Perspectives sur la sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire des agro-pasteurs se dégrade dans presque tout le Sahel du Tchad

Février 2016 - Septembre 2016

Février - Mai 2016

Chad February 2016 Food Security Projections for February to May

Juin - Septembre 2016

Chad February 2016 Food Security Projections for June to September

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • Les stocks céréaliers des ménages pauvres dans certains départements de la bande sahélienne seront épuisés précocement (fin-février au lieu de avril/mai). Il s’agit de Mangalmé (Guera), Batha Ouest, Kanem, Wadi Bissam (Kanem), BEG Sud, Mamdi (Lac), Djourf Al-Ahmar (Sila) et des départements de Kobé et Megri de Wadi Fira. Ces ménages font déjà face à une hausse atypique des prix des céréales et une baisse atypique de leurs revenus causant des déficits de consommation alimentaire. Ils seront en Crise (Phase 3 de l’IPC) à partir de mars (Carte 2).

  • Les impacts de l’insécurité dans le Lac et du déficit de la production céréalière dans le Sahel seront atténués dans les départements de Nord Kanem, BEG Nord, Batha Est et Biltine (Wadi Fira) grâce à  leurs moyens d’existence pastoraux plus favorables, et dans le département de Wayi (Lac) grâce à une situation sécuritaire plus stable. Ces ménages pauvres resteront en Stress (Phase 2 de l’IPC) jusqu’à mai. Dans le département de Wayi, elle se détériorera en Crise (Phase 3 de l’IPC) à partir de juin avec l’installation de la soudure agricole.

  • La situation alimentaire s’est détériorée dans les départements de Kimiti (Sila), Guera Centre et Ouest, Dar Tama (Wadi Fira), Assoungha (Ouaddai), et Tandjilé Est et Ouest, et les régions de Mayo Kebbi Ouest et Logone Oriental à cause de l’épuisement précoce de stocks céréaliers. Les ménages pauvres des zones pastorales seront en Stress (Phase 2 de l’IPC) de février à juin, et ceux des zones agricoles jusqu’à septembre. La plupart des ménages de la zone soudanienne disposent de stock moyen et resteront en situation Minimale (Phase 1 de l’IPC) jusqu’à septembre (Carte 1).

  • La situation pastorale est jugée passable en général, mais le pâturage est faible dans les régions de Hadjer Lamis, BEG, Kanem, Batha et Wadi Fira où l’état d’embonpoint des animaux se détériore plutôt que la normale (février au lieu d’avril), et le revenu des pasteurs va baisser à cause de la faible demande et des prix qui sont en baisse. Cette situation s’améliorera à partir de juillet avec la régénération du pâturage et la nouvelle demande pendant la période de Ramadan.

Contexte nationale

Situation actuelle

Situation agro-pastorale :

Les prévisions agricoles de 2015 ont fait ressortir une production céréalière nationale, fortement touchée par l’installation tardive et la mauvaise répartition des pluies, qui a baissé de 10 pourcent par rapport à  la moyenne quinquennale. Les régions les plus affectées par la faible production sont : le Kanem (-54 pourcent), Batha (-51 pourcent), Sila et Biltine (-31 pourcent), BEG (-27 pourcent), Guera (-25 pourcent), Mayo Kebbi Ouest (-21 pourcent) ; d’autres régions qui étaient affectées sont : le Logone oriental (-14 pourcent), le Ouaddai (-11 pourcent) et la Tandjilé (-10 pourcent).

Dans la zone sahélienne, les principales activités agricoles actuelles concernent le gardiennage des champs et les récoltes-battages de sorgho de décrue (berbéré), ainsi que les activités maraichères. La production de berbéré connait une baisse allant jusqu’à 30 pourcent par rapport à la moyenne pour l’ensemble des régions. Cette diminution est due à une faible pluviométrie mal repartie et une baisse de superficies emblavées suite au retard de l’installation des pluies qui a aussi retardé le calendrier des récoltes du berbéré (ordinairement en Janvier-Février). Le berbéré est encore au stade de grains laiteux et est menacé par des attaques de « miella. »

Au niveau des polders du Lac, les activités de la campagne de contre saison froide (CCSF) se poursuivent normalement avec la troisième et quatrième irrigation, ainsi que le deuxième et troisième sarclage. Les surfaces mises en valeur en culture de rente pendant cette CCSF sont en baisse de près de 25 pourcent comparées à la moyenne à cause de l’insécurité et de l’abandon des champs. Les récoltes des cultures de rente sont prévues à partir de mi-février 2016 comme d’habitude, mais la production attendue sera en baisse de près 15 à 20 pourcent comparée à la moyenne.

Les activités de maraichage ont démarré depuis la fin de la campagne pluviale et se poursuivent avec la récolte généralisée des tomates, laitue, aubergine, etc. Le départ des agro-maraichers à la recherche de l’or après sa récente découverte dans le Fitri a réduit les surfaces maraichères, et sa récolte est en dessous de 10 à 12 pourcent de la moyenne.

Dans la zone soudanienne, les activités agricoles sont actuellement le stockage et le défrichement des nouveaux champs, ainsi que le maraîchage. Cette dernière activité connait ces dernières années un grand engouement soutenue par les appuis en intrants et petits matériels de jardinage de la part des partenaires techniques. La culture de berbéré dans cette zone, pratiquée notamment dans le Lac Iro (région du Moyen Chari), est au stade de maturation et la récolte est prévue comme d’habitude, pour fin février avec une production moyenne.

La situation pastorale :

De manière générale, le pâturage est faible et inferieur à la normale et aggravée par les feux de brousse. A cela s’ajoute l’assèchement de presque toutes les marres (exception faite de quelques-unes dans la zone soudanienne). La situation zoo-sanitaire est calme, et l’état d’embonpoint des animaux est encore de bon à moyen dans la zone soudanienne. Dans la zone sahélienne, la situation pastorale est jugée passable en générale. Dans le Ouaddaï, le niveau de pâturage est jugé inferieur par rapport à la normale et ne couvrira pas les besoins du cheptel jusqu’à juin. Le niveau de disponibilité fourragère actuel demeure moyen dans la région de Sila et Dar-Tama (Wadi Fira) et passable au Salamat, dans le Guera et au Batha. Les résidus de récoltes de berbéré amélioreront quelque peu la disponibilité fourragère. Dans la partie Est du pays, les puits pastoraux ne sont pas à la hauteur de répondre aux besoins d’abreuvement à partir de mars 2016 où les besoins d’eau seront multipliés par rapport à février à cause de la forte chaleur.

Dans le Sahel Ouest, le pâturage se raréfie autour des villages causant de longues marches aux animaux dans le Kanem et le Barh El Gazal. Les animaux sont abreuvés grâce aux forages et puits pastoraux entrainant des bousculades. Tout de même, les animaux ont un embonpoint moyen avec une tendance baissière. Au Lac, la situation pastorale est dans son ensemble difficile car l’instabilité ralenti les échanges et les flux de bétail, augmentant le nombre des animaux compte tenu de la présence des transhumants qui n’ont pas pu regagner leurs sites.

Les stocks céréaliers dans les ménages :

Les stocks céréaliers des ménages sont constitués, essentiellement, des récoltes des cultures pluviales de la campagne 2015/2016 et sont globalement inférieurs à une année normale. La plupart des ménages qui a misé sur le berbéré pour augmenter le niveau de stock ne sera pas satisfait du niveau de la production, à cause des cas de flétrissements de plants, notamment dans le département de Mangalmé (Guera) et à Ati dans le Batha Ouest. Dans la partie Est du pays, les niveaux de stocks sont relativement moyens jusqu’à fin avril 2016, exceptée les deux départements de Wadi-Fira (Kobé et Megri) et celui de Djourf Al Ahmar (Amdam) dans le Sila où les stocks céréaliers demeurent faibles à cause d’une baisse de production pluviale.  

Au niveau du Sahel Ouest, le stock est presque inexistant à tous les niveaux et les ménages dépendent du marché. Au Lac, malgré la bonne production céréalière de 2015-2016, le niveau de stock céréalier dans les ménages est presque épuisé à cause de la pression exercée par la présence des déplacés qui sont venus augmenter la taille des ménages et qui partagent les mêmes repas que les populations hôtes. Dans la zone soudanienne, le niveau des stocks des ménages est moyen à cause du stock de report et de la diversité alimentaire (patate, taro, igname, etc.).  

La main d’œuvre agricole :

Dans la zone sahélienne, il y a globalement moins de main d’œuvre agricole cette année que les années passées suite à la découverte de l’or dans la région du Batha qui attire un grand nombre de bras valides des régions de Kanem, BEG, Guera, Batha, Ouaddai et du Tibesti. Ces départs causent la baisse du niveau de revenu tiré de la main d’œuvre agricole de ces zones ainsi que leurs revenus globaux de la main d’œuvre. La recherche de l’or est informelle et actuellement interdit par l’Etat. Certains bras valides continuent à se déplacer vers le Salamat pour les récoltes de berbéré où la journée de travail est payée à 1500FCFA, contre 1000FCFA l’année passée, soit une hausse de 33 pourcent comparé à 2015. Dans le Ouaddaï, des opportunités d’emplois liées à la main d’œuvre agricole (travaux  d’entretien) pour les cultures maraichères vont continuer jusqu’à mars 2016 et le cout journalier actuel est de 3.000FCFA/jour contre 2.500FCFA l’année dernière à la même période, soit une hausse de 20 pourcent. Au Lac, la main d’œuvre agricole est disponible et même en surnombre à cause de la présence des réfugiés, retournés et déplacés venant du Nigeria et des îles du Lac Tchad. En début février, le salaire journalier d’un ouvrier agricole dans les polders de Guini, Mamdi ou Berim (zones agricoles de  Bol) était de 1000 FCFA contre 2000 FCFA en 2015, soit une baisse de 50 pourcent.

Dans la zone soudanienne, la demande en main d’œuvre agricole actuelle concerne surtout les besoins pour les travaux de défrichement payé. Le cout journalier est autour de 500FCFA comme en année normale. Pour les activités de maraichage qui se poursuivent dans certaines zones, la main d’œuvre est généralement familiale et non rémunérée.  

Mouvements de populations :

Dans le Sahel Ouest, on observe l’abandon des activités maraichères par certains exploitants pour aller chercher de l’or dans le département du Fitri (Batha), surtout dans les régions voisines. Au Lac, les mouvements des déplacés continuent d’être observés à cause de l’insécurité liée au groupe Boko Haram, et ils sont surtout nombreux à Bagasola et autour de la ville de Bol. Le nombre actuel des déplacés recensés par le Ministère de l’Action Sociale est autour de 95.000 personnes. Les départs saisonniers des populations du Batha Est, de Koundjourou (Batha Ouest), et de Mangalmé vers le Salamat pour travailler pendant les récoltes de contre-saison sont amorcés en raison des faibles productions pluviales de ces zones. Dans la zone soudanienne, aucun mouvement inhabituel de population n’est observé actuellement.

L’offre/la disponibilité céréalière :

Dans la zone sahélienne, l’approvisionnement régulier des marchés conduit à des disponibilités céréalières importantes dans la plupart des marchés céréaliers excepté Iriba (Kobé) et Matadjana (Megri) dans la région de Wadi Fira et au Sahel Ouest où les niveaux d’offre saisonnière demeurent inférieurs à la normale, ce qui est liée à la faible production dans le Wadi Fira. Les marchés de l’Ouest connaissent des ralentissements de flux à cause de la perturbation dans la zone du Lac qui a causé le faible ravitaillement des marchés du Kanem et du Bahr El Gazal. Les récoltes de berbéré sont en cours dans le Guera, Salamat, Batha, Moyen Chari et Chari Baguirmi, et on note une bonne disponibilité céréalière bien qu’inférieure à une année normale. Dans le Ouaddaï, le berbéré commence à apparaitre déjà sur les marchés ainsi que les produits maraichers. Dans la zone soudanienne, on note un bon niveau de l’offre sur les marchés de céréales suite aux récoltes de cultures pluviales et les marchés de zones de déficits continuent d’être approvisionnés comme en année normale.

La demande céréalière :

Elle est importante dans les départements qui ont eu de faibles productions pluviales, par exemple les trois cantons Moubi et celui de Dadjo II du département de Mangalmé (Guera). Elle est aussi en hausse par rapport à l’année passée au Batha Ouest et Fitri, faute de bonnes productions pluviales et de berbéré de la campagne 2015/2016. Dans le Ouaddaï, la demande en céréale de base (mil et sorgho) reste faible depuis janvier 2016 à cause de la bonne production de 2015-2016. Dans le Wadi Fira, la demande des ménages est supérieure à la normale à cause d’une faible disponibilité des stocks résiduels due à la baisse de production céréalière de 2015-2016.

Dans le Sahel Ouest, la demande céréalière se pose avec acuité quand on observe la caravane chamelière en provenance du Kanem et de Bahr  Al  Gazal en direction de Hadjer Lamis et Chari Baguirmi à la recherche de céréales malgré que les véhicules ne cessent de ravitailler les marchés de ces zones. La demande céréalière actuelle dans la zone soudanienne est moyenne; cela s’explique par le fait que les ménages consomment actuellement leur propre production, mais aussi par une consommation  importante des tubercules tels que le taro et la patate. Pour le moment, aucune demande institutionnelle ou significative n’est observée sauf pour les stocks commerçants et la consommation locale.

Les flux céréaliers :

Les flux céréaliers inter-régionaux  fonctionnent normalement sauf entre le Lac et les autres régions. Les marchés de Moussoro (BEG) et ses environs bénéficient également du maïs en provenance du Lac Tchad comme en année normale. Ceux du Kanem sont ravitaillés par le maïs du Lac, et le mil et sorgho venant de Hadjer Lamis et Chari Baguirmi; mais ces flux sont en baisse/perturbés par rapport à l’état d’urgence qui prévaut dans la région du Lac. Dans la zone soudanienne, les flux actuels sont normaux des zones excédentaires vers les zones déficitaires comme en année normale.

Les prix des céréales :

De manière générale, les marchés céréaliers sont bien approvisionnés à partir des récoltes céréalières d’octobre à  décembre 2015 et celles des cultures de berbéré qui commencent par endroits. Les volumes des produits importés (riz, pate alimentaire, farine de blé) dans le Ouaddaï, Wadi Fira, Sila et Sahel Ouest sont très importants et cela affecte aussi les prix de céréales qui restent stables. Sur le marché d’Abéché dans la région du Ouaddaï, le prix du mil est stable en janvier 2016 (-3 pourcent) par rapport à la moyenne quinquennale. Sur le marché d’Iriba dans la région de Wadi Fira, il est stable (+1 pourcent) par rapport à la moyenne.

Par contre, dans le Sahel Ouest, le prix des céréales a une tendance en hausse par rapport à l’année dernière et à la moyenne quinquennale. Cette hausse s’explique par la faible production de 2015 même si quelques cas de baisses existent. Le prix du maïs est en hausse à Moussoro (13 pourcent) par rapport à la moyenne quinquennale.

Dans la région du Lac, les marchés sont sous approvisionnés en céréales et le prix du maïs commence à remonter à partir du mois de janvier parce que la plupart des ménages commencent à dépendre des marchés surtout en ce qui concerne les céréales. Au marché de Bol, le prix du kilogramme du maïs est de 197 FCFA en janvier 2016 comparé à 171FCFA, la moyenne des cinq dernières années, soit une hausse de 15 pourcent. En outre, le carburant dans le Lac, utilisé pour le transport et aussi pour le fonctionnement des motopompes est vendu à 750 FCFA le litre contre 550 FCFA son prix officiel. Cette hausse est due à l'insecurité qui limite l'approvisionnement depuis N'Djamena et à partir du Nigeria. Cette situation limite les déplacements des motos et des véhicules, et entraine une hausse des couts de transport. A ce niveau, à cause du prix de transport qui est trop élevé, les produits en provenance de N’Djamena sont pour la plupart tarifés très chers.

Dans la zone soudanienne, comparés à l’année 2015 à la même période, les prix des denrées de base connaissent des baisses ou sont stables pour certains. Ces baisses de prix et les variations observées sont dues au bon niveau de stock et à la faible demande actuelle causée par la baisse de pouvoir d’achat des ménages. A titre illustratif, le sorgho à Sarh est en baisse de 20 pourcent comparé à Janvier 2015 et stable (-5 pourcent) par rapport à la moyenne quinquennale. Le prix du mil comparé à Janvier 2015 est également en baisse sur les marchés de Moundou (-14 pourcent) et de Kélo (-15 pourcent).

Les prix de bétail :

Sur tous les marchés, les prix des animaux restent toujours en baisse et très inférieur à celui de l’année normale à cause de la fermeture officielle de la frontière avec le Nigeria depuis août 2014 suite à la crise au Nord-est du Nigeria causée par les insurgés de la secte Boko Haram. Cette fermeture interrompe le circuit d’exportations de bétail le plus important dans le pays. Dans le Ouaddaï, les prix de bétail sont globalement en baisse comparés à la moyenne (-32 pourcent), et dans le Sila (-38 pourcent). Dans le Sahel Ouest, le marché de Mao a connu une légère hausse de prix des bovins en janvier 2016 par rapport à l’année dernière suite à la présence des commerçants Libyens. Les prix restent toutefois inférieurs à ceux d’une année normale.

Assistance humanitaire :

Les réfugiés et retournés de la République Centrafricaine sont assistés régulièrement, du côté de Haraze Mangueigne (Salamat) par les institutions des Nations Unies ainsi que des ONG Internationales. D’autres sont pris en charge dans les familles et suivis par le PAM. Dans le Sud du pays, les acteurs de l’assistance humanitaire continuent à assister les retournés et refugiés afin de leur permettre d’exercer des activités génératrices des revenus et ainsi de diversifier leurs sources de revenus.

Suppositions

Le scénario le plus probable de février 2016 à septembre 2016 est basé sur les hypothèses suivantes au niveau national:

  • Agro climatologie : Selon l’analyse des modèles de projections saisonnières NOAA, ECMWS, IRI, et UK MET, on suppose que la campagne pluvieuse va commencer à temps et que la pluviométrie sera moyenne à supérieure à la moyenne. Le cumul des pluies sera suffisant pour le développement normal des cultures.
  • Perspectives pour les récoltes de contre saison : Une baisse généralisée des récoltes du berberé est attendue à cause d’un démarrage tardif et la mauvaise répartition des pluies en 2015, ainsi qu’une baisse de superficies emblavées après l’arrêt précoce des pluies.
  • Main d’œuvre agricole : Du fait de la ruée vers l’or qui s’observe actuellement dans plusieurs régions, cela risquerait d’affecter considérablement la disponibilité en main d’œuvre pour les prochaines récoltes de cultures de contre-saison.  Dans les zones touchées par le conflit, telle que le Sahel-Ouest, les revenus issus du travail agricole seront nettement inférieurs à la moyenne à cause de la forte pression des réfugiés/IDPs et retournés qui a engendré la baisse du coût de la main d’œuvre.
  • Marchés céréaliers et prix : A cause du déficit de la production, l’offre en céréales sera en diminution à partir de mars jusqu’à la fin de la soudure, et les prix des céréales resteront en hausse pendant toute la période de scenario, avec des pics entre juillet et août durant la période de soudure agricole.
  • La demande de céréales : La demande des ménages va continuer à croitre sur les marchés du fait de leur forte dépendance vis-à-vis des achats pour leur approvisionnement, notamment dans les zones qui ont enregistré des déficits céréaliers importants de production ainsi que dans la région du Lac.
  • Les flux de céréales : Les flux de céréales seront normaux à partir des zones de production, et de la zone soudanienne vers les marchés de l’Est du pays. Mais ils resteront perturber pour le Sahel Ouest, car la crise et les mesures de sécurité mises en place ont eu pour effet de ralentir les échanges commerciaux entre le Lac et les autres régions déficitaires du Sahel tels que le Bahr El Gazal et le Kanem qui sont alimentés en année normale par des flux de maïs venant du Lac.
  • L’offre de céréales : L’offre devrait être inférieure à la moyenne du fait du déficit céréalier enregistré durant la dernière campagne et de la limitation des importations en provenance du Nigeria et du Cameroun, mais aussi du fait de la situation sécuritaire dans la région du Lac Tchad qui continuera de perturber les flux causant l'insuffisance de l'approvisionnement des marchés notamment du Sahel Ouest et qui va maintenir les prix à la hausse.
  • Intrants agricoles : Les engrais sont habituellement mis à la disposition des producteurs pour toutes les zones de production du pays chaque année, mais très souvent avec beaucoup de retard. Mais, suite aux recommandations et plaidoyers faits par les divers services techniques et les organisations qui appuient les producteurs, l’approvisionnement en intrants, y compris les semences et engrais, devrait être fait à temps aux producteurs par l’ONDR et le PNSA avant le démarrage de la campagne 2016-2017.
  • L’insécurité liée à Boko Haram : L’insécurité qui s’est intensifiée dans la région du Lac depuis la fin de l’année 2015 va continuer à perturber les moyens d’existence, les marchés et le commerce jusqu’au moins septembre 2016. Cette crise sécuritaire pourrait engendrer une crise alimentaire dans la région à cause des récoltes des deux campagnes de contre saison (froide et chaude) qui risquent d’être compromises.
  • Situation pastorale et disponibilité en eau: Le pâturage ainsi que les points d’eau vont se raréfier d’ici mars-avril dans la plupart des zones pastorales et agro-pastorales. A cet effet, les éleveurs commenceront à faire de longues distances pour pouvoir alimenter et abreuver leurs animaux.  La soudure pastorale pourrait arriver plutôt que prévue (février au lieu de avril/mai) à cause du faible niveau de pâturage et de l’eau. Si la saison progresse favorablement, la disponibilité du pâturage et les points d’eau vont s’améliorer et augmenter à partir de début juillet et devraient être facilement accessible pour les pasteurs jusqu’au moins la fin de la période de scenario. 
  • La transhumance et l’embonpoint du bétail: Les transhumants qui sont stationnés vers le sud du pays resteront aussi longtemps que possible avant d’amorcer leur remontée vers juillet au lieu de mi-juin comme en année normale tout en s’assurant que les mares et les points d’eau sont bien chargés comme en année normale. Les transhumants au niveau du Lac y resteront à cause de la persistance de l’insécurité due à Boko Haram. L’embonpoint des animaux commencera à éprouver des difficultés à partir de mars-avril, suite à la rareté des pâturages et à l’assèchement des points d’eau, et à la faible production laitière qui sera inférieure à la moyenne jusqu’à juillet. Les conditions du bétail ne vont ainsi pas s’améliorer avant juillet avec des risques de décès atypiques des animaux, et les ménages agropasteurs feront face à des revenus toujours inferieurs à la moyenne avec réduction de leur accès aux céréales.
  • Marchés de bétail : La demande de bétail restera globalement en dessous de la normale avec la limitation des exportations vers le Nigeria et la Lybie, et les prix seront en dessous de la normale jusqu’à fin mai avant de connaitre une légère hausse en juin/juillet pendant le mois de Ramadan et en septembre (Tabaski). Cette demande pourrait toutefois connaitre une variation modérée d’ici mars avec l’arrivée signalée des libyens et notamment pour les prix des ovins et bovins avec les besoins pour la campagne électorale prévue en avril prochain.
  • Prix des animaux : La demande extérieure de bétail se maintiendra à son niveau actuel car les frontières devraient rester officiellement fermées notamment avec le Nigeria et la Lybie pendant toute la période de scenario. Les prix des animaux resteront donc en baisse, avec une détérioration des termes de l’échange au détriment des éleveurs entrainant la poursuite de la régression de leur capacité d’accès alimentaire.
  • Les sources de revenus et de nourriture: Les sources de revenu et de nourriture des ménages seront affectées par la baisse de production céréalière de 2015, la hausse précoce des prix et la baisse des revenus de la main d’œuvre agricole. Entre mars et septembre, les ménages qui dépendent des achats sur le marché seront plus nombreux comparés à une année normale dans les zones déficitaires du sahel tchadien ainsi que dans la région du Lac.

Les prix des cultures de base et de rente suivront les tendances décrites ci-dessous :

  • Le prix du mil, pourrait augmenter de manière atypique jusqu’à septembre dans les régions de l'est du Tchad qui ont été affectées par des précipitations et des  productions en dessous de la moyenne au cours de l'année de production de 2015/16.
  • Le prix du sorgho, pourrait connaitre une hausse modérée entre mars et mai à cause du faible niveau de production du berbéré attendu. Cette hausse va s’accentuer avec le début de la soudure en juin par rapport à son niveau actuel et pour atteindre le pic en aout avant d’amorcer sa baisse en septembre, mais il restera élevé comparé à la moyenne quinquennale.
  • Le prix du maïs, connaitra une hausse à partir de mars jusqu’en juillet à cause du faible niveau d’approvisionnement des marchés comparé à la moyenne. La hausse pourrait s’accentuer d’avantage jusqu’à septembre avec un niveau qui va rester élevé que la moyenne quinquennale à cause de la baisse de production attendue de contre saison chaude (fin juillet).
  • Le prix du sésame, connaitra une légère hausse à cause de la baisse du niveau des stocks sur le marché et de la hausse de la demande extérieure (Soudan, Niger et Inde), et intérieure pour la transformation en huile durant les périodes post récoltes de 2016. Mais le prix restera stable ou légèrement au-dessus de la moyenne sur plusieurs marchés jusqu’à septembre 2016.
Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

Pour la période de février à mai, dans la zone sahélienne, la plupart des ménages pauvres des départements de Mamdi (Lac), Wadi Bissam (Kanem), Sud Kanem, BEG Sud, Batha Ouest, Mangalmé (Guera), Djourf Al Ahmar (Sila), et Megri et Kobé (Wadi Fira) feront face à un niveau de stock céréalier qui sera réduit au minimum à cause des mauvaises productions céréalières pluviales de 2015, des mauvaises récoltes de la culture de décrue (berbéré) et des produits maraîchers à la baisse. A cet effet, les ménages pauvres et très pauvres ne dépendront que des achats sur le marché. Mais face à un niveau élevé des prix des céréales de base, et une détérioration du pouvoir d’achat qui se traduira par une baisse de revenus, ces ménages auront des déficits de consommation alimentaire et seront en Crise (Phase 3 de l’IPC) entre février et mai 2016. 

En outre, la plupart des départements des régions déficitaires en plus de Wayi (Lac) passeront en Stress (Phase 2 de l’IPC) dans cette période. Il s’agit de : Assoungha (Ouaddai), Dar Tama et Biltine (Wadi Fira), la Tandjilé Est et Ouest, Batha Est, Kimiti (Sila), Nord Kanem, BEG Nord, Guera, et Abtouyour et Barh Signaka dans la région du Guera et les départements de Mayo Kebbi Ouest et Logone Oriental. Quant aux ménages pauvres de ces zones, on observera une dégradation de leur situation alimentaire à cause de la détérioration du pouvoir d’achat des pasteurs, des baisses de revenus suite aux déficits de production (sauf dans le Lac où l’insécurité perturbe les sources de revenu), et de la faible disponibilité laitière qui est presque nulle. En plus de ralentissement des activités dans le secteur pétrolier, les trois régions du Sud (Tandjilé, Mayo Kebbi Ouest, et Logone Oriental) ont commencé avec des stocks céréaliers résiduels nuls cette année et ont connu des déficits de production. A cet effet, les ménages pauvres dans toutes ces zones auront des difficultés à répondre à leurs besoins alimentaires de base sans réduire leurs dépenses non-alimentaires et seront en Stress (Phase 2 de l’IPC) entre février et mai.

La différence entre la sévérité de l’insécurité alimentaire de ces deux groupes de zones s’explique par leurs contextes spécifiques. Par exemple, le département de Wayi dans la région de Lac est moins affecté par l’insécurité comparé à celui de Mamdi, tous deux dans la région du Lac. Les départements du Nord Kanem et Nord BEG sont des pasteurs avec des moyens d’existence plus favorables que ceux de Kanem sud et BEG sud. Kimiti (Sila) est moins affecté par l’insécurité alimentaire par rapport à Djourf Al Ahmar (tous deux dans le Sila) à cause de son niveau de stock résiduel de 2014/2015 et sa production moyenne de berbéré comparée à celle de Djourf Al Ahmar qui est relativement faible.

Tout le reste du pays restera en insécurité alimentaire aigue de phase Minimale (Phase 1 de l’IPC) pendant cette période.

Pendant la période de juin à septembre, les départements qui étaient en Crise (Phase 3 de l’IPC) pendant la première phase de scenario y resteront à cause de l’installation de la soudure agricole et de la persistance des déficits de consommation. La zone de transhumance de Batha Ouest fait l’exception et s’améliorera à une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) à partir de juin. Les autres zones pastorales (nord Kanem et Nord BEG) vont aussi connaitre une amélioration de leur sécurité alimentaire à partir de juin et seront en Phase Minimale (Phase 1 de l’IPC) à cause de l’installation de l’hivernage qui pourrait engendrer la restauration des pâturages, le meilleur embonpoint des bétails, les hausses des prix des animaux avec le mois de Ramadan et les fêtes (Ramadan et Tabaski), et la disponibilité des sous-produits d’élevage (lait, etc.). Malgré qu’ils sont des zones pastorales, les départements de Biltine et Dar Tama (Wadi Fira) et ceux de Kanem et Wadi Bissam (Kanem) garderont leurs phases respectives à cause des baisses de leurs productions agricoles depuis plusieurs années (ceux de Kanem) et le manque de diversité des moyens d’existence.

En plus, le département de Wayi (Lac) risquera de basculer en Crise (Phase 3 de l’IPC) avec l’installation effective de la soudure agricole et de l’accès difficile aux céréales. Le reste du Tchad sera en Phase Minimale (Phase 1 de l’IPC) (Carte 3).

 

Pour plus d'informations sur les perspectives des zones de préoccupation, veuillez, s'il vous plaît, cliquer en haut de la page pour télécharger le rapport complet.

 

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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