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L’insécurité et la baisse de la production agricole entraînent l’insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les zones touchées par le conflit

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Niger
  • Octobre 2023 - Mai 2024
L’insécurité et la baisse de la production agricole entraînent l’insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les zones touchées par le conflit

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  • Messages clé
  • Contexte national
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Zone de moyens d'existence Pastorale des Transhumants et de Nomades-Camelin (NE 03) du département de Tillia dans la région de Tahoua (Figure 8)
  • Zone de moyens d'existence Agricole à dominance Mil et Sorgho (NE 05) du département de Guidan Roumdji dans la région de Maradi (Figure 10)
  • Messages clé
    • Les récoltes sont en cours et améliorent les disponibilités alimentaires, mais l’insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) persiste dans les régions de Tillabery, Tahoua, Diffa, et Maradi suite aux conflits et à l’insécurité dont les effets combinés à la hausse des prix des denrées alimentaires provoquent d’ailleurs  une insécurité alimentaire aigue d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) chez quelques groupes de  ménages pauvres, ne disposant de capital humain pour la vente de main d’œuvre. En effet, les déplacements de population, les abandons des champs de cultures et des activités génératrices de revenus suite aux attaques terroristes provoquent une baisse de la production agricole et du pouvoir d’achat des ménages pauvres. Le dysfonctionnement des marchés et des flux transfrontaliers des denrées alimentaires suite aux conflits s’accompagne de hausse significative des prix. Le contexte sécuritaire connait aussi une dégradation supplémentaire depuis le coup d’état, ce qui a amené les nouvelles autorités à lancer de grandes opérations militaires couplées et à prendre des mesures d’interdiction de mouvements de personnes limitant les actions humanitaires dans les zones affectées par l’insécurité.  
    • La situation sociopolitique née du coup d’état du 26 juillet 2023 ne connait pas d’évolution significative eu égard au maintien des mesures de suspension des relations commerciales et financières et de fermeture des frontières imposées par la CEDEAO et de l’UEMOA soutenues par les partenaires au développement. En effet, les flux transfrontaliers baissent d’intensité avec pour corollaire une réduction des disponibilités en denrées alimentaires et en produits et matériels sanitaires suite à la fermeture des frontières du Nigéria et du Bénin qui sont les pays appliquant les sanctions et dont le Niger dépend pour les importations et les exportations de produits de toutes sortes. Les appuis apportés par les partenaires techniques et financiers dans la mise en œuvre des sanctions concernent les aides au développement dont les suspensions conduisent à une réduction des ressources financières du gouvernement et des organisations humanitaires pour la mise en œuvre des plans de réponse à l’insécurité alimentaire et une baisse des opportunités économiques. Ces mesures qui pourraient persister encore durant la première période du scénario, d’octobre 2023 à janvier 2024, et pourraient être levées entre le mois de février à mai 2024  suite à l’aboutissement de négociations probables entre les nouvelles autorités et les institutions régionales et internationales. Ce qui va permettre de réhabiter les circuits et volumes des flux transfrontaliers et les appuis des partenaires au développement.   
    • Suite aux aléas agro climatiques combinés aux attaques parasitaires et aux réductions des superficies dues à l’insécurité, la production agricole et fourragère est estimée inférieure à celle de l’année passée et de la moyenne quinquennale. Les déficits céréaliers et fourragers vont se traduire par des disponibilités alimentaires suffisantes au plus pour 3 à 4 mois de consommation, une hausse significative des produits alimentaires et pour bétail, et une dégradation de l’embonpoint et de la valeur marchande des animaux avec pour corollaire une réduction significative de l’accès alimentaire pour les ménages pauvres qui vont s’engager des stratégies d’adaptation négatives.     

    Contexte national

    Situation actuelle

    La situation sociopolitique : La situation sociopolitique reste tendue depuis le coup d’état intervenu le 26 juillet 2023 qui a mis fin au régime du président Bazoum remplacé par le Général Tchiani à la tête d’un Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP). En effet, le Nigéria et le Bénin, les deux pays de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union Economique et Monétaire des Etats de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA) et les partenaires bilatéraux et multilatéraux maintiennent les mesures et les sanctions portant sur la fermeture des frontières avec le Niger, les suspensions des transactions commerciales et financières de toutes formes contre le Niger et sur les aides budgétaires. L’option militaire brandie par la CEDEAO pour résoudre la crise politique du Niger semble peu probable mais, l’annonce de la préparation de forces militaires par le Bénin dans le cadre de cette option militaire a poussé les nouvelles autorités du Niger à suspendre la coopération en matière de sécurité avec les autorités béninoises (ACLED). Pour le moment, il n’y a pas d’évolution sur les relations commerciales, financières et les aides au développement qui sont suspendues suite aux sanctions prises par les partenaires financiers économiques de la communauté régionale et internationale qui ont toutefois, accepté des exemptions concernant les secteurs humanitaires de leur coopération avec le Niger.  

    La situation sécuritaire et humanitaire : Globalement, les incidents sécuritaires persistent avec les attaques menéespar les groupes armés terroristes contredes populationsciviles, les forces de sécurité et les groupes d’autodéfense. Selon les données de ACLED, le nombre d’attaques enregistré en 2023 est resté presque le même que celui de 2022, soit 225 attaques en 2023 contre 227 en 2022. Cependant, les décès associés à cesattaques ont augmenté de 27 pour cent en 2023 par rapport à la même période en 2022, soit 338 décès en 2023 contre 266 décès enregistrés à la même période en 2022 (Figure 1). Ces attaques terroristes se sont beaucoup plus concentrées dans les régions de Tillabéry et Tahoua (ACLED). En plus de ces attaques, il y a des cas de banditisme principalement dans la région de Maradi et des conflits intercommunautaires concentrés dans la région de Tillabéry impliquant des pillages, des vols de bétail, des enlèvements et des assassinats ciblés. Ces incidents sécuritaires persistants depuis 2015, continuent d’entrainer, des déplacements forcés de populations estimées au 31 août 2023 à 700 349 personnes dans le pays dont 48 pour cent de déplacés internes et 41 pour cent de réfugiés selon le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR). La population déplacée est plus concentrée dans la région de Tillabéry et Diffa avec respectivement 40 et 31 pour cent (Figure 2). Les réfugiés avec un total de 285 495 personnes au 31 aout 2023 selon HCR, proviennent majoritairement du Nigéria (68 pour cent), du Mali et du Burkina Faso avec respectivement 21 et 9 pour cent. 

    Figure 1

    Situation nationale interannuelle des incidents sécuritaires et des victimes entre janvier-septembre
    Les incidents sécuritaires

    Source: ACLED

    Figure 2

    Répartition du nombre de personnes déplacées internes (PDI) et réfugiés par région au 31 août 2023
    Répartition des personnes déplacés internes

    Source: HCR

     La situation agricole : Elle est dominée par les récoltes qui sont en cours aussi bien pour les cultures céréalières que celles de rente. Les résultats de ces récoltes en mil et sorghos estimés par la direction de la statistique du ministère de l’agriculture sont inférieurs à la moyenne suite à une installation tardive, des avortements des semis, des séquences sèches, des attaques de plusieurs ennemis de cultures et de faibles pluies enregistrées en septembre et octobre, en plus des chocs sécuritaires. Selon  le scénario le plus probable élaboré par la direction de la statistique de l’agriculture, les productions seront d’environ 4.9 millions de tonnes, soit une baisse de 18 pour cent et 8 pour cent respectivement par rapport à 2022 et à la moyenne quinquennale. Les réductions de la production agricole font aussi suite à la baisse des superficies mises en valeur dues aux abandons des champs de culture enregistrés dans plus de 100 villages agricoles des régions de Tillabéry, Diffa, Maradi et Tahoua affectées par l’insécurité.      

    La situation pastorale : Les pluies se sont tardivement installées en zone pastorale, soit en mi-juillet et se sont arrêtées en fin août. En plus, les pauses pluviométriques enregistrées en juillet n’ont pas permis à la biomasse herbacée de bénéficier de la période normale de pluies pour boucler leur cycle dans de bonnes conditions hydriques. Cette situation conduit à une baisse de la production fourragère en zones pastorales mais particulièrement dans les zones pastorales de Bermo (Maradi), N’Guigmi et N’Gourty- (Diffa), Tillia et Tassara (Tahoua) et Tanout et Tesker (Zinder) où les disponibilités locales en biomasse herbacée et en points d’eaux ne peuvent pas permettre aux animaux une alimentation au-delà de 3 à 4 mois. Des départs précoces d’animaux sont observées dans la zone- pastorale d’Agadez, Diffa, Maradi et Zinder et augmentent la concentration d’animaux dans les zones d’accueil et la pression sur les ressources pastorales.  L’état d’embonpoint est jugé globalement bon actuellement surtout pour les petits ruminants qui ont un accès facile au couvert végétal. 

    Les marchés et les prix : la disponibilité des céréales locales s’est améliorée globalement sur la plupart des marchés du fait de l’arrivée progressive des nouvelles récoltes et des importations des produits alimentaires grâce aux escortes militaires. Cependant, le niveau de l’offre est inférieur à l’an passé et à la moyenne quinquennale pour tous les produits du fait des faibles apports des produits importés (résultant de la fermeture des frontières du Bénin et du Nigéria), du faible niveau des récoltes et de la baisse des flux interne due à l’insécurité grandissante et aux mesures sécuritaires limitant les mouvements des personnes et des biens. La demande reste élevée par rapport au niveau de l’année dernière et à la moyenne quinquennale du fait de la forte demande exercée sur les marchés locaux pour les besoins de reconstitution des stocks car la fermeture des frontières ne permet pas les achats sur les marchés sous-régionaux du Nigéria et du Bénin. A part le riz importé dont le prix maintient un niveau encore plus élevé de 25 pour cent par rapport au mois passé (Figure 4), les prix moyens de toutes les autres céréales (mil, sorgho et maïs) affichent une tendance à la baisse saisonnière par rapport aux niveaux du mois passé du fait l’amélioration de la disponibilité des céréales notamment locales en cette période de récoltes (Figure 3). Les prix moyens des produits de rente, celui du niébé cependant enregistrent des baisses significatives respectives de 21 et 12 pour cent par rapport à la même période de l’année passée et à la moyenne quinquennale du fait de la faible demande à l’exportation consécutive à la poursuite de la dépréciation de la Naira et à la fermeture des frontières du Bénin et du Nigéria.   

    Figure 3

    Evolution hebdomadaire du prix moyen du mil en 2023 (avant et après le coup d’état)
    Evolution du prix du mil

    Source: SIMA

    Figure 4

    Evolution hebdomadaire du prix moyen du riz importé en 2023 (avant et après le coup d’état)
    Evolution du prix du riz

    Source: SIMA

    Les marchés à bétail : l’offre des animaux reste globalement stable sur la plupart des marchés en dehors de ceux situés en zone de conflit/insécurité où elle reste cependant en dessous de la moyenne quinquennale à cause de la perturbation des flux. La demande est essentiellement locale (commerçants locaux, emboucheurs et bouchers locaux) et connaît une diminution du fait de de la baisse de la demande à l’exportation vers le Nigéria et le Bénin suite à la fermeture de la frontière et de la dépréciation du Naira. Les prix moyens affichent cependant des baisses par rapport à la même période de l’année passée mais ils sont stables par rapport à la moyenne quinquennale (Figure 5). Cette tendance à la baisse des prix fait suite aux effets conjugués de l’insécurité, de la baisse du Naira et de la fermeture des frontières sur  la demande des commerçants exportateurs d’animaux des pays de la CEDEAO, ceux du Bénin et du Nigéria particulièrement.

    Figure 5

    Evolution du prix moyen du bouc
    Evolution du prix du bouc

    Source: SIMB

    Les sources de nourriture et de revenus : à la faveur des récoltes en cours, la majorité des ménages accèdent à la nourriture avec leur propre production en zones agricole et agropastorale. Les ménages, n’ayant pas pu cultiver ou ayant perdu les semis et les ménages en zones pastorales continuent de recourir aux marchés pour leur approvisionnement en produits alimentaires. Les sources de revenus saisonniers des ménages pauvres sont constituées par les travaux agricoles des récoltes dont la demande est faible par rapport à la moyenne à cause de la baisse de la production agricole et du contexte socioéconomique défavorable. Les effets combinés de cette baisse de la demande et de la forte offre consécutive à la présence des personnes déplacées dans certaines zones du pays entrainent une diminution drastique des revenus journaliers.  Les ventes de paille et du bois de chauffe procurent des revenus mais en dessous de la moyenne à cause d’une offre qui a augmenté avec la présence des personnes déplacées. Les ménages pauvres gagnent des revenus inférieurs à la moyenne à travers les activités d’artisanat et petit commerce. En outre, les flux des transferts des migrants sont également en baisse au regard de la situation économique défavorable dans les pays d’accueil. En zone pastorale, les termes de l’échange bouc/mil restent encore en défaveur des éleveurs du fait de la baisse des prix des animaux liés à la baisse de la demande à l’exportation consécutive à la dévaluation de la Naira et de la fermeture des frontières du Bénin et du Nigéria. Ainsi, le prix d’un bouc permet à un éleveur d’acquérir 118 kg en septembre 2023 contre 161 kg à la même période de l’année passée et 168 kg en moyenne, soit des réductions respectives de 27 pour cent et 30 pour cent (Figure 6).

    Figure 6

    Evolution des termes de l’échange bouc/mil en moyenne nationale
    Termes de l'échange bouc/mil

    Source: SIMA et SIMB

    La situation nutritionnelle : les données sur les admissions de la malnutrition aigüe des enfants de moins de cinq ans indiquent des hausses en août 2023 par rapport à août 2022 (Figure 7). Les niveaux très élevés des prix des denrées essentielles qui limitent l’accès aux aliments et la persistance de l’insécurité civile qui entrave le fonctionnement des formations sanitaires pourraient fortement contribuer à cette hausse. La fermeture des frontières du Bénin et du Nigéria implique une diminution des importations des produits sanitaires, de vaccins et autres consommables médicaux nécessaires et une faible capacité de la prise en charge des cas sévères. 

    Figure 7

    Evolution du nombre des cas d’enfants malnutris
    Enfants malnutris

    Source: Direction de la Nutrition

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    Les conditions de sécurité alimentaire sont marquées par les récoltes qui améliorent l’accès alimentaire dans la plupart des zones de moyens d’existence. Toutefois, l’insécurité civile et les mauvaises conditions agrométéorologiques ont réduit la production agricole, et les opportunités de gagner des revenus journaliers et a perturbé les flux internes et transfrontaliers conduisant à une rareté et une cherté des produits de consommation dans les zones affectées. Cette rareté et cherté des produits alimentaires sont exacerbées par la fermeture des frontières du Nigéria et du Bénin dont les flux commerciaux de céréales contribuent habituellement à renforcer significativement les disponibilités alimentaires au Niger et à stabiliser les prix. Les partenaires internationaux appuyant les sanctions de la CEDEAO, ont suspendu leurs aides budgétaires et au développement réduisant les capacités du gouvernement et des partenaires humanitaires à financier et à mettre en œuvre leurs plans d’assistance alimentaire. Aussi les déficits alimentaires ne sont pas atténués par les assistances alimentaires car non seulement les volumes de ces assistances sont réduits suite aux problèmes de financement mais aussi l’accès aux populations est limité à cause des opérations militaires menées dans les zones soumises à l’insécurité. Les résultats sont une insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) qui est observée chez les ménages pauvres des régions de Tillabéry, Diffa, Tahoua Nord et Sud-ouest de Maradi et une insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC) dans les zones de moyens d’existence non affectées par les conflits et l’insécurité. 

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire d’octobre 2023 à mai 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    Situation sociopolitique : Les tensions entre le Niger et la CEDEAO resteraient élevées au moins jusqu’en mai 2024. Toutefois, ces tensions vont s’atténuer progressivement au fur et à mesure que les autorités de transition nigériennes proposent et acceptent des compromis notamment la forme d’une modification du calendrier de transition et d’une augmentation du nombre de fonctionnaires civils nommés au CNSP ou au cabinet du gouvernement de transition. Les négociations pourraient commencer pendant la première période du scénario (octobre 2023-janvier 2024 et pourrait permettre d’aboutir à un probable levé des sanctions pendant la seconde période du scénario (février-mai 2024). 

    La situation sécuritaire : Les attaques de l’EI Sahel et du JNIM dans les régions de Tillabéry et de Tahoua devraient augmenter jusqu’en mai 2024, l’EI Sahel étant susceptible de tirer parti de l’affaiblissement perçu de l’État nigérien et de l’appareil de sécurité de l’État après le coup d’État de juillet 2023. Il est probable que l’EI Sahel et le JNIM chercheront à mener des attaques complexes contre les positions fixes des Forces de défense et de sécurité (FDS) et les convois militaires dans l’ouest du Niger afin de rétablir leur position à Tillabéry et Tahoua et de dégrader la légitimité de l’État. Il est probable que les capacités de combat des FDS seront considérablement entravées à Tillabéry et Tahoua en raison de la limitation du soutien des partenaires occidentaux (notamment en termes de renseignement, de surveillance, d’acquisition d’objectifs et de reconnaissance) aux FDS, et cette tendance sera exacerbée par le retrait des forces françaises. Il est peu probable que l’Alliance des Etats du Sahel (AES) permette de renforcer les efforts de lutte contre le terrorisme du Niger jusqu’en mai 2024 car les problèmes qui ont entravé le succès de l’alliance du G5 Sahel sont susceptibles de diminuer l’efficacité de l’AES. Cependant, dans l’ensemble, l’activité militante devrait refléter les tendances saisonnières passées, les attaques augmentant jusqu’au pic de la saison des pluies de 2023, suivies d’une diminution relative en raison des contraintes croissantes dans les mouvements associés aux inondations. 

    La violence dans la région de Diffa devrait se poursuivre aux niveaux actuels jusqu’en mai 2024, avec des attaques de Jamaatu Ahli is-Sunnah lid-Dawati wal-Jihad (JAS) et ISWAP sur une base sporadique dans les départements de Diffa et Bosso. Toutefois, les niveaux de violence devraient rester nettement inférieurs à ceux observés en 2019-2020. Dans la région de Maradi, les incidents de sécurité impliquant des bandits devraient se poursuivre à des niveaux supérieurs aux niveaux observés de façon saisonnière. Après une augmentation observée après la saison des pluies de 2022, les incidents devraient augmenter au second semestre 2023 – conformément aux tendances saisonnières et en raison de l’augmentation des attaques de la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (ISWAP) dans les États voisins de Sokoto et de Kaduna, au Nigeria.

    Situation humanitaire : la poursuite des attaques de militants dans les régions de Tillabéry, de Tahoua, Diffa et Maradi devrait entraîner des déplacements de population d’intensité égale à celle observée en octobre 2023 mais supérieure à celle des années passées, tandis que les attaques au Mali, au Burkina Faso et au Nigéria voisins vont entraîner des flux continus de réfugiés au Niger.

    Production agropastorale : avec les superficies agricoles perdues à cause de l’insécurité qui a empêché les opérations de semis ou entrainé l’abandon des champs dans les zones de Tillabéry et Diffa, de Maradi et Tahoua, les retards et des pertes de semis à cause des faibles précipitations et des séquences sèches qui vont impacter les rendements agricoles, les récoltes en cours seront inférieures à celles de l’année passée et de la moyenne quinquennale. 

    Situation pastorale : la situation pluviométrie a été faible dans la zone pastorale jusqu’en fin juin et début juillet. Cette situation couplée à l’insécurité dans les zones de repli a engendré des mortalités d’animaux enregistrées dans certaines zones des régions de Tahoua et Diffa en juin 2023. Suite à cette installation tardive des pluies et les séquences sèches dans la zone pastorale, la production fourragère sera insuffisante et ne pourra pas couvrir les besoins des animaux pendant toute la période. La disponibilité fourragère permet juste de couvrir les besoins en aliments pour les animaux pendant la période d’octobre 2023-janvier 2024 et la fermeture des frontières du Bénin et du Nigéria ne pourrait pas permettre aux animaux de faire comme d’habitude la transhumance transfrontalière pour accéder aux ressources fourragères de complément. Ce qui risque d’engendrer une pression supplémentaire sur les ressources pastorales dans les zones de concentration. L’état d’embonpoint des animaux va se détériorer pendant la période de février-mai 2024 avec pour corollaire une baisse de la production laitière et de la valeur marchande du bétail et même des pertes d’animaux comparables à celles enregistrées l’année passée.

    Perspectives pour les cultures maraichères et de décrue : les disponibilités en eaux seront garanties pour les productions agricoles de saison sèche de laitue, de tomate, pastèque et de riz grâce à la recharge de la nappe phréatique et des eaux de surface. Les cultures maraichères vont bénéficier de conditions hydriques pour donner des productions comparables à la moyenne quinquennale. Cette campagne agricole de saison sèche va se traduire par des opportunités de revenus pour les ménages pauvres. 

    Perspectives sur les achats institutionnels :  cette année sera une année exceptionnelle pour les achats dans le cadre de la reconstitution des stocks. En effet, non seulement les stocks sont épuisés donc les besoins d’achats seront plus importants, mais le processus de reconstitution des stocks sera entravé par les sanctions de la CEDEAO, surtout la fermeture des frontières du Nigéria et du Bénin avec le Niger. Les achats seront effectués mais à un niveau inférieur aux besoins car les achats locaux seront faibles eu égard aux prévisions d’une baisse de la production agricole nationale et les achats sur les marchés régionaux ne permettent que d’avoir des quantités réduites suite aux contraintes liées aux mesures de la CEADEO qui vont entraver significativement les opérations d’achat.

    Perspectives de la main-d’œuvre, de la migration et des transferts : les activités de main-d’œuvre agricole et de migration vont se poursuivre jusqu’en décembre et même au-delà et vont permettre de gagner des revenus en dessous de la moyenne à cause de la forte compétition car le nombre de personnes engagées dans ces activités va augmenter suite à la présence des personnes déplacées. L’autre activité saisonnière qui va venir s’ajouter à ces celles en cours sera la migration interne saisonnière vers les centres urbains du pays pour l’offre de main d’œuvre pour le gardiennage des maisons, les travaux domestiques et le petit commerce. Les perturbations des économies en lien avec les sanctions qui auront des effets sur certains budgets des ménages urbains pourraient se traduire par une baisse de la demande et des prix de la main d’œuvre des migrants saisonniers. En outre, les sanctions opérées par la communauté régionale et internationale vont également impacter négativement sur les flux des transferts monétaires par les réseaux bancaires en provenance des pays de la sous-région notamment du Nigeria et de la Côte d’ivoire.  Ces sanctions vont également perturber certaines activités économiques en lien avec le tourisme et l’artisanat qui offrent des opportunités d’emplois pour les ménages pauvres avec la baisse de la fréquentation des sites touristiques. 

    Perspectives sur le fonctionnement des marches et prix 

    Flux : les flux internes vont relativement s’améliorer à la faveur des récoltes des produits locaux, mais les disponibilités seront en dessous de la normale et insuffisantes pour la demande à cause des fermetures des frontières du Nigéria et du Bénin qui vont persister au moins pendant la période d’octobre-décembre 2023, de l’insécurité sur certaines routes commerciales en octobre-décembre 2023 et janvier-mai 2024.

    Offre : la composante locale de l’offre va s’améliorer de façon saisonnière à partir d’octobre 2023 jusqu’en décembre 2023 mais elle restera inférieure à la moyenne à cause de la baisse de la production agricole, des conflits et insécurité ainsi que les mesures sécuritaires limitant les flux, des tracasseries routières liées à l’augmentation des points de contrôle routiers et des mesures de fermeture des frontières du Bénin et du Nigéria avec le Niger. Cette offre va augmenter en janvier-mai 2024 à la faveur de la disponibilité des produits irrigués, la réouverture des frontières probable dès début de l’année prochaine et la relance des flux transfrontaliers qui vont venir s’ajouter à ceux des corridors du Burkina Faso et du Mali. L’offre des produits manufacturés et importés sur les marchés sous-régionaux restera également en dessous de la moyenne et celle de l’année passée à cause des perturbations du commerce international en lien avec la hausse des prix des hydrocarbures et des mesures de restrictions de l’exportation de riz par certains pays producteurs. 

    Demande : la demande va augmenter plus précocement sur les marchés à cause d’une baisse potentielle de la production agricole nationale. La composante institutionnelle de cette demande sera très importante et va se situer au-dessus de la moyenne à cause de l’épuisement total des anciens stocks et des besoins accrus pour la reconstitution dans un contexte de crise politique et ses effets sur le commerce transfrontalier. 

    Prix des produits alimentaires : Les niveaux de prix sont en baisse par rapport aux mois passés à la faveur des récoltes en cours mais sont très élevés et vont poursuivre leur évolution atypique à la hausse par rapport à la moyenne quinquennale à cause des perturbations des circuits d’approvisionnements locaux et transfrontaliers liées à l’insécurité sur les routes et aux fermetures des frontières. 

    Marchés et prix du bétail : Les marchés à bétail fonctionnent à un niveau inférieur par rapport à la moyenne à cause notamment de la fermeture des frontières avec le Nigéria (la principale destination de l’exportation du bétail), de la forte dépréciation du Naira et de l’insécurité sur les routes qui entravent la présence des commerçants exportateurs. Cette situation va persister en octobre-décembre 2023 et maintenir les prix des animaux significativement en dessous de la moyenne quinquennale surtout ceux des gros ruminants dont les prix dépendent beaucoup de la demande à l’exportation. La situation des prix pourrait connaitre des améliorations en janvier-mai 2024 à la faveur de la réouverture des frontières dont celles du Nigéria et du Bénin. 

    Perspectives sur les assistances alimentaires : les assistances alimentaires du gouvernement et humanitaires du PAM seront planifiées mais compte tenu des sanctions économiques et financières et même la fermeture des frontières du Nigéria et du Bénin qui pourraient durer jusqu’à la fin de la première période du scénario (octobre 2023 - janvier 2024), les manques d’appuis financiers par les partenaires multilatéraux conjugués à l’interdiction de la présence humaine dans les zones d’opérations militaires vont se traduire par une forte baisse des volumes des achats pour la reconstitution des stocks institutionnels en octobre 2023 jusqu’en janvier 2024. Même en cas de réouverture des frontières et de levée des suspensions des aides et appuis financiers probables pendant la seconde période de février-mai 2024, les achats ne vont pas permettre de reconstituer les stocks à des niveaux suffisants car cette période coïncide avec la hausse saisonnière des prix des denrées alimentaires et donc les quantités des produits alimentaires qui seront achetées seront faibles par rapport aux besoins d’assistance. Les stocks alimentaires et financiers seront insuffisants pour la mise en œuvre des plans de soutien aux populations qui seront en insécurité alimentaire. Ainsi les assistances alimentaires seront réduites à cause de l’insuffisance des ressources mais aussi suite à l’interdiction des mouvements de personnes, y compris des acteurs humanitaires, dans les zones d’opérations militaires de lutte contre le terrorisme.

    Perspectives de la situation nutritionnelle : le système de santé fonctionne avec l’appui technique et financier des partenaires dont les contributions permettent de prendre en charge annuellement environ 1 300 000 enfants malnutris globalement dont 400 000 enfants sévèrement malnutris. La suspension des interventions humanitaires des ONG par le gouvernement dans les zones d’insécurité et l’augmentation significative des prix des denrées alimentaires de première nécessité depuis le coup d’état pourraient entrainer une augmentation des niveaux de malnutrition aigüe. Par ailleurs, les sanctions de la CEDEAO qui affectent aussi l’approvisionnement en produits essentiels de base comme les médicaments et les vaccins et l’approvisionnement en électricité dont dépendent les centres de prises en charge et les chaines de froid des vaccins et autres consommables médicaux, vont contribuer davantage à cette dégradation de la situation nutritionnelle des enfants. 


    Calendrier saisonnier pour une année typique
    Calendrier saisonnier NE

    Source: FEWS NET

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    En octobre 2023-janvier 2024, les résultats de la sécurité alimentaire seront une insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les zones de Tillabéry, Diffa, Maradi et Tahoua où la majorité des ménages pauvres auront des déficits alimentaires consécutifs au manque de stocks alimentaires, à l’insuffisance du pouvoir d’achat des produits de consommation et à un accès réduit aux assistances alimentaires. Les catégories de ménages pauvres dans des proportions faibles, qui, en plus du manque de ressources propres et de l’accès très réduits aux assistances alimentaires, sont victimes d’inondations, seront en Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans les régions de Tillabéry, Diffa, Tahoua et Maradi. Toutefois, l’insécurité alimentaire sera en Stress (Phase 2 de l’IPC) dans les zones de moyens d’existence agricoles et agropastorales suite à la diminution des stocks céréaliers et un niveau très élevé des produits de consommation qui vont induire une incapacité pour les ménages pauvres de faire face aux dépenses essentielles non alimentaires en plus de satisfaire les besoins alimentaires.  

    Les ménages pauvres dans les zones pastorales non soumises aux conflits seront en insécurité alimentaire Minimale en octobre 2023-janvier 2024 à la faveur de la disponibilité et des prix rémunérateurs des petits ruminants fortement demandés pour les fêtes de fin d’année et qui vont permettre d’avoir une consommation alimentaire acceptable et d’effectuer les dépenses non alimentaires sans l’utilisation d’aucune stratégie d’adaptation négatives. 

    En février-mai 2024, les ressources alimentaires propres seront insuffisantes pour les ménages pauvres et suite à l’augmentation de la demande de consommation et la réduction des flux, les prix seront davantage très élevés mais les revenus gagnés sur les sites de cultures maraichères ne vont pas permettre de satisfaire les besoins alimentaires sans s’engager dans des stratégies d’adaptation négatives. L’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) avec des ménages plus importants que ceux de la première période (octobre 2023-janvier 2024) qui seront en Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans les zones de Tillabéry, Diffa, Maradi et Tahoua où les ménages pauvres vont souffrir de déficits alimentaires et de protection des moyens d’existence même en utilisant des stratégies d’adaptation négatives.  Dans le reste des zones de moyens d’existence agricoles, agropastorales, les ménages pauvres seront en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC). Dans les zones pastorales  suite à une forte diminution des ressources fourragères qui vont se manifester par un arrêt de la production laitière, une baisse significative des prix des animaux et une forte réduction des termes de l’échange et du pouvoir d’achat des produits alimentaires, la majorité ne pourra pas couvrir leurs besoins alimentaires même en vendant plus d’animaux que d’habitude, il y’aura  une minorité de ces ménages qui seront en Crise (Phase 3 de l’IPC) car ne disposant pas d’assez d’animaux pour augmenter les ventes alors que les opportunités locales et externes de gagner les revenus seront faibles. 

    Évènements qui pourraient changer les scenarios

    Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable

    ZoneEvénementsImpact sur les conditions de la sécurité alimentaire
    NationaleAugmentation excessive du prix des transports des marchandises à la suite d’une hausse des prix de tous les produits pétroliersCela va entrainer une hausse additionnelle de prix des produits de base, une réduction supplémentaire du pouvoir d’achats des ménages pauvres dont la majorité auront un accès limité aux aliments durant toute la période du scénario. Les ménages pauvres, qui seront plus nombreux que prévu, recevront moins d’assistances alimentaires alors qu’ils en dépendent fortement et donc feront face à une Crise (Phase 3 de l’IPC). 
    Troubles sociopolitiques dans le paysLes grèves et autres mouvements de revendication et de protestation des organisations de la société civile deviennent de plus en plus répétitifs et peuvent débouter sur des grèves de longue durée suite à des retards des salaires ou de cessation de payements. Les autorités vont mettre en œuvre de mesures sécuritaires qui vont entraver la paix civile. Ces mesures vont avoir des impacts négatifs sur l’approvisionnement et les prix des denrées alimentaires. Une insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) va affecter plus zones et de personnes dans le pays.
    Perturbation des flux dans les pays de la sous-région ouest africaineUne détérioration supplémentaire de la situation sécuritaire et les durcissements des mesures de restrictions des sorties des produits alimentaires par le Nigéria et le Bénin, vont entraver les approvisionnements des marchés où l’offre sera insuffisante face à une demande de consommation qui va augmenter. Les prix vont se situer à des niveaux plus élevés que prévus et le pouvoir d’achat va se réduire ainsi que l’accès aux aliments pour la consommation alimentaire. Les ménages pauvres de toutes les zones seront en Crise (Phase 3 de l’IPC).
    Extension géographique des conflits et de l’insécuritéIl aura un durcissement des mesures sécuritaires et une amplification des mouvements de populations, une baisse plus significative des flux des denrées alimentaires et une hausse excessive des prix à la consommation. Les activités de moyens d’existence seront fortement perturbées et les assistances alimentaires vont fortement diminuer. Des proportions plus significatives de zones et de ménages seront en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Zone de moyens d'existence Pastorale des Transhumants et de Nomades-Camelin (NE 03) du département de Tillia dans la région de Tahoua (Figure 8)

    Figure 8

    Zone pastorale des Transhumants et des Nomades-Camelin (NE03), Département de Tillia
    Zone de préoccupation Tillia

    Source: FEWS NET

    L’élevage est la principale activité économique des populations du département de Tillia. Les espèces élevées sont les bovins, les ovins, les caprins, les camelins, les asins et les équins. L’élevage est de type extensif qui se fait de façon extensive par les communautés Peuls, Touareg et Arabes.  Les autres filières (production de lait, de viande, de cuirs et peau) sont de moindre importance. La production de lait est essentiellement auto consommée, la vente est quasiment nulle dans cette zone.  La production du lait suit la courbe d’évolution de la qualité et quantité des fourrages. La production en lait et produits laitiers est maximale pendant l’hivernage. La soudure qui dure trois mois (avril à juin) les petites quantités de lait produites, en général par les vaches et les chèvres sont réservées aux personnes les plus vulnérables (enfants, femmes enceintes et personnes âgées). Les contraintes principales sont la sécheresse, l’insuffisance des points d’eau et le surpâturage autour des points d’eau existants aggravant ainsi le phénomène de la dégradation des sols. Par ailleurs, l’agriculture est très peu pratiquée dans le département compte tenu des faibles pluviométries enregistrées. En pluviale, le mil, le sorgho et le niébé sont produits uniquement dans les zones sud du département. La contre saison se fait spécialement et occasionnellement dans les vallées. Les courges, melons, laitues et oignon sont les principales spéculations vendues et ou autoconsommées par les maraîchers. Cependant, la diminution des quantités de pluie et le retard de son installation constituent la cause principale du déficit agropastorale dans la zone. La persistance de l’insécurité civile dans la zone limite considérablement d’une part la libre circulation des personnes et des biens et le déroulement normal des activités socio-économiques et de l’autre l’accès aux assistances alimentaires par les populations nécessiteuses de la zone.  Enfin, le commerce et l’artisanat sont des pratiques des populations et contribuent à l’amélioration des conditions de vie des ménages.

    Les conditions actuelles de sécurité alimentaire :

    La détérioration de la situation sécuritaire au nord du Mali continue de provoquer des déplacements forcés de population en provenance de ce pays vers plusieurs localités. À cela s’ajoutent les déplacements internes provoqués par les attaques sporadiques des groupes armés non-étatiques dans le département. Depuis janvier 2023, plus de 8 000 personnes contre 12 000 personnes en 2022 ont fui leurs localités dans le département et ont trouvé refuge à Abalak et Tchintabaraden.

    Disponibilité alimentaire :

    La campagne agricole 2023 a connu un démarrage précoce de semis par rapport à l’année passée mais comparable à la normale. Cependant, une longue période d'arrêt des pluies vient de compromettre les semis ou des avortements ont été observés dans le département de la deuxième décade de juin jusqu'à la troisième décade de juillet. La campagne pastorale 2023 a connu un démarrage tardif en août contre juillet l’année passée. En outre, les pluies ont été mal reparties dans le temps et dans l’espace. Ce qui laisse présager une production agropastorale en dessous du niveau de l’année dernière et de la moyenne quinquennale dans le département. L’insécurité civile qui sévit dans la zone limite aussi la transhumance des éleveurs. Les zones de concentration d’animaux restent le Sud du département de Tchintabaraden, aux alentours de la mare de Tabalak et certaines communes d’Abalak. A cela s’ajoute, de la réduction de 90-95 pour cent des flux des produits agropastoraux en provenance du Nigéria et du Mali en raison de la persistance de l’insécurité civile sur les axes routiers. Ainsi, la disponibilité des produits reste très faible sur les marchés locaux. Selon les commerçants rencontrés lors de l’évaluation rapide, la poursuite de la guerre en Ukraine aussi engendre toujours une diminution de 30-50 pour cent des flux entrants des produits de grande consommation (la farine de blé, le lait, l’huile, les pâtes alimentaires et le sucre) en provenance du Maghreb. 

    Prix des aliments de base :

    Selon le Système d’Information sur les Marchés Agricole (SIMA), en août 2023, le prix moyen du mil affiche des hausses respectives de 7 et 28 pour cent par rapport à juillet 2023 et à la moyenne quinquennale, pendant qu’il affiche une légère baisse de un pour cent par rapport à la même période de l’année passée, du fait de la réduction significative de son offre sur les marchés, suite à la persistance de l’insécurité civile sur les axes routiers et à la fermeture des frontières des principaux pays sources (Bénin et Nigéria). Cette situation limite l’accès aux produits alimentaires des ménages notamment pauvres et déplacés.

    Les sources de revenus :

    Le contexte sécuritaire demeure très volatile. Les opportunités de main d’œuvre agricole au niveau local restent aussi très limitées avec une baisse de 40 à 60 pour cent par rapport à la normale. Cette situation réduit considérablement le niveau de revenu des ménages pauvres et déplacés dans la zone. Ces ménages tirent leurs revenus essentiellement des travaux de récolte, la vente de paille/bois, le gardiennage, du petit commerce et la vente des produits de cueillette. Selon les informants clés, les revenus issus de ces activités ont baissé de 30 à 50 pour cent par rapport à la moyenne du fait de l’afflux continu de déplacées internes pratiquant les mêmes activités dans la zone ainsi que la situation défavorable des conditions économiques du pays. Aussi, selon les données issues de l’enquête rapide, les transferts des exodants ont aussi baissé de 40% à cause de la conjoncture économique difficile tant au niveau local que dans les pays d’accueil de la sous-région et du Maghreb. 

    Prix des aliments de base :

    Selon le Système d’Information sur les Marchés Agricole (SIMA), en août 2023, le prix moyen du mil affiche des hausses respectives de 7 et 28 pour cent par rapport à juillet 2023 et à la moyenne quinquennale, pendant qu’il affiche une légère baisse de un pour cent par rapport à la même période de l’année passée, du fait de la réduction significative de son offre sur les marchés, suite à la persistance de l’insécurité civile sur les axes routiers et à la fermeture des frontières des principaux pays sources (Bénin et Nigéria). Cette situation limite l’accès aux produits alimentaires des ménages notamment pauvres et déplacés.

    Les sources de revenus :

    Le contexte sécuritaire demeure très volatile. Les opportunités de main d’œuvre agricole au niveau local restent aussi très limitées avec une baisse de 40 à 60 pour cent par rapport à la normale. Cette situation réduit considérablement le niveau de revenu des ménages pauvres et déplacés dans la zone. Ces ménages tirent leurs revenus essentiellement des travaux de récolte, la vente de paille/bois, le gardiennage, du petit commerce et la vente des produits de cueillette. Selon les informants clés, les revenus issus de ces activités ont baissé de 30 à 50 pour cent par rapport à la moyenne du fait de l’afflux continu de déplacées internes pratiquant les mêmes activités dans la zone ainsi que la situation défavorable des conditions économiques du pays. Aussi, selon les données issues de l’enquête rapide, les transferts des exodants ont aussi baissé de 40% à cause de la conjoncture économique difficile tant au niveau local que dans les pays d’accueil de la sous-région et du Maghreb. 

    Les termes de l’échange bouc/mil restent encore en défaveur des éleveurs du fait de la baisse des prix des animaux dues à la baisse de la demande nigériane consécutive à la poursuite de la détérioration de la Naira et de la fermeture de la frontière du Nigéria. Ainsi, le prix d’un bouc de plus d’un an ne permet pas à un éleveur d’acquérir que 73 kg en août 2023 contre 88 kg à la même période de l’année passée et 100 kg en moyenne, limitant l’accessibilité alimentaire des ménages notamment pauvres et déplacées de la zone.

    Commerce du bétail :

    Le commerce de bétail reste très affecté dans le département du fait de la réduction de 90 à 95 pour cent de la fréquentation du marché par les principaux acteurs notamment nigérians et maliens, du fait de la poursuite de la dépréciation de la Naira, de la persistance de l’insécurité civile sur les axes routiers et de la fermeture de la frontière du Nigéria. Ainsi, le prix moyen actuel d’un bouc de plus d’un an enregistre des baisses de 11, 17 et 7 pour cent respectivement par rapport au niveau de juillet 2023, d’août 2022 et à la moyenne des cinq dernières années (Figure 9). 

    Figure 9

    Evolution du prix du bouc en janvier-aout 2023 comparée à 2022 et à la moyenne quinquennale
    Evolution du prix du bouc

    Source: SIMB

    Conditions et productivité de bétail :

    Selon les populations interviewées lors de l’évaluation rapide, les conditions de productivité en termes de disponibilité fourragère et de l’eau d’abreuvement et de l’état d’embonpoint des animaux demeurent précaires pour toutes les espèces particulièrement les bovins du fait de l’effet conjugué du retard accusé dans l’installation de la saison des pluies et de la persistance de l’insécurité civile dans le département et au Mali voisin. Ce qui engendre des pertes dans une proportion de 10 à 15 pour cent des animaux par rapport à la normale dues aux vols, pillages et aux déstockages de détresse.

    Assistance alimentaire :

    La région compte actuellement, 72 022 personnes déplacées internes, 20 621 réfugiés et 16 431 demandeurs d’asile en provenance du Mali. Plus de 80% des personnes déplacées internes se sont installées à Tillia et Tassara. Cependant, les assistances alimentaires en faveur de ces populations nécessiteuses sont suspendues depuis aout 2023 du fait du démarrage des opérations militaires dans la zone.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire d’octobre 2023 à mai 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    • La persistance de l’insécurité civile va entrainer une réduction des revenus issus du petit commerce, de la vente de paille/bois et de l’artisanat. Les revenus générés seront donc inférieurs à la moyenne quinquennale.

    • Le déficit de production fourragère et la persistance de l’insécurité civile vont réduire l’accessibilité aux ressources pastorales dans plusieurs localités de la zone notamment au Nord. Ce qui va entrainer un épuisement et soudure précoce dans la zone.

    • Les faibles niveaux de la production locale ajoutées aux perturbations des flux commerciaux liés à la persistance l’insécurité civile et à la fermeture des frontières du Bénin et du Nigéria vont entrainer un faible approvisionnement des marchés de la zone et des prix largement supérieurs à la moyenne.

    • La persistance de l’insécurité civile avec ses conséquences des attaques, des vols et des pillages des biens et les déstockages stratégiques, vont diminuer la taille des troupeaux et perturber la transhumance traditionnelle. Ce qui va engendrer une concentration atypique dans les zones agricoles et agropastorales plus sécures et des conflits entre les éleveurs et les agriculteurs et un épuisement précoce du disponible fourrager plutôt que d’habitude entre janvier et février

    • Le déficit fourrager va entrainer une dégradation précoce de l’état d’embonpoint du bétail, une baisse de la demande et des prix des animaux et des termes de l’échange dans la zone.

    • La migration saisonnière sera en dessous de la moyenne du fait de la persistance de l’insécurité civile dans la zone malgré la levée des mesures restrictives dans les pays de la sous-région et du Maghreb.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    La production agricole sera en dessous de la moyenne à cause de la baisse des superficies emblavées due à l’abandon des terres consécutivement à la persistance de l’insécurité civile. Les prix des denrées alimentaires restent très élevés pendant que les prix des animaux sont en baisse par rapport à la moyenne quinquennale. Ce qui ne permet pas aux ménages pauvres de se procurer des quantités suffisantes de denrées alimentaires. En outre, la persistance de l’insécurité civile rendant difficile l’approvisionnement des marchés locaux, pendant que les opérations humanitaires sont suspendues. Ce qui diminue l’accès et la couverture des aides alimentaires et les ménages pauvres et déplacés vont continuer de faire face à un déficit alimentaire. L’analyse des données de l’évaluation rapide de la sécurité alimentaire indique encore un déficit de consommation alimentaire pour les ménages pauvres et déplacés illustrant qu’ils parviennent à couvrir leurs besoins alimentaires essentiels de façon marginale mais seulement en faisant recours à une vente élevée des animaux. Les résultats sont une insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) et affectent les ménages pauvres et une insécurité alimentaire aigue d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) affectant des proportions faibles des ménages pauvres déplacés qui vont utiliser des stratégies d’adaptation de réduction du nombre pris par jour. 


    Zone de moyens d'existence Agricole à dominance Mil et Sorgho (NE 05) du département de Guidan Roumdji dans la région de Maradi (Figure 10)

    Figure 10

    Zone Agricole à dominance Mil er Sorgho, NE05 Guidan Roumdji
    Zone préoccupation Guidam Roumdji

    Source: FEWS NET

    Situation actuelle :

    Conflits et insécurité :

    La zone fait frontière avec les Etats fédérés du Nord-ouest du Nigéria qui est devenu depuis des années un foyer de tension intercommunautaire entre éleveurs-agriculteurs et d’insécurité civile due aux attaques des groupes terroristes dont l’ISWAP. Cette proximité avec cette partie du Nigéria où persiste un conflit armé expose la zone à une situation sécuritaire marquée par des incursions d’individus armés non identifiés. Selon le rapport d’OCHA, au second trimestre 2023, 52 incursions d’individus armés et 49 victimes ont été enregistrées contre 32 incursions et 35 victimes à la même période en 2022. Parmi les victimes des incursions, figurent les ménages dont les membres sont enlevés par les groupes armés terroristes et dont la libération est conditionnée par le payement de rançons qui ont des impacts négatifs sur les conditions de vie des ménages. 

    Mouvement des populations : 

    Les incursions et les attaques des groupes armés terroristes obligent les ménages des zones affectées à migrer vers des villages jugés plus sûrs. Ainsi, les mouvements de population enregistrés au cours du second trimestre 2023 sont estimés à plus de 1 500 personnes, ce qui porte le nombre total de déplacés internes à 16 307 personnes contre 15 128 personnes en 2022 dans le département.

    La disponibilité alimentaire :

    La production agricole et les marchés constituent les principales sources de disponibilité alimentaire dans cette zone. Cette année, la campagne agricole s’est installée normalement et s’est bien déroulée. Toutefois, l’insécurité dans les Etats du Nord-ouest du Nigéria se répercute dans la région de Maradi, principalement dans les départements de Guidan Roumdji et Madarounfa et a perturbé l’installation et le déroulement de la campagne agricole dans plusieurs villages agricoles dont une quarantaine sans semis, soit 11 pour cent des villages du département. De façon générale, la zone connait une réduction de la production agricole d’au moins 20%. Cette baisse pourrait atteindre 60 à 80% dans les parties les plus touchées par l’insécurité. 

    Les récoltes de mil et sorgho sont en cours et améliorent les disponibilités des aliments dans les ménages dont l’accès alimentaire est assuré actuellement par la production agricole propre.   

    Les flux internes renouent avec leur fonctionnement proche de la normale et assurent des approvisionnements des marchés. Toutefois, les approvisionnements sont encore faibles par rapport à la normale car les flux transfrontaliers ont diminué non seulement à cause de l’insécurité sur les routes commerciales mais aussi de la fermeture officielle de la frontière du Nigéria consécutivement aux sanctions de la CEDEAO sur les transactions commerciales. Les baisses des approvisionnements des marchés et par rapport à la demande sont surtout observées pour le riz importé dont les flux sont non seulement perturbés par la fermeture des frontières avec le Bénin mais aussi et surtout par les mesures restrictives par l’Inde. 

    Les sources de revenus :  

    La vente de main d’œuvre agricole et la migration saisonnière constituent les sources principales de revenu des pauvres, suivi par l’auto-emploi et la vente de récoltes de culture de rente (niébé, arachide) et la vente de volaille. La vente des cultures de rente et de volaille procure des revenus inférieurs à la moyenne à cause de la baisse de la demande des commerçants exportateurs tout comme les revenus tirés de la vente de main d’œuvre agricole à cause de l’offre locale plus importante que la demande due à l’abandon de champs des cultures et l’augmentation plus que la moyenne de l’offre locale de main d’œuvre agricole suite à l’arrivée des déplacés internes. Les ménages pauvres gagnent aussi des revenus dans la vente de bois et de paille avec des prix comparables à la moyenne quinquennale à cause d’une faible offre consécutive à une diminution de la disponibilité.

    La situation des marchés et des prix des denrées alimentaires :

    Suite à la baisse de la disponibilité des denrées alimentaires sur les marchés consécutivement à la perturbation des flux régionaux et internationaux, les prix de tous les produits de consommation sont en hausse. Le prix actuel du mil qui est la céréale la plus consommée, est plus élevé de 18 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale (Figure 11). 

    Figure 11

    Evolution du prix du mil sur le marché de Guidan Roumdji
    Evolution du prix du mil

    Source: SIMA

    La situation de l’assistance alimentaire :

    Les assistances alimentaires sont constituées par les distributions gratuites de vivres en raison de 100 kg de céréales, 10 kg de niébé et 5 kg de sel par mois ou par les distributions gratuites de cash en raison de 40 000 FCFA par mois mais ont bénéficié à une faible proportion (moins de 10 pourcent) des ménages pauvres selon Action Contre la Faim (ACF) qui assure le lead des partenaires de mise en œuvre de la réponse. Toutefois, depuis août 2023, les opérations d’assistances alimentaires ont cessé à cause d’une décision des autorités militaires interdisant la présence humaine dans les zones d’insécurité car il y a des opérations militaires de lutte contre le terrorisme qui y sont en cours.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire d’octobre 2023 à mai 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    • Les incidents de sécurité des bandits devraient se poursuivre à des niveaux supérieurs aux niveaux à la moyenne saisonnière. Après une augmentation observée après la saison des pluies de 2022, les incidents devraient augmenter au second semestre 2023 – conformément aux tendances saisonnières et en raison de l’augmentation des attaques de la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (ISWAP) dans les États voisins de Sokoto et de Kaduna, au Nigeria.
    • Compte tenu de l’insécurité et des réductions des superficies qu’elle va engendrer, la demande de main d’œuvre agricole va conséquemment diminuer et entrainer une baisse des salaires et des revenus agricoles pour les ménages pauvres 
    • Les récoltes attendues seront inférieures à la moyenne du fait de la réduction les superficies exploitées et donc les flux internes vont diminuer
    • L’assistance alimentaire sous forme de distribution gratuite de vivres, de cash et de non-vivres par le gouvernement du Niger et ses partenaires ne sera pas mise en œuvre pendant la période du scénario.         

     

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    D’octobre 2023 à janvier 2024, les ménages pauvres ne vont pas récolter suffisamment de céréales et leurs stocks propres vont s’épuiser plus tôt qu’habituellement, soit en novembre. Les achats qu’ils vont effectuer sur les marchés ne vont pas suffire pour couvrir leurs besoins alimentaires à cause de leurs faibles revenus et des prix d’achats qui seront au-dessus de la moyenne. Aussi, les distributions gratuites de vivres ne vont pas avoir lieu et les ménages pauvres vont avoir une consommation alimentaire qui sera limitée à 1 à 2 repas par jour même avec l’utilisation de stratégies d’adaptation négatives et seront en insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC). 

    De février à mai 2024, les stocks des ménages pauvres vont s’épuiser complétement et le recours aux marchés sera la source des aliments. Avec l’insécurité, les superficies emblavées pour l’exploitation agricole en contre saison seront réduites et vont exiger moins de main d’œuvre que l’habitude et donc les revenus seront en deçà des montants obtenus saisonniers, ce qui entrainera une baisse du pouvoir d’achat et cela combiné à la hausse des prix des denrées alimentaires va provoquer une réduction des quantités achetées. Aussi, les ménages pauvres auront des gaps alimentaires qui ne seront pas comblés et ils resteront en insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) avec même quelques cas de ménages pauvres en Urgence (Phase 4 de l’IPC). 

    Citation recommandée: FEWS NET. Niger Perspectives sur la sécurité alimentaire Octobre 2023 - Mai 2024: L’insécurité et la baisse de la production agricole entraînent l’insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les zones touchées par le conflit, 2023.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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