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- Des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) persisteront probablement jusqu’en septembre dans les zones touchées par les conflits dans la région de l’Extrême-Nord, en particulier dans les départements du Logone-et-Chari, du Mayo-Tsanaga et du Mayo-Sava. Par ailleurs, un risque d’inondation supérieur à la moyenne est prévu dans ces zones entre juillet et septembre. Cela pourrait entraîner des pertes de récoltes supérieures à la moyenne et des déplacements temporaires de population. D’ici au mois d’octobre, les résultats au niveau de la zone passeront probablement en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC), avec un meilleur accès à la nourriture grâce à la production propre qui a commencé en septembre. Toutefois, de nombreux ménages resteront probablement en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC), car les récoltes ont été inférieures à la moyenne à la suite des conflits et des inondations.
- La récolte principale améliorera temporairement l’accès à la nourriture de juillet à septembre dans certaines zones des régions du nord-ouest et du sud-ouest touchées par les conflits. Cependant, des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) devraient réapparaître d’octobre 2024 à janvier 2025. Des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) sont attendues tout au long de la période de projection dans les départements plus éloignés et moins sûrs de Lebialem, Momo et Menchum, où la production devrait être nettement inférieure à celle des années précédant le conflit. De nombreux ménages de ces départements continueront probablement à souffrir d’un déficit de consommation alimentaire ou à recourir à des stratégies d’adaptation négatives, telles que l’achat de nourriture à crédit ou la vente des biens restants, jusqu’en septembre.
- Des résultats de Stress (Phase 2 de l’IPC) sont attendues jusqu’en janvier 2025 dans les départements accueillant d’importantes populations de réfugiés, notamment Mbéré dans l’Adamawa et Kadey et Lom-et-Djerem dans la région de l’Est. Même si la disponibilité et l’accès à la nourriture pour les réfugiés et les ménages de la communauté d’accueil s’amélioreront probablement avec le début des récoltes en juillet, les ménages devraient continuer à recourir à des stratégies d’adaptation négatives, compte tenu du contexte des prix élevés des denrées alimentaires et de la concurrence pour les opportunités d’emploi.
- FEWS NET estime que les besoins en assistance humanitaire atteignent actuellement leur pic annuel en juin, avec environ 1,5 à 2 millions de personnes dans le besoin, principalement des réfugiés, des personnes déplacées internes (PDI) et des rapatriés. Toutefois, comme ces dernières années, les besoins totaux restent nettement supérieurs aux niveaux d’assistance prévus, et une nouvelle réduction de l’assistance est probable en raison de graves pénuries de financement.
Source: FEWS NET
Les besoins en assistance alimentaire sont actuellement à leur maximum annuel, coïncidant avec le pic de la période de soudure dans les zones sud et nord. Les stocks alimentaires des ménages ont été épuisés prématurément depuis longtemps et de nombreux ménages sont confrontés à des déficits de consommation indiquant une situation de Crise (Phase 3 de l’IPC), compte tenu de l’érosion des capacités d’adaptation après plusieurs années d’aggravation des conflits et des inondations. Les besoins diminueront légèrement avec l’arrivée de la récolte de juillet dans la zone sud, puis en octobre avec la récolte dans la zone nord, mais ces baisses seront de courte durée. En raison d’une nouvelle année consécutive de récoltes inférieures à la moyenne, l’accès aux stocks produits par les ménages n’améliorera que brièvement leur consommation alimentaire avant qu’ils ne doivent recourir à des achats alimentaires coûteux.
La programmation de la réponse humanitaire pour le Cameroun reste chroniquement sous-financée par rapport aux besoins en assistance humanitaire. Le PAM et ses partenaires continueront à fournir une assistance alimentaire d’urgence aux ménages touchés par le conflit. Toutefois, en raison des pénuries de financement prévues, FEWS NET estime que l’assistance alimentaire planifiée n’atteindra pas 25 pour cent de la population totale dans tous les départements analysés et qu’elle est insuffisante pour atténuer les effets de l’insécurité alimentaire aiguë associés à des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) au niveau de la zone. Les ménages confrontés à un tel niveau d’insécurité alimentaire aiguë sont incapables de satisfaire leurs besoins minimaux en kilocalories sans recourir à des mesures d’adaptation non durables et ont besoin d’une assistance humanitaire de toute urgence.
Des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) devraient émerger dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en novembre 2024 et persister jusqu’en janvier 2025. La prolongation du conflit devrait se traduire par une huitième année consécutive de récoltes inférieures à la moyenne et de nombreux ménages devraient commencer à acheter prématurément la plupart de leurs denrées alimentaires dès le mois d’octobre. Une fois les stocks des ménages épuisés, les ménages pauvres devraient s’engager dans des stratégies d’adaptation négatives sévères pour atténuer leurs écarts de consommation, et faire face à des prix élevés avec des revenus inférieurs à la moyenne.
Dans la région de l’Extrême-Nord, en particulier dans les départements du Logone-et-Chari, du Mayo-Tsanaga et du Mayo-Sava, des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) devraient persister jusqu’en septembre. En raison de l’épuisement précoce des stocks, de nombreux ménages dépendent, exceptionnellement, des achats sur les marchés pour les aliments de base, ce qui, avec les prix élevés des denrées alimentaires et les faibles revenus, limite l’accès à la nourriture. De plus, les prix élevés des céréales ont réduit les échanges commerciaux entre le bétail et les céréales, limitant ainsi le pouvoir d’achat des ménages pastoraux. Les inondations saisonnières d’août et de septembre progressant, un nombre restreint mais croissant de ménages confrontés aux chocs cumulés des inondations et des conflits pourraient se retrouver en situation d’Urgence (Phase 4 de l’IPC). La récolte de la saison principale permettra probablement une amélioration vers une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) d’octobre à janvier, permettant ainsi un meilleur accès à la nourriture pour les ménages. Cependant, des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) se poursuivront probablement au niveau des ménages pour les populations les plus démunies. Selon la dernière analyse de l'IPC sur la malnutrition aiguë (AMN) pour le Cameroun, des situations d’Alerte (Phase 2 de l’IPC AMN) et Sérieuse (Phase 3 de l’IPC AMN) sont attendues dans ces départements entre juillet et septembre.
La présence de près de 476 735 réfugiés venant de la République centrafricaine dans les régions de l’Est, de l’Adamawa et du Nord continue d’accroître les tensions sur les ressources et les opportunités de revenus, tout en obligeant à maintenir les prix des produits alimentaires et non alimentaires à un niveau élevé. L’accès à la nourriture reste limité pour les ménages de réfugiés de longue durée et les nouveaux réfugiés, ainsi que pour les communautés d’accueil. Une situation d’insécurité alimentaire aiguë de Stress (Phase 2 de l’IPC) persiste dans les départements de la Kadey, de Lom-et-Djerem (Est) et du Mbéré (Adamawa), où les réfugiés représentent plus de 20 pour cent de la population totale au niveau départemental. Dans le département de Mayo Rey, où la population réfugiée est estimée à moins de 8 pour cent de la population totale au niveau du département, les populations en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) restent nombreuses.
Les ménages urbains pauvres de Yaoundé et de Douala, où les prix élevés des produits alimentaires et non alimentaires essentiels continuent de limiter leur pouvoir d’achat, continuent de connaître une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC), voire pire. Plus de 55 000 personnes déplacées par les conflits dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest vivent aujourd’hui à Yaoundé, tandis que 16 000 résident à Douala. Leur présence accroît la concurrence pour les rares opportunités de travail et d’aide sociale offertes aux populations urbaines pauvres. Cette situation limite encore les possibilités de revenus des ménages pauvres, qu’ils soient d’accueil ou réfugiés. Les réfugiés et les personnes déplacées internes (PDI) sont particulièrement touchés, car ils ont abandonné leurs moyens d’existence traditionnels et leurs biens. Ils peinent à subvenir à leurs besoins en raison des difficultés à trouver des sources de revenus dans les zones urbaines, auxquelles s’ajoute le coût élevé de la vie. Certains ménages de réfugiés et de personnes déplacées sont probablement confrontés à des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC).
En savoir plus
L’analyse de ce rapport est basée sur les informations disponibles au 14 juin 2024. Suivez ces liens pour plus d’informations :
- Dernières Perspectives sur la sécurité alimentaire au Cameroun
- Aperçu de la méthodologie de développement de scénarios de FEWS NET
- Aperçu des analyses IPC et IPC-compatible
- L’approche de FEWS NET pour estimer a population dans le besoin
- L’approche de FEWS NET en matière d’analyse de l’assistance alimentaire humanitaire
La plupart des ménages ruraux du Cameroun ont des moyens d’existence agropastoraux, bien qu’il y ait quelques communautés pastorales dans le nord du Cameroun. La production animale est concentrée dans les régions du nord et de l’Adamawa, avec une certaine activité également dans l’ouest et le nord-ouest. La saison des pluies, qui a lieu de mars à novembre dans la zone sud du pays et de juin à septembre dans la zone nord, dicte les schémas de production saisonnière des cultures et du bétail. Au cours d’une année normale, les ménages pauvres répondent principalement à leurs besoins alimentaires et financiers grâce à l’agriculture, en consommant la majeure partie de leur production et en vendant le surplus sur les marchés. Les ménages dépendent aussi fortement des opportunités de travail agricole temporaire pour gagner un revenu supplémentaire afin d’acheter de la nourriture et des produits non alimentaires. La vente de volaille, de bois de chauffage, de charbon de bois et de poisson est une source mineure de revenus au cours de l’année. En revanche, les ménages pastoraux achètent généralement la plupart de leurs céréales de base grâce aux revenus tirés de l’élevage (principalement des petits ruminants) et de la vente de produits animaux, et consomment le lait et la viande de leurs troupeaux.
Les conflits sont le principal facteur d’insécurité alimentaire aiguë au Cameroun, avec deux conflits en cours dans le pays. Depuis 2013, Boko Haram, un groupe terroriste fondé au Nigeria, puis sa ramification, l’EIAO, ont lancé des attaques dans la région de l’Extrême-Nord, provoquant des destructions massives au sein des communautés. Parallèlement, la crise anglophone découlant de la montée des groupes séparatistes armés dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a entraîné d’importantes violences depuis la fin de l’année 2016.
Ces deux conflits perturbent gravement les activités agricoles et pastorales, essentielles à la subsistance des populations rurales. Dans les zones de conflit, les superficies cultivées ont chuté de 30 à 40 pour cent par rapport aux niveaux d’avant le conflit, en raison de la restriction de l’accès aux champs et de l’abandon des exploitations. La demande de main-d’œuvre agricole a donc diminué et les récoltes ont été médiocres. En raison de l’offre inférieure à la normale, les baisses saisonnières des prix alimentaires pendant la récolte et après la récolte sont minimes, voire inexistantes. Les conflits et l’insécurité actuels limitent l’accès aux marchés et aux opérations, réduisant les jours d’ouverture et les flux commerciaux. Ils ont donc un impact négatif sur les approvisionnements et les revenus ruraux. Les ménages voient leur pouvoir d’achat pour les céréales de base considérablement réduit à cause de la diminution de la taille des troupeaux, de la baisse des ventes saisonnières de bétail et de produits animaux due à la perturbation du fonctionnement du marché, et des prix des céréales qui ont atteint des sommets historiques. Au cours des années successives de conflit, de nombreux ménages ont été déplacés à plusieurs reprises et leur capacité à faire face à des chocs supplémentaires et à retrouver leurs moyens d’existence a été fortement réduite.
L’insécurité alimentaire aiguë dans le pays est accentuée par les inondations saisonnières dans la zone nord, l’inflation élevée due à la hausse des prix des carburants et la présence de plus de 350 000 réfugiés venant de la République centrafricaine. Ces réfugiés entrent en compétition pour les rares opportunités d'emploi et exercent une pression sur les prix des denrées alimentaires de base dans les communautés d’accueil des régions de l’Est, de l’Adamawa et du Nord. Par ailleurs, dans les zones urbaines, notamment à Yaoundé et à Douala, où les ménages comptent sur l’achat de produits alimentaires sur les marchés pour satisfaire leurs besoins de consommation tout au long de l’année, les prix élevés des produits alimentaires et non alimentaires essentiels limitent le pouvoir d’achat des ménages urbains pauvres.
L’ensemble complet des calendriers saisonniers pour le Cameroun est disponible ici.
Source: FEWS NET
L’alerte précoce en cas d’insécurité alimentaire aiguë nécessite de prévoir les résultats futurs des mois à l’avance afin de donner aux décideurs suffisamment de temps pour budgétiser, planifier et répondre aux crises humanitaires attendues. Toutefois, en raison des facteurs complexes et variables qui influencent l’insécurité alimentaire aiguë, des prévisions définitives sont impossibles. Le développement de scénarios est la méthodologie qui permet à FEWS NET de répondre aux besoins des décideurs en développant un scénario « le plus probable » du futur. Le point de départ de l’élaboration de scénarios est une analyse solide des conditions actuelles de sécurité alimentaire, qui constitue l’objet de cette section.
Les principes clés du processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET incluent l’application du cadre de réduction des risques de catastrophe et une optique basée sur les moyens d’existence pour évaluer les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë. Le risque d'insécurité alimentaire aiguë d'un ménage dépend non seulement des dangers (comme une sécheresse), mais aussi de la vulnérabilité du ménage à ces dangers (par exemple, le niveau de dépendance du ménage à l'égard de la production de cultures pluviales pour sa nourriture et ses revenus) et de sa capacité d'adaptation (qui prend en compte à la fois la capacité des ménages à faire face à un danger donné et le recours à des stratégies d’adaptation négatives qui nuisent à la résilience future). Pour évaluer ces facteurs, FEWS NET fonde cette analyse sur une solide compréhension fondamentale des moyens d’existence locaux, qui sont les moyens par lesquels un ménage répond à ses besoins fondamentaux. Le processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET prend également en compte le Cadre des moyens d’existence durables ; les Quatre dimensions de la sécurité alimentaire ; et le Cadre conceptuel de la nutrition de l’UNICEF, et est étroitement aligné sur le cadre analytique de la Classification intégrée des phases de la sécurité alimentaire (IPC).
Principaux dangers
Conflit et insécurité : Dans la région de l’Extrême-Nord, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO) a intensifié les opérations militaires de contre-insurrection et les attaques violentes contre les civils dans les départements de Mayo-Sava, Mayo-Tsanaga et Logone-et-Chari. La violence contre les civils, notamment les attaques, les enlèvements et les disparitions forcées, reste élevée. Des régions comme Amchide, Kolofata et Mora (Mayo-Sava), Hilé Alifa (Logone-et-Chari) et Mokolo (Mayo-Tsanaga) ont été particulièrement touchées par des attaques répétées sur les mêmes lieux et les mêmes populations. Le conflit a provoqué le déplacement de plus de 450 000 personnes dans la région de l’Extrême-Nord en date d'avril 2024 (HCR). Selon l’outil de suivi d’urgence de l’OIM, les attaques perpétrées par l’EIAO entre avril et mai ont déplacé environ 4 496 personnes dans les départements de Mayo-Tsanaga et de Logone-et-Chari, limitant encore davantage leur accès à des activités agricoles déjà restreintes.
Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les combats entre séparatistes anglophones et militaires camerounais ont diminué au cours du premier semestre 2024 par rapport à la même période en 2023. Les niveaux les plus élevés de conflit et d’insécurité persistent dans les départements de Mezam, Menchum et Momo dans la région du Nord-Ouest et dans ceux de Meme, Lebialem et Manyu dans le Sud-Ouest. Alors que le niveau général des conflits et des attaques a diminué, les attaques ciblées de civils, les enlèvements et les kidnappings contre rançon se sont multipliés. L’utilisation d’engins explosifs improvisés (EEI) pour cibler les convois militaires reste courante chez les séparatistes. Selon le HCR, environ 583 113 personnes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont été déplacées à l’intérieur du pays par le conflit.
Économie : Selon la Banque mondiale, la situation économique du Cameroun reste difficile en raison de la volatilité des prix des matières premières, des conflits et de l’insécurité dans certaines régions du pays, de la faible croissance par capita et des prix élevés des denrées alimentaires et de l’énergie. L’inflation intérieure reste élevée et dépasse le seuil de trois pour cent fixé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), principalement en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants. Selon les données de l’INS, l’inflation alimentaire continue de dépasser l’inflation globale, atteignant environ six pour cent en avril 2024. Malgré la stabilisation des prix mondiaux, les prix des denrées alimentaires et des produits de base non alimentaires importés restent élevés, en raison des restrictions à l’importation dues aux coûts d’expédition élevés et aux frais de transport. L’insécurité persistante dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest contribue également au prix élevé des aliments produits localement. Par ailleurs, la forte inflation et la dépréciation de la monnaie nigériane exacerbent la pression de la demande sur les marchés du Nord. Néanmoins, les taux d’inflation générale et alimentaire ont diminué en 2024 par rapport à 2023 et 2022. Le taux d’inflation des denrées alimentaires de ce mois d’avril était de six pour cent, ce qui représente une baisse significative par rapport aux 11,3 pour cent enregistrés en avril 2023 (Figure 3).
Production végétale : L’implication dans les activités agricoles est typique dans la plupart des régions du pays. Toutefois, en raison du conflit prolongé et de l’insécurité, les perspectives de production pour la campagne principale dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de certaines parties de l’Extrême-Nord ont diminué d'environ 20 à 40 pour cent par rapport à la période précédant le conflit. Les récoltes de la saison principale représentent généralement plus de 60 pour cent des besoins alimentaires annuels des ménages pauvres de ces régions. Bien qu’aucune évaluation officielle n’ait été réalisée, les responsables agricoles et FEWS NET estiment que les baisses de production sont plus importantes dans les zones de conflit localisées. Dans ces régions, les graves difficultés d’accès ont entraîné une diminution plus importante des superficies cultivées en raison de la perte et de l’abandon de terres agricoles.
Les ménages touchés par le conflit ont plus de difficultés que les ménages ordinaires à accéder aux principaux intrants agricoles tels que les engrais et les semences de meilleure qualité, ce qui limite encore le rendement des cultures. Malgré la baisse des prix des engrais au niveau mondial, ils restent élevés au Cameroun, en particulier dans les zones de conflit, à cause des barrages routiers et des ruptures d’approvisionnement fréquents. En raison de procédures compliquées et de montants de subvention insuffisants, de nombreux ménages pauvres ne bénéficient pas du programme gouvernemental de subvention des engrais. La récolte en vert du maïs, du niébé et des haricots a commencé dans les champs plantés précocement dans la zone sud du pays, aidant les ménages pauvres à se remettre temporairement de la période de soudure. Toutefois, dans les régions touchées par les conflits, les ménages pauvres continuent d’acheter la plupart ou la totalité de leur nourriture en raison de l’insuffisance de l’offre d’aliments verts. Dans la région nord, les semis de la campagne principale de sorgho, de maïs, de millet et de légumineuses ont repris dès la troisième semaine de juin dans des zones localisées où les pluies limitées et sporadiques de mai et de début juin avaient retardé les semis. En règle générale, les semis commencent vers la mi-mai. Selon les données pluviométriques CHIRPS, les précipitations du mois de mai dans ces régions ont été inférieures de 45 à 75 pour cent à la moyenne à long terme. Cependant, il convient de noter qu’il est encore très tôt dans la saison des pluies, et de tels retards sont fréquents.
Production animale : Dans la zone sud, les précipitations suffisantes tombées entre mars et juin favorisent une disponibilité normale des pâturages et de l’eau, un bon état corporel du bétail, des naissances et des disponibilités en lait. Toutefois, l’état des pâturages dans la majeure partie de la zone nord ne s’est pas encore amélioré de manière saisonnière. Les rapports de terrain montrent que certains pâturages de cette zone mettent plus de temps à se régénérer en raison du stress thermique et des précipitations inférieures à la moyenne en mai-juin. En avril et mai, l’Observatoire national du changement climatique (ONACC) a émis des alertes concernant le risque de températures atypiques sur les productions animales dans les régions de l’Extrême-Nord et du Nord. Aucun décès de bétail lié à la chaleur n’a été signalé dans ces zones. Dans les zones touchées par les conflits, les raids ou les meurtres par des groupes armés, ainsi que les déplacements de ménages, ont considérablement réduit la taille des troupeaux. Cette réduction limite la disponibilité du lait, qui est essentiel à la fois comme source de nourriture et comme revenu pour les ménages pastoraux et agropastoraux.
Sources de revenus non agricoles : La demande en main d’œuvre agricole a atteint son pic annuel dans la zone nord lors du début de la saison principale. Dans la zone sud, les ménages pauvres ont profité d’un pic saisonnier de demande de main-d’œuvre pour la plantation et le désherbage entre mars et mai. Toutefois, la diminution des superficies cultivées dans les régions instables et peu sûres, en particulier dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et certaines parties de l’Extrême-Nord, a entraîné une baisse significative des opportunités de travail agricole. Cette réduction des opportunités limite les sources de revenus des ménages pauvres. En particulier, à cette période de l’année, les ménages doivent acheter davantage de nourriture en raison de la hausse saisonnière des prix des denrées alimentaires de base. La demande de main-d’œuvre dans les zones de conflit est également limitée en raison de la capacité financière réduite des ménages plus aisés à payer la main-d’œuvre. De plus, les données recueillies sur le terrain montrent que les salaires agricoles ont diminué dans ces zones de conflit, en particulier dans les régions reculées. Par exemple, dans les zones de culture de la zone nord, les ménages reçoivent depuis l’année dernière 500 à 1000 FCFA par jour pour le travail de labour et de semis, alors qu’ils recevaient 1000 à 1500 FCFA pendant les années précédant le conflit. Les revenus pastoraux ont augmenté grâce à l’amélioration saisonnière de la disponibilité des produits de l’élevage, tels que le lait, le beurre et le fromage, qui sont vendus pendant la haute saison. Toutefois, dans les zones de conflit, les ventes restent inférieures à la moyenne en raison de la réduction de la taille des troupeaux et du mauvais fonctionnement des marchés, ce qui limite les revenus dont les ménages pastoraux ont besoin pour acheter des céréales pour se nourrir. De plus, les possibilités de pratiquer le petit commerce et d’autres activités génératrices de revenus, telles que la maçonnerie et l’artisanat, restent limitées dans les zones de conflit en raison des couvre-feux fréquents, des fermetures de marchés, des restrictions de mouvement et des confinements.
Fonctionnement des marchés et flux commerciaux : Si la plupart des marchés et des routes commerciales du pays fonctionnent normalement, le conflit et l’insécurité continuent d’entraver l’accès et le fonctionnement de nombreux marchés locaux dans les zones touchées (Figures 4 et 5). Cette situation a entraîné une réduction du nombre de jours de marché et une diminution du flux de marchandises, ce qui a eu un impact négatif sur l’approvisionnement et les revenus des populations rurales. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, lors de « villes mortes » fréquentes ou de jours de confinement occasionnels, les séparatistes ont interdit l’ouverture et la circulation des biens et des personnes, sous peine de sanctions pour les contrevenants. Les flux commerciaux à l’intérieur de la région et avec le Nigeria voisin ont été paralysés en avril et en mai en raison d’une interdiction de circulation de 30 jours sur l’axe routier Bamenda-Batibo-Mamfe et d’un confinement supplémentaire de huit jours dans ces régions. Plusieurs routes ont été bloquées depuis le mois de mars, notamment sur les axes Bamenda-Fundong, Bamenda-Mbengwi et Bamenda-Ndop. Dans la région de l’Extrême-Nord, les marchés locaux des départements de Mayo-Tsanaga, Mayo-Sava et Logone-et-Chari, en particulier le long des zones frontalières avec le Nord-Est du Nigeria, connaissent une faible fréquentation et des couvre-feux en raison des attaques fréquentes des insurgés islamistes. Les flux commerciaux transfrontaliers ont donc été réduits. La participation au marché dans les zones d’insécurité est encore plus limitée par la collecte forcée de taxes illégales par les groupes armés.
Source: FEWS NET
Source: FEWS NET
Prix des produits de base : Les données de FEWS NET sur le suivi des prix montrent que les prix nationaux des denrées alimentaires et des produits non alimentaires ont continué à être nettement supérieurs à la moyenne quinquennale pendant la première partie de 2024. En mai, les prix du riz importé sur les marchés de référence de Yaoundé et de Douala étaient supérieurs de 21 à 30 pour cent aux niveaux de 2020, mais proches des niveaux de 2023, et ont baissé de 5 à 7 pour cent à Yaoundé entre mars et mai. En avril, le gouvernement a annoncé des réductions de prix allant jusqu’à 15 pour cent pour le riz importé d’Inde, du Pakistan ou de Thaïlande. Toutefois, les données collectées par FEWS NET à la mi-juin suggèrent que les prix du riz sur la plupart des marchés surveillés n’ont pas encore diminué de manière significative à la suite de l’annonce.
Par ailleurs, les prix des céréales produites localement, comme le maïs et le sorgho, ont presque triplé sur tous les marchés de la région de l’Extrême-Nord en 2024 par rapport à 2023. L’exportation illicite persistante de céréales vers le Nigeria exerce également une pression à la hausse sur les prix de ces denrées de base produites localement. En mai, ils étaient de 16 à 79 pour cent plus élevés que l’année dernière, les marchés de Yagoua et de Mora enregistrant les prix les plus élevés. Les prix du maïs dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont restés supérieurs de 48 pour cent à la moyenne des cinq dernières années, avec des augmentations d’environ 20 pour cent enregistrées au cours du dernier trimestre dans le Sud-Ouest par rapport à la même période de l’année dernière. En mai, le manioc a été vendu à des prix 25 à 45 pour cent plus élevés qu’en avril et deux fois plus élevés que l’année dernière sur les marchés de Meiganga et de Djohong dans la région d’Adamawa.
Les prix de l’essence et du diesel sont restés constamment supérieurs de 33 à 40 pour cent aux niveaux de 2022, à la suite d’une deuxième série de hausses de prix mises en œuvre par le gouvernement en février dernier. Les rapports indiquent que les prix sont plus élevés dans les zones rurales en raison des coûts de livraison supplémentaires. De plus, suite aux récentes hausses des prix des carburants au Nigeria et à la dépréciation du naira nigérian par rapport au dollar américain, les prix des carburants importés illégalement du Nigeria auraient triplé dans la plupart des villes du nord et de la côte du Cameroun, atteignant jusqu’à 150 pour cent d'augmentation depuis février 2023. Ces prix du carburant supérieurs à la moyenne entraînent une augmentation des coûts de transport et de nourriture, mettant à rude épreuve les ménages pauvres et touchés par le conflit, dont les revenus sont limités.
Capacité d’achat des ménages : La persistance des prix élevés des denrées alimentaires et l’augmentation des coûts de transport réduisent encore le pouvoir d’achat des ménages pauvres, limitant leur accès aux besoins alimentaires et non alimentaires de base.
Les prix des céréales, nettement supérieurs à la moyenne, ont entraîné une baisse des termes d'échange chèvres-céréales pour les ménages pastoraux de la zone nord, qui vendent généralement leur petit bétail pour acheter des céréales à cette époque de l’année. Dans la région de l’Extrême-Nord, les termes d’échange chèvres-sorgho rouge ont été inférieurs de 27 à 30 pour cent à la moyenne quinquennale précédente sur les marchés de référence en avril (Figure 6). Bien que les prix du bétail aient augmenté, les prix des denrées de base ont augmenté à un rythme plus élevé, ce qui a contrebalancé les gains des ménages pastoraux. À Mokolo, par exemple, la vente d’une chèvre moyenne en avril a permis d’acheter une quantité de sorgho rouge inférieure de 30 pour cent à la moyenne des cinq dernières années. Cependant, au cours du premier semestre 2024, les termes d’échange ont légèrement augmenté par rapport à la moyenne de l’année dernière, probablement en raison de la hausse des prix des chèvres et des moutons en lien avec les fêtes du Ramadan et de la Tabaski.
Source: FEWS NET
Par ailleurs, en raison des prix des denrées alimentaires plus élevés que la normale et de la réduction des salaires pendant la contre-saison agricole actuelle dans de nombreuses zones touchées par le conflit dans l’Extrême-Nord, les salaires journaliers de 700 à 1000 FCFA ne permettent d’acheter que deux à quatre kilogrammes de sorgho et de maïs sur les marchés de Kousseri, de Mora et de Mokolo. Il s’agit d’une diminution par rapport aux cinq à dix kilogrammes qui pouvaient être achetés en 2020.
Aliments sauvages : La cueillette d’aliments sauvages pour la vente et la consommation, en particulier de fruits tels que le Bel Bel (cacao sauvage) et le baobab, et de légumes sauvages connus localement sous le nom de Tasba, Loulou et Okok, a lieu actuellement dans la région du nord, car ils deviennent disponibles de manière saisonnière en raison des pluies continues. Les informateurs clés signalent que la disponibilité des aliments sauvages est proche des niveaux typiques. Cependant, la destruction des habitats naturels par le surpâturage et la destruction des forêts pour le bois de chauffage réduit la disponibilité des aliments sauvages, y compris le poisson et la viande de brousse, dans plusieurs endroits. Par ailleurs, l’insécurité et les déplacements perturbent la cueillette d’aliments sauvages dans les zones d’insécurité, limitant l’accès saisonnier à cette source d’alimentation et de revenus généralement marginale.
L’assistance alimentaire humanitaire – définie comme une assistance alimentaire d’urgence (en nature, en espèces ou en vouchers) – peut jouer un rôle clé dans l’atténuation de la sévérité des conséquences de l’insécurité alimentaire aiguë. Les analystes de FEWS NET intègrent toujours les informations disponibles sur l’assistance alimentaire, sous réserve que les informations sur l’assistance alimentaire sont très variables selon les zones géographiques et dans le temps. Conformément aux protocoles IPC, FEWS NET utilise les meilleures informations disponibles pour évaluer où l'assistance alimentaire est « significative » (définie par au moins 25 pour cent des ménages dans une zone donnée recevant au moins 25 pour cent de leurs besoins caloriques grâce à l'assistance alimentaire) ; voir l’annexe du rapport. En outre, FEWS NET mène une analyse plus approfondie des impacts probables de l’assistance alimentaire sur la sévérité des résultats, comme détaillé dans les orientations de FEWS NET sur L’intégration de l’assistance alimentaire humanitaire dans l’élaboration de scénarios. D’autres types d’assistance (par exemple, l’assistance aux moyens d’existence ou à la nutrition ; les programmes de filet de sécurité sociale) sont incorporés ailleurs dans l’analyse plus large de FEWS NET, le cas échéant.
Le PAM et ses partenaires ont continué à fournir une assistance alimentaire d’urgence aux réfugiés, aux personnes déplacées, aux rapatriés et aux autres personnes touchées par le conflit, par le biais de distributions en nature et de transferts monétaires. Cependant, la programmation de la réponse humanitaire pour le Cameroun reste chroniquement sous-financée par rapport aux besoins en assistance humanitaire. Au début du mois de mars, le PAM et le HCR ont publié un communiqué de presse soulignant que l’assistance alimentaire vitale aux réfugiés dans les régions de l’Extrême-Nord, de l’Est, de l’Adamawa et du Nord du Cameroun risquait d’être interrompue en raison d’importantes contraintes financières. Le communiqué explique que, depuis la fin de l’année 2023, les déficits de financement ont entraîné une réduction de 50 pour cent des rations pour les réfugiés dans les régions de l’Extrême-Nord, de l’Adamawa, de l’Est et du Nord du Cameroun. Les paniers alimentaires sont donc devenus incomplets et il manque des produits tels que des légumineuses, de l’huile végétale et du sel. Les opérations humanitaires au Cameroun sont également affectées par l’augmentation des coûts du transport et des denrées alimentaires et par les difficultés d’accès liées à l’insécurité.
Selon les rapports de distribution du groupe sectoriel de sécurité alimentaire Nord-Ouest-Sud-Ouest, environ 350 000 personnes ont été atteintes par l'assistance chaque mois dans les régions Nord-Ouest et Sud-Ouest de janvier à avril. Les distributions se sont concentrées dans les départements de Mezam et de Bui, avec peu ou pas de distributions dans les départements de Donga Mantung, Momo et Lebialem. FEWS NET n’est actuellement pas en mesure d’accéder à des statistiques récentes quant aux distributions alimentaires dans les régions de l’Extrême-Nord, de l’Est, de l’Adamaoua et du Nord.
Sur la base de l'analyse des conditions de sécurité alimentaire, FEWS NET évalue ensuite dans quelle mesure les ménages sont susceptibles de satisfaire leurs besoins caloriques minimaux. Cette analyse fait converger les preuves des conditions de sécurité alimentaire avec les preuves directes disponibles de la consommation alimentaire au niveau des ménages et de l'évolution des moyens d’existence ; FEWS NET prend également en compte les preuves disponibles au niveau régional sur l'état nutritionnel et la mortalité, en se concentrant sur si celles-ci reflètent les impacts physiologiques de l'insécurité alimentaire aiguë plutôt que d'autres facteurs non alimentaires. En fin de compte, FEWS NET utilise l’échelle de Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC) en cinq phases mondialement reconnue pour classer les résultats actuels de l’insécurité alimentaire aiguë. De plus, FEWS NET applique le symbole de « ! » pour désigner les zones où la Phase de l’IPC cartographiée serait probablement pire d'au moins une Phase de l’IPC sans les effets de l'assistance alimentaire humanitaire en cours.
Région de l’Extrême-Nord : Le conflit en cours a gravement limité l’accès des ménages à la nourriture et aux revenus provenant des activités agropastorales dans les départements du Logone-et-Chari, du Mayo-Tsanaga et du Mayo-Sava. L’épuisement précoce des stocks de la campagne principale récoltés en octobre, associé à des récoltes de contre-saison inférieures à la moyenne en mars, a contraint de nombreux ménages à acheter de la nourriture sur le marché beaucoup plus tôt que d’habitude. La plupart des ménages auraient épuisé leurs stocks en janvier, soit trois à quatre mois plus tôt qu’avant le conflit. Les prix élevés des denrées alimentaires et les faibles revenus ont rendu difficile pour les ménages de satisfaire leurs besoins alimentaires minimaux. Les ménages pastoraux n’ont que très peu ou pas de bétail et de lait pour la consommation ou la vente, et la flambée des prix des denrées alimentaires a encore réduit leur pouvoir d’achat. Pour pallier cet accès réduit à la nourriture et aux revenus, de nombreux ménages dans ces régions ont tendance à sauter des repas, à vendre les biens qui leur restent et, dans le pire des cas, à mendier. Les ménages les plus démunis, déplacés à plusieurs reprises en raison de conflits et d’inondations, ont vu leurs sources de revenus et leurs stratégies d’adaptation s’éroder. Les résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) prévalent dans ces zones, les populations les plus démunies étant confrontées à des résultats d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) en raison de l’intensification du conflit et de l’augmentation significative des prix des céréales au cours des derniers mois. Malheureusement, les réfugiés et les personnes déplacées dans ces régions sont confrontés à un accès réduit à l’assistance alimentaire humanitaire indispensable en raison de la pénurie de fonds, la taille des rations ayant été réduite de 50 pour cent et les paniers alimentaires parvenant incomplets.
Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest : Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où le conflit a considérablement perturbé les activités de moyens d’existence agropastorales typiques, l’accès des ménages à la nourriture et aux revenus reste inférieur à la normale. En raison de l’absence de stocks excédentaires provenant des récoltes de 2022/23, les ménages de ces régions ont dû, depuis le début de l’année 2024, s’approvisionner en denrées alimentaires sur les marchés. Bien que les ménages pauvres se soient engagés dans certaines activités de travail agricole depuis février, la réduction de la demande de main-d’œuvre et la baisse des salaires ont maintenu leurs revenus en dessous des niveaux normaux. Dans le même temps, les prix des céréales ont augmenté et sont passés au-dessus de la moyenne, ce qui a encore affaibli le pouvoir d’achat. Si la récolte en vert du maïs, du niébé et des haricots soutient temporairement les disponibilités alimentaires de certains ménages dans ces zones, les écarts de consommation alimentaire et l’adaptation négative demeurent élevés parmi de nombreux ménages qui continuent d’acheter la plupart ou la totalité de leur nourriture en raison de l’insuffisance des approvisionnements en aliments verts. Des résultats de Crise au niveau de la zone (Phase 3 de l’IPC) sont présentes dans les deux régions. Des résultats d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) sont probables parmi les ménages très pauvres vivant dans les zones reculées de Lebialem, Menchum et Momo, dont les capacités d’adaptation se sont érodées en raison de l’impact du conflit sur la production, des déplacements forcés répétés et de l’inflation généralisée des denrées alimentaires et des carburants.
Communautés des régions de l’Est, du Nord et de l’Adamawa comptant une importante population de réfugiés : La présence d’une importante population de réfugiés venant de la République centrafricaine dans les départements de la Kadey, de Lom-et-Djerem (Est), de Mayo Rey (Nord) et du Mbéré (Adamawa) continue de soutenir une forte demande d’achats de produits alimentaires et non alimentaires et une concurrence accrue pour les ressources et les opportunités de revenus. Avec des prix élevés pour les produits de base et des salaires inférieurs à la moyenne, de nombreux ménages luttent pour satisfaire leurs besoins non alimentaires essentiels et adoptent des stratégies d’adaptation telles que la réduction des dépenses d’éducation ou de santé. Les ménages très pauvres ont été contraints de retirer complètement leurs enfants de l’école ou de réduire les portions et la fréquence des repas. Une situation d’insécurité alimentaire aiguë de Stress (Phase 2 de l’IPC) persiste dans les départements de la Kadey, de Lom-et-Djerem (Est) et du Mbéré (Adamawa), où les réfugiés représentent plus de 20 pour cent de la population totale au niveau départemental. Dans le département de Mayo Rey, les populations réfugiées sont susceptibles d’être confrontées à des résultats de Stress (Phase 2 de l’IPC). Cependant, elles ne représentent qu’environ huit pour cent de la population du département, de sorte que la situation au niveau régional est considérée comme Minimale (Phase 1 de l’IPC).
Moyens d’existence en milieu urbain à Yaoundé et Douala : Malgré de meilleures opportunités d’emploi en milieu urbain après la pandémie de COVID-19, de nombreux ménages urbains pauvres ont du mal à faire face aux prix historiquement élevés et croissants des produits alimentaires et non alimentaires de première nécessité. À Yaoundé et à Douala, où les ménages dépendent principalement, tout au long de l’année, des achats de nourriture sur les marchés pour satisfaire leurs besoins de consommation, de nombreux ménages urbains pauvres ont réduit les portions et la fréquence des repas ou les dépenses consacrées aux besoins non alimentaires. De plus, la présence de plus de 55 000 PDI à Yaoundé et de 16 000 à Douala augmente la concurrence pour les opportunités de travail et l'appui social chez les populations urbaines pauvres, ce qui a un impact sur le potentiel de revenus des ménages pauvres et déplacés. Compte tenu de la concurrence pour les opportunités de revenus dans un contexte de prix élevés, Yaoundé et Douala connaissent actuellement des résultats de Stress (Phase 2 de l’IPC), les ménages pauvres les plus touchés étant probablement en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC).
La prochaine étape du processus d'élaboration de scénarios de FEWS NET consiste à développer des suppositions fondées sur des preuves sur les facteurs qui affectent les conditions de sécurité alimentaire. Cela inclut les dangers et les anomalies dans les conditions de sécurité alimentaire qui affecteront l'évolution de l'alimentation et des revenus des ménages au cours de la période de projection, ainsi que les facteurs qui pourraient affecter l’état nutritionnel. FEWS NET développe également des suppositions sur les facteurs censés se comporter normalement. Ensemble, ces suppositions sous-tendent le scénario « le plus probable ». La séquence de formulation des suppositions est importante ; les suppositions primaires (par exemple, les attentes relatives aux conditions météorologiques) doivent être élaborées avant les suppositions secondaires (par exemple, les attentes relatives à la production agricole ou animale), les suppositions qui sous-tendent cette analyse et les principales sources de preuves utilisées pour élaborer les suppositions sont énumérées ci-dessous : ces listes ne sont pas exhaustives.
Suppositions nationales
- Jusqu’en janvier 2025, les conflits entre les forces gouvernementales et les combattants séparatistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest devraient être légèrement moins nombreux qu’en 2023. Cette situation est probablement due à de multiples facteurs, notamment une plus grande capacité des forces gouvernementales, un soutien populaire limité et la poursuite du processus de désunion de nombreuses factions séparatistes. Des négociations de paix entre le gouvernement et les groupes séparatistes sont peu probables durant cette période, suite à l’échec de l’initiative de paix canadienne en 2023.
- Le nombre d’affrontements armés perpétrés par l’EIAO devrait légèrement augmenter par rapport aux niveaux observés en 2023, tandis que l’EIAO continuera probablement à privilégier les attaques contre les forces gouvernementales. Toutefois, pour maintenir son emprise sur les territoires et continuer à imposer des taxes, l’EIAO continuera probablement à recourir à la violence, aux enlèvements et aux kidnappings pour percevoir des rançons et imposer des taxes illégales.
- Selon la Banque mondiale, la situation économique du Cameroun restera confrontée à la volatilité des prix mondiaux des matières premières, aux conflits et à l’insécurité persistants dans certaines régions, aux fluctuations des taux de change affectant la dette et les subventions aux carburants, ainsi qu’aux chocs liés au changement climatique. Bien que les pressions inflationnistes se soient légèrement atténuées, l’Institut national de la statistique (INS) prévoit que l’inflation générale se maintiendra autour de sept pour cent jusqu’à la fin de 2024, soit plus du double du seuil fixé par la CEMAC.
- Les prix des denrées alimentaires importées, telles que le riz, l’huile végétale et la farine de blé, devraient rester élevés pendant la période du scénario, car les importations devraient être inférieures à la moyenne en raison des coûts de transport élevés et de la volatilité des prix des produits de base.
- Les projections de FEWS NET concernant les prix du riz importé (5 pour cent de brisures) à Douala (Marché Central) indiquent que les prix pendant la période du scénario seront significativement plus élevés que l’année dernière et que la moyenne sur cinq ans (Figure 7).
- La demande de main-d’œuvre pour la récolte va augmenter pour atteindre des niveaux presque saisonniers de juillet à septembre dans la majeure partie de la zone sud. Dans les zones touchées par le conflit, où les zones cultivées continuent de diminuer de manière significative, les revenus en espèces et en nature provenant du travail de récolte demeureront faibles, les ménages devant s’engager de plus en plus dans des activités génératrices de revenus non agricoles, telles que le petit commerce, la collecte et la vente de bois de chauffage, la production et la vente de charbon de bois, afin de gagner suffisamment d’argent pour acheter des denrées alimentaires. Toutefois, les revenus tirés de ces activités devraient rester limités en raison de l’insécurité généralisée.
- La récolte principale devrait commencer en juillet dans les zones unimodales et bimodales du sud du pays et en septembre dans la zone nord. La récolte céréalière devrait être inférieure à la moyenne dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et certaines parties de la région de l’Extrême-Nord, où le conflit en cours, l’insécurité et l’accès restreint aux champs et aux intrants ont entraîné une baisse estimée de 20 à 30 pour cent des surfaces cultivées. Cependant, dans les zones où les PDI sont retournées dans leurs fermes, en particulier dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, il est probable que la récolte s’améliore légèrement par rapport à la saison 2019/2020.
- Les déficits de production dans les zones touchées par les conflits, les coûts de transport élevés à l’échelle nationale et la forte demande d’exportation devraient maintenir les prix des céréales produites localement au-dessus des niveaux de l’année dernière et de la moyenne quinquennale à l’échelle nationale. Le gouvernement a prolongé indéfiniment l’interdiction des exportations de céréales. Malgré cela, les exportations informelles de riz, de maïs et de sorgho, en particulier vers le Nigeria, devraient rester élevées dans la zone nord en raison des faibles perspectives de production dans le nord-est du Nigeria.
- Dans les régions pastorales de la zone nord, des augmentations de prix sont attendues en raison d’un resserrement saisonnier de l’offre sur les marchés, alors que les animaux retournent dans les zones de pâturage. L’amélioration de l’état corporel du bétail grâce à de meilleurs pâturages et à de l’eau pendant la saison des pluies a également un impact positif sur les prix. Les prix du bétail devraient rester supérieurs à la moyenne sur la plupart des marchés en raison de l’augmentation des coûts des compléments alimentaires, des médicaments vétérinaires, des compléments nutritionnels et du transport. Dans le reste du pays, les prix du bétail sur la plupart des marchés devraient suivre la tendance saisonnière habituelle, augmentant à mesure que la demande des ménages en viande bovine s’accroît pendant le Ramadan, vers juillet, et les fêtes de fin d’année.
Suppositions infranationales pour la zone nord
- Compte tenu des prévisions de précipitations supérieures à la moyenne de juin à septembre dans la zone nord du pays, la demande de main-d’œuvre pour la récolte dans la plupart des zones de culture augmentera probablement et restera proche des niveaux saisonniers au cours de la période de pointe de septembre à novembre. Cependant, dans les zones touchées par les conflits, la réduction des cultures entraînera probablement une réduction de la demande de main-d’œuvre.
- Les précipitations saisonnières attendues, supérieures à la moyenne, posent également un risque élevé d’inondations localisées, en particulier entre août et octobre. En effet, les précipitations excédentaires mensuelles et saisonnières sont susceptibles d’entraîner des débits supérieurs à la moyenne dans le bassin du Logone. Dans les zones sujettes aux inondations, notamment Mayo Danay, Logone-et-Chari, Mayo Sava et Mayo Tsanaga, les inondations devraient perturber les récoltes vers septembre et octobre et entraîner des pertes de récoltes, de biens et de bétail.
- L’amélioration de l’état des pâturages dans les régions pastorales de la zone nord devrait se traduire par une amélioration de l’état corporel et de la productivité du bétail, ainsi que de la valeur marchande et des revenus tirés des ventes de bétail et de lait d’août à décembre. Toutefois, les termes d'échanges bétail-céréales devraient rester défavorables aux ménages pastoraux, en particulier dans les zones de conflit, en raison des prix élevés des céréales et de la réduction des ventes de bétail.
Suppositions infranationales pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest
- Les incidents liés aux conflits connaîtront probablement une augmentation saisonnière entre octobre et au moins janvier 2025, conformément aux tendances saisonnières observées. Ceci est soutenu par l’amélioration saisonnière de l’état des routes, qui facilitera les mouvements des groupes armés. Cette situation devrait perturber les flux commerciaux des denrées alimentaires récoltées et entraîner des déplacements temporaires, y compris de personnes déjà déplacées.
- La récolte principale dans la zone devrait commencer en juillet. Bien qu’il puisse y avoir de légères améliorations de la récolte par rapport à la saison 2019/2020 dans les zones où les rapatriés ont pu cultiver, la production globale dans la zone devrait rester inférieure à la moyenne d’avant le conflit pour une autre saison consécutive. Les revenus gagnés par les ménages pauvres pendant la période de récolte de juillet à septembre devraient rester inférieurs à la moyenne en raison de la réduction des superficies cultivées.
- Compte tenu des mauvaises récoltes principales de juillet à septembre, la plupart des ménages pauvres de cette zone n’auront que peu ou pas de stocks de céréales de réserve de novembre à décembre.
- Bien que les prix des récoltes de maïs, de haricots et de pommes de terre dans la zone devraient baisser de manière saisonnière entre août et septembre, il est peu probable que cette baisse soit significative en raison de la faible production combinée à une demande des ménages qui devrait rester élevée. L’insécurité actuelle perturbera probablement le fonctionnement des marchés et les flux commerciaux, limitant ainsi les approvisionnements des marchés. Les prix du maïs devraient rester élevés et supérieurs à la moyenne, même pendant la période de récolte et de post-récolte dans la région.
Assistance alimentaire humanitaire
Supposition nationale
- Le PAM prévoit de continuer à aider les ménages déplacés et affectés dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en ciblant une moyenne de 303 000 personnes (environ sept pour cent de la population régionale combinée), selon le Cluster sécurité alimentaire. Toutefois, en raison des déficits de financement et des contraintes d’accès humanitaire liées à l’insécurité, il est peu probable que les objectifs fixés en matière d’assistance alimentaire humanitaire soient atteints. De plus, l’acheminement des fournitures humanitaires vers les zones reculées et très peu sûres du pays restera probablement perturbé par l’insécurité et la détérioration saisonnière des routes. FEWS NET n’a pas été en mesure d’accéder aux plans de distribution de nourriture pour les autres régions.
| Principales sources de données : | ||
|---|---|---|
| Prévisions météorologiques et d’inondations produites par le centre de prévision climatique du NOAA, l’USGS, le Climate Hazards Center de l’université de Californie à Santa Barbara et la NASA | Analyses et prévisions de conflits produites par ACLED et l’International Crisis Group | Entretiens avec des informateurs clés, des agents techniques locaux, des partenaires de mise en œuvre de l’assistance humanitaire et des leaders de la communauté |
| Analyse IPC de la malnutrition aiguë pour le Cameroun réalisée en janvier 2024 | Vue d’ensemble et perspectives du PAM sur la hausse des prix des carburants et la sécurité alimentaire au Cameroun, avril 2024 | Perspectives économiques et de macro-pauvreté de la Banque mondiale, avril 2024 |
| Données de surveillance régulière du marché et des prix FEWS NET | Rapport de situation de l’OCHA (BCAH) pour le Cameroun, juin 2024 | Plans de distribution de l’assistance alimentaire du Cluster sécurité alimentaire du PAM, y compris l’analyse des tendances historiques |
En utilisant les suppositions clés qui sous-tendent le scénario « le plus probable », FEWS NET est alors en mesure de projeter les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë avec un niveau de confiance raisonnable en évaluant l’évolution de la capacité des ménages à satisfaire leurs besoins caloriques minimaux tout au long de la période de projection. Semblable à l’analyse des résultats actuels de l’insécurité alimentaire aiguë, FEWS NET fait converger les attentes concernant la trajectoire probable de la consommation alimentaire au niveau des ménages et de l’évolution des moyens d’existence avec l’état nutritionnel et de la mortalité au niveau de la zone. FEWS NET classe alors les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë. Enfin, FEWS NET utilise le symbole de « ! » pour désigner les zones dans lesquelles la Phase de l’IPC cartographiée serait probablement pire d’au moins une Phase IPC sans les effets de l’assistance alimentaire planifiée – et susceptible d’être financée et fournie.
Région de l’Extrême-Nord : Dans la région de l’Extrême-Nord, en particulier dans les départements du Logone-et-Chari, du Mayo-Tsanaga et du Mayo-Sava, des résultats de Crise au niveau de la zone (Phase 3 de l’IPC) sont attendues au plus fort de la saison de soudure, de juin à août. Pendant cette période, les ménages devront acheter la plupart ou la totalité de leur nourriture, compte tenu de l’épuisement prématuré de leurs stocks d’ici décembre. L’accès des ménages à la nourriture restera limité par les prix élevés et croissants des céréales et par un pouvoir d’achat des ménages inférieur à la normale. Au fur et à mesure que la période de soudure progresse, les ménages pauvres augmenteront probablement leurs ventes d’aliments sauvages, de bois de chauffage/charbon de bois et d’objets artisanaux pour acheter de la nourriture. Bien que l’accès aux fruits et légumes sauvages à des fins de consommation augmentera également en raison de la saison des pluies en cours, la contribution des aliments sauvages aux besoins alimentaires totaux des ménages sera faible et insuffisante pour atténuer les écarts de consommation. De nombreux ménages pauvres sont susceptibles d’être confrontés à des écarts de consommation alimentaire modérés à importants ou de continuer à adopter des stratégies d’adaptation sévères, telles que la priorité donnée à l’achat de céréales de base par rapport aux besoins non alimentaires essentiels et la réduction des portions et de la fréquence des repas. Les ménages touchés par le conflit et vivant dans des zones inondables de la région devraient avoir un accès encore plus limité à la nourriture pendant les inondations d’août à septembre, en raison de la fermeture des marchés, des déplacements et des dommages causés aux cultures sur pied, aux habitations et aux biens. Les résultats de Crise au niveau de la zone (Phase 3 de l’IPC) devraient persister dans les départements de Logone-et Chari, Mayo-Tsanaga, et Mayo-Sava jusqu’en septembre ; au fur et à mesure que les inondations progressent, un nombre restreint mais croissant de ménages les plus mal lotis de la région seront probablement confrontés à des résultats d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) en raison des chocs cumulés des inondations et du conflit.
D’octobre à janvier, les résultats devraient s'améliorer, passant d'une situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) à une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) dans le Mayo-Tsanaga, le Logone-et-Chari et le Mayo-Sava grâce à une meilleure disponibilité au niveau des ménages du sorgho, du maïs et des légumineuses produites par leurs soins. Néanmoins, certains ménages très pauvres continueront probablement à être confrontés à une situation de Crise (Phase 3 de l’IPC), voire pire, en raison des pertes de récoltes liées aux inondations et de l’augmentation des prix des denrées alimentaires de base.
Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest : Bien que le conflit ait entraîné une baisse des perspectives de récolte de la saison principale dans ces régions, la consommation alimentaire de la plupart des ménages pauvres s’améliorera probablement grâce à un meilleur accès aux denrées de base produites par leurs soins, comme le maïs, les haricots, les tubercules et les légumineuses, après le début des récoltes sèches en juillet. Par conséquent, dans la plupart des régions, les résultats devraient passer d'une situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) à une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) de juillet à septembre. Cependant, de nombreux ménages auront probablement du mal à satisfaire leurs besoins non alimentaires essentiels en raison de revenus inférieurs à la moyenne provenant de la vente des récoltes, du travail de récolte et de la nécessité de rembourser les dettes accumulées. Les régions très isolées et peu sûres des départements de Lebialem, Menchum et Momo continuent de connaître des baisses de récoltes et de revenus plus importantes qu’au cours des années précédant le conflit. Étant donné que la production agricole est cruciale pour l’accès total à la nourriture et les revenus des ménages dans ces régions, de nombreux ménages sont susceptibles d’être confrontés à des déficits de consommation alimentaire durables indiquant une Crise (Phase 3 de l’IPC). De nombreux ménages devront tenter de survivre en s’endettant de plus en plus et en achetant de la nourriture à crédit, en vendant les biens qui leur restent ou en mendiant. Une situation de Crise au niveau de la zone (Phase 3 de l’IPC) devrait persister de juillet à septembre, avec une petite proportion de ménages susceptibles d’être confrontés à des résultats d’Urgence (Phase 4 de l’IPC).
Toutefois, en raison des stocks limités de nourriture récoltée par les ménages eux-mêmes, de nombreux ménages devraient à nouveau dépendre des achats de nourriture sur les marchés à partir du mois d’octobre environ. Compte tenu des faibles revenus et des prix élevés, il est probable que des écarts de consommation alimentaire ou des stratégies d'adaptation négative sévères réapparaîtront parmi de nombreux ménages pauvres et entraîneront une détérioration généralisée des résultats au niveau de la zone, qui passeront d'une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) à une situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) entre novembre 2024 et janvier 2025. De plus, l’assistance humanitaire dans ces régions devrait être limitée.
Communautés des régions de l’Est, du Nord et de l’Adamawa comptant une importante population de réfugiés : La saison des récoltes de juillet à septembre devrait améliorer les disponibilités alimentaires pour les réfugiés centrafricains et les communautés d’accueil dans les régions de l’Est, du Nord et de l’Adamawa, réduisant ainsi le nombre de personnes confrontées à des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC). Toutefois, les résultats au niveau régional pour les départements du Mbéré, de la Kadey et du Lom-et-Djerem devraient rester en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC). Les réfugiés et les ménages d’accueil continueront à rencontrer des difficultés pour accéder à la nourriture et aux revenus en raison des possibilités limitées d’augmentation des revenus et des prix des produits de base plus élevés que la moyenne.
Moyens d’existence urbains à Yaoundé et à Douala : Les résultats au niveau de la zone devraient rester en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) dans ces villes tout au long de la période couverte par les prévisions. Les ménages pauvres de ces villes continueront probablement à utiliser des stratégies non durables pour générer des revenus permettant d’acheter de la nourriture, d’autant plus que les prix des denrées alimentaires devraient rester nettement supérieurs à la moyenne. Les ménages déplacés resteront vulnérables et continueront à faire face à de nombreuses difficultés pour trouver des opportunités de revenus, ce qui conduira certains à recourir à des stratégies d’adaptation sévères, comme la réduction des portions et de la fréquence des repas ou, dans le pire des cas, la mendicité.
Selon la dernière analyse IPC de la malnutrition aiguë pour le Cameroun, des situations d’Alerte (Phase 2 de l’IPC AMN) et Sérieuse (Phase 3 de l’IPC AMN) sont attendues à Logone-et-Chari, Mayo-Tsanaga et Mayo-Sava entre juillet et septembre. Ceci est dû à l’accès limité à la nourriture, en raison de la forte dépendance du marché et des prix élevés, ainsi qu’à l’augmentation saisonnière des maladies d’origine hydrique. Des niveaux similaires de malnutrition aiguë sont également prévus parmi les réfugiés centrafricains et les communautés d’accueil dans les régions de l’Est, de l’Adamawa et du Nord, probablement en raison des prix élevés des denrées alimentaires et des revenus limités, bien qu’il s’agisse d’une période de récolte. Les ménages très pauvres des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, dont les moyens d’existence et les stratégies d’adaptation ont été érodés, connaîtront probablement une augmentation de la malnutrition aiguë à partir du mois de novembre. Cette situation s’explique par la réduction de l’accès à la nourriture en raison du manque de stocks de nourriture produite par les ménages, des prix élevés des céréales et de l’accès réduit à l’argent liquide pour l’achat de nourriture.
Même si les projections de FEWS NET se concentrent sur le scénario « le plus probable », ce scénario repose sur une série de suppositions. Le niveau de confiance dans ces suppositions varie et il existe toujours un certain degré d’incertitude dans les prévisions à long terme, ce qui signifie que les conditions de la sécurité alimentaire et leurs impacts sur les résultats aigus de la sécurité alimentaire peuvent évoluer différemment de ce qui était initialement prévu. FEWS NET publie des mises à jour mensuelles de ses projections, mais les décideurs ont besoin d'informations préalables sur cette incertitude et d'une explication des raisons pour lesquelles les choses peuvent se dérouler différemment de ce qui était prévu. En tant que tel, la dernière étape du processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET consiste à identifier brièvement les événements clés qui aboutiraient à un scénario alternatif crédible et modifieraient considérablement les résultats projetés. FEWS NET considère uniquement les scénarios qui ont une chance raisonnable de se produire.
National
Nouvelles réductions de l’assistance alimentaire humanitaire aux réfugiés dans les régions de l’Extrême-Nord, de l’Est, de l’Adamaoua et du Nord.
Impact probable sur les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë : Toute nouvelle diminution de l’assistance humanitaire augmenterait le nombre de ménages confrontés à des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) et d’Urgence (Phase 4 de l’IPC). Les ménages de réfugiés seraient confrontés à des écarts de consommation alimentaire croissants et auraient probablement recours à des stratégies d’adaptation de plus en plus désespérées, telles que la vente du bétail restant, la mendicité ou des activités illicites comme le vol et la prostitution.
Précipitations plus importantes que prévu en août et septembre dans l’Extrême-Nord, avec des inondations saisonnières atteignant ou dépassant les niveaux enregistrés en 2022.
Impact probable sur les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë : Des précipitations cumulées nettement supérieures à la moyenne dans l’Extrême-Nord entraîneraient probablement des déplacements de population plus importants que les estimations actuelles. Cela endommagerait également les cultures sur pied et entraînerait une augmentation des maladies d’origine hydrique. Certains ménages des zones touchées pourraient se retrouver incapables d’accéder à leurs champs. Ils n’obtiendraient donc pas le revenu escompté des opportunités de travail agricole entre août et septembre. L’impact combiné des inondations et des conflits dans le Logone-et-Chari, le Mayo Sava et le Mayo Tsanaga entraînerait une perturbation généralisée des moyens d’existence et des activités rémunératrices des ménages touchés. Cela accroîtrait encore le nombre de ménages confrontés à des carences en matière de consommation alimentaire ou dépendant de mesures d’adaptation non durables pour satisfaire leurs besoins alimentaires minimaux, augmentant ainsi le nombre de ménages confrontés à des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) ou encore pires.
Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest
Escalade de la violence perpétrée par des groupes séparatistes pendant la période précédant les élections de 2025 au Cameroun.
Impact probable sur les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë : Une escalade significative de la violence touchant les civils à l’approche des élections de 2025 perturberait davantage les moyens d’existence et augmenterait les déplacements de population. Elle entraînerait des répercussions négatives sur la production agricole et animale, les chaînes d’approvisionnement, le fonctionnement des marchés et augmenterait les prix déjà élevés des denrées de base. Le nombre de personnes en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) et les problèmes qui en découlent risquent d’augmenter. L’augmentation de l’insécurité risque d’entraver davantage l’assistance humanitaire déjà limitée aux ménages les plus touchés par le conflit.
Citation recommandée: FEWS NET. Cameroun Perspectives sur la sécurité alimentaire Juin 2024 - Janvier 2025: Malgré les récoltes, des situations de Crise attendues dans certains départements affectés par des conflits, 2024.
Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.