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La double crise sécuritaire et sociopolitique est à l’origine de l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) au Niger

  • Mise à jour sur la sécurité alimentaire
  • Niger
  • Décembre 2023
La double crise sécuritaire et sociopolitique est à l’origine de l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) au Niger

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  • Messages clé
  • Situation actuelle
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Suppositions mises à jour
  • Perspectives jusqu’à mai 2024
  • Messages clé
    • Dans les régions de l’extrême Est, à Diffa ; de l’extrême Ouest, à Tahoua et Tillabéry ; et du centre Sud à Maradi, au moins 20 pour cent des ménages constitués essentiellement des pauvres sont confrontés à des déficits alimentaires résultant des effets des chocs sécuritaires amplifiés par les incidences de la situation sociopolitique. En conséquence, ces régions continuent d’avoir le niveau d’insécurité alimentaire le plus élevé du pays, avec des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC).
    • La crise sécuritaire persiste et continue d’augmenter les déplacements internes des populations. La majorité des personnes déplacées internes se trouve dans les régions de Tillabéry, Tahoua, Diffa et Maradi où les incidents sécuritaires perpétrés par les groupes terroristes sont en hausse. En plus de provoquer les déplacements des populations, les activités des groupes terroristes affectent significativement les activités de moyens d’existence des populations, les échanges commerciaux, et les opportunités de gagner des revenus. Aussi, les interventions des acteurs humanitaires sont encore réduites suite aux opérations militaires qui s’intensifient pour lutter contre les groupes terroristes.
    • La situation sociopolitique a contribué à la dégradation de la situation alimentaire des ménages après l'imposition de sanctions économiques, financières et commerciales de la CEDEAO suite au coup d'État du 26 juillet 2023. Toutefois, les décisions prises lors de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement tenue à Abuja le 10 décembre 2023 comprennent aussi la reconnaissance du coup d’État et la fin du régime de Bazoum tout comme la désignation de trois Présidents pour conduire les négociations avec les nouvelles autorités du pays. 
    • Les produits de consommation sont présents sur les marchés mais à un niveau inférieur à la moyenne quinquennale suite aux multiples restrictions des flux internes et transfrontaliers consécutives à l’insécurité et aux mesures restrictives imposées par la CEDEAO. La demande sur les marchés pour la reconstitution des stocks est très forte par les éleveurs, les ménages en déficit de production agricole et les institutions. Cependant, les perturbations du marché engendrent des hausses des prix variant entre 25 et 40 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale pour toutes les céréales y compris les produits locaux (mil et sorgho). 

    Situation actuelle

    La situation sociopolitique : Depuis le coup d'État qui a renversé le régime de Bazoum Mohamed et les sanctions ultérieures prises le 30 juillet 2023 par la CEDEAO et l'UEMOA contre le Niger, la conférence des chefs d'État et de gouvernement tenue à Abuja (Nigéria) le 10 décembre 2023 a entérinée la fin du régime Bazoum. Les décisions prises incluent la désignation d’une délégation de trois Présidents pour mener la médiation avec les nouvelles autorités du Niger pour aboutir un plan de sortie de crise. Parmi les répercussions récentes, il y a la dénonciation d’autres accords de coopération avec la France et l’Union Européenne, ainsi qu'une visite du Président du CNSP au Mali et au Burkina Faso. Il y aura également des réunions des Ministères de l’économie et des finances et ceux des affaires étrangères pour discuter et convenir des contenus opérationnels de la Charte du Liptako Gourma, qui consacre l’Alliance des Etats du Sahel (AES) regroupant le Burkina Faso, Mali et le Niger. 

    La situation sécuritaire : La situation sécuritaire a évolué différemment selon les foyers de tension sécuritaire et selon les mois. Entre juin et août 2023, les données selon l’ACLED ne dégagent pas une tendance mais plutôt une évolution en dents de scie d’augmentations suivies de diminutions des cas d’incidents de sécurité. Depuis septembre 2023, les incidents de sécurité ont connu une tendance constante à la hausse, avec une augmentation de 24 pour cent en octobre par rapport à septembre et une augmentation de 54 pour cent en novembre par rapport à octobre 2023. Le nombre des incidents sécuritaires varie aussi suivant les zones géographiques (Figure 1). Dans les régions de Maradi et Diffa, où prévalent les activités de banditisme armé et de Boko Haram respectivement, les incidents sécuritaires ne dépassent pas 20 cas durant les six derniers mois. Les types d’incidents sécuritaires qui dominent de plus en plus dans ces régions sont les enlèvements pour demande de rançons. Dans les régions de Tillabéry et Tahoua, les activités terroristes dominantes sont celles du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans. De juin à novembre 2023, les cas d’incidents sécuritaires enregistrés sont plus faibles dans la région de Tahoua, ne dépassant pas 10 cas. Parallèlement, dans la région de Tillabéry, les incidents sécuritaires concernent des assassinats et des agressions physiques contre des civils, des extorsions de biens en nature, et des vols d'argent en espèce (des dizaines de millions de FCFA) et de centaines de têtes de gros et petits ruminants, atteignant jusqu’à 30 cas d’incidents sécuritaires jusqu’en novembre 2023 selon les données de ACLED. 

    Figure 1

    Incidents sécuritaires au Niger en 2023
    Nombre d'évènements de conflit

    Source: ACLED

    Les mouvements de populations : À la suite des incidents sécuritaires, les mouvements de populations continuent mais la tendance observée montre une stabilité des déplacements internes des populations car les incidents sécuritaires sont de plus en plus enregistrés dans les sites et villages d’accueil des déplacés internes. En novembre 2023, les estimations indiquent que 335 277 personnes restent dans le déplacement interne, soit le même nombre qu’aux mois d’octobre et septembre 2023. Les plus fortes proportions de personnes déplacées internes sont localisées dans les régions de Tillabéry (40 pour cent) et Diffa (31 pour cent) (UNHCR). 

    La situation agricole et disponibilité céréalière : Selon l’évaluation de la production céréalière prévisionnelle de la saison agricole 2023-2024 par la direction de la statistique de l’agriculture en novembre 2023, la production des principales céréales (mil, sorgho, maïs, riz, fonio) est estimée à 5 163 867 tonnes, soit une baisse de 13 pour cent et 2 pour cent respectivement par rapport à 2022 et à la moyenne de 2018-2022. Toutefois, avec la production nette disponible, les importations, les dons, les stocks paysans, les stocks commerçants, les stocks publics et ceux du PAM, les disponibilités céréalières se chiffrent à 5 561 311 tonnes, soit une un déficit de plus 100 000 tonnes par rapport aux besoins annuelles de consommation humaine. Les résultats de l’enquête sites sentinelle d’octobre 2023 sur la disponibilité alimentaire ont indiqué que même dans les zones sans conflit ni insécurité civile, près de 27 pour cent des ménages ne disposent que de stocks pour couvrir leurs besoins alimentaires jusqu’à 3 mois. Cependant, les récoltes continuent pour le riz irrigué, les pastèques, les choux et autres cultures de contre-saison ainsi que certains légumes (laitue, carottes, tomate, entre autres) dans les zones de production renforçant les disponibilités et aussi les possibilités de diversification des rations alimentaires et des revenus. A la faveur des appuis en matériels et intrants agricoles du gouvernement et de ses partenaires ainsi que la recharge de la nappe phréatique, la production de contre-saison sera au moins égale à la moyenne. 

    Les marchés et prix : Les marchés sont impactés par les facteurs locaux liés à la baisse de la production locale et son corollaire de baisse des offres locales et par les facteurs exogènes liés aux sanctions commerciales de la CEDEAO et leurs effets sur les flux transfrontaliers. Ainsi, une présence des produits alimentaires sur les marchés est observée grâce aux circuits internes mais aussi à la faveur d’importations commerciales à travers des nouveaux corridors sécurisés par des escortes militaires. Un exemple de circuit de substitutions aux corridors traditionnels fermés suite aux sanctions est la route Lomé-Togo via Burkina Faso. Le niveau des approvisionnements est certes inférieur à la normale mais arrive à satisfaire la demande qui est constituée des achats pour les reconstitutions des stocks des ménages éleveurs, agriculteurs déficitaires et des ONGs. Les prix moyens des produits céréaliers sont plus élevés pour les produits importés (maïs, par exemple) que pour les produits locaux (mil, par exemple), mais pour tous les produits, les prix moyens sont à des niveaux très élevés car dépassant de 20 à 40 pour cent celui de la moyenne quinquennale (Figures 2 et 3). 

    Figure 2

    Evolution du prix de maïs à Niamey
    Evolution de prix du maïs à Niamey

    Source: FEWS NET

    Figure 3

    Evolution du prix de mil à Guidam Roumdji
    evolution de prix du mil à Guidam Roumdji

    Source: FEWS NET

    Les actions d’assistances alimentaires : Les différents plans de réponses à l’insécurité alimentaire des ménages de l’année passée sont dans leur phase d’exécution. Le niveau d’exécution des plans de réponse est faible suite à la baisse du financement consécutive aux difficultés financières intervenues depuis juillet 2023 en lien avec les suspensions des aides budgétaires et au développement par les partenaires techniques et financiers. Ainsi, le gouvernement n’a pu mettre en œuvre son plan de réponse à l’insécurité alimentaire qu’à hauteur de 29 pour cent. Le bas niveau d’exécution des plans de réponse fait aussi suite aux restrictions des mobilités des personnes dans les zones des opérations militaires engagées par les nouvelles autorités pour lutter contre les activités terroristes. Suite à toutes ces difficultés, les rations alimentaires distribuées ont non seulement une faible couverture géographique mais aussi et surtout couvrent moins de 25 pour cent des besoins caloriques des ménages. 

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    En décembre 2023, les ménages pauvres et déplacés des régions de Tillabéry, de Tahoua Nord, de Diffa et Sud Maradi font face à une insécurité alimentaire en Crise (Phase 3 de l’IPC) car ils n’ont pas de stocks de produits alimentaires. Compte tenu des prix élevés des denrées alimentaires, leurs revenus sont insuffisants et ne permettent pas d’accéder aux quantités d’aliments pour couvrir les besoins énergétiques. Aussi, ils n’ont pas accès aux assistances alimentaires et humanitaires à cause des capacités d'intervention réduites du gouvernement et du PAM suite aux sanctions imposées et maintenues par la CEDEAO et les autres partenaires au développement après le coup d'État. En outre, les ménages pauvres localisés dans toutes les zones agricoles et agropastorales de Dosso, Zinder, Tahoua et Maradi affectées par les inondations sont aussi en Crise (Phase 3 de l’IPC) suite à la perte de leur production agricole et d’autres moyens d’existence. Également, les revenus de la main d’œuvre agricole sont faibles face aux prix élevés des produits de consommation. Dans le reste du pays, les disponibilités alimentaires sont faibles et les ménages pauvres ne sont pas en mesure d'assurer les dépenses autres que alimentaires et sont en Stress (Phase 2 de l’IPC). Les disponibilités de pâturage et de points d'eaux se sont améliorées dans la zone pastorale favorisant l'embonpoint et la valeur marchande des animaux et les termes de l'échange bétail/céréale. Par conséquent, ils font face à une insécurité alimentaire aiguë Minimale (Phase 1 de l'IPC).


    Calendrier saisonnier pour une année typique
    Calendrier saisonnier NE

    Source: FEWS NET


    Suppositions mises à jour

    Les hypothèses du rapport sur les perspectives de la sécurité alimentaire d’octobre 2023 à mai 2024 se maintiennent.


    Perspectives jusqu’à mai 2024

    De février à mai 2024, la période coïncide avec l’épuisement des stocks pour beaucoup plus de ménages et même sur les marchés les disponibilités seront faibles à cause des restrictions des flux transfrontaliers. La demande de consommation va conséquemment augmenter et pousser les prix à des niveaux très élevés. Avec la baisse de la production agricole, beaucoup plus de ménages vont s’engager dans la vente de main d’œuvre agricole sur les sites de cultures maraichères et les revenus journaliers gagnés seront inférieurs à la moyenne et ne vont pas permettre de satisfaire les besoins pour l’achat d’aliments sans s’engager dans des stratégies d’adaptation négatives. L’insécurité alimentaire aigüe de Crise (Phase 3 de l’IPC) va persister et qui sera observé dans les régions de Tillabéry, Tahoua, Diffa et Maradi. Aussi des ménages dans des proportions faibles mais plus importantes que celles de la première période (décembre 2023-janvier 2024) seront en Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans les zones de Tillabéry, Diffa, Maradi et Tahoua où les ménages pauvres déplacés dirigés par les femmes et constitués par des enfants à bas âges vont manquer de la nourriture et des revenus. Ils vont souffrir de déficits alimentaires et de protection des moyens d’existence même en utilisant des stratégies d’adaptation négatives. Dans le reste des zones de moyens d’existence agricoles, agropastorales, suite à l’épuisement des stocks alimentaires et aux prix élevés des produits de consommation, les ménages pauvres pourront acheter les quantités suffisantes de nourriture mais ne seront pas capables de faire d’autres dépenses non alimentaires, et seront en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC). Dans les zones pastorales, la réduction drastique des ressources fourragères entraînera un arrêt de la production laitière et une baisse significative des prix des animaux et des termes de l’échange avec pour corollaire un pouvoir d'achat considérablement limité en produits alimentaires. Cela empêchera la majorité des ménages de couvrir leurs besoins alimentaires, même en vendant plus d’animaux que d’habitude, et seront en Stress (Phase 2 de l’IPC). D’ailleurs il y’aura une minorité de ces ménages pauvres éleveurs qui seront en Crise (Phase 3 de l’IPC) car ne disposant pas d’assez d’animaux pour augmenter les ventes alors que les opportunités locales et externes de gagner les revenus seront faibles. 

    Citation recommandée: FEWS NET. Niger Mise à jour sur la sécurité alimentaire Décembre 2023: La double crise sécuritaire et sociopolitique est à l’origine de l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) au Niger, 2023.

    Cette mise à jour des perspectives sur la sécurité alimentaire présente une analyse des conditions actuelles d'insécurité alimentaire aiguë et de toute évolution de la dernière projection de FEWS NET concernant les résultats de l'insécurité alimentaire aiguë dans la géographie spécifiée au cours des six prochains mois. Pour en savoir plus sur le travail, cliquez ici.

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