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Accès limité des pauvres aux aliments au nord et centre du pays à cause des prix élevées et les conflits

  • Mise à jour sur la sécurité alimentaire
  • Mali
  • Décembre 2023
Accès limité des pauvres aux aliments au nord et centre du pays à cause des prix élevées et les conflits

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  • Messages clé
  • Situation Actuelle
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Suppositions mises à jour
  • Perspectives jusqu’ à mai 2024
  • Messages clé
    • L’insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) en cours dans la région du Liptako Gourma et dans le nord du pays se poursuivra jusqu’en mai 2024 à cause des prix élevés des denrées de base et la dégradation des moyens d’existence liée à l’insécurité. La situation est beaucoup plus marquée à Ménaka où l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) est en cours à cause de la forte perturbation des activités économiques, de la rupture des circuits d’approvisionnement et du déplacement inhabituel de plus de 50 pour cent de la population de la zone en lien avec l’insécurité.
    • Les incidents sécuritaires ont augmenté de 12 pour cent par rapport à l’année dernière à la suite de l’intensification des offensives militaires en cours dans les régions du nord du pays et au départ de la MINUSMA du pays et sont caractérisés par des repressions sur les populations civiles par les groupes armés. La forte dégradation des moyens d’existence et la poursuite des déplacements inhabituels de population estimées à plus de 390 000 personnes en septembre 2023 à travers le pays, exposent davantage les ménages déjà éprouvés à l’insécurité alimentaire.
    • La production de céréales est globalement similaire à la moyenne des cinq dernières années et en légère baisse de 1,3 pourcents par rapport à celle de la campagne dernière selon le rapport de la Cellule de la Planification, Statistique du Secteur du Développement Rural (CPS/SDR, novembre 2023). Cette disponibilité globalement moyenne dans le pays est favorable à un accès satisfaisant de la majorité des ménages aux vivres excepté dans les zones de mauvaise production à travers le pays où la soudure sera précoce dès avril/mai au lieu de juin habituellement.

    Situation Actuelle

    Situation sécuritaire: La persistance des incidents sécuritaires au centre et dans les régions du nord du pays et la multiplication des repressions sur les populations civiles par les groupes armés à la suite de l’intensification des offensives militaires en cours dans les régions du nord du pays particulièrement dans la bande des trois frontières (Liptako Gourma), sont observées. Selon ACLED, de janvier à novembre 2023, 1425 incidents ont été enregistrés à travers le pays soit une hausse de 12,3 pour cent par rapport à la même période de 2022. En Septembre 2023, OCHA a estimé plus 391 961 personnes déplacées à travers le pays principalement dans les régions du centre et du nord au niveau des camps et des ménages hôtes, et représentant un peu plus de 50 pour cent dans la région de Ménaka et de 30 pour cent dans celle de Kidal.

    La reprise des anciennes bases de la MINUSMA, dont le mandat a officiellement pris fin le 11 décembre, par les Forces Armés Maliens (FAMa) a considérablement accru les tensions avec le Cadre Stratégique Permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP). La reprise progressive des bases de la CSP par les FAMa à partir d’octobre et qui a abouti à la prise de la ville de Kidal le 17 novembre a engendré des déplacements inhabituels de population atteignant 30 pour cent de la population dans la région de Kidal vers les zones plus sécures voire dans les pays voisins. Ces déplacés qui n’ont plus accès à leurs sources habituelles de revenus et de nourriture, vivent principalement de l’assistance humanitaire et de la solidarité des communautés hôtes. 

    Dans la région de Tombouctou, une recrudescence des opérations du Jama'a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM) a été observée avec quelque 118 incidents et 176 décès associés, ce qui représente une augmentation de 82  pour cent des incidents et de 319  pour cent des décès par rapport à l'année précédente. Toujours dans la région de Tombouctou, et après la levée de siège il y’a quelques semaines, le JNIM a annoncé un blocus total de Tombouctou le 11 décembre 2023 ; ce qui perturbera significativement les flux de marchandises vers les marchés y compris des denrées alimentaires.

    Productions agropastorales : La production globale de céréales est pratiquement similaire à la moyenne quinquennale (+0,03 pourcent) et à celle de l’année 2022/23 (-1,3 pour cent) selon la Cellule de Planification et des Statistiques des Services du Développement Rural en novembre 2023 (CPS/SDR). Toutefois, des baisses localisées de production sont observées notamment dans le sahel occidental et les zones d’insécurité à cause de la mauvaise répartition des pluies et de la baisse des superficies exploitées en lien avec l’insécurité dans la zone du Liptako Gourma et le nord des régions de Ségou et de Koulikoro. L’épuisement précoce des stocks qui en découle rendra les petits producteurs plus dépendant du marché dans un contexte économique difficile. L’évolution des cultures maraichères de contre-saison se poursuit avec des perspectives globalement moyennes. Toutefois, la faible disponibilité des eaux au niveau des mares et lacs à cause de la faible pluviométrie de juillet à septembre, réduira par rapport à une année moyenne les productions, particulièrement dans les zones du Liptako Gourma et dans la bande du fleuve de Mopti, où elles seront faibles à cause d’un accès limité aux parcelles en plus de la faible disponibilité en eau. Les récoltes en cours et celles attendues en mai atténueront les difficultés d’accès des ménages exploitants aux aliments. Il en sera de même pour les cultures de décrue au niveau des lacs à Tombouctou, Mopti et dans la région de Kayes où les superficies cultivables seront réduites par rapport à une année moyenne à cause du faible niveau de remplissage des mares et lacs.

    Conditions pastorales : Les pâturages sont globalement moyens à supérieurs à la moyenne excepté par endroits dans le Sahel occidental de Kayes et de Koulikoro et par endroits dans les régions du nord, où des poches de déficits de production liés à la mauvaise pluviométrie sont observées. Les points d’eau sont dans l’ensemble en dessous du niveau moyen à cause de la faible pluviométrie. Dans les zones d’insécurité, la dégradation rapide attendue des pâturages accessibles à la suite des perturbations de mouvement du bétail, engendrera des difficultés d’alimentation qui réduiront les productions animales et les revenus pastoraux. Ailleurs, la transhumance se déroule normalement avec le retour habituel des troupeaux transhumants pour les résidus de récolte et au niveau des points d’eau permanents. La situation zoo-sanitaire est calme dans l’ensemble et la campagne de vaccination se poursuit avec l’appui de partenaires comme le CICR et la FAO. L’état d’embonpoint des animaux est satisfaisant de même que la production de lait qui est appréciée moyenne, ce qui améliore la consommation alimentaire des ménages pasteurs et les revenus moyens issus de la vente du lait et des produits laitiers (beurre, fromage).

    Pêche : Les perspectives pour la campagne de pêche en cours sont moyennes à inférieures à la moyenne à cause de la faiblesse de la crue qui n’a pas permis une bonne inondation des zones de reproduction des poissons. Les captures moyennes en cours se poursuivront normalement sur les cours d’eau excepté dans la vallée du fleuve de Mopti à Gao où les groupes armés réduisent l’accès à certaines zones de pêche. La baisse des captures réduira les revenus des ménages pêcheurs même si, le prix du poisson est supérieur à la moyenne.

    Marchés et Prix : Malgré la hausse saisonnière, l’offre de céréales et des légumineuses reste en dessous de la moyenne à cause du faible niveau des stocks de report et la reconstitution des stocks au niveau des grands fournisseurs. L’approvisionnement des marchés reste suffisant dans l’ensemble à travers le pays, avec toutefois des perturbations de flux, voire des ruptures pour certains marchés des régions de Tombouctou, Gao et de Ménaka à cause du blocus imposé par les groupes armés. En dépit de l’assouplissement des blocus autour du cercle de Tombouctou et de Ménaka, les marchés restent moins fournis, aussi bien en denrées locales qu’en produits alimentaires manufacturés, à la suite de la prudence des fournisseurs et de l’impact des sanctions de la CEDEAO sur le Niger par où passe la majorité des denrées importées pour la région de Gao et cela à la suite des difficultés de circulation de l’axe Mopti-Gao. De plus, à partir du 20 décembre, le CSP a annoncé l’imposition de blocus au nord du pays, notamment sur les axes des villes de Menaka, Kidal, Gao, Tombouctou et Taoudenit. Toutefois, même si l'étendue, la durée et l'efficacité de ces blocages ne sont pas encore connues, il entrainera des perturbations des flux qui engendreront des hausses de prix et qui réduiront l’accès des pauvres aux marchés.

    La demande sur les marchés est en baisse saisonnière, mais reste plus élevée que la moyenne dans le cadre de la reconstitution des stocks commerçants en prélude aux achats institutionnels, les particuliers principalement dans la bande du sahel occidental et de plus en plus des pays voisins de la Mauritanie et du Niger. Les prix des céréales en fin novembre 2023 sont stables ou en baisse mais moins marqué qu’en année moyenne. Les prix restent toujours supérieurs à la moyenne des cinq dernières années à cause de la baisse des offres par rapport à une demande forte en cours. Par rapport à la moyenne quinquennale, le prix de la principale céréale de base au niveau des marchés des capitales régionales, est en hausse de 105 pour cent à Ménaka, 38 pour cent à Sikasso, 36 pour cent à Gao, 16 pour cent à Koulikoro, 21 pour cent à Ségou, 20 pour cent à Kidal et 10 pour cent à Tombouctou. Ces niveaux de prix réduisent l’accès des ménages pauvres aux denrées dans les zones de faible production qui dépendent du marché pour leur consommation. Il est similaire à Mopti (+2 pour cent) et en baisse à Mopti (-7 pour cent) et Sikasso (-15 pour cent).

    Quant aux marchés à bétail, la hausse habituelle des offres est observée mais reste toujours en dessous de la moyenne dans les zones d’insécurité où les dysfonctionnements des marchés amènent les éleveurs à se tourner vers les marchés plus sécures au sud du pays voire dans les pays voisins. Les prix du bétail restent supérieurs à la moyenne quinquennale aussi bien pour les gros ruminants que pour les petits ruminants grâce à l’embonpoint satisfaisant en cette période de disponibilité de pâturage. Les termes de l’échange chèvre/mil (Figure 1) par rapport à la moyenne quinquennale, sont pratiquement similaires à Tombouctou, Mopti (+2 pour cent) et en baisse de 32 pour cent à Ménaka et Bourem, 18 pour cent à Nara, 30 pour cent à Rharous et de 14 pour cent à Gao ; ce qui n’est pas favorable à un accès adéquat des ménages éleveurs aux marchés.

    Figure 1

    Termes d'échange chèvre/céréales Nov. 2023 (Kg/Tête)

    Termes de l’échange (kg) d’octobre à novembre 2023

    Source: FEWS NET

    Situation nutritionnelle : Selon l’enquête SMART de juillet/août 2023, la prévalence de la malnutrition aiguë globale pour le pays est de 11,1 pour cent, ce qui dénote une situation préoccupante selon les normes de l’OMS contre 10,0 pour cent en 2022 à la même période. Ce taux serait en amélioration en cette période d’atténuation des difficultés d’accès aux aliments grâce aux récoltes et la disponibilité des produits animaliers. Les régions de Ménaka (19,4 pour cent dont 4,3 de MAS), Gao (15,3 pour cent dont 2,3 pour cent de MAS) et Tombouctou (12,5 pour cent dont 2,3 pour cent de MAS) sont les plus touchées. En plus des difficultés d’accès alimentaires, le dysfonctionnement et l’accès difficile aux structures socio-sanitaires, contribuent à la dégradation de la situation nutritionnelle notamment dans les zones d’insécurité.


    Calendrier saisonnier pour une année typique

    Source: FEWS NET


    Suppositions mises à jour

    Les hypothèses du rapport sur perspectives de la sécurité alimentaire d’octobre 2023 à mai 2024 se maintiennent, à l'exception de celles mises à jour ci-dessous:

    Situation sécuritaire : Les incidents sécuritaires se poursuivront dans la région de Kidal avec le retour des FAMa dans la région et aussi l’organisation de lutte commune contre les groupes armés dans le cadre de la nouvelle organisation de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) regroupant le Burkina Faso, le Mali, et le Niger. Une recrudescence des incidents actuels est attendue dans les régions de Tombouctou, Kidal, Gao, Bandiagara et de Mopti, ainsi que le nord de Ségou et de Koulikoro, par les groupes armés qui profiteront du départ de la MINUSMA avant une reprise en main de toutes les emprises par les FAMa. A partir de janvier, le nombre d’incidents connaitra l’évolution saisonnière à la hausse à un niveau similaire à légèrement supérieur à celui de 2023 avec une augmentation des déplacements de populations et un maintien du blocus autour de certaines zones des régions de Tombouctou et de Gao ; ce qui engendrera des baisses de flux d’approvisionnement et des hausses de prix qui limiteront l’accès des pauvres à la nourriture. Quant au conflit dans le centre du pays, la violence devrait rester au niveau actuel, proche de celui de 2023 grâce à la poursuite active des offensives militaires dans la zone et aussi aux négociations communautaires en cours.


    Perspectives jusqu’ à mai 2024

    La disponibilité globalement moyenne des récoltes, les revenus en nature et en espèce issus des travaux de récolte, l’amélioration des termes de l’échange bétail/céréales par rapport à la soudure et les revenus tirés des activités habituelles de main d’œuvre agricole et non-agricole sont favorables à un accès moyen des ménages aux denrées alimentaires. Par conséquent, l’insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC) en cours pour la majorité des ménages du pays se poursuivra jusqu’en mai 2024. Toutefois, dans les régions de Tombouctou, Gao, et de Mopti, les ménages pauvres qui profitent de la baisse des prix des denrées et de la disponibilité des récoltes, continuent de rencontrer des difficultés à satisfaire convenablement leurs besoins alimentaires et non alimentaires. Ils ont alors recours à une intensification atypique des activités de main d’œuvre, de migration, de vente inhabituelle de bétail, aux emprunts en nature ou en espèce et de réduction des dépenses non alimentaires. Par conséquent, l’insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) en cours se maintiendra jusqu’en mai 2024.

    Dans les zones d’insécurité du Liptako Gourma, les ménages pauvres aux revenus en baisse notamment dans les cercles de Bankass, Koro, Bandiagara, Douentza, Ansongo, Gourma Rharous, connaissent une forte dégradation des moyens d’existence qui limite leur capacité à satisfaire convenablement leurs besoins alimentaires et non-alimentaires. Cependant, l’amélioration saisonnière en cours grâce aux récoltes mêmes faibles par endroits et la baisse saisonnière des prix, améliorent l’accès des ménages aux denrées alimentaires. Par conséquent, ces ménages se retrouvent en situation d’insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) actuellement grâce à leurs propres récoltes, même faibles, aux rémunérations en nature pour les travaux de récoltes, et de la solidarité locale qui réduisent le recours aux stratégies de crise et améliorent leur consommation alimentaire. Une dégradation probable en Crise (Phase 3 de l’IPC) est attendue à partir de mai 2024 à cause de la réduction importante de leur accès aux aliments liée aux prix élevés et le recours intense à la vente de biens productifs, d’emprunts et de réduction des dépenses alimentaires dans un environnement où les moyens d’existence restent fortement dégradés. Quant aux ménages de Ménaka et du sud de Gao, le recours accrue aux stratégies de crise à urgence pour 69,2 pour cent des ménages (FAO, DIEM Octobre 2023) à travers la vente de tous le bétail, la mendicité et aussi la réduction importante du nombre de repas dénotent une dégradation inhabituelle de leur consommation alimentaire. L’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) se maintiendra jusqu’en mai à partir duquel une dégradation probable est attendue, particulièrement pour les personnes déplacées qui sont estimées à 52,5 pour cent de la population de la région de Ménaka.

     

    Tableau 1
    Événements possibles au cours des six mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable.
    ZoneEvenementImpacte sur les perspecitves de sécurité alimentaire
    Nord du pays, notamment Ménaka, Kidal, Gao, Tombouctou, TaoudenitImposition stricte du blocus annoncé par le CSP

    L’imposition d’un blocus dans le nord du pays par les groupes armés réduira significativement l’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires surtout que les zones citées sont dépendantes de l’approvisionnement à partir du sud du pays et des importations de la Mauritanie et de l’Algérie. La baisse importante des offres, voire des pénuries notamment pour les denrées alimentaires importées, exacerbera les difficultés d’accès des ménages pauvres aux aliments. Ainsi, on assistera à une augmentation du nombre de population en Crise (Phase 3 de l’IPC) voire des populations en Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans ces zones concernées. Compte tenu de la hausse accrue du nombre de déplacées à Kidal, un blocus totale pourrait conduire à une détérioration de la zone en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Citation recommandée: FEWS NET. Mali Mise à jour sur la sécurité alimentaire Décembre 2023: Accès limité des pauvres aux aliments au nord et centre du pays à cause des prix élevées et les conflits, 2023.

    Cette mise à jour des perspectives sur la sécurité alimentaire présente une analyse des conditions actuelles d'insécurité alimentaire aiguë et de toute évolution de la dernière projection de FEWS NET concernant les résultats de l'insécurité alimentaire aiguë dans la géographie spécifiée au cours des six prochains mois. Pour en savoir plus sur le travail, cliquez ici.

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