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La hausse soutenue des prix entraîne un accès difficile aux denrées alimentaires pour les ménages pauvres

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Niger
  • Février - Septembre 2024
La hausse soutenue des prix entraîne un accès difficile aux denrées alimentaires pour les ménages pauvres

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  • Messages clé
  • Contexte national
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Zone de préoccupation : Zone de moyens d'existence agropastorale (NE04) du département de Ouallam dans la région de Tillabéry (Figure 8)
  • Résultats les plus probables en matière de sécurité alimentaire et zones bénéficiant de niveaux significatifs d’aide humanitaire
  • Messages clé
    • La hausse soutenue des prix des denrées alimentaires s’accélère à la suite de la conjugaison des facteurs agro climatiques, sécuritaires et sociopolitiques perturbant les circuits des échanges commerciaux. Les ménages pauvres des régions de Tillabéry et Tahoua qui, en plus de l’épuisement de leurs stocks céréaliers, font face à de faibles opportunités de vente de main d’œuvre dont les revenus gagnés sont aussi faibles et font recours à des stratégies d’adaptation négatives. Ils vivent dans une situation alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) alors ceux des régions de Diffa et Maradi ont évolué en Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC) grâce à des assistances alimentaires qui sont mensuellement distribuées à la majorité des personnes ciblées.
    • La situation sociopolitique connaît une évolution significative avec le retrait annoncé de la CEDEAO motivé par les sanctions économiques et financières sur le Niger. Cette décision donne une nouvelle orientation aux négociations entre le Niger et la CEDEAO, comme en témoigne la levée des sanctions en vigueur depuis sept mois lors de la session extraordinaire des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO tenue à Abuja le 24 février 2024. Toutefois, les effets des sanctions en termes d’inflation, surtout des produits alimentaires, vont continuer d’impacter l’économie du pays et l’accès aux aliments pour les ménages pauvres durant les prochains mois. 
    • Les marchés des produits alimentaires sont approvisionnés grâce aux flux internes et aux importations qui suivent des circuits longs dont les effets entrainent des modifications dans la structure des prix des denrées alimentaires. Ce changement est aussi observé sur les marchés à bétail où les circuits des exportations vers les autres pays passent de plus en plus par le corridor du Burkina Faso. Malgré la levée des sanctions commerciales et la réouverture des frontières, les effets de ces circuits commerciaux alternatifs vont se maintenir sur les coûts de transactions et sur les prix à la consommation des denrées alimentaires qui vont atteindre des niveaux jamais égalés durant les 5 dernières années.
    • Les programmes d’assistances alimentaires, qui ont connu un ralentissement dans leur mise en œuvre pendant les mois ayant suivi le coup d’état militaire, ont repris dans les régions de Diffa et Maradi car les sanctions prévoient des exemptions sur les actions à caractère humanitaire, notamment les achats des produits alimentaires et le financement des plans de réponse à l’insécurité alimentaire des organisations humanitaires. Ils permettent d’apporter une assistance alimentaire couvrant au moins 60 pour cent des besoins alimentaires des populations ciblées. Dans ces zones, les organisations humanitaires ont non seulement pu disposer de stocks alimentaires et financiers, mais en plus les conditions sécuritaires sont favorables à l’accès humanitaire pour les interventions au bénéfice des populations ciblées.

    Contexte national

    Situation actuelle

    La situation sociopolitique : Le retrait sans délai de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) décidé conjointement par le Niger, le Mali et le Burkina Faso à partir du 28 janvier 2024 a changé le contexte sociopolitique. Cette décision officielle apporte un changement majeur dans le processus de négociations que le Niger a engagé avec la CEDEAO. Même si les sanctions imposées au Niger depuis le 30 juillet 2023 auraient pu influencer la décision du pays de retrait de la CEDEAO, la session extraordinaire de la CEDEAO tenue à Abuja, au Nigéria, en réaction au coup d'État militaire de juillet dernier, a levé les sanctions le 24 février 2024. Les effets immédiats de cette levée des sanctions sont la reprise des transactions financières entre le Niger et la CEDEAO et la dégèle des avoirs de l’Etat dans les banques commerciales et la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Les relations du Niger avec la communauté internationale sont aussi en train de reprendre progressivement à travers des visites officielles d’anciens mais aussi de nouveaux partenaires techniques et économiques.

    La situation sécuritaire et humanitaire : La situation reste précaire et volatile avec des attaques terroristes qui continuent dans les différents foyers de tension. Les attaques persistantes sont celles de l’EI Sahel et du JNIM particulièrement dans la région de Tillabéry. Toutefois, l’EI Sahel et le JNIM n’ont pas pu mener des attaques complexes contre les positions fixes des FDS et les convois dans l’ouest du Niger afin de rétablir leur position à Tillabéri et Tahoua et de dégrader la légitimité de l’État. Aussi, on remarque que les actions militaires jointes dans le cadre de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) ont permis de renforcer les efforts de lutte contre le terrorisme dans la zone des trois frontières. Mais la tendance des attaques s’est exacerbée surtout celles ciblant les civiles car l’immensité du territoire à surveiller, les moyens militaires limités et l’insuffisance de renseignements sur les groupes armés terroristes, ne permettent pas aux opérations militaires de réduire significativement les activités des groupes terroristes. Selon les données de ACLED, les 49 cas d'événements violents, y compris des attaques de groupes armés, enregistrés en janvier 2024 représentent une augmentation de 53 pour cent par rapport à décembre 2023 ; cependant, il n’y a eu aucun changement par rapport à janvier 2023 mais une augmentation de 26 pour cent depuis janvier 2022.  Les nombres les plus élevés des cas d’incidents sécuritaires depuis janvier 2023 sont enregistrés dans la région de Tillabéry où les cas sont estimés entre 51 et 60 cas, elle est suivie par les régions de Diffa et Maradi avec 41 à 50 cas (Figure 1). Les attaques continuent d’engendrer des victimes civiles et militaires dont le nombre a significativement augmenté en 2023 par rapport à la même période en 2022. En plus des pertes en vies humaines, les activités des groupes armés terroristes forcent les populations à quitter les zones affectées et continuent d’entraîner des déplacements forcés de populations. Au 31 janvier 2024 c’est environ 687 170 personnes qui sont des déplacées dans le pays dont 49 pour cent de déplacés internes et 39 pour cent de réfugiés selon le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR). Le nombre le plus élevé de personnes déplacées sont dans les régions de Diffa et Tillabéry qui abritent plus de 75 pour cent des déplacés internes. Les réfugiés sont issus majoritairement du Nigéria et sont localisés dans les régions de Diffa et Maradi, mais aussi du Mali et du Burkina Faso.

    Figure 1

    Nombre des incidents sécuritaires de janvier 2023 – Janvier 2024
    Évènements violents janvier 2023 à janvier 2024

    Source: ACLED

    La situation macroéconomique : Bien que les sanctions économiques, commerciales et financières imposées par la communauté sous-régionale et internationale au Niger ont été levées ce 24 février 2024, les effets persistent sur les financements de certains projets de développement et de certaines activités économiques tout comme sur la situation économique du pays en général. Selon les bulletins de l’Institut National de la Statistique (INS), le taux d’inflation globale annuelle a augmenté rapidement depuis janvier 2023 d’une moyenne de 1,5 pour cent à 4.8 pour cent en août et même 7.8 pour cent en septembre 2023. Bien que le taux d’inflation ait légèrement diminué depuis le mois d’octobre 2023, elle reste très élevée autour de 7 pour cent (Figure 2). Depuis août 2023, le taux d’inflation des produits alimentaires constitue le facteur déterminant du taux d’inflation globale. Elle a augmenté de 3.1 pour cent en juillet 2023 pour atteindre le pic de 12.7 pour cent en septembre 2023. Depuis novembre 2023, elle restait élevée et se stabilise autour de 10 pour cent et de 9.6 pour cent en janvier 2024. Selon la Banque Mondiale, la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) réel en 2023 est à 6,9 pour cent, mais cette estimation est basée sur une performance moyenne de l'agriculture et une production pétrolière à grande échelle entrant en service à la fin de l'année. Cependant, les sanctions commerciales de la CEDEAO jusqu’en fin 2023 ainsi que la fermeture des frontières ont réduit les exportations (y compris les exportations de pétrole brut) et les importations des denrées alimentaires et de l’électricité. Avec la faible performance de l’agriculture, le taux de croissance du PIB serait au tour de 3 pour cent mais les projections selon le FMI estiment ce taux du PIB à 5,51 pour cent en 2024.

    Figure 2

    Evolution du taux d’inflation
    Évolution du taux d'inflation

    Source: Institut National de la Statistique

    La situation de la campagne de cultures maraîchères : C’est la période des cultures irriguées de fruits et légumes y compris les cultures irriguées de riz, de poivron, d’oignon, et autres cultures maraîchères dont les travaux en cours sont dominés par les travaux d’entretiens et les récoltes pour les cultures à cycle court. Cette campagne bénéficie de suivi et encadrement technique et des appuis en semences et autres intrants du gouvernement et des partenaires techniques. Les conditions hydriques sont assurées par les eaux de surface des cours d’eaux mais aussi par les eaux souterraines qui sont toutefois faibles suites au faible niveau de recharge de la nappe phréatique consécutive au déficit pluviométrique. Ces cultures horticoles offrent de grandes opportunités de diversification de la consommation alimentaire et constituent de sources de revenus pour les ménages pauvres vendant leur main d’œuvre agricole dont le montant journalier est inférieur à cause de la baisse de la demande consécutive à la diminution des superficies mises en valeur. C’est aussi la campagne en saison sèche de la culture irriguée de riz dont les travaux qui est au stade de désherbage et d’apport en engrais dont le niveau élevé des prix pourrait conduire à une baisse de son utilisation par rapport aux normes et entraîner des réductions des rendements et des productions. 

    L’insécurité qui sévit dans les bassins de productions de Tillabéry et Diffa n’a pas permis de mettre en valeur tout le potentiel irrigable conduisant à une baisse des superficies. En effet dans la région de Diffa, les superficies emblavées en poivron sur la Komadougou Yobé qui étaient à plus 7 000 hectares en 2015-16, soit avant la crise sécuritaire ont baissé à 3 000 à 4 000 hectares en 2017 jusqu’en 2020. En 2021 jusqu’en 2023 suite à une amélioration de la situation sécuritaire elles ont remonté à 4 000 à 5 000 hectares ce qui a permis un accès accru aux sites de production de poivron (Figure 3). Toutefois, suite à la faible recharge des cours d’eaux et de la nappe phréatique, les disponibilités en eaux vont se réduire plutôt que d’habitude et affecter la durée de la campagne de cultures irriguées. Les productions de poivron attendues dans la région de Diffa seront alors inférieures à celles de l’année passée et inférieures à la moyenne quinquennale à cause de ces baisses des superficies.  

    Figure 3

    Evolution des superficies du poivron dans la région de Diffa
    Évolution des superficies du poivron

    Source: Direction régionale de l’agriculture de Diffa

    La situation pastorale : Malgré le manque de fourrage dû au déficit pluviométrique de 2023, les animaux sont nourris avec des aliments vendus à des prix modérés pendant la période de soudure pastorale. Ces compléments alimentaires apportés aux troupeaux maintiennent leur état d’embonpoint et leur valeur marchande à un niveau favorable. Dans les zones pastorales où le déficit fourrager est très important, cette situation d’apports précoces de compléments alimentaires va entraîner de fortes dépenses pour les aliments bétail avec pour corollaire une pression sur les revenus des ménages éleveurs dont les pouvoirs d’achat de produits de consommation vont diminuer et impacter négativement l’accès alimentaire.

    Les marchés et les prix des produits alimentaires : Le fonctionnement des marchés des produits alimentaires est perturbé par les crises sécuritaires et sociopolitiques. Toutefois, les effets des crises multiformes se sentent moins sur les offres et les disponibilités des produits que sur leurs prix. En effet, pour les offres qui assurent la disponibilité de tous les produits alimentaires même si le niveau est inférieur à la moyenne, elles proviennent des circuits locaux d’approvisionnement pour le mil et les cultures de rente et des importations pour le maïs, le sorgho, le riz, le blé, les racines et tubercules. Les importations des produits agricoles tout comme les exportations des produits de rente et de l’élevage ont baissé de 60 pour cent à 80 pour cent selon la note de conjoncture de l’INS du 3ème trimestre 2023. La cause principale était les sanctions qui ont réduit le rythme et l’intensité des échanges commerciaux avec les pays appliquant les mesures de la CEDEAO avec pour corollaire une diminution des volumes des flux transfrontaliers des denrées alimentaires et des produits animaux. Les mesures de la CEDEAO ont entraîné des hausses sensibles des prix des produits alimentaires car les interdictions officielles d’exportation en destination du Niger et les transactions à travers les routes informelles, de contournement conduisent à des circuits très longs, occasionnant beaucoup de frais payés. C’est cette nouvelle dynamique qui a permis de maintenir les flux des denrées alimentaires mais à travers un circuit plus long que normal où les coûts de transactions sont augmentés et répercutés sur les prix à la consommation. Ceci explique en grande partie la hausse soutenue des prix des produits alimentaires locaux et surtout ceux qui sont importés (Figure 4). 

    Dans la région de Diffa, le fonctionnement des marchés est significativement perturbé car les flux locaux sont faibles suite à une baisse de la production agricole locale et l’insécurité sur les routes commerciales (Figure 5). Les flux transfrontaliers sont aussi significativement en baisse suite à une baisse de la production annoncée au Nigéria, la fermeture de sa frontière, l’insécurité sur les routes commerciales et aussi et surtout la dépréciation de la Naira dont la valeur a baissé de plus 50 pour cent par rapport au FCFA.

    Figure 4

    Evolution du prix du riz importé à Niamey
    Évolution du prix du riz importé

    Source: SIMB

    Figure 5

    Fonctionnement des marchés à Diffa, janvier 2024
    Fonctionnement des marchés

    Source: FEWS NET

    Les marchés à bétail : Pour les marchés à bétail aussi, les offres, les demandes et les prix ont été impactés par les sanctions, de l’insécurité et la conjoncture économique marquée particulièrement par une forte dépréciation du Naira du Nigéria qui est la principale destination des exportations du bétail nigérien. Les exportations de bétails ont baissé de 79,5 pour cent pendant le troisième trimestre 2023 par rapport au deuxième trimestre de la même année (INS). Cette baisse est surtout attribuée aux sanctions imposées par la CEDEAO et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Toutefois, avec le recul de la demande nigériane, un renforcement des exportations du bétail du Niger vers les pays côtiers (Cote d’Ivoire, Bénin, Togo, Sénégal), le Burkina Faso et Mali via le marché de Dori au Burkina Faso est observé. Avec ce corridor, le Niger exporte les animaux qui sont transportés par convois de camions hebdomadaires avec escortes militaires à partir d’un regroupement à Niamey. Cette nouvelle dynamique ne permet certes pas d’atteindre les volume habituels des exportations ; néanmoins, elle permet non seulement d’encourager l’offre des animaux mais aussi et surtout d’éviter une forte chute de la demande et des prix qui sont resté identiques à ceux de 2022 mais sont au-dessus de la moyenne quinquennale (Figure 6).   

    Les sources de nourriture et de revenus : Suite au déficit céréalier, les sources de nourriture pour les ménages pauvres sont constituées par les achats, les produits de cueillette et de pêche. Dans les régions de Diffa et Maradi, les ménages pauvres arrivent à accéder à l’aide alimentaire distribuée par les organisations humanitaires dont le PAM. 

     La campagne des cultures irriguées de contre-saison en cours offre des opportunités de demande de main d’œuvre pour les travaux d’entretiens et de récoltes. Toutefois, cette demande est faible par rapport à l’offre à cause non seulement des baisses des superficies emblavées mais aussi de l’offre élevée de main d’œuvre dans les bassins de production consécutivement à la présence des personnes déplacées à la recherche d’emplois locaux. Le déficit fourrager offre d’opportunités de demande et de prix rémunérateurs pour la paille utilisée comme compléments alimentaires pour les animaux ; la disponibilité de la paille de brousse a beaucoup diminué à cause de l’insécurité limitant l’accès aux zones. Les ventes de bois de chauffe et de produits artisanaux et forestiers constituent des activités génératrices de revenus pour les ménages pauvres. En plus de ces activités de moyens d’existence, cette période est aussi favorable aux activités de pêche dans les zones de Tillabéry et Diffa riveraines de la Komadougou et du fleuve Niger où les ménages gagnent des revenus dans la pêche et les ventes de poissons. Dans tous les cas les revenus gagnés pour la main d’œuvre sont inférieurs à la moyenne à cause de la faible demande consécutive à la baisse des superficies de cultures de contre-saison dues au déficit en eaux pour l’irrigation. Les revenus pour ceux de l’auto-emploi de ventes de paille sont moyens à la faveur d’une demande soutenue pour les compléments alimentaires des animaux. 

    Figure 6

    Evolution du prix moyen du taureau à Niamey
    Évolution du prix du taureau

    Source: SIMB

    La situation nutritionnelle : Les données enregistrées sur les enfants de moins de cinq ans admis dans les formations sanitaires en 2023 indiquent un nombre total de cas de malnutrition aiguë sous toutes formes d’environ 933 984. Parmi eux, 474 946 cas étaient modérés et 459 038 cas sévères, dont 54 867 cas ont présenté des complications, selon les données de suivis partagées par la direction de la nutrition. Le nombre de cas de malnutrition a beaucoup varié au cours de l’année 2023. Jusqu’en août, des preuves des impacts des déficits alimentaires ont été constatées. Tout au long de l’année, des perturbations intermittentes dans la chaîne d’approvisionnement en produits pharmaceutiques et en intrants nutritionnels ont été liées aux sanctions de la CEDEAO, tandis que l’insécurité a également fortement entravé le fonctionnement des établissements de santé. Cependant, à partir de septembre, une tendance à la baisse de 10 à 15 pour cent a été observée grâce aux nouvelles récoltes (Figure 7).  

    Figure 7

    Evolution du nombre des cas d’enfants malnutris
    Évolution du nombre des enfants malnutris

    Source: Direction de la Nutrition

    La situation de l’assistance alimentaire : Les sanctions imposées au Niger à la suite du coup d’état militaire du 26 juillet 2023 se sont traduites par une diminution des financements pour les actions humanitaires à la suite du blocage des commandes de vivres et des suspensions des aides financières. Aussi, les opérations militaires d’envergure lancées pour lutter contre les activités des groupes armés terroristes ont contribué à limiter l’espace humanitaire pour l’accès aux zones et aux populations dans les besoins d’assistance. Les allégements et les exceptions consenties dans les sanctions de la CEDEAO pour les produits et matériels humanitaires ont permis aux acteurs humanitaires de disposer de stocks alimentaires et financiers pour relancer les actions d’assistance humanitaire. Ainsi, dans les 12 communes de la région de Diffa, 261 000 personnes ciblées sur les 387 000 personnes identifiées dans le besoin reçoivent une assistance alimentaire de la part de 51 acteurs humanitaires mettant en œuvre les activités. Selon des informateurs clés interviewés dans le cadre d’une évaluation rapide de la situation alimentaire conduite en fin janvier 2024 dans les zones de préoccupation notamment, les fournitures des assistances alimentaires sont distribuées mensuellement à raison de 3 500 FCFA à 5 500 FCFA par personne ou en nature avec une ration composée de 7 kg de céréales, 2 kg de légumineuses, 0,5 kg d’huile et 0,2 kg de sel par personne. Selon les estimations faites sur la base de cette ration ce sont plus de 37 000 kilocalories (kcal) qui sont fournies mensuellement et individuellement aux 261 000 personnes, soit une couverture respective de 67 pour cent et 58 pour cent des personnes et de leurs besoins alimentaires. Les populations bénéficiaires représentent environ 31 pour cent de la population totale de la région de Diffa. Selon les entretiens avec les partenaires de mise en œuvre des assistances, la situation des interventions humanitaires dans la région de Diffa est similaire à celle de la région de Maradi. Dans les régions de Tillabéry et Tahoua où les besoins d’assistance sont aigus comme ceux dans les régions de Diffa et Maradi, les organisations humanitaires déclarent disposer des stocks et des financements nécessaires pour la mise en œuvre des distributions des assistances au bénéfice des ménages dans le besoin, mais les opérations militaires et autres mesures sécuritaires limitent l’accès zones abritant les populations ciblées. 

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    Dans les régions de Tillabéry et Tahoua : Les stocks céréaliers sont épuisés pour la plupart des ménages suite à des récoltes insuffisantes consécutives à des conditions climatiques défavorables et à la baisse des superficies mises en valeur liée à l’insécurité. Les prix des produits de consommation gardent leur tendance soutenue à la hausse. Les opportunités de gagner des revenus sont réduites à cause de l’insécurité qui a ralenti les activités pourvoyeuses d’emplois locaux et une forte compétition s’exerce sur les autres activités génératrices à cause de la présence accrue de ménages pauvres à la suite du déplacement de personnes. Et dans ces zones, les ménages pauvres déplacés et résidents ont épuisés leurs stocks céréaliers suite à des récoltes ayant couvert moins de 3 mois de consommation. En même temps, leur accès aux aliments sur les marchés est réduit à cause des prix très élevés. Aussi dans ces zones, les opérations militaires en cours ne permettent pas d’accéder aux populations pour les assistances alimentaires. Les ménages pauvres, déplacés et résidents sont dans une situation d’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) manifestée par une consommation alimentaire déficitaire composée de rations réduites à 1 à 2 repas par jour malgré la pratique de la mendicité par certains membres des ménages. 

    Dans les régions de Diffa et Maradi : Les conditions de sécurité alimentaires dans ces zones sont défavorables comme celles qui prévalent dans les régions de Tillabéry et Tahoua et les ménages pauvres dépendent fortement des assistances alimentaires pour couvrir leurs besoins en kilocalories. Ainsi, il y a une forte présence des acteurs humanitaires qui disposent de grandes capacités d’intervention humanitaire et il n’y a pas de mesures sécuritaires contraignantes pour les opérations d’assistance alimentaire. Les ménages pauvres déplacés et réfugiés reçoivent régulièrement des rations alimentaires mensuelles leur permettant de basculer dans une situation d’insécurité alimentaire de niveau Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC). 

    Dans le reste du pays, les contraintes budgétaires n’ont pas permis de conduire les assistances alimentaires au bénéfice des populations dont la majorité ont des déficits de protection des moyens d’existence. Ils font face à une insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC). 


    Calendrier saisonnier pour une année typique
    calendrier saisonnier

    Source: FEWS NET

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de février à septembre 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    • Situation sociopolitique : Après la levée des sanctions et de l’ouverture des frontières, les négociations avec les autorités du Niger vont se focaliser sur l’annulation de la décision du retrait de la CEDEAO et vont se poursuivre pendant toute la période du scénario 
    • Situation macroéconomique La levée des gels des avoirs de l’Etat et de la reprise des transactions bancaires permettront une amélioration des liquidités financières ainsi des investissements publics dans les secteurs sociaux et économiques. L’inflation qui a entamé une tendance à la baisse depuis trois mois pourrait se stabiliser à ce niveau élevé. La croissance économique en 2024 pourrait dépasser le 5,3 pour cent prévue par le FMI eu égard à la levée des sanctions de la CEDEAO et si la production et les exportations de pétrole démarrent à grande échelle.
    • Situation sécuritaire : Dans l’ensemble, l’activité des groupes armés terroristes devrait refléter les tendances saisonnières passées, les attaques augmentant jusqu’au pic de la saison des pluies de 2024, suivies d’une diminution relative en raison des contraintes croissantes dans les mouvements associés aux inondations. Dans les régions de Tillabéri et de Tahoua, les attaques de l’EI Sahel et du JNIM pourraient continuer durant toute la période du scénario. L’EI Sahel étant susceptible de tirer parti d’un éventuel affaiblissement du dispositif sécuritaire de l’État en termes de renseignement et de surveillance. Dans la région de Diffa, la violence devrait se poursuivre aux niveaux actuels jusqu’en septembre 2024, avec des attaques de Jamaatu Ahli is-Sunnah lid-Dawati wal-Jihad (JAS) et de la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (ISWAP) sur une base sporadique dans les départements de Diffa et Bosso. Toutefois, les niveaux de violence devraient rester nettement inférieurs à ceux observés en 2019-2020. Dans la région de Maradi, les incidents de sécurité impliquant des bandits devraient se poursuivre à des niveaux supérieurs aux niveaux observés de façon saisonnière. Après une augmentation observée, les incidents devraient augmenter mais conformément aux tendances saisonnières et en raison de l’augmentation des attaques de l’ISWAP dans les États voisins de Sokoto et de Kaduna, au Nigéria.
    • Déplacements de populations : La poursuite des attaques de militants dans les régions de Tillabéri, de Tahoua, Diffa et Maradi devrait entraîner des déplacements de population d’intensité égale à celle observée actuellement et à celle des années passées, tandis que les attaques au Mali, au Burkina Faso et au Nigéria voisins vont entraîner des flux continus de réfugiés au Niger.
    • Prévisions saisonnières des pluies sur la production agropastorale : Les précipitations saisonnières attendues seront moyennes à supérieures à la moyenne pour le Niger de juin à septembre 2024, ce qui rendra la production de mil, de sorgho et des cultures de rente ainsi que celles des pâturages globalement moyens dans le pays. Dans les régions de Tillabéry, Tahoua, Diffa et Maradi où les contraintes sécuritaires vont limiter l’accès aux champs de cultures et réduire les superficies exploitées, ces productions seront toutefois inférieures à la moyenne. Les disponibilités des produits alimentaires seront réduites sur les marchés et dans les ménages pendant la période de mars à septembre 2024 suite au déficit céréalier et aux perturbations des flux transfrontaliers. 
    • Les disponibilités fourragères et en eaux pour l’abreuvement des animaux seront réduites en mars jusqu’en juin/juillet à cause du déficit fourrager enregistré dans toute la zone pastorale ; la transhumance sera précoce à destination des zones plus fournies en pâturages et plus sécures. Mais la transhumance transfrontalière sera entravée par la fermeture des frontières avec le Bénin et le Nigéria et l’insécurité dans certaines zones pastorales du pays et cela va constituer une contrainte supplémentaire s’exerçant sur l’état d’embonpoint des animaux, leur valeur marchande et sur la production animale. La situation pastorale va s’améliorer en en juillet/août 2024 jusqu’en septembre 2024 à la faveur des impacts favorables de la saison des pluies qui va améliorer la disponibilité en pâturages et en eaux et la reprise d’un bon état d’embonpoint des animaux, de leur valeur marchande et de leurs produits laitiers. 
    • Cultures maraîchères et de décrue : Les disponibilités en eaux seront faibles pour les productions agricoles de saison sèche de laitue, de tomate, pastèque et de riz irrigués suite à une réduction de la recharge de la nappe phréatique et des eaux de surface consécutive au déficit pluviométrique. Les cultures maraîchères vont bénéficier de conditions hydriques inférieures à la moyenne et donc les productions attendues seront en dessous à la moyenne quinquennale. Toutefois, le programme de « Initiative Souveraineté Alimentaire par Intensification des Productions animales et des cultures irriguées » à travers lequel, il est prévu la mise en valeur de 299 778 hectares en petite irrigation pour une prévision de production de 7 648 056 tonnes toutes cultures horticoles confondues soit 1 340 439 tonnes en équivalent céréalier, va permettre d’optimiser la production des cultures maraichères. 
    • Achats institutionnels : La levée des sanctions effective depuis le 24 février 2024 va permettre de faire des achats sur les marchés sous-régionaux avec des coûts de revient réduits par rapport aux coûts actuels et vont permettre d’augmenter les volumes et les quantités des produits achetés avec des montants similaires aux montants actuels.
    • Main-d’œuvre, migration et transferts : Les activités de la main d’œuvre agricole telles que les semis et les travaux d’entretien se poursuivront pour les cultures pluviales et constituent des opportunités de gagner des revenus pour les ménages pauvres. Les conditions agro climatiques vont s’installer en juin et s’améliorer en juillet à septembre et offrir des opportunités d’emplois agricoles pour les ménages pauvres. Les conditions alimentaires qui seront à leur niveau pic de dégradation pendant cette période de juin jusqu’en septembre 2024 même si elle sera aussi marquée par une demande accrue de main d’œuvre agricole. L’activité saisonnière de la migration interne saisonnière vers les centres urbains du pays pour l’offre de main d’œuvre pour le gardiennage des maisons, les travaux domestiques et le petit commerce sera impactée par les perturbations des économies locales de certains pays de destination notamment le Nigéria. Cela pourrait se traduire par une baisse de la demande et des prix de la main d’œuvre des migrants saisonniers et des flux des transferts monétaires en provenance des pays de la sous-région notamment du Nigéria et de la Côte d’ivoire.
    • Flux et offre sur les marchés : Malgré la levée des sanctions et la réouverture des frontières du Nigéria et du Bénin, les flux internes vont continuer d’assurer l’approvisionnements en mil mais à un niveau relativement inférieur à la moyenne à cause de l’épuisement progressif des stocks commerçants. Les flux transfrontaliers du Burkina Faso et du Mali et à travers le corridor de Lomé et même ceux du Nigéria et du Bénin vont permettre d’approvisionner les marchés  mais à un niveau inférieur à la moyenne car malgré la levée des sanctions, les coûts de transactions seront élevés. Les capacités financières des commerçants importateurs ont été fortement réduites suite aux énormes pertes économiques occasionnées par le blocage des marchandises aux frontières avec le Bénin et le Nigéria. 
    • Demande du marché : Étant donné l’épuisement précoce des stocks consécutif au déficit céréalier, la demande va augmenter plus tôt que d'habitude, provoquant un recours plus rapide aux marchés. La demande additionnelle liée au Jeun de Ramadan va augmenter davantage cette demande de consommation. La demande excessive pour la reconstitution des stocks pour les interventions humanitaires va exercer une pression supplémentaire sur le commerce transfrontalier. 
    • Prix des produits alimentaires : Les niveaux de prix très élevés par rapport à la moyenne quinquennale vont se maintenir à cause des effets persistants des perturbations des circuits d’approvisionnements locaux et transfrontaliers et de la hausse de la demande. Les couts additionnels des transactions des produits alimentaires occasionnés par les contournements et les circuits informels seront transférés sur les prix à la consommation qui seront à un niveau jamais égalés durant les cinq dernières années.
    • Marchés et prix du bétail : Les marchés à bétail fonctionnent à un niveau inférieur par rapport à la moyenne à cause notamment de la fermeture des frontières avec le Nigéria (la principale destination de l’exportation du bétail), de la forte dépréciation du Naira et de l’insécurité sur les routes qui entravent la présence des commerçants exportateurs. Cette situation combinée à la perte d’embonpoint des animaux suite aux effets de la période de soudure va maintenir les prix des animaux significativement en dessous de la moyenne surtout ceux des gros ruminants consécutivement à la baisse de la demande à l’exportation. La situation des prix va connaître des améliorations en juin jusqu’en septembre à la faveur de la demande liée à la Tabaski et d’une éventuelle réouverture des frontières dont celles du Nigéria et du Bénin. 
    • Assistance alimentaire : Les assistances alimentaires du gouvernement seront planifiées et mises en œuvre grâce à la levée des sanctions économiques et financières et la réouverture des frontières du Nigéria et du Bénin qui vont permettre au gouvernement de bénéficier des aides budgétaires. Les stocks alimentaires et financiers des organisations humanitaires, notamment le PAM, seront reconstitués mais un niveau inférieur aux besoins d’assistance à cause des prix d’achats qui vont rester très élevés en raison des effets des sanctions antérieures. Les plans élaborés pour assister les populations en insécurité alimentaire dans les régions de Diffa et Maradi seront mis en œuvre tout en respectant les calendriers et les rations alimentaires pour couvrir les besoins en kilocalories de la majorité des populations ciblées. Dans les régions de Tillabéry et Tahoua, les contraintes sécuritaires vont persister et limiter l’accès aux zones et aux populations en insécurité alimentaire.
    • Situation nutritionnelle : la prévalence des maladies affectant la situation nutritionnelle des enfants va évoluer à la hausse pendant la saison des pluies et les maladies associées. Les admissions d’enfants malnutris dans les centres nutritionnels vont augmenter dans une tendance supérieure à la moyenne à cause des déficits alimentaires des ménages et de la baisse des activités de prévention consécutive à la perturbation dans la chaine d’approvisionnement en intrants nutritionnels.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Dans le pays et particulièrement dans les zones de moyens d’existence non affectées par les conflits et l’insécurité, les conditions de sécurité alimentaire seront marquées par l’épuisement des stocks, mais la disponibilité des produits et revenus liés aux cultures irriguées vont permettre un accès aux aliments. Toutefois, la hausse des denrées alimentaires en février-mai 2024 va limiter le pouvoir d’achat des produits des ménages pauvres. Les ménages pauvres en zones de moyens d’existence agricoles, agropastorales et pastorale vont disposer d’aliments pour couvrir leurs besoins alimentaires grâce à leurs revenus, mais ils ne seront toutefois pas suffisants pour faire des dépenses non alimentaires. Ces ménages seront en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC). De juin à septembre, les conditions alimentaires seront à leur pic de dégradation suite à l’épuisement total des stocks, tandis que les prix des denrées alimentaires seront également à leur sommet face à des revenus agricoles moyens. Dans le même temps, c’est la période pic des inondations qui va réduire les moyens d’existence des ménages. Cependant, les conditions seront atténuées en zones pastorales par une amélioration de l’embonpoint des animaux, de leur valeur marchande et de leur production laitière. Les ménages pauvres des zones agricoles et agropastorales seront en Stress (Phase 2 de l’IPC), mais 5 à 10 pour cent d'entre eux, notamment les sinistrés des inondations, seront en Crise (Phase 3 de l’IPC). Les ménages pauvres en zones pastorales vont évoluer globalement en Minimale (Phase 1 de l’IPC) grâce aux animaux et produits animaux qui vont permettre de disposer de bons termes d’échange animal/produits alimentaires. 

    Dans les zones de Tillabéry et Tahoua affectées par les conflits et l’insécurité : De février jusqu’en septembre 2024, les résultats de la sécurité alimentaire seront une insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) car la majorité des ménages pauvres auront des déficits alimentaires. Des changements significatifs dans les moyens d’existence se produiront suite au manque de stocks alimentaires et à l’absence ou à la faiblesse des revenus, limitant le pouvoir d’achat des produits de consommation. Leur consommation alimentaire se limitera à un repas par jour composé de produits céréaliers obtenus généralement par la mendicité. Ils recevront peu ou pas d’assistance alimentaire à cause des restrictions de présence d’acteurs humanitaires imposées par les mesures sécuritaires et les opérations militaires officielles maintenus dans les zones. Des groupes restreints de ces ménages pauvres représentant 5 à 10 pour cent et constitués par ceux impactés par les inondations seront en Urgence (Phase 4 de l’IPC). 

    Dans les zones de Diffa et Maradi affectées par les conflits et l’insécurité : De février à septembre 2024, la majorité des ménages pauvres n’auront pas de stocks alimentaires suffisants et leur pouvoir d’achat de produits alimentaires sera très faible face aux prix des denrées alimentaires qui seront au pic. Pour accéder aux aliments, ils ne vont pas recourir à des stratégies de crise grâce aux assistances alimentaires qui sont planifiées et financées. Les conditions sécuritaires vont permettre leurs mises en œuvre pour couvrir leurs besoins énergétiques et rester en situation de Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC).

    Évènements qui pourraient changer les scenarios

    Tableau 1
    Évènements possible au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus porbable 
    ZoneEvénementsImpact sur les conditions de la sécurité alimentaire
    NationaleBaisse significative des activités terroristes La réduction des activités terroristes entraînera un retour des personnes déplacées internes et reprise des activités de moyens d’existence dans les zones affectées par l’insécurité. S’ensuivront également la normalisation du fonctionnement des marchés et diminution progressive des prix suivront, ainsi que l’amélioration de l’accès aux zones et aux populations pour la distribution des assistances alimentaires. Il n’aura pas de populations en Urgence (Phase 4 de l’IPC) ; les populations en Crise (Phase 3 de l’IPC) vont diminuer et parmi elles beaucoup basculer en Phase 2 !
     La décision du retrait de la CEDEAO sera maintenue et ne sera pas annuléeL’Echec des négociations pour l’annulation de la décision du retrait de la CEDEAO entraîne des droits de douanes plus élevés sur les produits importés et fortes restrictions sur les échanges commerciaux. Le dysfonctionnement des flux et baisse significative de l’approvisionnement des marchés seront observées avec une flambée des prix. Il y aura un déficit d’accès aux aliments pour les ménages pauvres dont un nombre plus élevé sera en Crise (Phase 3 de l’IPC) et Urgence (Phase 4 de l’IPC) de juin à septembre.
    Installation tardive des pluies et mauvais déroulement de la saison Un retard des pluies provoquera une baisse consécutive de la production agricole et pastorale, et une diminution plus prononcée des stocks des ménages et des disponibilités sur les marchés. Une aggravation supplémentaire des approvisionnements des marchés et une forte baisse des disponibilités constitueraient un facteur additionnel pour l’augmentation des prix à la consommation des produits alimentaires. Une augmentation des populations en insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC). 

    Zone de préoccupation : Zone de moyens d'existence agropastorale (NE04) du département de Ouallam dans la région de Tillabéry (Figure 8)

    Figure 8

    Zone agropastorale NE04 de Ouallam
    Zone préoccupation Ouallam

    Source: FEWS NET

    Situation actuelle

    Situation sécuritaire : Le département de Ouallam fait face à une situation sécuritaire volatile et imprévisible dans l’ensemble des quatre communes du département de Ouallam, (Tondikwindi, Simiri, Ouallam et Dingazi). Ce qui continue d’entraîner des déplacements de populations touchant 10 597 personnes soit 1 421 ménages dans la zone selon la direction régionale de l’action humanitaire au 31 décembre 2023. La situation est encore marquée par des enlèvements et assassinats ciblant des civils et des militaires, le vol récurrent de bétail, le braquage et/ou incendie des véhicules, le sabotage des réseaux téléphoniques et la perception de la dîme forcée/zakat

    Disponibilité alimentaire : Les résultats provisoires de l’évaluation de la campagne agricole 2023 montrent un déficit de production de 32 928 tonnes de céréales contre 22 933 tonnes en 2022 pour un besoin annuel de 99 797 tonnes, soit seulement 67 pour cent des besoins de consommation humaine couverts contre 76 pour cent l’année passée. L’Effet conjugué de l’arrêt précoce de la saison des pluies et de la persistance de l’insécurité civile a réduit de 15 à 30 pour cent les superficies emblavées/récoltées. Ainsi, les stocks céréaliers sont épuisés pour la majorité des ménages pauvres. Toutefois, dans le cadre de la campagne irriguée 2023/2024, 400 ha sont en cours d'aménagement et emploient 11 129 agriculteurs. L’apport des produits maraîchers dont les récoltes sont en cours vont contribuer dans la disponibilité et la diversité alimentaire des populations mais à un niveau inférieur à la moyenne car les productions des cultures maraîchères sont en baisse suite à la baisse des superficies consécutive due à l’insécurité.

    Marchés et prix des aliments : En décembre 2023, le niveau d’approvisionnement des marchés de la zone est en baisse de 30 à 50 pour cent pendant que la demande consommatrice et commerçante reste importante. Les données du Système d’Information sur les Marchés Agricole (SIMA), les prix des céréales ont augmenté depuis juillet 2023 à la suite du coup d’État couplé avec la hausse saisonnière de la période de soudure, puis ont légèrement diminué depuis octobre 2023 (Figure 9). Cependant, au mois de janvier 2024, les prix des céréales essentielles affichent des hausses respectives de 29, 17, 15 et 10 pour cent pour le riz importé, le maïs, le sorgho et le mil par rapport à la même période de l’année passée. Ils enregistrent aussi des hausses significatives de 32 pour cent pour le maïs et le riz importé chacun, 25 pour cent pour le sorgho et 21 pour cent pour le mil par rapport à la moyenne quinquennale. La fermeture des frontières du Bénin et du Nigéria et la persistance de l'insécurité sur les routes commerciales ont provoqué une baisse de production et la perturbation des flux d'approvisionnement, entraînant la baisse continue des stocks de report dans la zone. Cette situation limite l’accès aux produits alimentaires notamment pour les ménages pauvres et les déplacées.

    Figure 9

    Evolution des prix des céréales de base (XAF/kg)
    Évolution des prix des céréales

    Source: SIMA

    Les sources de revenus : Le contexte sécuritaire est très volatile dans le département. Ce qui limite les opportunités d’emploi saisonnier engendrant ainsi des baisses de 30 à 40 pour cent des revenus tirés par les ménages pauvres et déplacés dans la zone par rapport à la normale. Les ménages pauvres tirent leurs revenus essentiellement des travaux des préparatifs des champs de culture, la vente de paille et de bois, du petit commerce et la vente des produits de cueillette. Les revenus issus de ces activités ont baissé de 20 à 40 pour cent par rapport à la moyenne du fait de l’augmentation du nombre des personnes qui s’adonnent à ces activités, consécutive à l’afflux continu de déplacés pratiquant les mêmes activités dans la zone. En outre, selon des données issues de l’enquête rapide, les transferts des exodants ont aussi baissé de 20 à 50 pour cent à cause de la conjoncture économique tant au niveau local que dans les pays d’accueil comme le Nigéria et le Ghana.

    Disponibilité et accessibilité aux pâturages : Les résultats provisoires de la campagne pastorale 2023 du département indiquent un disponible fourrager de 379 804 tonnes de matière sèche (TMS) pour un besoin annuel de 762 484 TMS (49,81 pour cent) soit un déficit de 382 680 TMS. Cette situation se traduit par une insuffisance des ressources fourragères dans la zone et l’insécurité civile dans le Liptako-Gourma combinée aux restrictions sur les transhumances extraterritoriales en vigueur au Bénin, limitent le mouvement des animaux et l’accès des troupeaux aux zones de repli. Ce qui entraîne une concentration des animaux dans les zones les plus sécures et une dégradation précoce des ressources pastorales et une perte d’embonpoint des animaux.

    Commerce du bétail : La commercialisation des animaux est globalement timide dans le département du fait de la diminution de 70 à 90 pour cent de la fréquentation du marché par les acteurs étrangers, notamment nigérians et malien. Ceci est lié à la persistance de l’insécurité civile sur les axes routiers, à la poursuite de la dépréciation du Naïra (NGN) et à la fermeture de la frontière du Nigéria. Le niveau de prix actuel du bouc affiche aussi des baisses significatives respectives de 22 et 13 pour cent par rapport à la même période de l’année passée et à la moyenne des cinq dernières années. En plus, les termes de l’échange bouc/mil sont également en baisse de 28 et 24 pour cent par rapport à janvier 2023 et à la moyenne quinquennale respectivement (Figure 10). Ainsi, ils sont estimés à seulement 107 kg de mil pour un bouc adulte en janvier 2024 contre 148 kg en janvier 2023. La moyenne quinquennale est de 142 kg. La baisse est due à la hausse atypique des prix des céréales consécutive à la persistance de l’insécurité civile sur les corridors de ravitaillement et à la fermeture de frontières du Bénin et du Nigéria suite aux sanctions de la CEDEAO. 

    Situation nutritionnelle : La situation nutritionnelle à travers les admissions des enfants de moins de cinq ans dans les formations sanitaires indique une augmentation atypique en mai et août 2023 par rapport au niveau de 2022 à cause de la faible diversité alimentaire consécutive à la hausse atypique des prix des denrées alimentaires et au blocage des intrants thérapeutique suite au coup d’Etat du 26 juillet 2023 (Figure 11). 

    Figure 10

    Evolution des termes de l’échange bouc-mil à Ouallam
    Évolution des termes de l'échange

    Source: FEWS NET

    Assistance alimentaire : Selon, la situation globale de la direction régionale de l’action humanitaire, à la date du 31 décembre 2023 le département compte actuellement 10 597 déplacés internes soit 1 421 ménages contre 10 576 personnes en janvier 2023 soit 1 417 ménages. Cependant, les opérations d’assistance alimentaire sont en baisse dans le département du fait de la baisse des financements depuis 2023 et exacerbée par leur suspension par la plupart des partenaires depuis le coup d’Etat militaire du 26 juillet 2023. Actuellement, ce sont des cash Transfer de 27 000 FCFA/personne/mois ou 45 000 FCFA/ménage/mois pendant trois mois et des cash for work de 2 300 FCFA/personne/jour pendant 45 jours qui sont en cours dans la zone ; les populations bénéficiaires sont estimées à moins de 20 pour cent des ménages de la population totale de la zone. 

    Figure 11

    Nombre des cas d’admissions en 2022 et 2023
    Nombre des cas des enfants malnutris admis pour traitement

    Source: Direction de la nutrition

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de février à septembre 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    • La disponibilité moyenne en eaux va occasionner un déroulement normal des cultures irriguées.
    • La saison des pluies sera normale tant dans son installation que son déroulement.
    • L’insécurité va persister à un niveau similaire à celui de l’année dernière et de la moyenne du fait de poursuite des attaques des groupes armés en dépit de l’intensification des opérations militaires dans les États du Sahel.
    • Les conflits vont se poursuivre et provoquer des abandons de champs de culture et donc des baisses superficies emblavées et une réduction des récoltes d’au moins 10 pour cent des superficies emblavées.
    • La persistance de l’insécurité civile va entrainer une réduction des revenus issus des activités génératrices de revenu comme petit commerce, la vente de bois/paille, des travaux de contre-saison et la demande de la main d'œuvre agricole locale. Ainsi, les revenus générés seront inférieurs à la moyenne quinquennale.
    • Le déficit de production fourragères de plus de la moitié des besoins et la persistance de l’insécurité civile qui limite l’accessibilité aux ressources pastorales dans plusieurs localités de la zone (notamment au Nord), vont entraîner un épuisement précoce et une soudure pastorale prolongée dans la zone. En plus, le déficit fourrager va entraîner une dégradation de l’état d’embonpoint du bétail et des déstockages stratégiques par les éleveurs et une baisse de la demande et des prix des animaux dans la zone.
    • Les faibles niveaux de la production locale combinées aux perturbations des flux commerciaux consécutives à la persistance de l’insécurité civile et la fermeture des frontières du Bénin et du Nigéria vont entraîner un faible approvisionnement des marchés de la zone et des niveaux de prix largement supérieurs à la moyenne.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    De février à mai 2024 : Les stocks alimentaires des ménages pauvres qui ne couvrent que 3-4 mois sont épuisés. En plus les opportunités d’emplois agricoles sont faibles du fait de la baisse de la demande pour le défrichage des champs et sur les sites maraîchers. Les revenus journaliers tirés par les ménages pauvres et déplacés sont aussi en dessous de la moyenne du fait de la forte offre consécutive à la concurrence. Les niveaux de prix très élevés des produits ne leur permettent pas d’acheter des quantités suffisantes sur les marchés pour couvrir leurs besoins alimentaires. Les récoltes des cultures de contre-saison restent également faibles à cause de la diminution des superficies mises en valeur et contribuent légèrement dans la consommation et la diversité alimentaire des ménages pauvres et déplacées. Ainsi, ils ne consomment que deux repas par jours (contre trois habituellement) et dont les apports caloriques sont inférieurs aux besoins énergétiques de 2 100 kcal par jour. Les risques sécuritaires entravent encore l’accès aux populations pour la distribution des assistances alimentaires. Les ménages pauvres vont continuer de faire face à un déficit alimentaire avec l’utilisation de stratégies d’adaptations négatives et seront en insécurité alimentaire aigüe de Crise (Phase 3 de l’IPC). 

    De juin à septembre 2024 : Les stocks des ménages pauvres ne seront plus disponibles et le recours aux marchés sera la source des aliments. Avec la persistance de l’insécurité civile dans la zone, les superficies emblavées vont continuer de diminuer et vont entraîner une baisse de la demande et des prix de la main d’œuvre agricole. Les ventes des produits forestiers non ligneux ainsi que la migration seront aussi des activités de moyens d’existence de cette période, mais l’insécurité qui va empêcher l’accès aux zones rurales va entraîner une diminution des revenus gagnés. Les ménages pauvres auront des déficits alimentaires qui ne seront pas comblés et ils resteront en insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC). 


    Résultats les plus probables en matière de sécurité alimentaire et zones bénéficiant de niveaux significatifs d’aide humanitaire

    Citation recommandée: FEWS NET. Niger Perspectives sur la sécurité alimentaire Février - Septembre 2024: La hausse soutenue des prix entraîne un accès difficile aux denrées alimentaires pour les ménages pauvres, 2024.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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