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L'intensification du conflit maintient l’insécurité alimentaire aiguë dans le nord et le centre du Mali malgré la période des récoltes

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Mali
  • Octobre 2023 - Mai 2024
L'intensification du conflit maintient l’insécurité alimentaire aiguë dans le nord et le centre du Mali malgré la période des récoltes

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  • Messages clé
  • Contexte national
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Zone de préoccupation: Région de Ménaka : Zone de moyen d’existence ML01 (Nomadisme et commerce transsaharien), ML02 (Nord élevage), et ML04 (Bétail, mil et envois de fonds dans le centre du pays) (Figure 2)
  • Autres zones de préoccupation dans le pays
  • Résultats les plus probables en matière de sécurité alimentaire et zones bénéficiant de niveaux significatifs d’aide humanitaire
  • Messages clé
    • Insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l'IPC) et de Crise (Phase 3 de l'IPC) sont attendus dans le nord et le centre du pays à la fin de 2023 et au début de 2024. Les régions de Ménaka, de Kidal et le cercle d’Ansongo sont les zones les plus préoccupantes. Le conflit et la baisse de revenus sont les principaux déterminants de l'insécurité alimentaire aiguë au cours de cette période de prévision. Toutefois, l’amélioration saisonnière des productions animales, les récoltes en cours et la baisse des prix des céréales de base favorisent une disponibilité alimentaire satisfaisante et un accès des ménages à la nourriture par rapport à soudure d'avril à septembre 2023. Ainsi, les zones pastorales et agropastorales du Liptako Gourma améliorent de la phase de Crise (Phase 3 de l’IPC) à la phase de Stress (Phase 2 de l’IPC), tandis que la région de Ménaka, fortement touchée par le conflit, passe de la phase d'Urgence (Phase 4 de l’IPC) à la phase de Crise (Phase 3 de l’IPC). La situation de la sécurité alimentaire devrait rester relativement stable jusqu'en avril 2024, date du début de la prochaine période de soudure. 
    • La situation sécuritaire connait une recrudescence des conflits entre les groupes armés et les militaires dans les régions de Ménaka, Gao, Tombouctou et de Mopti avec des perturbations énormes sur les flux commerciaux dans ces zones et des persécutions sur les populations civiles. Les déplacements inhabituels de populations qui se poursuivent, la détérioration des moyens d´existence à travers la baisse des opportunités des activités économiques, les vols/pillages de biens, etc., qui en résultent, exposent davantage les ménages pauvres à l’insécurité alimentaire. Alors que l'insécurité s'est considérablement accrue dans le centre et nord du Mali, les impacts les plus graves sont attendues à Ménaka, où les mouvements de population restent limités et où l'approvisionnement des marchés est extrêmement perturbé. La dynamique du conflit dans le centre et le nord du Mali est assez volatile, et il y a un risque que les niveaux de conflit et les impacts qui en résultent sur le fonctionnement du marché et les moyens de subsistance locaux s'aggravent plus que les prévisions actuelles. Si cela se produit, il est probable que les niveaux d'insécurité alimentaire se détérioreront davantage que ce que FEWS NET a prévu.1 
    • Les prévisions de production de céréales de la Cellule de Planification et des Statistiques/service du Développement rural (CPS/SDR) sont en légère hausse de 6,4 pour cent par rapport à l’année dernière et pratiquement similaires à la moyenne des cinq dernières années. Toutefois, les précipitations mal réparties de juin et juillet ont fortement retardé les semis et le développement des cultures. Ceci, couplé avec les faibles précipitations de septembre, l'insécurité qui a limité les surfaces cultivées dans le centre et le nord du pays, et le coût élevé des intrants, en particulier pour la culture du riz, conduit FEWS NET à estimer que la production sera probablement inférieure à la moyenne quinquennale.


     

     


    Contexte national

    Situation actuelle

    Situation sécuritaire : La situation sécuritaire connait une recrudescence dans les régions de Tombouctou, Gao, Ménaka et de Kidal à la suite de la rétrocession des camps de la MINUSMA aux forces armées maliennes depuis juin 2023. Des repressions sur les populations civiles et des braquages sur les axes routiers (Ménaka-Ansongo-Gao, Ménaka-Niger, Tombouctou-Mopti) par les groupes armés, perturbent les mouvements des personnes et des biens ainsi que le fonctionnement normal des marchés notamment dans les zones frontalières avec les pays voisins (Niger, Algérie, Burkina Faso, Mauritanie). En outre, des affrontements entre l’armée et les groupes armés perturbent aussi les activités économiques dans le nord des régions de Ségou (zone office du Niger) et de Koulikoro (Nara). Selon Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), de janvier à septembre 2023, on a dénombré 1 121 incidents sécuritaires soit une hausse de 13,6 pour cent par rapport à la même période en 2022. En plus des perturbations des activités économiques et des pertes de biens, les difficultés d’accès aux structures sociaux-sanitaires et les déplacements inhabituels des ménages notamment dans les zones de conflit; augmentent leur exposition à l’insécurité alimentaire.

    Mouvement de population : La poursuite des incidents sécuritaires voire leur recrudescence continue d’engendrer des déplacements de populations à la recherche d’endroits plus sécures. En fin septembre 2023, le nombre de personnes déplacées était estimé à 391 961 personnes soit une hausse de 4 pour cent par rapport à avril 2023 (CMP, rapport Sept. 2023) à travers le pays et principalement dans les régions de Mopti, Tombouctou, Gao, Ménaka et Kidal où des abandons de villages sont observés. Ces ménages déplacés qui ont perdu les sources habituelles de revenus et de nourritures se retrouvent dans la précarité au niveau des ménages d’accueil sur lesquels ils exercent une pression énorme sur les maigres ressources disponibles.

    Productions agricoles : Les prévisions de production de céréales de septembre 2023 sont en légère hausse de 3,3 pour cent par rapport à celles de l’année dernière et de 5 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale selon le rapport de la Cellule de Planification et des Statistiques/service du Développement rural (CPS/SDR, Septembre 2023). Cependant, le retard d’installation des cultures, la faiblesse de la crue et la mauvaise répartition pluviométrique observés, ainsi que la réduction des superficies cultivées dans les zones d’insécurité particulièrement dans la zone du Liptako Gourma, et la faible utilisation des fertilisants à cause de leurs prix élevés, ont réduit les productions agricoles par rapport à l’année dernière et à la moyenne quinquennale, y compris dans les bassins de production comme le Seno et la vallée du fleuve Niger de Mopti à Gao. En plus des difficultés d’engrais, les dégâts moyens à importants des oiseaux granivores sur le mil/sorgho dans la région de Mopti et aussi des chenilles mineuses dans la région de Koulikoro, affecteront négativement les productions dans les localités touchées. Les récoltes bien qu’en dessous de la moyenne par endroits, améliorent les disponibilités alimentaires et l’accès des ménages aux vivres. Les rémunérations en nature et en espèce issues des activités de la main d’œuvre dans les récoltes, offrent des opportunités moyennes de nourritures et de revenus pour les ménages pauvres. Il en est de même pour les travaux d’installation de la campagne de contre-saison de maraichage et de céréales qui démarre avec des perspectives moyennes à cause de la disponibilité moyenne des eaux au niveau des cours d’eau, des barrages et mares de retenue.

    Productions de l’élevage : Les pâturages sont dans l’ensemble similaires à supérieurs par rapport à une année moyenne particulièrement dans les zones pastorales des régions du nord du pays, ce qui est favorable à une bonne alimentation du bétail. Cependant, les points de déficit de biomasse notamment dans les cercles de Goundam et de Rharous qui sont des zones de concentration de saison sèche, constituent une préoccupation pour l’alimentation correcte du bétail à la soudure (avril à juin) dans un environnement où les mouvements de troupeaux restent perturbés. L’état d’embonpoint des animaux et le niveau des productions animales sont moyens dans l’ensemble ; ce qui améliore l’alimentation et le revenu des ménages éleveurs. Un début de retour des troupeaux transhumants est observé pour les résidus de récoltes dans les zones agricoles et vers les points d’eau permanents dans les zones du nord du pays et dans la bande du fleuve pour le « Bourgou ». La situation zoo-sanitaire est relativement calme dans l’ensemble. La campagne de vaccination qui a démarré en début d’octobre se poursuit de façon typique partout à travers le pays même si, des perturbations sont signalées dans les zones d’insécurité du centre et du nord du pays.

    Production de pêche : La baisse habituelle des captures de poisson est observée en cette période de hautes eaux sur les cours d’eau. Les captures sont jugées faibles par rapport à la moyenne à cause du niveau très élevé des eaux et des perturbations sécuritaires dans les principales zones de pêche du delta intérieur du Niger de Mopti et des régions de Tombouctou et de Gao.

    Fonctionnement des marchés et prix : La hausse saisonnière des offres de céréales est de plus en plus observée grâce au déstockage au niveau des producteurs et des commerçants et aux nouvelles récoltes qui améliorent les disponibilités alimentaires sur les marchés. Elle est moins marquée qu’en année normale à cause de la faiblesse des stocks de report. Dans les zones d’insécurité de Mopti, Tombouctou, Gao, Ménaka et de Kidal, les perturbations dans l’accès à certains marchés voire des blocus comme à Tombouctou et Ménaka, réduisent significativement les flux commerciaux avec parfois des pénuries notamment pour les denrées manufacturées importées. Le prix de la céréale de base par rapport à la moyenne quinquennale en fin septembre sur les marchés des capitales régionales est en hausse de 71 pour cent à Ménaka, 39 pour cent à Sikasso, 31 pour cent à Gao, 24 pour cent à Koulikoro, 13 pour cent à Ségou, 11 pour cent à Kidal, 8 pour cent à Mopti et 7 pour cent à Kayes et similaire à Tombouctou (4 pour cent). Ces fortes hausses de prix s’expliquent par les difficultés d'accès à cause de l'insécurité excepté à Sikasso où elle est liée aux fortes demandes pour le maïs pour l'alimentation animale de plus en plus croissantes, du coût élevé de la production en lien avec le prix des intrants les zones. Ils restent tout de même inférieurs à ceux de 2022 à la même période grâce au rebond de la production agricole en 2022. Les prix pour les denrées importées sont en hausse dans les zones d’insécurité à cause de la baisse importante de leur disponibilité liée aux perturbations de flux consécutives à la recrudescence des incidents sécuritaires. La hausse des prix des denrées alimentaires réduit l’accès des ménages pauvres aux marchés. 

    Quant aux marchés à bétail, l’offre de bétail est stable ou en hausse par rapport au mois passé et moyenne dans l’ensemble grâce au retour des troupeaux transhumants et aux besoins de reconstitution des éleveurs en céréales qui profitent de l’amélioration des termes de l’échange bétail/céréales. Les prix du bétail restent supérieurs à la moyenne à cause de la réduction des offres liée à l’insécurité et le bon embonpoint du bétail dans les régions du centre et du nord. Par rapport à la moyenne quinquennale, le prix de la chèvre, qui est l’animal le plus vendu par les ménages pauvres pour accéder à la nourriture, est en hausse de 33 pour cent à Gao, 20 pour cent à Bourem, 19 pour cent à Rharous, 16 pour cent à Mopti, Nara et Tombouctou et 7 pour cent à Ménaka. Les termes de l’échange chèvre/céréales sont dans l’ensemble stables ou en amélioration par rapport au mois passé sur les marchés pastoraux suivis par FEWS NET grâce à la baisse des prix des céréales et la hausse de celui du bétail (Figure 1). Par rapport à la moyenne quinquennale, ils sont similaires à Gao (+2 pour cent), en hausse à Tombouctou (11 pour cent), Nara (10 pour cent), Mopti (7 pour cent), et en baisse à Bourem (-7 pour cent), Rharous (-12 pour cent), et Ménaka (-42 pour cent) ; ce qui réduit l'accès des ménages éleveurs sur ces marchés.

    Figure 1

    Termes d'échange chèvre/céréales Sept. 2023 (Kg/Tête)
    Termes d'échange chèvre/céréales Sept. 2023 (Kg/Tête)

    Source: FEWS NET

    Assistance humanitaire : Dans le cadre de l’assistance saisonnière de juin à septembre 2023, environ 1 175 983 personnes ont reçu des assistances mensuelles en vivres principalement sous forme de nature et de cash/coupon et 322 281 personnes pour l’appui aux moyens d’existence principalement sous forme de vaccination du cheptel de mai à septembre 2023 (Cluster Sécurité alimentaire, Septembre 2023) de la part du Gouvernement et des partenaires humanitaires. Pour la même période, 170 132 personnes déplacées ont reçu de l’assistance alimentaire et non-alimentaire dans le cadre du mécanisme de réponse rapide couvrant les 2100 Kcal pour les nouveaux déplacés et qui se poursuit à travers le pays. Les appuis en moyens d’existence se poursuivent également dans le cadre du renforcement de la résilience. Les difficultés d’accès humanitaires restent un défis notamment dans la zone du Liptako Gourma comme à Ménaka et dernièrement à Tombouctou avec le blocus imposé par les groupes armés ; ce qui limite l’accès de certains ménages aux assistances humanitaires.

    Situation nutritionnelle : La situation nutritionnelle connait son amélioration saisonnière grâce à l’amélioration de l’accès des ménages aux denrées alimentaires diversifiées en cette période des récoltes, des produits animaliers (lait, beurre, fromage), et la baisse saisonnière des prix. L’enquête SMART de juillet/août 2023 donne une prévalence de la Malnutrition aiguë global (MAG) de 11,1% des enfants de 6 à 59 dont 2,1 % pour la forme sévère contre 10,8% en 2022. Cette prévalence est jugée élevée sur l’échelle de classification de l’OMS. Selon les régions, la situation nutritionnelle est précaire à Sikasso (8,2%) et Mopti(8,9%), critique Gao (15,3%) et Ménaka (19,4%) et préoccupante dans les autres régions. La région de Ménaka est la plus affectée par la malnutrition aiguë sévère (4,5%) suivie des régions de Tombouctou et Kidal avec un taux de 2,3% ; ce qui dénote une situation alimentaire difficile pour les ménages dans ces zones en plus des difficultés d’accès aux services socio-sanitaires. Le dépistage et la prise en charge des cas de malnutritions se poursuivent au niveau des structures de santé opérationnelles mais beaucoup moins dans les zones d’insécurité où les difficultés d’accès aux services sociaux sanitaires persistent.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    La disponibilité des récoltes en vert du maïs, du mil et des légumineuses (niébé, arachide) met fin à la soudure pour les ménages agropastoraux. En plus de cette disponibilité, la baisse saisonnière des prix des céréales de base, l’amélioration des termes de l’échange bétail/céréales dans la plupart des zones pastorales, les produits issus de la rémunération en nature durant les travaux de récoltes et les dons/zakat pour les pauvres, permettent à la majorité des ménages d’accéder à la nourriture sans grandes difficultés dans les zones agricoles. Dans les zones pastorales, la disponibilité moyenne des produits animaliers (lait, beurre, fromage) grâce aux conditions d’élevage moyennes, améliorent l’alimentation et les revenus issus de la vente de ces produits. Par conséquent, la majorité des ménages se retrouvent en insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC). Toutefois, les difficultés d’accès voire l’inaccessibilité aux récoltes et aux zones de produits de cueillette à cause de l’insécurité et à la suite des déplacements de populations dans les régions de Gao et de Mopti, limitent l’accès des ménages concernés aux vivres. Les prix des principales denrées de base supérieurs à la moyenne continuent d’affecter négativement l’accès des ménages pauvres aux denrées alimentaires notamment dans les centres urbains à cause de la baisse des revenus en lien avec la conjoncture économique difficile dans le pays et de la dégradation des moyens d’existence dans les zones d’insécurité. Les ménages pauvres qui profitent de la baisse des prix des denrées et de la disponibilité des récoltes continuent de rencontrer des difficultés à satisfaire à la fois convenablement leurs besoins alimentaires et non-alimentaires et qui ont recours à la réduction de dépenses non alimentaires, aux emprunts en nature ou en espèce, sont en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC).

    Les populations pauvres dans la région de Ménaka, où 54,0 pour cent de la population est déplacée, et certains ménages déplacés dans le sud de Kidal (Anefis, Tessalit) où des abandons de villages sont de plus en plus observés à la suite de l’offensive militaire en cours, connaissent une perturbation énorme des activités économiques. La baisse importante de revenus qui en résulte engendre des difficultés énormes d’accès à la nourriture pour les ménages pauvres et un déficit important voire total de protection des moyens d’existence. Les ménages pauvres dans ces zones connaissent l’amélioration saisonnière de la consommation alimentaire à travers l’accès même faible aux produits de cueillette, aux produits d’élevage et à la baisse des prix consécutive à l’amélioration de l’approvisionnement qui réduit le recours aux stratégies d’urgence. Par conséquent, la situation alimentaire d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) connait une amélioration en insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) à partir d’octobre à Ménaka. Aussi, les ménages pauvres des centres urbains qui continuent de subir l’effet des prix chers des denrées alimentaires, et les victimes des inondations estimées à 6 910 personnes qui rencontrent des difficultés à satisfaire à la fois les besoins alimentaires et de reconstitution des biens perdus, ils sont en insécurité alimentaire de Stress à pire.


    Calendrier saisonnier pour une année typique

    Source: FEWS NET

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire d'octobre 2023 à mai 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national:

    • Situation sécuritaire : La rétrocession des camps de la MINUSMA à l’armée continuera à nourrir des velléités d’opposition de la part des groupes armés signataires de l’Accord d’Alger dans les régions du centre et du nord du pays. Les incidents actuels dans les régions de Tombouctou, Kidal, Gao, Bandiagara et de Mopti s’exacerberont à cause du départ de la MINUSMA particulièrement dans la zone du nord-est du pays (Kidal, Ménaka et Gao). Le nombre d’incidents connaitra l’évolution saisonnière à la hausse à cause de l’arrêt des pluies en octobre qui favorisera la mobilité et avec pour corollaire une augmentation des déplacements de populations. Quant au conflit dans le centre du pays, la violence devrait rester au niveau actuel, proche de celui de 2023 grâce à la poursuite active des offensives militaires dans la zone et aussi aux négociations communautaires en cours.

    • Productions agricoles de saison : La production nationale serait moyenne à inférieure à la moyenne, avec des baisses localisées de production, y compris dans certaines zones de production (régions de Mopti, Gao et par endroits à Ségou et Koulikoro), à cause de la baisse des superficies cultivées en lien avec l’insécurité dans le centre et le nord du pays, des dégâts importants d’oiseaux granivores, du faible accès aux fertilisants.

    • Cultures de contre-saison : Le niveau de remplissage moyen des retenues d’eau (mares et lacs pour les cultures de décrue) et le niveau de la crue proches de la moyenne sur les cours d’eau, augurent des perspectives de productions moyennes pour les cultures de contre-saison de maraichage d’octobre à mars et du riz de janvier à mars dans les zones concernées.

    • Productions animales/mouvement du bétail : Grâce aux conditions d’élevage globalement moyennes à excédentaires dans le pays, les productions animales (lait, beurre, viande etc.) attendues seront moyennes d’octobre à janvier et connaitront la baisse saisonnière d’avril à mai. Dans les zones d’insécurité, les productions animales resteront en dessous de la moyenne à cause des difficultés d’accès à certains pâturages. Le retour des transhumants amorcé vers les points de concentration de saison sèche se poursuivra selon le calendrier habituel excepté dans les zones d’insécurité du nord et du Liptako-Gourma, où les perturbations dans le mouvement de troupeaux persisteront.

    • Pêche : La hausse saisonnière des captures de poisson sera observée à partir de novembre grâce à la décrue sur les cours d’eau et la levée des mises en défens. Les perspectives de production pour la campagne de pêche de novembre à mai 2024 sont moyennes dans l’ensemble exceptées dans les zones de pêche du delta intérieur du Niger à Mopti et dans la bande du fleuve de Gao où les conflits limiteront l’accès à certaines zones de pêche.

    • Main d’œuvre agricole : Les opportunités de main d’œuvre pour les récoltes et les travaux de contre-saison d’octobre à mars procureront des revenus moyens aux ménages pauvres dans les zones agricoles excepté dans les zones d’insécurité et de baisse de production où la baisse des réalisations réduira les opportunités par rapport à une année moyenne. A partir d’avril, les préparatifs pour la nouvelle campagne agricole constitueront des opportunités moyennes de main d’œuvre pour les ménages pauvres.

    • Main d’œuvre non agricole : Les activités habituelles de main d’œuvre non agricoles et de petits métiers de novembre à mai se poursuivront normalement dans le pays excepté dans les zones d’insécurité du centre et du nord où les opportunités d’emplois seront en baisse ; ce qui réduira les revenus tirés de ces activités en dessous de la moyenne particulièrement dans les zones d’insécurité où des perturbations énormes sont observées.

    • Migration : Le départ habituel de bras valides à la recherche de ressources supplémentaires sera observé d’octobre jusqu’en février vers les grandes zones de production, les zones minières et les centres urbains du pays voire des pays voisins. Ces départs seront plus importants que la moyenne dans les zones d’insécurité et celles qui ont connu des baisses de production. Les ressources en nature ou en espèce envoyées par les migrants seront proches de la moyenne à cause de la durée de séjour plus longue que d’habitude et du nombre de migrants plus important.

    • Approvisionnement des marchés en vivres : L’approvisionnement des marchés restera suffisant dans l’ensemble jusqu’en mai 2024 excepté dans les zones d’insécurité qui connaissent une perturbation majeure des flux commerciaux voire le blocus sur les zones de Tombouctou et Gao. Dans ces zones, la baisse des flux engendrera des insuffisances voire des pénuries pour certaines denrées alimentaires importées. A partir d’avril, la baisse saisonnière des offres sera observée. Pour le bétail, la hausse des flux en cette période de retour des transhumants se maintiendra jusqu’en mai et au-dessous de la moyenne dans les zones d’insécurité qui connaissent un dysfonctionnement des marchés.

    • Prix des céréales : La baisse saisonnière des prix sera observée d’octobre/novembre jusqu’en janvier 2023 mais sera moins marquée qu’en année normale à cause des fortes demandes attendues pour la reconstitution des stocks institutionnels (OPAM, PAM, ONG), des stocks commerçants et aussi pour les pays voisins du Niger sous embargo et de la Mauritanie. Selon le système de projection de FEWS NET, la tendance des prix des céréales supérieure à la moyenne quinquennale se maintiendra d’octobre à mai 2024 à cause d’une part, des faibles stocks de report, des demandes supérieures à la moyenne et de la hausse du coût des intrants agricoles.

    • Prix du bétail : La tendance de prix supérieure à la moyenne devrait se maintenir jusqu’en avril/mai grâce à la hausse habituelle de la demande pour les fêtes de fin d’année mais également pendant le Ramadan qui interviendra en avril. En dépit de la baisse saisonnière des prix qui sera observée à partir d’avril, les prix resteront tout de même similaires à supérieurs à la moyenne. Dans les zones d’insécurité du centre et nord, la persistance du dysfonctionnement des marchés maintiendra le prix du bétail en dessous de la moyenne en dehors des marchés accessibles.

    • Reconstitution des stocks institutionnels : Les achats institutionnels prévus pour la reconstitution du Stock National de Sécurité pour plus de 25.000 tonnes de mil/sorgho et pour d’autres organismes humanitaires en vue d’éventuelles interventions dans le cadre du Plan National de Réponse (PNR) 2024 seront similaires à la moyenne.

    • La situation politique : La prorogation de la durée de la transition par le Gouvernement de transition au-delà du délai imparti en désaccord avec certains partis politiques et la communauté internationale présage un environnement politique de plus en plus tendu. Les appels de certains regroupements de partis politiques et de la société civile au respect des dates convenues ne militent pas pour un apaisement de la situation. Toutefois, les initiatives de concertation entreprises par le gouvernement avec les partis politiques militeront pour un environnement politique plus apaisé. Par ailleurs, la réticence de la CEDEAO pour un report des élections constitue une menace sérieuse sur les activités économiques du pays en cas d’éventuel rétablissement de sanctions économiques et financières.

    • Assistances humanitaires : La baisse habituelle de l’assistance humanitaire sera observée par le Gouvernement et ses partenaires à partir d’octobre jusqu’en janvier grâce aux nouvelles récoltes et à la baisse des prix des céréales de base qui améliorent l’accès des ménages aux vivres. En dépit de cette baisse de niveau, les assistances humanitaires se poursuivront à l’endroit des personnes déplacées dans le cadre du mécanisme rapide de réponse (RRM) et des besoins d’urgence des agences humanitaires.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    La disponibilité de la propre production, même faible par endroits, des produits en nature et en espèce issus de la rémunération dans les travaux de récolte, des produits animaliers (lait, beurre, fromage) et la baisse saisonnière des prix des denrées alimentaires sont favorables à un accès moyen des ménages aux aliments à travers le pays et par conséquent, une amélioration de la consommation alimentaire des ménages. Les revenus tirés de la vente des produits agricoles, du bétail, des activités habituelles permettront aux pauvres de disposer des moyens d’accéder aux marchés sans grandes difficultés. Ainsi, la majorité des ménages du pays sera en situation d’insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC), d’octobre 2023 à janvier 2024. Cependant, la baisse du pouvoir d’achat liée aux effets de l’inflation et de l’insécurité, réduit les capacités des ménages pauvres à satisfaire leurs besoins alimentaires et non-alimentaires particulièrement dans les centres urbains du pays, et dans les zones d’insécurité qui souffrent de la dégradation des moyens d’existence. Les ménages dans ces zones qui disposent de la propre récolte bien que faible par rapport à la moyenne, la baisse saisonnière des prix des céréales de base, l’amélioration des termes de l’échange bétail/céréales, les produits issus de la rémunération en nature durant les travaux de récoltes et les dons/zakat, permettent à la majorité des ménages d’accéder à la nourriture sans grandes difficultés. Par conséquent, ces ménages incapables de satisfaire convenablement leurs besoins non alimentaires sans recourir à une intensification atypique des activités de main d’œuvre, de migration, sont en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) d’octobre 2023 à janvier 2024. Dans la région de Ménaka, l’insécurité alimentaire d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) connait une amélioration en Crise (Phase 3 de l’IPC) grâce à l’amélioration saisonnière de l’accès des ménages aux vivres liée à la disponibilité des récoltes et des produits de cueillette, à plus de mobilité dans la zone et dans le fonctionnement des marchés en lien avec la réduction des blocus qui ont permis la reprise du trafic sur certains axes routiers; ce qui est favorable à la reprise des activités économiques notamment dans les zones à accès limité.

    De février à mai 2024, les ménages pauvres aux moyens d’existence fortement dégradés dans la zone de Liptako Gourma et ceux des centres urbains et les pauvres victimes des inondations, rencontreront des difficultés à satisfaire à la fois leurs besoins alimentaire et non -alimentaires. Ils connaitront dès mars une dégradation de leur consommation alimentaire et de leur situation nutritionnelle à cause de l’épuisement précoce des stocks, de la hausse des prix des céréales qui réduit leur pouvoir d’achat. Par conséquent, l’insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) pour les ménages pauvres de la zone du Liptako Gourma, notamment dans les cercles de Bankass, Koro, Douentza, Gourma Rharous, qui connaitront une soudure précoce dans une conjoncture économique difficile, se dégradera en Crise (Phase 3 de l’IPC) à partir de mai 2024. Dans les zones sous blocus des groupes armés à Tombouctou, Gao, la baisse continue des disponibilités en denrées alimentaires réduira en dehors de cette période de récolte une hausse significative des prix qui réduira l’accès adéquat aux marchés pour les pauvres en insécurité alimentaire de Stress et qui se dégradera en Crise en cas de prolongement au-delà de mai. Quant aux pauvres de la région de Ménaka qui continuent de rencontrer des difficultés énormes d’accès à la nourriture, l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) se maintiendra jusqu’en avril à partir duquel une dégradation probable est attendue avec la hausse des prix des céréales. Au niveau des centres urbains, la baisse du pouvoir d’achat à cause de l’inflation réduit les capacités d’accès aux vivres des ménages pauvres qui seront en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) à cause du recours atypique aux emprunts et à la réduction des dépenses non-alimentaires tout comme pour les pauvres du sahel occidental (nord des régions de Kayes et de Koulikoro) qui connaitront une soudure précoce à cause de la baisse importante de leurs production agricole. Les ménages déplacés qui ont perdu l’accès aux sources habituelles de revenus et de nourritures, seront en insécurité alimentaire de Stress à pire avec nécessité d’assistance humanitaire. La situation nutritionnelle connaitra sa détérioration habituelle à partir de mars mais beaucoup plus marquée qu’en année moyenne particulièrement dans les zones du Liptako Gourma et au niveau des populations déplacées.

    Évènements qui pourraient changer les scenarios

    Tableau 1
    Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable
    ZoneEvénementsImpact sur les conditions de la sécurité alimentaire

    Régions de Tombouctou, Kidal, Ménaka, Gao 

    Exacerbation de l’insécurité et renforcement du blocus sur les principaux axes.

    Une intensification des actes d’insécurité et un renforcement/prolongement du blocus réduira significativement l’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires surtout que les zones citées sont dépendantes de l’approvisionnement à partir du sud du pays et des importations de la Mauritanie et de l’Algérie. La baisse importante des offres voire des pénuries notamment pour les denrées alimentaires importées, les mouvements inhabituels de populations, engendreront des perturbations énormes d’activités économiques avec baissent importante de revenus  ; ce qui exacerbera les difficultés d’accès des ménages pauvres aux aliments. Ainsi, on assistera à une augmentation du nombre de population en Crise (Phase 3 de l’IPC) voire des populations en Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans ces zones. Compte tenu de l’augmentation du nombre de déplacées à Kidal, une exacerbation de l’insécurité conduira à une détérioration de la situation alimentaire de la zone en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Nord du Mali (ML02, ML03, ML04), le Delta du Niger (ML06) et la bande du sahel (ML13)

    Dégâts importants de feux de brousse sur les pâturages de  décembre  à mai.

    Les feux de brousse incontrôlés sur les pâturages accessibles de décembre à mai dans les zones pastorales du nord du pays engendreront une dégradation précoce, ce qui exacerbera les difficultés d’alimentation du bétail dans ces zones où des perturbations dans le mouvement des troupeaux sont observées. La baisse des productions pastorales et des revenus qui en résultera, dégradera la situation alimentaire des ménages agropasteurs par l’augmentation du nombre de population en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Régions de Ménaka, Gao

    Appuis humanitaires conséquents en vivres et en non-vivres pour les ménages pauvres dans la région.

    Une intensification des appuis couvrant au moins 20 pour cent des besoins pour la majorité des ménages pauvres affectés par la crise sécuritaire et par les déplacements inhabituels, améliorera leur accès à la nourriture et réduire le recours aux stratégies d’adaptation négatives. Ainsi, on assistera à une réduction significative du nombre de ménages en Crise (Phase 3 de l’IPC) et qui se retrouveront en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) dans la région.


    Zone de préoccupation: Région de Ménaka : Zone de moyen d’existence ML01 (Nomadisme et commerce transsaharien), ML02 (Nord élevage), et ML04 (Bétail, mil et envois de fonds dans le centre du pays) (Figure 2)

    Figure 2

    Carte de la zone de moyens d’existence 2 et 4 dans la région de Ménaka
    Carte de la zone de moyens d’existence 2 et 4 dans la région de Ménaka

    Source: FEWS NET

    Situation actuelle

    Situation sécuritaire/mouvement des populations : Bien que l’insécurité se poursuit à un niveau élevé comparé à l’année dernière, la baisse d’intensité des attaques entre les groupes armés ces derniers mois conduit à une accalmie relative qui a réduit les repressions sur les populations civiles et amélioré la mobilité dans la zone. Selon ACLED, de janvier à fin septembre 2023, 72 incidents faisant 281 morts ont été enregistrés soit une baisse de 26 pour cent du nombre d’incidents et 57 pour cent du nombre de morts par rapport à 2022 pour la même période (97 incidents faisant 653 morts enregistrés en 2022). Les conflits opposant les groupes armés notamment certains mouvements du Cadre Stratégique Permanent (CSP) et l’Etat Islamique dans le Grand Sahara (EIGS) aux forces de sécurité malienne, les braquages sur les axes routiers, continuent de perturber les mouvements des personnes et des biens ainsi que le fonctionnement normal des marchés. En dépit de la baisse d’intensité des oppressions sur les populations civiles par rapport au deux derniers mois, les déplacements inhabituels de populations et les difficultés d’accès humanitaire persistent dans certaines zones. En fin septembre, selon le rapport DTM, 10 650 ménages, soit 45 121 personnes déplacées internes (PDI), ont été enrôlées dans le cadre de l’enregistrement biométrique soit 54,0 pour cent de la population de la région. Ces personnes déplacées se trouvent dans des besoins d’assistance en vivres, CASH, Abri et NFI.

    Evolution des moyens d’existence : La persistance des incidents sécuritaires continue de limiter l’accès aux sources habituelles de revenus et de nourritures pour les ménages pauvres de la région et particulièrement pour les ménages déplacés estimés à 54,0 pour cent de la population de la région et ceux présents dans les zones à accès limité. Selon les informateurs clés, la baisse des opportunités de revenus d’environ 60 pour cent par rapport à la moyenne dans la zone et les prix élevés des denrées alimentaires amènent les ménages à recourir de façon atypique aux envois des migrants partis en masse dans les pays voisins du Niger et d’Algérie à la recherche de revenus pour soutenir leurs ménages. La vente de bétail plus que d’habitude jusqu’à la vente des dernières femelles par 23,5 pour cent des ménages selon les résultats du DIEM (FAO, juin 2023) dénote une détérioration des moyens d’existence pour les ménages à majorité pasteurs. Les revenus générés par les activités habituelles de manœuvre, de transport, de courtage, de main d’œuvre agricole, de la vente de bois de chauffe, petit commerce, l’artisanat, ne procurent que des revenus inférieurs à la moyenne en raison de la baisse importante des opportunités. Le recours aux emprunts du côté des parents/amis reste aussi une source non négligeable mais insuffisante pour combler les attentes à cause de la conjoncture locale difficile qui n’épargne personne. Selon une évaluation de REACH en septembre 2023, 70 pour cent des ménages de Ménaka se sont endettés pour satisfaire leurs besoins alimentaires. L’amélioration de l’accès aux zones inaccessibles (Inékar, Andéramboukane) grâce à la réduction des conflits entre groupes armés, a permis une reprise timide des activités économiques et du fonctionnement des marchés avec aussi un accès plus important des ménages aux assistances humanitaires. L’assistance humanitaire constitue la principale source de nourritures pour 21 pour cent des ménages et 42 pour cent pour les ménages déplacés (REACH, septembre 2023). Le recours accru aux produits de cueillette (fonio sauvage, Cram Cram) bien que disponibles en cette période en des volumes faibles par rapport à la moyenne à cause de l’accès limité aux zones de récolte, attenue de peu les besoins alimentaires des ménages notamment ceux en dehors des villes de Ménaka et d’Andéramboukane. Le recours de 65,4 pour cent des ménages de la région aux stratégies de Crise à Urgence dont 41,9 pour cent d’urgence, informe sur le niveau de détérioration des moyens d’existences pour les ménages qui n’ont plus accès aux sources habituelles de revenus à cause de la persistance des perturbations économiques.

    Productions agropastorales : Les perspectives pour les récoltes principales de cultures dunaires de mil à partir d’octobre sont nettement inférieures à la moyenne en raison des aléas climatiques et des déplacements importants de populations qui ont réduit significativement les superficies exploitées. Les récoltes bien que faibles par rapport à la moyenne atténuent les difficultés d’accès aux aliments pour les ménages exploitants en cette période de récolte.

    Les pâturages (herbacés et ligneux) sont globalement moyens dans la zone et sont favorables à une alimentation satisfaisante du bétail. Toutefois, les perturbations énormes du mouvement des troupeaux à cause de l’insécurité limitent l’accès à certains pâturages avec un impact négatif sur les productions animales et la valeur marchande des animaux. L’embonpoint des animaux est bon dans l’ensemble. Quant aux productions animales (lait, beurre, fromage), elles sont nettement en dessous du niveau moyen à cause de la réduction importante de l’effectif du bétail à la suite des ventes excessives, des vols/enlèvements.

    Marchés : L’approvisionnement des marchés en céréales reste fortement perturbé par la persistance des incidents sécuritaires limitant les flux des marchandises à partir de Gao, Ansongo et aussi du Niger vers la région et de l’Algérie via Kidal notamment pour le riz, pâtes alimentaires, farine de blé, lait, huile végétale. L’offre en denrées alimentaires est fortement réduite par rapport à une année moyenne sur les principaux marchés avec parfois des ruptures d’approvisionnement pour les marchés des zones à accès limité voire inaccessibles dans les communes de Inékar et d’Andéramboukane ; ce qui contribue à augmenter leur prix. Le prix du mil est supérieur de 47 pour cent à Ménaka par rapport à la moyenne quinquennale, ce qui réduit significativement les capacités d’accès des ménages pauvres à cette denrée de base de même que pour les denrées importées qui affichent des prix supérieurs de 20 pour cent (lait, sucre, huile) à plus de 30 pour cent (riz, couscous de blé) par rapport à la moyenne. 

    Quant aux marchés à bétail, l’offre de bétail est en baisse importante à cause du dysfonctionnement des marchés lié aux difficultés d’accès physique aux différents marchés. Le prix de la chèvre, l’animal le plus vendu par les ménages pauvres, est en baisse de 7 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale sur le marché de Ménaka. Les termes de l’échange chèvre/mil sont en dégradation par rapport à la moyenne quinquennale de 35 pour cent à Ménaka à cause du niveau élevé du prix du mil; ce qui réduit l’accès des ménages pasteurs aux marchés.

    Assistances humanitaires : Les assistances alimentaires mensuelles sous forme de cash et ou de voucher ont eu lieu dans la zone de juin à septembre au profit des ménages pauvres, des personnes déplacées et leurs ménages hôtes dans le cadre du Mécanisme de Réponse Rapide (RRM). En fin septembre, plus de 43,7 pour cent de la population (36 541 personnes) ont reçu l’assistance alimentaire mensuelle pour couvrir les 2100kcal. Cependant, les difficultés d’accès humanitaire à certaines zones et de mobilisations financières continuent de limiter le niveau de l’assistance humanitaire en dehors des villes de Ménaka et d’Andéramboukane. 

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire d’octobre 2023 à mai 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national:

    • Situation sécuritaire/mouvement de population : Les affrontements entre les groupes armés (CMA, EIGS) et les forces de défense se poursuivront dans la région d’octobre à mai 2024 surtout que la rétrocession des camps de la MINUSMA à l’armée suscite de la réticence de la part des groupes armés de la CSP. Les opérations conjointes des armées du Mali et du Niger dans le cadre de la nouvelle Alliance des Etats du Sahel (AES) qui s’intensifieront, calmeront par moment la situation sans empêcher les attaques des positions des forces armées. Les incidents sécuritaires qui en résulteront, les persécutions sur les populations civiles, les pillages de biens, engendreront des déplacements inhabituels de personnes vers des zones plus sécures de Ménaka, Ansongo, Gao et Kidal.

    • Approvisionnement des marchés et prix des céréales : La poursuite des incidents sécuritaires continuera à perturber le fonctionnement normal des marchés à travers la baisse des fréquentations et par conséquent leur niveau d’approvisionnement en denrées alimentaires qui restera en dessous de la moyenne. Le prix du mil et des denrées importées restera nettement supérieur à la moyenne quinquennale de plus de 30 pour cent au niveau des principaux marchés de la région (Ménaka, Andéramboukane et Inékar), ce qui réduira les capacités d’accès des ménages pauvres aux marchés. Quant aux denrées importées à partir d’Algérie (pâtes alimentaires, lait, huile, sucre), la tendance de prix supérieure à la moyenne de plus de 25 pourcents pour le lait en poudre, le sucre, 30 pour cent pour le couscous se maintiendra au regard de la perturbation actuelle des flux commerciaux à partir de Kidal en lien avec l’offensive militaire dans cette région.

    • Evolution des moyens d’existence : L’insécurité persistante qui continuera à perturber les activités économiques dans la zone maintiendra l’accès des ménages aux sources habituelles de revenus et de nourritures en dessous de celui d’une année moyenne. Cependant, l’amélioration de la mobilité dans la zone qui améliorera le fonctionnement des marchés, la reprise des activités économiques et l’accès humanitaire, sera favorable à une réduction des difficultés d’accès des ménages aux vivres d’octobre à mai 2024.   

    • Assistance humanitaire alimentaire : Dans le cadre du mécanisme de réponse rapide (RRM), les assistances humanitaires se poursuivront pour les personnes déplacées principalement dans les villes de Ménaka et d’Andéramboukane qui constituent les principaux centres d’accueil. Des actions de renforcement de la résilience à travers les activités génératrices de revenus, de distribution de petits équipements, voire de bétail, de vaccination du bétail seront réalisées durant la même période. Les difficultés d’accès humanitaires en raison de l’accès limité à certaines zones de la région en dehors des villes de Ménaka et d’ Anderamboukane (Inékar, Tidermmène) continueront à limiter l’accès des ménages aux assistances humanitaires en vivres et en non-vivres.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    D’octobre 2023 à janvier 2024, la consommation alimentaire connaitra son amélioration saisonnière grâce à la disponibilité bien que faible par rapport à la moyenne des produits de cueillette, des récoltes des principales cultures et des productions animales (lait, beurre, fromage). En plus, la poursuite de l’assistance humanitaire et la baisse saisonnière des prix rehausse les termes de l’échange bétail/céréales par rapport à la période de soudure, mais ceux-ci resteront tout de même inférieurs à la moyenne. L’amélioration de l’accès des ménages aux vivres réduira le recours aux stratégies d’adaptation d’urgence. Cependant, au regard de la dégradation élevée des moyens d’existence en lien avec l’insécurité, des prix des denrées alimentaires très élevés par rapport à la moyenne quinquennale, des difficultés d’accès humanitaire, les ménages pauvres de la région continueront à rencontrer des difficultés d’accès adéquat à la nourriture particulièrement pour les ménages déplacés qui représentent plus de 50 pour cent de la population de la région. Le recours atypique aux emprunts par 59 pour cent pour cent des ménages (dont 73 pour cent pour les PDI), la réduction du volume des repas pour 67 pour cent des ménages, de u nombre de repas pour la dépendance à l’aide pour 21 pour cent pour cent des ménages, la vente d’actifs productifs par 20 pour cent pour cent des ménages, (Reach, octobre 2023), et la mendicité, dénotent une consommation alimentaire très dégradée par rapport à la moyenne. Par conséquent, l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) en cours se maintiendra jusqu’en février 2024.

    De mars à mai, la baisse des revenus et la forte hausse des prix des céréales sur le marché maintiendront le recours des ménages aux stratégies d’adaptation atypiques. La réduction du volume des repas voire du nombre de repas en raison de la précarité des moyens d’existence, la baisse des productions animales liée à la période de soudure pastorale, maintiendront une consommation alimentaire dégradée par rapport à la moyenne de même que la situation nutritionnelle déjà critique dans la zone avec un taux de malnutrition aigüe global de 19,4 pour cent à Ménaka selon le SMART de juillet 2023. Le déficit total de protection de moyen d’existence pour les pauvres et le déficit de survie de 29 pour cent pour les plus pauvres dénotent une situation de Crise dans la zone. L’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) se maintiendra jusqu’en mai à partir duquel une dégradation est attendue particulièrement pour les personnes déplacées qui sont estimées à 54,0 pour cent des populations dans la zone de Ménaka. 


    Autres zones de préoccupation dans le pays

    En raison de la situation sécuritaire instable qui engendre des perturbations majeures des activités économiques, sur les flux commerciaux et les déplacements de populations de même que l’impact des baisses de productions agricoles avec incidence sur la disponibilité et les prix des denrées alimentaires, les ménages pauvres dans certaines localités rencontreront probablement des difficultés d’accès aux aliments. Ainsi, dans les régions du centre et du nord du pays, et particulièrement dans les cercles de Koro, Bankass, Bandiagara, Douentza, Ansongo, Gao, Gourma Rharous, Tombouctou, la dégradation des moyens d’existence à travers la baisse plus ou moins importante des activités socio-économiques, les perturbations des mouvements des personnes et des biens, les déplacements inhabituels de populations, continue de réduire l’accès des ménages pauvres aux sources habituelles de revenus et de nourritures. Les récoltes en cours, bien que faibles à cause des difficultés d’accès aux champs et l’insuffisance des pluies, procurent de la nourriture et des revenus aux ménages pauvres à travers la propre production et les rémunérations en nature et en espèce dans les travaux de récolte ; ce qui permet un accès aux aliments sans grandes difficultés. En plus, la baisse saisonnière des prix, l’amélioration des termes de l’échange bétail/céréales, la disponibilité des produits animaliers (lait, fromage, beurre), des produits de cueillette et des produits maraichers, contribuent à l’amélioration saisonnière de la consommation alimentaire dans les zones citées. Les ménages pauvres de ces zones incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires et non-alimentaires sans recourir à des stratégies d’intensification de la main d’œuvre, de migration, de réduction des dépenses non-alimentaires, aux emprunts en nature et en espèce sont par conséquent en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) d’octobre à janvier 2024.

    De février à mai 2024, la hausse saisonnière des prix qui sera plus marquée que d’habitude face à des revenus inférieurs à la moyenne, réduira l’accès des ménages pauvres aux denrées alimentaires particulièrement dans les zones sous blocus où les plus fortes hausses sont attendues. La consommation alimentaire connaitra sa dégradation saisonnière mais plus marquée qu’en année moyenne pour les plus pauvres. Les ménages pauvres de ces zones qui arrivent à satisfaire leurs besoins alimentaires et qui ont de la peine à reconstituer leurs moyens d’existence continueront à adopter de façon atypique les stratégies d’intensification de main d’œuvre, de migration, de réduction des dépenses non-alimentaires, des emprunts en nature et en espèce pour accéder à la nourriture. Ainsi, l’insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) en cours se maintiendront jusqu’en mai 2024. 

    Cependant, la recrudescence de l’insécurité et la poursuite de l’imposition de blocus pour une longue durée dans les régions de Tombouctou, Gao et de Kidal fortement dépendantes des importations, dégradera davantage la situation alimentaire des ménages pauvres de ces zones qui seront en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) à pire. Il en est de même pour les ménages déplacés à travers le pays qui sont en insécurité alimentaire de Stress à pire à cause de la perte totale ou partielle de leur moyens d’existence. Quant aux pauvres des centres urbains, ils continueront à subir l’effet de l’inflation sur leur pouvoir d’achat dans une conjoncture économique difficile qui les maintient en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC).


    Résultats les plus probables en matière de sécurité alimentaire et zones bénéficiant de niveaux significatifs d’aide humanitaire

    Citation recommandée: FEWS NET. Mali Perspectives sur la sécurité alimentaire octobre à mai 2024:  L'intensification du conflit maintient l’insécurité alimentaire aiguë dans le nord et le centre du Mali malgré la période des récoltes. 

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    Voir page 8 pour plus de détails sur les événements qui pourraient changer le scenario.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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