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- Des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) devraient persister dans les régions de Tillabéry et de Diffa, ainsi que dans la partie nord-ouest de Tahoua, jusqu’en janvier 2027. De juin à septembre, les effets cumulés de la persistance de l’insécurité et des inondations saisonnières continueront de perturber les moyens d’existence, de restreindre l’accès aux champs et aux marchés, et de réduire les opportunités de revenus. Les ménages sont contraints de réduire le nombre de repas par jour, résultant des déficits de la consommation alimentaire. Un groupe restreint de ménages très pauvres et de déplacées internes fait face à des déficits plus sévères et sera en l’Urgence (Phase 4 de l’IPC). Entre octobre 2026 et janvier 2027, les récoltes faibles, à cause de la limitation de l’accès aux champs, ne permettront pas d’améliorer la consommation alimentaire qui sera limitée à des repas journaliers en nombre et quantité réduits pour les ménages pauvres.
- L’insécurité alimentaire en Stress (Phase 2 IPC) prédominera dans les zones non affectées par les conflits de juin à septembre 2026 avant de s’améliorer entre octobre 2026 et janvier 2027. Dans ces zones, en raison de l’épuisement des stocks, d’une forte dépendance au marché et des prix des produits alimentaires élevés, les faibles revenus des ménages pauvres ne suffiront que pour les dépenses alimentaires mais pas celles de non alimentaires. Les petites proportions de ménages pauvres touchés par les inondations seront confrontées à des pertes de moyens d’existence plus importantes et pourraient ainsi basculer vers des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC). Entre octobre 2026 et janvier 2027, les nouvelles récoltes devraient améliorer la disponibilité alimentaire et soutenir la consommation alimentaire adéquate, permettant un résultat Minimal (Phase 1 de l’IPC).
FEWS NET estime que les besoins d’assistance alimentaire seraient entre 2,5 et 2,9 millions de personnes et devraient culminer entre août et septembre 2026, ce qui coïncide avec le pic de la période de soudure. Les personnes déplacées internes et les ménages pauvres resteront les plus exposés aux chocs sécuritaires affectant les sources de nourriture et de revenus.
L’analyse présentée ici est basée sur les informations disponibles au 22 juin 2026.
Depuis 2015, la propagation de l’insécurité au Sahel, notamment au Mali, s’est étendue à d’autres pays de la région du Liptako-Gourma. Au Niger, les groupes Jama'at Nasr al-Islam wal Muslimin (JNIM) et l’État islamique dans la province du Sahel (EI Sahel) mènent des attaques dans les régions de Tillabéry et de Tahoua depuis 2017, et ces attaques se sont étendues et s’intensifient dans la région de Dosso depuis 2023. En outre, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), anciennement Boko Haram, est le principal auteur des attaques dans la région de Diffa depuis 2015. Enfin, les bandits organisés qui exploitent la porosité des frontières entre le Niger et le Nigeria représentent la principale menace dans la région de Maradi. Les incursions et attaques de ces groupes terroristes ont entraîné d’importants déplacements de population, l’abandon des terres agricoles et des pertes de bétail, affectant gravement les moyens d’existence des ménages. Le total des personnes en déplacement forcé est estimé à 1 042 859 en avril 2026. De plus, ces attaques ont perturbé le fonctionnement et l’accès aux marchés, entravant les flux de produits alimentaires, tant internes que transfrontaliers.
Le contexte politique et économique récent du Niger a été marqué par les sanctions imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à la suite du coup d’État de juillet 2023, ainsi que par la fermeture ultérieure des frontières avec le Nigéria et le Bénin. Ces mesures ont limité l’importation de produits alimentaires et l’exportation de bétail vers le Nigéria. Bien que la levée des sanctions en février 2024 ait permis la reprise des échanges commerciaux avec le Nigéria, le Niger a toujours maintenu la fermeture de ses frontières avec le Bénin, détournant ses échanges commerciaux sur une route plus longue et plus coûteuse, via le Togo et le Burkina Faso. Cependant, le Bénin et le Niger ont annoncé conjointement, en mai 2026, la création d’un comité chargé d’examiner les modalités de réouverture de la frontière. Par ailleurs, le Niger, avec le Mali et le Burkina Faso, a annoncé en janvier 2024 qu’il quitterait la CEDEAO, dont le retrait est devenu effectif en janvier 2025. Ces trois pays ont décidé de créer l’Alliance des États du Sahel (AES), devenue une confédération en 2024.
Les ménages pauvres en milieu rural dépendent de l’élevage et des travaux agricoles comme sources de revenus et d’alimentation. La production céréalière domine dans les zones de moyens d’existence agricoles et agropastorales, principalement le mil et le sorgho. La période d’octobre à décembre correspond à la saison des récoltes, durant laquelle les stocks des ménages sont reconstitués et durent généralement entre quatre et six mois. Pendant la campagne 2025-2026, la production céréalière totale a été de 5 312 384 tonnes, soit une diminution de 10 pour cent par rapport à la campagne 2024-2025, mais une légère augmentation de deux pour cent par rapport à la moyenne quinquennale. Les prix des denrées baissent saisonnièrement, réduisant la dépendance des ménages aux marchés. De janvier à mai, les ménages auront accès aux produits maraîchers. Dans les zones pastorales, les ménages comptent sur la vente de bétail comme source de revenus et sur les marchés pour leur alimentation. La disponibilité des pâturages en octobre, après la saison des pluies, qui améliore les conditions physiques des animaux, contribue à augmenter la valeur marchande du bétail. En raison d’une production agricole structurellement faible, le Niger dépend des pays de la sous-région, comme le Nigeria, ainsi que d’autres pays, tels que la Thaïlande, pour l’importation de certaines céréales, notamment le riz. En outre, le gouvernement a également pris des mesures pour interdire l’exportation des céréales et du bétail. Les moyens d’existence agricoles et pastoraux sont vulnérables aux chocs climatiques, tels que les inondations saisonnières, qui perturbent les activités, les services essentiels et l’accès aux marchés.
En savoir plus
Les liens suivants fournissent des informations supplémentaires :
- Niger Rapport sur les Perspectives sur la Sécurité Alimentaire : février – septembre 2026
- Dernier Niger Mise à jour des Perspectives sur la Sécurité Alimentaire pour le Niger : avril – septembre 2026
- Dernier Niger Mise à jour des messages clés : mai 2026
- Aperçu de la méthodologie de développement de scénarios de FEWS NET
- L’approche de FEWS NET pour estimer la population dans le besoin
- Aperçu des analyses IPC et IPC-compatible
- L'approche de FEWS NET en matière d'analyse de l'assistance alimentaire humanitaire
Figure 1
Source: FEWS NET avec les données de SIMA et ACLED
Les conflits et l’insécurité persistants continuent de provoquer des dommages matériels et humains, à la suite des attaques des groupes armés terroristes dans les régions de Tillabéry, Tahoua, Diffa et Dosso. Selon les données d’ACLED, les incidents sécuritaires au niveau national ont augmenté de 18 pour cent entre janvier et mai 2026 par rapport à la même période de 2025, avec des hausses de 44 pour cent dans la région de Dosso et 270 pour cent dans la région de Tahoua. Toutefois, 47 pour cent des incidents sécuritaires sont enregistrés dans la région de Tillabéry, suivie de la région de Dosso, 21 pour cent, du fait de l’extension des attaques des groupes armés terroristes. Cette situation a pour corollaires des déplacements massifs et forcés de personnes.
Au 31 mai 2026, selon l’UNHCR, le Niger a enregistré 1 047 922 personnes déplacées forcées, dont 548 000 personnes déplacées internes (PDI) et 451 991 réfugiés et demandeurs d’asile ayant fui leurs pays à cause des conflits (principalement originaires du Nigéria, du Mali et du Burkina Faso). La population des déplacés internes est en hausse de 8 pour cent par rapport à l’année dernière à la même période et est concentrée à Tillabéry, Diffa et Tahoua avec une proportion de 45, 32 et 12 pour cent, respectivement. La présence et l’afflux continu de personnes en déplacement forcé accentuent la pression sur les marchés, sur les opportunités de travail agricoles et non agricoles et sur les capacités locales d’adaptation des ménages pauvres et déplacés.
La réalisation des semis est estimée à 67 pour cent au 20 juin 2026 contre 70 pour cent en moyenne quinquennale, en raison de la limitation de l’accès aux champs dans les zones affectées par les conflits. Les régions qui continuent d’enregistrer des villages sans semis à cause de l’insécurité sont principalement Tillabéry avec 19 pour cent de ses villages agricoles et Diffa avec 6 pour cent de ses villages agricoles. Par ailleurs, afin de renforcer l’appui des ménages pauvres à l’accès aux intrants, le gouvernement a effectué une campagne de distribution de 2 000 tonnes de semences pluviales, dont 1 000 tonnes de mil et 1 000 tonnes de niébé, et une vente subventionnée d’engrais, maintenant les prix et l’utilisation des intrants agricoles à un niveau moyen.
Les marchés sont globalement bien approvisionnés et, en mai 2026, les prix des céréales sont plus bas de 20 pour cent par rapport à l’année passée et à la moyenne quinquennale, respectivement. Cependant, l’ampleur de cette baisse varie d’une région à l’autre (Figure 1). La baisse des prix est due à l’augmentation de l’offre sur les marchés, consécutive à la poursuite de l’interdiction des exportations des produits alimentaires en dehors de l’espace de l’AES et à la vente de céréales à prix subventionné. Toutefois, dans les zones de conflit comme Ayorou, Bankilaré, Gothèye et Mangaïzé/Ouallam, dans la région de Tillabéry, les approvisionnements des marchés sont faibles du fait du dysfonctionnement des routes commerciales. Aussi, dans ces zones, les prix du mil sont 21 à 27 pour cent plus élevés que la moyenne nationale estimée à 248 FCFA/kg, du fait de la baisse de la production agricole en 2025/26 dans ces localités et de la poursuite des perturbations des approvisionnements, consécutive à la persistance de l’insécurité sur les routes commerciales.
Les prix des produits alimentaires importés (le riz, l’huile, le sucre et la farine de blé) restent stables (Système d’Information sur les Marchés Agricoles, SIMA). Cette situation est favorisée par la stabilité des prix des hydrocarbures et des coûts de transport au niveau national, du fait de la production locale de carburants, qui amoindrit l’impact sur les prix à la consommation de ces produits importés.
Les aliments pour bétail restent disponibles sur les marchés, mais à des prix nettement supérieurs à ceux de l’année précédente. En effet, le sac de 50 kg de son de blé se vend entre 11 000 et 14 000 FCFA, contre 8 000 à 9 000 FCFA un an plus tôt. Pour y faire face, l’État et ses partenaires ont mobilisé 14 700 tonnes de son de blé pour soutenir les ménages pastoraux.
Les revenus des ménages pauvres résidents et déplacés, générés par les activités agricoles et non agricoles, sont en baisse par rapport à leurs niveaux moyens. Cette baisse est due à la concurrence sur ces opportunités, liée à la suroffre de main-d’œuvre, et à la baisse des superficies mises en valeur, notamment dans les zones de conflit, suite au déplacement de personnes vers des endroits jugés plus sûrs. En outre, les conflits entravent aussi l’accès aux zones de collecte de bois, de charbon et de paille, ce qui diminue les quantités collectées et vendues.
En raison de l’impact des perturbations du marché international liées aux tensions au Moyen-Orient sur les prix des engrais, le gouvernement a pris des mesures pour faciliter l’accès aux engrais pour la campagne agricole en cours. En effet, sur un besoin annuel de 50 000 tonnes d’engrais, le gouvernement a mis en place un stock subventionné de 38 000 tonnes d’engrais en mai/juin 2026, qui vient s’ajouter à une vente subventionnée de 15 000 tonnes lancée le 30 décembre 2025.
Assistance alimentaire humanitaire
Les plans de réponse alimentaire et humanitaire pour 2026 sont finalisés et prévoient une assistance à plus de 1,9 million de personnes dans le besoin. Toutefois, compte tenu des contraintes budgétaires, la mise en œuvre de ce plan n’a pas encore démarré conformément au calendrier d’exécution.
Des résultats de Crise (Phase 3 IPC) persistent chez les ménages affectés par le conflit dans les régions de Tillabéry et Diffa, ainsi que dans la partie nord‑ouest de Tahoua. Les conflits continuent de détériorer les conditions de la sécurité alimentaire par la perturbation prolongée des moyens d’existence, des marchés et des systèmes de production.
En effet, l’insécurité persistante limite l’accès aux zones de culture et de pâturage, perturbe les activités de semis et d’entretien des cultures, restreint les mouvements des populations et affecte le fonctionnement des marchés, avec des conséquences directes sur les revenus et l’accès aux aliments des ménages pauvres. Les ménages les plus exposés aux chocs affectant les moyens d’existence, en particulier les déplacés, et les ménages pauvres enregistrent une baisse de leurs revenus et une érosion progressive de leurs actifs productifs, réduisant leur capacité à satisfaire leurs besoins alimentaires de base sans recourir à des stratégies d’adaptation préjudiciables, y compris la réduction du nombre de repas et la vente des actifs productifs. Dans ce contexte, les déficits de consommation alimentaire demeurent chez les ménages pauvres. En outre, compte tenu de la détérioration continue de la situation due aux contraintes prolongées d’accès aux revenus et à l’alimentation, une proportion restreinte des ménages pauvres déplacés, représentant moins de 20 pour cent, fait face à une situation d’Urgence (Phase 4 de l’IPC).
Dans les zones non affectées par les conflits des régions d’Agadez, de Maradi, de Zinder et de Tahoua, les résultats de Stress (Phase 2 de l’IPC) prédominent durant cette période. Les ménages pauvres, ayant largement épuisé leurs stocks alimentaires, dépendent principalement des marchés pour leur approvisionnement. Toutefois, bien que leurs revenus issus de la main-d’œuvre agricole et de la vente de bois demeurent affaiblis par le niveau élevé des prix des denrées alimentaires, ils restent globalement suffisants pour leur permettre de maintenir un accès minimal à la nourriture. Toutefois, de petites portions des ménages pauvres subissant des inondations récurrentes font face à des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC).
Sur le plan nutritionnel, une tendance nationale d’amélioration nutritionnelle est observée. Selon la Direction de la nutrition, 152 391 enfants malnutris ont été admis dans les centres de récupération des enfants malnutris (CRENI) et les centres de récupération nutritionnelle ambulatoire pour la malnutrition aigüe sévère (CRENAS) entre janvier et avril 2026, contre 374 187 durant la même période en 2025, soit une baisse de 59 pour cent. Les régions de Zinder et de Maradi concentrent plus de la moitié des admissions de cas de malnutrition aiguë sévère.
Figure 2
Source: Estimation de FEWS NET avec les données de SIMA
- Les attaques du JNIM et de l'ISSP contre des populations civiles et des forces de sécurité devraient se poursuivre au moins jusqu'en janvier 2027, probablement à des niveaux similaires à ceux observés actuellement dans les régions de Tillabéry, de Tahoua et de Dosso. La région de Tillabéry restera l'épicentre des attaques, tandis que Dosso enregistrera la plus forte hausse relative de la violence.
- Les violences liées aux activités terroristes dans la région de Diffa, dans le bassin du Lac Tchad, devraient rester au niveau actuel jusqu'au moins en janvier 2027, avec des attaques par le JAS et l'ISWAP contre les positions militaires survenant de manière sporadique.
- En raison des effets du phénomène El Niño, des précipitations inférieures à la moyenne sont attendues pour la prochaine saison agricole de juin à septembre. Selon les prévisions saisonnières des précipitations d’Agrhymet-RCC-AOS mises à jour pour la période de juin-juillet-août, il y aura une forte variabilité spatiale et temporelle des précipitations, avec une alternance possible de longues pauses pluviométriques et d’inondations. Le développement des cultures céréalières sera entravé par les séquences sèches, longues à courtes, au démarrage et à la fin de la saison avec de potentiels impacts sur le rendement et la production agricoles.
- Les prix des denrées alimentaires vont évoluer en dessous de ceux de l’année passée et de la moyenne quinquennale (Figure 2) et vont amorcer la baisse saisonnière suite aux nouvelles récoltes en octobre 2026 jusqu’en janvier 2027 qui vont non seulement augmenter l’offre mais aussi diminuer la demande de consommation. La tendance ne sera pas la même dans les zones de conflit où les prix seront maintenus à des niveaux plus élevés que la moyenne, suite à l’inexistence des offres locales, combinée aux dysfonctionnements des flux consécutifs à l’insécurité sur les routes commerciales.
- Les productions agricoles et pastorales seront inférieures à la moyenne quinquennale en raison des faibles précipitations pendant la saison et de la réduction des superficies semées, suite à l’insécurité qui entrave l’accès aux terres de culture. Une baisse des rendements agricoles sera attendue due à une utilisation réduite des engrais, dont le coût a augmenté en raison des perturbations du commerce international engendrées par le conflit au Moyen-Orient.
- Le maintien de la fermeture de la frontière avec le Bénin va continuer de contraindre les échanges commerciaux entre le Niger et le Bénin jusqu’en septembre 2026. Les produits importés, comme le maïs, le riz, les fruits et légumes, ainsi que les produits d’exportation, comme le bétail, l’oignon, le niébé et l’arachide, seront les plus concernés. Cette situation va continuer d’entraver l’offre de produits alimentaires sur les marchés du Niger, et les approvisionnements en denrées alimentaires vont évoluer de manière inférieure à la moyenne. Cependant, ces échanges devraient se normaliser en octobre 2026 - janvier 2027 en vue d’une réouverture consécutive aux négociations engagées entre les autorités politiques. La réouverture va réduire les circuits et les coûts des transactions, entraînant une amélioration des offres et des disponibilités alimentaires et une baisse des prix des produits alimentaires.
- Les marchés et le commerce du bétail vont subir des perturbations à cause de l'insécurité le long de nombreux corridors commerciaux traditionnels Sahel–côtiers, de coûts de transport élevés et de récentes interdictions d'exportation d'animaux vivants imposées par le Niger.
- L'insécurité et les restrictions politiques devraient maintenir le commerce transfrontalier en dessous de la normale dans toute la région. L'insécurité restera le principal facteur perturbateur affectant le commerce régional, en particulier dans la région de Liptako-Gourma et le grand bassin du lac Tchad, où les groupes armés recourent de plus en plus à des tactiques de guerre économique, notamment des barrages routiers et des attaques contre des camions de marchandises et des camions-citernes. L'insécurité et les restrictions commerciales devraient également accroître davantage les flux commerciaux informels déjà substantiels, qui deviennent de plus en plus coûteux en raison de la fiscalité non officielle et des paiements illicites.
- Suite aux tensions au Moyen-Orient, les coûts du carburant pourraient continuer à accroître les coûts de transport et à maintenir des prix supérieurs à la moyenne, en particulier pour les produits importés, notamment l’engrais et certaines denrées alimentaires entre juin et septembre 2026. La hausse des coûts de carburant et de fret, ainsi que les contraintes de la chaîne d'approvisionnement en engrais, devrait augmenter progressivement les coûts de transport et de commercialisation. Cette situation contribuera à des hausses plus marquées des prix pendant la période de soudure, à des baisses saisonnières moins marquées pendant la récolte et après la récolte de septembre/octobre à janvier, et à des prix soutenus au-dessus de la moyenne pour les produits importés. Cependant, les marchés céréaliers au Niger devraient rester globalement approvisionnés et les prix des denrées de base relativement contenus, soutenus par les disponibilités issues de la campagne 2025/26, la commercialisation des nouvelles récoltes, le déstockage des commerçants et le maintien des restrictions sur les exportations de céréales. L’existence d’une capacité nationale de raffinage et la poursuite de la production pétrolière constituent un amortisseur partiel contre les chocs énergétiques externes, susceptible de limiter la transmission immédiate d’une hausse des coûts de transport aux prix alimentaires intérieurs.
Assistance alimentaire humanitaire
La mise en œuvre du plan d’assistance alimentaire n’a pas encore commencé, alors que le plan prévoit d’assister environ 1,9 million de personnes, dont 1,5 millions prévues par le plan du gouvernement et 361 000 par les partenaires. Une révision du plan du gouvernement a réduit le nombre de personnes ciblées à 692 451 entre juin et septembre 2026. La planification des partenaires comprend essentiellement des distributions gratuites de kits alimentaires par ménage et par mois, composés de 50 kg de mil, 25 kg de riz, 25 kg de niébé et 5 litres d’huile végétale. Toutefois, les assistances alimentaires devraient rester irrégulières et insuffisantes en raison des contraintes sécuritaires et des difficultés de financement, avec des effets plus prononcés dans les régions de Tillabéry, Diffa et Tahoua.
Des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) devraient persister chez les ménages affectés par les conflits dans les régions de Tillabéry et de Diffa, ainsi que dans la partie nord-ouest de Tahoua, jusqu’en janvier 2027. Cette situation résulte principalement de la persistance de l’insécurité, qui continuera de perturber les moyens d’existence, de restreindre la mobilité des populations et de limiter l’accès aux terres agricoles ainsi qu’aux marchés. Dans ce contexte, les ménages pauvres feront face à une réduction des opportunités de revenus et à un accès de plus en plus contraint aux marchés, ce qui affaiblira davantage leur capacité à satisfaire leurs besoins alimentaires de base. Les inondations saisonnières devraient accentuer ces contraintes en causant des dommages aux cultures, aux infrastructures et aux biens des ménages, tout en perturbant les circuits d’approvisionnement des marchés. La combinaison de ces chocs devrait entraîner une aggravation des déficits de consommation alimentaire, notamment parmi les ménages pauvres, entre juin et septembre 2026, période durant laquelle ces ménages seront contraints de réduire à la fois la quantité et la fréquence de leurs repas et la vente d’actifs productifs. Une proportion restreinte de ménages de déplacés internes pauvres sera en Urgence (Phase 4 de l’IPC).
En outre, entre octobre 2026 et janvier 2027, les superficies cultivées devraient rester inférieures à la moyenne, sous l’effet conjugué de l’insécurité persistante et des conséquences des inondations. Ce qui devrait se traduire par une baisse de la production agricole ainsi qu’une diminution des opportunités d’emploi agricole, entraînant une réduction des revenus saisonniers. Il en résultera une détérioration supplémentaire des stocks céréaliers et du pouvoir d’achat des ménages pauvres, qui resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC).
Dans les zones non affectées par les conflits des régions d’Agadez, Maradi, Zinder et Tahoua, des résultats de Stress (Phase 2 IPC) seront attendus de juin à septembre 2026. Les ménages pauvres, après l’épuisement de leurs stocks, dépendront principalement des achats sur les marchés pour couvrir leurs besoins alimentaires. Cependant, l’accès à la nourriture restera limité par un faible revenu de la main-d’œuvre agricole et par le niveau élevé des prix alimentaires. Ainsi, les revenus permettraient une consommation alimentaire adéquate, mais ne pourraient pas couvrir les dépenses non alimentaires. Dans les zones pastorales d’Agadez, Maradi, Tahoua et Zinder à la faveur de l’installation de la saison des pluies à partir de juillet, les conditions pastorales seront favorables à la production laitière, à une amélioration des prix des animaux et des termes de l’échange et donc des revenus de la majorité des ménages dont la situation alimentaire va évoluer en Minimale (Phase 1 de l’IPC). Aussi, avec l’arrivée des nouvelles récoltes à partir d’octobre, une amélioration saisonnière vers des résultats de Minimale (Phase 1 de l’IPC) est attendue entre octobre 2026 et janvier 2027.
| Preuves | Source | Format des données | Éléments d'analyse de la sécurité alimentaire |
|---|---|---|---|
| Profils de moyens d'existence | FEWS NET | Qualitatives | Sources typiques de nourriture et de revenus par zone de moyens d'existence |
| Personnes en déplacement forcé | UNHCR | Quantitative | Nombre de personnes déplacées internes comme conséquence des conflits |
| Commerce et prix de l’engrais et des produits importés de grande consommation | Système d’Information sur les Marchés Agricoles (SIMA) | Quantitative | Pouvoir d’achat des produits importés |
| Marchés et projection de prix | Système d’Information sur les Marchés Agricoles (SIMA) Système d’Information sur les Marchés de Bétail (SIM Bétail) | Quantitative | Évolution des prix et impacts sur l’accès alimentaire |
| Analyse et projections de conflit | ACLED | Qualitative/quantitative | Dynamiques des conflits et impacts sur sources de revenus et nourriture |
| Assistance alimentaire | Cellule Crise Alimentaire, PAM | Quantitative | Accès à l’assistance alimentaire et impact sur la couverture des besoins de consommation |
| Agro climatologie | National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), AGRHYMET | Quantitative | Prévisions saisonnières des précipitations et impacts sur le déroulement de la saison et perspectives des récoltes |
| Inondations | Comité National de Prévention et Gestion des Inondations | Quantitative/Qualitative | Amplitude et intensité des inondations et impact sur les ménages, sur leurs biens et sur leurs actifs productifs |
| Nutrition | Ministère de la Santé publique | Quantitative | Évaluation des admissions dans les centres de récupération des enfants malnutris |
| Marchés et commerce internationaux | Équipe marché et commerce | Qualitative | Impacts du conflit au Moyen-Orient sur le commerce international et sur les marchés domestiques |
L’alerte précoce en cas d’insécurité alimentaire aiguë nécessite de prévoir les résultats futurs plusieurs mois à l’avance afin de donner aux décideurs suffisamment de temps pour budgétiser, planifier et répondre aux crises humanitaires attendues. Toutefois, en raison des facteurs complexes et variables qui influencent l’insécurité alimentaire aiguë, il est impossible de faire des prévisions définitives. Le développement de scénarios est une méthodologie qui permet à FEWS NET de répondre aux besoins des décideurs en élaborant un scénario « le plus probable » du futur.
Les principes clés du processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET incluent l’application du cadre de réduction des risques de catastrophe et une approche basée sur les moyens d’existence pour évaluer les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë. Le risque d'insécurité alimentaire aiguë d'un ménage dépend non seulement des dangers (comme une sécheresse), mais aussi de sa vulnérabilité face à ces dangers (par exemple, le niveau de dépendance à la production de cultures pluviales pour sa nourriture et ses revenus) et de sa capacité d'adaptation (qui prend en compte à la fois la capacité du ménage à faire face à un danger donné et le recours à des stratégies d’adaptation négatives qui nuisent à la résilience future). Pour évaluer ces facteurs, FEWS NET fonde cette analyse sur une solide compréhension approfondie des moyens d’existence locaux, qui sont les moyens par lesquels un ménage répond à ses besoins fondamentaux. Le processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET prend également en compte le Cadre des moyens d’existence durables ; les Quatre dimensions de la sécurité alimentaire ; et le Cadre conceptuel de la nutrition de l’UNICEF, et est étroitement aligné sur le cadre analytique de la Classification intégrée des phases de la sécurité alimentaire (IPC).
Comment FEWS NET analyse-t-il les résultats actuels de l’insécurité alimentaire aiguë ? FEWS NET évalue dans quelle mesure les ménages sont susceptibles de satisfaire leurs besoins caloriques minimaux. Cette analyse fait converger les preuves des conditions de sécurité alimentaire avec celles de la consommation alimentaire au niveau des ménages et de changement des moyens d’existence. FEWS NET prend également en compte les preuves disponibles sur l'état nutritionnel et la mortalité, en évaluant si celles-ci reflètent les impacts physiologiques de l'insécurité alimentaire aiguë. FEWS NET utilise l’échelle de Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC) en cinq phases, mondialement reconnue, pour classer les résultats actuels de l’insécurité alimentaire aiguë. De plus, FEWS NET applique le symbole de « ! » pour désigner les zones où la Phase de l’IPC cartographiée serait probablement pire d'au moins une Phase sans les effets de l'assistance alimentaire humanitaire en cours.
Comment FEWS NET élabore-t-il ses suppositions clés pour le scénario le plus probable ? Une étape clé du processus d'élaboration de scénarios de FEWS NET consiste à développer des suppositions fondées sur des preuves sur les facteurs influencent les conditions de sécurité alimentaire. Cela inclut les dangers et anomalies susceptibles d'affecter l'évolution de l'alimentation et des revenus des ménages au cours de la période de projection, ainsi que les facteurs affectant l'état nutritionnel. FEWS NET développe également des suppositions sur les facteurs censés se comporter normalement. Ensemble, ces suppositions forment la base du scénario « le plus probable ».
Comment FEWS NET analyse-t-il les résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë ? En utilisant les suppositions clés soutenant le scénario « le plus probable », FEWS NET projette les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë en évaluant l’évolution de la capacité des ménages à satisfaire leurs besoins caloriques minimaux au fil du temps. FEWS NET fait converger les attentes concernant la trajectoire de la consommation alimentaire et les changements dans les moyens d’existence au niveau des ménages avec l’état nutritionnel et de la mortalité au niveau de la zone. FEWS NET classe alors les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë. Enfin, FEWS NET utilise le symbole de « ! » pour désigner les zones où la Phase de l’IPC serait probablement plus sévère d’au moins une Phase sans les effets de l’assistance alimentaire planifiée, qui devrait être financée et livrée.
Comment FEWS NET analyse-t-il l’assistance alimentaire humanitaire ? L’assistance alimentaire d’urgence (en nature, en espèces ou en vouchers) peut jouer un rôle clé dans l’atténuation de la sévérité de l’insécurité alimentaire aiguë. Les analystes de FEWS NET intègrent toujours les informations disponibles sur l’assistance, bien que ces informations varient considérablement selon les zones géographiques et au fil du temps. Conformément aux protocoles IPC, FEWS NET utilise les meilleures informations disponibles pour évaluer où l'assistance est « significative » (définie par au moins 25 pour cent des ménages dans une zone donnée recevant au moins 25 pour cent de leurs besoins caloriques grâce à l'assistance). En outre, FEWS NET analyse les impacts probables de l’assistance sur la sévérité des résultats, comme détaillé dans les orientations de FEWS NET sur L’intégration de l’assistance alimentaire humanitaire dans l’élaboration de scénarios.
Depuis février 2025, la région de Dosso est confrontée à une recrudescence des attaques perpétrées par des groupes armés non étatiques, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Les données issues d’ACLED indiquent une dégradation notable de la situation sécuritaire. Entre janvier et mai 2026, 52 incidents sécuritaires ont été recensés, contre 36 pour la même période en 2025, soit une augmentation de 44 pour cent. Ces incidents représentent 21 pour cent du total national sur la période considérée. Parallèlement, le nombre de victimes a fortement augmenté, passant de 78 morts entre janvier et mai 2025 à 186 sur la même période en 2026, soit une hausse de 138 pour cent, ce qui correspond à 20 pour cent des décès enregistrés au niveau national.
Cette détérioration sécuritaire a entraîné des mouvements importants de population. En mai 2026, le nombre de déplacés internes a atteint 29 502 personnes, contre seulement 1 611 en mai 2025, selon les données du HCR. Malgré ce contexte sécuritaire préoccupant, les données des Systèmes d’Information sur les Marchés montrent une amélioration relative de l’accès alimentaire. En mai 2026, le prix du mil a enregistré une baisse significative de 35 pour cent par rapport à mai 2025 et de 19 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale. Pour le maïs, la baisse était de 33 pour cent par rapport à mai 2025 et de 36 pour cent par rapport à la moyenne des cinq dernières années. De plus, les prix des denrées alimentaires dans la région sont globalement inférieurs de 3 à 14 pour cent par rapport à la moyenne nationale à la même période. Ces impacts faibles de la tension sécuritaire sur les marchés et les prix et, en général, sur la sécurité alimentaire des ménages de la région sont essentiellement dus à la présence accrue des forces militaires dans la région et à une bonne collaboration entre les militaires et les populations dans la surveillance des différentes localités de la région. Selon les informateurs clés, c’est cet engagement des populations civiles aux côtés des forces militaires dans la lutte contre le terrorisme qui fait que les groupes terroristes n’arrivent pas à faire des recrutements de combattants parmi les populations locales. Ainsi, ils n’arrivent pas à maîtriser le terrain et sont très limités dans leur mouvement, contrairement aux autres zones de conflit où les combattants sont en grande partie issus de la population locale, ce qui donne l’avantage d’une bonne maîtrise territoriale et d’opérations terroristes ciblées. En conséquence, les activités des groupes armés terroristes se limitent à des vols d’animaux et à des attaques sporadiques, certes répétitives, mais localisées, de faible ampleur territoriale et de courte durée, avec des impacts limités sur les activités agricoles, les moyens d’existence et les marchés, qui, après une suspension de courte durée, renouent avec leur situation normale. Certaines attaques s’accompagnent de déplacements internes de population, mais, en majorité, les personnes déplacées internes retournent à leurs zones d’origine à la faveur d’actions coordonnées entre civils et militaires.
En revanche, les prix du bétail ont connu une augmentation comprise entre 10 pour cent et 26 pour cent par rapport à mai 2025 et à la moyenne quinquennale, indiquant une certaine résilience des marchés pastoraux et des moyens d’existence liés à l’élevage.
Ainsi, dans l’ensemble, bien que la région de Dosso connaisse une intensification notable de l’insécurité et des déplacements de population, les indicateurs du marché suggèrent que les sources de revenus et l’accès à la nourriture ne sont pas encore fortement perturbés, car le mode opératoire des groupes terroristes consiste en des attaques sporadiques et des incursions, car la région de Dosso n’a pas d’espace de refuge permettant aux terroristes d’instaurer un climat de menace de violence et de psychose permanente sur la population locale et sur les activités économique. De plus, la participation de la population civile aux actions de sécurisation et de maintien de la paix est plus significative dans la région de Dosso, où les populations se sont organisées en Coordination régionale pour la sécurité, la paix et la cohésion sociale. Cependant, cette apparente résilience demeure fragile. La persistance des violences et l’ampleur croissante des déplacements internes pourraient, à moyen terme, affecter les systèmes de production, les flux commerciaux et le fonctionnement des marchés.
Citation recommandée: FEWS NET. Niger Perspectives sur la sécurité alimentaire Juin 2026 - Janvier 2027: La persistance des conflits maintient les résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) à Tillabéry, Diffa et Tahoua, 2026.
Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.