Perspectives sur la sécurité alimentaire

Impacts combinés de l’insécurité et de la COVID-19 sur la sécurité alimentaire dans le pays

Octobre 2020

Octobre 2020 - Janvier 2021

Février - Mai 2021

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • Les récoltes globalement moyennes à bonnes dans le pays et en hausse d’environ 20 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale, sont favorables à une disponibilité alimentaire satisfaisante dans le pays durant l’année alimentaire 2020-21. La disponibilité de la propre production, les prix des céréales globalement similaires à la moyenne mettent la majorité des ménages en insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC).

  • Les conditions d’élevage globalement bonnes dans le pays augurent une soudure pastorale normale pour le bétail à partir d’avril à travers le pays excepté les zones d’insécurité qui connaitront des perturbations d’accès aux ressources pastorales. Les productions animales moyennes attendues et le maintien d’un embonpoint moyen sont favorables à des revenus moyens qui amélioreront le pouvoir d’achat des ménages éleveurs.

  • L’accès des ménages aux céréales est moyen dans l’ensemble grâce à la disponibilité moyenne à supérieure à la moyenne de la propre production bien que faible par endroits, des dons/zakat, des paiements en nature. Les prix des céréales qui seront similaires à légèrement supérieurs à la moyenne et l’amélioration des termes de l’échange chèvre/céréales à des niveaux similaires à supérieurs à la moyenne favoriseront un accès adéquat des ménages éleveurs aux marchés.

  • Les ménages pauvres du Liptako Gourma et des zones d’insécurité, incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires sans recourir de façon atypique à des stratégies d’adaptation se retrouvent en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) avec nécessité d’assistance à partir d’avril pour éviter une dégradation en pire. Il en sera de même pour les ménages pauvres déplacés et les victimes des inondations, n’atteignant pas le seuil de population pour changer la classification de la zone, qui seront en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) à pire d’octobre à mai 2021.

CONTEXTE NATIONAL

Situation actuelle

Productions agropastorales : Les récoltes jugées globalement moyennes à bonnes par 85,9 pour cent des ménages (mVAM, août 2020) et en cours à travers le pays, améliorent les disponibilités alimentaires auprès des ménages et sur les marchés. Les rémunérations en nature et en espèce issues des activités de mains d’œuvre liées aux récoltes constituent des opportunités moyennes de nourriture et de revenus pour les ménages pauvres. Toutefois, des baisses localisées de production sont observées notamment dans la bande du Liptako Gourma dans les cercles de Bankass, Koro, Bandiagara et Douentza à cause de l’insécurité qui a limité le niveau des exploitations et aussi aux pertes liées aux inondations à travers le pays. Les prévisions de production de céréales sont similaires par rapport à celles de l’année dernière (1 pour cent) et en hausse de 20 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale (CPS/SDR). La campagne de contre-saison de maraichage et de céréales qui démarre, augure de belles perspectives grâce à la bonne disponibilité des eaux au niveau des cours d’eau, les barrages et mares de retenue.

La baisse d’environ 75 pour cent de la production du coton liée à la COVID-19 qui a abaissé les prix d’achat à des niveaux non incitatifs, réduira le revenu des producteurs de coton et force la fermeture de plusieurs usines d’égrainage. Pourtant, la réduction des recettes d'exportation due à la baisse de la production de coton pourrait être compensée par la hausse d’environ 30 pour cent du prix de l'or qui constitue le principal produit d’exportation du Mali. Toutefois, une baisse de revenu du gouvernement affecte négativement les capacités du Gouvernement à répondre convenablement aux demandes sociales.

Les conditions d’élevage sont jugées bonnes dans l’ensemble grâce à la production de pâturages normale à excédentaire et meilleure à celle des 21 dernières années (ACF, sept 2020) et des points d’eau reconstituées à des niveaux moyens à supérieurs à la moyenne. L’état d’embonpoint des animaux et le niveau des productions animales sont globalement moyens à bons dans l’ensemble et améliorent l’alimentation et le revenu des ménages éleveurs. Les troupeaux sont dans les zones de concentration d’hivernage. Le retour des troupeaux transhumants est attendu à partir de novembre pour les résidus de récoltes et dans la bande du fleuve pour le « Bourgou ». La situation zoo- sanitaire est relativement calme en dépit de quelques foyers isolés de dermatose nodulaire contagieuse bovine constatés par endroits. La campagne de vaccination qui a démarré se poursuit partout à travers le pays.

Dégâts des inondations : Les grandes pluies de juillet à septembre ont engendré des dégâts plus ou moins importants selon les zones sur les biens d’équipements, les habitats, les cultures et le bétail particulièrement dans les régions de Ménaka, Ségou, Bamako, Tombouctou et Gao. En fin septembre, selon la Direction Générale de la Protection Civile (DGPC), plus de 90 000 personnes sinistrées dont 21 morts ont été enregistrées, en plus de 73 424ha de cultures de céréales détruites. Les pertes d’habitats, de biens, d’équipements, de bétail, de cultures et de stocks réduisent les capacités des ménages pauvres victimes à satisfaire convenablement leurs besoins alimentaires et de reconstitution des moyens d’existence. Les appuis en vivres et en non-vivres ont été apportés par le Gouvernement et les agences humanitaires et restent en deçà des attentes pour un rétablissement de la situation.

Production de pêche : La baisse habituelle des captures est observée en cette période de hautes eaux. Les captures sont jugées faibles par rapport à la moyenne à cause des perturbations sécuritaires dans certaines zones de pêche du delta intérieur du Niger.

Impact des sanctions économiques régionales : La levée des sanctions économiques de la CEDEAO sur le Mali à la suite de la crise socio-politique que le pays a connue, a permis une reprise des échanges commerciaux avec les pays voisins depuis le début octobre. Ces sanctions ont engendré des perturbations faibles à moyennes de fonctionnement de certains circuits commerciaux exception faite des denrées alimentaires, du carburant et des produits pharmaceutiques ainsi qu’une baisse de transferts de fonds des migrants. Avec la levée des dites sanctions le 6 octobre, les échanges commerciaux ont connu une nette amélioration comparée à septembre, mais continuent de trainer les séquelles du ralentissement des flux nés de l’arrêt des flux financiers à travers la BCEAO qui ont mis un coup d’arrêt aux commandes des opérateurs avec les fournisseurs habituels. La baisse des recettes douanières liées à ces échanges réduit les capacités d’action du gouvernement.

Fonctionnement des marchés et prix : Les disponibilités alimentaires restent suffisantes sur tous les marchés en dépit des effets combinés de l’insécurité, des restrictions à cause de la COVID-19 de mai à juin, et des sanctions économiques de la CEDEAO sur le pays d’août à début octobre 2020. Le déstockage habituel auprès des paysans au regard des belles perspectives de production agricole et l’arrivée des nouvelles récoltes contribuent à l’amélioration des offres de céréales et de légumineuses sur les marchés. Le prix de la céréale de base en fin septembre sur les marchés des capitales régionales est stable ou en hausse dans l’ensemble. Par rapport à la moyenne quinquennale, le prix de la céréale de base est similaire à Mopti, Koulikoro et Sikasso, en hausse dans les zones plus insécures ou les flux sont plus perturbés à Ségou (8 pour cent), Kayes (11 pour cent), Gao (13 pour cent), Tombouctou (21 pour cent), Kidal (25 pour cent), ce qui est de nature à limiter l’accès des ménages très pauvres aux denrées. Pour les denrées importées, de légères fluctuations à la hausse (5 à 10 pour cent) sont observées mais de façon isolée grâce à la disponibilité suffisante de stocks au niveau des fournisseurs et des mesures de facilitation du Gouvernement depuis le début de la COVID-19 en mars 2020.

L’offre de bétail est en hausse sur les principaux marchés grâce au retour habituel des troupeaux transhumants et aux besoins d’approvisionnement des éleveurs en céréales. Les prix du bétail sont stables ou en hausse par rapport au mois dernier grâce au bon embonpoint des animaux et aux bonnes conditions d’élevage présentes qui n’incitent pas à plus de vente. Par rapport à la moyenne quinquennale, le prix de la chèvre, qui est l’animal le plus vendu par les ménages pauvres pour accéder à la nourriture, est en hausse dans l’ensemble comme à Tombouctou (30 pour cent), Nara (19 pour cent), Rharous (13 pour cent), Ménaka (10 pour cent) et Mopti (7 pour cent) et en baisse de 11 pour cent à Bourem et 10 pour cent à Gao. Les termes de l’échange chèvre/céréales sont dans l’ensemble stables ou en amélioration par rapport au mois passé. Par rapport à la moyenne quinquennale, les termes de l’échange chèvre/mil sur les marchés pastoraux suivis, sont similaires ou en hausse (40 pour cent à Nara 8 pour cent à Mopti et Tombouctou, 10 pour cent à Rharous), excepté à Gao et Bourem où une baisse respective de 20 et de 21 pour cent est observée dû à l’insécurité et à la baisse d’acteurs présents sur ces marchés, ce qui réduit l’accès des pasteurs aux denrées.

Accessibilité : La disponibilité moyenne à supérieure à la moyenne de la propre production, les dons/zakat et les produits issus de la rémunération en nature dans les travaux de récoltes permettent à la majorité des ménages d’accéder à la nourriture sans grandes difficultés dans les zones de production. La baisse des prix des principales denrées de base à un niveau similaire à inférieur à la moyenne et l’amélioration des termes de l’échange bétail/céréale dans la plupart des zones pastorales (Figure 1) sont favorables à un accès moyen des ménages agropastoraux à la nourriture. Toutefois, dans les zones de conflit du centre et du nord du pays, certains ménages, à cause de la dégradation importante des moyens d’existence liée à l’insécurité persistante et aux déplacements inhabituels qui engendrent des pertes de bien et d’arrêt des activités économiques, ont des difficultés d’accès aux vivres et sont dépendants de l’aide des humanitaires et des parents/amis à la suite de la dégradation de leur pouvoir d’achat. Aussi, les ménages pauvres qui trainent encore les séquelles de la COVID-19 à cause des licenciements économiques, de la baisse des échanges commerciaux internationaux et des transferts de migrants pour plus de 60 pour cent des ménages (mVAM, août 2020), continuent d’avoir des difficultés d’accès aux vivres et aux non-vivres à cause de la baisse de leurs revenus.

Situation sécuritaire : La situation sécuritaire reste volatile dans les régions du nord, du centre du pays et se caractérise par des attaques armées, des affrontements entre groupes armés et aussi des assassinats ciblés. Selon Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), 85 incidents sécuritaires ont été enregistrés au cours du mois de septembre 2020, ce qui est en baisse de 34 pour cent par rapport au mois d’août. En dépit d’une baisse du nombre des incidents sécuritaires dans certaines zones, ils continuent de perturber le mouvement des personnes et des biens et le fonctionnement régulier des marchés particulièrement dans la bande frontalière avec le Burkina Faso. Toutefois, on observe un accroissement d’incidents sécuritaires en 2020 comparé à 2019, avec un cumul de 2 789 contre 1 970 en 2019. En plus des déplacements des populations, ces incidents sécuritaires ont limité le niveau des superficies cultivées de 15 à 20 pour cent dans les cercles de Bankass, Koro, Douentza et de Bandiagara. Ces pertes de production et de perturbation des activités économiques réduisent les capacités des ménages dans ces zones à satisfaire leurs besoins alimentaires et non-alimentaires.

Mouvement de population : La persistance des incidents sécuritaires dans les régions du Nord et du Centre du pays continue d’engendrer des déplacements de population à la recherche de zones plus sécures. Le nombre de déplacés est en augmentation constante depuis mars 2019 et est estimé en fin septembre 2020 à 299,859 personnes (DTM, rapport septembre 2020). Au même moment, le retour timide des réfugiés et de certains déplacés sur la base des négociations et des accords entre communautés se poursuit avec l’appui du Gouvernement et des agences humanitaires. L’essentiel des déplacés, soit 79 pour cent selon le rapport DTM de juillet 2020 ont perdu leur autonomie et vivent au dépend des aides des humanitaires et des communautés ou des tierces personnes au niveau des ménages hôtes et aussi au niveau des camps. Les retours timides de populations de réfugiées de la Mauritanie et de certains déplacés dans leurs terroirs d’origine sont enregistrés.

Assistance humanitaire : Dans le cadre de l’assistance saisonnière, plus de 1 331 153 personnes soit 84 pour cent des personnes en besoin ont reçu des assistances mensuelles en vivres et en appuis aux moyens d’existence (865 797 personnes) principalement sous forme de cash de juin à septembre 2020 (Cluster Sécurité alimentaire, Octobre) de la part du Gouvernement et des partenaires humanitaires. L’assistance en cours concerne principalement les ménages déplacés dans le cadre du mécanisme de réponse rapide, qui se poursuit à travers le pays.

Situation nutritionnelle : L’amélioration de la disponibilité des premières récoltes facilite l’accès des ménages aux denrées alimentaires diversifiées (produits animaliers, légumineuses, légumes, céréales) et à des coûts plus abordables et par conséquent, contribue à la baisse saisonnière de la malnutrition. En fin septembre 2020, le nombre des admissions au niveau des structures de prise en charge de la malnutrition est globalement en hausse de 5 pour cent par rapport à celui de 2019 pour la même période soit 198 677 en 2020 contre 188 513 en 2019. Le dépistage et la prise en charge des cas de malnutritions se poursuivent au niveau des structures de santé opérationnelles. 

Sécurité alimentaire courante : La consommation alimentaire est en amélioration comme d’habitude en cette période de disponibilité et d’accès aux denrées alimentaires diversifiées. La réduction des stratégies d’adaptation négatives de réduction des volumes de repas, de la qualité et ou de la quantité des repas, contribue à améliorer la consommation alimentaire des ménages dans l’ensemble. Cependant, elle restera en dessous de la moyenne pour les ménages pauvres et surtout les déplacés des zones d’insécurité qui ont de la peine à satisfaire convenablement leurs besoins alimentaires et non-alimentaires. Les assistances humanitaires et la solidarité locale en leurs endroits sont de nature à limiter la dégradation de la situation. La plupart des ménages sont en insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC). Toutefois, les ménages pauvres du Liptako Gourma et des zones d’insécurité, incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires sans recourir de façon atypique à des stratégies d’adaptation se retrouvent en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC).

Suppositions

Le scenario le plus probable de la sécurité alimentaire d’octobre 2020 à mai 2021 se base sur des suppositions fondamentales, par rapport à l’évolution du contexte national, qui sont :

Productions agricoles de saison : La bonne pluviométrie et la hausse des superficies d’environ 6 pour cent par rapport à la moyenne et à l’année dernière augurent une production de céréales au-dessus de la moyenne. Les prévisions de production selon la Cellule de la Planification et des Statistiques des Services du Développement Rural (CPS/SDR) sont en hausse de 20 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale ; ce qui est favorable à une disponibilité moyenne de céréales dans le pays durant l’année alimentaire 2020-2021. Toutefois, des baisses localisées de production liées à la baisse de superficies dans les zones d’insécurité du centre et du nord et aux inondations, engendreront une baisse des disponibilités et un épuisement précoce des stocks dans les ménages concernés.

  • Cultures de contre-saison : Le niveau de remplissage moyen à bon des retenues d’eau (mares et lacs de décrue) grâce à la bonne pluviométrie et la forte crue sur les cours d’eau, augurent des perspectives de productions moyennes à supérieures à la moyenne pour les cultures de contre-saison à partir d’octobre pour les cultures maraichères, de janvier/mars pour les cultures de riz au niveau des périmètres irrigués et les cultures de décrue dans les régions de Tombouctou, Kayes, Mopti et de Gao.
  • Productions animales/mouvement du bétail : La production de pâturages normale à excédentaire enregistrée cette année assurera une bonne alimentation du bétail ; ce qui est favorable au maintien d’un embonpoint moyen des animaux d’octobre à mai 2021 et d’une production animale moyenne à bonne dans le pays. Le regain d’embonpoint et les productions moyennes (lait, beurre, fromage) attendus procureront des revenus moyens aux ménages éleveurs. Cependant, dans les zones d’insécurité du nord et dans le Liptako Gourma de Ménaka, de Koro, de Bankass, l’accès aux pâturages sera perturbé par les incidents sécuritaires ; ce qui affecterait l’alimentation des animaux dans ces localités et engendrera une baisse de production par rapport à une année moyenne. Aussi, la hausse attendue du prix de l’aliment de bétail à cause de la forte baisse de la production de coton, limitera les capacités des ménages pauvres dans l’entretien des laitières pendant la soudure pastorale ; ce qui réduira leurs revenus.
  • Pêche : La bonne crue sur les cours d’eau est favorable à une bonne reproduction des poissons. Les captures faibles en octobre à cause du niveau des eaux très élevé, s’amélioreront à partir de novembre avec l’ouverture de la campagne de pêche et à la décrue des fleuves. La levée des mises en défens au niveau des mares pour les pêches collectives de mars à mai contribuera à relever le niveau de la disponibilité en poisson. Les perspectives de production pour la campagne de pêche de novembre à mai 2021 sont moyennes à supérieures à la moyenne. Toutefois, la persistance de l’insécurité affectera l’activité dans certaines zones de pêche du delta intérieur du Niger.
  • Main d’œuvre non agricole : Les activités habituelles de main d’œuvre non-agricole et de petits métiers de décembre à mai se poursuivront normalement dans le pays. La demande de main d’œuvre dans les usines d’égrainage serait en baisse entre décembre 2020 et avril 2021, due à la baisse significative de production du coton. Toutefois, l’insécurité dans les zones du Liptako Gourma, des régions du Nord, les séquelles de la COVID-19 particulièrement dans les centres urbains, limiteront les opportunités d’emplois, ce qui réduit en dessous de la moyenne, le revenu tiré de ces activités.
  • Main d’œuvre agricole : Les récoltes qui démarrent, constituent des opportunités moyennes de nourriture, pour ceux qui sont payés en nature, et de revenus d’octobre à janvier pour les bras valides dans les zones agricoles à l’exception de celles ayant connu une baisse des réalisations liée à l’insécurité et/ou à la mauvaise pluviométrie. À partir d’avril 2021, les opérations de nettoyage de champ et de transport de fumier pour les préparatifs de la nouvelle campagne agricole constitueront des opportunités moyennes d’emplois pour les ménages pauvres dans les zones agricoles. Les revenus moyens et les payements en nature issus de ces activités amélioreront leur accès à la nourriture.
  • Migration : Les départs habituels de bras valides à la recherche de ressources entamés en septembre se poursuivront jusqu’en février vers les zones de grandes productions du pays pour les travaux de récolte et les pays voisins. Les sites d’orpaillage ouverts en octobre seront les destinations privilégiées de beaucoup de migrants dans les régions de Kayes, Koulikoro et de Sikasso, notamment à cause de la baisse de demande de main d’œuvre pour la production de coton. Les appuis en nature et en espèce envoyés d’octobre à mai et ou rapportés par les migrants de retour en avril-mai amélioreront le pouvoir d’achat des ménages. Cependant, la baisse des transferts monétaires liée aux séquelles de la COVID-19 dans les pays d’accueil réduiront les revenus issus de cette activité qui sont en baisse de plus de 30 pour cent pour plus de 71 pour cent des ménages qui en dépendent (mVAM, août 2020).
  • Impacts économiques des sanctions régionales et de la baisse de la production du coton : Les sanctions économiques de la CEDEAO sur le Mali ont affecté négativement les échanges commerciaux avec les autres pays du monde d’août à octobre 2020 avec des impacts sur les recettes douanières, les transferts de fonds, et certaines activités économiques du pays. Même si ces sanctions ont été levées en début octobre, ses séquelles persisteront encore jusqu’à la fin de 2020 sur le niveau des activités dans les filières touchées. Malgré la réduction des revenus générés par les exportations de coton, une réduction de 70 pour cent de la production de coton sera probablement compenséé par les prix mondiaux très élevés de l'or d’environ 30 pour cent au-dessus de la moyenne et alors pourraient ne pas changer de façon notoire les recettes d’exportation du Mali.
  • Prix des céréales : Les récoltes supérieures à la moyenne attendues à partir d’octobre et qui seront supérieures à la moyenne de 20 pour cent selon la CPS/SDR favoriseront un approvisionnement satisfaisant des marchés en céréales durant toute la période de scenario. Le déstockage attendu au regard des perspectives rassurantes de la campagne en cours dans les zones de production, la baisse habituelle de la demande de consommation grâce à la disponibilité de la propre récolte enclencheront la baisse saisonnière des prix qui se poursuivra jusqu’en février. La reconstitution des stocks communautaires à partir de mars au niveau des banques de céréales, coopératives et stocks institutionnels (OPAM, PAM, ONG) qui seront à un niveau inférieur à la moyenne, et aussi des pays voisins à cause de l’interdiction des exportations du Nigéria, les besoins élevés d’assistance liés aux inondations au Niger, au Nigéria et au Burkina, relèveront le niveau des demandes par rapport à une année moyenne. De janvier à mars, période habituelle des achats, la hausse saisonnière des prix sera observée et qui se poursuivra jusqu’en mai 2021. Les prix de façon globale seront à un niveau inférieur à similaire à la moyenne d’octobre à février et similaire à supérieur à la moyenne de mars à mai.
  • Prix du bétail : Le prix du bétail est globalement en hausse par rapport à la moyenne sur les principaux marchés à bétail à cause de la baisse habituelle des offres en cette période et du bon embonpoint des animaux. Cette tendance de prix supérieur à la moyenne devrait se maintenir jusqu’en avril/mai. À partir d’avril, la dégradation habituelle des conditions d’élevage avec perte d’embonpoint pour le bétail engendrera la baisse habituelle des prix qui resteront tout de même supérieurs à la moyenne grâce aux conditions d’élevage favorables qui n’incitent pas à des ventes d’urgence. Toutefois, dans les zones d’insécurité du Liptako Gourma et par endroits dans les régions du nord où des dysfonctionnements de marché sont observés, les prix seront inférieurs à la moyenne à cause de l’absence de demande et aussi de la vente d’animaux dérobés.
  • Reconstitution des stocks institutionnels : Les distributions gratuites de vivres et les ventes subventionnées dans le cadre du plan national de réponse 2020, ont réduit considérablement le niveau des stocks au niveau de l’OPAM. Les achats pour la reconstitution du Stock National de Sécurité et pour d’autres organismes en vue d’éventuelles interventions dans le cadre du plan national de réponse 2021 seront réalisés. La demande sera inférieure à similaire à la moyenne à cause de la préférence du cash transfert ou du voucher en lieu et place des distributions directes jugées onéreuses et trop contraignantes. Aussi, la crise sociopolitique que traverse le pays limite les capacités du Gouvernement à faire face à ces besoins de reconstitution à souhait, ce qui limitera le niveau des achats institutionnels dans le pays.
  • Impact inondation : La baisse de la production agricole à cause des pertes de superficies de culture et la dégradation des moyens d’existence observées notamment dans la vallée des cours d’eau et les zones de bas-fond, réduisent les capacités des ménages pauvres à satisfaire convenablement leurs besoins alimentaires et de reconstitution des moyens d’existence dégradés, ce qui rehausse leur vulnérabilité à l’insécurité alimentaire.
  • Situation sécuritaire : Des incidents sécuritaires continuent d’être enregistrés dans les zones de conflit du centre et du nord du pays en dépit des négociations en cours par le Gouvernement et les différentes communautés et qui ont abouti à la signature d’accord de cessation d’hostilité dans certaines zones du centre du pays. La pose d’engins explosifs et les confrontations avec l’armée et entre groupes rivaux devraient se poursuivre. En dépit de l’accalmie et de l’espoir suscité par ces négociations, des perturbations localisées particulièrement dans la zone du Liptako Gourma continueront à être enregistrées pendant la période du scenario.
  • Mouvement des populations : L’insécurité persistante dans les régions du nord et du centre du pays continuera d’engendrer des déplacements de population à la recherche de zones plus sécures. L’évolution de la situation sécuritaire particulièrement dans la zone du Liptako Gourma avec la persistance des incidents et des attaques de villages, l’intensification des opérations militaires, ne permettent pas d’espérer à un grand changement par rapport à la situation actuelle.
  • Situation nutritionnelle : La situation nutritionnelle habituellement élevée à la période de soudure de juin à septembre à cause des difficultés d’accès à la nourriture s’améliorera à partir d’octobre grâce à la disponibilité des récoltes, de la diversité alimentaire et de la baisse des prix des aliments qui favorisent un accès moyen des ménages aux denrées alimentaires. À partir de mars-avril, la dégradation habituelle de l’hygiène à cause de la rareté de l’eau, la dépendance de plus en plus forte des ménages sur le marché notamment dans les zones de faible production, contribueront à la dégradation de la consommation alimentaire et partant de la situation nutritionnelle. La baisse habituelle de la disponibilité des produits animaliers de mars à mai et la mise en œuvre des stratégies de gestion des stocks affecteront davantage la situation nutritionnelle des ménages. La prévalence de la malnutrition aiguë globale suivra alors la hausse saisonnière de mars à mai. Elle devrait rester proche de la moyenne durant toute la période compte tenu de la situation alimentaire globalement satisfaisante dans le pays et de la poursuite active des actions de dépistage et de prise en charge des cas de malnutrition. Toutefois, dans les zones d’insécurité, on assistera à une dégradation de la situation nutritionnelle au-dessus de la prévalence habituelle de la zone à cause des conditions difficiles de vie particulièrement pour les ménages déplacés.
  • Assistance humanitaire : L’assistance humanitaire en cours principalement pour les ménages déplacés dans le cadre du mécanismes (RRM) de réponse rapide se poursuivra durant toute la période du scenario, mais ne représente pas la couverture de 20 pour cent de la population d’une zone. Il en sera de même pour le dépistage et la prise en charge des cas de malnutritions au niveau des structures socio-sanitaires. Quant à l’assistance pour la période de pré-soudure (mars à mai), les appuis en intrants agricoles (semence, aliment de bétail, ect…), elle aura lieu principalement dans les régions du nord et du centre et sera fonction des moyens disponibles au niveau des différentes agences humanitaires.

Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

La disponibilité de la propre production, même faible par endroit, des produits en nature et en espèce issus de la rémunération dans les travaux de récolte, des produits animaliers (lait, beurre, fromage) et les prix des denrées globalement inférieurs ou similaires à la moyenne sont favorables à un accès moyen des ménages aux aliments à travers le pays. Ainsi, la majorité des ménages du pays sera en situation d’insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC), d’octobre 2020 à janvier 2021. Les revenus tirés de la vente des produits agricoles, du bétail, des activités habituelles permettront aux pauvres de disposer des moyens d’accéder aux marchés sans grandes difficultés. Cependant, la baisse des revenus liée à l’effet combiné de la COVID-19 et de l’insécurité, affecte négativement les capacités des ménages pauvres à satisfaire leurs besoins alimentaire et non alimentaire particulièrement dans les centres urbains, les victimes des inondations et dans les zones d’insécurité qui souffrent de la dégradation des moyens d’existence. Par conséquent, ces ménages incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires sans recourir à une intensification des activités de main d’œuvre, de migration et de réduction des dépenses alimentaires seront en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) d’octobre 2020 à janvier 2021.

De février à mai 2021, les ménages pauvres aux moyens d’existence limités et dégradés dans une conjoncture peu favorable dans la zone de Liptako Gourma, les centres urbains et ceux victimes des inondations principalement à Ménaka, Kayes, Koulikoro, Ségou et Bamako auront des difficultés à satisfaire à la fois leurs besoins alimentaire et non alimentaire. Ces ménages qui ont un accès relativement moyen aux vivres en cette période de récoltes bien que faibles, de la solidarité locale connaitront dès mars la dégradation de leur consommation alimentaire et de leur situation nutritionnelle à des niveaux supérieurs à la moyenne. La disponibilité moyenne à supérieure à la moyenne de pâturages et de points d’eau au sortir de l’hivernage est favorable à une alimentation sans difficulté du bétail dans les différentes zones pastorales du pays. La soudure pastorale, débutera en mars-avril comme en année normale. La production agricole moyenne à bonne attendue dans le pays et l’évolution des prix similaire à légèrement supérieure à la moyenne sont favorables à une disponibilité et un accès moyen des ménages aux céréales pendant toute l’année alimentaire 2020/21 ; ce qui permet d’espérer sur une soudure agricole moyenne dans le pays et commençant à la période habituelle de juin. Cependant, elle sera précoce d’un mois à cause de l’épuisement précoce des stocks dans les zones localisées de mauvaise production et surtout dans le Liptako Gourma. Les ménages pauvres qui ne pourront satisfaire leurs besoins alimentaires sans recourir aux stratégies d’adaptation atypiques de réduction des dépenses non alimentaires et ou d’emprunt seront par conséquent en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) de mars à mai 2020, notamment dans les régions de Gao, Mopti, le sud de Tombouctou, nord Kayes et nord-est Koulikoro. Toutefois, à partir de mai 2021, en absence d’assistance humanitaire, les plus pauvres et particulièrement les ménages déplacés vont voire leur situation de sécurité alimentaire dégrader jusqu’en Crise (Phase 3 de l’IPC).

Evènements qui pourraient changer les scenarios

Événements possibles au cours des six mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable.

Zone

Evénements

Impact sur les conditions de la sécurité alimentaire

National (zones d’Office du Niger, la bande du fleuve de Gao et de Tombouctou)

Dégâts des ennemis de culture d’octobre à mai

Les dégâts importants d’oiseaux granivores sur les cultures de contre -saison d’avril à mai réduiront les disponibilités en céréales dans les zones agricoles et peuvent engendrer une hausse des prix sur les marchés. La hausse des prix réduira l’accès des ménages pauvres aux denrées et le revenu des ménages exploitants. Il en est de même pour les éventuels dégâts de chenilles sur les cultures maraichères d’octobre à mars.

National

Recrudescence des cas de COVID-19 dans le pays et ou dans les pays voisins et d’accueil des migrants.

Le retour aux restrictions dans le pays et ou dans les pays voisins à cause de la recrudescence des cas de COVID-19 impactera négativement sur les activités économiques qui trainent encore les séquelles de cette pandémie. Les perturbations économiques qui en résulteront limiteront les capacités des ménages pauvres à satisfaire leurs besoins alimentaire et non alimentaire. La baisse des opportunités d’emplois dans les pays d’accueil des migrants contribuera à réduire le niveau des transferts qui connaissent déjà une réduction de plus de 30 pour cent pour les ménages qui en dépendent.

Nord et centre du Mali

Intensification des perturbations des marchés par l’insécurité résiduelle d’octobre à mai

Une intensification des actes d’insécurité affecterait davantage l’environnement économique dans les zones concernées ; ce qui impactera négativement sur les revenus, l’approvisionnement et les moyens d’existence des ménages et rehausserait la vulnérabilité des ménages pauvres à l’insécurité alimentaire.

Nord du Mali (ZONE 2, 3, 4), le Delta du Niger (ZONE 6) et la bande du sahel (ZONE 13)

Dégâts importants de feux de brousse sur les pâturages de mars à mai

Les feux de brousse causent habituellement d’énormes dégâts sur les pâturages de décembre à mai ; ce qui engendrera une dégradation inhabituelle des pâturages et induira des difficultés d’alimentation du bétail. La baisse d’embonpoint et des productions animales voire de mortalité qui en découlera, affectera négativement les moyens d’existences des ménages agropasteurs.

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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