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L’accès alimentaire est réduit suite à l’insécurité et la hausse des prix des denrées alimentaires

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Niger
  • Février 2023
L’accès alimentaire est réduit suite à l’insécurité et la hausse des prix des denrées alimentaires

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  • Messages clé
  • CONTEXTE NATIONAL
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    • L’insécurité alimentaire Crise (Phase 3 de l’IPC) persiste dans les zones pastorale, agropastorale et agricole de Tillabéry et Tahoua où les opportunités d’accès aux revenus sont réduites et la majorité des ménages ont épuisé leurs stocks et n’ont pas accès aux assistances alimentaires suite aux perpétuelles attaques terroristes dans ces zones. Une situation similaire est observée dans la région de Diffa et dans le Sud-ouest de la région de Maradi où les ménages pauvres sont en Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC) grâce à la sécurité sur les voies d’accès qui permet de distribuer l’assistance alimentaire aux populations. 

    • Les récoltes en céréales en 2022 estimées globalement à 5.8 millions de tonnes, soit près de 66 pour cent de plus que celle de 2021 et d’environ 10 pour cent par rapport à la moyenne des 5 dernières années améliorent les disponibilités alimentaires. A cela s’ajoutent les récoltes en cours des cultures de contre saison, qui permettent non seulement un accès alimentaire adéquat à travers le pays, mais aussi offrent des opportunités de main d'œuvre agricole aux ménages pauvres pendant ce mois de février 2023. Toutefois, le niveau actuel des stocks de céréales des ménages est bas, suite aux remboursements des dettes contractées pour faire face aux énormes besoins alimentaires de l’année dernière.

    • Dans la zone pastorale, la production fourragère est plus élevée de 19 pour cent par rapport à celle de 2021 et moins que la moyenne quinquennale de 5 pour cent. La disponibilité fourragère est déficitaire de plus de 40 pour cent par rapport aux besoins en aliments du bétail, conduisant ainsi à un amenuisement précoce des disponibilités de pâturages et une descente anticipée en janvier 2023 des troupeaux dans la zone agricole du sud du pays pour profiter de la bonne disponibilité des résidus des cultures et des points d’eaux pour l’abreuvement. L’état d’embonpoint des animaux est encore globalement moyen et les revenus des ventes d’animaux, y compris des petits ruminants permettent aux ménages pauvres d’acheter des quantités de nourriture plus importantes que la moyenne.

    • Les marchés sont bien approvisionnés en denrées alimentaires de base avec des offres locales qui dominent les flux pour le mil et les produits de rente. Les flux en provenance des pays voisins (Bénin, Nigeria et Burkina Faso) dominent pour le maïs et le sorgho, mais ceux du Burkina Faso, du Mali et du Nigéria sont irréguliers à cause du maintien des restrictions des sorties des céréales en vigueur au Burkina Faso et des effets des changements des billets de la Naira au Nigéria. Les prix à la consommation maintiennent la tendance à la hausse par rapport à l’année passée et davantage par rapport à la moyenne quinquennale.


    CONTEXTE NATIONAL

    Situation actuelle

    La situation agricole et pastorale: la production céréalière nationale (mil, sorgho, maïs, fonio et riz) est de 5 794 258 tonnes selon le rapport d’évaluation préliminaire des récoltes et résultats provisoires de la campagne agricole d’hivernage 2022 publiés par la direction des statistiques du ministère de l’agriculture. Cette production agricole est globalement en hausse de près de 66 pour cent par rapport à celle de 2021 et d’environ 10 pour cent rapport à la moyenne des 5 dernières années (Figure 1). La production est aussi bonne pour les cultures de rente (le niébé, l’arachide, le souchet, le sésame et le voandzou). La production   du niébé était supérieure à celle de l’année dernière et à la moyenne des 5 dernières de 68 et 29 pour cent respectivement. Toutefois, la disponibilité céréalière est déficitaire de 252 021 tonnes comparé aux besoins de consommation humaine en céréales (mil, sorgho, maïs, fonio, riz et blé), à cause des fortes baisses de production enregistrées pour le riz et le blé. Le bilan céréalier brut prévisionnel est déficitaire dans les régions d’Agadez, Diffa, Niamey, Tahoua et Tillabéry et excédentaire dans les régions de Dosso, Maradi et Zinder qui sont les principales zones agricoles du pays.  

    A la faveur du bon niveau de recharge de la nappe phréatique et des appuis en intrants du gouvernement et de ses partenaires, la campagne agricole de cultures irriguées se poursuit normalement avec les travaux de repiquage et d’entretien pour le riz irrigué et même de récoltes pour les légumes (les pastèques, laitue, carottes, tomate, les pommes de terre, etc.). Ces activités agricoles offrent d’énormes opportunités pour la diversification de la consommation alimentaire et l’accès aux revenus à travers la vente des produits maraichers et de la main d’œuvre agricole.

    Sur le plan pastoral, d’après la note de synthèse sur les résultats globaux de l’évaluation de la campagne pastorale 2022/23 de la direction du suivi des ressources pastorales, de l’alimentation et de la gestion des risques du ministère de l’élevage, le disponible fourrager national en 2022 s’élève à 21 441 980 tonnes de matières sèches contre 18 053 297 tonnes de matières sèches en 2021, soit une augmentation d’environ 19 pour cent et une baisse de 5 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale (Figure 2). Toutefois, le bilan fourrager global fait ressortir un déficit fourrager de 12 431 807 tonnes de matières sèches représentant 36,70 pour cent des besoins fourragers du cheptel du pays. Les plus fortes proportions de déficits fourragers sont enregistrées dans les régions de Tillabéry (plus de 50 pour cent de déficit) et Tahoua, Diffa et Agadez (plus de 40 pour cent de déficit). Malgré ce déficit fourrager, l’état d’embonpoint des animaux est globalement moyen à la faveur d’un accroissement de l’utilisation des résidus des récoltes, de la paille de brousse et les compléments alimentaires apportés pour couvrir les besoins fourragers des troupeaux, sauf dans les régions de Tillabéry et Tahoua où les effets combinés du déficit fourrager et de la limitation de la mobilité des troupeaux se traduisent par une détérioration de l’état physique des animaux.

    Les marchés et des prix: l’approvisionnement des marchés en céréales est régulier et l’offre des produits agricoles est en hausse progressive sur la plupart des marchés, du fait de la disponibilité des nouvelles récoltes. Cette offre est essentiellement locale pour le mil et les produits de rente car elle est assurée par les producteurs locaux qui alimentent 50- 70 pour cent de mil et 80-100 pour cent pour le niébé, l’arachide, le sésame et le voandzou. Les offres des autres céréales telles que le sorgho et le maïs sont assurées en grande partie par les importations du Nigéria et du Bénin. Elles sont inférieures à celles de l’année passée et de la moyenne en raison des baisses des flux sortants du Nigeria et de la dépréciation continue et des changements de billets de la Naira qui ont fortement perturbé les ventes et les achats de produits alimentaires en provenance de ces deux pays. A la faveur des productions agricoles moyennes, la demande locale des céréales est faible. Cependant, la demande institutionnelle est forte avec les achats massifs pour la reconstitution des stocks épuisés suite aux interventions d’atténuation de l’insécurité alimentaire aigue de l’année passée. La demande de bétail et de niébé est en dessous de la moyenne suite à une faible fréquentation des marchés par les exportateurs surtout ceux du Nigeria où la situation défavorable de la Naira n’incite pas le transfert de ces commodités vers ce pays. Les prix des denrées alimentaires notamment le mil, continuent leur évolution à la hausse, à un rythme moyen de 5 à 10 pour cent par rapport à 2021 mais dans une fourchette de 10 à 25 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale. Sur les marchés comme ceux de Tillabéry et Tahoua où l’insécurité a perturbé les circuits d’approvisionnement, la hausse des prix moyens varie entre 20 et 40 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale.

    Les moyens d’existence des ménages: Les cultures maraichères se poursuivent normalement avec les récoltes et les ventes de pastèque, melon, chou, laitue, carotte, tomate sur les marchés et dans les autres points de vente locaux. Actuellement, la rémunération de la main d'œuvre à 1 500 et 2 000 F par personne pour l'entretien des cultures est supérieure à la moyenne qui est de 1 000 à 1 500 FCFA. La vente de briques en terre cuite procure 75 à 100 FCFA l’unité contre 25 à 50 FCFA, en moyenne, la vente de lait entre 400 et 600 F par litre contre 250 à 400 FCFA en moyenne. Les autres sources de revenus telles que le petit commerce, l’artisanat, la vente de paille et de bois se poursuivent normalement et procurent des revenus comparables à la moyenne aux ménages. Cela leur permet de maintenir un accès adéquat aux aliments. Toutefois, les revenus tirés de l’exportation des animaux (Nigéria) et de la main d’œuvre migratoire (Nigéria et Lybie) sont inférieurs à la moyenne, dû respectivement au faible taux de la Naira et à la persistance des conflits civils limitant la migration et les activités de moyens d’existence. Cela limite le pouvoir d’achat des ménages dépendants de ces sources de revenus. 

    Les conflits et l’insécurité et déplacements de populations: la situation sécuritaire continue de se dégrader avec la présence et les incursions des groupes armés terroristes dans le pays et qui continuent de perpétrer des attaques sur les populations civiles et leurs biens. Selon les données publiées par ACLED, les incidents sécuritaires commis par les groupes terroristes ont atteint leur pic en 2022 avec 571 cas enregistrés contre 328 cas en 2021, 432 cas en 2020 et 270 cas en 2019 (Figure 3). Ces attaques terroristes entrainent des déplacements massifs et continus des personnes affectées. Selon la situation mise à jour en décembre 2022 par le Comité National de collecte de données IDP et validée par le ministère de l’action humanitaire, le Niger comptait 376 809 personnes déplacées internes (PDIs) en décembre 2022 contre 263 740 en décembre 2021, 298 458 en décembre 2020 et 191 902 IDPs en décembre 2019 (Figure 4). Les zones les plus touchées par les déplacements internes de personnes sont situées dans les régions de Tillabéry qui comptent 153 455 personnes déplacées internes, Diffa avec 149 816 personnes et Tahoua avec 49 446 personnes. En plus des déplacements forcés des populations et la perturbation des activités de moyens d’existence des ménages, l’insécurité limite l’accès humanitaire pour la distribution des aides alimentaires.

    L’assistance alimentaire : l’Etat et ses partenaires ont continué la mise en œuvre du plan national de réponse au bénéfice des populations dans le besoin sur la base de l’évaluation de la situation alimentaire et de la planification de 2022. Les assistances alimentaires de 40 000 FCFA ou 100 kg de mil, 10 litres d’huile et 5 kg de condiments ont été servis par mois et par ménage de 7 personnes et ont couvert 50 à 80 pour cent des besoins alimentaires d’au moins 50 pour cent des ménages dans les régions de Diffa et de Maradi. Compte tenu de l’insécurité qui rend la majorité des zones des régions de Tillabéry et Tahoua difficiles d’accès, les assistances alimentaires estimées à 100 kg de céréales par ménage et par mois atteignent moins de 15 pour cent de la population.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    Les bonnes récoltes de la campagne 2022/23 ont permis aux ménages de disposer de stocks permettant une consommation alimentaire acceptable. Toutefois, compte tenu de la baisse de la production agricole de 2021, les stocks alimentaires sont épuisés pour les ménages pauvres, et comme conséquence, ils font recours aux marchés pour leur approvisionnement en nourriture. Les prix sur les marchés sont très élevés et les revenus des emplois agricoles locaux diminuent suite à la baisse des prix journaliers consécutive à la présence des personnes déplacées qui fait augmenter l’offre de la main d’œuvre agricole par rapport à la demande. De ce fait l’accès alimentaire est réduit pour les ménages pauvres mais avec les assistances alimentaires, soit 100 kg de céréales et 5 à 10 kg de sel et légumineuses reçues par mois et par ménage, les ménages pauvres dans les régions de Diffa et Maradi restent en Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC). Ce qui n’est pas le cas dans les régions de Tillabéry et Tahoua où les incidents sécuritaires récurrents empêchent l’accès aux zones et les distributions des rations alimentaires ne parviennent qu’à moins de 20 pour cent des ménages pauvres qui continuent de faire face à une insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de février à septembre 2023 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    Perspectives sur les prévisions saisonnières des pluies : selon les premiers résultats publiés par les centres de prévisions agro climatiques saisonnières des pluies notamment la NASA, la NOAA, l’USGS et le Climate Hazards Center des précipitations moyennes à supérieures à la moyenne sont prévues sur le Sahel de juin à septembre 2023.

    La situation sécuritaire : Les attaques de l’EI Sahel et du JNIM dans les régions de Tillabéri et de Tahoua devraient se poursuivre aux niveaux actuels jusqu’en juin 2023, avec un nombre plus élevé d’incidents de sécurité signalés et globalement moins de décès par rapport aux années précédentes. Les activités terroristes pourraient suivre les tendances saisonnières passées avec des attaques augmentant jusqu’au milieu de la saison des pluies 2023 suivie d’une diminution relative en raison des contraintes croissantes dans les mouvements dues aux eaux des pluies rendant impraticables les routes. Les déplacements internes de population augmenteront probablement en raison de l’augmentation des attaques.

    Les cultures maraichères et de décrue : Grace à une pluviométrie globalement au-dessus de la moyenne enregistrée en 2022, qui a favorisée un bon niveau de remplissage des principaux cours d’eau permanents et temporaires du pays, et aux appuis de l’Etat et de ses partenaires, la production des cultures de contre saison se déroule normalement avec de bonnes perspectives de récoltes. Toutefois, les niveaux élevés des prix des intrants agricoles dont l’engrais (au-dessus de la moyenne quinquennale), et les difficultés d’accès à des sites de production consécutives à l’insécurité, ont entrainé une chute des superficies mises en valeur par rapport à la moyenne 2018-2022. Les productions maraichères attendues vont continuer de bénéficier d’une bonne disponibilité en eaux mais les difficultés d’accès à certains sites de production et la faible utilisation de l’engrais vont conduire à des résultats inférieurs à la moyenne surtout pour la culture irriguée de riz utilisant normalement 150 à 200 kg d’engrais à l’hectare pour donner en moyenne 5 à 7 tonnes de riz paddy à l’hectare.   Ainsi, le prix de l’engrais 2 à 3 fois supérieur au prix moyen pourrait conduire à un apport en engrais 50 à 75 pour cent inférieur à la moyenne et à un rendement de 2 à 4 tonnes par hectare.

    La production pastorale, la transhumance et l’embonpoint du bétail : Le bilan pluviométrique n’a pas été favorable dans la zone pastorale et la production fourragère est inférieure à la moyenne pour plusieurs années consécutives. La rareté du pâturage à partir de mars 2023 au lieu de mai sera exacerbée par les feux de brousse aggravant la pénurie alimentaire pour les animaux en avril-mai-juin 2023 et forçant le bétail à descendre précocement en janvier/février dans la zone agricole. L’embonpoint des animaux va se détériorer davantage au cours de la soudure pastorale jusqu’en fin juin. Toutefois, à partir de juillet, avec les apports des pluies utiles, la situation pastorale pourrait s’améliorer avec la repousse de la végétation naturelle. Cela favoriserait le déplacement normal des transhumants des zones du sud vers leurs terroirs habituels. La production de lait pourrait ainsi reprendre et renforcer l’alimentation et les revenus des ménages éleveurs et aussi améliorer les conditions nutritionnelles des enfants de juillet à septembre 2023.

    Les achats institutionnels : La reconstitution des stocks par les institutions et les structures étatiques sont en cours et vont continuer jusqu’en mars 2023 pour des quantités au-dessus de la moyenne à cause des besoins accrus d’intervention humanitaire. Les mesures de restrictions des exportations des céréales en vigueur dans certains pays voisins, dont le Burkina Faso, le Mali ne vont pas permettre de reconstituer les stocks à leur niveau optimal car se faisant par appels d’offres internationaux. Les politiques monétaires au Nigéria notamment le changement de la Naira ont pour conséquence une baisse de la demande et des achats de céréales sur les marchés du Nigéria car les commerçants céréaliers rejetant l’ancienne Naira et le CFA pendant que le volume de la nouvelle Naira en circulation n’est pas encore suffisant. Cela va constituer une entrave pour les achats et les importations pour les commerçants du Niger. Dans tous les cas cette reconstitution va mettre la pression sur les marchés et stocks locaux et va exacerber la hausse des prix au-dessus des moyennes saisonnières entre février et septembre 2023.

    La main d’œuvre, la migration et les transferts : Les offres d’emplois de la main d’œuvre sont constituées par des travaux d’entretien des cultures maraichères et de préparation des champs de cultures pluviales. Ces offres sont supérieures à la demande d’emplois saisonniers. Cette baisse de la demande est consécutive à la réduction des superficies emblavées pour les cultures maraichères due au faible accès à l’engrais et aux sites de production.  Cela ne permettra pas aux ménages pauvres de gagner des revenus moyens grâce à la main d’œuvre.  Les opportunités d’auto-emplois locaux existent et concernent la vente de paille et de bois de chauffe qui procurent des revenus supérieurs à la moyenne grâce à la forte demande en cours. En mai-juin jusqu’en septembre, les activités agricoles de semis, labour et entretien des cultures pluviales vont constituer les principales sources d’emplois agricoles saisonniers pour les ménages pauvres. Une probable installation normale de la prochaine saison agricole va occasionner une demande normale de la main d’œuvre pour les besoins des différentes opérations agricoles. Le prix de la main d’œuvre journalière restera au moins moyen.

    La migration vers les pays habituels de destination dont le Nigéria et la Côte d’Ivoire est en cours. Après des entraves constituées par l’épidémie de la COVID-19 et ses mesures restrictives, et l’insécurité qui ont réduit les choix de destination, les améliorations constatées dans la situation sanitaire permettent de ramener la migration à ses tendances habituelle en termes de nombre de départs et la durée de séjour.

    Flux transfrontaliers des produits céréaliers : Suite aux mesures restrictives à l’exportation imposées et les baisses des productions et des disponibilités céréalières dans les pays sources (Nigéria, Burkina Faso, Mali), les conflits locaux et internationaux, et à la perturbation de la Naira du Nigéria, les flux transfrontaliers sont faibles par rapport à la moyenne et vont persister en dessous des tendances normales pour les céréales locales. 

    Offre : L’offre des céréales sèches sur les marchés ruraux et urbains est suffisante pour la demande même si elle n’atteint pas le niveau moyen à cause du faible niveau des stocks de report et des flux transfrontaliers. Cette offre va baisser entre février et septembre 2023 avec l’épuisement progressif des ventes des producteurs sur les marchés et les difficultés qui seront observées dans la chaine d’approvisionnement en lien avec les restrictions d’exportation des denrées prises par certains gouvernements de la sous-région. Les offres sur les marchés risquent de connaitre des baisses significatives voire des pénuries sur des marchés des zones touchées par les conflits et l’insécurité. 

    Demande de denrées alimentaires : À la faveur de la bonne production agricole locale, la demande locale est globalement similaire à la moyenne mais va augmenter progressivement à partir de février-mars due à la poursuite des achats institutionnels et le recours aux marchés par les ménages pauvres et structurellement déficitaires jusqu’en septembre 2023. Le pic de la demande sera plus précoce avec la période de Ramadan en mars-avril 2023 et plus longue avec la soudure en juillet-septembre 2023. Suite à la persistance des conflits et des déplacements de populations qui font augmenter les besoins humanitaires, il est attendu une hausse des quantités demandées au-delà de la moyenne quinquennale pour les besoins d’assistance alimentaire.

    Prix des produits alimentaires : Les prix sont plus élevés que la moyenne quinquennale pour tous les produits alimentaires mais beaucoup plus pour les denrées importées et ils vont garder une tendance haussière au-dessus de la moyenne de février à septembre 2023 à cause du faible niveau des stocks de report. Les pics des prix seront observés en juillet-septembre 2023 et davantage sur les marchés situés dans les zones en conflits à cause des approvisionnements qui seront inférieurs à la moyenne.

    Marchés et prix du bétail : Les prix du bétail sont globalement stables par rapport à la moyenne quinquennale. Ils vont évoluer à la hausse à partir de mars jusqu’en juin 2023 à la faveur de l’augmentation de la demande liée aux événements religieux notamment le Ramadan en mars-avril et la Tabaski en juin. La demande à l’exportation vers le Nigeria (plus grande destination) va diminuer dues à la dépréciation du Naira par rapport au CFA mais la demande locale sera soutenue et va maintenir les prix à un niveau moyen à supérieur à la moyenne. Les termes de l’échange bouc/mil sont aussi globalement en faveur des éleveurs et estimés en décembre 2022 à 130 Kg de mil pour un bouc de plus un an contre 121 kg en décembre 2021 et 131 kg en moyenne. A partir de juillet, les prix vont augmenter pour atteindre et même dépasser le niveau moyen à la faveur des demandes pour les sacrifices religieux de la Tabaski et de l’amélioration de l’état physique des animaux avec la disponibilité des pâturages qui seront reconstitués consécutivement à l’installation et au déroulement de la saison des pluies.

    Les interventions humanitaires : L’Etat et ses partenaires ont élaboré un plan national de réponse (PNR) avec un peu plus de 267 milliards de CFA et une cible de 2. 044 millions de personnes en février-mai et une cible de 2. 872 millions de personnes en juin-septembre 2023. Ce plan sera financé conjointement par le Gouvernement et les partenaires humanitaires dont le PAM et sera mis en œuvre pour apporter des assistances alimentaires en nature et en cash suffisantes pour couvrir les besoins alimentaires des ménages en insécurité alimentaire estimés à 2 100 Kcal par personne et par jour. Toutefois, les fréquences des assistances alimentaires, les quantités distribuées et les proportions des ménages seront significativement réduites dans les régions de Tillabéry et Tahoua où l’insécurité civile va limiter l’accès aux zones. 

    La situation nutritionnelle : les admissions au niveau des centres de prise en charge de la malnutrition aigüe dans le pays, sont en baisse par rapport à 2021 avec 191 079 cas admis en décembre 2022 contre 217 417 cas admis en décembre 2021 selon la direction de la nutrition. Cette baisse pourrait s’expliquer par l’amélioration des conditions alimentaires des ménages et des enfants malgré les maladies saisonnières affectant l’état sanitaire des enfants et la présence des personnes déplacées avec leurs enfants dans ou au tour des centres urbains constituant un poids supplémentaire pour les services de santé et les communautés hôtes. Les risques de maladies d’origine hydrique entre juillet et septembre 2023, l’épuisement des disponibilités alimentaire des ménages à cause de la période de soudure et la dégradation du contexte sécuritaire sont entre autres des facteurs qui vont probablement contribuer davantage à la détérioration de l’état nutritionnel et à l’admissions des niveaux élevés de cas de malnutris chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes allaitantes. 

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    En février-mai 2023, les stocks céréaliers et de fourrages vont s’épuiser et les marchés seul sources d’approvisionnements vont pratiquer des prix très élevés par rapport à la moyenne quinquennale. Le pouvoir d’achat des ménages pauvres sera faible car les revenus des emplois agricoles sur les sites de cultures de contre saison et pour les préparations des champs de cultures pluviales ainsi que ceux des transferts des migrants ne seront pas suffisants pour faire face aux dépenses alimentaires et non alimentaires. Les animaux vont rentrer dans leur période de soudure mais à la faveur de la demande qui sera soutenue par les fêtes de Ramadan et de Tabaski, la valeur marchande sera au moins moyen avec pour corollaire une stabilité des revenus de la vente d’animaux et des produits d’élevages. Les attaques des groupes armés vont s’amplifier dans les régions de Tillabéry, Tahoua, Diffa et Maradi et vont continuer de perturber les activités de moyens d’existence tout en rendant inaccessibles certaines zones pour la distribution de l’aide alimentaire. L’insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 IPC) va dominer dans le pays. Dans les régions de Diffa et Maradi le niveau Stress ! (Phase 2 ! IPC) sera maintenu grâce aux assistances alimentaires dont 100 kg de céréales (mil ou sorgho) par ménage de 7 personnes et par mois. Ces assistances vont permettre de couvrir 82 pour cent des besoins alimentaires journaliers (estimés à 2100 Kcal par personne et jour) de plus de 80 pour cent des ménages pauvres déplacés de ces 2 régions. Les ménages pauvres seront, cependant, en Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les régions de Tillabéry et Tahoua où les assistances alimentaires ne seront pas suffisantes pour couvrir les besoins alimentaires des populations pauvres et déplacées.

    En juin-septembre 2023, en plus de l’absence de stocks céréaliers dans les ménages et des niveaux des prix des denrées alimentaires qui seront à leur pic, les moyens d’existence des ménages seront affectés par des inondations dans la majorité des zones de moyens d’existence. Aussi, l’insécurité va persister et perturber les activités de moyens d’existence, les marchés et les assistances alimentaires dans les zones affectées. Toutefois, l’accès aux zones de Diffa et Maradi est facilité par des mesures sécuritaires permettant la distribution de 100 kg de céréales, 10 kg de légumineuses et 5 kg de condiments (sel…) par mois et par ménage, ainsi les ménages pauvres resteront en Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC) dans ces deux régions.  Au contraire, l’insécurité civile va limiter l’accès aux zones dans les régions de Tillabéry et Tahoua où les distributions alimentaires ne peuvent pas atteindre plus de 15 pour cent des ménages pauvres dont la majorité va continuer de vivre une insécurité alimentaire en Crise (Phase 3 de l’IPC). En zone pastorale, la situation alimentaire va s’améliorer grâce à l’installation des pluies en juillet et la disponibilité des ressources pastorales qui vont favoriser un état d’embonpoint, la production laitière et la valeur marchande des animaux. L’insécurité alimentaire va s’améliorer en Minimale (Phase 1 de l’IPC) en juillet-septembre 2023.

    Évènements qui pourraient changer les scenarios

    Tableau 1. Événements possibles au cours des mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable.

    Zone

    Evénements

    Impact sur les conditions de la sécurité alimentaire

     

     

     

     

    National

    Augmentation excessive du prix des transports des marchandises à la suite d’une hausse des prix de tous les produits pétroliers.

    Cela va entrainer une hausse additionnelle de prix des produits de base, une réduction supplémentaire du pouvoir d’achats des ménages pauvres dont la majorité auront un accès limité aux aliments durant toute la période du scénario. Les couts élevés des transports vont entrainer une réduction des quantités achetées par le gouvernement pour reconstituer les stocks stratégiques dont le faible niveau va se traduire par une baisse de la couverture des assistances alimentaires publiques du gouvernement. Les ménages pauvres recevront moins d’assistances alimentaires alors qu’ils en dépendent fortement et donc feront face à une Crise (Phase 3 de l’IPC) et seront plus nombreux que prévu.

    Troubles sociopolitiques dans le pays et dans les pays voisins

    Les grèves et autres mouvements de revendication et de protestation des organisations de la société civile deviennent de plus en plus répétitifs et peuvent débouter sur des grèves de longue durée qui vont engager un plus grand nombre de structures de la société civile et troubler la quiétude sociale et politique. Les autorités vont mettre en œuvre de mesures sécuritaires (comme l’arrestation des dirigeants syndicaux, la coupure des avantages ou le prélèvement sur les salaires pour fait de grève…) qui vont entraver les mouvements des personnes et des biens et contribuer à la hausse des prix des produits de base avec pour conséquence une diminution de l’accès alimentaire des ménages pauvres. Ces mesures sécuritaires pourront évoluer vers la fermeture des frontières et perturber les flux des denrées alimentaires en provenance des pays voisins qui assurent l’approvisionnement des marchés et la reconstitution des stocks pour l’assistance alimentaire. Une insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) va dominer dans le pays avec les zones dépendantes des assistances humanitaires vont évoluer en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Perturbation des flux dans les pays de la sous-région ouest africaine

     

    L’insécurité civile, les nouvelles politiques monétaires au Nigéria notamment le changement des billets de la Naira, et les mesures de restrictions des sorties des produits alimentaires vont entraver les approvisionnements des marchés où l’offre sera insuffisante face à une demande de consommation qui va augmenter. Les prix vont se situer à des niveaux plus élevés que prévus et le pouvoir d’achat va se réduire ainsi que l’accès aux aliments pour la consommation alimentaire. Les ménages pauvres de toutes les zones seront en Crise (Phase 3 IPC).

    Extension géographique des conflits et de l’insécurité

    Il aura un durcissement des mesures sécuritaires et extension de l’état d’urgence qui est en vigueur depuis 2015 et qui est reconduit semestriellement, une amplification des mouvements de populations, une baisse des flux des denrées alimentaires et une hausse excessive des prix à la consommation. Les activités de moyens d’existence seront fortement perturbées et les assistances alimentaires vont fortement diminuer. Des proportions plus significatives de zones et de personnes seront en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Figures

    Figure 1

    Figure 1.

    Source: Direction des statistiques de l’agriculture

    Figure 2

    Figure 2.

    Source: Direction du suivi des ressources pastorales

    Figure 3

    Figure 3.

    Source: ACLED

    Figure 4

    Figure 4.

    Source: ACLED

    Figure 5

    Source: FEWS NET

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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