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Perspective d'avril a septembre 2012

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Mali
  • Avril - Septembre 2012
Perspective d'avril a septembre 2012

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  • Messages clé
  • Préface
  • Conditions actuelles de la sécurité alimentaire
  • Scenario plus probable de la sécurité alimentaire avril-septembre 2012

  • Préface

    Du fait de la faiblesse de la disponibilité de l’information et de l’incertitude par rapport à l’évolution de la crise politique et du conflit dans le nord du Mali, les projections des résultats futures de l’insécurité alimentaire sont moins certaines. L’analyse suivante sera actualisée au fur et à mesure que des nouvelles informations seront disponibles. 

    Messages clé
    • Comme résultats de l’insécurité et du conflit dans les régions du nord du Mali, plus de 240.000 personnes sont déplacées du nord Mali, dont plus de 147.000 réfugiées se trouvent au Niger, Burkina Faso, en Mauritanie et en Algérie.

    • Sous la supposition statu quo des pouvoirs et de l’’insécurité civile, l’insécurité alimentaire actuelle et projetée dans les régions du nord du Mali est significativement plus sévère et plus généralisée que dans les projections de février/mars 2012 vu l’ampleur des chocs du conflit sur les marchés et les moyens d’existence et l’assistance humanitaire jusque là très limitée. 

    • Sous la supposition statu quo, il est moins probable que la sévérité de l’insécurité alimentaire ne dépasse pas Crise : Phase 3 de l’IPC 2.0 dans aucune zone du Mali. Cependant, Phase 3 de l’IPC 2.0 signifie qu’au moins un sur cinq ménages fait face à des brèches significatives de consommation alimentaire avec des taux inhabituellement élevés de la malnutrition aiguë ou est à peine capable de remplir les besoins minimums alimentaires à travers les stratégies d’adaptation non-durables tels que la liquidation des biens productives. Une classification d’IPC 2.0 Phase 3 : Crise signifie qu’une réponse urgente est nécessaire pour sauver des vies humaines. 


    Conditions actuelles de la sécurité alimentaire

    La production céréalière de la campagne agricole 2011/12 était nettement inférieure à la moyenne au Sahel occidental du Mali (nord des régions de Kayes, Koulikoro et Ségou, surtout la zone ML04) et dans le Delta Intérieur du Niger de la région de Mopti (ML06) (Figure 2). Dans ces zones, la production agropastorale et piscicole est globalement 50 pour cent inférieure à la moyenne et si non localement 80 pour cent inférieure à la moyenne, surtout au Sahel occidental.

    Depuis le commencement de la rébellion armée en fin janvier 2012 au nord du Mali, des conflits armés dans plusieurs localités ont abouti à l’occupation par les combattants touaregs et groupes islamistes des régions nord (Gao, Kidal et Tombouctou) en fin mars. Il s’en est suivie un déplacement massif des populations et une série de pillages des stocks institutionnels (OPAM), privés (paysans, communautaires, commerçants et humanitaires), de destructions et vols des moyens productifs (infrastructures, commerce, motopompes, groupes électrogènes et gaz oil) et des exactions sur les populations locales.

    Les prix des céréales en mars 2012 ont généralement poursuivi leur hausse saisonnière normale. En générale, la stabilité ou l’augmentation saisonnière faible des prix des céréales entre janvier et mars a eu comme effet la stabilité ou diminution de l’importance des différences des prix par rapport à la moyenne. La diminution de la demande des achats locaux communautaires et mauritaniens, les distributions alimentaires gratuites et les ventes d’intervention depuis janvier 2012 à l’ouest du Mali (nord Kayes, Yelimané et Nioro) ont fortement contribué dans un premier temps à la stabilisation des prix (en février) puis leur légère baisse courant mars 2012 sur les marchés de Kayes. A Kayes, le prix moyen du mil a baissé de 4 pour cent en mars comparé à février 2012.

    Ailleurs, la décision de la CEDEAO d’imposer un embargo économique et financier au Mali avec fermetures des frontières des pays voisins, même en ne durant que quelques jours (en fin mars 2012), a entrainé un effet de panique qui s’est manifesté par une ruée sur les banques, les stations de carburant et mêmes les denrées alimentaires pour constituer des stocks. La fermeture de la frontière avec la Côte d’Ivoire aussi pendant quelques jours en fin mars 2012 et les mesures administratives locales à l’intérieur du Mali de rationnement du carburant qui ont suivi pendant la semaine de l’embargo ont laissé voir des ruptures d’approvisonnement dans les villes de l’intérieur et une hausse du prix du carburant de l’ordre de 10-15 pour cent dans une semaine, atteignant 40 pour cent par endroits, certes de courte durée. En début avril, avec la levée de l’embargo, cette situation s’est rétablie tout en laissant une tension encore perceptible sur les marchés lointains des régions.

    En fin mars, les achats institutionnels et leur livraisons dans le cadre du plan d’urgence étaient complètement arretés dans les differents centres d’achat (Ségou, Mopti et Kayes) à cause principalement de manque de ressources et des prix très élevés et en hausse continue qui rend difficile la mobilisation des céréales sur les marchés. A cette date, sur 45 891 tonnes d’achats prevus, 26 069 ont été réalisés, soit 76 pour cent. D’autres achats locaux ne seront plus possibles car les stocks n’existent pas.

    Le gouvernement a établit un plan de réponses pour faire face aux impacts de la mauvaise production de 2011/12 et les prix élevés d’avant-conflits. . Le plan d’urgence comprend :

    • Les distributions alimentaires gratuites qui portent actuellement sur 49 721 tonnes destinées à 104 communes identifiées en novembre 2011 plus 7 nouvelles depuis février 2012. Ces opérations de distribution ont commencé depuis janvier dans le Sahel du pays.
    • Le volet des ventes à prix modéré de céréales (qui portaient sur 84 177 tonnes à raison de 15 000 XOF/sac de 100 kg dans 85 communes classées en en « difficultés alimentaires» et « difficultés économiques » et celles d’aliment bétail destinées aux zones pastorales et nomades) n’ont pas démarré car non ressourcées. Ces activités n’auront pas lieu à hauteur de souhait dans toutes les communes pendant la période du scénario.

    Le plan du gouvernement se base sur une estimation des populations totales des communes affectés par une production agricole inférieure à la moyenne et des prix élevés. Cependant, la capacité des ménages de faire face à ces chocs pourrait avoir été sous-estimée. Si bien ciblé, le financement du plan à la date de mars 2012 aurait été suffisant pour répondre aux besoins d’assistance d’urgence en l’absence du conflit. Cependant, les impacts du conflit et de la crise politique ont significativement augmenté les besoins d’assistance. Environ 10 pour cent du tonnage du Plan de réponses était réorientés vers les ménages déplacés du nord et est depuis sous contrôle des rebelles.

    Dans le Sahel des régions du sud du Mali (le nord des régions de Kayes, Koulikoro et Ségou), les déficits de production et de pâturages et les niveaux exceptionnellement élevés des prix des céréales locales depuis la période des récoltes engendrent une insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) chez les ménages pauvres en avril 2012 (Figure 1). Dans le sud de la région de Tombouctou, nord Koulikoro et Ségou et le long de la frontière avec la Mauritanie, la dégradation sécuritaire et la perturbation des flux commerciaux à la suite des attaques ponctuelles des rebelles ont exacerbé les difficultés alimentaires latentes et élargit d’avantage les zones déjà projetées en Phase 2 : Stress de l’IPC 2.0 en janvier-mars dans la bande sahélienne.

    Dans les régions du nord (Tombouctou, Gao, Kidal)

    Un déplacement massif des populations du nord Mali est en cours depuis janvier. OCHA estime en mi- avril à plus de 240.000 le nombre de personnes déplacées, soit un quart de la population du nord. Le nombre des déplacés internes était devenu invérifiable après la conquête du nord par les différentes composantes de la rébellion et le retrait des humanitaires. Pour ces déplacés internes, le Programme alimentaire mondial (PAM) avait avancé, en début avril, le chiffre le plus probable de 107.000 personnes. Selon ACF, quelque soit le chiffre retenu, on doit considérer que la majorité des populations déplacées dans le nord vit avec les autochtones dans les villages et partagent leurs repas. Le nombre des populations réfugiées du nord du Mali vivant au Niger, Burkina Faso, Mauritanie et Algérie dépassait à la mi-avril les 147.000 personnes. L’assistance humanitaire des organismes internationaux n’est pas permise dans les régions du nord maisau contraire celle des organismes nationaux non-gouvernementales est acceptée dès que formulée.

    Les ménages à revenus intermédiaires et nantis qui ne sont pas engagés dans les conflits inclus les commerçants, les fonctionnaires gouvernementaux et des ONGs. La plus part de ceux-ci ont quitté ou ont perdu leurs revenus, compromettant dangereusement les réseaux de support communautaires. On suppose que parmi ceux qui sont restés dans les zones d’origine du nord, sont ceux qui font partis des hostilités, ceux qui ne peuvent pas quitter ou ne savent pas où aller.

    Selon les informations qui parviennent des régions de Gao et Tombouctou, il est signalé des pertes par pillage et destruction de stocks surtout institutionnels. A cette date, sans être exhaustif, plus de 2 000 tonnes des stocks mobilisés par le CSA et destinés à l’assistance humanitaire y compris aux populations déplacées de la région de Gao ont été saisis tout comme ceux des partenaires humanitaires comme le PAM, le HCR, le CICR et les ONGs (environ 2 500 tonnes) par les rebelles et les islamistes dans les régions de Gao, Tombouctou et Kidal. Une grande partie de ces stocks restent dans le nord dans les mains des occupants. L’estimation des stocks est difficile même quand les zones sont accessible. Maintenant il est impossible.

    Des pillages des productions agropastorales de contre saison (essentiellement de riz, blé, maraichères, bétail) et du capital productif (motopompe, groupe et stock de gaz oïl et de pièces de rechange) ont aussi été rapportés. FEWS NET suppose que ces pertes sont généralisées. Les récoltes de riz (de la grande saison qui était stocké et de contre saison en cours) représentent 86 pour cent de la production céréalière totale des deux régions qui fournissent ensemble près de 10 pour cent de la production céréalière totale du pays.

    La transhumance des animaux (surtout les ovins et bovins) du sud de Tombouctou et de Gao a été perturbé par un manque d’eau plus important que d’habitude et par l’insécurité civile à partir de février. Alors au lieu d’échelonner la transhumance vers le Delta Intérieur et la vallée du Niger dans le temps et dans l’espace, cette année, la grande majorité des troupeaux est arrivée au même moment. De plus, c’est l’année la plus mauvaise en pâturage de décrue (depuis au moins dix ans) dans le Delta à cause la faiblesse de la crue en 2011/12. Finalement, les troupeaux partagent cette année ces maigres ressources avec ceux sédentaires du Sahel centre (région de Ségou et Mopti) vu la faiblesse des conditions pastorales dans leurs zones d’origine. Les concentrations et les surpâturages précoces sont observés par endroits. A cause de la perturbation des circuits de transhumance liée à l’insécurité dans le septentrion et au nord de la bande sahélienne et l’inadéquation eau-pâturages renforcée pendant cette campagne pastorale, on note une dégradation notoire de l’état d’embonpoint des animaux qui sera pire pendant le pic de la période de soudure (Avril-Juin) des animaux quant l’aliment bétail se fera rare et le prix 20-25 pour cent supérieur qu’en 2011.

    Selon les données de l’Observatoire des Marchés Agricoles (OMA), le prix moyen du mil en mars 2012 était supérieur à celui de l’année dernière de 25% à Kidal, 37% à Tombouctou et 46% à Gao. Cette différence est relativement stable par rapport aux niveaux de décembre/janvier. Cependant, ces données ne devraient décrire que les premières deux semaines du mois de mars avant la grande offensive des rebelles et le retrait des agents de suivi de l’OMA. Selon les données du SAP et les informateurs locaux de FEWS NET, une flambée des prix sur les marchés des régions du nord est observée depuis la fin du mois de mars au moment fort du conflit et au début de l’occupation des régions du nord. Selon les mêmes sources, le prix du mil en fin mars 2012 était de52 pour cent supérieur à son niveau du mois passé à Tombouctou et de 160 pour cent supérieur à Gao. Ces niveaux des prix sont entre 100-350 pour cent supérieurs à la moyenne quinquennale.. La flambée s’explique par la non tenue des foires (marchés) hebdomadaires à la suite de l’insécurité grandissante en l’absence d’autorités. . Aussi, les perturbations des transports entrainent la rupture à plus de 70 pour cent des approvisionnements du nord à travers le sud du pays, essentiellement pour le mil/sorgho, riz, maïs, carburant et médicaments. L’approvisionnement des centres urbains de Tombouctou et Gao s’assure typiquement à 80 pour cent par le sud. Les marchés de Kidal, quoique ayant plus d’offres originaires de l’Algérie, dépendent aussi des convoies commerciales et administratives du sud pur une partie importante de ses approvisionnements. Par le ralentissement des flux de marchandises vers le nord, les disponibilités sur les marchés ont fortement diminué. Dans les régions du nord, les ménages très pauvres et pauvres sont hautement vulnérables aux prix sur le marché car ils achètent entre 45-65 pour cent de leur alimentation annuelle sur les marchés, surtout dans la zone 2 (pastoralisme nomade et transhumant) et entre mars et septembre.

    Au même moment, les prix des animaux ont chuté par manque de demande et le coût élevé des transactions (difficulté des acteurs de se trouver avec la dispersion de la population et l’insécurité des transports). Dans moins d’un mois, depuis la fin du mois de mars à la fin du mois d’avril, il y a une dégradation notoire de plus de moitié des termes de l’échange de bétail à céréales. Les impacts sont les plus importants dans la zone 2 Pastoralisme nomade et transhumant, où les ventes d’animaux constituent plus de 80 pour cent des revenus des ménages moyens et riches. La perturbation des sources de revenus des ménages moyens et riches a comme effet la baisse de la demande de la main d’œuvre locale non-agricole, la source de 50-65 pour cent des revenus annuels. Par conséquent, l’accès alimentaire des populations y compris celles déplacées dans la zone 2 en particulier est dangereusement compromis. Dans les zones agropastorales 3 et 4, la vente des animaux constitue 30-50 pour cent des revenus annuels des ménages moyens et riches et la main d’œuvre locale non-agricole jusqu’à 30-40 pour cent. Une reprise sporadique des activités de commerce est observée en fin avril car des rapports indiquent des retards prolongés et des itinéraires plus longs à cause des mesures de contrôles des groupes armés. Cependant, il est probable qu’on soit seulement à moins de 20 pour cent du niveau normal des activités.

    Certaines sources confirment que les occupants du nord ont fait des distributions de ces stocks à la population par endroits. Il n’y a pas d’évidence que ces distributions étaient suffisantes en quantité, qualité, ou ciblage.

    Même si les ménages arrivent à gérer assez de nourriture pour leur accès, la perte des moyens productifs (récoltes de riz de contre saison, pompe, groupes électrogènes et gasoil, argent, l’accès aux crédits, etc.) justifie la Phase 3 : Crise de l’IPC version 2.0 pour les populations urbaines, riveraines (Zone 3 et 6) et méridionales mil et élevage transhumants (zone 4). 


    Scenario plus probable de la sécurité alimentaire avril-septembre 2012

    Les suppositions fondamentales qui sous-tendent le scénario le plus probable et les perspectives en générale sont :

    • Après une analyse des prévisions climatiques et de leur technicité, FEWS NET suppose pour la région que la distribution et les cumuls pluviométriques en 2012 (avril-septembre) soient globalement normaux.
    • Les conditions d’élevage dans les zones pastorales seront à leur maximum avec une production du lait moyenne à bonne entre juin-septembre. Dans les zones 4, 6, et 8 en dehors des régions du nord et les zones d’insécurité au nord du Sahel, la transhumance sera normale avec retour aux zones d’origine entre -juin-septembre.
    • Du fait de l’incertitude dans le climat économique au Mali, on suppose que la croissance économique (PNB), qui était de 4-6 pour cent par an depuis 2005, sera significativement en baisse en 2012 surtout en tenant compte de la correction des surestimations des chiffres de production. L’indice des prix à la consommation, qui était estimé entre un et quatre pour cent depuis 2010, à partir du mois d’avril sera en augmentation significative.
    • Les marchés des régions de Ségou, Sikasso, Kayes, Koulikoro, et Mopti fonctionneront sans entrave majeur et sans aucune anomalie.
    • On suppose que tout assistance financée à la date d’avril 2012 sera lancée telle que prévue avant septembre 2012. On suppose que le Plan de réponses du gouvernement restera à un niveau de financement d’au moins 45 pour cent. On suppose que le gouvernement ne pourra offrir aucune assistance additionnelle aux régions du nord. Les interventions seront axées principalement sur la poursuite des distributions gratuites (49 721 tonnes sur l’année de consommation). Il n’y aura pas ou très (moins de 30 pour cent) de ventes à prix modéré en 2012 par manque de financement. Ainsi, le Plan de réponse risque fort de ne pas se voir réaliser à hauteur de souhait en tenant compte du gap financier à ce jour, des pertes de stocks du CSA/Partenaires et outils de travail (véhicules), des besoins additifs énormes des populations victimes du conflit armé dans les régions de Tombouctou, Gao et Kidal et des risques sécuritaires qui empêchent l’acheminement des aides.
    • Le plan d’assistance d’urgence du PAM (EMOP) qui inclut les besoins de réponse à la crise due à la sécheresse et ceux des populations victimes de la crise du nord, connait un gap de plus 60 pour cent.
    Scenario 1 dans les régions du nord

    FEWS NET n’a pas d’expertise dans l’analyse et la projection du conflit. Cependant, dans le contexte du Mali, une supposition sur l’évolution de la situation politique et militaire est fondamentale à l’analyse de la sécurité alimentaire. Pour cette supposition, FEWS NET considère les éléments suivants :

    • Le gouvernement du Mali s’est engagé de réaliser des élections et de combattre pour son intégrité territoriale. FEWS NET suppose que les élections seront remises jusqu’à ce que le gouvernement reprenne le contrôle des régions du nord (Kidal, Gao, Tombouctou).
    • L’armée nationale manque pour l’instant de capacité matérielle pour lancer une offensive dans le nord sans l’appui des autres pays dans la région et dans le monde. Le temps de bâtir ces alliances et de former les parties fera qu’une nouvelle guerre, quoique probable, n’aura pas lieu d’ici septembre 2012.
    • La saison des pluies de juillet à septembre est le moment le plus difficile de faire la guerre à cause des intempéries.
    • En réponse au discours d’investiture du Président Intérimaire du Mali, les rebelles du Mouvement National de la Libération de l’Azaouad (MNLA) ont annoncé leur intention d’occuper les régions de Mopti et de Ségou. Cependant, FEWS NET suppose que le MNLA et les islamistes ont achevé leur objectif territorial initial le plus important avec la prise des régions de Tombouctou, Gao et Kidal.

    Ainsi, le Scénario 1 suppose un status quo relative des autorités au pouvoir jusqu’à en septembre ; le banditisme continuera à un rythme similaire à celui du début avril (plus important que d’habitude). On suppose qu’il n’y aura pas de reprise significative du conflit militaire avant septembre. De ce fait, les suppositions suivantes deviennent probables :

    • Le nombre des déplacés internes au Mali restera relativement stable par rapport à son niveau de mi-avril (107.000).
    • Les marchés ne seront pas complètement ouverts d’ici septembre dans les régions du Nord en raison de l’insécurité civile rampante. Par faute de marchés, les prix des céréales dans ces zones maintiendront leurs niveaux élevés actuels à plus importants, soit 100-300 pour cent supérieurs à la moyennes quinquennale.
    • FEWS NET suppose que les occupants et les autorités traditionnelles feront des distributions des aliments et d’autres ressources qu’ils ont acquises. De plus, les institutions humanitaires maliennes seront permises d’offrir l’assistance dans les régions du nord. Cependant, cette assistance ne sera pas d’ampleur, de fréquence, et de dispersion suffisante pour pouvoir remplir les besoins minimums alimentaires et non-alimentaires des populations, surtout les déplacés.

    Dans les régions du nord, la disponibilité des intrants (les semences, l’engrais, les motopompes et le gazoil) seront significativement inférieure à la moyenne du fait d’une priorisation d’organisation politique et militaire que d’appui agricole. De plus, l’accès à ces intrants sera inférieure à la moyenne du fait des dépenses significativement plus importants que d’habitude sur les aliments et des revenus inférieures à la moyenne de la médiocre récolte de 2011/12. L’investissement dans l’agriculture sera aussi plus risquant en 2012 que dans les années antérieures étant donné l’environnement d’insécurité civile. Comme résultat, on suppose que l’investissement dans l’agriculture pour la principale saison (juillet-septembre/octobre) dans les régions du nord sera 30-50 pour cent du niveau typique des derniers trois à cinq ans. La demande de la main d’œuvre agricole et les revenus de ces activités aux ménages pauvres seront aussi 30-50 pour cent des niveaux typiques entre juillet-septembre et au-delà au moment de la récolte.

    Sous la supposition status quo, il est moins probable que la sévérité de l’insécurité alimentaire ne dépasse pas Crise : Phase 3 de l’IPC 2.0 dans aucune zone du Mali. De tout ce qui précède, les populations à risque de l’insécurité alimentaire aiguë la plus sévère sont les ménages très pauvres et pauvres et les déplacés dans les régions du nord (Tombouctou, Kidal, Gao). Les ménages agropasteurs autour du fleuve (Zone 3 : Riz fluvial & élevage transhumant (agropastoral) et zone 6 : Lacs/ delta du Niger - riz & élevage (agropastoral), Figure 2) et en zone pluviale agropastorale (Zone 4 : Mil & élevage transhumant) sont les plus affectés. Les nomades transhumants à la fois dépendants des travaux agricoles et d’élevage et des marchés plus au sud de Tombouctou et Gao (Zone 2 : Pastoralisme nomade & transhumant) pour l’essentiel de leur nourriture et revenus se trouvent fortement éprouvés par la baisse drastique des opportunités de vendre du bétail et de la main d’œuvre due aux conflits du nord. Les populations les plus concernées sont celles déplacées.

    Dans ces zones en Phase 3 de l’IPC 2.0, au moins un ménage sur cinq fait face à des brèches significatives de consommation alimentaire avec des taux inhabituellement élevés de la malnutrition aiguë ou sont à peine capables de remplir les besoins minimums alimentaires à travers les stratégies d’adaptation non-durables tels que la liquidation des biens productives. Une classification d’IPC 2.0 Phase 3 : Crise signifie qu’une réponse d’urgence est nécessaire pour sauver des vies.

    Zone 3 : Riz fluvial & élevage transhumant (agropastoral) : (Tombouctou et Gao)

    Il s'agit d'une zone agropastorale, à faible densité de population, qui s'étend des rives du fleuve Niger au nord du delta jusqu'à la frontière avec le Niger. Les villages se situent au bord des deux rives (dans le Haoussa au nord et le Gourma au sud) ainsi que sur des îles au milieu du fleuve. La majorité de la population est sédentaire. Les moyens d'existence sont très diversifiés, en particulier ceux des pauvres et des très pauvres ; les ménages dépendent de la riziculture, de l'élevage, du maraichage, de la pêche et du travail migrant. Cette répartition des risques entre différentes activités contribue à atténuer les effets d'un risque et offre plus d’opportunités que dans la zone pastorale voisine où les ménages sont pratiquement exclusivement tributaires de leur bétail. Toutefois, les habitants de la zone ne tirent pas avantage des mêmes possibilités de richesse considérable associées aux moyens d'existence pastoraux.

    L’agriculture, surtout la riziculture demeure l’activité principale et associe parfaitement les activités d’élevage avec prédominance des bovins, moutons et chèvres. En année moyenne les productions agricoles couvrent à peine les besoins de consommation pour trois mois. Les plus pauvres et les pauvres comme tous les autres groupes reçoivent une partie importante, plus de 60% de leurs besoins alimentaires annuels à travers les achats que les revenus issus du travail agricole et de l’exode (près de la moitié des revenus du ménage) les procurent.

    Ces groupes sont extrêmement exposés à la hausse exceptionnelle du prix (plus de 200%) des denrées alimentaires en 2012, la perturbation des activités de production (baisse prévisible de 50%) qui entraine un manque des opportunités du travail agricole local donc une baisse des revenus de la principale source qu’on peut estimer à 50%, l’accueil et le partage des maigres ressources avec les déplacées et la diminution des opportunités qu’offrent les marchés suite au ralentissement des flux, à la recrudescence de l’insécurité, l’arrêt temporaire des programmes de développement et de l’assistance humanitaire. L’accès alimentaire devenu très problématique pour au moins le 25 pour cent des ménages de ces zones, confère la Phase 3 de l’IPC d’avril à septembre. On pourrait atteindre la Phase 4, seulement si les programmes d’assistance humanitaire n’auraient pas un impact significatif. Cette assistance est donc requise pendant toute la période couverte par le scenario. Pour l’instant les besoins moyens d’assistance programmés annuellement pour les trois régions existent au moins à 50 pour cent. Les besoins urgents des populations, seront pris en charge par les reliquats des stocks (au moins 20 pour cent des stocks acquis) du plan d’urgence du Gouvernement qui seront redirigés au nord. Le PAM dans le cadre de la rallonge de l’EMOP pour tenir compte de la crise du nord, inclut une assistance pour 120.000 déplacées internes et 60.000 membres des ménages hôtes pour un stock alimentaire significatif supplémentaire de 28.090 tonnes, soit un budget additionnel de 33 143 711US$. A celles-ci on doit s’attendre à ce que la solidarité envers les populations du nord draine au tant d’aides additionnelles (des pays amis, des Organisations sous régionales politiques, économiques et commerciales, des Associations et Privés) qui ensemble couvriront l’essentiel des besoins alimentaires des populations vulnérables entre juillet et septembre. 

    Moyen d’existence 04 : Mil et Elevage transhumant (nord Koulikoro, régions de Mopti et Gao)

    La zone mil et élevage transhumant est le plus vulnérable à la conjoncture de la mauvaise production agropastorale et les prix des céréales élevés. Les ménages pauvres dépendent typiquement de 55 à 65% d’achats d’aliments surtout à partir de janvier/février. Ils dépendent aussi sur leur propre production pour 3-4 mois de consommation et d’un à deux mois du paiement en nature de la main d’œuvre agricole.

    La région de Ségou est moins vulnérable à ces chocs. Les cultivateurs bénéficient du prix élevés du mil/sorgho, bénéficient des termes de l’échange plus favorables de riz à mil . De plus, la zone de production irriguée par excellence, l'Office du Niger, est seulement à une demi journée de voyage, et les prix de la main d’œuvre dans la zone sont significativement plus élevés que l’année passée (2000-2500 XOF/jour au lieu de 1000-1500 par jour en 2011) du fait d’une production importante de pomme de terre qui a besoin d’une main d’œuvre aussi importante. Certaines banques sont aussi fermés face à l’insécurité.

    Dans le nord de Koulikoro, les attaques des bandits continueront d’une manière ponctuelle pendant toute la période du scénario. A Mopti, l’insécurité a coupé une partie de l’assistance humanitaire et provoqué une fermeture continue des banques. Mais l’insécurité civile et insécurité alimentaire sont les plus sévères à Gao, où les marchés sont totalement perturbés, la flambée des prix est le plus accrue, et le déplacement des populations est le plus important.

    En février, les distributions alimentaires gratuites du CSA recommandées par le SAP et concernant les communes des régions de Koulikoro, Mopti et Gao s’élèvent à 16 737 tonnes. En plus les ventes à prix modérés de céréales portaient sur 38 751 tonnes et celles d’aliment bétail sur 9 600 tonnes. Ce programme et celui du plan d’urgence du PAM sont pour l’instant compromis et il est peu probable que le qu’ils seront mis en œuvre au regard du manque de ressources, l’occupation et l’insécurité dans les zones. La mission de distribution des céréales dans le cercle de Tenenkou a été interrompue en mars par une attaque du MNLA pendant laquelle le CSA a perdu un véhicule. Les humanitaires se sont retirés des régions du nord et pour certains (ONGs) de la région de Mopti. La compétition des ressources du gouvernement et des humanitaires pour répondre à l’impact du conflit du nord y compris les besoins des déplacés justifiera d’avantage un meilleur ciblage des besoins et des bénéficiaires contrairement au plan initial.

    La difficulté dans la mise en œuvre du programme d’aide alimentaire gratuite du CSA et de l’assistance humanitaire significative, l’accès alimentaire gravement compromis pendant la période de soudure des animaux et celle des agropasteurs en juillet-septembre, l’insécurité et le disfonctionnement des circuits d’approvisonnement et d’opportunités économiques font que les ménages pauvres de la zone 04 au nord de Koulikoro, dans les régions de Mopti, Gao et Tombouctou connaitront entre Avril et Juin une insécurité alimentaire de phase 3 ou Crise. Pour le scenario le lus probable, ces populations vont évoluer dans la phase 3 de l’insécurité alimentaire aiguë entre juillet à septembre. Ce qui demandera des interventions d’urgence ciblées de l’Etat et des partenaires pour permettre aux ménages de faire face à peu de travaux champêtres là où c’est possible et sans décapitaliser d’une manière irréversible leur moyen d’existence.

    Zone 1 : Nomadisme & commerce transsaharien

    En général, les nomades chameliers au nord des régions de Tombouctou et Kidal (Zone 1 : Nomadisme & commerce transsaharien) sont moins vulnerables au conflit comparés aux autres au sud de la region de Gao. Leur mobilité comparée (selon la disponibilité d’eau et de pâturages) les permet d’éviter plus facilement les zones de conflits. Cependant, de maintenant à juin, la disponibilité des pâturages et de l’eau est moindre pour assurer de longues distances, s’éloigner des zones de conflits et se ravitailler au besoin en aliments et vendre les animaux sur les marchés sahariens de l’Algérie et de la Mauritanie. Ainsi, la zone sera en Phase 2 d’insécurité alimentaire aiguë entre avril et septembre.

    Il est important à noter que, certains ménages d’origine de la zone 1 se trouvent actuellement dans la zone 2 plus au sud pour le commerce transsaharienne annuelle. Ces groupes au sud font face aux difficultés similaires à celles des autochtones. Cependant, avec les pluies de juin/juillet ils arriveront à s’éloigner du conflit.

    Scenario 2 dans les régions du nord

    FEWS NET reconnaît que le gouvernement du Mali s’est engagé de rétablir son intégrité territoriale dans les régions du Nord et que les rebelles ont promis d’élargir leur contrôle territorial à Mopti et Ségou. Dans Scenario 2, cette guerre redémarrera avant octobre. Les combats meurtriers, le déplacement massif des populations, l’arrêt total des ravitaillements et les obstacles à l’assistance humanitaire seront plus sévères qu’on a vu entre janvier-mars 2012. Dans ce scenario, à cause du manque notoire de nourriture, des opportunités de revenus et du carburant pour assurer les productions locales dans les périmètres et le disfonctionnement des marchés, l’insécurité alimentaire pourra atteindre la Phase 4 : Urgence de l’IPC 2.0 pendant la période de soudure entre juillet et septembre principalement dans les zones de moyen d’existence des agropasteurs (LZ 03--Riz fluvial Transhumant et Delta, LZ 04—Mil Transhumant Elevage, LZ 06 Delta Lacs Riz et élevage, LZ 02--Nomade Pastoralisme Transhumant et LZ 09—Ouest Centre Mil Sorgho Pluvial) des régions de Gao, Tombouctou et Mopti. Dans le reste du pays, l’insécurité alimentaire pourrait être plus généralisée et plus sévère qu’anticipé dans le Scenario 1.

    La population urbaine fera face à une insécurité alimentaire moins sévère à cause d’un meilleur accès aux activités tant soient minimes que le marché, les opportunités d’activités génératrice de revenus et l’assistance humanitaire pourraient procurer. Il en sera de même pour les nomades (LZ01-- Nomadisme Commerce Transsaharien, LZ02--Nomade Pastoralisme Transhumant) des régions de Tombouctou et Kidal, qui profiteront des conditions pastorales meilleures entre juillet et septembre et de leur mobilité pour s’éloigner des zones de conflits et des possibilités de se ravitailler (ou se réfugier) sur les marchés sahariens de l’Algérie et de la Mauritanie.

    Table 1: Événements possibles dans les prochains six mois qui pourraient changer le scenario plus probable.

    Zone d’accent géographique

    Événements possibles

    Impacts sur les conditions de la sécurité alimentaire

    Mali/nord

     

    Pluies tardives, mal distribuées et déficitaires par rapport à la normale

    Les commerçants au nord retiennent substantiellement leurs stocks. Les flux des céréales dans ces localités seront en dessous de la moyenne et les prix des céréales connaitront une hausse progressive et substantielle en commençant de juillet/août jusqu’aux principales récoltes (octobre/décembre).

    Nord Mali, bande sahelienne:

    LZ 01, 02, 03, 04, 05, 06, 09

    Sécheresse généralisée dans la bande sahélienne pour la deuxième année consécutive

    Une grande sécheresse avec une production significativement inférieure à la moyenne va anéantir les productions agricoles dans la bande sahélienne pour la deuxième année consécutive. Les disponibilités très inférieures et l’accès à la nourriture très problématique et entrainant Phase 04 au moment de la soudure en 2013.

    Nord Mali, bande sahélienne:

    LZ 01, 02, 03, 04, 05, 06, 09

    Entraves aux flux des céréales et du carburant plus que anticipé dans le scenario 1

    Ceci va engendrer une hausse significative des prix au moment où les stocks s’amenuisent. Peu de ménages pauvres et moyens seront capables d’assurer leur besoins alimentaires que dans le scenario 1.

     Mali/nord

     

    L’investissement dans l’agriculture en 2012 est peu que dans le scenario 1 entre juin/septembre

    La demande de travail sera moindre que dans le scenario 1, réduisant l’accès au revenu pour acheter la nourriture chez les ménages pauvres dépendant du travail agricole.

    Mali/nord

    les conflits de leadership entre les groupes rebelles et islamistes

    Embrasement général du nord du Mali, Burkina Faso, Niger et Mauritanie. Division totale du Mali entre nord et sud avec isolement total des populations du nord.

    National

    Manque de surveillance acridienne au nord à cause de l’insécurité et invasion généralisée des cultures en maturité

    Dégâts occasionnant les baisses significatives de production en 2012/13 avec des impacts similaires à « sécheresse » dessus.

    Figures Calendrier saisonnier et événements critiques

    Figure 1

    Calendrier saisonnier et événements critiques

    Source: FEWS NET

    Résultats actuelles de la sécurité alimentaire, avril, 2012

    Figure 2

    Résultats actuelles de la sécurité alimentaire, avril, 2012

    Source: FEWS NET

    Carte des zones de moyens d’existence

    Figure 3

    Carte des zones de moyens d’existence

    Source: FEWS NET

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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