Perspectives sur la sécurité alimentaire

L'insécurité persistante, la baisse de production, et l’augmentation atypique des prix aggravent l’insécurité alimentaire

Février 2022

Février - Mai 2022

Juin - Septembre 2022

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Concentration de personnes déplacées
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Concentration de personnes déplacées
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Concentration de personnes déplacées
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • Les besoins d'assistance humanitaire au Burkina Faso et dans le reste l'Afrique de l'Ouest devraient être atypiquement élevés de juin à septembre, pic de la soudure. L’insécurité, l’épuisement précoce des stocks issus de l’autoproduction, l’augmentation atypique du niveau des prix des denrées de base et la baisse des revenus entraineront une détérioration de l’accès alimentaires des ménages pauvres en général et des personnes déplacées internes (PDIs) en particulier. Entre février et septembre 2022, les PDIs dans les zones inaccessibles de l’extrême nord seront exposés à l’insécurité alimentaire d’Urgence (Phase 4 de l’IPC), ainsi que des perspectives de Crise (Phase 3 de l’IPC) seront répandus dans le nord du pays.  

  • Dans un contexte marqué par une baisse de la production nationale, une hausse des prix des produits importés et une réduction des flux extérieurs entrants de céréales, la détérioration de la situation sécuritaire va probablement entrainer des ruptures dans l’approvisionnement des marchés locaux du nord. Avec une pression croissante de la demande, les prix vont continuer à évoluer de façon atypique au-dessus de leurs moyennes saisonnières mensuelles entre février et septembre, une tendance observée dans la plupart de la région.

  • L’insécurité et le tarissement précoce des retenues d’eau limitent les activités de contre saison dans des zones de production ainsi que l’accès aux ressources pastorales, en particulier dans la moitié nord du pays. La réduction des superficies emblavées et du nombre de cycles de production entrainera une baisse des productions et des revenus générés de cette source. Bien qu’il soit probable que la saison des pluies s’installe à temps dans le pays, l’insécurité, les déplacements de population et l’augmentation des coûts des intrants et équipements agricoles, pourraient avoir de répercussions négatives sur les productions agricoles prochaines.

CONTEXTE NATIONAL

Situation actuelle

Depuis la fin de la saison des pluies en octobre 2021, les groupes armés militants notamment de la Jama'a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM) et de l'État islamique dans le Grand Sahara (EISG), ont intensifié les attaques contre les forces de sécurité et les populations civiles surtout dans les régions du Sahel, du Nord, du Centre-Nord, de l'Est et de la Boucle du Mouhoun, presque triplant le nombre d'attaques menées d'octobre à décembre en 2019 et 2020 et entrainant également une augmentation continue des PDI dont le nombre a atteint 1,58 million en fin décembre 2021 (CONASUR, janvier 2022) (Figure 1). De nouveaux déplacements de populations se sont déroulés en janvier surtout dans les régions du Nord, du Centre-Nord et du Sahel, selon OCHA (Figure 2).

Entre octobre 2021 et janvier 2022, une augmentation du nombre de communes dans lesquelles les groupes armés militants tentent d’interdire les sorties de populations, d’imposer des taxes illégales, et de contrôler les axes routiers a été observée. C’est le cas dans presque l’ensemble des communes dans les provinces du Soum et du Loroum, les communes de Thiou dans le Yatenga, de Di dans le Sourou, de Déou et Tin-Akoff dans l’Oudalan, Gorgadji dans le Séno, Dablo, Pensa dans le Sanmatenga, Namissigma et Nasseré dans le Bam, Kombori dans la Kossi, Madjoari dans la Kompienga.  Ces communes se sont presque vidées de leurs populations et leur approvisionnement en produits de première nécessité n’est souvent possible que sous escorte des Forces de Défense et de Sécurité (FDS). Selon des informateurs clés, les populations qui restent dans ces communes sont principalement les ménages très pauvres qui n’ont pas les moyens pour se déplacer. Les groupes armés militants tentent aussi d’avoir le contrôle des routes de contrebande dans le sud du pays, au nord des pays côtiers voisins et également des sites d’orpaillage, une de leurs sources de revenu.

L'augmentation de la fréquence et de l’intensité des attaques des groupes militants observée en 2021 a entraîné une hausse des troubles sociaux, lesquels ont abouti au renversement du président de la République en janvier 2022 et à la prise du pouvoir par des militaires regroupés au sein du Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration (MPSR). Le CEDEAO a suspendu la participation du Burkina Faso aux instances des institutions. Le MPSR s'est engagé à formuler une feuille de route politique pour ramener le Burkina Faso à un ordre constitutionnel normal, toutefois, cet exercice risque d'être long.

Bien qu’il n’existe pas de restrictions dans les mouvements de population liées à la pandémie de COVID-19 et que les frontières restent ouvertes, le pays continue de subir les conséquences des restrictions au niveau mondial qui affectent négativement les coûts des transactions et les prix des produits importés.

En raison des baisses de production agricole de la saison écoulée, de la baisse des flux extérieurs entrants de céréales des pays voisins comparativement à la normale et de la baisse des flux intérieures en raison de l’insécurité, les disponibilités en denrées de base sont en-dessous de la moyenne sur l’ensemble des marchés. Des ruptures dans l’approvisionnement des marchés locaux sont mêmes observées dans les provinces du Loroum, du Soum, de l’Oudalan et du Yagha en raison de l’insécurité le long des routes (Figure 3). La demande en denrées de base est plus forte que d’habitude en raison de l’épuisement précoce des stocks des ménages dans l’extrême nord plus touchés par les déficits de production, des besoins d’achat des PDIs et de la pression des commerçants et acteurs du privés (brasseries et unités d’aliment pour volaille et bétail) pour la reconstitution de leurs stocks. En conséquence, les prix ont maintenu des tendances à la hausse depuis les récoltes par rapport à leurs moyennes saisonnières. Les baisses saisonnières post-récoltes n’ont pas eu lieu et des variations atypiques à la hausse ont été observées sur plusieurs marchés aussi bien dans les zones de production que dans les zones de déficit structurel de production. En fin janvier, les variations à la hausse comparées à la moyenne quinquennale ont atteint au niveau national 51 pour cent pour le maïs, 42 pour cent pour le mil et 42 pour cent pour le sorgho. L’augmentation des délais d’approvisionnement et des coûts de transport a également été relevée du fait de l’insécurité. Les prix des autres produits de grande consommation, en particulier l’huile, le lait en poudre, la viande et le poisson, connaissent aussi des augmentions entre 20 et 40 pour cent par rapport à la moyenne, ce qui affecte négativement le pouvoir d’achat des ménages, surtout dans les centres urbains où ces produits sont le plus demandés.

Habituellement, la pratique du maraichage, de l’orpaillage et la vente des produits agricoles constituent les principales sources de revenu des ménages en cette période. Dans les zones potentielles de production maraichère, l’insécurité empêche l’accès à certains sites. Sur les sites accessibles, l’insuffisance de l’eau en lien avec le faible niveau de remplissage des retenues d’eau limite les superficies emblavées. Dans les provinces du Yatenga et du Loroum, les producteurs peinent à boucler un cycle de production et sont contraints de recourir au creusage de puits pour sauver leurs potagers. L’insécurité et les risques d’enrôlement de jeunes par les groupes militants, limitent l’accès des populations à certains sites d’orpaillage, d’où une réduction du nombre de personnes engagées dans cette activité comparativement à la normale.

Comme alternative à la baisse des opportunités de revenu, les ménages ont recours plus que d’habitude à la vente de bétail et/ou ont intensifié précocement les départs à l’exode ou à la migration. En dépit des pertes de bétail suite aux pillages et aux ventes excessives les années antérieures, les ménages au nord qui disposent encore d’animaux et qui fuient les exactions des groupes militants sont contraints au déstockage. Pour anticiper l’épuisement précoce de leurs stocks de céréales certains éleveurs (surtout dans les régions du Nord et du Sahel) vendent leurs animaux pour acheter des céréales. Malgré les restrictions sécuritaires, la demande d’animaux en particulier des petits ruminants est restée moyenne sur les marchés principaux encore fréquentés par les commerçants étrangers (Ghana, Côte-d’Ivoire, Togo). Sur les marchés à bétail de Djibo et de Dori (dans le Sahel), au moins 80 pour cent des animaux présentés par jour de marché sont vendus. Les offres de petits ruminants y sont légèrement supérieures à l’année passée en raison des déstockages opérés par les ménages hôtes et les éleveurs déplacés. Par rapport à la moyenne des cinq dernières années, les prix des béliers et des boucs en bon état physique sont en hausse respectivement de 35 et 37 pour cent sur le marché de Dori et respectivement de 17 et 26 pour cent sur le marché de Djibo. Malgré ces augmentations de prix, les termes de l’échange bouc/mil sont stables sur le marché de Dori et en dégradation de 20 pour cent sur le marché de Djibo en raison des variations relatives de prix plus élevées pour le mil.

Dans la moitié sud du pays, malgré la baisse des stocks issus de l’autoproduction par rapport à la normale, la majorité des ménages pauvres continuent d’avoir un nombre typique de deux repas par jour selon les relais du Système d’Alerte Précoce national (SAP). Toutefois, ils ne disposent pas de surplus de production pour tirer profit du niveau élevés des prix sur les marchés. Au contraire, leur pouvoir d’achat se dégrade compte tenu des prix au-dessus de la moyenne pour les produits alimentaires importés et pour les produits non alimentaires en particuliers les matériaux de construction et les intrants et matériels agricoles. Néanmoins, la pratique de stratégies inhabituelles n’est pas rapportée pour la majorité qui demeure en insécurité alimentaire aigue Minimale (Phase 1 de l’IPC).

 Dans la moitié nord plus touchée par l’insécurité et les déficits de production, les stocks des ménages pauvres hôtes sont faibles et certains ont anticipé les achats sur les marchés. Ils ont aussi entamé des restrictions dans la consommation à travers la réduction du nombre de repas à un et la diminution des quantités et de la qualité de la nourriture. Les écarts de consommation sont plus sévères chez les PDI selon les informateurs clés.  L’enquête SMART conduite en octobre dernier dans les zones accessibles a révélé la persistance de cas de malnutrition aigüe globale proches ou dépassant le seuil d’alerte dans plusieurs provinces. Par ailleurs, la fermeture ou le fonctionnement à minima des services de santé, les ruptures dans l’approvisionnement en médicaments et intrants, limitent l’accès des populations aux soins de santé.  L’analyse IPC de la malnutrition aiguë (MNA)[1] réalisée novembre 2021, indique une situation Critique (Phase 4) dans les provinces de l’Oudalan, du Séno, du Soum, du Yagha et du Loroum et une situation de phase Sérieuse (IPC Phase 3) pour la plupart des autres provinces. L’assistance humanitaire devient de plus en plus difficile à délivrer compte tenu de la détérioration sécuritaire. Elle est plus présente dans les chefs-lieux de province plus accessibles, mais est faible et irrégulière dans les communes sous contrôle des groupes militants.  Par ailleurs, en raison du sous-financement et des difficultés au plan logistique et opérationnel, certains partenaires privilégient comme ciblés, les PDIs nouvellement déplacés il y a moins d’un an. Néanmoins, l’assistance alimentaire en cours entre décembre et février touche 25 et 27 pour cent de la population totale respectivement dans les provinces du Soum et du Sanmatenga et a couvert au moins à 50 pour cent leurs besoins alimentaires. Elle contribue à favoriser une insécurité alimentaire aigue Stress (Phase 2 ! de l’IPC) dans ces provinces. Ailleurs, cette assistance a touché moins de 20 pour cent de la population. Ainsi, dans les provinces de forte présence de PDIs (figure 2): Séno, Yagha, Yatenga, Loroum, Bam et Namentenga, Gourma et Komondjari, les PDIs et les ménages pauvres sont exposées à l’insécurité alimentaire aigue Crise (Phase 3 de l’IPC) du fait de la dégradation de leurs moyens d’existence et de leur incapacité à combler les gaps de nourriture.

L’accès humanitaire reste particulières difficiles dans les communes au nord de la province de l’Oudalan (Markoye, Tin-Akoff, Déou et Oursi) et dans les communes inaccessibles à l’est du Soum. Les ménages hôtes ne disposent plus de stocks issus de la propre production et limite le nombre de repas quotidien à un contre deux habituellement. Les PDI (24 pour cent de la population d’Oudalan) dont les avoirs sont épuisés adoptent des stratégies plus sévères. Les informateurs clés rapportent que près du tier des PDI passent une journée entière sans manger, s’engagent de plus en plus dans la mendicité et intensifient la vente de bois de chauffe, de l’eau et du fourrage.  Ces derniers restent exposés à l’Urgence (Phase 4 de l’IPC).

Suppositions

Le scenario le plus probable de la sécurité alimentaire de février à septembre 2022 se base sur des suppositions fondamentales, par rapport à l’évolution du contexte national, qui sont :

  • Situation sécuritaire : Sous l’égide de la junte militaire au pouvoir, les forces de défense et de sécurité nationales pourraient monter en offensive pour tenter de récupérer les zones occupées par des groupes militants. Mais face à des groupes dispersés et plus mobiles à travers les différentes régions du pays, il est probable que les incidents et fatalités associées augmentent et s’étend en fréquence et en intensité pour atteindre probablement des niveaux record depuis le début du conflit en 2016, jusqu'au pic de la saison des pluies en juillet 2022 et dépassant les niveaux de violence observés en 2021.  A partir du pic de la saison des pluies, il devrait y avoir une diminution relative des attaques jusque vers la fin de la saison des pluies en raison des entraves liées à la mobilité.
  • Approvisionnement des marchés céréaliers : Les baisses de production, l’insécurité le long des axes, des coûts de transport élevés et une réduction des flux extérieurs et intérieurs, maintiendront les disponibilités céréalières en-dessous de la moyenne pendant toute la période, notamment dans les marchés locaux dans les zones plus exposées aux attaques des groupes militants. Compte tenu du récent conflit en Ukraine et des sanctions qui ont suivi contre la Russie, il existe un risque de perturbation des exportations mondiales de céréales et d'engrais de l'Ukraine et de la Russie. L'ampleur probable de ces perturbations est toujours en cours d'analyse, à mesure que les événements en Ukraine se déroulent.
  • Prix des denrées de base : En raison des stocks institutionnels insuffisants pour réguler les prix, des pratiques spéculatives et de la forte demande sur les marchés, les prix devraient augmenter de manière atypique et rester bien au-dessus de la moyenne quinquennale jusqu'en septembre (Figure 4).
  • Prix du bétail et termes de l’échange : Les déstockages d’animaux devraient augmenter par rapport à la moyenne jusqu’en septembre compte tenu de la dépendance plus accrue des ménages des marchés pour leur alimentation. Entre février et mai, l’accroissement de la demande pour les fêtes de Ramadan en avril/mai et de Tabaski en juin/juillet permettra de compenser la hausse des offres liée aux déstockages et favorisera des prix au-dessus de la moyenne, en dépit de la dégradation saisonnière des embonpoints, en particulier pour les petits ruminants plus achetés sur les marchés. Entre juin et septembre, l’amélioration des embonpoints va favoriser un regain de la valeur marchande et réduire les conséquences du déstockage pour faire face à la soudure. Il est probable que les prix restent similaires ou au-dessus de leurs moyennes saisonnières pendant la période. Toutefois, avec des augmentations de niveau de prix plus fortes pour les denrées de base, il est probable que les termes de l’échange bétail/céréales se dégradent pendant toute la période du scénario, surtout dans les zones inaccessibles par les acheteurs de bétail.
  • Revenus agricoles et non agricoles : Dans l’ensemble les revenus agricoles et non agricoles resteront en-dessous de la moyenne pendant la période. Entre janvier et mai, la production du maraichage va être en dessous de la moyenne, liée à l’insécurité, l’insuffisance en eau et le coût élevé des intrants. L’insécurité et les risques associés d’enrôlement de jeunes par les groupes militants, limitera l’accès des populations à certains sites d’orpaillage, d’où une réduction du nombre de personnes engagées dans cette activité comparativement à la normale. L’insécurité limitera également, l’accès des populations aux zones de collecte des produits forestiers non-ligneux (PFNL). Entre juin et septembre, bien que la main-d’œuvre agricole serait disponible en raison de la présence des PDI, la baisse des revenus et le coût élevé des intrants pourraient contraindre les producteurs moyens et aisés à réduire leurs superficies et à limiter le recrutement de main-d’œuvre.
  • Campagne agropastorale : Selon, les prévisions saisonnières (NMME) faites sur la base des conditions climatologiques de décembre 2021, il est attendu une installation à temps de la saison des pluies dans le sud des pays du Sahel couvrant le Burkina Faso. Cela favorisera d’une part, une amélioration des conditions pastorales à travers la régénération à temps des pâturages et d’autre part, un démarrage à temps des activités agricoles. Toutefois, l’insécurité et l’inaccessibilité des ménages aux intrants agricoles (faible disponibilité et coûts élevés) constitueront entre autres, les principaux facteurs limitants la production agricole de la prochaine saison. L’insécurité empêchera aussi le retour des transhumants installés dans les pays voisins du sud. La disponibilité de lait et les opportunités de main-d’œuvre dans l’élevage resteront plus fiables que la normale.

Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

Avec l’épuisement progressif des stocks issus de l’autoproduction céréalière dès février dans les zones plus touchées par l’insécurité au nord et à partir d’avril dans le sud et la baisse de la production de contre saison, la dépendance des ménages pauvres du marché sera plus forte dans l’ensemble des régions du pays. Le gouvernement n’a pas encore pu reconstituer à son niveau normal le stock de sécurité alimentaire, ce qui pourrait limiter ses interventions, notamment les distributions alimentaires et la vente à prix sociale en vue de la régulation des prix sur les marchés. Bien que les données de planification de l’assistance ne soient pas disponibles, l’attente des financements pourrait retarder comme d’habitude la délivrance de l’assistance ou limiter sa couverture. De plus, la détérioration de la situation sécuritaire continuera de limiter l’accès humanitaire, particulièrement dans les communes frontalières dans l’extrême-nord et à l’est sous le contrôle des groupes militants.

Entre février et mai, la dégradation du pouvoir d’achat liée à la hausse atypique des prix des céréales va pousser les ménages pauvres dans la moitié sud du pays à réduire le nombre de repas et la quantité et la qualité des aliments.  Ces pratiques seront surtout observées dans les zones où les productions ont été négativement affectées par les poches de sécheresse, les inondations et l’insécurité, en particulier dans la province de la Kossi.  Néanmoins, l’accès aux PFNL et autres produits de cueillette contribuera à maintenir une situation d’insécurité alimentaire aigue Stress (Phase 2 de l’IPC) dans cette zone. Dans la moitié nord du pays, la baisse des revenus, voire la perte des avoirs et des opportunités du fait de l’insécurité et les variations atypiquement élevées des prix des denrées de base, vont contraindre plus de ménages pauvres hôtes et de PDIs à limiter les portions et le nombre de repas et à réduire la consommation des adultes au profit des enfants.  Dans les provinces de la région du Centre-Nord, du Yagha, du Soum et du Séno (région du Sahel), du Loroum et du Yatenga (région du Nord), de la Komondjari et du Gourma (région de l’Est), la détérioration des moyens d’existence, la soudure pastorale précoce et plus difficile contribuant à la dégradation des termes de l’échange, maintiendront les pauvres dans l’insécurité alimentaire aigue Crise (Phase 3 de l’IPC). Dans les communes inaccessibles, notamment les communes au nord de l’Oudalan, les communes de Mansila dans le Yagha, de Gorgadji dans le Séno, de Kelbo, Arbinda, Tongomayel, Nassoumbou et Koutougou dans le Soum, l’érosion des avoirs pourrait exposer les PDI en particulier à l’insécurité alimentaire aigue Urgence (Phase 4 de l’IPC).

Entre juin et septembre, les prix des denrées de base seront à leur pic avec des niveaux plus élevés qu’en période de soudure typique. Dans la moitié sud du pays, l’offre de main-d’œuvre pourrait être plus forte que la demande car l’augmentation des coûts des intrants agricoles pourrait limiter les possibilités de paiement chez les ménages aisés. De ce fait les pauvres vont accroitre la consommation des produits de cueillette ou augmenter les ventes d’animaux pour acheter des céréales. Ainsi, la dégradation de l’accès alimentaire et des moyens d’existence va exposer plus de pauvres et de PDIs en particulier dans les provinces de la Kossi, du Sourou, de la Kompienga, de la Tapoa et la commune de Mangodara dans la Comoé à l’insécurité alimentaire aigue Crise (Phase 3 de l’IPC), sans pour autant que leur proportion atteigne 20 pour cent de la population. Dans la moitié nord, il est probable que les ruptures dans l’approvisionnement des marchés locaux soient plus fréquentes en raison de l’insécurité et de la dégradation du réseau routier pendant la saison des pluies. Par ailleurs, l’installation des pluies favorisera l’émergence des maladies d’origine hydrique surtout dans les sites de forte présence de PDI où les conditions de logement, d’hygiène et d’assainissement ne sont pas adéquates. Tous ces facteurs couplés à la détérioration de la consommation alimentaire entraineront une augmentation des cas de malnutrition aigüe. Selon l’analyse IPC MNA, la situation nutritionnelle pourrait demeurer Critique (Phase 4) dans les provinces du Séno, du Soum, de l’Oudalan, du Yagha et Loroum et Sérieuse (Phase 3) dans les autres provinces. En plus des communes au nord de la province de l’Oudalan, une proportion de pauvres et de PDIs dans les communes inaccessibles dans la province du Soum et dépassant 20 pour cent de la population totale, du fait de l’érosion de leurs avoirs, pourraient recourir à des restrictions alimentaires extrêmes, les exposant ainsi à l’insécurité alimentaire aigue Urgence (Phase 4 de l’IPC).

 

[1] Suite à une insuffisance de données issues de l’enquête SMART conduit en octobre 2021, les protocoles spéciaux pour les zones avec accès humanitaire limité ou nul, ont été appliqués pour les provinces de Loroum, Soum, Seno, Oudalan, Yagha, Gnagna, Tapoa, Komandjoari, et Kompienga. Les prévalences MAG ont été obtenues par extrapolation de la prévalence régionale aux provinces concernées ou par extrapolation de la prévalence des provinces voisines similaires avec lesquelles elles partagent la même zone de moyen d’existence.

EVENEMENTS QUI POURRAIENT CHANGER LES SCENARIOS

Zone

Evénements

Impact sur les résultats de la sécurité alimentaire

National 

Imposition de sanctions économique par la CEDEAO

La CEDEAO est dans l’attente de la proposition par les autorités de la transition d’un agenda de retour à l’ordre constitutionnel normal dans le pays. Un désaccord sur cet agenda pourrait l’amener à imposer des sanctions économiques et financières sur le pays. Cela pourrait contribuer à ralentir les activités économiques et à accentuer la hausse des prix des denrées alimentaires et non alimentaires dans le pays, avec des conséquence négatives sur le pouvoir d’achat des ménages, la consommation et les moyens d’existence. Cela augmenterait le nombre de zones en insécurité alimentaire aigue Crise (Phase 3 de l’IPC).

Augmentation du prix du carburant

Au regard des tendances à la hausse des cours du pétrole Brent depuis le mois de décembre, les autorités pourraient réviser à la hausse le prix du carburant dans le pays. Cette augmentation pourrait avoir des répercussions négatives sur les prix des biens alimentaires et non alimentaires et sur le coût du transport. Cela va contribuer à la dégradation du pouvoir d’achat des ménages et affecter négativement leur consommation alimentaire.  Cela augmenterait le nombre de zones en insécurité alimentaire aigue Crise (Phase 3 de l’IPC).

Une irrégularité des pluies dans le pays

 

Une mauvaise répartition des pluies entre juin et septembre pourrait favoriser les pratiques spéculatives sur les marchés et accentuer la hausse des prix des denrées de base. Cela entrainera une dégradation des termes de l’échange et des avoirs des ménages toute chose qui conduira à une détérioration de l’accès alimentaire et des moyens d’existence.  Cela augmenterait le nombre de zones en insécurité alimentaire aigue Crise (Phase 3 de l’IPC).

Une amélioration de la situation sécuritaire

Une réduction des incidents et fatalités et une récupération par les FDS des zones occupées par les groupes militants favoriseraient d’une part, le retour progressif de l’administration et des PDIs dans leurs zones d’origine. D’autre part, cela favoriserait l’approvisionnement des marchés de ces zones, la délivrance de l’assistance et par conséquent une amélioration de l’accès alimentaire des ménages. Cela contribuera à réduire les écarts de consommation et à limiter la pratique de stratégies néfastes de Crise (Phase 3 de l’IPC) ou d’Urgence (Phase 4 de l’IPC).

Une hausse plus accrue des prix de céréales sur le marché international 

Les besoins d’importation en blé se situent en moyenne autour de 200,000 tonnes au cours des cinq dernières années. Par ailleurs, le pays doit importer des quantités recors de maïs pour la reconstitution du stock national de sécurité alimentaire. De ce fait, une augmentation plus accrue des prix de ces produits en lien avec le conflit en cours dans les grands pays d’importation du blé (Ukraine et Russie) et la hausse du prix du pétrole affectant le transport, pourrait entrainer une baisse des volumes d’importation et des prix domestiques plus élevés y compris pour les produits dérivés comme le pain. Cela affecterait négativement le pouvoir d’achat des ménages et contribuera à augmenter le nombre de personnes en insécurité alimentaire aigue Crise ou Pire (Phase 3+ de l’IPC).

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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