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L’insécurité entraînera probablement l’Urgence (Phase 4 de l’IPC) à Ménaka en mi -2023

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Mali
  • Février - Septembre 2023
L’insécurité entraînera probablement l’Urgence (Phase 4 de l’IPC) à Ménaka en mi -2023

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  • Messages clé
  • Contexte nationale
  • Calendrier saisonier pour une année typique
  • Zone de preoccupation
  • Région de Bandiagara, cercles de Koro et de Douentza, zones de moyens d’existence ML13 : Centre-est mil et élevage (Figure 3)
  • Messages clé
    • L’insécurité en cours dans la région de Liptako Gourma continue de perturber ou d’empêcher les activités des moyens d’existence des ménages, le fonctionnement des marchés, ainsi que l’accès aux services sociaux de base et aux assistances humanitaires/ alimentaires. L'intensité de l’impact du conflit est la plus forte dans la région de Ménaka, où près de 40 pour cent de la population est déplacée et où l’accès aux sources de revenus et de nourritures voire l’accès aux assistances humanitaires est très limité. De février à mai, qui coïncide avec la période post-récolte, on s'attend à une situation de Stress (Phase 2 de l'IPC) à Crise (Phase 3 de l'IPC) dans le Liptako Gourma. De juin à septembre, qui coïncide avec la période de soudure (qui commencera tôt en mai), le nombre de zones en Crise (Phase 3 de l'IPC) devrait s'étendre, tandis que la situation à Ménaka devrait se détériorer à l’Urgence (Phase 4 de l’IPC). Ailleurs dans le pays, l’insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC) se poursuivra jusqu’en septembre grâce aux récoltes moyennes et aux revenus issus des activités habituelles.

    • La tendance à l’aggravation de l’insécurité observée depuis l’an 2022 se poursuivra probablement dans le Liptako Gourma en dépit de la multiplication des offensives militaires ; cependant, dans certaines localités du centre du pays, on s’attend à une amélioration grâce aux négociations et aux opérations militaires en cours. Au niveau des ménages, l’insécurité continuera d’entraîner des déplacements, de limiter ou empêcher les activités agricoles, à occasionner  des pertes de bétail et à réduire d'autres activités génératrices de revenus telle que la main-d’œuvre agricole. Bien que l'aide alimentaire augmente pendant la période de soudure, les livraisons seront probablement limitées aux zones accessibles. Les ménages des zones inaccessibles, en particulier à Ménaka, n'auront pas accès à l'aide humanitaire et devront faire face à d'importants déficits de consommation alimentaire ou adopter des stratégies d'urgence, y compris la migration de l’ensemble du ménage vers les zones plus sécures à la recherche d’une aide alimentaire.

    • La tendance à l’aggravation de l’insécurité observée depuis l’an 2022 se poursuivra probablement dans le Liptako Gourma en dépit de la multiplication des offensives militaires ; cependant, dans certaines localités du centre du pays, on s’attend à une amélioration grâce aux négociations et aux opérations militaires en cours. Au niveau des ménages, l’insécurité continuera d’entraîner des déplacements, de limiter ou empêcher les activités agricoles, à occasionner des pertes de bétail et à réduire d'autres activités génératrices de revenus telle que la main-d’œuvre agricole. Bien que l'aide alimentaire augmente pendant la période de soudure, les livraisons seront probablement limitées aux zones accessibles. Les ménages des zones inaccessibles, en particulier à Ménaka, n'auront pas accès à l'aide humanitaire et devront faire face à d'importants déficits de consommation alimentaire ou adopter des stratégies d'urgence, y compris la migration de l’ensemble du ménage vers les zones plus sécures à la recherche d’une aide alimentaire.

    • Dans les zones où l'élevage est une source essentielle de nourritures et de revenus, la disponibilité moyenne des pâturages et d’eau devrait rester normale comme d’habitude, y compris pendant la période de soudure pastorale dans le pays d’avril à juin. Toutefois, dans les zones d’insécurité du nord et du centre du pays, mais également au nord de la région de Ségou, les difficultés d’accès à certains pâturages et points d´eau, à cause de l’insécurité, affecteront négativement l’alimentation du bétail de façon précoce. La baisse des productions animales et la détérioration de l´état d’embonpoint qui en résulteront, réduiront le revenu des ménages éleveurs dans ces zones d’insécurité.

    • La production de céréales et de cultures de contre-saison proche de la moyenne, ainsi que des revenus issus des activités habituelles, devraient soutenir la disponibilité et l’accès globalement moyen des ménages aux denrées alimentaires dans les zones agropastorales. Cependant, dans les zones d’insécurité du Liptako Gourma du centre et du nord du pays, l’épuisement précoce des stocks, les prix des céréales supérieurs à la moyenne, la baisse des revenus et des termes de l’échange bétail/céréales continueront de réduire l’accès des ménages pauvres aux denrées alimentaires, particulièrement dans les zones de Ménaka et d’Ansongo, où le fonctionnement des marchés est fortement perturbé.


    Contexte nationale

    Situation sécuritaire : La situation sécuritaire reste volatile et se caractérise par une recrudescence des incidents voire leur extension dans la partie occidentale du pays. Selon ACLED, une hausse de près de 30 pour cent du nombre d’incidents sécuritaires (1366 cas en 2022 contre 1052 cas en 2021) est observée de janvier à décembre 2022 pour la même période de 2021 particulièrement à Ménaka (+162 pour cent), Gao (+47 pour cent) et Mopti (+112 pour cent). Les perturbations des mouvements des personnes, des biens et du fonctionnement régulier des marchés sont les plus sévères dans la bande frontalière avec le Burkina Faso et le Niger, particulièrement à Ménaka et Gao, entraînant la réduction voire l’arrêt des activités économiques et des assistances humanitaires. Les impacts du conflit sont donc significatifs et directs sur l’approvisionnement du marché et les prix des denrées alimentaires, ainsi que sur la capacité des ménages dans ces zones à produire de la nourriture et à gagner un revenu pour acheter de la nourriture. Dans les cercles de Bankass, Koro, Djenné, Douentza et de Bandiagara, les pertes de productions agricoles et les perturbations des activités économiques à cause de l’insécurité réduisent les capacités des ménages aux moyens d’existence déjà érodés par l’insécurité depuis 2016-2017, à satisfaire leurs besoins alimentaires et non- alimentaires.

    Mouvement de population : La persistance des incidents sécuritaires continue d’engendrer des déplacements de populations particulièrement dans la zone du Liptako Gourma. Le nombre de déplacés en fin décembre 2022 (412 387 personnes) est en légère baisse de 6,4 pour cent par rapport à septembre 2022 (440 436 personnes) (IOM Matrice de Suivi des Déplacements (DTM), décembre 2022), grâce au retour de certains déplacés à la faveur de l’accalmie liée aux offensives militaires, à des réconciliations entre les communautés voire avec les groupes armés. Les régions de Bandiagara (22 %), Mopti (21 %), Gao (15 %), Tombouctou (13 %), Ségou (9 %) et Ménaka (7 %) abritent le plus grand nombre de déplacés. Ces déplacés vivant principalement dans les ménages hôtes et dans les camps connaissent des pertes moyennes à importantes de leurs moyens d’existence (bétail, main d’œuvre, récoltes/cueillette, etc.) et une réduction voire arrêt de leurs activités économiques. Ils s'appuient principalement sur les dons provenant des communautés hôtes et des assistances humanitaires comme sources de nourritures ou ils empruntent pour acheter de la nourriture (IOM DTM, décembre 2022), particulièrement pour ceux qui sont dans les zones inaccessibles de Ménaka et d’Ansongo.

    Productions agropastorales : Au niveau national, la production de céréale en 2022 a été globalement moyenne (+2,9% par rapport la moyenne selon la Cellule de Planification et des Statistiques/ Secteur du Développement Rural) dans le pays excepté dans les zones d’insécurité du centre et du nord où des baisses importantes à très importantes ont été signalées. Quant aux cultures de contre-saison (maraichage, cultures de décrue, le riz de maitrise, etc.), leur évolution est moyenne à bonne et se poursuit normalement dans les zones habituelles de l’Office du Niger, de la vallée du fleuve grâce à la bonne disponibilité en eau au niveau des retenues d’eau. Les récoltes de contre-saison moyennes en cours offrent des opportunités moyennes de revenus et de nourritures pour les ménages exploitants dans la majeure partie du Mali. Cependant, le prix élevé des intrants agricoles et l’insécurité dans les zones du centre et du nord ont induit une réduction moyenne à importante des réalisations dans certaines zones de Mopti, Gao et Ménaka.

    Dans la plupart des zones pastorales et agropastorales, la disponibilité moyenne à bonne des pâturages et des points d’eau est normale dans l’ensemble de mars à juin. Dans les zones du Liptako Gourma et de certaines zones des régions du nord touchées par un conflit, cependant, il y a des difficultés d’accès des troupeaux à certains pâturages à cause des enlèvements/vols de bétail et des persécutions par les groupes armés. L'insécurité a poussé les éleveurs à rassembler leurs troupeaux en d’autres zones plus sécurisées, mais ce choix engendre des concentrations inhabituelles de troupeaux avec des difficultés d’alimentation du bétail qui affectent négativement les productions animales (lait, fromage, et beurre). En plus, les vols/enlèvements importants de bétail par les groupes armés et les bandits en cours dans les zones d’insécurité, engendrent une baisse des revenus pastoraux, ce qui réduit le pouvoir d’achat des ménages éleveurs particulièrement dans les zones pastorales des régions de Gao et de Ménaka.

    Sur la base des informations disponibles, la situation zoo-sanitaire est relativement calme dans le pays avec toutefois des foyers suspects de charbon symptomatique dans la région de Kidal. La campagne habituelle de vaccination du bétail contre les épizooties se poursuit normalement partout à travers le pays avec l’appui de certains partenaires comme la FAO et le CICR excepté dans le Liptako Gourma où des perturbations sont observées à cause de l’insécurité et du déplacement inhabituel des populations. Ainsi, le risque d’épizootie par contagion est élevé à cause de la faible capacité d’accès des services techniques à certaines zones de concentration. Toutefois, en raison de l'absence de services techniques dans ce domaine, les informations sur l'incidence des maladies ne sont pas disponibles.

    Production de pêche : La bonne crue sur les cours d’eau atteinte l’année passée (juillet à novembre 2022) a permis une bonne reproduction des poissons ; ce qui explique le niveau des captures moyen à supérieur à la moyenne dans les zones habituelles de pêche. Toutefois, l’insécurité qui limite l’accès à certaines zones de pêche dans le delta du Niger et dans la vallée du fleuve de Tombouctou et de Gao, réduit le revenu tiré de cette activité à cause de la baisse des captures des poissons ; ce qui affecte négativement le pouvoir d’achat des ménages pêcheurs dans ces zones. Il faut noter que l’activité de pêche représente environ 20 à 40 pour cent des besoins calorifiques des ménages pauvres dans le delta du Niger et un peu plus de 10 pour cent dans la vallée du fleuve de Gao et de Tombouctou. A cause de l'insécurité qui limite l’accès aux zones de pêches, les ménages des pêcheurs migrent vers les zones des barrages de retenues dans les régions de Sikasso et de Kayes afin de mener leurs activités. 

    Fonctionnement des marchés et prix : L’approvisionnement des marchés est en amélioration grâce aux récoltes d’octobre 2022 globalement moyennes dans le pays. L’offre reste suffisante sur les marchés dans l’ensemble excepté sur les marchés des zones d’insécurité du Liptako Gourma et dans le nord de la région de Ségou où des perturbations sécuritaires engendrent des dysfonctionnements qui se traduisent par des baisses importantes voire des arrêts de flux.

    Malgré des récoltes globalement moyennes dans le pays et un approvisionnement suffisant des marchés aussi bien en denrées locales qu’importées, les prix des aliments de base sont supérieurs à la moyenne. La hausse du coût de production liée aux prix des intrants agricoles nettement supérieurs à la moyenne, associée à la hausse des prix alimentaires mondiaux et régionaux, et aux perturbations de flux dans les zones d’insécurité, contribuent à une forte inflation, malgré les facilités fiscales accordées par le gouvernement. Le prix de la céréale de base (mil, sorgho, maïs) en fin février par rapport au mois passé est stable dans l’ensemble sur les marchés des capitales régionales. Par rapport à la moyenne quinquennale, le prix de la céréale de base reste supérieur à nettement supérieur sur tous les marchés des capitales régionales de 94 pour cent à Ménaka, 52 pour cent à Sikasso, 50 pour cent à Koulikoro, 45 pour cent à Gao, 31pour cent à Tombouctou, 29 pour cent à Mopti, 28 pour cent à Ségou, 25 pour cent à Kidal et 18 pour cent à Kayes par rapport à la moyenne. Ces niveaux de prix réduisent l’accès adéquat des ménages pauvres aux denrées alimentaires.

    Quant aux marchés à bétail, l’offre de bétail est en amélioration grâce au retour des troupeaux de la transhumance et aux besoins de reconstitution des stocks des éleveurs. Les prix du bétail sont stables ou en hausse par rapport au mois dernier grâce au bon embonpoint des animaux et aux conditions d’élevage favorables qui n’incitent pas à plus de ventes. Toutefois, les ventes de détresse des ménages dans les zones d’insécurité dans le but de limiter les pertes dues aux vols/enlèvements, contribuent à réduire les prix du bétail par rapport à la moyenne pour les ménages sur les marchés intérieurs des zones pastorales des cercles de Gao, Ansongo et Ménaka à cause de leur dysfonctionnement voire leur arrêt. Le prix de la chèvre, qui est l’animal le plus vendu par les ménages pauvres pour accéder à la nourriture, est supérieur à la moyenne dans toutes les régions, y compris les régions touchées par le conflit où la hausse est moins marquée comme à Gao et Ménaka, ce qui est favorable à des revenus moyens à supérieurs à la moyenne. Bien que la hausse des prix du bétail profite aux ménages qui ont suffisamment de bétail à vendre, elle ne suit pas le rythme de celle du prix des aliments de base. 

    Figure 1

    Terme de l’échange chèvre/mil en kg/tête en février 2023 (noir) comparé à au mois dernier (bleu), à l'année dernière (rouge) et à la moyenne quinquennale (gris)
    Ce graphique represente le terme de l’échange chèvre/mil en kg/tête en février 2023 (noir) comparé à au mois dernier (bleu), à l'année dernière (rouge) et à la moyenne quinquennale (gris)

    Source: FEWS NET

    Les termes de l’échange chèvre/céréales en dépit de leur amélioration par rapport au mois passé restent inférieurs à la moyenne quinquennale à cause du niveau élevé des prix des céréales ; ce qui réduit l’accès des ménages éleveurs aux vivres particulièrement dans les zones d’insécurité du nord où le revenu pastoral est en baisse. En comparaison à la moyenne quinquennale, les termes de l’échange chèvre/mil sur les marchés pastoraux suivis (Figure I), sont en baisse de 44 pour cent à Ménaka, 38 pour cent à Rharous, 20 pour cent à Bourem, 30 pour cent à Nara, 19 pour cent à Gao, 18 pour cent à Tombouctou et 3 pour cent à Mopti. Cela réduit le pouvoir d'achat des pasteurs, y compris leur accès à la nourriture, sauf à Mopti, où une hausse de 13 pour cent est observée.

    L’aide humanitaire alimentaire et aide aux moyens d’existence :  Les appuis humanitaires de vivres et de non-vivres de la part du Gouvernement et des différents partenaires se poursuivent principalement à l’endroit des ménages pauvres et des déplacés dans le cadre du mécanisme rapide de réponse. En mi-février, plus de 95  pour cent des 59 061 personnes déplacées enregistrées ont été assistées à travers la distribution de ration alimentaire (céréales, légumineuses, huile, sucre, etc.) ou de cash couvrant 50 à 100 pour cent de leurs besoins alimentaires. Le reste de la population ne reçoit actuellement pas d'aide alimentaire en raison d'une réduction habituelle de l'aide alimentaire pendant la période post-récolte. Au même moment, des appuis en renforcement des moyens d’existence à travers la distribution d’aliment de bétail, de petits équipements et d’intrants agricoles (semences, engrais) sont en cours par le Gouvernement et ses partenaires. Toutefois, la recrudescence des incidents sécuritaires qui restreint les mouvements, limitent l’accès des populations en besoin à l’assistance humanitaire dans certaines zones d’insécurité dans les régions de Gao et de Ménaka.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    Actuellement, l'insécurité alimentaire aiguë est concentrée dans les zones touchées par l'insécurité, notamment Gao, Kidal, Ménaka, Mopti et Tombouctou. Dans le reste du pays, les résultats Minimale (Phase 1 de l'IPC) sont en cours grâce à la disponibilité d'une quantité suffisante de nourritures et de revenus provenant de la récolte céréalière et de contre-saison, de la vente de bétail, du poisson, du travail et d'autres activités typiques pour satisfaire les besoins minimums en kilocalories des ménages. Dans la majeure partie du pays, la production agricole a été proche de la moyenne et la production animale est normale pour la saison, et les ménages sont généralement moins dépendants des marchés pour l'accès à la nourriture en cette période de l'année. En conséquence, la consommation alimentaire des ménages connait son amélioration habituelle grâce à la disponibilité moyenne des récoltes de céréales, de légumineuses, de produits maraichers et des produits animaliers (lait, fromage et viande). Quant à la diversité alimentaire, elle est au maximum pour la plupart des ménages en cette période grâce à leur accès moyen aux denrées alimentaires diversifiées.

    Les impacts du conflit sont actuellement les plus graves dans la région de Ménaka et dans la zone d'Ansongo de la région de Gao, où les résultats de Crise (Phase 3 de l'IPC) sont évalués. La recrudescence de l'insécurité a limité ou empêché les ménages de s'engager dans des activités typiques de production alimentaire et de génération de revenus et surtout la perte des actifs productifs, des contraintes d'accès physique aux champs et aux zones de pâturage, et des prix très élevés des denrées alimentaires. Alors que les ménages déplacés dans les principales villes (comme Ménaka) reçoivent actuellement une aide alimentaire, le reste de la population dans la région de Ménaka et dans le cercle d’Ansongo n’a pas accès à l'aide alimentaire. Bien que les données d'enquête et les évaluations sur le terrain ne peuvent être réalisées dans ces zones en raison de l'insécurité, les informations disponibles dans l'ENSAN de février 2023 dans les zones accessibles, l'Analyse des Résultats de FEWS NET utilisant l'Approche de l'Économie des Ménages, les informateurs clés et les partenaires, et les données de suivi à distance corroborent le fait que les ménages dépendent actuellement des revenus tirés des ventes de détresse de bétail, de l'intensification du petit commerce, ainsi que des opportunités de travail très limitées. Par exemple, les entretiens menés par REACH en octobre/novembre 2022 avec 1 228 informateurs clés ont confirmé la dégradation des moyens d’existence dans la plupart des localités évaluées dans les zones d’Inékar et d’Anderamboukane dans la région de Ménaka. Ces activités sont insuffisantes pour prévenir les écarts de consommation alimentaire, et de nombreux ménages ont recours à des stratégies d'adaptation négatives. Certains ménages (moins de 20 %) qui ont vendu ou perdu tous leurs biens en raison du conflit, et qui n'ont pas encore migré vers des zones accessibles, sont probablement en situation d'Urgence (Phase 4 de l'IPC).   

    Des résultats de Stress (Phase 2 de l’IPC) sont en cours dans les autres zones d'insécurité de la région du Liptako Gourma, y compris le reste de Gao, Kidal, Mopti et Tombouctou, ainsi que parmi les populations touchées par les inondations (estimées à environ 72 025 personnes, selon la Direction Générale de la Protection Civile) dans les vallées des fleuves Niger et Bani. Bien que les incidents conflictuels soient préoccupants, le niveau de conflit perturbe moins les moyens d’existence et l'activité du marché. La plupart des habitants de ces régions ont accès à leurs propres stocks de nourriture provenant des récoltes de la saison principale et de la contre-saison, ainsi qu'aux produits de l'élevage, à la main-d'œuvre et à d'autres activités. Cependant, le niveau de nourriture et de revenu a diminué par rapport à la normale en raison de l'insécurité, et les prix élevés des denrées alimentaires exercent une pression supplémentaire sur le pouvoir d'achat des ménages. En conséquence, de nombreux ménages ne sont pas en mesure de consommer suffisamment de nourriture, à moins de renoncer à des dépenses non alimentaires essentielles ou d'en emprunter pour satisfaire  leurs besoins alimentaires et non alimentaires.

    Les nouvelles données de l'enquête SMART reflétant les résultats de la malnutrition pendant la période post-récolte n'étaient pas disponibles au moment de la préparation du présent rapport, celles de juillet 2022 qui coïncide à la période pic de la soudure donnent une prévalence de Malnutrition Aigüe Globale (MAG) élevée au niveau national de 10,8 pour cent [I.C. 10,1-11,6], ce qui dénote une situation nutritionnelle Sérieuse (MAG PTZ 10-14.9 pour cent) ; les régions où la prévalence du MAG est la plus élevée sont celles de Gao (16,1 %), Kayes (14,2 %), Tombouctou (14,0 %) et Ménaka (14,0 %). En plus de la dégradation de la consommation alimentaire à la soudure, l’accès réduit aux services sociaux dans les zones d’insécurité, les mauvaises pratiques alimentaires et d’hygiène et la prévalence élevée des maladies (diarrhée, infections respiratoires aiguës) expliquent la tendance élevée du MAG à travers le pays. D'après les tendances historiques, l'amélioration de la disponibilité et de l'accès à la nourriture après la récolte d'octobre se traduit généralement par une baisse des niveaux de MAG jusqu'en mars/avril. Cependant, à la onzième semaine de l’an 2023, selon la Division Nutrition, le cumul des admissions de MAG à travers le pays est 30 pour cent plus élevé que celui de 2022 pour la même période (54 220 cas dont 20 603 de cas sévères contre 41 531 dont 23 336 cas sévères en 2022). L’une des principales raisons de l’augmentation des admissions est le renforcement des services de nutrition pour identifier et traiter les enfants souffrant de malnutrition dans les localités du Centre, Nord du pays et la région de Kayes.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de février à septembre 2023 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    • Situation sécuritaire : Les incidents sécuritaires se poursuivront de février à septembre particulièrement dans la région de Ménaka où les perturbations seront plus énormes de février à septembre. La tendance à la hausse du nombre d’incidents observée en 2022 se poursuivra également dans le Liptako Gourma en dépit de la multiplication des offensives militaires. Cependant, dans certaines localités du centre du pays, grâce aux négociations entre différentes communautés en cours et qui se poursuivront, et les opérations militaires en cours, on s’attend à une baisse du nombre d’incidents dans cette zone. Aussi, les tensions perceptibles entre les autorités de la transition et une partie de la classe politique et aussi avec la faitière des groupes armés Touareg (CMA) par rapport à la mise en œuvre de l’accord de paix signé en Algérie, risquent de perturber le climat social qui sera mis à profit par les groupes terroristes pour multiplier les incidents sécuritaires.
    • Situation macroéconomique : Selon l’Institut National de la Statistique (INSTAT), en fin janvier 2023, l’inflation annuelle a été 6,1 pour cent , en baisse par rapport au niveau record de 13,9 % atteint en août 2022. L'inflation devrait rester élevée en 2023, en raison de la persistance de coûts de production élevés, y compris le carburant, ainsi que la réduction de la capacité du Gouvernement à soutenir les subventions sur les produits de première nécessité et à répondre aux demandes sociales.
    • Pluviométrie : Les prévisions consensuelles de NMME, IRI de février 2023 indiquent une forte probabilité de cumul pluviométrique normal à excédentaire au Mali particulièrement dans le Nord-Est du pays où une situation excédentaire est attendue durant la saison principale prochaine de mai à septembre 2023. La saison pluvieuse 2023 débutera à temps en mai au sud du pays puis s’étendra ensuite graduellement vers le nord en début du mois de juillet. Le cumul pluviométrique de la période de juin à septembre sera moyen à supérieur à la moyenne.
    • Crue des fleuves : Le niveau de la crue supérieur à la moyenne interannuelle sur tous les cours d’eau et à celui de l’année dernière en fin décembre 2022, les prévisions de cumul pluviométrique normal à excédentaire attendues sont favorables à des écoulements moyens sur les différents fleuves qui desservent le Mali dans les bassins du fleuve Niger et du Sénégal à partir de juin jusqu’en septembre 2023.
    • Les cultures de contre-saison : La disponibilité moyenne à supérieure à la moyenne des eaux au niveau des points de retenue permettra une production moyenne de contre-saison dans l’ensemble aussi bien pour les cultures maraichères que pour le riz au niveau des périmètres irrigués. Toutefois, la faible disponibilité des intrants agricoles et leurs prix élevés notamment pour les engrais en plus de l’insécurité, réduiront les superficies exploitables dans le nord de l’Office du Niger. Cela affectera négativement les récoltes attendues en mai/juin.
    • Productions agricoles : Le cumul de pluies moyen à supérieur à la moyenne de même que le niveau d’écoulement attendu des eaux sont favorables à un niveau d’exploitation des superficies similaires à la moyenne de juin à septembre 2023. Cependant, la réduction des superficies cultivables dans les zones d’insécurité, le prix élevé des fertilisants et autres intrants agricoles impacteront négativement le niveau des productions de céréales attendues à partir de septembre 2023. La poursuite du programme de subventions du Gouvernement et des partenaires humanitaires (FAO, le CICR et d’autres ONG) dans le cadre du renforcement de la résilience, atténueront par endroits l’accès des producteurs aux intrants. Ainsi, on s’attend à un niveau d’exploitation de superficies agricoles globalement proche de la moyenne de juin à septembre dans le pays même si des poches de réduction de superficies seront observées dans les zones d’insécurité.
    • Productions animales : La disponibilité des pâturages et en eau moyenne à supérieure à la moyenne sont favorables à une production animale (lait, beurre et viande) moyenne dans le pays. Toutefois, les perturbations de mouvements des troupeaux dans le centre et le nord du pays et les vols de bétail réduiront les capacités de production pour les éleveurs dans ces zones. La reprise des productions animales sera observée à partir de juin grâce à la reconstitution des conditions d’élevage favorable à une alimentation satisfaisante du bétail.
    • Productions halieutiques : Les perspectives de captures durant la campagne de pêche de février à mai sont moyennes à supérieures à la moyenne au niveau des différentes pêcheries du pays grâce au bon niveau de la crue qui a permis une bonne irrigation des zones de reproduction du poisson. La reprise de la crue en juin/juillet engendrera la réduction saisonnière des captures jusqu’en septembre.
    • Migration: Le départ habituel des bras valides, en cours vers les centres urbains du pays, les sites d’orpaillage et des pays voisins se poursuivra jusqu’en mars/avril. A partir de mai jusqu’en juillet, le retour habituel des bras valides pour les activités agricoles sera observé. En dépit des départs de bras valides plus importants et le séjour plus long que d’habitude, la conjoncture économique difficile moins favorable dans les zones d’accueil ne permet pas une augmentation du revenu des migrants qui sera proche de la moyenne. 
    • Main d’œuvre : Les activités habituelles de main d’œuvre non agricole (construction, confection de briques, ramassage de bois etc.), et de petits métiers de février à mai et celles liées à la campagne agricole de juin à septembre se dérouleront normalement dans le pays. Toutefois, les opportunités d’emplois seront en baisse par rapport à la moyenne à cause des perturbations sécuritaires dans les régions du centre et du nord du pays particulièrement à Ménaka et au sud de Gao où des déplacements importants de populations sont observés. Les revenus issus de la main d’œuvre seront moyens dans l’ensemble sauf dans les zones d’insécurité où ils seront inférieurs à la moyenne.
    • Flux céréalier/bétail : Grâce à la production globale de céréales légèrement supérieure à la moyenne quinquennale d’environ 3 pour cent, on s’attend à une disponibilité céréalière moyenne et suffisante pour les demandes de consommation de février à septembre 2023. Les perturbations de flux commerciaux et le dysfonctionnement des marchés à cause de l’insécurité affecteront négativement les disponibilités céréalières dans certaines parties du centre et du nord du pays par endroits. Il en est de même pour le bétail qui connaitra une amélioration des offres de février à avril puis une baisse de juin à septembre à cause de la remontée des troupeaux transhumants.
    • Prix des céréales : La tendance des prix supérieurs à la moyenne quinquennale en cours, devrait se maintenir de février à septembre à cause de la hausse des coûts de production (hausse du prix des intrants agricoles, de la main d’œuvre), le faible niveau des stocks de report, les besoins de reconstitution des stocks institutionnels plus élevés que la moyenne, la demande du mois de Ramadan à partir de mars et des coûts élevés des transports. Les récoltes de contre-saison de riz en mai/juin et des cultures de décrue contribueront à limiter la tendance inflationniste de ces denrées. En dépit des mesures d’interdiction d’exportation de céréales pour maintenir une disponibilité interne, la tendance de prix des céréales supérieurs à la moyenne sur les principaux marchés se maintiendra jusqu’en septembre 2023 même si une baisse du niveau sera observée par rapport à l’année dernière. 
    • Prix du bétail : A la faveur des conditions d’élevage favorables, les prix du bétail devront se maintenir à un niveau moyen à supérieur à la moyenne. La baisse saisonnière des prix sera observée d’avril à juin mais plus marquée dans les zones d’insécurité qui, en plus des difficultés d’accès aux pâturages connaissent des difficultés de vente de bétail à la suite du dysfonctionnement des marchés à bétail. L’amélioration des conditions d’élevage à partir de juillet engendrera la hausse saisonnière habituelle des prix. A cause du niveau des prix des céréales qui resteront élevés, les termes de l’échange bétail/céréales en dépit de leur amélioration resteront inférieurs à la moyenne dans ces zones. 
    • Achats institutionnels : A cause du très faible niveau des stocks institutionnels pour les assistances humanitaires de 2023, le Gouvernement dans le cadre de la reconstitution du stock national de sécurité de l’OPAM achètera plus de 30 000 tonnes de mil/sorgho et de riz entre février et juin 2023. Il faut ajouter à ces achats, ceux du PAM et d’autres organismes humanitaires durant l’année 2023 dans le cadre du Plan National de Réponses. Les besoins d’achat institutionnels seront supérieurs à la moyenne même si les transferts de cash sont de plus en plus privilégiés notamment par les agences humanitaires.
    • L’aide humanitaires alimentaire et l’aide aux moyens d’existence : De février à mai, l’assistance humanitaires de vivres concernera principalement les ménages déplacés, qui représentent moins de 25 pour cent de la population dans la plupart des  cercles concernés. La population déplacée qui devrait recevoir une assistance ne représentera que plus de 25 pour cent de la population totale de la région de Ménaka. L'aide alimentaire atteindra des niveaux importants pendant la période de soudure de mai à septembre. Le plan national de réponse prévoit une assistance alimentaire mensuelle en ration complète couvrant les 2 100 kilocalories pour un peu plus de 1 200 000 personnes, principalement celles identifiées en insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de IPC) par le Cadre Harmonisé et localisées principalement dans les régions de Mopti, Tombouctou, Gao et Ménaka de juin à septembre 2023. En raison de la persistance des incidents sécuritaires, l’accès humanitaire restera un défi particulièrement dans la région de Ménaka, les zones à la frontière avec le Burkina Faso. Des appuis en renforcement de la résilience en termes d’intrants agricoles pour la nouvelle campagne agricole et surtout pour les ménages pauvres qui ont un accès limité aux intrants resteront aussi un défi.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    On s'attend à ce que l'insécurité alimentaire aiguë reste localisée dans les zones touchées par le conflit. Dans le reste du pays, la nourriture et les revenus resteront suffisants pour soutenir une consommation alimentaire minimale adéquate grâce à la disponibilité moyenne des récoltes de la campagne de production 2022 et de contre-saison 2023 et à la diversité des produits alimentaires (maraichers, poisson et produits laitiers) dans les zones agropastorales. La disponibilité alimentaire globale moyenne dans le pays, malgré les prix des aliments supérieurs à la moyenne, réduiront le recours des ménages aux stratégies d’adaptation atypiques. La prévalence de la malnutrition aiguë globale qui était de 10,8 pour cent au niveau national en juillet 2022 serait aussi en amélioration grâce à l’amélioration de l’accès des ménages aux vivres à travers leur propre production, aux rémunérations en nature et aussi aux revenus issus des activités habituelles. Aussi, le niveau de la malnutrition aiguë dans ces régions devrait suivre des tendances saisonnières normales, principalement dues à des facteurs non alimentaires, tels que l'augmentation de l'incidence des maladies pendant la saison des pluies. Par conséquent, l’insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC) en cours pour la majorité des ménages du pays se maintiendra jusqu’en septembre 2023.

    L’insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) est attendue dans la plupart des zones d’insécurité du nord et du centre du Mali, particulièrement dans la zone du Liptako Gourma de Mopti, Gao, Kidal et de Tombouctou, pendant le reste de la période post-récolte, qui se poursuivra jusqu’en avril. Toutefois, les niveaux d'insécurité alimentaire aiguë devraient augmenter entre mai et septembre, avec un début précoce de la période de soudure attendu en mai. La soudure précoce résultant de l’épuisement précoce des stocks des ménages à cause de la baisse importante des productions agricoles lors de la campagne écoulée liée à l’insécurité, sera particulièrement ressentie dans les zones situées le long de la frontière avec le Burkina Faso, lorsque l'on s'attend à une détérioration en Crise (Phase 3 de l'IPC) entre juin et septembre. Dans ces zones spécifiques, les ménages auront plus de difficultés d’accès aux vivres en raison de l’impact négatif de l’insécurité sur la demande de main d’œuvre et le fonctionnement du marché, qui amèneront les ménages à intensifier de façon atypique les activités de migration, de l’intensification de vente de bétail, de réduction des dépenses alimentaires et non-alimentaires, et de recours aux emprunts.

    Dans la zone de Ménaka et le Sud de Gao et d’Ansongo, l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) est attendue pendant le reste de la période post-récolte jusqu’en avril. Entre juin et septembre, l'augmentation de l'aide humanitaire sera essentielle pour atténuer les écarts de consommation alimentaire et les stratégies d'adaptation négatives des populations dans les zones accessibles. Cependant, on s'attend à une augmentation du nombre de ménages en situation d'Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans les zones inaccessibles. À Ménaka, cette population devrait représenter plus de 20 pour cent de la population, entraînant des résultats d'Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans la région. En raison de la probabilité persistante des vols/enlèvements de bétail et d’arrêt des activités économiques lié aux déplacements massifs de populations et de perturbation des flux commerciaux avec les braquages sur les routes et le dysfonctionnement des marchés, la plupart des ménages pauvres vivant dans les zones inaccessibles devront recourir aux stratégies de crise ou urgence à travers la vente des biens productifs, la mendicité, la vente des dernières femelles de l’élevage, ou la migration de l'ensemble de leur ménage vers des zones plus sécures . Selon l'enquête ENSAN de février 2023, certains ménages commençaient déjà à utiliser ces stratégies ou connaissaient une mauvaise consommation alimentaire.  En plus, le contexte d’accès difficile des ménages aux structures socio-sanitaires et aux assistances humanitaires contribueront à la dégradation plus marquée que la moyenne de la situation nutritionnelle déjà préoccupante.

    Évènements qui pourraient changer les scenarios

    Tableau 1
    Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable.
    ZoneEvénementsImpact sur les conditions de la sécurité alimentaire
    National      L’exacerbation des divergences politiques, sociales, économiques, dans la conduite de la transition politique en cours.Les divergences dans la mise en œuvre des réformes majeures en cours entre les acteurs politiques/la société civile et surtout pour les futures élections pourront engendrer des agitations sur la scène politique qui inciteront la communauté internationale à prendre des sanctions contre le pays. Ces sanctions en plus des effets néfastes de l’insécurité perturberont davantage une économie déjà fragilisée, ce qui réduira davantage la capacité du Gouvernement à répondre aux demandes sociales et d’assistances humanitaires. Ainsi, on pourrait assister à une augmentation du nombre de personnes de Stress (Phase 2 de l’IPC) en Crise (Phase 3 de l’IPC) dans le pays.
    NationalAmélioration significative de la situation sécuritaire dans le paysL’amélioration significative de la situation sécuritaire dans le pays contribuera à la reprise des activités économiques (marchés, exploitations agricoles, main d’œuvre, etc.), un bon niveau d’approvisionnement des marchés, une reconstitution des moyens d’existence dans les zones d’insécurité et un meilleur accès aux populations en besoin pour les assistances humanitaires. L’amélioration de l’environnement économique, des capacités financières du Gouvernement et le bon accès humanitaire qui en résultent pourraient améliorer le pouvoir d’achat des ménages et l’accès des ménages aux vivres. Par conséquent la situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les zones pourrait s’améliorer en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC).
    Nord du Mali (ZONE 2, 3, 4), le Delta du Niger (ZONE 6) et la bande du sahel (ZONE 13)Dégâts importants de feux de brousse sur les pâturages de mars à maiLes feux de brousse causent habituellement d’énormes dégâts sur les pâturages de février à mai ; ce qui engendrera une dégradation inhabituelle des pâturages et induira des difficultés d’alimentation du bétail. La baisse d’embonpoint et des productions animales voire de mortalité qui en découleront, affecteront négativement les productions animales et les revenus pastoraux des ménages agropasteurs. La baisse de l’accès des ménages aux vivres et la dégradation de la consommation alimentaire qui en résultent dégraderont la situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) en insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les zones pastorales.
    Centre et Nord du Mali (ML02, ML04, ML13, ML09)Difficultés de mise en œuvre des assistances alimentaires prévuesSi les niveaux de conflit augmentent plus que prévus dans les zones du centre et du nord du pays, la mise en œuvre des assistances alimentaires/humanitaires deviendra encore plus irrégulière et limitée, en particulier dans les zones  où l’accès humanitaire est limité  L’impossibilité des partenaires humanitaires à accéder aux ménages en besoin dans les zones d’insécurité entrainera des déficits de consommation alimentaire croissants  avec la nécessité d’utiliser des stratégies de survie de plus en plus négatives. Un plus grand nombre de ménages seraient dans la phase de Crise (Phase 3 de l’IPC) ou la phase d’Urgence (Phase 4 de l’IPC), en particulier dans la zone de Ménaka.

    Calendrier saisonier pour une année typique
    Cette image est le calendrier saisonnier pour une année typique

    Source: FEWS NET


    Zone de preoccupation

    Figure 2

    Carte de référence pour la zone concernée :  zone de moyens d’existence ML13 de Koro et Douentza cercles
    Carte de référence pour la zone concernée :  zone de moyens d’existence ML13 cercles de Koro et Douentza

    Source: FEWS NET

    Région de Ménaka : zones de moyens d’existence ML01 (Nomadisme et commerce transsaharien), ML02 (Nord élevage), et ML04 (Bétail, mil et envois de fonds dans le centre du pays) (Figure 2) 

    Situation actuelle

    Situation sécuritaire/mouvement des populations : La recrudescence des attaques des groupes armés principalement sur les populations civiles dans les régions de Ménaka et de Gao ont engendré une aggravation de la situation socioéconomique déjà précaire. Ménaka est l'une des régions les plus touchées par le conflit, notamment les communes d’Anderamboukane, Inekar et Ménaka en grande partie. Selon ACLED, le nombre d’incidents du 1 janvier 2022 au 31 décembre 2022 est en hausse de 164,5 pour cent par rapport à la même période de 2021 à Ménaka. La dégradation des moyens d’existence à cause de l’arrêt des activités économiques et des vols/enlèvements de biens surtout de bétail, affectent significativement la capacité d’accès des ménages aux sources habituelles de revenus et de nourritures, voire aux assistances humanitaires en dehors de la zone protégée de la ville de Ménaka.

    La poursuite des déplacements importants de populations notamment dans les communes d’Inekar, Alata et d’Anderanboukane est observée au rythme de l’évolution des attaques. La plupart des ménages touchés se sont déplacés vers la ville de Ménaka, où ils peuvent accéder à l'aide humanitaire et à d'autres sources de nourritures et de revenus. En décembre 2022, selon le rapport DTM, 30 920 personnes soit 37 pour cent de la population de la Ménaka sont en déplacement soit une hausse de 4 pour cent par rapport à septembre 2022. Ces personnes déplacées connaissent une dégradation importante de leurs moyens d’existence, sont dans un besoin d’assistance en vivres et en non-vivres et dépendent pour la majorité de l’assistance humanitaire et ou des parents/amis. Bien que les informations soient limitées, on estime que plus de 20 pour cent de la population reste dans des zones largement inaccessibles aux humanitaires en raison du conflit en cours.

    Evolution des moyens d’existence : Il existe trois zones de moyens d’existence dans la région de la Ménaka. Bien que l'importance relative de chaque source d'alimentation et de revenu varie selon la zone, les sources de revenus les plus importantes pour les ménages pauvres sont de la main d’œuvre (agricole et non agricole), vente de bétails et des produits animaux, de la vente de récoltes et de l’exploitation forestière et, de la migration. Actuellement, la plupart des activités économiques des ménages restent fortement perturbées en raison de la persistance de l’insécurité. Les enlèvements/vols de bétail, la fermeture des marchés, la baisse des opportunités de travail amènent les ménages à se déplacer vers les zones plus sécures de Ménaka, Andéramboukane, de Gao et d’Ansongo. L’intensification de la migration par les bras valides voire les chefs de ménages et les ventes excessives de bétail allant jusqu’à la vente des dernières femelles pour certains ménages sont en cours pour subvenir aux besoins alimentaires et non alimentaires des ménages. Selon l’ENSAN d’octobre 2022, à Ménaka, 29,9 pour cent des ménages ont vendu les dernières femelles ; étant donné que la situation n'a fait qu'empirer depuis octobre, on s'attend à ce que la part de la population qui ne possède plus de bétail ait augmenté.

    L’exploitation forestière, de charbon de bois, d’artisanat qui constituent des sources de revenus pour les ménages connaissent une baisse d’opportunité sur le marché en raison des difficultés de mouvements et des déplacements des populations pour faire la cueillette, notamment dans les zones plus impactées par l’insécurité. De plus, les activités de courtage sur les marchés de bétail, de vente de paille et de petit commerce restent tributaires de l’insécurité avec un niveau de revenu nettement inférieur à la moyenne. Dans l'ensemble, les revenus du travail et de ces activités sont insuffisants pour permettre un accès adéquat des ménages aux vivres sur les marchés compte du niveau des prix très élevé des denrées de base par rapport à la moyenne.

    Des informateurs clés signalent que le recours aux emprunts en nature et en espèce est plus marqué qu’en année normale auprès des parents mais insuffisant pour combler les attentes à cause de la conjoncture locale difficile qui n’épargne personne. Selon l’ENSAN d’octobre 2022, 61,1 pour cent des ménages de Ménaka, ont recours aux emprunts plus d’argent à un niveau plus élevé que la normale en raison des difficultés d’accès aux vivres. La présence des personnes déplacées au niveau des sites dans la ville et les environts, représentant environ 37 pour cent des populations de la région de Ménaka avec des moyens d’existence précaires, constituent un fardeau pour la communauté d’accueil et restent dépendantes de l’aide alimentaire mais aussi de l’entraide sociale dans ce contexte économique difficile.

    Production agropastorale : La production de mil de 2022 et de produits de cueillette a connu une baisse importante à cause de la recrudescence de l’insécurité ayant limité les superficies emblavées et celles récoltées pendant la saison et en contre-saison. Dans les communes d’Inékar, Andéramboukane, Ménaka (Ménaka), les menaces d’attaque réduisent la capacité des ménages à partir au-delà du rayon de sécurité des villages pour collecter le fonio sauvage et le bois. Les activités de maraichage sont en cours avec un niveau faible de superficies réalisées en raison du déplacement important des populations dans la zone. Les récoltes de maraichage inférieures à la moyenne en cours seront d’un apport plus faible par rapport à la moyenne dans la consommation alimentaire et le revenu des ménages.  En dépit des conditions d’élevage satisfaisantes (pâturages et points d’eau) dans la zone, les perturbations dans le mouvement des troupeaux à cause de l’insécurité engendrent des concentrations inhabituelles de bétail dans les pâturages plus sécures notamment dans les communes de Tidermène et de Ménaka et dans la vallée du fleuve à Gao et Ansongo. La dégradation précoce du pâturage dans ces zones à cause de la concentration inhabituelle de bétail affecte négativement l’alimentation des troupeaux et par conséquent les revenus pastoraux à travers la baisse des productions et de la valeur marchande des animaux.

    Marchés : L’approvisionnement des marchés en céréales connait des perturbations importantes voire des ruptures de flux particulièrement dans la bande frontalière avec le Niger à cause des braquages sur les axes routiers qui engendrent des abandons de transport par les routiers. L’offre de céréales sur les marchés de Ménaka, Tidermène et d’Andéramboukane est suffisante grâce à l’accessibilité plus régulière à ces communes où les perturbations sont moindres. Ailleurs tels que les marchés de Inekar, Azagarane, Tagalat, elle est insuffisante avec les difficultés d’accès physique aux marchés. Les flux avec l’Algérie pour les produits manufacturés (pâtes alimentaires, le lait en poudre, le sucre, farine, l’huile végétale) se poursuivent de même pour le Niger (mil) avec un niveau en baisse importante par rapport à la normale. Les difficultés d’accès aux marchés, la baisse des offres de céréales et de denrées importées, soutiennent la tendance de prix élevés sur le marché. Le prix du mil en fin février est stable par rapport au mois passé à Gao principale source d’approvisionnement de la zone mais aussi à Ansongo et Ménaka. Comparé à la moyenne quinquennale, le prix du mil est nettement supérieur à Gao de 45 pour cent, 60 pour cent à Ansongo et de 94 pour cent à Ménaka. Les prix élevés des denrées alimentaires de base et la réduction des sources de revenus diminuent le pouvoir d'achat des ménages et leur accès à une alimentation suffisante.

    Pour le bétail, en raison de la baisse des offres et l'augmentation des coûts de l'élevage (fourrage, eau, protection contre le vol) et l'inflation générale, les prix sont globalement en hausse par rapport à la moyenne quinquennale. En février le prix de la chèvre, l’espèce la plus vendue par les ménages pauvres est en hausse de 7 pour cent à Ménaka, 19 pour cent à Ansongo et 18 pour cent à Gao. Toutefois, ces hausses de prix ne sont pas suffisantes pour compenser la hausse du prix des céréales. Les termes de l’échange chèvre/mil, sont en détérioration par rapport à la moyenne quinquennale, de 15 pour cent à Ansongo, de 19 pour cent à Gao, et 44 pour cent à Ménaka, ce qui limite l’accès des ménages pasteurs aux céréales. De plus, les informateurs clés indiquent que la plupart des ménages pauvres ne disposent que des effectifs très limités voire inexistant du fait des ventes atypiques au cours de la saison écoulée ou des pertes de bétail liées au vols et pillages des groupes armés dans la région.

    Assistances humanitaires : Fin 2022, les appuis humanitaires de vivres et de non-vivres de la part des humanitaires dans le cadre de Mécanisme de Réponse Rapide (MRR) ont été fournis mensuellement à l’endroit des ménages déplacés dans les sites proches et au niveau des principales villes d’accueil notamment Ménaka et Anderamboukane dans la région de Ménaka, en plus de villes d’accueil voisines d’Ansongo et Gao. Entre octobre et décembre 2022, selon le Food Security Cluster, plus de 50 pour cent de la population, ont reçu une assistance humanitaire en vivres soit une proportion plus importante pour la saison post récolte. Ces assistances alimentaires, qui selon les informateurs clés couvraient entre 50 et 100 pour cent de leurs besoins en kilocalories, ont contribué à atténuer l’ampleur des déficits de consommation alimentaire des bénéficiaires au cours de cette période. En janvier et février, l'assistance par le biais du MRR s'est poursuivie à des niveaux faibles, atteignant principalement les ménages déplacés dans les zones accessibles (c'est-à-dire que l'assistance a été fournie à moins de 25 pour cent de la population de Ménaka). Toutefois, les difficultés d’accès des humanitaires à certaines zones éloignées ne permettent pas d’assister convenablement les personnes en besoins dans ces zones inaccessibles. Il faut souligner que l'assistance alimentaire diminue généralement dans la période post-récolte de septembre à mars/avril, puis elle augmente pour couvrir les périodes de soudure pastorale et agricole jusqu'en septembre. Les distributions d'octobre et de décembre sont une assistance ad hoc principalement pour les personnes déplacées dans le cadre du mécanisme de réponse rapide (RRM). Il peut aussi s'agir d'assistances prévues pendant la période de soudure, mais pour diverses raisons elles sont réalisées en décembre.

    Suppositions

    En plus des suppositions au niveau national, les suppositions suivantes s'appliquent à cette zone de préoccupation :

    • Situation sécuritaire/mouvement de population : La volonté de reconquête de la zone et les querelles de positionnement entre les groupes armés continueront à perturber la quiétude dans la zone. Les persécutions sur les populations civiles, les pillages de biens et les mouvements inhabituels de personnes, vont probablement continuer à des niveaux similaires à l’année dernière et atteindre leur pic en juillet. Pendant la saison des pluies, une réduction des incidents est attendue, toutefois, ils resteront au-dessus de la moyenne. Cela contribuera à la réduction de l’accès humanitaire de février à septembre 2023. Des offensives militaires calmeront par moment la situation sans empêcher la poursuite des exactions sur les populations civiles et leurs biens.
    • Approvisionnement des marchés et prix des céréales : Les difficultés d’accès aux marchés à cause des perturbations sécuritaires et le coût élevé des transports réduiront les flux commerciaux de février à septembre 2023 par rapport à la normale. Le prix du mil et des denrées importées restera supérieur à la moyenne quinquennale de plus de 40 pour cent au niveau des marchés de Gao, Ansongo mais avec une hausse plus accentuée à Ménaka selon la méthode de projection des prix du FEWS NET.
    • Revenus pastoraux/productions animales : La dégradation précoce des conditions d’élevage dans les zones de concentration, engendrera une soudure précoce pour le bétail qui réduira la disponibilité en produits animaliers et affectera négativement l’embonpoint du bétail de mars à juin. La baisse de revenus pastoraux et des produits animaliers qui en résulte, réduira le revenu pastoral par rapport à la moyenne et la consommation alimentaire des ménages notamment les plus pauvres pour lesquels, les ventes excessives et les vols ont significativement réduit la taille de leur cheptel. A partir de juillet/août, la reprise de la production animale et de l’embonpoint des animaux grâce à la reconstitution des conditions d’élevage améliorera la consommation alimentaire et le revenu des pasteurs. Les prix du bétail en raison de la baisse des offres liée aux difficultés d’accès aux marchés, et en dépit des difficultés de la soudure pastorale resteront supérieures à la moyenne à la faveur de la demande locale et de celle de Ramadan et de Tabaski, excepté les zones inaccessibles. 
    • Assistance humanitaire alimentaire : De février à mai, les assistances alimentaires ponctuelles se poursuivront principalement pour les ménages déplacés et certains ménages pauvres, atteignant près de 40 pour cent de la population, selon le plan de réponse RRM. L’assistance sera probablement concentrée dans les zones accessibles de Ménaka des villes d’Anderamboukane, de Tidermène, d’Ansongo et de Gao due à des difficultés d’accès humanitaire dans les zones inaccessibles situées à la frontière avec le Niger. Pendant la période de soudure de juin à août, une assistance humanitaire mensuelle de vivres couvrant les 2 100 kilocalories pour 47 629 personnes à Ménaka (57 pour cent de la population de la région) sera effectuée, selon le plan national de réponses 2022/23 du Gouvernement en collaboration avec les partenaires humanitaires. Cette population a été identifiée par l’analyse du cadre harmonisé de novembre 2022.
    • Assistance humanitaire aux moyens d’existence : Les appuis en moyens d’existence dans le domaine pastoral à travers les dons en aliment de bétail s’effectueront de mars à juin tandis que la vaccination du cheptel s’étendra sur toute la durée du scenario.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    L’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) en cours se maintiendra jusqu’en mai 2023. Les ménages dans les zones accessibles devraient avoir un meilleur accès aux revenus et à la nourriture que les ménages qui restent dans les zones inaccessibles touchées par le conflit. Pendant cette période, la majorité de la population devrait dépendre des achats sur le marché et des produits de l'élevage et de stocks des récoltes et de la cueillette et, de la contre-saison pour certains. Cependant, la baisse des revenus du travail, la diminution des productions d’élevage, l'épuisement précoce des stocks lié à la baisse significative des productions agricoles, la hausse des prix des céréales et la détérioration des termes de l’échange bétail/céréales ne permettent pas un accès adéquat des ménages aux denrées alimentaires particulièrement pour les ménages pauvres. Seuls certains ménages déplacés, qui manquent davantage de sources habituelles de nourritures et de revenus, devraient recevoir une aide alimentaire pour atténuer leurs déficits de consommation. Les ménages pauvres incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires ont recours de façon atypique aux emprunts en nature et en espèce auprès des parents et/ou amis, à la réduction du volume et de la qualité des repas, et à la vente excessive de bétail pour ceux qui en disposent encore. Un nombre croissant de ménages dans les zones touchées par le conflit devraient migrer avec l'ensemble de leur foyer vers des zones où ils peuvent recevoir de l'aide, principalement dans la ville de Ménaka.

    De juin à septembre, des résultats de l'Urgence (Phase 4 de l’IPC) sont attendus. La population en Urgence (Phase 4 de l’IPC) sera principalement concentrée dans les zones inaccessibles (abritant entre 20 et 30 pour cent de la population totale de la zone), notamment les communes d’Anderamboukane et Inékar. Cette période correspond au pic de la période de soudure, quand des ménages épuisent leurs stocks de nourriture ; dans le même temps, ils sont confrontés à une réduction significative voire l’arrêt des opportunités de gagner de revenus, une hausse des prix des céréales et une baisse du pouvoir d'achat. Bien que soit anticipée que près de 60 pour cent de la population reçoive l’assistance alimentaire, cette assistance sera concentrée dans les communes de Ménaka et la ville d’Aderamboukane. Dans ces zones, la phase la plus élevée sera probablement la Crise (IPC Phase de l’IPC), car l’assistance alimentaire permettra d’éviter des déficits de consommation alimentaires plus graves. Les ménages dans les zones inaccessibles n’accèderont pas à l’aide humanitaire, et ils auront d'importants déficits de consommation alimentaire ou adopteront des stratégies d'urgence. On s'attend à ce que cette population épuise ou liquide ses actifs et soit obligée de migrer davantage vers la ville de Ménaka ou ailleurs, comme à Kidal, Anderamboukane et au Niger dans l’espoir de recevoir l’assistance. Aussi, certains ménages pauvres n'ont pas de capacité à pourvoir quitter les zones inaccessibles à cause des difficultés de transport (manque d'âne ou moto) ou par manque des moyens financiers pour payer leur déplacement vers Ménaka ville où ailleurs pour avoir accès à l’assistance.

    La forte réduction de la qualité et de la quantité des repas, les difficultés d’accès aux services sociaux de base, détérioreront la situation nutritionnelle déjà critique selon SMART de juin/juillet 2022 qui donne une prévalence de la malnutrition aigüe globale (MAG) de 14,0 pour cent indiquant des niveaux sérieux (10,0-14,9 pour cent MAG poids par rapport à la taille [PPT]) dans la région de Ménaka. Si la population inaccessible maintient les gaps de consommation alimentaire pendant une période prolongée, cela entraînera probablement à une augmentation des cas de malnutrition aigüe sévère et à des niveaux élevés de mortalité.

    Tableau 2
    Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable.
    ZoneEvénementsImpact sur les conditions de la sécurité alimentaire
    Toute la régionEpizootie de février à maiL’insécurité limite les activités du service vétérinaire, ce qui pourrait engendrer une recrudescence des épizooties comme la fièvre aphteuse, la péri -pneumonie contagieuse bovine dans les zones de concentration de bétail. Les pertes de revenus consécutives à la mortalité et à la baisse des productions animales pourraient affecter négativement le capital animalier des éleveurs et leurs revenus, et conduire le nombre de ménages  en Crise (Phase 3 de l’IPC).
    Augmentation du financement de la réponse humanitaire permettant des largages aériens dans les zones touchées par les conflitsUne forte augmentation du financement pour donner la priorité aux largages aériens d'aide alimentaire dans les zones inaccessibles et touchées par le conflit - en particulier dans les communes d'Anderamboukane et Inékar - atténuerait probablement l'ampleur des déficits de consommation alimentaire des ménages et améliorerait l'utilisation des stratégies d'adaptation d'urgence. Si les largages aériens d'aide permettaient de couvrir au moins 25 à 50 % des besoins mensuels en kilocalories de la population des zones inaccessibles, alors l'amélioration de la situation alimentaire en de Crise (Phase 3 de l'IPC) serait observée. 

    Région de Bandiagara, cercles de Koro et de Douentza, zones de moyens d’existence ML13 : Centre-est mil et élevage (Figure 3)

    Figure 3

    Carte de référence pour la zone concernée : Région de Ménaka
    Carte de référence pour la zone concernée :   Région de Ménaka

    Source: FEWS NET

    Situation actuelle

    Situation sécuritaire/mouvement des populations: Les attaques des groupes armés contre les populations civiles, la pose d’engins explosifs, les affrontements entre groupes armés et les braquages sur les axes routiers se poursuivent et continuent de perturber les activités de moyens d’existence, de limiter l'accès des ménages aux principales sources de nourritures et de revenus et d’engendrer des déplacements inhabituels de populations. La bande frontalière avec le Burkina Faso est la zone la plus touchée par le conflit (nord de Douentza, nord de Koro, nord de Bandiagara). En fin de décembre 2022, selon le rapport DTM, 12 265 déplacés soit 3,2 pour cent de la population ont été enregistrés dans la région de Douentza et 92 112 déplacés soit 6,3 pour cent de la population dans celle de Bandiagara y compris le cercle de Koro. La baisse de niveau des activités génératrices de revenus, les pillages et les vols de bétail et de récoltes, les déplacements inhabituels multiples de personnes et des pertes en vies humaines font qu'il est de plus en plus difficile pour les ménages de satisfaire leurs besoins alimentaires minimaux sans recourir à des stratégies d'adaptation négatives. Les ménages déplacés rencontrent le plus de difficultés à satisfaire leurs besoins alimentaires et non-alimentaires et leur afflux dans les communautés hôtes exercent des pressions sur les ressources disponibles.

    Production agropastorale : Les effets directs de l'insécurité sur la production agricole varient au sein de la zone de moyens d’existence. Une réduction des superficies exploitées est à noter à cause des déplacements de population qui se poursuivent dans la zone, particulièrement dans la bande frontalière avec le Burkina Faso. Dans cette partie du Liptako Gourma (nord de Douentza, nord de Koro, nord de Bandiagara), 19 pour cent des superficies cultivables ont été abandonnées, entraînant une baisse des productions de la saison principale par rapport à la moyenne, selon une analyse basée sur les images satellitaires par le Programme Alimentaire Mondial (PAM). En conséquence, les productions de céréales en 2022 ont été inférieures à la moyenne. Cependant, alors que les ménages déplacés qui ont été forcés d'abandonner leurs champs ne bénéficient pas de la récolte alors que la majorité de la population profite des améliorations saisonnières de la consommation alimentaire grâce à la disponibilité de la propre production et des produits issus de la rémunération en nature dans les travaux de récolte. Dans l’ensemble, les récoltes moyennes à inférieures à la moyenne en cours pour les cultures de contre-saison de maraichage, procurent des aliments et des revenus moyens aux ménages exploitants dans les zones où la sécurité le permet.

    Les pâturages moyens dans l’ensemble et la disponibilité des résidus de récoltes sont favorables à une alimentation adéquate des troupeaux. La descente habituelle des troupeaux vers les pâturages de saison sèche (les bourgoutières du delta) est en cours tandis qu’elle est fortement perturbée par l’insécurité dans la bande frontalière avec le Burkina Faso, engendrant des mouvements inhabituels vers la région de Ségou. La disponibilité de lait est faible à cause du départ précoce des troupeaux lié aux déplacements des populations éleveurs, ce qui réduit son apport dans la consommation alimentaire.

    Marchés : L’approvisionnement des marchés en céréales et légumineuses reste suffisant dans l’ensemble en dépit des difficultés d’accès à certains marchés qui réduisent par moment les flux commerciaux particulièrement dans la zone frontalière avec le Burkina Faso. La hausse saisonnière de l’offre de céréales grâce aux dernières récoltes connait une réduction de rythme et reste inférieure à la moyenne en raison des restrictions sécuritaires. Le prix du mil, principale céréale, en février, est similaire à celui de janvier 2023. Par rapport à la moyenne quinquennale, le prix du mil est en hausse de 40 pour cent à Koro et 33 pour cent à Douentza, ce qui réduit l’accès des ménages pauvres aux nourritures dans un contexte de baisse globale des revenus des ménages, liée aux impacts de l’insécurité.

    Quant aux marchés à bétail, l’offre est en baisse par rapport à celle de janvier à cause des difficultés d’accès aux marchés, du déplacement des populations et de la préférence des marchés de Ségou voisins plus sécurisés . En dépit de l’amélioration des fréquentations des marchés observée grâce à l’intensification des opérations militaires dans la zone, le fonctionnement des marchés restent en deçà du niveau moyen ; ce qui réduit les opportunités de revenus pour les ménages dans les activités de transport et de courtage. Le prix de la chèvre qui est l’animal le plus vendu par les pauvres est en hausse d’environ 19 pour cent à Douentza et en baisse de 11 pour cent à Koro en février par rapport à la moyenne quinquennale. S’agissant des termes de l’échange chèvre /mil, ils sont en baisse de 44 pour cent à Koro et de 25 pour cent à Douentza ; ce qui réduit l’accès des ménages agropasteurs aux revenus, et qui sont limités en termes de taille du troupeau en baisse à la suite des vols/enlèvements et ventes excessives.

    Assistances humanitaires : En janvier et février, les livraisons d’assistance en vivres par le gouvernement et les agences humanitaires se sont poursuivies dans la zone, mais elles ont été réduites pour se concentrer sur les personnes déplacées et des populations hôtes dans le cadre du Mécanisme Rapide de Réponse (MRR).  Elle constitue la principale source de nourriture pour certains ménages qui ont tout abandonné pendant leur déplacement, qui représentent près de 10 pour cent de la population. Cependant, il est habituel que l’aide alimentaire pour le reste de la population diminue au cours de la période post- récolte. Les niveaux d'assistance sont plus élevés durant le mois de décembre 2022, selon le Food Security Cluster, car 148 433 personnes (soit plus de 27 pour cent de la population) ont reçu une assistance humanitaire en vivres dans le cercle de Koro et 42 255 personnes (soit 11 pour cent de la population) dans celui de Douentza.

    Les informations sur l'assistance en matière de nutrition et de santé sont limitées, mais le programme de dépistage et de prise en charge des cas de malnutrition par l’Etat et les partenaires humanitaires (UNICEF, PAM, etc.) se poursuit. Cependant, le programme rencontre des difficultés à fournir des services par endroits liées à l’insécurité. On s'attend à ce que les ménages déplacés qui ne reçoivent pas d'aide alimentaire et/ou les ménages qui restent dans les zones d'insécurité le long de la frontière avec le Burkina Faso soient les plus susceptibles de souffrir de malnutrition en raison d'un accès réduit à la nourriture et aux services de santé.

    Suppositions

    En plus des suppositions au niveau national, les suppositions suivantes s'appliquent à cette zone de préoccupation :

    Situation sécuritaire : La situation sécuritaire restera volatile dans la zone du Liptako Gourma où l’insécurité sera principalement concentrée dans les zones au long de la frontière avec le Burkina Faso de février à septembre même si une baisse saisonnière du niveau des incidents sera observée de juillet à septembre à cause des difficultés de mouvements liées aux pluies. L’intensification des opérations militaires et les dialogues intercommunautaires en cours se poursuivront et atténueront par endroits les incidents sécuritaires.

    Activités économiques : La persistance des incidents sécuritaires dans la zone continuera de limiter quelque peu les opportunités économiques, notamment les opportunités de travail et les autres activités affectées par l'impact de l'insécurité sur le fonctionnement du marché. La baisse des revenus des ménages en dessous de la moyenne sera la plus importante parmi les populations déplacées et celles qui restent dans la zone d'insécurité au long de la frontière avec le Burkina Faso.

    Prix des céréales : La hausse saisonnière des prix se poursuivra en raison des demandes importantes, supérieures à la moyenne, dans le cadre de la reconstitution des stocks institutionnels (OPAM, PAM, ONG), des commerçants grossistes de Mopti et de Gao voire ceux du Burkina Faso voisin. Selon le système de projection du FEWS NET, au regard de la conjoncture économique difficile, du coût élevé de la production, le prix du mil se maintiendra à un niveau supérieur à la moyenne quinquennale de 25 à 40 pour cent de février à septembre 2023 ; ce qui réduira l’accès des ménages pauvres à la céréale.

    Assistance humanitaire alimentaire et aux moyens d’existence :  De février à mai, il est prévu que les agences humanitaires fournissent les assistances alimentaires ponctuelles principalement pour les ménages déplacés et certains ménages pauvres, qui représentent moins de 25 pour cent de la population des différents cercles. Pendant la période de soudure de juin à août, une assistance humanitaire mensuelle de vivres couvrant les 2 100 kilocalories pour 33 382 personnes à Koro (6 pour cent de la population du cercle) et 121 098 personnes à Douentza (32 pour cent de la population du cercle) sera effectuée, selon le plan national de réponses 2022/23 du gouvernement en collaboration avec les partenaires humanitaires. Il en sera de même pour les appuis en moyens d’existence à travers les appuis en intrants agricoles (semence et engrais) et en petits équipements de mars à juin. Toutefois, les difficultés d’accès humanitaire à cause de l’insécurité perturberont par moment la mise en œuvre des assistances humanitaires dans la bande frontalière avec le Burkina Faso.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    De février à mai, des résultats de Stress (phase 2 de l'IPC) sont attendus dans cette zone. Les ménages pauvres consommeront progressivement ses propres stocks alimentaires issus de la récolte durant cette période. La majeure partie de leur régime alimentaire sera composée de céréales, ce qui témoigne d'une diversité alimentaire structurellement faible. Étant donné que la récolte a été inférieure à la moyenne, les ménages devraient épuiser précoce leurs stocks et la période de soudure devrait commencer plus tôt que d'habitude, en avril.  Pour acheter de la nourriture, les ménages pauvres auront recours aux  sources de revenus atypiques, telles que l’intensification de l’exploitation forestière (bois charbon de bois), la migration pour chercher du travail et la vente de bétail plus qu’en année normale. Étant donné que les prix des denrées alimentaires de base resteront supérieurs à la moyenne et que l'insécurité a un impact négatif sur l'activité économique, leur pouvoir d’achat se trouve ainsi réduit. Par conséquent, les ménages seront de plus en plus incapables d'accéder à une nourriture suffisante sans renoncer à certaines dépenses essentielles ou sans s'engager dans des stratégies d'adaptation négatives. Quant aux populations déplacées, on s'attend à ce qu'elles dépendent principalement de l'aide alimentaire. Certains ménages touchés par le conflit ayant fait une mauvaise production agricole et qui n'ont pas accès à l'aide alimentaire, pourraient être en situation de Crise (phase 3 de l'IPC) de février à mai. 

    De juin à septembre 2023, qui correspond au pic de la période de soudure, de nombreux ménages pauvres ne seront plus en mesure d'accéder à leurs besoins minimaux en kilocalories sans avoir recours aux stratégies d’adaptation de plus en plus atypiques en matière de consommation alimentaire et de moyens d’existence. On s’attend que plus de 20 pour cent de la population aura des déficits de consommation alimentaire, entraînant les résultats de Crise (Phase 3 de l'IPC). Par exemple, les ménages pauvres feront recours à plus de vente de biens/équipements productifs, aux ventes inhabituelles de bétail et d’emprunts en nature et en espèce et aussi à la migration à la recherche de revenus. Dans une certaine mesure, les envois en nature et en espèce importants dans la zone surtout qu’il y a une intensification des départs de bras valides, atténueront le recours aux stratégies d’adaptation négatives. Les autres sources de nourritures et de revenus atténueront la situation seront les aliments de cueillette, les rémunérations en nature de la main d’œuvre agricole et la disponibilité des distributions humanitaires de vivres. Cependant, à cause des consommations alimentaires limites et de la prévalence élevée des maladies hydriques, on s’attend que la malnutrition aiguë soit plus marquée qu’en année moyenne et sera proche à la prévalence de la MAG mesurée selon l’enquête SMART de juillet 2022, qui était de 15,71 pour cent pour Douentza (reflétant des niveaux Critiques [15-29,9 pour cent de MAG PPT]) et 14,25 pour cent pour Koro (reflétant des niveaux Sérieux [10-14,9 pour cent de MAG PPT]).

    Tableau 3
    Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable.
    ZoneEvénementsImpact sur les conditions de la sécurité alimentaire

    La zone du Liptako Gourma

     

    Augmentation   excessive du prix des denrées alimentaires plus que prévueUne augmentation des prix des produits de base sur les produits pétroliers et les intrants agricoles réduira le pouvoir d'achat des ménages pauvres, dont la plupart auront un accès limité à la nourriture, particulièrement entre avril et septembre 2023, lorsque les stocks seront épuisés. La baisse des capacités d’accès des ménages aux vivres entraînerait une augmentation du nombre de ménages pauvres en situation de Crise (Phase 3 de l'IPC).

    Citation recommandée : FEWS NET. Mali perspectives sur la sécurité alimentaire février à septembre 2023 : L’insécurité entraînera probablement l’Urgence (Phase 4 de l’IPC) à Ménaka en mi-2023.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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