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- L’insécurité demeure le principal facteur de l’insécurité alimentaire en 2025 en République centrafricaine (RCA). En octobre 2024, FEWS NET estimait qu’entre 500 000 et 749 999 personnes auraient besoin d’assistance alimentaire humanitaire entre avril et mai 2025. Ces besoins devraient connaître une légère réduction entre octobre 2024 et janvier 2025 grâce aux récoltes, avant de repartir à la hausse dès avril 2025 à mesure que les stocks s’épuiseraient et que la situation sécuritaire continuerait de perturber les moyens d’existence. La majorité des populations dans le besoin seraient des personnes déplacées internes (PDIs) et des réfugiés localisés dans les zones à forts défis sécuritaires et exposées aux inondations, notamment dans les préfectures du Haut-Mbomou, de la Haute-Kotto, de l’Ouham-Pendé et de la Vakaga. FEWS NET estimait que des résultats d’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) ou pire seraient observés en raison des violences persistantes, des attaques récurrentes perturbant les marchés, et des déplacements répétés des populations. Ces chocs entraîneraient des pertes en vies humaines, la destruction des moyens d’existence et une forte dépendance à l’assistance humanitaire.
- La situation sécuritaire en RCA demeure profondément fragile, malgré certains progrès dans le processus de stabilisation. La présence persistante de multiples groupes armés et les incursions transfrontalières continuent d’alimenter une insécurité diffuse. L’analyse des données ACLED des cinq dernières années révèle une forte volatilité du conflit : après un pic en 2021 suivi d’une accalmie relative en 2022, les violences ont progressivement repris, atteignant une hausse de 43 pour cent des incidents entre janvier et octobre 2025 par rapport à la même période en 2024, particulièrement dans les régions de Haut-Mbomou, de l’Ouham-Pendé et de la Vakaga. Cette dynamique reflète la mobilité des groupes armés, leur capacité d’adaptation et l’absence de contrôle durable sur les zones conflictuelles. Par ailleurs, bien qu’un cessez-le-feu ait été signé en avril 2025 entre le gouvernement, l’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC) et Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R), les combats ont persisté. Les affrontements entre les FACA, appuyées par des forces partenaires rwandaises et des sociétés militaires privées russes, et les groupes armés non étatiques témoignent des limites des efforts de désescalade.
- La persistance de l‘insécurité et les conflits continuent de provoquer des déplacements massifs des populations avec une concentration des PDIs dans les préfectures de Vakaga, Haute-Kotto, Mbomou/Haut-Mbomou et Ouham. À la date du 30 septembre 2025, selon le HCR, la RCA comptait 445 536 PDIs, dont 67 664 (15 pour cent) dans les 78 sites et lieux de regroupement et 374 656 (85 pour cent) hébergées en familles d’accueil. Cette concentration des PDIs dans des zones déjà fragilisées combinée à l’insécurité et les inondations saisonnières augmente la pression sur les communautés hôtes, alors que les besoins restent considérables et qu’un important déficit de financement limitait la capacité opérationnelle des organisations humanitaires, avec seulement 19 pour cent de la réponse en sécurité alimentaire financé en novembre. Cette situation accentue les difficultés d’accès à la nourriture des ménages, particulièrement ceux dépendants des marchés ou disposant de capacités productives réduites. Les préfectures touchées font face à une insécurité alimentaire aiguë persistante et une forte dépendance à l’assistance humanitaire.
- La campagne agricole 2025 a été marqué par des déficits pluviométriques localisés particulièrement dans le nord et le sud-est du pays, tandis que d’autres zones, notamment le nord-ouest, a enregistré de fortes précipitations entraînant des inondations. Des précipitations inférieures à la moyenne dans tout le pays, avec des déficits pluviométriques saisonniers modérés à sévères, ont probablement retardé les semis et limiter le développement des cultures vivrières. Des précipitations moyennes à supérieures à la moyenne devraient se poursuivre dans les régions bimodales du sud, jusqu'au début de l'année 2026. La mal répartition des pluies, combinée aux contraintes sécuritaires et à la faible disponibilité d’intrants, limite la capacité des ménages à reconstituer leurs stocks, réduisant les rendements et augmentant les risques pour la sécurité alimentaire, en particulier chez les ménages pauvres dépendants des cultures pluviales.
- En novembre 2025, les récoltes de manioc, patate douce, mil et riz améliorent d’une manière saisonnière la disponibilité alimentaire et les revenus saisonniers des ménages agricoles dans plusieurs zones du pays. Cependant, dans les régions affectées par le conflit et l’insécurité, en particulier dans le sud-est et le nord-est, la production reste inférieure à la moyenne en raison d’un accès limité aux champs, des déplacements répétés et du manque de main-d’œuvre. Malgré une légère amélioration saisonnière des disponibilités alimentaires pendant les récoltes, une proportion importante de ménages, notamment dans les zones enclavées du sud (Ouango, Kembé, Zémio, Obo), continue d’avoir une consommation alimentaire insuffisante. Selon les données de l'évaluation de la sécurité alimentaire en situation d’urgence (EFSA) conduite en septembre, un tiers des ménages interrogés a recours à des stratégies d’adaptation négatives telles que la réduction des repas ou la consommation d’aliments moins préférés, du fait des faibles récoltes, des prix élevés des denrées alimentaires justifiés en partie par la pénurie de carburant et la faible connectivité des marchés.
- L’approvisionnement des marchés centrafricains est amélioré de manière saisonnière par les récoltes en cours, des déstockages et d’un léger regain des importations fluviales depuis la RDC et le Congo Brazzaville. Toutefois, les flux alimentaires internes et externes restent fortement perturbés par l’insécurité, la dégradation des routes, les barrières illégales, la pénurie de carburant et l’insuffisance des moyens de transport. Les contraintes persistantes sur le corridor de Douala — aggravées par la crise post-électorale au Cameroun et les journées villes mortes — ainsi que l’arrêt quasi total des flux en provenance du Soudan et le maintien de flux limités depuis le Tchad, réduisent l’offre alimentaire, particulièrement dans les zones enclavées et à risque comme Bayanga, Boda, Kembé, Ouango, Birao, Ndélé, Ouadda, Zemio et Obo.
- Les prix du manioc, culture vivrière essentielle, et du maïs, culture vivrière à potentiel commercial, connaissent des hausses atypiques en pleine récolte, avec de fortes variations locales liées à la poursuite de la saison des pluies, aux retards de mise sur le marché et aux coûts de transport élevé vers les zones enclavées (Birao, Ndélé, Ouadda, Zemio, Obo). Selon les données du PAM, en septembre, les prix de manioc et maïs ont augmenté de 58 pour cent et de 50 à 67 pour cent respectivement en un mois dans plusieurs localités du centre-ouest et du nord-ouest, en raison des pluies retardant la mise en marché, de la demande institutionnelle et du renchérissement des coûts de transport. Malgré ces hausses atypiques, les prix restent inférieurs à ceux de septembre 2024, avec une baisse de 28 pour cent pour le manioc et de 13 pour cent pour le maïs, et à la moyenne quinquennale. Toutefois, la hausse des prix réduit l’accès alimentaire et pousse des ménages pauvres dépendent aux marchés à des stratégies négatives telles que la réduction du nombre ou de la taille des repas, risquant une détérioration de la consommation et du statut nutritionnel.
- Entre novembre et janvier, les récoltes de fin d’année amélioreront la disponibilité alimentaire et la consommation alimentaire, mais cette amélioration restera limitée dans les zones affectées par l’insécurité, les déplacements et les pluies irrégulières, où la production demeure inférieure à la moyenne. Dans les préfectures enclavées ou sous contrôle de groupes armés, des déficits de consommation alimentaire seront observé chez les ménages pauvres à cause de l’insuffisance de l’offre alimentaire, les prix élevés, et les difficultés d’accès aux marchés. À partir de février, l’épuisement progressif des stocks, la hausse saisonnière des prix du manioc et du maïs, les perturbations des flux commerciaux et la pression accrue sur les communautés hôtes devraient dégrader l’accès alimentaire, surtout pour les ménages pauvres. Les données de l’EFSA, indiquant qu’un tiers des ménages adopte déjà des stratégies d’adaptation négatives malgré les récoltes, révèlent une capacité d’adaptation très limitée face aux chocs à venir. Une détérioration de la consommation alimentaire est attendue entre février et mai 2026 avec le début de la soudure.
Citation recommandée: FEWS NET. République centrafricaine Mise à jour des messages clés Novembre 2025: Les conflits et la hausse des prix maintiennent l’insécurité alimentaire aigue en République centrafricaine, 2025.
Cette mise à jour des des messages clés présente une analyse succincte des conditions actuelles d'insécurité alimentaire aiguë et de toute évolution de la dernière projection de FEWS NET concernant les résultats de l'insécurité alimentaire aiguë dans la géographie spécifiée. Pour en savoir plus sur le travail, cliquez ici.