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Les conflits et la hausse des prix alimentaires et du carburant sont amenés à renforcer les besoins en assistance lors de la période de soudure

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Cameroun
  • Février - Septembre 2024
Les conflits et la hausse des prix alimentaires et du carburant sont amenés à renforcer les besoins en assistance lors de la période de soudure

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  • Messages clé
  • Contexte national
  • Calendrier saisonnier pour une année typique dans la région de l’Extrême-Nord
  • Zone de préoccupation
  • Messages clé
    • En février 2024, le gouvernement a de nouveau réduit les subventions sur les carburants, entraînant une augmentation de 15 pour cent, en moyenne, des prix de l’essence et du diesel. Celle-ci s’ajoute à l’augmentation précédente, de 16 à 25 pour cent, survenue en février 2023. La récente hausse des prix du carburant devrait entraîner une nouvelle hausse des prix des denrées alimentaires et des produits non alimentaires essentiels. Les ménages pauvres vivant en milieu urbain ou déplacés à l’intérieur du pays consacrent une part importante de leurs revenus à l’alimentation et devraient être les plus touchés par ces hausses supplémentaires. Selon l’Institut national de la statistique (INS), l’inflation annuelle au Cameroun a atteint 7,7 pour cent en décembre 2023, après cinq mois consécutifs d’augmentation. Elle dépasse donc de manière significative l’objectif de trois pour cent fixé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Les données de l’INS laissent cependant penser que l’inflation alimentaire a diminué, passant de 12,9 pour cent en 2022 à environ 11,6 pour cent en novembre 2023. Les prix de la plupart des aliments de base demeurent supérieurs à ceux pratiqués l’année dernière et à la moyenne sur cinq ans. Ce phénomène peut cependant également être attribué à la baisse de la production agricole induite par les conflits, ainsi qu’à l’insécurité, au coût élevé des transports et à la dynamique des prix internationaux.
    • L’impact des conflits et de l’insécurité, exacerbé par le prix élevé des denrées alimentaires, devrait entraîner des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) généralisées pendant la période de soudure dans la plupart des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et dans certaines parties de la région de l’Extrême-Nord. Les prix des denrées alimentaires de base atteignent actuellement des niveaux historiquement élevés dans ces régions. Leur augmentation devrait se poursuivre dans un contexte où les ménages s’appuient d’ores et déjà sur les achats alimentaires compte tenu de l’épuisement prématuré de leurs stocks. Les ménages vont continuer à rencontrer des difficultés dans la satisfaction de leurs besoins alimentaires minimaux. Leurs opportunités de revenus sont, en effet, limitées et leurs capacités d’adaptation ont été érodées par des années de conflit et d’insécurité. Ils ne sont donc pas en capacité d’atténuer les écarts de consommation alimentaire croissants auxquels ils doivent faire face. Les besoins en assistance alimentaire devraient culminer aux alentours des mois de mai et juin. 
    • Le niveau de conflit devrait demeurer élevé dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et continuer de perturber l’accès des ménages aux sources d’alimentation et de revenus, entretenant des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) au niveau de la zone au moins jusqu’en juillet. Pendant la haute saison, entre mars et mai, les revenus devraient s’avérer inférieurs à la moyenne du fait de la réduction de la superficie totale cultivée. Pour faire face aux prix élevés des denrées alimentaires, les ménages recourront probablement à la vente de leurs ressources restantes afin de dégager des liquidités, à l’achat de nourriture à crédit ou à la mendicité. Certains ménages pauvres des zones reculées de Lebialem, Menchum et Momo ont déjà épuisé leur capacité d’adaptation et vont être confrontés à des écarts de consommation alimentaire croissants. Une petite proportion d’entre eux devraient ainsi faire face à des situations d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) lors de la période de soudure. L’assistance humanitaire demeurera probablement insuffisante en raison du manque de financements et des difficultés d'accès pour l’aide humanitaire. Entre juillet et septembre, la disponibilité alimentaire devrait s’améliorer pour les ménages grâce à l’arrivée de la récolte sèche. Pour autant, la situation demeurera à un niveau de Stress (Phase 2 de l’IPC) en raison de récoltes limitées ne pouvant soutenir qu’une consommation alimentaire minimalement adéquate. 
    • Le nombre de ménages en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les départements du Logone-et-Chari, du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga devrait augmenter lors de la période de soudure entre juin et août. Les données de l’ACLED montrent que le nombre d’événements conflictuels et de décès causés par la PAOEI dans ces zones a considérablement augmenté depuis avril 2023. En janvier, plus de 1 000 personnes ont été déplacées des districts de Mokolo et de Mora dans les départements du Mayo-Tsanaga et du Mayo-Sava (OIM). Beaucoup d’entre eux ont probablement eu à subir plusieurs déplacements du fait de l’insécurité et disposent de peu de moyens pour faire face à d’éventuels chocs supplémentaires. Si certains ménages pauvres de la région auront accès à un approvisionnement alimentaire limité et à des revenus provenant de la vente de leurs cultures et du travail salarié lors des récoltes hors saison, en mars et avril, beaucoup d’entre eux ne devraient pas être en mesure de satisfaire leurs besoins alimentaires minimaux tout au long de la période de projection. À mesure que progressera la période de soudure, les ménages devront probablement augmenter leur consommation d’aliments sauvages et intensifier la vente de bois de chauffage, de charbon de bois et de produits artisanaux dans le but d’atténuer les écarts croissantes existant dans leur consommation alimentaire. 

    Contexte national

    Situation actuelle

    Conflit, insécurité et déplacements : Le Cameroun est confronté à deux conflits majeurs : l’un implique des affrontements entre séparatistes anglophones et forces gouvernementales dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, tandis que l’autre est dû à l’insurrection de la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) contre les forces gouvernementales dans la région de l’Extrême-Nord. De manière générale, le nombre d’événements conflictuels et de décès résultant des combats entre séparatistes anglophones et forces gouvernementales dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a diminué depuis la mi-2022. Tout au long de l’année 2023, quelque 215 incidents (à l’exclusion des troubles sociaux) et 377 décès associés ont été signalés dans ces régions (ACLED), ce qui représente une diminution annuelle de 26 pour cent des incidents et une diminution de 22 pour cent des décès par rapport aux niveaux maximaux observés en 2021 (Figure 1). Le Mezam demeure en 2023 le département le plus touché, tandis que le Fako, le Ndian, le Manyu et le Donga-Mantung ont subi des niveaux de violence légèrement plus élevés. Les séparatistes ont continué de recourir à des dispositifs explosifs improvisés (EEI) en 2023, entraînant un nombre de décès légèrement plus élevé. Les cibles les plus courantes comprennent les forces gouvernementales et les civils.

    Figure 1

    Événements conflictuels dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest entre 2021 et 2023
    Les cas de conflit au fil du temps sont représentés par une ligne bleue et les barres orange représentent le total mensuel des décès au fil du temps.

    Source: ACLED

    Figure 2

    Événements conflictuels dans la région de l’Extrême-Nord entre 2021 et 2023
    Les cas de conflit au fil du temps sont représentés par une ligne bleue et les barres orange représentent le total mensuel des décès au fil du temps.

    Source: ACLED

    Dans l’Extrême-Nord, la PAOEI a intensifié ses attaques contre les populations civiles et les forces gouvernementales. Le nombre d’événements conflictuels et de décès impliquant la PAOEI dans l’Extrême-Nord a connu une augmentation annuelle considérable, particulièrement depuis avril 2023 (Figure 2). Au cours de cette période, les attaques de la PAOEI dans l’Extrême-Nord ont principalement visé des civils ou ont entraîné des affrontements avec les forces de sécurité. Cependant, si le nombre d’événements conflictuels impliquant la PAOEI dans l’Extrême-Nord a augmenté, la létalité de ces incidents a diminué. Entre juillet et décembre 2023, l’ACLED a signalé 243 attaques (soit une augmentation de 125 pour cent d’une année sur l’autre), qui ont entraîné 207 décès (soit une augmentation de 123 pour cent d’une année sur l’autre). 

    Le niveau des déplacements de population liés aux conflits demeure élevé dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord. Selon les dernières données du HCR, plus de 638 421 personnes ont été déplacées dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et environ 427 833 dans la région de l’Extrême-Nord. Selon l’outil de suivi des urgences de l’OIM, les attaques de la PAOEI ont entraîné le déplacement d’environ 5 911 personnes entre le 29 janvier et le 14 février dans les districts de Mokolo, Mayo-Moskota et Koza du département du Mayo-Tsanaga, ainsi que dans le district de Blangoua dans le département du Logone-et-Chari.

    Conditions macroéconomiques : Selon le FMI, l’économie camerounaise a montré sa résilience en 2023, malgré les chocs externes. En témoigne l’augmentation du produit intérieur brut (PIB) réel de quatre pour cent en 2023, contre 3,8 pour cent en 2022. Le franc CFA d’Afrique Centrale (XAF) est demeuré stable par rapport au dollar américain, bien que les taux actuels restent inférieurs de quatre pour cent à la moyenne quinquennale. L’économie reste cependant confrontée à une inflation élevée, à des conflits et à une insécurité persistants dans certaines zones du pays, ainsi qu’à des menaces climatiques continuelles. Selon l’Institut national de la statistique (INS), le taux d’inflation du Cameroun a atteint 7,7 pour cent en décembre 2023, ce qui représente plus du double de l’objectif de trois pour cent fixé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Le taux d’inflation alimentaire moyen était, en outre, encore plus élevé, atteignant 11,6 pour cent à la fin novembre 2023. Le phénomène est principalement dû au coût élevé des transports, aux conflits et à l’augmentation des frais de carburant et de transport malgré la stabilisation des prix internationaux (selon les rapports de l’AMIS et de la FAO). 

    Production de cultures vivrières : La saison agricole principale a commencé dans les temps dans le sud du pays, les activités de préparation des terres comme le défrichement ou le labourage étant en cours. Dans le même temps, dans le nord du pays, la récolte des cultures de sorgho et de maïs de contre-saison a commencé. Les années de conflit et d’insécurité qu’ont connu les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord ont entraîné une réduction significative des superficies plantées. De nombreux ménages rencontrent des difficultés dans l’accès aux champs ; d’autres ont perdu ou abandonné leurs terres agricoles. Les contraintes dans l’accès aux intrants sont, en outre, plus importantes dans les régions touchées par les conflits. Les revenus des ménages y ont en effet été considérablement limités, et les ménages les plus exposés à l’insécurité alimentaire y ont déjà consommé leurs stocks de semences. L’accès à des intrants agricoles essentiels tels que les engrais et les semences améliorées demeure un défi à l’échelle nationale, du fait du niveau élevé des prix et des coûts de transport, en particulier dans les zones rurales. Les prix des engrais ont baissé depuis le milieu de l’année dernière, mais restent au-dessus de leur moyenne sur cinq ans et de leurs niveaux de 2022. Les prix des engrais à base d’urée et de NPK sont inférieurs de 20 à 35 pour cent à ceux pratiqués l’année dernière. Le programme de subvention des engrais du ministère de l’Agriculture a permis de distribuer des milliers de tonnes d’engrais à moindre coût aux producteurs. Cependant, de nombreux ménages, en particulier les ménages pauvres et très pauvres, n’ont pas bénéficié du programme de subventions, les prix subventionnés demeurant nettement supérieurs à la moyenne sur cinq ans et donc hors de leur portée. 

    Opportunités de travail agricole : La demande en main d’œuvre agricole associée au début de la saison principale a atteint son pic annuel. Les ménages vivant dans les zones de conflit disposent cependant d’un accès à ces opportunités inférieur à la normale, en raison de la réduction des surfaces cultivées et des restrictions de mouvement subies par la population dans la plupart des zones de culture. Les rapports de suivi FEWS NET indiquent que les salaires journaliers ont également baissé dans la plupart des zones de conflit en raison de la faible capacité financière des employeurs aisés. Dans la plupart des zones de conflit de l’Extrême-Nord, les salaires journaliers pratiqués lors de la récolte hors saison en cours se situent entre 700 et 1 000 FCFA, contre 1 000 à 1 500 FCFA pendant la même période avant le conflit. Du fait de la baisse des salaires et du niveau supérieur à la moyenne des prix alimentaires, les salaires journaliers actuels ne permettent d’acheter que deux à quatre kilogrammes de sorgho et de maïs sur les marchés de Kousseri, de Mora et de Mokolo, contre cinq à dix kilogrammes en 2020. 

    Situation pastorale : Dans les zones pastorales du nord et du sud, l'état corporel du bétail, en particulier des bovins, connaît une baisse saisonnière due à la moindre disponibilité des pâturages lors de la saison sèche en cours. La valeur marchande des bovins a connu une baisse saisonnière due à leur mauvais état corporel et à un niveau de demande inférieur à la moyenne provenant des négociants nigérians, en raison de la baisse de la valeur du naira. Les prix restent cependant supérieurs à la moyenne compte tenu du coût élevé de l’alimentation et du transport des animaux. Le prix des petits ruminants a légèrement augmenté entre décembre et janvier dans les zones d’élevage, en raison d’une demande accrue en termes d’engraissement des animaux, de l’arrivée des célébrations de fin d’année et de l’augmentation des coûts de transport.

    Cependant, les ménages pastoraux qui comptent sur la vente de petits ruminants pour financer l’achat de céréales sont confrontés à des termes d’échange défavorables en raison des prix exceptionnellement élevés des céréales. Par exemple, les termes d’échange chèvre-sorgo continuent de diminuer dans la région de l’Extrême-Nord, principalement en raison des prix supérieurs à la moyenne du sorgho (Figure 3). Pour de nombreux ménages pastoraux pauvres de la région, le produit de la vente d’une chèvre de taille moyenne suffit à peine à financer le sorgho nécessaire à l’alimentation du ménage pendant une semaine. La production animale reste inférieure à la moyenne dans les zones touchées par les conflits en raison de l’insécurité, des mouvements restreints des troupeaux, du vol de bétail par les groupes armés, ainsi que du mauvais fonctionnement et de la fermeture des marchés.

    Figure 3

    Termes d’échange des chèvres et du sorgho rouge dans la région de l’Extrême-Nord
    Montre l'évolution des termes de l'échange entre la chèvre et le sorgho sur les marchés de Maroua, Kaele, Mokolo et Yagoua.

    Source: FEWS NET

    Marchés et prix des produits de base : À l’échelle nationale, les produits alimentaires de base restent généralement disponibles sur les marchés, bien que la disponibilité de céréales comme le maïs, le sorgho, le mil et le riz diminue de façon saisonnière. Malgré l’interdiction des exportations de céréales, des sorties illégales de céréales vers les pays voisins (Nigéria, Tchad et la République centrafricaine) persistent, réduisant encore le volume de l’offre intérieure et contribuant à l’augmentation des prix, notamment sur les marchés frontaliers. Les prix saisonniers ont augmenté au cours des derniers mois du fait de l’épuisement des stocks des ménages, de la dépendance croissante au marché et de la demande due aux achats institutionnels. Dans la région de l’Extrême-Nord, la réduction des flux commerciaux en provenance des zones touchées par les conflits, le faible niveau d’accès aux marchés, la forte dépendance des ménages touchés à l’égard des marchés et la pression suscitée par la demande provenant du Nigéria maintiennent les prix mensuels du sorgho et du maïs à des niveaux situés nettement au-dessus de ceux pratiqués l’année dernière et de la moyenne sur cinq ans. En janvier, les prix du sorgho et du maïs étaient, en moyenne, 40 pour cent au-dessus de la moyenne des cinq dernières années dans la région de l’Extrême-Nord, et 10 à 14 pour cent plus élevés que l’année dernière à la même période sur les marchés de Mora et de Mokolo. Dans le même temps, dans la région du Nord-Ouest, le prix moyen du maïs était de 10 à 15 pour cent supérieur à la moyenne de l’année dernière, et nettement supérieur à la moyenne sur cinq ans. La présence de réfugiés en provenance de la République centrafricaine continue de générer un niveau de demande élevé accompagné de prix inhabituellement hauts pour les aliments de base sur les marchés des départements du Mberé (Adamaoua), du Kadey (Est), du Lom-et-Djerem (Est) et du Mayo-Rey (Nord). Les dernières données concernant les prix recueillies en janvier dans les communautés d’accueil du département du Mberé suggèrent que les prix des denrées de base telles que le manioc ou le maïs ont plus que doublé par rapport à une année habituelle.

    Selon les statistiques annuelles recueillies au port autonome de Douala en 2023, le Cameroun a importé un total de 586 908,367 MT de riz, ce qui représente une baisse de 9,28 pour cent par rapport aux niveaux observés en 2022. Cette baisse est principalement attribuable à l’augmentation des coûts d’importation et à l’évolution mitigée des prix internationaux du riz. En janvier 2024, le gouvernement a rétabli l’interdiction de réexportation du riz jusqu’à nouvel ordre. Cette mesure a été prise afin de protéger l’approvisionnement national en riz, dans un contexte où l’Inde a suspendu ses exportations, lesquelles représentent plus d’un tiers de l’approvisionnement en riz du Cameroun. En janvier 2024, le prix du riz sur les marchés urbains de référence de Yaoundé et de Douala a augmenté de 38 pour cent par rapport au prix moyen observé en 2020. Bien que les prix du riz en 2023 soient restés stables à Yaoundé, ils ont continué à augmenter à Douala, et étaient 11 pour cent plus élevés en janvier 2024 qu’en janvier 2023.

    Dans l’ensemble du pays, les prix officiels de l’essence et du diesel sont actuellement de 33 à 40 pour cent supérieurs aux niveaux de 2022, suite à une deuxième série de hausses décrétées par le gouvernement. Cette hausse a débuté le 3 février et vise à réduire le volume de subvention gouvernementale à l’achat de carburants. Les prix ont augmenté, en moyenne, de 15 pour cent. Cette hausse vient s’ajouter à l’augmentation précédente, de 16 à 25 pour cent, appliquée en février 2023. Les prix officiels du kérosène et du gaz de cuisine restent cependant inchangés. La suppression des subventions sur les carburants au Nigéria continue d’entraîner une augmentation des prix de l’essence et du diesel nigérians faisant l’objet d’importations informelles, lesquels sont fortement consommés dans certaines villes frontalières. Bien que la disponibilité du carburant demeure généralement stable à l’échelle nationale, des pénuries périodiques ont été observées en novembre et décembre 2023 et en janvier 2024. Les livraisons de carburant au Cameroun ont en effet été interrompues, entraînant plusieurs jours de pénurie, la constitution de longues files d’attente dans les stations-service et le rationnement du carburant dans plusieurs villes.

    Assistance alimentaire humanitaire : Selon le Cluster pour la sécurité alimentaire, le PAM et ses partenaires ont touché environ 476 464 personnes en 2023 dans les régions du Nord-Ouest (NO) et du Sud-Ouest (SO), par des distributions alimentaires d’urgence en nature, par des transferts d’espèces et par un soutien aux moyens de subsistance. Les rations couvraient 30 à 50 pour cent des besoins caloriques quotidiens, l’assistance étant prioritairement destinée aux déplacés internes, aux rapatriés, aux réfugiés et aux communautés d’accueil. FEWS NET n’a pas accès à des statistiques récentes quant aux distributions alimentaires dans les régions de l’Extrême-Nord, de l’Est, de l’Adamaoua et du Nord. Malgré des objectifs mensuels légèrement plus élevés pour l’année 2024 que pour l’année 2023, FEWS NET estime qu’il est peu probable que l’assistance alimentaire touche 25 pour cent de la population totale, aux niveaux départemental ou régional. Les activités humanitaires dans ces régions continuent d’être limitées par le manque de financements et par l’insécurité.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    Un nombre croissant de ménages des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest connaissent des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC). Ils ont presque ou complètement épuisé leurs réserves alimentaires propres, et ont commencé à dépendre des achats alimentaires sur les marchés dès novembre dernier. Ce phénomène se produit quatre mois plus tôt que lors de la période précédant le conflit, mais à des dates semblables à celles observées ces dernières années. Cependant, le pouvoir d’achat des ménages demeure limité par les prix actuels des produits alimentaires et non alimentaires, supérieurs à la moyenne, et par l’accès restreint aux opportunités de revenus. Les salaires limités que proposent les travaux agricoles saisonniers en cours peinent à répondre aux prix inhabituellement hauts des denrées alimentaires de base et aux remboursements de dettes. La disponibilité alimentaire limitée au niveau des ménages entraîne des déficits de consommation alimentaire pour un nombre croissant de ménages de la zone. Beaucoup d’entre eux déclarent s’appuyer sur des stratégies d’adaptation plus sévères, telles que le rationnement alimentaire, l’emprunt ou l’achat d’alimentation à crédit, ou la consommation des stocks de semences et de quantités anormalement élevées d’aliments sauvages. Des situations de Crise au niveau de la zone (Phase 3 de l’IPC) persistent dans les deux régions. Une petite proportion des ménages vivant dans les zones reculées de Lebialem, Menchum et Momo ont vu leurs capacités d’adaptation s'éroder et se trouvent probablement confrontés à des situations d’Urgence (Phase 4 de l’IPC).

    Dans la région de l’Extrême-Nord, et en particulier dans le Logone-et-Chari, le Mayo-Tsanaga et le Mayo-Sava, les ménages se trouvent déjà à court de stocks alimentaires récoltés, bien que la récolte de céréales ait eu lieu en novembre, il y a trois mois. La forte dépendance aux marchés, le prix élevé des denrées alimentaires et le pouvoir d’achat limité compliquent l’accès des ménages à la nourriture, les obligeant à adopter des stratégies d’adaptation basées sur la consommation, comme la réduction des portions et du nombre de repas consommés par jour. Ils doivent en outre recourir à des stratégies d’adaptation de subsistance telles que l’emprunt, l’achat de nourriture à crédit ou la priorisation des achats de céréales sur les dépenses de santé et d’éducation. La situation au niveau de la zone s’est donc détériorée pour ces départements, passant à partir du mois de février d’un niveau de Stress (Phase 2 de l’IPC) à un niveau de Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Les situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) demeurent répandues dans les départements accueillant un grand nombre de réfugiés en provenance de la République centrafricaine. Il s’agit notamment du département du Mberé, dans la région de l’Adamaoua, et des départements du Kadey et du Lom-et-Djerem, dans l’Est. Les ménages des communautés d’accueil et les ménages de réfugiés subissent des niveaux réduits de consommation alimentaire en raison de prix élevés associés à des revenus réduits. Cette situation est due à la pression que l’importante présence de réfugiés exerce sur les marchés et sur les moyens d’existence des ménages des communautés d’accueil. Certains ménages (moins de 20 pour cent de la population du département) confrontés à des déficits de consommation alimentaire, principalement des réfugiés, ont recours à des mesures d’adaptation indicatives d’une situation de Crise (Phase 3 de l’IPC), telles que la déscolarisation des enfants ou la consommation de stocks de semences prévus pour la saison 2024.

    À Yaoundé et à Douala, les situations au niveau de la zone demeurent en Stress (Phase 2 de l’IPC) compte tenu de l’impact des prix alimentaires et non alimentaires anormalement élevés et du recours par un nombre important de ménages urbains pauvres à des stratégies de baisse des portions et de réduction de la fréquence et des dépenses liées aux besoins non alimentaires. Cependant, en dépit de prix élevés, de nombreux ménages pauvres vivant dans les zones sans conflit sont en capacité de se maintenir dans une situation d’insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC). Ils disposent en effet d’un accès quasi normal à l’alimentation et aux produits essentiels non alimentaires grâce au niveau moyen de disponibilité de leur production propre et de revenus provenant des sources habituelles.


    Calendrier saisonnier pour une année typique dans la région de l’Extrême-Nord
    This figure shows the seasonal calendar for a typical year in the Far North region

    Source: FEWS NET

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de février à septembre 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national:

    • La PAOEI devrait continuer à mener des attaques dans la région de l’Extrême-Nord jusqu’en septembre 2024, principalement dans les départements du Mayo-Sava, du Mayo-Tsanaga et du Logone-et-Chari, avec des niveaux de conflictualité demeurant supérieurs à ceux observés en 2021-2023. Le nombre de décès par incident devrait cependant demeurer stable, la PAOEI continuant de s’éloigner d’une stratégie fondée sur les attaques de masse contre les populations civiles et se concentrant sur l’application d’une pression significative sur les forces de sécurité. Les attaques de la PAOEI sont susceptibles de connaître une augmentation saisonnière jusqu’à la fin de la saison sèche, en avril 2024. Cette tendance peut être attribuée à l’amélioration de l’état des routes, qui facilite les déplacements et l’efficacité opérationnelle. 
    • Jusqu’en septembre 2024, les affrontements entre les forces gouvernementales et les combattants séparatistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest devraient se poursuivre à des niveaux similaires ou légèrement inférieurs à ceux observés en 2023. Une poussée saisonnière des attaques se produira probablement avant la fin de la saison sèche, en mars-avril. Cette escalade peut être attribuée à la mobilité accrue des groupes armés et à la plus grande accessibilité des déplacements routiers au cours de la période. Après la fin de la saison sèche, les incidents devraient connaître une baisse saisonnière jusqu’en septembre 2024. Bien que de potentielles négociations de paix avec médiation entre le gouvernement et les séparatistes anglophones aient été évoquées début 2023, la probabilité que ces pourparlers aient lieu avant septembre 2024 est faible.

    Figure 4

    Fonctionnement des marchés et activité des flux commerciaux dans le bassin du lac Tchad en janvier 2024
    This figure shows market functioning and trade flow activity in the Lake Chad basin as of January 2024

    Source: FEWS NET

    • Au niveau national, le nombre total de personnes déplacées internes (PDI) devrait continuer d’augmenter en 2024 en raison des conflits. Les dernières données du HCR montrent que plus de 638 421 personnes ont été déplacées dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et environ 427 833 dans la région de l’Extrême-Nord. Compte tenu de la persistance de l’insécurité, le nombre de personnes déplacées de ces régions devrait continuer à dépasser le nombre de personnes retournant dans leur région d’origine. Par ailleurs, les crues d’août et de septembre, en particulier le long du fleuve Logone, dans la région de l’Extrême-Nord, devraient provoquer des déplacements supplémentaires à court terme dans les départements sujets aux inondations comme le Mayo-Danay, le Mayo-Tsanaga et le Logone-et-Chari.
    • Le phénomène El Niño, qui devrait se dissiper d’ici à la mi-2024, ne devrait pas avoir d’impact significatif sur l’insécurité alimentaire dans le pays. Si l’on se fonde sur les tendances historiques, les années El Niño ne sont pas associées à des anomalies pluviométriques au Cameroun. Les partenaires scientifiques de FEWS NET (USGS, NOAA, UCSB CHC) prévoient que la saison des pluies de mars à mai 2024 commencera dans les délais prévus pour les zones unimodale et bimodale du sud, entraînant probablement un début normal de la campagne agricole 2024. Ces prévisions suggèrent en outre des niveaux de précipitations moyens entre mars et mai 2024, favorisant la croissance des cultures. Dans le nord du pays, les précipitations devraient commencer dans les délais habituels, en mai 2024. 
    • La production céréalière nationale pour l’année 2024 devrait être moyenne, avec des déficits localisés persistant dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord en raison de la continuité des conflits et de l’insécurité, lesquels restreignent les activités agricoles, y compris l’accès aux champs et aux intrants. De nombreux agriculteurs devraient continuer de bénéficier du programme gouvernemental de subventions aux engrais, mais celui-ci pourrait ne pas apporter un soutien adéquat aux ménages les plus pauvres en raison de la faiblesse des subventions.
    • Les opportunités de travail agricole dans les zones de culture à travers le pays devraient être normales, du fait de niveaux de production moyens. Dans la zone sud, la demande en main d’œuvre atteindra ses pics entre février et mai, lors de la préparation des terres, des semis et du désherbage, et entre juillet et septembre, lors de la récolte principale. De la même façon, la demande en main d’œuvre connaîtra son maximum saisonnier entre le mois d’avril et la mi-juin dans la zone nord, à l’occasion des activités de semis et de préparation des terres. Toutefois, la demande en main d’œuvre agricole devrait rester inférieure à la normale dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et dans certaines parties de la région de l’Extrême-Nord, où les superficies plantées ont diminué en raison des conflits et de l’insécurité. Les ménages touchés par les conflits, et particulièrement ceux vivant dans les zones rurales, continueront de recevoir des salaires journaliers inférieurs à la normale, de nombreux ménages moyens et aisés étant confrontés à une réduction de leurs capacités financières permettant de payer la main d’œuvre.
    • En dépit de la récente tendance à la baisse des prix internationaux et de l’amélioration des conditions du marché international (selon les rapports de l’AMIS et de la FAO), l’inflation intérieure devrait rester élevée au cours de la période du scénario. Ce phénomène peut être attribué à la volatilité et au niveau élevé continus des prix internationaux, et à des facteurs nationaux tels que les conflits ou l’augmentation des coûts du carburant et du transport. 
    • Les importations de riz au cours de la période du scénario demeureront inférieures à la moyenne, en raison du niveau élevé des prix internationaux et des coûts de transport. Bien qu’une augmentation de la production mondiale de riz soit prévue pour 2024 (AMIS), les restrictions à l’exportation imposées par l’Inde devraient réduire davantage les approvisionnements internationaux. Cette restriction limitera les importations en dessous du niveau observé l’année passée, les importations en provenance d’Inde, de Thaïlande et de Chine représentant plus de 70 pour cent de l’approvisionnement en riz du Cameroun.
    • Les projections de prix FEWS NET indiquent qu’au cours de la période du scénario des perspectives pour la sécurité alimentaire, les prix du riz importé sur le marché du Mfoundi seront amenés à évoluer à un niveau considérablement supérieur à la moyenne sur cinq ans, et pourraient être supérieurs ou proches des niveaux observés lors de l’année 2022-23 (Figure 5).

    Figure 5

    Prix observés et projetés du riz importé à Yaounde-Mfoundi, Cameroun, en 2024, comparés aux valeurs de l’année passée et à la moyenne sur cinq ans
    This figure shows observed and projected price prices of imported rice in Yaounde-Mfoundi, Cameroon, in 2024 compared to last year and the five-year average

    Source: FEWS NET estimates based on data from DRADER Centre and Far North

    • Les prix des céréales de base produites localement devraient rester supérieurs à ceux de l’année précédente et à la moyenne sur cinq ans, malgré la production nationale de niveau moyen estimée pour la saison 2024. Ce phénomène est dû à la baisse de la production dans les zones touchées par les conflits, à l’augmentation du coût des intrants agricoles et des transports, et à la forte demande en exportations de céréales camerounaises provenant du Nigeria et du Tchad, ces exportations étant actuellement interdites. Alors que les ménages dépendent davantage des marchés du fait de l’épuisement de leurs stocks, les prix devraient continuer d’augmenter, en particulier pendant la période du Ramadan qui commence en mars.
    • Les projections indiquent que le prix du sorgho sur le marché de référence de Kousseri augmentera considérablement par rapport à l’année passée et à la moyenne sur cinq ans (Figure 6). Cependant, une légère baisse des prix des produits récoltés est attendue entre juillet et septembre dans le sud, alors que les marchés recevront un nouvel approvisionnement conforme aux niveaux saisonniers habituels.
    • Les prix du bétail suivront généralement les tendances saisonnières mais devraient demeurer supérieurs à la moyenne sur la plupart des marchés, du fait de la hausse des coûts liés aux suppléments alimentaires, aux médicaments vétérinaires et au transport. Dans les zones touchées par les conflits, la diminution de la taille des troupeaux résultant des vols de bétail, l’accès limité aux pâturages et les perturbations dans les flux commerciaux continueront de limiter l’approvisionnement des marchés. La dépréciation de la monnaie nigériane, le naira (NGN), devrait réduire le pouvoir d’achat de nombreux commerçants nigérians, entraînant une baisse de la demande. Ce phénomène entraînera probablement une baisse inhabituelle des prix, en particulier sur les marchés de bétail frontaliers des régions situées dans le Nord et le Nord-Ouest du Cameroun.
    • En raison du niveau nettement supérieur à la moyenne des prix céréaliers, le pouvoir d’achat de nombreux ménages pastoraux, tel que mesuré par les termes d’échange entre bétail et céréales, devrait demeurer à un niveau inférieur à la moyenne sur trois ans, et encore réduit par rapport à l’année dernière malgré le prix élevé du bétail.
    • La plupart des marchés du pays devraient fonctionner normalement, à l’exception de ceux situés dans les zones touchées par les conflits des régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord. Dans ces zones, les déplacements des commerçants seront limités par l’insécurité, perturbant la circulation des marchandises, y compris celle des produits nouvellement récoltés entre les zones rurales et les zones urbaines. Les restrictions frontalières persistantes, lesquelles sont liées à l’insécurité, continueront de perturber les échanges commerciaux avec des pays voisins comme le Tchad ou le Nigéria, maintenant un niveau inférieur à la moyenne pour le commerce transfrontalier.
    • Selon le Cluster Sécurité alimentaire Nord-Ouest/Sud-Ouest, le PAM et ses partenaires prévoient de fournir des distributions mensuelles en nature et des transferts en espèces à près de 350 886 personnes dans les régions Nord-Ouest et Sud-Ouest en 2024. L’assistance sera prioritairement destinée aux déplacés internes, les rapatriés, les réfugiés et les communautés d’accueil. FEWS NET estime qu’il est peu probable que l’assistance alimentaire atteigne 25 pour cent de la population totale au niveau de la division ou de la région, malgré des objectifs mensuels légèrement plus élevés pour 2024 que pour 2023. 

    Figure 6

    Prix observés et projetés du sorgho rouge à Kousseri, Cameroun, en 2024, comparés aux valeurs de l’année passée et à la moyenne sur cinq ans
    This figure shows observed and projected price of red sorghum in Kousseri, Cameroon, in 2024 compared to last year and the five-year average

    Source: FEWS NET estimates based on data from DRADER Centre and Far North

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des résultats de Crise au niveau de la zone (Phase 3 de l’IPC) devraient persister tout au long de la saison de soudure, le nombre de ménages confrontés à d’importants déficits de consommation alimentaire devant augmenter et culminer aux alentours du mois de mai. Le niveau déjà élevé, et en constante hausse, des prix alimentaires, les niveaux de revenu inférieurs à la moyenne et le pouvoir d’achat limité continueront d’empêcher nombre de ménages pauvres de répondre à leurs propres besoins énergétiques minimaux quotidiens. Les ménages de ces régions devraient intensifier leurs ventes de bois de chauffage et de charbon de bois, et se tourner vers la vente informelle de produits non alimentaires et vers la consommation d’aliments sauvages afin de réduire les écarts de consommation. Étant donné l’accès alimentaire limité, de nombreux ménages continueront de réduire leur consommation de nourriture, d’emprunter de l’argent ou d’acheter des aliments à crédit. La situation en matière de sécurité alimentaire devrait passer à un niveau de Stress (Phase 2 de l’IPC) entre juillet et septembre, soutenue par la récolte sèche d’aliments de base tels que le maïs, les haricots, les pommes de terre et les légumineuses. Cependant, et compte tenu du niveau de production inférieur à la moyenne prévu, les stocks récoltés issus de productions propres ne devraient atténuer les écarts de consommation alimentaire que dans une certaine mesure, entraînant le maintien d’une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) jusqu’en septembre. Les départements les moins sécurisés, comme le Momo, le Lebialem et le Menchum, devraient rester en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) tout au long de la période du scénario. En effet, de nombreux ménages n’auront pas été en mesure d’y cultiver pendant la saison 2023-2024, et auront peu d’autres opportunités de revenus.

    Dans la région de l’Extrême-Nord, et en particulier dans le Logone-et-Chari, le Mayo-Tsanaga et le Mayo-Sava, la situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) devrait se généraliser au plus fort de la saison de soudure, entre juin et août. Au cours de cette période, les ménages devraient satisfaire leurs besoins alimentaires en recourant à des achats sur le marché, à cause de l’épuisement de leurs stocks. La combinaison de la hausse des prix sur les marchés, d’un pouvoir d’achat exceptionnellement faible et d’une dépendance vis-à-vis des achats sur les marchés entraînera une limitation inhabituelle de l’accès à la nourriture pour de nombreux ménages. À mesure que progressera la période de soudure, les ménages devront probablement augmenter leur consommation d’aliments sauvages et intensifier la vente de bois de chauffage, de charbon de bois et de produits artisanaux pour faire face à la pénurie alimentaire. Ils continueront également à privilégier l’achat de céréales de base par rapport à leurs besoins essentiels non alimentaires, et à réduire les portions et la fréquence de leurs repas afin de gérer la pénurie. Des résultats de Crise au niveau de la Zone (Phase 3 de l’IPC) devraient persister jusqu’en septembre dans les départements du Logone-et-Chari, du Mayo-Tsanaga et du Mayo-Sava.

    Dans les départements comptant le plus grand nombre de réfugiés en provenance de la République centrafricaine, à savoir le Mberé (Adamaoua), le Kadey et le Lom-et-Djerem (Est), la situation en matière de sécurité alimentaire devrait rester à un niveau de Stress (Phase 2 de l’IPC). Les ménages vivant dans les communautés d’accueil et les ménages de réfugiés subissent un niveau de consommation alimentaire réduit en raison des prix élevés et d’une réduction des revenus résultant de la pression exercée par les réfugiés sur le marché et sur les moyens d’existence des communautés d’accueil. Une petite proportion de ménages (principalement des réfugiés, et représentant moins de 20 pour cent de la population) sera confrontée à des déficits de consommation alimentaire. Ils recourront probablement à des mesures d’adaptation indicatives d’une situation de Crise (Phase 3 de l’IPC), comme la déscolarisation des enfants, l’emprunt d’argent et la réduction des portions et de la fréquence des repas.

    De nombreux ménages du pays continueront d’acheter la majeure partie de leur alimentation pendant la saison de soudure, entre mars et mai. Les prix des denrées alimentaires devraient continuer d’augmenter dans tout le pays et culminer aux alentours du mois de mai dans le Sud et du mois d’août dans le Nord. Malgré le niveau élevé et la hausse constante des prix, de nombreux ménages pauvres vivant dans des zones sans conflit devraient être en mesure de satisfaire leurs besoins caloriques minimaux et de conserver une situation Minimale (Phase 1 de l’IPC) tout au long de la période projetée grâce à un accès quasi normal aux sources habituelles d’alimentation et de revenus. Les ménages pauvres résidant dans les villes de Yaoundé et de Douala devraient cependant continuer à faire face à des écarts de consommation alimentaire supérieurs à ceux des ménages vivant dans d’autres villes du pays, révélant une situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) liée à une dépendance aux marchés et à un niveau de demande plus élevé sur lesdits marchés. Le niveau généralement limité des revenus, dans un contexte où les prix sont élevés, devraient pousser beaucoup d’entre eux à continuer de recourir à des stratégies d’adaptation négatives telles que la réduction du nombre de repas, la réduction des portions et la limitation des dépenses liées aux besoins non alimentaires. 

    La prévalence de la malnutrition aiguë augmentera et culminera pendant la saison de soudure en raison d’un déficit de consommation alimentaire plus large. Cette situation affectera particulièrement les réfugiés et les personnes déplacées internes (PDI), qui ont un accès limité à une alimentation de haute qualité, à l’hygiène alimentaire et non alimentaire et à des services de santé et de nutrition essentiels comme la prise en charge de la malnutrition aiguë, la supplémentation en vitamine A, le déparasitage et la vaccination. La disponibilité accrue d’aliments issus des nouvelles récoltes pour les ménages lors de la récolte entre juillet à septembre 2024 devrait cependant entraîner un certain nombre d’améliorations en termes de situation nutritionnelle. Comme habituellement, le nombre de maladies liées à l’eau, telles que les diarrhées aiguës, le choléra ou le paludisme, devrait augmenter, tout particulièrement chez les ménages pauvres confrontés à des pénuries d’eau et à de mauvaises conditions d’hygiène et d’assainissement. 

    Events that Might Change the Outlook

    Tableau 1
    Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable
    AreaEvénementsImpact sur les conditions de la sécurité alimentaire
    Zones sujettes aux inondations du paysDes pluies extrêmement supérieures à la moyenne d’août à septembreSi les inondations saisonnières, qui devraient se produire entre août et octobre, atteignent le même niveau d’intensité qu’en 2021, il est fort probable que des milliers de personnes soient déplacées. Ces inondations causeront également des dégâts aux cultures sur pied et augmenteront l'incidence des maladies d'origine hydrique, en particulier dans les régions du Nord. En conséquence, la proportion de la population en Crise (Phase 3 de l’IPC) sera poussée encore plus loin que prévu initialement.
    Régions du Nord-Ouest et du Sud-OuestPourparlers de paix entre les parties impliquées dans la crise anglophoneCela pourrait conduire à la suppression des restrictions frontalières restantes, ce qui entraînerait une reprise du commerce transfrontalier et de la migration de main-d’œuvre aux niveaux d’avant la pandémie. En conséquence, les prix des biens essentiels baisseront, améliorant ainsi l’accès à la nourriture pour les ménages à faible revenu. La fin des confinements réguliers permettrait aux ménages de reprendre une routine plus normale et leur donnerait accès à des opportunités génératrices de revenus à mesure que les marchés rouvriraient. Il est toutefois peu probable qu’il y ait des améliorations significatives des résultats en matière de sécurité alimentaire au cours de la période actuelle du scénario.

     


    Zone de préoccupation

    Zone de moyen d’existence des Hauts-Plateaux de l’Ouest (CM09) dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (Figure 7)

    Il existe plusieurs zones de moyen d’existence très préoccupantes au Cameroun. Elles sont principalement situées dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord. Viennent s’y ajouter les départements accueillant des réfugiés provenant de la République centrafricaine, à savoir le Mberé, dans la région de l’Adamaoua, et le Kadey et le Lom-et-Djerem, dans la région de l’Est. FEWS NET a choisi d’évoquer une zone de moyen d’existence des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest dans le présent rapport afin d’illustrer les impacts actuels et prévus du conflit en cours.

    Figure 7

    Carte de référence du secteur préoccupant : zone de moyen d’existence CM09 dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest
    La zone ombrée en violet est la zone de moyen d'existence CM09 dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun.

    Source: FEWS NET

    Situation actuelle

    La zone de moyen d’existence CM09 est située sur les Hauts-Plateaux de l’Ouest et comprend la région du Nord-Ouest et une partie de la région du Sud-Ouest, en particulier le département du Lebialem et l’arrondissement de Bangem. La production dans cette zone dépend principalement des précipitations, avec une saison des pluies unimodale qui s’étend généralement de mars à octobre. La récolte principale a lieu entre juillet et août, après la saison de soudure sur les mois de mars, avril et mai. Lors d’une année ordinaire, les ménages pauvres satisfont leurs besoins alimentaires par leurs propres cultures de maïs, de pommes de terre, de riz, de haricots et de niébé ; ils se dégagent des revenus par le travail agricole et non agricole, le petit commerce et la vente des récoltes et de volailles. 

    Le conflit en cours depuis 2017 entre séparatistes anglophones et forces gouvernementales est le principal facteur d’insécurité alimentaire aiguë dans la zone. Ce conflit se caractérise également par de fréquents confinements et des opérations « ville morte » qui perturbent les moyens d’existence, les flux commerciaux et le fonctionnement des marchés. Selon l’ACLED, 29 événements conflictuels et 97 décès associés ont été enregistrés entre octobre et décembre 2023, ce qui représente une baisse de 55 pour cent par rapport au troisième trimestre 2023 et une baisse de 44 pour cent des événements conflictuels par rapport à la même période en 2022. Cependant, le nombre de décès était 46 pour cent plus élevé au cours du dernier trimestre 2023 qu’à la même période en 2022. Les données de l’ACLED indiquent que le nombre d’incidents et de décès en 2023 a été nettement inférieur au pic de 2021.

    Les ménages de la région ont commencé la préparation de la récolte 2024 en janvier par le défrichage et le labour des champs, dans les délais habituels. Cependant, de nombreux agriculteurs demeurent confrontés à des difficultés pour accéder à leurs champs du fait du niveau d’insécurité. Cette situation est particulièrement prégnante lors des journées « ville morte » hebdomadaires et des confinements imposés occasionnellement par les séparatistes. Cependant, les rapports sur le terrain suggèrent que certains agriculteurs s’adaptent désormais aux restrictions de mouvement lorsqu’ils en sont avertis à l’avance. Par ailleurs, un nombre légèrement plus élevé de ménages a pu cultiver les terres au cours des trois dernières années par rapport aux années de conflit entre 2018 et 2020. Cette situation est particulièrement constatable dans les zones où les activités séparatistes ont été réduites. Cependant, un certain nombre de terres agricoles demeurent abandonnées, la surface cultivée restant inférieure d’environ 30 à 40 pour cent à celle observée avant le conflit. La production est, en outre, limitée par le prix élevé des intrants et par les perturbations touchant l’approvisionnement dans certaines zones reculées du fait de l’insécurité et des coûts de transport élevés. Les prix actuels pratiqués pour les engrais demeurent environ 35 pour cent au-dessus des niveaux d’avant le conflit, bien qu’ils aient connu une diminution d’environ 20 pour cent depuis 2022. La perception illégale d’impôts par les séparatistes auprès des producteurs a également érodé les marges bénéficiaires des producteurs et, dans les cas les plus graves, découragé certains d’entre eux de cultiver.

    La demande en main d’œuvre agricole lors de la haute saison, entre février et mai, a été inférieure à la normale du fait de la réduction des superficies totales cultivées. Par ailleurs, les salaires journaliers ont chuté de moitié dans la plupart des zones d’insécurité en raison des capacités financières réduites des employeurs aisés. Les ménages qui dépendent de paiements en nature provenant du travail agricole semblent recevoir moins de nourriture qu’ils ne le feraient lors d’une année normale. De nombreux petits commerçants de la zone ont interrompu ou réduit leurs activités, entraînant une diminution des besoins en main d’œuvre. En outre, certaines personnes hésitent à chercher activement un emploi en raison des restrictions de mouvement s’appliquant localement. La disponibilité des emplois de construction généralement très demandés lors de la saison sèche, comme le cassage de pierres ou la maçonnerie, a diminué.

    Les prix des aliments produits localement ou importés restent supérieurs à la moyenne. En janvier, les prix du maïs sur les marchés clés de la zone ont progressé en moyenne de neuf pour cent par rapport à la même période l’année dernière, et sont nettement au-dessus de la moyenne sur cinq ans. Dans le centre urbain de Bamenda, le prix du riz importé était, en moyenne, 10 pour cent plus élevé que l’année dernière et plus de 35 pour cent qu’en 2020. Le riz affiche, sur les marchés ruraux, des prix tendanciellement plus élevés en raison du niveau élevé des coûts de transport et des perturbations de l’approvisionnement liées à l’insécurité. Le conflit en cours dans la région a considérablement restreint l’accès aux marchés en raison des fermetures de routes et des attaques potentielles (Figure 8). Les principales routes commerciales reliant Mamfe, Kumbo, Mbengwi et Ndop à Bamenda sont fréquemment bloquées ou ne sont utilisées que par un nombre réduit de véhicules en raison de l’insécurité généralisée et des nombreux points de contrôle mis en place par les groupes armés pour la collecte de pots-de-vin illégaux. En conséquence, plusieurs itinéraires alternatifs sont actuellement utilisés, dont certains traversent la région de l’Ouest, ce qui entraîne des coûts de transport plus élevés du fait de trajets plus longs, ainsi qu’une détérioration accrue des produits frais.

    Figure 8

    Fonctionnement des marchés et carte de l’accessibilité dans les régions du Nord Ouest et du Sud-Ouest en janvier 2024
    This map shows market functioning and access in the NW and SW regions as of January 2024

    Source: FEWS NET

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de février à septembre 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    • Les opérations agricoles dans la zone au cours de la saison 2024 resteront considérablement perturbées par les interruptions de travail liées aux conflits, aux confinements occasionnels et aux opérations « ville mortes » hebdomadaires, qui viennent s’ajouter à la hausse saisonnière dans l’intensité des combats prévue entre les mois de mars et mai. Les confinements, dont certains sont attendus, continueront de limiter l’accès aux exploitations agricoles et le nombre de jours passés dans les champs. 
    • Les opportunités de travail agricole devraient être inférieures à la normale dans la plupart des régions rurales de la zone en raison d’une production inférieure à la moyenne, conduisant à des revenus agricoles inférieurs à la moyenne. Les salaires liés au travail journalier dans les zones rurales devraient continuer d’être bien inférieurs à ceux pratiqués avant le début du conflit en 2017. Ce phénomène est principalement dû à la diminution de la stabilité financière des ménages embauchant de la main d’œuvre.
    • Une assistance alimentaire d’urgence continuera d’être proposée sur toute la zone en 2024. Cependant, en se fondant sur les objectifs de distribution fournis par le Cluster pour la sécurité alimentaire du Nord-Ouest/Sud-Ouest, il est peu probable que les distributions en nature ou que l’assistance en espèces atteignent 25 pour cent de la population totale dans les départements de la zone. Les combats, l’insécurité et la détérioration saisonnière des routes perturberont en outre l’acheminement de l’aide humanitaire vers les zones reculées ou très peu sûres.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Entre février et mai, des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) persisteront, les ménages de la région continuant à rencontrer des difficultés dans la réponse à leurs besoins du fait d’un niveau élevé des prix sur le marché, d’un faible pouvoir d’achat et d’une forte dépendance au marché. Les revenus tirés des opportunités de travail agricole devraient être inférieurs à la moyenne. Afin d’atténuer leurs écarts de consommation et de revenus, de nombreux ménages pauvres devraient intensifier leurs activités de moyen d’existence (vente de bois de chauffage ou charbon de bois, vente informelle de produits non alimentaires et consommation d’aliments sauvages). En raison d’un accès limité à l’alimentation, l’engagement dans des stratégies d’adaptation non soutenables comme l’achat de nourriture à crédit, la réduction des portions ou du nombre de repas quotidiens sera généralisé. Par conséquent, le nombre de ménages connaissant des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans la région devrait augmenter, avec un pic attendu lors de la période de soudure, entre mars et mai. Dans les départements les moins sécurisés, le Lebialem, le Menchum et le Momo, un petit nombre de ménages de personnes déplacées ayant épuisé leurs capacités d’adaptation et n’ayant pas accès à l’assistance humanitaire sont susceptibles d’être confrontés à des résultats d’Urgence (Phase 4 de l’IPC).

    Entre juillet et septembre, la meilleure disponibilité des aliments et des revenus pour les ménages, liée à la récolte sèche, devrait se traduire par une amélioration vers des résultats de Stress (Phase 2 de l’IPC). Au cours de cette période, la consommation et la diversité alimentaires s’amélioreront grâce à la récolte du maïs, des haricots, des pommes de terre et des arachides. Par ailleurs, les légères baisses prévues dans le prix des produits profiteront aux ménages déplacés vivant dans les zones urbaines. À partir de juillet, les ménages auront accès aux revenus tirés de la vente des récoltes et du travail de récolte rémunéré par les ménages plus aisés. Des améliorations significatives des revenus demeurent cependant peu probables, en raison des volumes réduits de production agricole et de la nécessité de rembourser les dettes contractées lors de la saison de soudure. Les ménages très pauvres vivant dans des régions gravement touchées par les conflits, comme les départements du Menchum, du Momo et du Lebialem, devraient continuer à rencontrer des difficultés importantes dans l’accès à la nourriture et aux revenus, en raison d’une production nettement inférieure à la moyenne et d’une disponibilité limitée d’autres opportunités de revenus, et rester en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) entre juillet et septembre. Parmi la faible proportion de ménages connaissant des résultats d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) pendant la saison de soudure, certains connaîtront une amélioration saisonnière vers une situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) lors de cette période en raison d’une plus grande disponibilité de l’alimentation et des opportunités de revenus. D’autres ménages vivant dans la brousse ou dans les zones les moins sécurisées resteront cependant en situation d’Urgence (Phase 4 de l’IPC). 

    Citation recommandée: FEWS NET. Cameroun Perspectives sur la sécurité alimentaire Février - Septembre 2024: Les conflits et la hausse des prix alimentaires et du carburant sont amenés à renforcer les besoins en assistance lors de la période de soudure, 2024.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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