Perspectives sur la sécurité alimentaire

L'insécurité alimentaire à Diffa est provoquée par l'insécurité civile dans le Nord-est du Nigeria

Janvier 2015 - Juin 2015
2015-Q1-1-1-NE-en

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • Avec moins de problèmes d’accessibilité aux céréales chez la majorité des ménages, la situation alimentaire, en janvier 2015 est meilleure à celle de 2014. Elle pourrait continuer à évoluer à un niveau d’insécurité alimentaire aiguë globalement Minimale (Phase 1 de l’IPC) dans la plus grande partie du pays en février-juin 2015.

  • L’insécurité alimentaire aiguë la plus préoccupante est observée dans la région de Diffa ou les ménages pauvres de la zone Nord seront en Crise (Phase 3 de l’IPC) à partir d’avril en raison de la diminution des revenus pastoraux et des prix élevés sur les marchés pour les céréales due à leur mauvais approvisionnement.

  • Aussi dans la région de Diffa, il y’a toujours des besoins d’assistance pour les populations de refugies et retournes fuyant l’insécurité du Nord-est Nigeria, dont le nombre est estimé entre 150 000 et 200 000. L’assistance actuellement disponible dans la Sud de la région de Diffa contribue à limiter l’insécurité alimentaire aiguë à Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC) jusqu’en juin 2015 dans la zone.

  • Au fur et à mesure que l’on s’approche de la période de soudure qui coïncide, cette année, avec l’épuisement précoce des stocks céréaliers et fourragers dans les zones affectées par les insuffisances pluviométriques, les difficultés alimentaires pourraient augmenter notamment à partir des mois de mai-juin suite aux prix des céréales plus élevés que les pouvoirs d’achat des ménages pauvres de ces zones agropastorales de Nord Tillabéri, pastorales de Nord Tahoua et agricoles/pastorales d’Est Zinder.

Contexte nationale

Situation actuelle

Les résultats officiels de la campagne agricole et agro-pastorale 2014/15 ne sont pas encore disponibles. Toutefois en observant les conditions agricoles pendant la saison hivernale, les notes des différentes missions d’évaluation, les appréciations des informateurs clés, l’évolution des marchés selon la tendance saisonnière normale et la pression typique de la demande, on pourrait s’attendre à des disponibilités céréalières généralement bonnes au niveau du pays. En zones agricole et agropastorale, plusieurs ménages s’approvisionnent en céréales grâce à leurs propres stocks pour leur alimentation. Dans les zones de cultures de riz irrigué, les disponibilités alimentaires sont renforcées par les récoltes de riz. Toutefois, les ménages de certaines zones, notamment celles de Ouallam (Tillaberi), Dungass/Magaria (Zinder), Abalak, et Tchintabaraden (Tahoua) ont commencé à dépendre des marches pour leur consommation suite à des résultats agricoles qui sont estimes inferieurs de plus de 60-70 pour cent à leurs besoins alimentaires.

Dans ces zones et dans tout le pays, la campagne des cultures maraichères est lancée avec l’installation des pépinières dans certains cas et les travaux d’entretiens des cultures dans d’autres cas. On assiste ainsi à une installation normale de cette campagne et à la faveur du bon niveau de recharge de la nappe phréatique et des appuis en intrants attendus du gouvernement et de ses partenaires dont la FAO, toutes les conditions seront réunies pour une mise en valeur du potentiel irrigable et pour des productions comparables à la moyenne. Les récoltes qui s’échelonner durant toute la période de février-mars/avril 2015 vont améliorer l’accès et la diversité alimentaire des ménages.

Pour le moment, à l’exception des marches de la région de Diffa dont le fonctionnement est perturbé par les effets de la crise sociopolitique au Nord-Est Nigeria, les autres marches connaissent un fonctionnement normal. L’approvisionnement des principaux marchés profite d’ailleurs de la bonne disponibilité de céréales dans les pays d’importation. Les prix des principale produits (mil, sorgho) sont globalement similaires à la moyenne quinquennale. Sur les marchés de Maradi, Zinder et Tahoua, les prix de mil varient entre 135 FCFA et 188 FFCA le kilogramme, ce qui signifie que les prix sur ces marches sont inférieurs de plus 10 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale des prix. Ces fluctuations affichées sur marchés pour le mil sont similaires aux variations observées pour le sorgho.

Dans la zone pastorale, la situation se caractérise par une demande normale du bétail et des prix stables voir supérieurs à la moyenne. Les prix sont stables pour les petits ruminants mais supérieurs à la moyenne pour le taureau grâce à une demande soutenue pour les activités locale d’embouche et pour les exportations vers les pays comme le Nigeria, le Benin et le Togo.

Toutefois, dans la zone pastorale de la région de Diffa, notamment dans le département de Nguigmi, les effets conjugués de la perte d’embonpoint des animaux suite au déficit fourrager et de la baisse de la demande à l’exportation vers la Libye et le Nord-est Nigéria se manifestent par une demande en majorité locale exprimée par des commerçants des autres régions (Zinder et Maradi) qui exportent vers le centre du Nigeria, les autres pays côtiers et pour satisfaire la demande des travailleurs des exploitations minières de Zinder, Agadez et Diffa. Les prix de bétail sont déjà à un niveau inférieur à la moyenne et vont baisser davantage. Cela va impacter négativement le pouvoir d’achats des ménages éleveurs surtout si cette demande additionnelle des commerçants des régions de Zinder et Diffa diminue suite à une amplification des effets de l’insécurité civile au Nigeria.

Toujours dans la région de Diffa, notamment dans les départements agropastoraux du Sud, la production agricole disponible pour la majorité des ménages ne représente que 5 à 10 pourcent des besoins de consommation annuelle, soit seulement 1 à 2 mois de consommation contre 3 à 4 mois en année normale. En dehors des quantités provenant des assistances alimentaires, la plus grande quantité de la nourriture consommée dans ces zones agropastorales fortement déficitaires est achetée en cette période de décembre au lieu de février-mars en année normale. La demande accrue de céréales par les ménages éleveurs et agropastoraux et les personnes déplacées du Nigéria contribue à maintenir les prix des denrées hauts au-dessus de la moyenne quinquennale sur les marchés.

Grace au démarrage les activités agricoles de contre-saison, notamment la culture irriguée de riz le long du Fleuve Niger, le poivron, le maïs et le niébé sur la Komadougou, l’oignon et les autres produits horticoles dans les différents bassins de production du pays, il y’a une demande normale de main d’œuvre agricole pour les travaux d’installation des pépinières et d’entretien des cultures en place. A la faveur d’une disponibilité suffisante en eau pour l’irrigation et des appuis obtenus en intrants agricoles, les superficies en cours de mise en valeur sont comparables à celles d’une campagne moyenne et permettent d’engager et payer comme d’habitude la main d’œuvre agricole locale. Toutefois, les superficies mises en valeur pour la production du maïs et du niébé sur le Lac Tchad ont baisse comparativement à la moyenne et cette situation se traduit par une régression de la demande de main d’œuvre agricole et donc des revenus gagnes.

Suite au retrait et la baisse progressive du niveau des eaux, les cours saisonniers et permanents deviennent des espaces de pèche de poissons dont la vente localement et dans les centres urbains procure des revenus substantiels comme d’habitude aux pécheurs. Les sources de revenus des ménages sont aussi constitués par le ramassage et la vente de produits forestiers (bois, paille, gomme arabique) qui contribuent à maintenir les revenus à un niveau normal.

Sous l’effet conjugué des difficultés alimentaires, des pratiques de soins des enfants et de l’incidence des maladies saisonnières, la situation nutritionnelle des enfants sera marquée par des admissions des cas de malnutrition en augmentation normale durant cette période de janvier jusqu’au moins juin.

Suppositions

Les scenarii les plus probables de la sécurité alimentaire de janvier à juin 2015 se basent sur des suppositions fondamentales par rapport à l’évolution du contexte national, qui sont :

  • A la faveur d’une bonne disponibilité en eaux et des appuis de l’Etat et de ses partenaires, le déroulement de la campagne de production agricole en saison sèche sera normal en janvier-avril 2015 et les productions attendues en février-avril seront moyennes avec une contribution moyenne aux revenus et à la diversification alimentaire des ménages.
  • Les stocks céréaliers issus des récoltes agricoles vont permettre aux ménages agricoles et agropastoraux de consommer et couvrir leurs besoins alimentaires sans recourir aux marches pendant une durée comparable à la normale sauf dans les zones déficitaires à Tillaberi, Tahoua et Zinder ou une diminution sensible des réserves céréalières sera observée plus tôt que la période moyenne.
  • Les importations de céréales du Burkina Faso, du Bénin et du Mali se maintiendront normalement. Cela va contribuer à maintenir un approvisionnement suffisant des marches dans presque tout le pays. L’offre de céréales sera normalement suffisante sur les marches entre janvier et juin, mais sera entachée par l’insécurité au Nigeria qui va entrainer une baisse des importations de céréales surtout dans la région de Diffa. L’offre d’animaux et de produits maraichers va suivre la tendance normale de janvier à juin.
  • La demande de céréales, d’animaux et de produits horticoles va suivre son rythme normal a l’exception de celle des ménages des zones déficitaires de Tillaberi, Tahoua et Zinder ou la demande en céréales sera précoce et plus forte que la normale de la période.
  • Globalement un niveau de prix sur les marchés en termes réels moins élevés que ceux de 2013/14 et similaires à la moyenne quinquennale est attendu. Toutefois dans certaines zones, notamment dans Diffa et Nord Tillabéri, des prix plus élevés que cette moyenne seront observés dans ces zones déficitaires.
  • Une tendance à la dégradation de la situation nutritionnelle à un niveau moyen dans les zones traditionnellement (Maradi, Zinder), aussi bien que dans des zones normalement en meilleur état nutritionnel est attendue.
  • Il n'y a pas encore une indication pour une installation atypique de la saison pluvieuse de 2015 en mai/juin. Pour la saison agricole 2015/16 les semences seront disponibles pour la distribution aux ménages déficitaires et à temps. Il est prévu que les prix et la disponibilité des fertilisants sera normaux.
  • Les revenus des ménages seront renforces au niveau moyen pour la saison à la faveur d’une demande accrue de main d’œuvre agricole pour les travaux d’entretien des cultures irriguées en janvier-mars/avril et en avril-juin pour les travaux de préparation des terres pour le démarrage de la campagne agricole d’hivernage.
  • La migration aura lieu normalement en janvier et le retour en avril/mai 2015 avec des revenus moyens issus des transferts.
Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

Ainsi, compte tenu de tous ces facteurs une insécurité alimentaire de Minimale (Phase 1 de l’IPC) va dominer globalement dans toutes les zones de moyens d’existence en janvier-mars 2015 sauf chez les ménages pauvres minoritaires surtout ceux situés en zone pastorale et agropastorale de Abalak, Tchintabaraden et Ouallam dont un nombre limité sera en Stress (Phase 2 de l’IPC) suite à un épuisement des réserves alimentaires des ménages, une demande accrue des céréales, une hausse des prix des céréales, et une diminution du pouvoir d’achat de céréales.

En avril-juin 2015, la situation va correspondre à la fin des stocks paysans. Le retour des exodants en avril/mai est synonyme, dans beaucoup de cas, d’entrés de ressources financières qui améliorent les revenus des ménages. Les marchés seront bien approvisionnés, avec des prix similaires à la moyenne des cinq dernières années à partir d’avril 2015. Toutefois des hausses localisées des prix seront enregistrées dans les zones où le déficit céréalier est conjoncturel et cette hausse va entrainer en avril/mai/juin une dégradation de l’accessibilité aux produits pour les consommateurs pauvres. Cependant cette dégradation sera comblée par les assistances alimentaires dont le plan de mise en œuvre est déjà élaboré et son financement en négociation avec les partenaires. L’accessibilité aux produits et la consommation seront assurées avec la contribution des assistances aux ménages identifies et qui seront dans une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) dans les zones pastorales et agropastorales, surtout celles de Nord Tillabéri, Tahoua et Zinder, et de Sud Diffa dès avril 2015.

À Nguigmi, l’insécurité alimentaire qui est en Stress (Phase 2 de l’IPC) en janvier-mars à la faveur des assistances va évoluer vers Crise (Phase 3 de l’IPC) en avril-juin suite à une perturbation des sources de revenus et disfonctionnements des marchés et une détérioration atypique et prolongée du pouvoir d’accès aux céréales.

À Diffa, la situation des réfugiés de Nord-est Nigeria a connu une évolution significative depuis novembre avec les attaques dans plusieurs localités frontalières de Diffa. Les nombres les plus importants sont enregistrés dans la commune de Bosso et les iles du Lac Tchad où on estimait respectivement 32 464 personnes et 40 953 personnes. Selon les organisations humanitaires à Diffa, le nombre des réfugiés/retournés dans la région est estimé à 109 489 personnes au 13 novembre 2014. Le niveau de déplacées actuel dans la région de Diffa est estimée à 150 000 à 200 000. A ce nombre s’ajoute plus de 3 000 réfugiés/retournés enregistrés sur le site de Gagamari dans la commune rurale de Chétimari suite à l’attaque de Damassak au Nigéria le 24 novembre 2014. Pour les déplacées au Niger, même avec les assistances en cours, la plupart éprouvent des déficits à combler leurs besoins essentiels non alimentaires.

 

Pour plus d'informations sur les perspectives des zones de préoccupation, veuillez, s'il vous plaît, cliquer en haut de la page pour télécharger le rapport complet.

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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