Perspectives sur la sécurité alimentaire

L'insécurité alimentaire persistera dans le centre-sud du pays même en période post-récolte

Octobre 2014 - Mars 2015
2014-Q4-1-2-MR-en

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • La reprise pluviométrique de septembre n’ayant pas relancé les activités agricoles dans les Zones Vallée de fleuve Sénégal et Agropastorale. Les ménages pauvres sont confrontés à des importantes baisses de leurs productions agropastorales et de leurs revenus saisonniers. Malgré des termes d’échange mouton/céréales favorables ils sont confrontés à des difficultés de satisfaction de leur besoins non alimentaire essentiels et seront en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) jusqu’en janvier.

  • La réduction des activités génératrices de productions céréalières (absence de walo, baisse des superficies des bas fonds) et de revenus va probablement entrainer, dans ces deux zones, une période de soudure précoce (trois mois plutôt qu’en année moyenne) et conduire, entre février et mars à une situation de Crise (Phase 3 de l’IPC).

  • Les autres zones de moyens d’existence évoluent, en cette période, vers une insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC) après la saison des pluies du fait des revenus saisonniers moyens, de la disponibilité des récoltes (Zone de Culture pluviale et est de la Zone Agropastorale) et/ou de l’amélioration de leurs conditions pastorales (zones pastorales).

Contexte National

Situation actuelle

Evolution de la pluviométrie : La pluviométrie a été irrégulière et très faible au cours de la troisième décade de septembre. Il en résulte, malgré une pluviométrie précoce (mai/juin au lieu de juin/juillet) de longues et fréquentes périodes sèches ainsi que des cumuls saisonniers et annuels nettement inferieurs à ceux de la même période de 2013 (80 pour cent des stations sont déficitaires) et de celle de la moyenne (Figure 1).

Sur le plan agricole : Dans toutes les zones de cultures pluviales, qui sont au sud du pays, les superficies emblavées ont été moins importantes que celles de 2013 et celles d’une année moyenne. L’état phénologique risque d’être compromis par la faiblesse des pluies à la fin de la saison. Ce n’est que dans la zone de cultures pluviales et le sud de la zone agropastorale que l’on s’attend à une production céréalière pluviale au plus égale au 2/3 de celles d’une année moyenne, du fait d’un important report sur les cultures de court cycle qui seront récoltées en début octobre (contre fin septembre en année moyenne) et sur les cultures tardives qui ne seront récoltées, à la faveur de la fraicheur de la saison froide, qu’en janvier/février, soit avec un à deux mois en retard.

Les bas-fonds, surtout importants dans le centre et le nord de la Zone Agropastorale, connaissent des niveaux de remplissage très variables d’une zone à l’autre et au sein même des zones. Ces niveaux sont, par rapport à la moyenne, particulièrement bas dans les Zones Vallée du fleuve Sénégal et Agropastorale du centre-sud du pays qui ont connu une mauvaise répartition tempo spatiale des pluies. Dans ces zones la situation est similaire à celle des champs de cultures pluviales où les ménages n'ont pas semé à des niveaux équivalent à ceux d’une année moyenne.

Le walo (la décrue de la plaine du fleuve Senegal et de ses affluents ainsi que l’exploitation des berges), dont l’exploitation, en année moyenne, fournissait aux ménages pauvres de la vallée et du sud-ouest de la zone agropastorale qui en bénéficient, un demi de leurs besoins céréaliers et les trois quarts de leurs revenus agricoles saisonniers, est à sec dans sa plus grande partie. Ses zones basses qui ont recueillies les eaux de ruissellement et les apports de quelques affluents pourraient être exploitées mais elles feront face aux mêmes défis (divagation animale, sésamie, risque de dessèchement, etc.) de la zone agropastorale. Les espoirs reposent sur la culture irriguée hivernale où les superficies emblavées relativement proches de 2013 connaissent un développement satisfaisant et devraient conduire à une production au moins égale à celle de 2013 considérée comme la plus importante des dix dernières années.

Sur le plan phytosanitaire : La situation acridienne est calme au niveau national. Toutefois, la hantise de la sésamie et de la pression aviaire au moment de la maturation laiteuse des cultures est forte dans toutes les zones de cultures.

Sur le plan pastoral : On note une nette amélioration du tapis herbacé sur toute l’étendue de la Zone Agropastorale. Les pâturages ligneux et herbacés sont pour le moment abondants dans la Zone de Cultures pluviales et ceux des autres zones pastorales répondront au besoin de leur cheptel, au moins, jusqu’en janvier. L’importance des eaux de surface limite la mobilité animale mais on note un net ralentissement des mouvements de retour des transhumants qui restent, en grande

partie, cantonnés dans la zone de cultures pluviales et dans le sud de la Zone Agropastorale. Pour le moment, le recours à l’aliment bétail est limité au nord-ouest de la Zone Agropastorale (quelques poches pastorales de la moughataa de Moudjéria au sud du Tagant). Du côté de la santé animale, on ne signale nulle part l’existence d’épizootie.

Le prix de septembre du mouton moyen est, comparativement à la mémé période de 2013, au mois de juillet 2014 et à la moyenne quinquennale, partout en hausse en raison de l’importante demande interne et externe (le Sénégal a demandé 700 000 têtes) de la Tabaski. La plus forte hausse de 53 pourcent est observée sur le marché de Boghé, important marché d’approvisionnement du Sénégal. Dans la zone agropastorale (marché de Magta Lahjar), le prix du mouton moyen reste en hausse tant par rapport au mois de juillet que par rapport à la même période de 2013 et à la moyenne des cinq dernières années.

Cette hausse des prix du bétail introduit des termes d’échange relativement meilleurs qu’en 2013. A l’exception de la Zone de Cultures pluviales où la présence des refugiés maliens, grands consommateurs de blé, se traduit par une importante demande sur le blé, un recours fort probable des ménages pauvres à cette céréale (principale céréale de substitution, disponible sur les marchés à des prix concurrentiels) conduirait encore à des taux de couverture des besoins encore plus favorables.

Sur le plan des revenus saisonniers : En dehors de l’ouest de la zone de la Vallée du fleuve Sénégal (sud du Trarza) où les activités de la campagne irriguée hivernale ont permis aux ménages pauvres de bénéficier de revenus saisonniers proches de ceux d’une année moyenne, dans le reste du pays, malgré la relative stabilité des salaires journaliers moyens, les revenus saisonniers des ménages pauvres peuvent être nettement inférieurs à ceux d’une année moyenne du fait de la faiblesse de l’offre de travail. Le départ précoce en exode reste encore limité du fait qu’un bon nombre de bras valides est soit impliqué dans les activités agricoles en cours (cultures pluviales et irriguées) ou s’attendent au retrait des eaux (zone agropastorale).

Sur le plan des marchés et des prix : Les marchés de consommation restent bien approvisionnés en denrées alimentaires de base importées (riz, blé, sucre, huile) mais leurs prix restent élevés en raison de la forte demande sur les céréales importées du fait de l’important déficit de production des céréales traditionnelles dans la majeure partie des zones rurales. L’amélioration des conditions pastorales ayant fortement réduit l’usage du blé comme aliment bétail et les distributions gratuites (faites en blé) ont entrainé, comparativement à la même période de 2013, une relative stabilité de son prix dans la Zone Agropastorale (marché de Magta Lahjar). Par contre dans les zones de déficits marqués de la production pluviale (Zone de la Vallée du fleuve Sénégal et la Zone de Cultures pluviales) son prix accuse de fortes hausses (+40.35 pour cent au marché d’Adel Bagrou dans la Zone de Culture pluviale et +11.11 pour cent à celui de Boghé en Zone Vallée du fleuve Sénégal). Comparativement à la moyenne quinquennale (2009/2013) aussi, il connaît des hausses sauf dans la zone oasienne où l’importance offre en riz local a fortement réduit sa demande.

Le prix du sorgho, dans les marchés surveillés, tout en accusant des baisses par rapport à la même période de 2013 est en forte hausse à Magta Lahjar (43.75 pour cent) où la demande en semences pluviales pour les cultures tardives est importante. Dans la Vallée de fleuve Sénégal, les céréaliers qui avaient des stocks qu’ils comptaient vendre comme semences sont maintenant contraints de les vendre faute de demandeurs et dans la Zone de Cultures pluviales, le typique déstockage des agriculteurs maliens avant les récoltes semble avoir fonctionné et accru l’offre qui a infléchit les prix.

Suppositions

Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire au niveau national d’octobre 2014 à mars 2015, se fonde sur les hypothèses générales suivantes :

  • La mauvaise répartition temporelle des pluies et leur faiblesse ayant affecté le développement des cultures pluviales. On s’attend à une production céréalière pluviale nettement inferieure à celles de 2013 et à celle d’une année moyenne.
  • Les ménages pauvres arriveront à se procurer des semences pour exploiter les superficies inondées en zone de décrue. Toutefois, les superficies exploitables en cultures de décrue (bas fonds, barrages et walo) accuseront, dans tout le pays, une forte baisse par rapport à une année moyenne en raison du faible niveau d’eau dans les zones dépressionnaires et dans le fleuve Sénégal. Dans la vallée du fleuve, le retrait précoce des eaux réduit l’exploitation des berges qui procuraient aux ménages pauvres de la nourriture (maïs, niébé, patates douces, tomates, gombos, etc.) entre novembre et février.
  • Les productions des cultures irriguées hivernales seront au moins égales à celles de 2013 mais celles des contre saison froide et chaude seront faibles du fait du bas niveau actuel des eaux dans le fleuve et ses affluents.
  • Les productions maraichères s’inscriront dans la même tendance que les cultures irriguées. Elles seront proches de la moyenne entre octobre et janvier mais faibles à nulles de février à mars.
  • Les conditions pastorales continuent à répondre aux besoins dans la Zone de Culture pluviale, d’ici au moins mars mais elles ne couvriront les besoins du cheptel des autres zones que jusqu’en janvier/février.
  • A l’exception de la zone de cultures pluviales, la reproduction animale sera, entre octobre et mars, inférieure à celle d’une année moyenne en raison de la médiocrité des pâturages. Toutefois, d’octobre à décembre la production laitière sera au moins suffisante pour la consommation familiale.
  • L’exode devrait s’amplifier après novembre mais on ne s’attend pas à des retombées significatives du fait de la faiblesse de l’offre de travail dans les zones agricoles et dans les centres urbains. Les revenus provenant de l’exode seront en baisse durant toute la période du scenario en raison de la faiblesse de l’offre en travail agricole qui occupait plus de 70 pour cent des migrants.
  • Les revenus des ménages pauvres provenant du travail agricole seront, dans la plupart des zones, nettement inférieurs à ceux d’une ânée moyenne, durant toute la période du scénario. Des revenus provenant du travail pastoral conformes à ceux d’une année moyenne entre octobre et janvier mais en baisse de février à mars du fait de la transhumance précoce qui se fera de la plupart des zones pastorales vers le sud de la zone agropastorale et la zone de cultures pluviales.

Sur le comportement des marchés et la tendance des prix :

  • L’approvisionnement des marchés continuera à être régulier et suffisant tant pour les besoins de consommation interne que pour ceux des réexportations en direction du Sénégal, du Mali et du sud du Maghreb.
  • Les flux transfrontaliers de céréales traditionnelles se redynamiseront, à partir d’octobre mais leur volume et leur durée seront nettement moindres que ceux d’une année moyenne du fait qu’on s’attend à des baisses de production céréalière dans les zones frontalières sénégalaises et de certaines parties maliennes. La réexportation sénégalaise du riz asiatique continuera et son volume actuel sera au moins stable jusqu’en décembre. Dans toutes les zones frontalières la réexportation des produits importés (huile, sucre, farine blé, pate alimentaire, etc.) vers le Mali, le Sénégal et le sud du Maghreb sera plus importante qu’en année moyenne.
  • Les prix des denrées alimentaires importées et des céréales traditionnelles s’inscriront à la hausse conformément aux tendances typiques de la saison.
  • Dans les zones rurales les baisses des prix des animaux, du fait du déstockage qui a déjà commencé, seront, à partir de décembre, plus marquées qu’en année moyenne car les éleveurs restés sur place vont continuer à multiplier les ventes pour faire face à la longue période de soudure pastorale qui va commencer dés janvier. Dans les zones urbaines les prix resteront élevés car les revendeurs ont passé, avec les courtiers importateurs des contrats tacites d’achat sur la base de certains prix qu’ils ne peuvent pas modifier à la baisse sans risque de perte.

Sur l’assistance :

  • Les programmes d’assistance actuels resteront fonctionnels jusqu’en décembre. S’il est probable que les programmes gouvernementaux (Stock Alimentaire Villageois de Sécurité (SAVS), Boutiques de Solidarité (BS), Centre de Récupération Nutritionnelle Ambulatoire (CRENAM) et distributions gratuites) soient prolongés jusqu’en mars, des incertitudes pèsent la pérennisation des programmes Cash Transfert, Cash for Work et Food for Work qu’exécutent actuellement certaines ONG (ACF, OXFAM etc.).
Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

Dans la majeure partie des zones pastorales et dans celle de Cultures pluviales, où les déficits de pâturages ont été partiellement corrigés par la reprise pluviométrique de septembre, l’amélioration des conditions pastorales a contribué à faire reculer le niveau de Stress (Phase 2 de l’IPC) qui y prévalait pendant la période de soudure. Les productions céréalières pluviales attendues dans l’est de la Zone Agropastorale et dans la Zone de Cultures pluviales, pour déficitaires qu’elles soient lorsqu’on les compare à celles d’une année moyenne, vont replacer les ménages pauvres en insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC) au moins jusqu’en mars.

Dans le centre de la Vallée du fleuve Sénégal et dans le nord de la Zone Agropastorale les ménages pauvres, qui faute de production saisonnière pluviales continuent de déprendre du marché pour se nourrir, éprouvent des difficultés à accéder régulièrement à une alimentation suffisante. En effet la faible demande en main d’œuvre agricole a limité leurs revenus alors que les prix des denrées alimentaires de base sont souvent en hausse (sorgho, riz local, huile etc.). Ils restent donc en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) même en cette période post-récolte, et pourraient se retrouver en situation de Crise (phase 3 IPC) entre février et mars 2015. En plus, il y a de fortes présomption qu’une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) existe, à partir de févriers, dans les zones pastorales, oasiennes et des oueds où l’important déficit pluviométrique compromet les cultures maraichères (novembre à février) et l’exploitation des graras (zones dépressionnaires), bas-fonds et barrages (d’octobre à mars) qui sont la principale source de céréales des ménages pauvres.

 

Pour plus d'informations sur les analyses des zones de préoccupation au cours de cette période des  perspectives, s'il vous plaît télécharger le rapport complet.

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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