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Des besoins accrus d’assistance alimentaire attendus jusqu'en mai 2026 suite à l'intensification du conflit à l’est

Des besoins accrus d’assistance alimentaire attendus jusqu'en mai 2026 suite à l'intensification du conflit à l’est

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  • Messages clé
  • Contexte de la sécurité alimentaire
  • Anomalies actuelles des conditions de sécurité alimentaire en octobre 2025
  • Résultats actuels de l’insécurité alimentaire en octobre 2025
  • Suppositions clés sur les conditions atypiques de sécurité alimentaire soutenant le scénario le plus probable jusqu’à mai 2026
  • Résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë d’octobre 2025 à mai 2026
  • Annexe 1 : Principales sources de preuves utilisées dans cette analyse
  • Annexe 2 : Approche analytique de FEWS NET expliquée
  • Annexe 3: Calendrier saisonnier
  • Annexe 4 : Évènements qui pourraient changer les résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë
  • Annexe 5 : Un examen plus approfondi de l'évolution de la dynamique du conflit dans le Nord et le Sud-Kivu et ses impacts sur les résultats de la sécurité alimentaire
  • Messages clé
    • Des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC), avec des populations en Urgence (Phase 4 de l’IPC), sont attendus jusqu’en mai 2026 dans les zones les plus impactées par l’intensification des conflits à l’est du pays. Bien que des millions de ménages déplacées soient retournés (voire forcée), de nouveaux déplacements forcés devraient se poursuivre dans les zones disputées, érodant les moyens d'existence locaux. Dans les zones qui devraient rester sous contrôle des forces gouvernementales ou du M23, l'amélioration de la sécurité permettra une reprise partielle des activités agricoles, réduisant temporairement la proportion de la population en Crise (Phase 3 de l'IPC) ou pire suivant les récoltes. Toutefois, l’amélioration de la consommation alimentaire ne devrait pas se maintenir dans la même intensité au-delà de mars compte tenu des récoltes légèrement inférieures à la moyenne attendues en raison d’un accès limité aux intrants agricoles après des années de déplacements et de faibles productions.
    • Malgré une baisse de l'intensité du conflit et une légère augmentation de la participation des ménages aux activités agricoles, le territoire de Kwamouth devrait rester en Crise (Phase 3 de l'IPC) jusqu'en mai 2026. Les récoltes de la saison 2 (S2) devraient être inférieures à la moyenne en raison du faible niveau des ressources financières disponibles pour les intrants agricoles. De plus, de nombreux ménages ne font que commencer à se remettre économiquement de déplacements répétés et de plusieurs années de faibles récoltes. Bien que la situation se soit stabilisée, elle reste précaire.
    • FEWS NET estime qu’entre 16-16.99 millions des personnes seront en besoin d’assistance alimentaire humanitaire pendant la grande soudure de la S2, d’octobre à décembre 2025. Même si le nombre de personnes dans le besoin diminuera dans la période post-récolte (janvier à mars 2026), les besoins resteront élevés dans les zones des conflits intenses.
    • Les zones de plus haute préoccupation sont les territoires de Djugu (Ituri), Lubero (Nord-Kivu), Uvira (Sud-Kivu), et des poches du Rutshuru, Masisi, et Walikale au Nord-Kivu où les ménages sont fortement exposés au risque des déficits de consommation alimentaire en raison de la dynamique des conflits très volatile.

    L’analyse présentée ici est basée sur les informations disponibles au 21 Octobre 2025. 

     

     

     

    Contexte de la sécurité alimentaire

    L’agriculture est cruciale pour les moyens d’existence dans l’ensemble du pays. Dans les zones rurales, les ménages dépendent fortement du travail agricole temporaire, ainsi que de la cueillette, des produits forestiers et des produits de la pêche, pour la consommation et la vente. Le mois de juin marque la récolte de la saison 1 (S1), plus petite que la récolte de la saison 2 (S2) en janvier. Dans le Sud-Est, il n'y a qu'une seule saison agricole, la récolte commence en avril. Excepté l’extrême Sud-Est, où le maïs est plus important, le manioc est le principal aliment de base et se récolte toute l'année. 

    Le conflit est le facteur majeur de l’insécurité alimentaire aiguë en RDC. Bien que la pauvreté chronique soit répandue, exacerbée par des facteurs structurels tels que la faiblesse des infrastructures et des services, une grande partie du pays est résiliente à l'insécurité alimentaire aiguë grâce à un climat favorable et à l'abondance de pluies régulières. En l'absence de chocs graves, la plupart des ménages couvrent leurs besoins en kilocalories et leurs besoins non alimentaires grâce à sa propre production et à ses achats. Toutefois, le pays, ayant connu des conflits prolongés dus à des tensions inter-ethniques et à la concurrence pour ses ressources minérales, a vu depuis 2021 une intensification marquée du conflit dans le Nord-Est avec la réapparition de la rébellion du M23 dans le Nord-Kivu après presque dix ans de dormance et l’expansion des terroristes ougandais de l’ADF (Forces démocratiques alliées) dans l'Ituri en plus de la milice CODECO, CRP qui endeuillent cette dernière. De plus, un conflit intercommunautaire intense fait rage dans la province de Mai-Ndombe, dans le sud-ouest, bien que les conditions de sécurité aient commencé à s'améliorer ces derniers mois. L'insécurité dans les zones de conflit limite l'accès aux champs, réduisant les zones cultivées ou entraînant leur abandon, perturbant la capacité des ménages à s'alimenter tant par l’agriculture que par la pêche. De plus, la baisse de la production et la perturbation des marchés ont entraîné une hausse des prix alimentaires, limitant l'accès des ménages à la nourriture.

    Au début de l'année 2025, l'intensification rapide et l'expansion territoriale du conflit de la rébellion du M23 ont provoqué des déplacements massifs des populations et perturbé la participation des ménages aux activités des récoltes (S2) et de semis (S1). L'ADF a profité de la crise sécuritaire régionale pour multiplier considérablement la fréquence de ses attaques. De tous les conflits armés en RDC, celui impliquant l'ADF est le plus volatile et imprévisible et a le plus grand impact sur la sécurité alimentaire, la santé, l'éducation et les opérations d'aide humanitaire. Les terroristes des ADF mènent une politique de la terre brûlée qui détruit les écoles, les établissements de santé, les moyens d’existence des populations, et cible même les camps de déplacés et de réfugiés, semant la terreur parmi les civils. Entre 2020 et 2025, l'ADF a été responsable d'environ un quart des violences signalées contre des civils dans l'est de la RDC, ce qui la rend le groupe armé non étatique le plus souvent impliqué dans de telles violences, jusqu'à l'expansion des activités du M23. 

    La RDC est confrontée à d'autres chocs cumulés, notamment les inondations saisonnières et l'instabilité macroéconomique. Les précipitations excessives enregistrées en 2023 et 2024 ont provoqué des inondations historiques, des éboulements, ainsi que des destructions des infrastructures et des actifs des ménages. Ces phénomènes ont été intense dans la cuvette centrale le long du fleuve Congo et ses affluents. De multiples chocs ont maintenu des besoins d'assistance élevés tout au long de l'année, bien que des améliorations sont actuellement perceptibles à la situation d’il y a environ deux ans. Les épidémies (humaines, phytosanitaires, et zoonotiques) constituent également un problème chronique en RDC. Cependant, ces épidémies par elles-mêmes n'empêchent généralement pas les ménages de subvenir à leurs besoins alimentaires minimaux, grâce à des stratégies des moyens d'existence bien diversifiées et à l'absence de chocs majeurs dans la majorité du pays. De plus, le nombre de personnes directement touchées par ces épidémies n'est généralement pas important pour avoir un impact sur l'insécurité alimentaire aiguë à plus grande échelle. 

    En savoir plus

    Les liens suivants fournissent des informations supplémentaires :

    Anomalies actuelles des conditions de sécurité alimentaire en octobre 2025

    Conflit à l’est du pays :La dynamique des conflits a considérablement changé cette année, à la suite de l'intensification et de l'expansion territoriale du conflit du M23 début 2025. À cette période, les lignes de front sont relativement statiques, chaque partie tente de consolider sa position pour les négociations. Néanmoins, les conflits majeurs à l’est du pays continuent à occasionner les mouvements incessants des populations, perturber les principaux flux commerciaux et le fonctionnement du marché, et éroder les moyens d’existence des ménages pris dans la violence. Malgré les efforts de médiation, les différents belligérants continuent à s’affronter sur terrain au Sud-Kivu et au Nord-Kivu. Entre-temps, les différents groupes de Wazalendo présents sur terrain préfèrent confirmer leur présence par les attaques sporadiques. 

    Depuis mi 2025, l'amélioration de la sécurité dans les zones où les FARDC ou le M23 ont consolidé leur contrôle a entraîné des retours massifs vers les lieux d'origine (Figure 1), y compris certains retours forcés. Les retours sont concentrés au Nord-Kivu, majoritairement sous contrôle du M23. Cependant, les affrontements qui se poursuivent dans certaines parties du Sud-Kivu continue à déplacer les populations vers le sud, au Tanganyika, qui est déjà confronté à ses propres problèmes de sécurité liés à des conflits intercommunautaires. Bien que les personnes déplacées (PDIs) ne représentent qu'une petite partie de la population provinciale, le territoire de Kalemie en accueille une concentration relativement plus élevée. 

    Figure 1

    Populations déplacées et retournées par rapports aux populations provinciaux (la moyenne des derniers 18 mois, au 31 août 2025)

    Source: FEWS NET utilisant les données du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et de l'Institut National de la Statistique (INS)

    Dans la partie nord du Nord Kivu et le sud de l’Ituri, les ADF continue à mener un nombre croissant d'attaques contre les civils, malgré les opérations conjointes des FARDC (l’armée congolaise) et les UPDF (l’armée Ougandaise). Au cours des mois récents, ces terroristes ont massacré des centaines des civiles, notamment dans les localités de Komanda et Ntoyo.

    Également en Ituri, les exactions d’autre groupes armés continuent contre les civils (à l’exception du territoire d’Aru). Malgré l’engagement réaffirmé de six groupes armés pour la paix en août 2025, d’autres groupes restent actifs, et en octobre, la milice CRP a intensifié ses attaques sporadiques contre les FARDC et les civils dans plusieurs localités de Djugu. De l’autre côté, les FARDC appuyés par la MONUSCO, continuent les opérations de traque de ces groupes armés qui continuent à s’affronter pour le contrôle des sites miniers et les attaques contre les sites des déplacées. 

    Conflit à l’ouest du pays : La situation sécuritaire à Kwamouth s'améliore davantage par rapport aux deux années antérieures. Certaines initiatives du gouvernement en août 2025 ont sensiblement réduit les tensions sécuritaires. Cette situation a permis un calme relatif et des flux importants des retournés à Kwamouth. À compter d'août 2025, près de 97 118 personnes sont retournées dans la province de Maï-Ndombe cette année, dont la plupart ont été déplacés de Kwamouth. Toutefois, les attaques des miliciens Mobondo contre la population civile a continué durant ces derniers mois dans le territoire voisin de Bandundu, bien qu'à une intensité moindre que celle observée ces dernières années. 

    Les inondations saisonnières : Les inondations de la S1, surtout dans le bassin central, ont été moins graves que les années précédentes. Les inondations sont restées relativement localisées, touchant une proportion nettement plus faible de la population. Jusqu'à présent, cette tendance s'est poursuivie au cours de cette S2, bien que les précipitations et les risques associés d'inondations saisonnières localisés commencent tout juste à atteindre leur pic à la mi-octobre. Cependant, les niveaux d'eau du lac Tanganyika et du lac Albert restent proches de leurs records historiques, présentant un risque accru d'inondation pour les populations locales. De plus, plusieurs ports au bord du lac Tanganyika restent inutilisables ou difficilement accessibles. Le commerce avec la Tanzanie, fournisseur clé de maïs, est devenu difficile, augmentant les prix.

    La production agricole : Malgré des conditions agro climatiques favorables, les conflits continuent de perturber gravement l’accès aux champs en ce début de campagne agricole. L’insécurité réduit les opportunités de main-d’œuvre agricole et les salaires, éléments particulièrement importants pour les ménages très pauvres et les PDIs. De plus, certains groupes armés se livrent à des pillages de récoltes et de bétail. Dans d’autres zones, la sécurité améliorée a permis aux ménages de reprendre l’agriculture, bien que les superficies cultivées restent atypiquement réduites en raison d’un accès limité aux intrants agricoles essentiels et aux ressources financières. Les ménages touchés par les inondations précédentes peinent également à se procurer des semences, ce qui freine la reprise agricole.

    La main d’œuvre non-agricole (activités minières) : La production des minerais continue à augmenter et les prix continuent à s’améliorer, en grande partie grâce aux changements apportés au régime d'exportation. Depuis février et octobre 2025, le prix du cobalt métal et l’hydroxyde de cobalt a augmenté de 92 et 194 pour cent, respectivement. Cela a stimulé la demande de main-d'œuvre et les revenus associés dans les zones minières, en particulier dans les provinces du Katanga.

    L’instabilité monétaire : La Banque centrale du Congo a annoncé la vente de 50 millions de dollars américains sur le marché interbancaire le 18 août 2025, dans le but déclaré de renforcer le CDF après plus de deux ans de dépréciation soutenue. La rapide appréciation de 21,5 pour cent (à compter du 17 octobre 2025) a probablement réduit les marges et causé des pertes aux traders sur devises (Figure 2). Les petits commerçants ont été perturbés par les stocks achetés à l’ancien taux et peinent à ajuster les prix.

    Figure 2

    Tendences du taux de change depuis juillet 2025

    Source: FEWS NET utilisant les données de l’OANDA

    La capacité d’achat des ménages : L’inflation continue de se replier progressivement, passant de 15,1 pour cent l’année dernière à 7,8 pour cent en septembre 2025. L'inflation est proche de l'objectif à moyen terme de 7 pour cent et son ralentissement, couplé à la récente appréciation de la monnaie bénéficie légèrement le pouvoir d'achat des ménages. Mais les prix des denrées restent élevés, surtout dans les zones de tension, et le pouvoir d'achat global reste limité après des années d'inflation élevée et de dépréciation monétaire. 

    Assistance alimentaire humanitaire

    Historiquement, les zones touchées par les conflits et les inondations dans l'est de la RDC ont reçu d'importants volumes d’assistance alimentaire humanitaire. FEWS NET est conscient que d'importantes distributions d'assistance alimentaire humanitaire sont probablement en cours dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, et l'Ituri. Cependant, FEWS NET n'a pas pu obtenir l'accès aux plans de distribution (nombre de bénéficiaires et taille des rations) pour le mois d’octobre, ce qui limite sa capacité à évaluer les impacts potentiels sur les résultats actuels en matière d'insécurité alimentaire aiguë au niveau de la zone.

    Résultats actuels de l’insécurité alimentaire en octobre 2025

    Zones des conflits (Nord-Est RDC et le Kwamouth) : Dans ces zones touchées par les conflits, il n'est pas sûr pour les ménages d'exercer leurs activités d’existence et ils sont donc confrontés à une situation de Crise (Phase 3 de l'IPC). Nombreux sont ceux qui ne peuvent quitter leur domicile ou leurs sites pour accéder aux champs ou à d'autres moyens d’existence pour leur propre production, ni s'aventurer dans les zones forestières pour chasser ou cueillir de la nourriture, ce qui les prive de toute source alimentaire stable. Cette période d'insécurité alimentaire croissante coïncide avec le pic actuel de la période de soudure, contraignant les ménages à recourir à des stratégies de survie qui mettent en péril leurs moyens d’existence futurs. Les ménages nouvellement déplacés, dont les capacités de survie ont été fortement érodées après plusieurs déplacements répétés, sont les plus exposés à l'insécurité alimentaire et se trouvent en situation d'Urgence (Phase 4 de l'IPC). Ces ménages peuvent être contraints de recourir à des stratégies de survie extrêmes, telles que la mendicité ou des activités illicites ; ils sont principalement situés dans les provinces du Nord-Kivu (territoires de Masisi, Walikale et Lubero), du Sud-Kivu (territoires d'Uvira, Fizi, Mwenga et Walungu) et de l'Ituri (territoire de Djugu). 

    Une proportion plus importante de déplacés à Djugu vit chez des familles d’accueil que ce que FEWS NET pensait auparavant, et la majorité est concentrée dans une seule zone de santé (Lita), située dans la zone de moyens d’existence CD13, relativement densément peuplée. FEWS NET n’évalue plus que des résultats d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) au niveau de la zone sont le scénario le plus probable en l’absence d’assistance alimentaire humanitaire.

    Dans les autres zones au Nord-Kivu où le M23 a consolidé son contrôle et au Mai-Ndombe, la plupart de ces ménages sont exposés à l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC). Bien que les conditions de sécurité soient encore volatiles, des millions des ménages jadis déplacés ont retournés. Ces personnes en retour continuent à connaître des problèmes de relance de leurs moyens d’existence, notamment l’accès aux semences et outils agricoles pour les agriculteurs. Les ménages ayant pu récolter des cultures ou recevoir des paiements en nature au cours de la S1 risquent de voir leurs stocks s'épuiser prématurément en raison de récoltes inférieures à la moyenne, ce qui se traduit par un début précoce de la période de soudure. Ces ménages se trouvent en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC), car il leur est difficile de satisfaire leurs besoins essentiels compte tenu de la forte concurrence pour les emplois occasionnels mal rémunérés. De nombreux ménages seront cependant contraints de consommer des aliments moins chers et moins préférés, réduire le nombre de repas voire la réduction des portions ou encore la diminution d’autres dépenses essentielles (la santé ou l’éducation).

    Zones du bassin central: De nombreux ménages pauvres des zones du bassin central (en particulier la province de l'Équateur) qui ont subi des pertes importantes au niveau des récoltes et des actifs pendant les inondations historiquement graves des deux dernières saisons agricoles (dans les territoires de Bolomba et de Lukolela), sont confrontés à des résultats de Crise (Phase 3 de l'IPC). Aujourd'hui, au plus fort de la période de soudure, nombre de ces ménages tentent probablement d'atténuer les déficits de consommation qui se creusent à la suite de l'épuisement prématuré des stocks alimentaires. En conséquence, les ménages pauvres réduisent probablement leurs dépenses en matière de santé et d'éducation. Dans d'autres zones moins touchées par les inondations, une forte proportion des ménages pauvres sont confrontés à des résultats de Stress (Phase 2 de l’IPC), à cause de la hausse saisonnière des coûts de transport (déjà élévés) compte tenu de l’enclavement de ces zones). Bien que ces ménages puissent chasser, pêcher et cueillir pour supplémenter leur accès à la nourriture, elles auront probablement des difficultés à satisfaire leurs besoins essentiels non alimentaires. Ces ménages consomment probablement moins d'aliments ou vendent des quantités atypiquement élevées de volaille.

    Zone du Sud-Est (Ancienne province de Haut-Katanga) : Dans cette zone, des résultats Minimale (IPC Phase 1) sont notés au niveau de la zone, étant donné la capacité des ménages pauvres à satisfaire leurs besoins alimentaires et non alimentaires minimaux par leur propre production ou dans le travail en nature, les activités minières et les petites entreprises, ainsi que par des possibilités de travail agricole temporaires pour la saison principale. Dans les régions qui se remettent des graves inondations et qui sont également confrontées au défi des conflits inter-ethniques et la forte concentration des PDIs, les résultats de Stress (Phase 2 de l'IPC) sont probablement en cours. 

    Zones du Sud-Ouest (Kinshasa, Bandundu, Kongo-Central) : La stabilité et les avantages socio-économiques de la ville de Kinshasa permettent aux ménages de ces zones de générer des revenus et d'accéder à l'alimentation sur les marchés locaux, ce qui leur assure un niveau d'insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l'IPC). Ce phénomène est renforcé par le renforcement du CDF et d'autres mesures gouvernementales, telles que la baisse des prix des carburants. Les ménages de ces zones dépendent du travail agricole, du petit commerce, de la vente précoce de bétail, de la pêche, de la chasse et de la cueillette pour subvenir à leurs besoins alimentaires et non alimentaires.

    Suppositions clés sur les conditions atypiques de sécurité alimentaire soutenant le scénario le plus probable jusqu’à mai 2026
    • Les conflits persistants tout au long de la période du scénario, avec des niveaux de violence particulièrement élevés dans l’Est et le sud-ouest du pays, continueront de provoquer les déplacements des ménages et de perturber gravement leur accès aux moyens d’existence et ainsi altérer leurs sources de revenus.
    • Selon l'équipe d'agro climatologie du FEWS NET, les précipitations d'octobre à décembre devraient être moyennes, avec des précipitations inférieures à la moyenne dans le sud-est, le nord-est et certaines parties du centre-sud de la RDC.
    • Les précipitations de janvier à mars devraient être inférieures à la moyenne dans le sud-ouest, supérieures à la moyenne dans le nord et certaines régions du centre, et conformes à la moyenne ailleurs.
    • Compte tenu des précipitations de plus en plus irrégulières enregistrées en RDC au cours des deux dernières années, la risque d'une troisième année consécutive d'inondations soudaines dévastatrices persistent, en particulier pendant la période de pointe des inondations saisonnières, d'octobre à novembre, dans les zones de faible altitude (notamment la cuvette centrale et au bord des lacs Tanganyika et Albert).
    • La production agricole restera inférieure à la moyenne avec des baisses localisés attendus dans les zones les plus touchées par les conflits ou les inondations. Au niveau du pays, la production devrait être proche de la moyenne compte tenu des prévisions favorables.
    • Bien que les baisses agricoles soient attendues, le retour de plus de 3,28 millions de PDIs pourra favoriser une reprise atypique de la participation des ménages aux activités agricoles dans les régions de retour, contribuant à améliorer la disponibilité et l’accès aux aliments.
    • Le taux d’inflation poursuivra sa tendance baissière et devrait continuer à diminuer progressivement. Cette tendance sera soutenue par la récente forte appréciation de la monnaie locale.
    • À moyen terme, les répercussions de cette appréciation sur le pouvoir d'achat des ménages devraient rester mitigées: alors que les prix à l'importation devraient baisser, la période d'ajustement a créé des frictions à court terme sur le marché et a probablement perturbé les activités des petites entreprises.
    • Malgré l'atténuation des pressions inflationnistes, les prix des denrées alimentaires de base devraient rester supérieurs à la moyenne, en particulier dans les zones de conflit. Il convient de noter que les prix du maïs importé devraient être nettement inférieurs à ceux de l'année dernière en raison de l'amélioration de l'approvisionnement régional.
    • La croissance économique devrait ralentir dans le pays, en raison du fléchissement de l’expansion de la production minière, avec une baisse du taux de croissance du PIB passant de 6,5 pour cent l’année dernière à 5,1 pour cent cette année. Cela entraînerait des conséquences sur les investissements et les débouchés économiques. En outre, malgré l’augmentation du budget nationale, l'escalade du conflit a accru le déficit budgétaire national en raison de l'augmentation des dépenses de sécurité et des investissements publics.
    • Malgré les pourparlers de paix entre le gouvernement et le M23, il est peu probable que le M23 abandonne les zones sous son contrôle dans Nord et le Sud-Kivu et les lignes de front devraient rester relativement stables jusqu'en mai 2026.
    • Les affrontements avec les FARDC, les milices Wazalendo et d'autres groupes armés devraient se poursuivre, bien que moins intenses qu’en début 2025, notamment dans les territoires du Sud-Kivu (territoires d'Uvira, Mwenga, Fizi et Kalehe) et du Nord-Kivu (territoires de Walikale, Lubero et Masisi). De nouveaux déplacements forcés sont probables mais le nombre total de PDIs devrait rester inférieur à celui des dernières années, étant donné les départs massifs précédents.
    • Les attaques contre les civils par le ADF dans les territoires de Lubero, Oicha, Beni, Irumu et Mambasa devraient se poursuivre durant la période de projection. Cependant, malgré une augmentation de la fréquence des attaques, leur impact sur la population locale devrait rester globalement similaire à celui de 2024.
    • L'intensification des opérations conjointes menées par les forces congolaises et ougandaises continuera d'affaiblir progressivement les capacités opérationnelles de l'ADF. Les attaques devraient devenir moins importantes et moins complexes, et se concentrer davantage sur les populations vivant dans des zones plus reculées afin de piller leurs réserves alimentaires et autres ressources.
    • En Ituri, compte tenu de la lenteur des progrès du Programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration communautaire (PDDRC-S) due au manque de financement, ces groupes armés resteront actifs et continueront de commettre des exactions contre les communautés rivales. Les conflits devraient se poursuivre sporadiquement, avec un nombre d'incidents inférieur à celui de l'année précédente, et des milliers de PDIs resteront déplacées pendant la période considérée.
    • Au Mai-Ndombe, les conflits intercommunautaires devraient se poursuivre de manière sporadique, avec le nombre d’incidents inférieur aux niveaux observés ces dernières années. Les récentes améliorations des conditions de sécurité dans la plupart des zones du territoire de Kwamouth devraient se poursuivre, bien que la situation reste précaire, et on s'attend à un afflux continu de rapatriés. 

    Assistance alimentaire humanitaire

    FEWS NET est conscient que d'importantes distributions d'assistance alimentaire humanitaire sont susceptibles de se poursuivre dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, et l'Ituri. Cependant, FEWS NET n'a pas pu obtenir l'accès aux plans de distribution (nombre de bénéficiaires et taille des rations), ce qui limite sa capacité à évaluer les impacts potentiels sur les résultats actuels en matière d'insécurité alimentaire aiguë au niveau de la zone. Compte tenu des difficultés en matière de financement, qui entraîné des réductions du nombre de bénéficiaires et de la taille des rations, il n'est pas possible pour l'instant de procéder à une analyse basée sur les tendances historiques.

    Résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë d’octobre 2025 à mai 2026

    Zones des conflits (Nord-Est RDC et le Kwamouth) : Entre octobre 2025 à janvier 2026, période qui coïncide avec la grande saison de soudure, la plupart de ces zones resteront en phase Crise (Phase 3 de l'IPC). Dans les foyers de tension en Ituri, Sud Kivu et au Nord Kivu où l'insécurité restreint considérablement l'accès à la terre, aux ressources naturelles et à d'autres sources de revenus, une augmentation des personnes en Crise (Phase 3 de l’IPC) et Urgence (Phase 4 de l’IPC) par rapport à l’année dernière est attendue, après au moins deux récoltes fortement perturbées. La période d’octobre à janvier comprend la reprise des travaux agricoles de la S2 et le pic de la soudure en novembre. La consommation alimentaire continuera de se détériorer jusqu'au début de la récolte verte à la mi-décembre, ce qui ne facilitera qu'une baisse limitée des prix des denrées alimentaires. Les ménages très pauvres et récemment déplacés devraient se retrouver en situation d'Urgence (Phase 4 de l'IPC) et seront probablement contraints de recourir à la mendicité, la vente des actifs restants, ou à des activités illicites pour tenter de combler leurs déficits alimentaires. Dans les zones où les conditions de sécurité le permettent, les ménages pauvres peuvent se livrer à des activités agricoles temporaires pour leur propre compte, mais l'accès exceptionnellement faible aux intrants agricoles et la capacité d'embauche limiteront les revenus provenant de ces sources. Jusqu'à l'arrivée de la récolte S2, les ménages de ces régions dépendront fortement d'approvisionnements alimentaires de plus en plus coûteux et auront probablement recours à des stratégies d'adaptation négatives, telles que la réduction du nombre de repas et la consommation d'aliments moins chers et moins appréciés. 

    De février à mai 2026, ces zones en conflit devraient rester en Crise (Phase 3 de l’IPC), avec une frange importante de la population en Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans les zones les plus touchées par les affrontements. Entre février et mars, la proportion de ménages en Crise (Phase 3 de l'IPC) ou pire sera relativement plus faible, car les ménages qui ont pu cultiver auront accès à leurs propres stocks, malgré le faible niveau des récoltes de la saison précédente. À partir de mars, la soudure S1 devrait s'installer dans ces régions et la consommation alimentaire se détériorera. Ainsi, la proportion de ménages en situation de Crise (Phase 3 de l'IPC) ou pire commencera également à augmenter à nouveau. 

    Zones du bassin central : Entre octobre et janvier 2025, les répercussions persistantes des graves inondations passées devraient entraîner une situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les territoires de Bolomba et Basoko en Équateur. Pendant cette période, une détérioration de la consommation alimentaire des ménages sera observée dans ces zones et ils commenceront à faire usage des stratégies d’adaptation comme la consommation des aliments moins chers et moins préférés, la réduction du nombre de repas voire la réduction des portions consommées ou encore la diminution d’autres dépenses essentielles tels que la santé ou l’éducation. Même si certains ménages risquent de se retrouver en situation de Crise (Phase 3 de l'IPC) dans d'autres zones de l’Équateur, l'absence d'inondations graves généralisées au cours de la dernière saison agricole a permis à certains ménages d'entamer leur redressement économique, améliorant les résultats au niveau régional par rapport aux rapports précédents. D’autres provinces dans le Centre-Est (notamment le Sankuru, la Lomami et la majeure partie du Maniema) seront en Stress (Phase 2 de l’IPC). Elles font face à des coûts de transport plus élevés, ce qui entraîne des hausses de prix relativement plus importantes pendant la saison des pluies. 

    Entre février à mai 2025, les zones les plus exposées aux inondations (territoires de Bolomba et Basoko) resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC). Les récoltes de la S2 devront améliorer la disponibilité alimentaire et l’accès des ménages aux aliments produits localement, même si les ménages très pauvres pourraient encore avoir du mal à subvenir à leurs besoins alimentaires alors qu'ils poursuivent leur redressement économique. D’autres ménages agricoles pourront améliorer leur consommation alimentaire grâce à l’accès à leur propre production. Cependant, les récoltes seront inférieures à la moyenne dans les zones localisées et un épuisement précoce des stocks sera attendu, ce qui maintient d’autres zones moins exposées aux inondations en Stress (Phase 2 de l’IPC). Dans les provinces de Sankuru et Lomami, l'arrivée des récoltes facilitera l'amélioration de la situation alimentaire (Phase 1 de l'IPC), car la plupart des ménages pourront subvenir à leurs besoins essentiels grâce à leur propre production, à des opportunités de travail temporaire et aux produits forestiers. 

    Zones du Sud-Est (Ancienne province de Haut-Katanga) : Pour la moitié de cette zone, les résultats Minimale (Phase 1 de l’IPC) sont attendues jusqu'en mai 2025. D'octobre à décembre, des opportunités de travail agricole temporaire pendant les activités de semis et de désherbage pour la saison principale permettront aux ménages pauvres de générer des revenus pour l'achat de nourriture et les besoins essentiels, et satisfaire leurs besoins alimentaires et non alimentaires minimaux. Le début de la récolte verte en mars et de la récolte principale en avril aussi améliorent l’accès des ménages à la nourriture. Les tendances positives des activités minières devraient continuer à avoir un impact positif sur les revenus des ménages. Les résultats de Stress (Phase 2 de l’IPC) au niveau de la zone persisteront dans les zones qui ont subi des graves inondations et qui sont également confrontées au défi des conflits inter-ethniques et une forte concentration des PDIs. 

    Zones du Sud-Ouest (Kinshasa, Bandundu, Kongo-Central) : Ces régions devraient être confrontées à des résultats Minimale (IPC Phase 1) d'insécurité alimentaire aiguë jusqu'en mai 2025. La stabilité et l'intégration économiques relatives de cette partie de la RDC devraient permettre à la plupart des ménages de satisfaire leurs besoins alimentaires et non alimentaires essentiels en raison de la nourriture et des revenus provenant de diverses sources. Le début des activités de récolte de la S2 et des activités de préparation des terres et de plantation pour la S1 augmentera de manière saisonnière les opportunités de travail agricole, au profit des ménages pauvres des zones périurbaines et rurales. Les ménages de ces zones sont également susceptibles de s'engager dans d'autres activités économiques telles que le petit commerce, les ventes précoces de bétail, la pêche, la chasse et la cueillette afin de pouvoir payer les prix supérieurs à la moyenne des produits alimentaires et non alimentaires essentiels.

    Annexe 1 : Principales sources de preuves utilisées dans cette analyse
    PreuvesSourceFormat des données Élément d'analyse relatif à la sécurité alimentaire
    Profile des zones des moyens d’existence 

    FEWS NET (2016)

     

    Rapport qualitatifSources typiques de nourriture et de revenus, par zone de moyens d’existence.
    Suivi et analyse des conflitsACLED, Critical Threats, sources médiatiques indépendantes telles que Radio des nations unies (Radio Okapi), informateurs clés et autres sourcesDonnées quantitatives sur les incidents de conflit (ACLED) ; Revues journalier qualitative et quantitative sur les incidents de conflitType, intensité, lieux touchés, pour analyser les impacts du conflit sur l’accès des ménages à la nourriture et aux revenus.
    Prévision de la situation météorologiqueSurveillance et prévisions météorologiques USGS, NOAA, UCSB CHC, etc. Données quantitatives (indicateurs climatiques et météorologiques provenant de la télédétection et de la modélisation) ; produits de prévisions Les conditions météorologiques ont un impact sur les sources de nourriture et de revenus des ménages, surtout dans les zones rurales.
    Données des mouvements des populations IOM, OCHAUNHCRDonnées quantitatives sur les tendances en matière de déplacement ; rapports des partenairesTendances des déplacements (nombre, lieux d'origine et de déplacement), raisons des déplacements, conditions de vie et besoins
    Rapports de situationPartenaires humanitaires (OCHA, PAM, et d’autres)Rapports brefs contenant des données qualitatives et chiffres clésConditions actuelles, besoins, et efforts de réponse dans les zones de plus haute préoccupation
    Assistance alimentaire en RDC

    Cluster sécurité alimentaire

     

    Rapport tableau interactif

     

    Données historiques sur l’assistance alimentaire en RDC.
    Informations sur la situation macro-économiqueLa Banque Centrale du Congo (BCC), La Banque MondialeLe FMI, et d’autres sources Données qualitatives et quantitativesTendances de taux de change, d'inflation et d'autres facteurs macroéconomiques affectent la capacité d'achat des ménages. 
    Surveillance sur la prévalence de la malnutrition et les maladies ; les tendancesOMS, Cluster Santé/RDC, cluster Nutrition RDCRapports des partenaires, données quantitativesLa prévalence de la malnutrition aiguë et les cas des maladies (choléra, Ebola, rougeole, Mpox)
    Annexe 2 : Approche analytique de FEWS NET expliquée

    L’alerte précoce en cas d’insécurité alimentaire aiguë nécessite de prévoir les résultats futurs plusieurs mois à l’avance afin de donner aux décideurs suffisamment de temps pour budgétiser, planifier et répondre aux crises humanitaires attendues. Toutefois, en raison des facteurs complexes et variables qui influencent l’insécurité alimentaire aiguë, il est impossible de faire des prévisions définitives. Le développement de scénarios est une méthodologie qui permet à FEWS NET de répondre aux besoins des décideurs en élaborant un scénario « le plus probable » du futur.

    Les principes clés du processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET incluent l’application du cadre de réduction des risques de catastrophe et une approche basée sur les moyens d’existence pour évaluer les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë. Le risque d'insécurité alimentaire aiguë d'un ménage dépend non seulement des dangers (comme une sécheresse), mais aussi de sa vulnérabilité face à ces dangers (par exemple, le niveau de dépendance à la production de cultures pluviales pour sa nourriture et ses revenus) et de sa capacité d'adaptation (qui prend en compte à la fois la capacité du ménage à faire face à un danger donné et le recours à des stratégies d’adaptation négatives qui nuisent à la résilience future). Pour évaluer ces facteurs, FEWS NET fonde cette analyse sur une solide compréhension approfondie des moyens d’existence locaux, qui sont les moyens par lesquels un ménage répond à ses besoins fondamentaux. Le processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET prend également en compte le Cadre des moyens d’existence durables ; les Quatre dimensions de la sécurité alimentaire ; et le Cadre conceptuel de la nutrition de l’UNICEF, et est étroitement aligné sur le cadre analytique de la Classification intégrée des phases de la sécurité alimentaire (IPC).

    Comment FEWS NET analyse-t-il les résultats actuels de l’insécurité alimentaire aiguë ? FEWS NET évalue dans quelle mesure les ménages sont susceptibles de satisfaire leurs besoins caloriques minimaux. Cette analyse fait converger les preuves des conditions de sécurité alimentaire avec celles de la consommation alimentaire au niveau des ménages et de changement des moyens d’existence. FEWS NET prend également en compte les preuves disponibles sur l'état nutritionnel et la mortalité, en évaluant si celles-ci reflètent les impacts physiologiques de l'insécurité alimentaire aiguë. FEWS NET utilise l’échelle de Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC) en cinq phases, mondialement reconnue, pour classer les résultats actuels de l’insécurité alimentaire aiguë. De plus, FEWS NET applique le symbole de « ! » pour désigner les zones où la Phase de l’IPC cartographiée serait probablement pire d'au moins une Phase sans les effets de l'assistance alimentaire humanitaire en cours.

    Comment FEWS NET élabore-t-il ses suppositions clés pour le scénario le plus probable ? Une étape clé du processus d'élaboration de scénarios de FEWS NET consiste à développer des suppositions fondées sur des preuves sur les facteurs influencent les conditions de sécurité alimentaire. Cela inclut les dangers et anomalies susceptibles d'affecter l'évolution de l'alimentation et des revenus des ménages au cours de la période de projection, ainsi que les facteurs affectant l'état nutritionnel. FEWS NET développe également des suppositions sur les facteurs censés se comporter normalement. Ensemble, ces suppositions forment la base du scénario « le plus probable ». 

    Comment FEWS NET analyse-t-il les résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë ? En utilisant les suppositions clés soutenant le scénario « le plus probable », FEWS NET projette les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë en évaluant l’évolution de la capacité des ménages à satisfaire leurs besoins caloriques minimaux au fil du temps. FEWS NET fait converger les attentes concernant la trajectoire de la consommation alimentaire et les changements dans les moyens d’existence au niveau des ménages avec l’état nutritionnel et de la mortalité au niveau de la zone. FEWS NET classe alors les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë. Enfin, FEWS NET utilise le symbole de « ! » pour désigner les zones où la Phase de l’IPC serait probablement plus sévère d’au moins une Phase sans les effets de l’assistance alimentaire planifiée, qui devrait être financée et livrée.

    Comment FEWS NET analyse-t-il l'aide alimentaire humanitaire ? L’assistance alimentaire d’urgence (en nature, en espèces ou en vouchers) peut jouer un rôle clé dans l’atténuation de la sévérité de l’insécurité alimentaire aiguë. Les analystes de FEWS NET intègrent toujours les informations disponibles sur l’assistance, bien que ces informations varient considérablement selon les zones géographiques et au fil du temps. Conformément aux protocoles IPC, FEWS NET utilise les meilleures informations disponibles pour évaluer où l'assistance est « significative » (définie par au moins 25 pour cent des ménages dans une zone donnée recevant au moins 25 pour cent de leurs besoins caloriques grâce à l'assistance). En outre, FEWS NET analyse les impacts probables de l’assistance sur la sévérité des résultats, comme détaillé dans les orientations de FEWS NET sur L’intégration de l’assistance alimentaire humanitaire dans l’élaboration de scénarios

    Annexe 3: Calendrier saisonnier

    Source: FEWS NET

    Annexe 4 : Évènements qui pourraient changer les résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë

    Même si les projections de FEWS NET se concentrent sur le scénario « le plus probable », il existe toujours un certain degré d’incertitude dans les prévisions à long terme. Cela signifie que les conditions de la sécurité alimentaire et leurs impacts sur les résultats aigus de la sécurité alimentaire peuvent évoluer différemment de ce qui était initialement prévu. FEWS NET publie des mises à jour mensuelles de ses projections, mais les décideurs ont besoin d'informations préalables sur cette incertitude et d'une explication des raisons pour lesquelles les choses peuvent se dérouler différemment de ce qui était prévu. En tant que tel, la dernière étape du processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET consiste à identifier brièvement les événements clés qui aboutiraient à un scénario alternatif crédible et modifieraient considérablement les résultats projetés. FEWS NET considère uniquement les scénarios qui ont une chance raisonnable de se produire.

    National 

    Dépréciation approfondie et brusque de la monnaie locale.

    Impact probable sur les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë: Depuis le mois d’aout 2025, la monnaie locale affiche une forte appréciation non habituelle par rapport aux devises (USD). Les autorités attribuent cette hausse à leurs efforts de mise en œuvre de politiques monétaires et budgétaires. Néanmoins, les observateurs disent que cette appréciation est trompeuse étant donné que l’économie congolaise et extravertie et que les mesures prises par la banque nationale seraient éphémères. Ainsi, une dépréciation brusque de la monnaie nationale dans le moyen-terme (ML2) est à craindre. Une brusque dépréciation de cette monnaie entraînerait une hausse des prix des biens et de services, ainsi qu’une augmentation des prix des principales denrées alimentaires. Cela causerait une diminution de l’accès aux aliments importés pour les ménages pauvres. On pourrait s'attendre à une augmentation de la proportion de ménages en phase 2 et phase 3, en particulier dans les zones urbaines où les ménages couvrent la plupart de leurs besoins alimentaires par des achats sur les marchés. Certaines zones urbaines précédemment classées en Minimale (Phase 1 de l'IPC) pourraient passer à la phase Stress (Phase 2 de l'IPC), en fonction de l'ampleur de la dépréciation monétaire. 

    Augmentation des inondations dues aux perturbations des pluies. 

    Impact probable sur les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë : Malgré des prévisions de précipitations cumulées moyennes à inférieures à la moyenne pour les prochaines saisons des pluies, un risque crédible de précipitations excessives et d'inondations soudaines demeure compte tenu des précipitations de plus en plus erratiques dans le pays au cours des deux dernières années, De graves crues soudaines causeraient probablement des dommages importants aux infrastructures, aux habitations et aux cultures, ce qui réduira les flux des produits locaux et augmenter les prix des aliments et biens essentiels. Une augmentation de zones en Crise (Phase 3 de l’IPC) sera probable dans les zones à pluviométrie excédentaire, ce qui serait plus probable dans le bassin central et le long des lacs Tanganyika et Albert.

    Zones des conflits (Ituri, Nord Kivu, Sud Kivu, Tanganyika) : 

    Augmentation d’intensité des conflits armées et généralisation des combats à la suite de l’échec des initiatives de paix et les efforts diplomatiques en cours.

    Impact probable sur les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë : Le retrait du Qatar dans les médiations entre le RDC et la rébellion du M23, ainsi que le refus de la RDC de signer l’accord économique avec le Rwanda tel que présenté par la médiation américaine, pourrait créer un embrasement général dans ce conflit. Cette situation pourrait occasionner la reprise généralisée des affrontements, augmentera le niveau de violence et ainsi provoquer des nouveaux afflux des déplacées. Ces nouveaux afflux pourront créer une forte pression sur les moyens d’existence et détériorer la situation de la consommation alimentaire. On peut s'attendre à une augmentation de la proportion de la population dans les phases 3 et 4, même si les phases au niveau de la zone devraient rester inchangés. Une classification au niveau de la zone en Urgence (Phase 4 de l’IPC) serait possible dans certains contextes, mais elle dépendrait fortement de la taille relative des populations nouvellement déplacées par rapport à la population locale, du moment et de la durée du déplacement, ainsi que de leurs conditions de vie (en milieu urbain, rural, dans une famille d'accueil, etc.). 

    Annexe 5 : Un examen plus approfondi de l'évolution de la dynamique du conflit dans le Nord et le Sud-Kivu et ses impacts sur les résultats de la sécurité alimentaire

    De la fin de l’année 2024 au début de l’année 2025, le M23 a lancé une vaste offensive au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, étendant rapidement et considérablement son contrôle territorial (Figure 3). À la mi-février, le groupe avait pris le contrôle des principales villes de Goma et de Bukavu. À la suite de ces avancées, le M23 a mis en place une structure de gouvernance parallèle, consolidant ainsi son emprise sur une grande partie de la région. Durant cette période, des millions de ménages ont été déplacés de force en raison des violences. Les stocks alimentaires locaux, le bétail et d’autres ressources ont été pillés et détruits, le fonctionnement des marchés et les chaînes d’approvisionnement ont été fortement perturbés, et les prix des denrées alimentaires ont grimpé en flèche. 

    Le calendrier de cette offensive a été dévastateur pour les ménages ruraux, coïncidant avec la récolte principale de la saison 2 (janvier-février) et les préparatifs pour les semis de la saison 1 (mars). Les données satellitaires analysées par la FAO DIEM ont révélé que, dans de nombreuses zones, la récolte n’a eu lieu qu’en avril, ce qui suggère que la récolte de la saison 2 n’a pas été effectuée à temps ni achevée complètement. Cette perturbation a également eu de graves répercussions sur les activités agricoles de la saison 1, en particulier dans les territoires de Masisi et de Kalehe, puisque la culture des récoltes aurait normalement dû être bien engagée en avril. Le territoire de Rutshuru a également connu une récolte de la saison 2 retardée et partielle. Bien que les préparatifs de la saison 1 aient été affectés, le retard y a été relativement moins important que dans le Masisi et le Kalehe, et certains ménages ont pu commencer la récolte environ un mois plus tôt, en mars. Bien que l'analyse réalisée par FAO DIEM n'ait pas spécifiquement mis en évidence l'ampleur du retard pris dans les récoltes dans les territoires de Lubero, Kabare et Walungu, FEWS NET estime que les récoltes ont été perturbées de manière similaire par le conflit, mais dans une zone géographique plus restreinte. Le territoire d’Idjwi, une île du lac Kivu, a également été capturé par le M23, mais est resté relativement à l’écart des violences et des perturbations qui y sont associées.

    Figure 3

    Zones d'opération du M23 dans l'est de la RDC

    Source: Critical Threats Project (CTP)

    Dans les mois qui ont suivi, le M23 a mis en place une vaste structure de gouvernance parallèle, consolidant ainsi son emprise sur une grande partie de la région. Dans certaines zones, on observe un retour relatif à la normalité. Des millions de personnes sont retournées dans leurs zones d’origine (certaines de manière forcée) et ont pu accéder en sécurité aux terres agricoles ainsi qu’aux zones forestières pour la pêche, la chasse et la cueillette, parfois pour la première fois depuis plusieurs années. L’amélioration des flux commerciaux au sein des zones sous contrôle du M23, ainsi qu’entre Goma et le Rwanda et dans le commerce intrarégional, a permis d’atténuer en grande partie la flambée des prix. Malgré ces signes de stabilisation, d’importants défis subsistent. Le M23 a instauré son propre système de collecte d’impôts pour financer son administration, ce qui affecte particulièrement la rentabilité des commerçants. Le système bancaire reste confronté à un manque de liquidités, et les transactions entre les banques de Goma et celles du reste du Congo demeurent bloquées, bien que la population se soit apparemment adaptée en recourant davantage à la monnaie mobile et à d’autres stratégies. Les flux commerciaux entre les zones contrôlées par le M23 et le reste du pays restent également fortement perturbés, notamment entre Uvira – un marché transfrontalier clé avec le Burundi – et Goma/Bukavu.

    À partir d'octobre 2025, le M23 continue de consolider ses gains territoriaux, notamment à Walungu, Kalehe et Kabare, dans le Sud-Kivu, et préparerait de nouvelles offensives, en particulier en direction d’Uvira et de Walikale. Les lignes de front devraient rester relativement stables, à deux exceptions près : un probable avancé vers le sud en direction d’Uvira afin de sécuriser le corridor économique stratégique Goma–Bukavu–Uvira, et une progression vers l’ouest le long de la Route nationale 3 (RN3) à Walikale, un axe important reliant la ville de Kisangani dans la province de la Tshopo. Le M23 devrait éviter d’emprunter la route directe passant par la plaine de la Ruzizi, fortement fortifiée et densément peuplée, et approcher plutôt depuis les hauts plateaux afin d’encercler Uvira et de couper les lignes d’approvisionnement, tout en réduisant stratégiquement les pertes et les affrontements directs avec les forces burundaises.

    Ces évolutions ont de graves répercussions sur les prochaines récoltes vertes et principales, qui débuteront à la mi-décembre. Dans les zones disputées telles que Rutshuru (la partie montagneuse du CD09), le nord du Masisi et certaines zones de l’est de Walikale, la situation sécuritaire restera instable, provoquant la poursuite et la répétition des déplacements forcés. L’insécurité liée à cette offensive en cours perturbera fortement la participation aux activités agricoles ainsi que l’accès aux ressources forestières (chasse, pêche, cueillette) pour la troisième saison agricole consécutive.

    Bien que le M23 ait déjà mené des incursions dans les territoires de Walikale et d’Uvira (y compris dans les zones des Hauts Plateaux de Bijombo (Mwenga), Lemera (Bafulero, Uvira) et Minembwe (Fizi)), ces territoires devraient devenir encore plus disputés à moyen terme. Une augmentation des flux de déplacements à l’intérieur et en provenance de ces zones est également attendue. Les ménages qui y vivent subissent déjà les effets de l’insécurité et d’une forte fiscalité illicite, ce qui a eu un impact négatif sur la production agricole et les flux d’approvisionnement. Cela a entraîné une hausse des prix des produits essentiels non locaux et une baisse des revenus issus des cultures locales, car il est devenu plus difficile et plus coûteux d’évacuer les excédents agricoles vers les zones voisines. Le calendrier de toute escalade du conflit sera déterminant : si les hostilités s’intensifient avant les récoltes vertes et principales (de la mi-décembre à février), les répercussions sur la sécurité alimentaire seront plus graves. Le moment d’une éventuelle escalade du conflit sera déterminant : les répercussions sur la sécurité alimentaire seraient les plus importantes si les hostilités s’intensifiaient avant les récoltes vertes et principales (de la mi-décembre à février). La baisse saisonnière des prix ne se matérialiserait probablement pas (et de nouvelles hausses de prix seraient même probables), tandis que les ménages devraient continuer à dépendre d’achats alimentaires coûteux alors que leurs ressources financières s’épuiseraient rapidement.

    En revanche, les régions sous contrôle consolidé, notamment Nyiragongo, certaines parties de Rutshuru (CD11), le sud du Masisi, Idjwi, ainsi que les zones périurbaines de Goma et de Bukavu, devraient connaître une participation agricole plus élevée que lors des dernières saisons. Cependant, les ménages de ces zones se remettent encore des déplacements précédents. Malgré des prévisions météorologiques favorables annonçant des rendements moyens, les superficies cultivées et la production totale devraient rester limitées en raison de l’absence ou de la faiblesse des stocks de report et du manque de ressources financières pour les intrants agricoles. En conséquence, bien que les ménages puissent subvenir temporairement à leurs besoins alimentaires après la récolte de la saison 2, leurs stocks devraient s’épuiser plus rapidement que d’habitude.

    Le conflit en cours et en évolution au Nord et au Sud-Kivu continue de menacer la sécurité alimentaire et les moyens d’existence des millions de personnes qui y vivent. Si certaines zones sous contrôle du M23 ont connu une stabilisation partielle, les offensives en cours et l’insécurité persistante risquent de compromettre la reprise économique des ménages et d’aggraver les déplacements. À l’approche des récoltes vertes et principales, le calendrier et l’évolution du conflit futur seront déterminants pour savoir si les ménages vulnérables pourront subvenir à leurs besoins alimentaires de base ou s’ils feront face à une précarité accrue.

    Citation recommandée: FEWS NET. République démocratique du Congo Perspectives sur la sécurité alimentaire Octobre 2025 - Mai 2026: Des besoins accrus d’assistance alimentaire attendus jusqu'en mai 2026 suite à l'intensification du conflit à l’est, 2025.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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