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La recrudescence des conflits armées aggrave la situation d’insécurité alimentaire des ménages pauvres en ce début de période de soudure

  • Mise à jour du suivi à distance
  • République centrafricaine
  • Février 2022
La recrudescence des conflits armées aggrave la situation d’insécurité alimentaire des ménages pauvres en ce début de période de soudure

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  • CONTEXTE NATIONAL
  • PERSPECTIVES PROJETÉES À SEPTEMBRE 2022
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    • Au 31 décembre 2021, le nombre total des personnes déplacées internes (PDI) en RCA est estimé à 691 791 individus soit une augmentation 3,3 % par rapport au mois de novembre (CMP, Décembre 2021). La présence des diverses forces armées en présence continuait de profondément perturber la mise en œuvre des activités économiques et des moyens d’existence des populations rurales se trouvant dans les zones durement touchées par les conflits.

    • Les approvisionnements des produits alimentaires de base sur les marchés sont moyens dans les zones moins affectées par les conflits et inferieurs dans les zones sous occupations rebelles et d’accès difficiles. Les prix des produits locaux sont en légère hausse par rapport à l’année dernière pour la même période, tandis que ceux des produits importés restent toujours élevés, et cela est dû principalement aux coûts élevés du transport et aux tracasseries routières le long du corridor d’approvisionnement du pays.

    • Dans les zones moins affectées par les conflits, une grande proportion des ménages restera en insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC) ou Stress (Phase 2 de l’IPC) jusqu’en septembre 2022. Cependant, les PDI et les ménages hôtes pauvres feront face un insécurité alimentaire Crise (Phase 3 de l’IPC) jusqu’en septembre 2022. Il s’agit notamment les ménages pauvres et très pauvres plus vulnérables des zones de conflits des préfectures du sud-est et ceux déplacés des préfectures du nord- ouest, nord-est et du centre face à l’épuisement précoce des stocks et des faibles niveaux de revenus.


    CONTEXTE NATIONAL

    La situation sécuritaire du pays reste toujours confuse et très volatile. En effet, les tensions, les représailles et/ou affrontements ont redoublés d’intensité entre des éléments de groupes armés et les Forces armées centrafricaines (FACA)/Forces bilatérales, y ajoute des exactions causées par les engins d’explosifs parsemés sur les routes et les champs faisant des dizaines de victimes notamment dans les régions du nord - ouest et du centre-sud du pays. En outre, durant les trois derniers mois, les sous-préfectures de : Bocaranga, Ndjoukou, Bouar, Ngaoundaye, Kabo, Batangafo, Bossangoa, Bambari, Kouamgo, Bouca, Ippy, et Paoua furent sujet à des feux de brousse et d’incendies dans les champs et les centres villes. La dernière et non moins significative en date est celle de l’incendie de l’église catholique du camp des PDIs et refugies d’Alindao survenue le 11 janvier 2022 (Journal de Bangui, le 12 janvier 2022). L’insécurité, l’accès à la nourriture, aux terres de cultures, la mise en œuvre des activités de moyens d’existence ainsi que l’accès humanitaire sont toujours très limitées dans les zones de conflits.

    Notamment dans les sous-préfectures de Bambari, Bocaranga, Ngaoundaye, Ouanda-Djallé, Ouaka, Ouham et Ouham Pende, qui ont enregistré de nouveaux déplacements de personnes depuis décembre 2021, l’approvisionnement des marchés dans les zones de conflits se trouve également perturbé.

    Mouvements de la population : Selon le rapport de la Commission Mouvement de populations au 31 décembre 2021, le nombre total de Personnes Déplacées Internes (PDI) en RCA était estimé à 691 791 individus dont 172 126 hébergés dans les sites et 519 665 dans les familles d’accueil. Cela représente une augmentation de 3,3 % par rapport au mois de novembre 2021 où le nombre total de PDI était estimé à 669 791 personnes (Réf. Figure 1). Cette hausse s’explique par le nombre en continuelle augmentation des foyers localisés de tensions et/ou d’affrontements, et d’incidents et de conflits entre FACA et groupes armés depuis novembre 2021. En effet, en décembre 2021 les partenaires de la CMP ont rapporté 28 476 nouveaux déplacements de PDIs. Les sous-préfectures ayant connu les nouveaux déplacements les plus importants sont entre autres : Ngaoundaye (15 970 PDI), Bambari (3 529 PDI), Bocaranga (3 500 PDI) et Ippy (2 000 PDI). Ces nouveaux déplacements sont dus aux attaques des positions des groupes armés par les FACA et forces bilatérales dans plusieurs localités et dus aux quelques fois de la peur de représailles. Par ailleurs, il y a eu des déplacements préventifs d’une ampleur relativement importante dans la Commune de Cochio-Toulou, sous- préfecture de Kouango en raison des précédents violents affrontements entre les FACA et des hommes armés. Compte tenu de ces différentes contraintes, les population pauvres et très pauvres de ces localités sont confrontées à des difficultés d’accès à la nourriture et aux terres de cultures, et pour mettre en œuvre des activités de moyens d’existence.

    Accès et disponibilités alimentaires : En cette période de saison sèche, les premières récoltes de 2022 (manioc, maïs, arachides) sont en cours dans les zones moins affectées par l’insécurité et les conflits armés, dans les préfectures du centre et de l’ouest. Les disponibilités alimentaires s’améliorent auprès des ménages pauvres et très pauvres et sont renforcées par les produits de cueillette, de pêche et de chasse, tandis que les revenus journaliers stables proviennent de la main d’œuvre agricole et autre, leur permettant de subvenir à leurs propres besoins alimentaires.

    Dans les préfectures du nord et dans certaines localités des préfectures du nord-ouest et du sud-est, l’accès aux champs pour les cultures et les récoltes a été limité, et l'apparition des feux de brousses et les incendies récidives est sporadique mais présente en raison de la présence des groupes armés. L’accès et la disponibilité alimentaire sont fortement réduits voir limites compte tenu de l'insécurité permanente. Pour subvenir à leur besoin, les ménages pauvres et très pauvres font recours le plus souvent aux produits de cueillette, de pêche et de chasse.

    Marchés et évolution des prix : Sur la majorité des marchés du pays, les tendances des prix des produits alimentaires et agricoles ont connu une augmentation en janvier 2022 par rapport au mois précèdent et à l’année dernière à la même période (Réf. Figure 2). La hausse du prix des produits locaux est due à la réduction de l’offre sur les marchés à cause de la diminution progressive des réserves de la période de récolte et l’installation de la saison sèche quand l’extraction du manioc est difficile et les stocks de haricots au détail et en gros sont faibles.

    Selon les observateurs sur le terrain et les résultats de l’enquête REACH, ICSM de janvier 2022, auprès plus que 500 commerçants sur 13 marchés, plusieurs marchés observent une augmentation du coût des produits inclus dans le panier minimum d'articles de survie (PMAS) (Réf. Figure 3). Le coût médian du PMAS s’établit à 62 697 XAF, soit une hausse de 5% par rapport au mois de décembre 2021. Une hausse des prix de 6%, sur le panier alimentaire de base est reporte particulièrement sur les marchés de Bocaranga, Paoua et Ndele. La ville d’Obo demeure le marché évalué le plus cher depuis juillet 2021, avec un PMAS s’élevant à 112 471 XAF pour le mois de janvier, soit largement au-dessus de la médiane nationale. La décision du Cameroun de suspendre ces exportations d'huile végétale et des produits céréaliers en décembre 2021, afin de réguler au mieux la hausse des prix sur les marchés locaux, pourrait encore contribuer à la hausse des prix des denrées de première nécessites et affecter l'approvisionnement des marchés de la République Centrafricaine. Ainsi, le coût des produits alimentaires dans le PMAS de janvier continuera probablement d'augmenter dans mois à venir, en particulier dans les zones frontalières du pays avec le Cameroun.

    L’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires et non alimentaires est moyen dans les zones moins affectées par les conflits armées. Cependant, l’approvisionnement est significativement inférieur dans les zones sous occupation a accès difficile (par suite de la fermeture de la frontière du pays avec le Tchad), avec l’insécurité et/ou la peur des exactions, notamment sur les axes routiers de ravitaillement provenant du Cameroun, et avec le prix élevé des taxes routières et douanières.

    Situation nutritionnelle : La malnutrition demeure une préoccupation majeure sur toute l’entendue du territoire Centrafricain. Les résultats de l’analyse de l’IPC sur la malnutrition aiguë (IPC AMN) conduite en septembre 2021 dans 68 sous-préfectures et Bangui prédit qu’entre mars et août 2022, six sous-préfectures passeront probablement d’une situation nutritionnelle Sérieuse Phase 3 de l’IPC) à une situation Critique (Phase 4 de l’IPC), 21 sous-préfectures passeront d’une situation d’Alerte à une situation Sérieuse tandis que 25 sous-préfectures et Bangui resteront en phase Sérieuse. Cette situation prédit une détérioration de l’état nutritionnel au niveau de plus de 98 000 femmes enceintes ou allaitantes et près de 214 000 enfants de moins de cinq ans qui souffriront probablement de malnutrition aiguë, parmi ceux-ci près de 67 000 de malnutrition sévère nécessitant des soins urgents.

    Sécurité alimentaire actuelle : L'accès et la disponibilité de denrées alimentaires pour les ménages dans les zones affectées par les conflits (y compris les feux de brousse, les incendies, les tensions, les conflits armés, la crainte des exactions et les déplacements continuelles de population) restent limités, de même que la réalisation des activités génératrices de revenus (principalement les secteurs informels et tertiaires). Cela a entraîné une baisse persistante du pouvoir d'achat des populations pauvres, ainsi qu'une énorme détérioration de leurs moyens d’existence. Une grande proportion des ménages pauvres et très pauvres recourt aux produits de la pêche, de la chasse et de la cueillette pour subvenir à leurs besoins alimentaires minimums (chenilles séchées, champignons séchés, gnetum, igname sauvage). Une grande partie de la population notamment les ménages pauvres hôtes, les PDI dans les préfectures du Nord, du nord-ouest et du sud-est seront en insécurité alimentaire Crise (Phase 3 de l’IPC) en 2022 du fait principalement de l’épuisement précoce des stocks et des faibles niveaux de revenus, de la détérioration de la sécurité et de la recrudescence des violences armées dans ces régions du pays.

    ZONEANOMALIES ACTUELLESANOMALIES PROJETÉES
    NationaleLes prix des principaux produits agricoles locaux (manioc, haricots maïs, riz local) sont en légère hausse par rapport à l’année dernière à cause de la faiblesse de la disponibilité des stocks de la campagne agricole 2021/2022, de l’offre sur les marchés, l’amoindrissement des cultures et récoltes en cours (saison sèche) et à la dégradation du climat sécuritaire constatée depuis le début du mois de novembre 2021. 

    Les prix des produits alimentaires locaux se stabiliseront par rapport à la moyenne de l’année dernière. Cependant, dans les zones les plus affectées par l’insécurité et les conflits, les prix resteront plus élevés jusqu’au débuts des périodes de récoltes, limitant ainsi l’accès à la nourriture par les ménages pauvres et ceux déplacés.

     

    Les prix des produits alimentaires importés tels que le riz, le haricot blanc, l’huile raffinée, la farine de blé et le poisson ont enregistré des hausses par rapport à l’année passée. Cette inflation est due à l’augmentation des taxes douanières sur les produits alimentaires et non-alimentaires en provenance du Cameroun, la fermeture de la frontière avec le Tchad et des frais additionnels illégaux, des tracasseries et restrictions portuaires et routières et enfin au regard de la situation sécuritaire volatile du pays.

    Les prix des produits alimentaires importés resteront élevés du fait de l’augmentation des coûts de transport, les paiements illégaux le long des corridors commerciaux et le climat général d’insécurité.

     

    Avec le démarrage de la saison sèche, il y a eu une recrudescence de destructions des champs du manioc, du riz, du maïs et igname par les groupes rebelles, des feux de brousses et incendies des champs et greniers de réserves agricoles et des attaques contre les bétails en transhumance.

    Une soudure précoce et plus longue (avec un début précoce en mars au lieu d’avril en année normale) est à prévoir dans les zones de conflits abritant des ménages déplacés.

     

    Grandes migrations vers le sud à la recherche d'eau et de pâturages pendant la saison sèche ont conduit aux conflits intercommunautaires opposant les agriculteurs et les pêcheurs aux éleveurs peulhs transhumants. Les dizaines de milliers de têtes de bétail qui traversent les terres agricoles entraînent des conflits meurtriers entre éleveurs et agriculteurs.

    Une augmentation des mouvements de population et des PDIs est à prévoir avec dégradation du climat sécuritaire dans les zones sous occupations rebelles ainsi qu'une recrudescence des phénomènes de feux de brousse et d’incendie utilisés comme une stratégie d’attaque.

     L’instabilité et l’imprévisibilité de la situation sécuritaire du pays affectent significativement les activités agricoles, l’approvisionnement des marchés locaux ainsi que les activités des organismes étatiques et humanitaires pour délivrer l’assistance, exposent davantage les ménages les plus pauvres et ceux déplacés à l’insécurité alimentaire.  La dégradation naturelle et intentionnelle avancée des routes dans le pays risquerait de constituer l’un des facteurs de causalité de l’augmentation probable des prix des produits agricoles de base ainsi que l’indisponibilité de produits sur les marchés. 

     


    PERSPECTIVES PROJETÉES À SEPTEMBRE 2022

    Sur le plan national, l’approvisionnement moyen des marchés en produits alimentaires et une disponibilité de la main d’œuvre agricole et ouvrières dans les zones moins affectées par les conflits maintiendra les conditions d’alimentation de la majorité des ménages jusqu’en septembre. Ainsi, l’insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC) pourrait prévaloir dans les préfectures du centre et de l’ouest.

    En cette début de saison sèche et en prémices de la période de soudure, dans les préfectures du nord, les récoltes en-dessous de la moyenne et la faiblesse des revenus (découlant des entraves liées aux marchés) exposent les ménages pauvres hôtes et retournés à une insécurité alimentaire aiguë Stress (Phase 2 de l’IPC).

    Dans les préfectures du nord-ouest, les ménages qui font face à l’insécurité alimentaire aiguë Stress (Phase 2 de l’IPC) pourraient basculer en Crise (Phase 3 de l’IPC) durant la période de soudure du fait de l’épuisement précoce des stocks et des faibles niveaux de revenus. Cette situation devrait prendre fin en septembre correspondant à la fin de la période de soudure et durant la saison des pluies avec la disponibilité des premières récoltes de la campagne agricole 2022/2023.

    Dans les préfectures du sud-est sous occupation des groupes armés qui perturbe grandement l’activité agricole, les PDIs et les ménages hôtes pauvres sont et seront plus dépendants du marché et de l’assistance humanitaire. Ils resteront exposés à la Crise (Phase 3 de l’IPC) durant la période de soudure jusqu’en septembre.

    Dans les zones plus affectées par l’insécurité, et où la situation alimentaire reste préoccupante pour les populations pauvres et très pauvres à cause de la faiblesse des approvisionnements des marchés, de la hausse des prix, de la limitation de déplacement ainsi que les mouvements continuels des populations, la situation nutritionnelle connaitra une détérioration à partir d’avril/mai pendant la période de soudure. Ces ménages pauvres auront faibles sources des revenus et une dépendance forte au marché pour leur alimentation.

    Figures CALENDRIER SAISONNIER POUR UNE ANNÉE TYPIQUE

    Figure 1

    CALENDRIER SAISONNIER POUR UNE ANNÉE TYPIQUE

    Source: FEWS NET

    Figure 1. Evolution du nombre (en milliers) de personnes déplacées internes (PDI) en RCA entre décembre 2020 et décembre 2021

    Figure 2

    Figure 1.

    Source: Commissions des Mouvements de Populations (CMP), Décembre 2021

    Figure 2. Prix comparatif (XAF) des principales denrées alimentaires du mois de janvier en 2021 et 2022, Marché de Bangui, RC

    Figure 3

    Figure 2.

    Source: PAM, RCA 2022

    Figure 3. Les évolutions notables du PMAS de décembre 2021 à janvier 2022 pour les aliments de base

    Figure 4

    Figure 3.

    Source: REACH, Rapport ICSM de janvier 2022

    Dans le suivi à distance, un coordinateur travaille d’un bureau régional avoisinant. En comptant sur les partenaires pour les données, le coordinateur applique l’approche de développement des scenarios pour faire l’analyse et élaborer les rapports mensuels. Comme les données peuvent être moins disponibles que dans les pays avec des bureaux de FEWS NET, les rapports de suivi à distance peuvent montrer moins de détail. Pour en savoir plus sur le travail, clique ici.

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