Perspectives sur la sécurité alimentaire

Les stocks de récolte s’épuisent anormalement tôt dans le sud et le centre de la Mauritanie

Janvier 2015 - Juin 2015
2015-Q1-1-1-MR-en

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • Dans le nord et l’ouest de la Zone agropastorale, l’échec des cultures de décrue a amplifié le déficit de la production agricole déjà enregistré, et des revenus saisonniers qui en provenaient. Les éleveurs ont multiplié les ventes et la suroffre qui en a découlé a entrainé une baisse saisonnière atypique du prix des animaux. Les ménages pauvres éprouveront encore des difficultés de satisfaction de leur besoins alimentaire et  seront ainsi en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) de février à juin.

  • Dans le centre de la vallée du fleuve Sénégal, la faible exploitation du walo après l’échec des cultures pluviales fait que malgré les petites productions de l’irrigué hivernale, la période de soudure agricole commencera plutôt qu’en année moyenne. Comme leurs confrères du nord-ouest de la zone agropastorale, ils font face à difficultés de satisfaction de leurs besoins alimentaires et de protection de certains de leurs moyens d’existence et se retrouveront en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) à partir de mars.

  • S’il y a des suspicions d’une situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans le centre-sud du pays et même dans la Zone pastorale, oasis et oueds, les autres zones de moyens connaissent actuellement une insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC). Du fait des revenus saisonniers moyens, de la disponibilité des récoltes pluviales et irriguées, et/ou de l’amélioration des conditions pastorales, la situation devrait évoluer plus ou moins conformément à la tendance saisonnière jusqu’en juin.

Contexte National

Situation actuelle

Evolution de la pluviométrie : Après les pluies enregistrées en novembre en Adrar et en Inchiri on n’a pas noté d’autre pluie significative dans des zones de production agricole et pastorale. Le déficit de pâturage qui en résulte a entrainé des transhumances précoces sauf au Tiris Zemmouroù, ou les courtiers de dromadaires ont affirmé qu’entre Bir Moghreïn (en Mauritanie) et le sud des Sahara marocain et algérien, il existe des pâturages comparables à ceux d’une année moyenne.

Sur le plan agricole : Dans certaines parties de la Zone de cultures pluviales et de l’est de la Zone agropastorale les cultures tardives de sorgho ont commencé à se dessécher faute de ressources hydriques suffisantes. L’arrêt précoce des pluies et une fraicheur saisonnière moins intense qu’en année moyenne expliquent cette situation qui va certainement entrainer une baisse des rendements des cultures tardives et en conséquence des productions prévisionnelles sorti en novembre 2014.

Bien que les bas-fonds, surtout importants dans le centre et le nord de la Zone agropastorale, aient connu des niveaux de remplissage relativement moyens (entre 40 et 90 pour cent) et bien qu’ils aient été globalement exploités, on s’y attend toujours à une forte baisse de production céréalière du fait des importants dégâts. Avec les transhumants précoces, le passage des animaux est venu au moment de stade tallage des cultures. En plus, il y’avait une forte infestation de la sésamie sur les cultures qui avaient survécus aux attaques des animaux.

Le walo (la décrue de la plaine du fleuve Sénégal et de ses affluents ainsi que l’exploitation des berges), dont l’exploitation, en année moyenne, fournissait aux ménages pauvres de la Zone vallée fleuve Sénégal et du sud-ouest de la Zone agropastorale qui en bénéficient, un demi de leurs besoins céréaliers et les trois quarts de leurs revenus agricoles saisonniers. Cette année il est resté à sec dans sa plus grande partie suite à les mauvaises précipitations pendantes la campagne 2014. Ses zones basses qui ont recueillies les eaux de ruissellement et les apports de quelques affluents ont été exploitées mais comme dans la Zone agropastorale elles ont été, en grande partie ravagées par les animaux divagants ou transhumants et par la sésamie. Toutefois, de nombreuses collectivités se sont réinvesties dans les cultures hivernales irriguées (maïs et légumes surtout).

Sur le plan pastoral : Les conditions pastorales, médiocres dans la majeure partie de l’ouest et du nord du pays, depuis septembre, en raison de l’irrégularité et de la faiblesse des pluies, se sont fortement dégradées par rapport à la normale en raison de la forte pression des transhumants nationaux et du nord du Sénégal. Dans le reste du pays (de l’est du Gorgol jusqu’au sud du Hodh Echargui) les conditions pastorales restent encore favorables mais la surcharge attendue à cause de la progression des pastoraux pourrait y conduire à un rapide déséquilibre surtout si les feux de brousse qui ont commencé dans la zone ne sont pas efficacement combattus. On ne signale nulle part encore l’existence d’épizootie.

Sur le plan des revenus saisonniers : À l’exception du sud-centre du pays, les revenus saisonniers des ménages pauvres, devraient au moins être conformes à ceux d’une année moyenne vu les bonnes conditions pastorales et les prestations des cultures pluviales et irriguées. Cependant, dans le sud-centre du pays, leurs revenus saisonniers restent nettement inférieurs à ceux d’une année moyenne du fait de la faiblesse de l’offre de travail. La mauvaise évolution des cultures de décrue limite le recours à une main d’œuvre agricole et le départ précoce en exode affectera les revenus qui provenaient du travail pastoral. Bien que les ménages pauvres aient envoyé plus de personnes en exode qu’en année moyenne, on ne signale pas encore de retombées significatives de ces départs car les personnes en exode éprouvent de grosses difficultés à s’insérer dans les systèmes productifs de leurs zones d’accueil (villes mauritaniennes et sénégalaises surtout) où l’offre saisonnière de travail agricole est faible et la disponibilité en main d’œuvre est très importante.

Sur le plan des marchés et des prix : Les marchés de consommation restent bien approvisionnés en denrées alimentaires de base importées. Concernant les céréales locales, en décembre les prix du sorgho de vente en détail sont en hausse dans toutes les zones de moyens d’existence en raison de l’important déficit de la production nationale de sorgho et de la faiblesse des flux transfrontaliers saisonniers de sorgho qui provenaient du Sénégal et du Mali. Par rapport au mois de novembre la hausse de son prix varie de 18 pour cent dans la Zone vallée de fleuve Sénégal (Figure 1) à 1.7 pour cent dans la Zone de cultures pluviales (Figure 2). Par rapport à la même période de l’année précédente les prix sont en hausse de 47.5 pour cent dans la Zone de la vallée de fleuve Sénégal, 12.5 pour cent dans la Zone oasienne, et 27.9 pour cent dans la Zone agropastorale, mais en baisse de 17.3 pour cent dans la Zone cultures pluviales. Par rapport à la moyenne des cinq dernières années, les prix sont toujours en modérée à importante hausse dans tous les Zones.

Les prix du blé, majeure denrée de substitution importée, sont stables par rapport au mois précèdent dans toutes les zones de moyen d’existence avec une tendance à la baisse. Ceci s’explique par une bonne disponibilité du blé causée par des importations commerciales privées, étatiques et humanitaires régulières et importantes. Par rapport à la même période de l’année dernière, il y a une forte hausse dans la Zone de cultures pluviales de 30.7 pour cent, mais les prix sont restés stables par ailleurs. Par rapport à la moyenne des 5 dernières années les seuls grands changements en prix passant +/- 10 pour cent sont dans la Zone de cultures pluviales (+42.4 pour cent) et dans la Zone agropastorale (+11.9 pour cent).

Le déficit fourrager dans certaines parties du pays et l’arrivée des transhumants sénégalais ont entrainé une hausse des ventes saisonnières atypiques. Il en a résulté une suroffre tant dans les zones rurales que dans les marchés de bétail des centres urbains qui fait que les prix du mouton ont connu une baisse générale dans toutes les zones par rapport au mois de novembre excepte la Zone agropastorale qui a connu une hausse de près de 9 pour cent. Par rapport à la même période de l’année précédente la tendance est toujours à la baisse exception faite de la Zone vallée de fleuve Sénégal qui accuse une hausse de 20.1 pour cent. Par rapport à la moyenne des cinq dernières années seule la Zone oasienne et la Zone agropastorale accusent de fortes hausses des prix.

On note, comparativement à novembre, une dépréciation des termes d’échange dans toutes les Zones de moyens d’existence entrainée par la baisse locale du prix des animaux et la faiblesse des flux céréaliers sénégalais. Cette situation a contribué à limiter la capacité d’accès alimentaire des ménages pauvres particulièrement dans l’ouest de la Zone agropastorale et dans le centre de la vallée du fleuve Sénégal.

Suppositions

Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire au niveau national de janvier à juin 2015, se fonde sur les hypothèses générales suivantes :

  • Au niveau nationale, une production céréalière annuelle nettement inférieure à celles de 2013, 2014 et à celle d’une année moyenne est attendu. Notamment dans le centre-sud du pays, les cultures pluviales ont été affectées par l’irrégularité et le faible des pluies et celles de la décrue par la divagation animale et les attaques de la sésamie (sur les bas fonds et barrages) et par la faiblesse de la crue fluviale (walo du centre de la vallée du fleuve).
  • Toutefois, les productions des cultures irriguées hivernales ayant été relativement bonnes dans toute la vallée, les ménages disposeront de stocks de paddy jusqu’en février. Certains vont réaliser des cultures de contre saison froide (maïs) et disposeront de stocks jusqu’en mars. On ne s’attend pas à d’importantes cultures de contre saison chaude en raison du niveau déjà bas des eaux dans le fleuve. Les productions maraichères s’inscriront dans la même tendance que les cultures irriguées. Elles seront proches de la moyenne en janvier mais faibles à nulles de février à mars.
  • Les conditions pastorales continuent à répondre aux besoins dans la Zone de cultures pluviales et l’est de la Zone agropastorale, jusqu’en juin mais elles ne couvriront les besoins du cheptel des autres Zones que jusqu’en janvier/février.
  • A l’exception de la Zone de cultures pluviales et l’est de la Zone agropastorale, la reproduction animale sera, entre janvier et mars, inférieure à celle d’une année moyenne en raison de la médiocrité des pâturages. Les revenus des ménages pauvres provenant du travail pastoral seront, dans la plupart des zones, nettement inférieurs à ceux d’une ânée moyenne, durant toute la période du scénario. Des du fait de la transhumance précoce qui se passe dans la plupart des zones pastorales en direction du sud de la zone agropastorale et la zone de cultures pluviales.
  • L’exode va s’amplifier entre janvier et mai mais on ne s’attend pas à des retombées significatives du fait de la faiblesse de l’offre de travail dans les zones agricoles qui occupaient plus de 70 pour cent des migrants et dans les centres urbains. En plus, il est prévu qu'il y aura une hausse d'offre de travail de la côté de Mauritanie et du Sénégal à la fois, car les deux pays ont eu les principales saisons agricoles difficiles.
  • L’approvisionnement des marchés en denrées importées (huile, sucre, riz, blé, pate alimentaire, etc.) devraient continuer à être régulier et suffisant supporté par les réexportations sénégalaise du riz asiatique. Dans toutes les zones frontalières la réexportation des produits importés vers le Mali, le Sénégal et le sud du Maghreb sera plus importante qu’en année moyenne.
  • Toutefois, les flux internes des céréales traditionnelles resteront faibles à cause de l’important déficit de production agricole entrainée par l’irrégularité des pluies. Les flux transfrontaliers de céréales traditionnelles se redynamiseront, à partir d’avril conformément aux pratiques paysannes saisonnières mais leur volume et leur durée seront nettement moindres que ceux d’une année moyenne du fait des baisses de production céréalière dans les zones frontalières sénégalaises et de certaines parties maliennes.
  • Les prix des denrées alimentaires importées et des céréales traditionnelles s’inscriront à la hausse conformément aux tendances typiques de la saison. Dans le sud-centre du pays où les importantes baisses de productions locales sont les plus prononcées, la hausse des prix sera plus marquée. La faible disponibilité du sorgho entrainera la hausse de son prix et le repli des ménages pauvres et moyens sur les céréales de substitution (blé et riz local) se traduira par une hausse de leur prix.
  • Dans les zones rurales les baisses des prix des animaux, du fait du déstockage utilisée comme stratégie de protection contre les pertes pouvant provenir du déficit de pâturages et des longues transhumances, seront, à partir de janvier, plus marquées qu’en année moyenne car, outre les grandes ventes réalisées par les transhumants, le plupart des éleveurs, restés sur place vont continuer à multiplier les ventes pour faire face à la longue période de soudure pastorale. Dans les zones urbaines les prix des animaux resteront élevés du fait spéculations entretenues par les courtiers qui vont s’appuyer sur les niveaux d’embonpoint des animaux pour hausser les prix.
  • Certains programmes d’assistance internationale appelés à s’arrêter en décembre, ne seront pas renouvellera avant mars, mais ceux du gouvernement (Stock Alimentaire Villageois de Sécurité (SAVS), Boutiques de Solidarité (BS), Centre de Récupération Nutritionnelle Ambulatoire (CRENAM) et distributions gratuites) continueront jusqu’en au moins juin.
Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

Dans la majeure partie des Zones pastorales et dans celle de cultures pluviales, où les conditions pastorales ont été relativement bonnes et les productions céréalières proches de celles d’une année moyenne les ménages resteront en insécurité alimentaire Minime (Phase 1 de l’IPC) jusqu’en mars. Cependant entre mars et juin la situation risque d’être plus marquée qu’en année moyenne du fait de la probable dégradation des termes d’échange causée par la baisse du prix des animaux et par la hausse attendue des prix des céréales de substitution et autres denrées alimentaires conditionnée par l’augmentation de la demande à cause de l’important déficit de production. Les ménages pauvres affectés dans le centre de la vallée du fleuve et dans le nord-ouest de la zone agropastorale, risquent d’avoir besoin d'utiliser des stratégies d'adaptation irréversibles pour maintenir leurs besoins non-alimentaires et ces zones seront en Stress (Phase 2 de l’IPC) jusqu’au février/mars.

Dans le centre de la Zone vallée du fleuve Sénégal et dans le nord et l’ouest de la Zone agropastorale les ménages pauvres ont connu un important déficit de leur production céréalière annuelle. Ils continuent de déprendre du marché pour se nourrir alors qu’ils font face à un important déficit de leurs revenus saisonniers. Ces derniers ont été réduits sous les effets combinés d’une baisse des activités locales génératrices des revenus, du faible des apports de l’exode et de la détérioration des termes d’échange corrélative à la baisse du prix des animaux. Ils éprouvent des difficultés à accéder régulièrement à une alimentation suffisante. La multiplication des ventes des animaux, indispensable à l’accès des aliments commercialises constituera un facteur de perte de leurs moyens d’existence et les contraindra à adopter des stratégies négatives tant sur le plan alimentaire que sur la gestion de leur cheptel. Ils se retrouveront alors en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) à partir de février/mars 2015.

 En plus, il y a de forte présomption des résultats négatives sur la sécurité alimentaire, à partir de février, pour les populations pauvres de la Zone pastorale, oasis et oueds. L’important déficit pluviométrique a limité l’exploitation des cultures maraichères (janvier à février) et l’exploitation des graras (zones dépressionnaires), bas-fonds et barrages (d’octobre à mars) qui sont leur principale source de céréales. Ils seraient déjà en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) alors qu’ils éprouvent des difficultés à maintenir leurs besoins non-alimentaires.

 

Pour plus d'informations sur les perspectives des zones de préoccupation, veuillez, s'il vous plaît, cliquer en haut de la page pour télécharger le rapport complet.

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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