Skip to main content

La hausse atypique des prix des denrées alimentaires impacte négativement la consommation alimentaire des ménages pauvres

  • Mise à jour sur la sécurité alimentaire
  • Tchad
  • Avril 2023
La hausse atypique des prix des denrées alimentaires impacte négativement la consommation alimentaire des ménages pauvres

Télécharger le rapport

  • Messages clé
  • Situation actuelle
  • Suppositions mises à jour
  • Perspectives jusqu’ à septembre 2023
  • Messages clé
    • Bien que la récolte de contre-saison se termine en avril, les ménages pauvres du Tchad dépendent principalement des marchés pour satisfaire leurs besoins alimentaires dans le contexte d'une production agricole inférieure à la moyenne pour 2022/23. Dans les zones pastorales, les conditions de vie du bétail se détériorent de façon saisonnière à mesure que les pâturages se raréfient. L’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l'IPC) est attendue dans la région de Lac, impacté par l’insécurité civile, ainsi que dans le Barh El Gazal (BEG) et le Kanem, où les prix élevés des denrées de base limitent la consommation alimentaire des ménages qui ont déjà un faible pouvoir d'achat.

    • Les activités typiques de moyens d’existence sont limitées par la persistance de l’insécurité dans la zone du Lac et l’interdiction de l’orpaillage dans les zones frontalières avec la Libye et le Soudan. Ces contraintes sécuritaires limitent la migration de la main-d’œuvre et réduisent le flux des produits alimentaires conduisant à la baisse de l’offre sur les marchés. En outre, l'afflux des réfugiés soudanais dans l'est du Tchad à la suite du déclenchement du conflit en avril au Soudan exerce une pression supplémentaire sur les sources de nourriture, en particulier dans l'Assoungha et la Moudeina. Ainsi, la consommation alimentaire des ménages est négativement impactée par la baisse de l’offre et la hausse de la demande créée par le mouvement des populations.   

    • En raison de la baisse de 1.2 pour cent de la production agricole de 2022 par rapport à la moyenne quinquennale et l’épuisement des stocks des ménages, l’offre des produits alimentaires sur les marchés est en baisse alors que la demande a augmenté à cause de la dépendance accrue des ménages aux marchés pour satisfaire leurs besoins alimentaires. Cette situation entraîne la hausse des prix des denrées alimentaires qui sont aggravées par hausse des prix des carburants. Ainsi, en plus de la hausse saisonnière, les marchés affichent en général des prix significativement supérieurs à la moyenne quinquennale. 

    • Les inondations localisées observées en période d´hivernage ont détruit le tapis herbacé des zones impactées, réduisant la disponibilité fourragère dans la zone soudanienne. En raison de la faible disponibilité du pâturage, les pasteurs ont entamé une transhumance précoce vers leurs zones d’attache au nord du pays. Compte tenu du mauvais état d’embonpoint des animaux, les termes d’échange bétail/céréales sont en défaveur des éleveurs dans la zone septentrionale. Pour faire face aux besoins en céréales, les ménages pastoraux augmentent leur vente de bétail à des prix en dessous de la moyenne.


    Situation actuelle

    Contexte sociopolitique et sécuritaire : La grâce présidentielle accordée au mois de mars 2023 aux prisonniers de guerre et aux manifestants du 20 octobre 2022 couplé par la décision des acteurs politiques de participer au référendum constitutionnel prévu en novembre 2023 a contribué à l’apaisement socio-politique.  

    Suite à l'aggravation du conflit au Soudan à la mi-avril et à l'afflux de réfugiés soudanais, le gouvernement tchadien a décidé de fermer ces frontières avec le Soudan, une fermeture impactant les mouvements des personnes et le flux transfrontalier des produits alimentaires, et rendant difficile l’accès aux produits alimentaires en provenance du Soudan. De plus, la présence continue des réfugiés centrafricains a été une source d’insécurité à travers des vols des biens et assassinat des autochtones. Toutefois, avec la présence des forces de défense et de sécurité en zone soudanienne, une accalmie de la situation dans les zones frontalières avec la Centrafrique est observée.

    Par contre, les conflits intercommunautaires dans le Mandoul et au Moyen Chari sont des évènements récurrents et ont entraîné une dizaine de morts. En outre, la recrudescence des enlèvements contre rançon a été aussi rapportée, entrainant une grève du syndicat des enseignants réclamant plus de sécurité pour les populations dans cette zone.

    Réfugiés : En début 2023, le Tchad comptait déjà plus de 400,000 réfugiés soudanais. Cependant, le conflit armé en cours au Soudan a augmenté rapidement le nombre des réfugiés soudanais fuyant au Tchad. Depuis le début du conflit le 15 avril 2023, il a été rapporté environ 20 000 nouveaux réfugiés soudanais arrivés au Tchad.

    Situation agricole : Les effets de l’inondation ont impacté négativement la production agricole 2022/2023 qui s’élève à 2 798 642 tonnes, soit une baisse de 1.2 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale de la production. En conséquence, dans la zone soudanienne et le Salamat, la production des cultures de contre-saison et les cultures maraîchères sont inférieures à la moyenne. Toutefois, en prévision de la saison pluvieuse avec les premières précipitations en fin mars, les travaux préparatoires des champs sont entamés.  On note aussi que les activités maraîchères et les cultures de contre-saison froide se poursuivent par la récolte des berberé et le repiquage du riz ; alors que les variations par rapport à la moyenne quinquennale des produits de rente tels que le niebé, le blé et le maïs sont respectivement de -1.3 pour cent, -30.2 pour cent et -9.9 pour cent. Dans la zone du Lac, la situation agricole dans les polders modernes est marquée par la maturation de fève, funegrec et du blé. Toutefois, la fève qui est en phase de récolte donne un faible rendement par rapport à la moyenne quinquennale.   En revanche, le maïs qui est à maturité complète, contribue à améliorer relativement les disponibilités alimentaires des ménages. Dans le Borkou, l’Ennedi et le Tibesti en revanche, les activités agricoles sont réduites à l’entretien des cultures maraîchères de contre-saison froide déjà à maturité (ex : ail, oignon, tomate, gombo et chou).

    La situation pastorale et le mouvement de bétail : Les inondations pendant la saison des pluies ont considérablement impacté le niveau de la biomasse végétale entrainant une baisse des pâturages dans la zone soudanienne. À cet effet, les animaux affichent un mauvais état d’embonpoint réduisant ainsi leur valeur marchande. En prélude à la nouvelle saison pluvieuse, les transhumants ont regagné précocement leurs zones d’attache vers le nord. Dans le Lac, le surpâturage, créé par la venue des éleveurs nomades depuis les provinces du Kanem, du BEG et d'Hajar Lamis, a conduit les éleveurs à se déplacer davantage vers le sud de la zone plus propice.

    Dans le Ouaddaï, le flux des animaux est faible à cause des perturbations sécuritaires dans les zones frontalières du Soudan. La transhumance prend uniquement l’allure des mouvements de bétail à l’intérieur des départements selon un axe orienté du centre vers les zones de culture. La suroffre des animaux dans la zone septentrionale, conduit à une baisse de prix sur le marché de bétail, la consommation alimentaire des ménages est réduite du fait de la forte hausse des prix des céréales ce qui entraîne une baisse des termes de l’échange petits ruminants/céréales dans la plupart des marchés des zones pastorales et agropastorales. Comparés à la moyenne des cinq dernières années, les termes de l’échange sont en défaveur des éleveurs de 35 pour cent, 18 pour cent, huit pour cent, et trois pour cent, respectivement à Oum Hadjer, Moussoro, Bol et à Mongo. Cette détérioration des termes de l’échange dans ces localités réduit le pouvoir d’achat des ménages pauvres limitant ainsi leur accès aux aliments.

    Sources de revenus : Les sources de revenus des ménages pauvres sont constituées principalement par les emplois agricoles saisonniers, l’auto-emploi, et le transfert. Compte tenu de l’épuisement total de stocks céréaliers de ménages et la perspective du démarrage de la campagne agricole 2023/2024, on assiste à une augmentation saisonnière de l’offre d’emploi agricole. Il en résulte une suroffre de la main-d’œuvre agricole dans les localités de la zone soudanienne. Cependant, en raison de la baisse du pouvoir d’achat des nantis et leur utilisation de la main-d’œuvre familiale, la demande est en baisse comparée à une année normale. Dans d’autres localités comme Mayo Kebbi ouest, la main-d’œuvre dans les parcelles rizicoles de contre-saison froide, constitue une importante source de revenus pour les ménages. L’auto-emploi, comme le transport des briques et de l’eau, constitue aussi une source de revenu pour les ménages pauvres et est en hausse du fait du manque d’autres opportunités de travail. Par contre, dans Ouaddaï, Wadi Fira et Faya, le transfert des exodants est réduit à cause du contexte sécuritaire instable au niveau des frontières libyennes et soudanaises.

    Stocks institutionnels : Compte tenu de la baisse des récoltes céréalières, pluviales et contre-saisons, mais aussi de l’utilisation des stocks pour les besoins de semence, le niveau global des  stocks  céréaliers actuel sur les marchés reste très en deçà de la moyenne quinquennale. Malgré une disponibilité de 52 342 tonnes de produits alimentaires sur les 100 000 tonnes planifiées, le gouvernement a lancé les opérations de ventes subventionnées depuis le 18 avril 2023 sur toute l’étendue du territoire. 

    Marchés céréaliers et prix : En général, l’approvisionnement des céréales est faible dans les marchés par suite de la faible production durant la campagne agricole 2022/2023, excepte dans les marchés de Guera, de Salamat et de Mayo Kebi qui sont approvisionnés par les marchés secondaires.

    Toutefois, en raison des coûts élevés de transport, à suite de la hausse des prix des carburants et de la baisse de l’offre par rapport à une année normale, une tendance haussière de prix est observée sur tous les marchés (Figure 1). Par rapport à la moyenne quinquennale, on observe une hausse du prix de sorgho plus de 40 pour cent dans le Barh El Gazel, une hausse de prix de mil de 27 pour cent dans le Mandoul et de 30 pour cent au Moyen Chari. Au Lac, la situation est aggravée par l’insécurité qui limite les flux de personnes et des biens. Au Kanem, les prix ont ainsi augmenté significativement par rapport à la moyenne quinquennale, soit une hausse de 20 pour cent et 27 pour cent respectivement pour le mil et le maïs. En ce qui concerne la demande pour les produits alimentaires importés (ex : farine de blé, pâtes alimentaires et huiles végétales), elle est en hausse sur l’ensemble des provinces, en particulier dans les zones déficitaires comme le Wadi Fira, le Borkou et le Tibesti. Cette forte demande couplée aux effets de la hausse des prix des carburants et la période du Ramadan augmente de manière globale les prix des produits alimentaires importés.

    Marchés à bétail : En cette période de soudure pastorale, les pasteurs ont regagné précocement leurs zones d’attache du fait du manque de pâturage lié à la destruction du couvert végétal par les inondations. La remontée précoce des transhumants a réduit l’offre de bétail dans la zone soudanienne ce qui est aggravé par les conflits intercommunautaires dans le Moyen Chari. Ainsi, les prix sont restés élevés, de 19 pour cent et 37 pour cent respectivement dans le Moyen Chari et le Mandoul, limitant l’accès des ménages aux marchés des bétails et des produits dérivés. Cependant, dans la zone septentrionale, la suroffre des animaux conduit à une baisse de prix sur le marché de bétail. Au Kanem, au BEG et au Lac, la fermeture des frontières avec le Nigeria par suite des incursions des groupes armés non étatiques a en revanche conduit à une suroffre de bétail sur les marchés de Ngouri et Bol, ce qui a maintenu la stabilité des prix malgré les coûts de transport.

    Figure 1

    Évolution du prix du sorgho dans le Barh el Gazel
    Evolution des prix de sorgho dans le Barh elGazel

    Source: FEWS NET


    Suppositions mises à jour

    Les hypothèses du rapport sur les perspectives de la sécurité alimentaire février à septembre 2023 se maintiennent, à l'exception de celles mises à jour ci-dessous :

    • Contexte sécuritaire au niveau des frontières : Si les évènements en cours au Soudan persistaient, le contexte sécuritaire se dégraderait tout au long des frontières du Tchad avec le Soudan. De plus, une augmentation des réfugiés soudanais est probable au cours des prochains mois. Dans le Lac, l’accalmie des incursions des GANE qui découlerait de la baisse du niveau des eaux du lac, couplée au calme post-électoral au Nigeria et l’extension du délai de change des nouveaux billets du naira amélioreraient les mouvements de populations. Dans la zone soudanienne, la présence des forces de défense et de sécurité instaure une relative sécurité, cela conduirait à une hausse de la demande de bétail en direction de Centrafrique.
    • En raison de la fermeture des frontières avec le Soudan dû au conflit armé dans ce pays, le flux des produits alimentaires entre le Tchad et le Soudan serait limité. Il en résulterait une baisse de la disponibilité des produits alimentaires importés sur les marchés de Ouaddaï et Wadi Fira. Cependant, l’offre interne des prémices des récoltes et les produits de contre-saison serait en hausse du fait que les exportations des céréales vers le Soudan seraient arrêtées par la fermeture des frontières.
    • À la faveur des récoltes de contre-saison, la disponibilité des produits alimentaires afficherait une hausse relative. Les prix des céréales pourraient enregistrer une légère baisse. Dans le lac et la zone soudanienne, l’accalmie sécuritaire s’ajouterait à ces facteurs et améliorerait relativement la consommation alimentaire des ménages pauvres et très pauvres.
    • Dans la zone septentrionale, le flux des travailleurs en direction des zones d’orpaillage se limiterait de façon substantielle à cause de l’accroissement de l’insécurité dans la zone. Cette situation conduirait à une perte des activités génératrices de revenus dans cette zone et impactant de ce fait la consommation alimentaire des ménages. 
    • Réfugiés : Les informations détaillées sur l’assistance humanitaire jusqu'à la fin de la période de soudure ne sont pas disponibles. Cependant, l’augmentation des nombres des réfugiés causés par le conflit armés au Soudan augmenterait le besoin en assistance humanitaire et impacterait la consommation alimentaire de ces réfugiés.

    Perspectives jusqu’ à septembre 2023

    Le retrait tardif des eaux d’inondation dans le Lac et le Guera entraînerait une baisse relative des récoltes précoces, couplé à la hausse des coûts de carburant, cette baisse conduirait à une faible disponibilité des produits alimentaires jusqu’en mi-septembre sur le marché faiblement accessible par les ménages pauvres.

    Aussi, la hausse continue des prix du carburant, ainsi que les restrictions au niveau des frontières au Lac et le Soudan maintiendraient les prix à des niveaux élevés et donc les ménages très pauvres et certains ménages pauvres de la zone, du BEG et Kanem nord, du fait de leur bas niveau de revenu dû à un manque d´opportunités d´emploi saisonnier rencontreront des difficultés pour accéder aux produits alimentaires et resteraient en Crise (Phase 3 de IPC).

    Selon le bulletin spécial de prévision saisonnière des précipitations moyennes à excédentaires par rapport à la normale seraient attendues sur toute la zone méridionale et dans la zone sahélienne. Une hausse des productions des prémices de la campagne agricole 2023/2024 augmenteraient la disponibilité saisonnière des denrées sur les marchés des zones excédentaires. Ainsi, les zones pastorales comme Borkou et Ennedi pourraient ainsi voir une amélioration relative du flux interne des produits alimentaires issus de la production locale, mais elles resteraient en Stress (IPC Phase 2). Cependant, en raison de la disponibilité des prémices et de produits sauvages, les zones de moyens d’existence à dominante agricole dans le sud seront en insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de IPC) entre mai et septembre 2023.

    Citation recommandée : FEWS NET. Tchad Mise à jour des Perspectives sur la Sécurité Alimentaire, avril 2023 : La hausse atypique des prix des denrées alimentaires impacte négativement la consommation alimentaire des ménages pauvres, 2023.

    Cette mise à jour des perspectives sur la sécurité alimentaire présente une analyse des conditions actuelles d'insécurité alimentaire aiguë et de toute évolution de la dernière projection de FEWS NET concernant les résultats de l'insécurité alimentaire aiguë dans la géographie spécifiée au cours des six prochains mois. Pour en savoir plus sur le travail, cliquez ici.

    Get the latest food security updates in your inbox Sign up for emails

    The information provided on this Website is not official U.S. Government information and does not represent the views or positions of the U.S. Agency for International Development or the U.S. Government.

    Jump back to top