs de consommation alimentaire et seraient en Crise (Phase 3 de l’IPC). Cette situation découle des tendances haussières des prix comparées à la moyenne quinquennale qui limitent leurs accès aux marchés.


    Calendrier saisonnier pour une année typique
    Calendrier saisonnier

    Source: FEWS NET


    Suppositions mises à jour

    Les hypothèses du rapport sur les perspectives de la sécurité alimentaire d’octobre 2023 à mai 2024 se maintiennent, à l'exception de celles mises à jour ci-dessous :

    • Marchés de produits alimentaires : les tendances haussières, comparées à la moyenne quinquennale, de prix se maintiendraient et atteindraient des niveaux atypiques à partir de fin mars – début mai limitant l’accès alimentaires à la plupart des ménages très pauvres. 
    • Insécurité au Lac :  Des attaques isolées, par les groupes armés pourraient être enregistrées jusqu’en fin janvier à mi-février 2024 à cause des niveaux des eaux du lac qui favoriseraient des incursions et les capacités limitées de poursuite des éléments de groupes armés non étatiques par les forces de défenses et de sécurité. Toutefois, les niveaux des attaques seraient en légère baisse comparée aux années antérieures en raison de la baisse progressive des niveaux des eaux du Lac. La présence massive des forces de défense et de sécurité contribuerait à maintenir le calme sécuritaire dans la province. 
    • Contexte sécuritaire en zone soudanienne : Une multiplication des foyers de tensions pourrait être observée à cause de la présence massive de troupeaux occasionnant des rixes régulières entre agriculteurs et éleveurs. Le départ tardif vers les zones d’attache en raison de la rude soudure pastorale conduirait à une réduction des espaces agricoles en zones soudanienne. 
    • Assistance humanitaire : Face à l’afflux régulier des réfugiés et retournés couplée à la dégradation accentuée des moyens d’existence dont les épuisements complets des stocks des ménages hôtes, l’assistance humanitaire pourrait être insuffisante aux ménages nécessiteux. L’aide alimentaire pourrait difficilement couvrir les besoins de consommation de tous les réfugiés et retournés ainsi que les ménages hôtes. La pression soutenue occasionnée par le retard de l’assistance et la compétition sur les moyens d’existence des ménages continuerait d’affecter la consommation alimentaire des réfugiés, retournés et ménages hôtes.    

    Perspectives jusqu’ à mai 2024

    La consommation alimentaire des réfugiés soudanais et retournés tchadiens, des ménages hôtes continuerait de se détériorer durant la période de février à mai 2024. Faisant suite aux écarts significatifs de consommation, une forte intensification des stratégies de Crise (Phase 3 de l’IPC) serait observée. Quelques ménages auraient d'importants déficits de consommation alimentaire reflétés par une malnutrition aiguë et seraient en Urgence (Phase 4 de l’IPC). Au Sahara, les perturbations récurrentes de flux entrants de produits alimentaires importés, à partir de la Libye, à destination de l’Ennedi Est, Ennedi Ouest et Tibesti maintiendraient les tendances haussières sur les marchés. Compte tenu de l’érosion des revenus des ménages très pauvres, leur accès aux marchés sera limité. Ils parviendront à couvrir leurs besoins alimentaires essentiels de façon marginale, mais seulement en employant des stratégies d'adaptation de crise.  La dégradation des moyens d’existence des déplacés internes et ménages hôtes de la province du Lac affecteraient davantage leur situation alimentaire. L’épuisement des stocks des ménages hôtes et les tendances haussières significatives des prix des aliments de base, comparées à la moyenne quinquennale, entraîneront une précarité alimentaire soutenue. Les ménages déplacés internes et hôtes du Lac, ceux des provinces du Sahara (Ennedi, Est, Ennedi Ouest, Tibesti) seraient en Crise (Phase 3 de l’IPC). L’arrêt de l’assistance accentuerait davantage la détérioration de la consommation alimentaire des déplacés internes et ménages hôtes du Lac. Les ménages très pauvres et pauvres du Sahel Ouest (BEG, Kanem) et du département de Mangalmé continueraient d’avoir des déficits de consommation. Ils ne pourront satisfaire leurs besoins alimentaires de base qu’en faisant recours aux stratégies de crise. Ils resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC) 

    Citation recommandée: FEWS NET. Tchad Mise à jour sur la sécurité alimentaire Décembre 2023: Les hausses de prix sur les marchés et la diminution de la production accentuent l’insécurité alimentaire aigüe de Crise (Phase 3 de l'IPC) au Sahel et Lac, 2023.

    Cette mise à jour des perspectives sur la sécurité alimentaire présente une analyse des conditions actuelles d'insécurité alimentaire aiguë et de toute évolution de la dernière projection de FEWS NET concernant les résultats de l'insécurité alimentaire aiguë dans la géographie spécifiée au cours des six prochains mois. Pour en savoir plus sur le travail, cliquez ici.

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