Perspectives sur la sécurité alimentaire

Stress dans certaines zones en raison des pertes des cultures et des pâturages

Janvier 2014 - Juin 2014
2014-Q1-1-1-MR-en

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • Les infestations des déprédateurs (sésamie et cantharide) sur les cultures de décrue dans la vallée du fleuve Sénégal et dans la zone agropastorale réduisent considérablement la production céréalière des ménages dans ces zones. Suite à la mauvaise répartition des pluies en 2013, certaines parties de ces zones avaient déjà subi une des déficits importants de leurs productions céréalières pluviales.

  • Dans les zones de cultures pluviales et agro-pastorales, les ménages pauvres continueront de dépendre des achats de produits alimentaires jusqu’à juin en raison d'une production céréalière inférieure à la moyenne. Leurs revenus saisonniers ne suffiront pas à compenser entièrement les pertes de production et ils vont faire face à des difficultés à satisfaire leurs besoins essentiels non alimentaires, Ils seront en situation de Stress (IPC Phase 2) insécurité alimentaire aiguë entre janvier et juin.

  • Le nord du Guidimakha souffre de grandes pertes de production et des difficultés à obtenir des revenues saisonniers. Les ménages pauvres qui y résident seront probablement confrontés à un déficit de consommation de leurs besoins alimentaires de base, et pourront se retrouver en situation de Crise (IPC Phase 3) d'insécurité alimentaire aiguë entre avril et juin.

  • Dans le reste du pays, les niveaux d'insécurité alimentaire aiguë restent Minimal (IPC Phase 1) en raison d'une disponibilité typique de stocks des ménages et l'accès à des revenues saisonniers.

Présentation Nationale

Situation actuelle

Progrès Saisonnier : La saison des pluies d’été est achevée depuis fin octobre et celle des pluies de saison froide s’installe timidement, surtout dans le nord et le centre du pays. Les quelques fines pluies  qui tombent ne peuvent pas encore avoir un impact positif significatif sur les cultures de décrue et les pâturages.

Sur le plan agricole : Les récoltes des cultures pluviales ainsi que celle du riz hivernal sont maintenant terminées. Suite à la mauvaise répartition pluviométrique des pluies dans certains zones, elles accusent une baisse de 39 pour cent par rapport à 2012 causée essentiellement par une diminution des superficies cultivées et des rendements. La baisse des superficies est  de 31 pour cent au Gorgol et  de 87 pour cent et au Guidimakha. Malgré ce déficit, la production céréalière pluviale nationale est en hausse mais de trois pour cent par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

Les cultures de décrue (walo et bas-fonds) fortement affectées par les ennemis des cultures (cantharides et sésame) n’ont donné que de faibles productions dans les zones de la vallée du fleuve et agropastorale. Les cultures maraichères sont en cours dans la vallée du fleuve et dans les zones oasiennes avec des perspectives comparables à celles d’une année moyenne. Les infestations acridiennes restent sous contrôle et quel que soit leur développement, elles ne peuvent plus affecter gravement les cultures de décrue qui ont déjà échoué dans la majeure partie des zones de productions.

Sur le plan pastoral : Les pâturages commencent à se dégrader dans les zones agropastorales, de transhumance pastorale, et de la vallée du fleuve alors qu’en année normale ils répondaient aux besoins des animaux jusqu’en avril/mai. Dans le reste du pays les pâturages sont, comme en année moyenne, encore suffisants pour répondre au besoin du cheptel local et transhumants jusqu’à l’arrivée des pluies.

Sur le plan des revenus saisonniers : Le mauvais développement des cultures de décrue, comparaison faite avec une année moyenne, a accru le déficit de revenus saisonniers locaux. Déjà, entre juin et octobre, les ménages pauvres avaient connu des baisses de 50 pour cent de revenus par rapport à une année moyenne. Si leurs revenus, entre octobre et novembre ont été supérieurs à ceux d’une année moyenne en raison de l’importance de l’offre de travail dans les zones de décrue, ceux de janvier ont connu, une baisse de plus de 60 pour cent par rapport à une année moyenne. La modestie des aires de cultures à récolter fait que le recours à la main d’œuvre extra familiale est limité, tout comme l’est aussi celle qui a trait aux activités annexes (transport et transformation).

Pour le reste de pays, les revenus saisonniers de cette année accusent, malgré la hausse de 30 à 50 pour cent du prix de la main d’œuvre agricole, en raison de la forte demande du début de la saison, une baisse de un tiers environ par rapport à la moyenne, du fait de la forte réduction du temps de travail. Ce n’est que dans la partie occidentale de la vallée du fleuve Sénégal où les récoltes de riz ont été proches de celles de 2012 (une année exceptionnelle) que les revenus des ménages pauvres sont en hausse.

Sur le plan des marchés et des prix : L’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires importées est encore régulier et satisfaisant dans toutes les zones de moyens d’existence. La disponibilité en céréales importées (blé et riz) est assurée par les importateurs nationaux et par les programmes d’assistance (Stocks Alimentaires Villageois de Sécurité et des Boutiques de Solidarité). Celle des céréales traditionnelles, en baisse entre novembre et décembre, est maintenant renforcée par la commercialisation, par les paysans maliens, des stocks issus de leur production de 2012/2013.

Toutefois, malgré cette redynamisation des flux, les prix du sorgho sont à des seuils généralement élevés par rapport à la moyenne des quatre dernières années exception faite de la zone agropastorale qui a accusé une baisse de 6,5 pour cent, causée par la commercialisation de céréales maliennes. Dans les zones rurales éloignées de la frontière et qui ne sont alimentées que par la production céréalière locale, le prix du moud (4 kilogrammes environ) fluctue autour de 900 MRO et est sensiblement supérieur de la moyenne des cinq dernières années. Dans la zone vallée du fleuve Sénégal, la hausse par rapport à la même période, se situe aux environs de 15.7 pour cent. Quant à la zone pluviale, la hausse est de 2 pour cent. La poursuite des programmes d’assistance dans lesquels le riz est vendu à un prix de 30 à 40 pour cent inférieur à celui du marché formel et où le blé coute 40 à 50 pour cent moins cher que le sorgho va cependant pondérer l’impact négatif de la hausse du prix du sorgho qui est une des principales céréales consommées dans la zone agropastorale et dans le nord du Guidimakha.

Les prix des animaux continuent, conformément aux tendances saisonnières, leur hausse moyenne de 15 à 20 pour cent. Aux demandes de fête religieuses se sont maintenant substitués les achats importants d’animaux par des paysans maliens qui vendent ou troquent leurs productions des années précédentes pour faire de la place à leur production de cette année. Cette situation n’avantage cependant que les grands éleveurs qui peuvent se déplacer jusque dans les centres administratifs. Dans les zones rurales, les hausses sont moins marquées du fait de la spéculation entretenue par les courtiers et des craintes éprouvées par les ménages pauvres qui, en raison de la dégradation des conditions pastorales, se sentent de moins en moins capables d’entretenir leur cheptel car le prix de l’aliment bétail connait une hausse constante depuis le début de l’année.

Suppositions

Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire au niveau national de janvier à juin 2014, se fonde sur les hypothèses générales suivantes:

Sur la production :

  • Dans l’ouest de la vallée du fleuve les récoltes de riz ont renforcé la disponibilité des ménages pauvres en riz. La production du secteur privé national et les exportations de riz sénégalais vont renforcer la disponibilité en riz dans tous les marchés du pays. La juxtaposition de ces deux facteurs va limiter la hausse du prix du riz local, entre janvier et mars.
  • Dans les zones de cultures pluviales (à l’exception du centre et du nord du Guidimakha) les disponibilités céréalières seront conformes à celles d’une année moyenne jusqu’à mars. D’avril à juin, comme d’habitude, les stocks familiaux des ménages pauvres seront épuisés et ils doivent recourir à des achats de nourriture.
  • Dans le centre de la vallée du fleuve Sénégal, dans la zone agropastorale et la zone oasienne, les disponibilités céréalières des ménages pauvres seront inférieures à celles d’une année moyenne en raison de l’échec des cultures pluviales et de décrue qui sont leur principale source de stocks.
  • Les apports alimentaires du travail hors zone relevant des activités agricoles (battage, transport, vannage, stockage) ou de l’exode vers les autres zones de production du Mali vont, comparativement à ceux d’une année normale, accuser des baisses significatives, entre janvier et mars en raison des déficits de production des cultures tardives locales et hors zone.
  • Les pâturages seront suffisants jusqu’en juin comme en année normale, sauf dans la vallée du fleuve et le sud–ouest de la zone agropastorale, où les pâturages ne répondent plus au besoin du cheptel local et transhumant depuis le début du mois de janvier. L’état d’embonpoint des animaux sera satisfaisant dans toutes les zones pastorales jusqu’en mars comme en année moyenne sauf dans le centre de la vallée du fleuve, le nord-ouest et le sud de la zone agropastorale où les pâturages, déjà médiocres à cause de la mauvaise repartions pluviométrique, ont été envahi par des transhumants provenant de la zone de transhumance pastorale mauritanienne et du nord du Sénégal.

Sur le comportement des marchés et la tendance des prix :

  • Un approvisionnement régulier et suffisant des marchés est attendu avec un fonctionnement normal des flux internes et transfrontaliers qui resteront assez dynamiques pour répondre aux demandes internes.
  • Des prix du sorgho seront toujours très élevés mais ils s’inscriront dans une tendance continue de baisse entre janvier et mars (entre 30 et 60 pour cent de moins qu’en année moyenne).
  • Les prix du riz principale céréales consommée va connaitre, comparativement à la moyenne quinquennale, des hausses comparables à celles qui ont été observées en 2013 (entre 4 et 12%) selon les zones. Ils resteront néanmoins stables, par rapport au cours actuels, entre janvier et juin, Celui du blé principale céréale de substitution disponible dans le commerce, les SAVS et les BS  variera, conformément aux tendances de 2013, entre 5 et 12 pour cent, entre janvier et juin car on s’attend à ce que la demande s’accroisse avec la dégradation des pâturages. Bon nombre d’éleveurs des zones urbaines recourent au blé comme aliment de bétail. La demande, en blé des grands éleveurs sera fortement réduite avec leur départ précoce (janvier au lieu de mars/avril) en transhumance.
  • Les programmes d’assistance du gouvernement, comme des Stocks Alimentaires Villageois de Sécurité (SAVS) et des Boutiques de Solidarité (BS), seront renforcés.
  • La hausse importante continue du prix du bétail est attendue jusqu’en juin. En effet les hausses saisonnières typiques devraient, au cours de cette période, être renforcées par la demande importante des paysans maliens qui commercialisent leurs stocks de céréales de 2012/2013 pour acheter du bétail.  Les termes d’échange bétails (ovins, caprins, bovins et camelins) contre les céréales (sorgho, blé et riz) resteront encore favorables aux éleveurs même si on s’attend, entre avril et juin, à des hausses des prix des céréales importées (sorgho malien, riz et blé).

Sur le plan des revenus:

  • Des revenus provenant du travail local conformes à ceux d’une année moyenne, sauf au centre et au nord du Guidimakha, au nord et à l’est du Gorgol, au nord du Brakna,  à l’ouest de l’Assaba et dans la vallée du fleuve, où la baisse des activités agricoles affectera significativement les revenus que les ménages tiraient du travail agricole de la décrue, entre janvier et mars.
  • D’avril à juin, les activités relatives à l’exploitation écologique (vente de paille, de bois et de charbon de bois) seront également réduites à cause de la surveillance exercée par le agents du ministère de l’environnement et de la concurrence des citernes de gaz qui vont jusque dans les zones rurales.
  • Des revenus provenant du travail hors zone et de l’exode conformes à ceux d’une année moyenne sauf dans nos zones de préoccupation citées plus haut où on s’attend à ce qu’ils soient, entre avril et juin, en hausse vu le départ précoce et la multiplication des acteurs.
  • Des revenus du travail pastoral en baisse entre janvier et mars à cause du départ précoce en transhumance. L’absence de bétail, dans les zones pastorales fait que la main d’œuvre pastorale n’aura pas de travail à faire. Cette situation va se prolonger entre avril et juin.
Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

De janvier à mars, l’insécurité alimentaire aiguë sera Minimale (IPC Phase 1) dans toutes les zones rurales a l’exception de celles du nord du Guidimakha, du nord-est du Gorgol et du nord-est du Brakna (qui sont expliqués dans les sections suivantes). L’effet combiné des productions agricoles et des apports de l’élevage et de la hausse du prix des animaux vont permettre aux ménages pauvres d’accéder régulièrement à une nourriture suffisante et pour répondre à leurs besoins non-alimentaires. Cependant, entre avril et juin, l’impact de l’échec relatif des cultures de décrue et la dégradation inattendue et rapide des conditions pastorales dans la zone agropastorale et dans le centre de la vallée du fleuve, vont précipiter la baisse des niveaux de la sécurité alimentaire dans ces zones citées en début de paragraphe et y conduire, entre avril et juin, une situation de Stress (IPC Phase 2) alimentaire, soit deux mois, avant la période de soudure.

Zones de Préoccupation

La zone de cultures pluviales

Cette zone comprend le nord de la moughataa de Sélibaby et toute celle de Ould Yengé où environ 75 pour cent des agriculteurs sont pauvres et ne pratiquent, par an, que la seule culture pluviale qui leur fournit 35 pour cent de leur nourriture annuelle et dont la vente leur apporte 20 pour cent de leurs revenus annuels. Ils sont donc très vulnérables aux chocs pluviométriques qui affectent leurs activités agricoles. Leur principale stratégie de vie et d’adaptation est l’exode qui leur rapporte environ 20 pour cent de leurs revenus et leur permet en grande partie d’accéder aux denrées alimentaires commercialisées puisqu’ils achètent 38 pour cent de leur nourriture.

Situation actuelle
  • Suite à la mauvaise répartition pluviométrique pendant l’hivernage, il y a eu un important déficit de production des cultures pluviales dans cette zone. Les ménages pauvres ne disposent plus de stocks de la récolte des cultures pluviales depuis novembre bien que en année normale ils ont des stocks pour se alimenter jusqu’en mars/avril.
  • Les conditions pastorales actuelles restent, comme en année moyenne, encore satisfaisantes dans la majeure partie de la zone de cultures pluviales. Toutefois la baisse de la disponibilité des eaux de surface a conduit à l’abandon de certaines zones (nord du Guidimakha) et entrainé un début de surcharge pastorale dans le centre déjà abandonné par ses grands éleveurs qui sont partis pour le sud de la région et pour le Mali.
  • La disponibilité alimentaire est actuellement satisfaisante, grâce au bon approvisionnement des marchés en denrées alimentaires importées. En effet, rien n’est venu entraver les importations des commerçants locaux, les flux transfrontaliers avec le Mali et le fonctionnement des programmes d’assistance existant dans la zone tels que les SAVS, les BS, les Centres de Récupération Nutritionnelle Ambulatoire (CRENAM) et les cantines scolaires.
  • Les prix des denrées alimentaires vendues dans les marchés formels sont plus ou moins stabilisés par les ventes des programmes, qui sont 30 à 40 pour cent moins élevés, et par les exportations maliennes de céréales. De ce fait, comparativement à la même période de 2013, on ne note pas de hausse significative des prix des denrées alimentaires importées (riz et blé). Par contre, avec les récoltes maliennes, les baisses saisonnières des prix des céréales traditionnelles (33 pour cent pour le sorgho) seront maintenues dans la zone de cultures pluviales, entre janvier et mars Ces prix restent nettement plus élevés (entre 4 et 12%) que ceux de la moyenne des quatre dernières années. Les difficultés d’accès à ces produits relèvent essentiellement de la baisse des revenus saisonniers des ménages pauvres.
  • Les revenus saisonniers (janvier à mars) qui provenaient en grande partie des activités agricoles au Mali et des petits travaux urbains sont en baisse pour. La commercialisation des stocks limite en effet les besoins de travaux annexes (battage et vannage) et le climat d’insécurité au Mali a limité le nombre de partants (qui n’a fait que doubler alors qu’il aurait pu tripler voir quadriplier) qui restent surtout dans les zones maliennes proches de la frontière mauritanienne. Par ailleurs, la surcharge de main de bras dans les centres urbains constitue un autre facteur de difficulté à  trouver un emploi ou à s’insérer dans un secteur informel déjà saturé. Ils n’arriveront pas, contrairement à nos précédentes perspectives, à combler le déficit comparativement à une année moyenne.
  • Les prix des animaux bien qu’en en hausse selon les tendances saisonnières, sont cette année encore élevés sous l’impulsion de la demande des paysans maliens qui achetant du bétail en vue de se constituer un troupeau. Ces hausses ne profitent cependant qu’aux ménages moyens et nantis car, en cette circonstance, la demande sur le cheptel caprin possédé par les pauvres, est faible.
Suppositions

Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire locale décrit ci-dessous, de janvier à juin 2014, se fonde sur les hypothèses générales suivantes:

  • Les ménages pauvres doivent continuer à recourir à des achats de nourriture jusqu'à la prochaine récolte en septembre.
  • Les conditions pastorales ne répondront pas au besoin du cheptel local, entre avril et  juin. La production de lait, sera au moins égale à celle d’une année moyenne jusqu’en mars mais sera en baisse, entre avril et juin.
  • Les conditions pastorales affectent également l’état embonpoint des cheptels et les prix des animaux seront en baisse , entre avril et juin, dans les zones rurales où les ménages pauvres sont obligés de vendre leurs animaux pour s’acheter de la nourriture car ils ne bénéficient pas encore des retombées de l’exode.
  • L’exode, dès janvier, précoce de trois mois par rapport à une année moyenne, n’a pas encore donné lieu à des retombées significatives autres que la baisse des quantités de nourriture à acheter. Cette situation devrait continuer jusqu’en mars et conduire, entre avril et juin, à des baisses d’environ 50% des apports annuels de l’exode.
  • La baisse du prix du blé conformément aux tendances saisonnières permettra aux ménages pauvres de recourir à cette denrée de substitution. Le bon fonctionnement des flux transfrontaliers (avec le Mali) va assurer une disponibilité en sorgho qui va limiter le recours au blé.
  • L’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires importées les plus consommées dans la zone (sorgho, maïs, riz, blé, sucre, thé et huile) restera régulier. On ne s’attend pas, malgré la nouvelle hausse du prix du carburant, à des fortes hausses du prix des denrées alimentaires importées. Le temps de dépendance du marché sera plus long qu’en année normale mais les ménages pauvres pourront continuer à bénéficier des bas prix des BS et SAVS.
  • Les revenus continueront avec leur importante baisse par rapport à ceux d’une année moyenne du fait que, par crainte des représailles, les Mauritaniens se concentreront surtout dans les zones proches de leur pays, entrainant ainsi une surcharge de l’offre qui va se traduire par des baisses de salaires et de revenus globaux.
  • Il n’y a pas des indications que les programmes d’assistance sociale ne seront pas conformes à ceux d’une année normale.
Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

Les ménages pauvres resteront en situation de Stress insécurité alimentaire aiguë (IPC Phase 2) de janvier à mars. En effet leur production céréalière n’ayant pas suffi à couvrir leurs besoins alimentaires,  ils recourent au marché quatre mois plus tôt qu’en année moyenne avec des revenus en importante baisse. La dégradation des conditions pastorales limite leur capacité d’accès au lait et réduit (par la baisse de leur embonpoint) la valeur marchande des animaux. Toutefois, les bas prix des BS et des SAVS constituent un facteur qui limite l’altération de leur pouvoir d’achat. Cette situation va, dans la moughataa de Ould Yengé, évoluer, entre avril et juin, vers une état de Crise (IPC Phase 3) car on ne s’attend pas, à  ce que les apports de l’exode (principale source de revenus saisonniers) soient assez suffisants pour compenser les déficits de production  et de revenus  et permettre, aux ménages pauvres, d’accéder régulièrement et suffisamment aux denrées alimentaires commercialisées.

L’ouest de la zone agropastorale

Cette zone englobe le nord et l’est du Gorgol, le nord du Brakna et l’ouest de l’Assaba. Environ 60 pour cent de la population est constitué d’agropasteurs pauvres à dominante agricole qui sont actuellement affectés par un important déficit de leur production agricole pluviale. En année moyenne celle-ci couvre 30 pour cent de leurs besoins alimentaire et sa vente 20 pour cent de leurs revenus. Ils achètent, entre mars et juillet 35 pour cent de leur nourriture le plus souvent avec l’argent procuré par l’exode (40 pour cent des revenus annuels) et par des emprunts en nature (20 pour cent) auprès des marchands locaux qui se feront rembourser en nature, lors des récoltes, où les rapports sont les plus avantageux.

Situation actuelle
  • Après la mauvaise productivité des cultures pluviales, l’échec des cultures de décrue (bas-fonds et barrages) causé en grande partie, par les attaques de la sésamie fait que les ménagés pauvres ne disposent pas de stocks alors qu’en année moyenne ils en ont jusqu’au mois d’avril/mai. Les cultures de décrue sont gravement affectées par la sésamie et la production attendue ne sera même pas égale au quat de celle d’une année moyenne bien que les superficies emblavées, en début de saison, soient de 20 à 25  pour cent supérieures à celles d’une année moyenne. Dans certaines zones, les récoltes qui n’auraient dû commencer qu’en fin janvier sont déjà achevées car seules les hautes terres semées en octobre ont pu arriver à maturation avant d’être attaquées par la sésamie. De ce fait, les ménages pauvres qui en année moyenne arrivaient à produire environ 1,6 à 2 tonnes n’ont récolté, cette année, au plus, que 80 à 100 Kg car plus des trois quarts des champs n’ont pas été productifs.
  • Si les revenus tirés du travail agricole, entre octobre et novembre, ont été de 30 à 40 pour cent plus élevés que ceux d’une année moyenne en raison de l’importante demande en main d’œuvre agricole pour l’exploitation rapide des importantes zones inondées, ceux de février à mars liés aux récoltes, transport et transformation des produits récoltés (qui représentent plus 60 pour cent des revenus tirés du travail agricole) seront assez presque nuls.
  • Les jeunes sont déjà partis en travail saisonnier depuis décembre soit vers les villes voisines (Kaédi, M’Bout), soit vers Nouakchott, Nouadhibou et Zouerate, soit vers le Sénégal. Toutefois, des envois alimentaire ni monétaire ne sont pas encore reçus  par leurs familles.
  • La majeure partie des revenus journaliers provient essentiellement de la vente de la paille qui reste encore très importante par rapport a la moyenne dans le centre et l’est de la zone agropastorale où la charge de la charrette fluctue entre 4500 et 6000 MRO en fonction de sa taille.
  • La vente de bois est fortement limitée par la surveillance et les craintes de sanctions auxquelles ils s’exposent s’ils sont pris en flagrant délit par les agents du ministère de l’environnement. Le prix du sac de charbon a peu change, de 1400 MRO en 2013 il est passé à 1500 seulement mais les quantités à vendre avaient déjà baissé de plus de 75 pour cent.
  • Suite à la mauvaise production des cultures de décrue, les prix du sorgho connait un niveau saisonnier jamais atteint (900 MRO le moud ; soit environ 225MRO le kilogramme) dans les parties agropastorales de Monguel et du nord –est du Brakna. A la même période de 2013 le moud de sorgho fluctuait entre 350 et 400 MRO et était tombé jusqu’à 300 MRO au moment des récoltes (début février). Par rapport à la moyenne quinquennale ce prix est 4 à 12% en hausse respectivement dans la vallée du fleuve (marché de Boghé) et dans l’ouest de la zone agropastorale (marché de Magta Lahjar)
  • Dans la moughataa de M’Bout la moyenne production des cultures de maïs des bas-fonds a pondéré la hausse du prix du moud de sorgho qui fluctue entre 600 et 700 MRO. En effet vu que les ménages pauvres sont de grands consommateurs de maïs, la demande en sorgho reste faible. Ceux qui vendent leur sorgho sont obligés d’accepter les bas prix imposés par les céréaliers mais tous s’attendent à une importante hausse de ce prix, une fois les récoltes de maïs épuisé en février.
  • La production de niébé, actuellement en cours de récolte, est également mauvaise. Elle est considérée comme la plus basse des cinq dernières années et ne représente que 30 pour cent environ de celle de 2013 et 50 pour cent de celle d’une année moyenne. Il est important de noter que dans la zone agropastorale, le niébé remplace la viande dans l’alimentation des pauvres et est également une importante source de revenus. Déjà le prix de son moud est à 2000 MRO alors qu’à la même période de 2013, qui était une année très bonne, il n’était que de 600 MRO.
  • La situation pastorale est fortement dégradée dans le nord-ouest de la zone agropastorale à cause de la mauvaise répartition des pluies (nord et nord-est du Brakna et dans la moughataa de Monguel au Gorgol). Il en résulte la dégradation du niveau d’embonpoint des animaux locaux. Dans le reste de la zone (de la moughataa de M’Bout au Gorgol jusqu’en Assaba et au Guidimakha) elle reste globalement satisfaisante. La pression pastorale yest moyenne à faible sur les pâturages en raison du départ en transhumance (vers le sud du Guidimakha et vers le Mali) des grands éleveurs. Avec la dégradation des pâturages de la vallée par les transhumants sénégalais, les grands éleveurs de cette partie ont été, eux aussi, d’anticiper leur transhumance et de partir vers le Gorgol. Il en résulte déjà une forte pression sur les zones pastorales du sud de la zone agropastorale qui s’étend de Wadjio (a une vingtaine de km à l’est de Kaédi) jusqu’au nord de la moughataa de Maghama. A ce stade de la saison le sud-ouest de la zone agropastorale et la vallée du fleuve sont les deux zones les  plus affectées par la présence des transhumants.
  • Les prix des animaux seront en hausse continue jusqu’ en mars mais accuseront, entre avril et juin, des baisses saisonnières (comprises entre 9,45 en 2010 et 11,17 en 2013) de leur prix actuels. Ceci se justifie, dans la zone agropastorale, par des conditions pastorales) proches de celles de 2010
  • De nombreuses familles continuent de recourir aux BS et aux SAVA mais certaines avouent, faute de ressources monétaires (car les BS ne vendent pas à crédit) avoir déjà repris les emprunts auprès des commerçants locaux sur hypothèque des futurs envois ou des prochaines récoltes a défaut de paiement avant le mois de juin.
Suppositions

Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire locale décrit ci-dessous, de janvier à juin 2014, se fonde sur les hypothèses générales suivantes:

  • Suite à l’échec des cultures de décrue, les stocks familiaux de céréales ne dureront que deux mois contre quatre à cinq mois jusqu’à avril en année moyenne. En l’absence des stocks propre, les ménages pauvres vont continuer à recourir au marché pour leurs besoins alimentaire. Un recours à l’achat de nourriture dans les marchés dés février soit antérieur de 2 à 3 mois à une année moyenne.
  • Des conditions pastorales qui ont limité les mouvements pastoraux jusqu’en janvier mais qui se dégradent sous la pression des transhumants en provenance du Sénégal et de l’ouest du pays. Avec le départ en transhumance des animaux, la production de lait des bovins et ovins sera nulle comme en année moyenne. Seuls les ménages possédant des caprins et des camelins arrivent à en disposer.
  • L’arrivée des transhumants des zones déficitaires du nord où les pluies de saison froide n’ont pas été assez importantes pour générer des pâturages capables de retenir le cheptel, est maintenant fort probable. La demande saisonnière en travail pastoral sera en baisse, entre janvier et juin, du fait des mauvaises conditions pastorales qui prévalent dans la zone. Les transhumants n’y séjourneront pas et n’auront donc pas besoin d’embaucher la main d’œuvre pastorale locale
  • L’importante vente de paille ne devrait pas perdurer, au-delà de février, en raison de l’arrivée des transhumants de l’ouest et du Sénégal et avec le temps, les proches zones d’exploitation seront épuisées et il faudrait aller plus loin. La vente de paille sera moins importante qu’en année moyenne.
  • La période de vente de bois et de charbon arriver qui  se fait habituellement,  entre mars et juin. La vente de bois et charbon sera nettement moins importante en raison de la faiblesse des espaces exploitables et de la surveillance des agents du ministère de l’environnement
  • L’exode de cette année sera de trois mois antérieur à celui d’une année moyenne mais ses retombées inférieures à celles d’une année moyenne du fait des difficultés à trouver un emploi dans les zones maliennes et dans les centres urbains nationaux.
  • L’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires importées sera régulier et suffisant grâce aux importations commerciales et humanitaires ainsi qu’au bon fonctionnement des flux transfrontaliers.
  • Le prix du carburant affichera, à partir d’octobre, une hausse de 10 pour cent conformément aux tendances saisonnières observées ces trois dernières années entrainant, à partir de janvier, une hausse proportionnée du prix des denrées alimentaires transportées et commercialisées ainsi que celle de leur transport et de celui des personnes.
  • Des prix des céréales traditionnelles (sorgho, mil et maïs) resteront légèrement élevés, entre janvier et mars mais leurs hausses conformément aux tendances saisonnières, et seront modérées par les exportations maliennes et par la bonne disponibilité en blé qui est la principale céréale de substitution des ménages pauvres. Entre avril et juin, les hausses deviendront plus importantes et s’inscriront dans les tendances d’une année moyenne car on s’attend à ce que les flux maliens continuent d’alimenter les marchés.
  • Le prix du blé et du riz continueront, entre avril et juin. de s’inscrire dans les mêmes tendances haussières proches de 11.9 pour le blé et 12.9 pour cent pour le riz importé. En effet la  baisse de la disponibilité en riz local (les récoltes de riz hivernal sont achevées depuis novembre/début décembre et celles du riz de contre saison chaude n’arriveront qu’en juin) accentueront la demande sur le riz importé. Pour le blé outre l’augmentation de la demande des ménages pauvres pour lesquels il est la principale céréale de substituions il y a celle des éleveurs urbains d’abord qui pourrait amplifiée par celle des éleveurs ruraux au fur et a mensure que la période de soudure pastorale avance)  
  • Les termes d’échange resteront favorables aux éleveurs tout en s’inscrivant dans une progressive tendance à la baisse en raison de la baisse typique du prix des animaux causée à la fois par la dégradation de leur niveau d’embonpoint et les importantes ventes saisonnières pour l’achat de l’aliment bétail,  dans les zones rurales. Cette situation, propre surtout aux moyens et grands éleveurs, ne devrait cependant pas affecter profondément les revenus des ménages car ces derniers procèdent souvent à des ventes suffisantes pour répondre aux besoins de la famille durant toute la période de transhumance. Les ménages pauvres qui n’ont que peu de bétail sont rarement concernés par la transhumance.
Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

L’échec des cultures de décrue va limiter les stocks des ménages pauvres, qui doivent recourir à l’achat pour leurs besoins alimentaires. Entre janvier et mars, la baisse de prix de cheptel et la faiblesse d’autres revenus entraineront des  difficultés à répondre à leurs besoins alimentaires sans éprouver des déficits des besoins non-alimentaires et les ménages pauvres seront dans une situation de Stress (IPC Phase 2) insécurité alimentaire aiguë. Cette situation devrait se prolonger jusqu’en juin car même si les apports de l’exode attendus entre avril et juin peuvent y contribuer, leur accès régulier et suffisant aux denrées alimentaires commercialisées dans les SAVS et les BS, ne pourra se faire qu’avec un recours plus important aux ventes animales qui affecterait ce principal moyen d’existence.

Evénements qui Pourraient Changer les Scenarios

Table 1. Evénements possible dans les prochains six mois qui pourraient changer les scenarios ci-dessus.

Zone

Événement

Impacts sur les conditions de la sécurité alimentaire

Nationale

 

Hausse du prix des céréales de substitution (blé et riz) sur les marchés internationaux.

Forte hausse du prix des denrées d’où la limitation de leur accès par les ménages pauvres

Disfonctionnement durable des flux transfrontaliers

Une forte hausse du prix des céréales traditionnelles et inversion de la tendance actuelle des termes d’échange

Zone agropastorale

Transhumance durable

Des revenus conséquents (sil le temps de présence des transhumants sera plus long) pour les ménages pauvres impliqués dans le travail pastoral.

 

Zone de cultures pluviales

Entrave à l’exode vers le Mali

La perte ou la baisse significative des revenus qui proviennent de ce pays qui est la principale destination de ceux qui vont en exode.

Arrêt des exportations maliennes de céréales.

Hausse atypique du prix des céréales traditionnelles qui sont à la base de l’alimentation des ménages pauvres

L’arrêt des BS entre janvier et juin

Retour des ménages pauvres dans le système des marchés formels où ils seront obligés d’acheter les denrées alimentaires au cours du moment alors qu’ils étaient habitués à de prix plus bas (-30 à 40 pour cent pour cent ).

Arrêt des demandes sénégalaises et maliennes de bétail

Baisse du prix du bétail entrainant celle des revenus provenant de leurs ventes. Il va en découler des termes d’échange défavorables qui vont obliger les ménages à multiplier les ventes pour couvrir leurs besoins alimentaires d’où un grand risque d’altération d’une de leur principale source de nourriture (lait et viande) qui est également leur principale source de revenus

 

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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