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Besoins en assistance alimentaire concentrés dans les zones de conflits de l’Est

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • République démocratique du Congo
  • Juin 2023 - Janvier 2024
Besoins en assistance alimentaire concentrés dans les zones de conflits de l’Est

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  • Messages clé
  • Contexte national
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Zone de préoccupation: Zone de moyens d’existence agriculture des hautes terres du Nord-Est (CD14) du territoire de Djugu dans la province d’Ituri
  • Zone de préoccupation: Zone de moyenne d’existence sols agricoles volcaniques de Rutshuru du Nord-Kivu (CD11) du territoire de Rutshuru
  • Messages clé
    • L’insécurité prolongée dans l’est du pays continue à entraîner des conséquences humanitaires, économiques, sociales et environnementales pour les populations locales. Malgré l’amélioration saisonnière des disponibilités en fin des récoltes, les déficits de consommation vont s’observer pour les ménages déplacés en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où ils resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC). Dans quelques zones de santé des territoires de Djugu et Rutshuru, les plus impactées par les conflits, une augmentation de la population en Urgence (Phase 4 de l’IPC) est anticipée pour les ménages qui n’ont pas pu cultiver.

    • Selon OCHA, la RDC compte à ce jour, près de 6,29 millions de personnes déplacées internes dont environ 60 pour cent se trouvent dans les seules provinces de l’Ituri et du Nord Kivu. En raison des contraintes sécuritaires, logistiques, et financières, l'assistance humanitaire ne couvre qu’environ 10-15 pour cent de la population des provinces les plus impactés par le conflit.

    • Les récoltes de la saison agricole B en cours dans les zones Nord Est et Centre Est du pays améliorent la consommation alimentaire de la plupart des ménages pauvres. Des informant clés indiquent qu’une partie de la population des zones sous conflits ont pu faire des va-et-vient pour participer à la campagne agricole. Toutefois, les récoltes sont en baisse du fait des conflits et des catastrophes naturelles connues. Dans le Sud Est unimodale pendant sa période post-récolte, une production est estimée inférieure à la normale du fait des inondations dans les bassins vivriers de Kasenga. Bien que la production soit estimée en dessous de la normale, les récoltes de juin, dédié notamment à l’autoconsommation, seront assez pour couvrir les besoins alimentaires des ménages. De plus, les revenues liées aux activités minières et au petit commerce seront assez pour garantir les besoins alimentaires des ménages qui restent dépendant des marchés, notamment dans les zones urbaines. La plupart du pays restera alors en Stress (Phase 2 de l’IPC).

    • Les prix des denrées alimentaires de base affichent une tendance atypique à la hausse, même après les récoltes dans la zone unimodale du Sud-Est et la saison B dans le Nord-Est et le Centre-Est, en raison de la dévaluation de la monnaie local et du cout de transport élevé. Ces prix pourront encore augmenter dans les prochains mois et ainsi avoir des effets sur l’accès alimentaire des ménages pauvres, notamment dans les zones sous conflit, ou les ménages dépendent majoritairement sur le marché.


    Contexte national

    Situation actuelle

    Conflits et mouvements des populations : La situation sécuritaire en RDC reste précaire (Figure 1).  Malgré une accalmie des combats entre le M23 et l’armée congolaise (FARDC), des combats sporadiques continuent dans les territoires de Masisi. Selon le dernier communiqué de l’armée nationale du 30 mai 2023, le M23 s’apprête à lancer des attaques sur l'axe Sake-Goma afin de forcer les négociations avec le gouvernement. Dans la partie nord de la province de l’Ituri, les FARDC et l’armée ougandaise (UPDF) ont débuté la deuxième phase des opérations conjointes contre les terroristes de Allied Democratic Forces (ADF) qui ont été ainsi dispersés dans les territoires de Oicha, Irumu et Mambasa. Toutefois, les attaques sporadiques des rebelles contre les populations locales continuent, et les miliciens de CODECO (Coopérative pour le Développement du Congo) et de ZAIRE continuent leurs exactions dans les territoires de Djugu et Mahagi. 

    Figure 1

    Conflits et fatalités observé en RDC entre mai 2020 et mai 2023
    Conflits et fatalités observé en RDC entre mai 2020 et mai 2023.

    Source: FEWS NET, avec données d’ACLED

    Depuis le début de l’année 2023, près de 202 000 personnes se sont nouvellement déplacées en Ituri, portant le total à plus de 1,6 millions de personnes déplacées internes (PDI). Dans la province du Nord Kivu, depuis le début de l’année 2023, près de 410 000 personnes se sont nouvellement déplacées, portant le total à plus de 2,38 millions de PDI.

    Dans la province du Sud-Kivu, une recrudescence d’incidents sécuritaires des différents groupes armés locaux s’est observée depuis le mois de janvier 2023, notamment dans les Hauts-Plateaux et Moyens-Plateaux de Fizi, Mwenga, Uvira et dans le territoire de Kalehe. La province comprend plus de 1,7 millions de PDI qui sont coupées de leurs moyens d’existence typiques.

    D’autres part, les conflits inter-ethniques continuent à faire des victimes, notamment dans les provinces de la Tshopo et Bandundu. Ces conflits sporadiques pourront augmenter le niveau des violences et ainsi favoriser des mouvements des populations supplémentaires. Selon OCHA, ces conflits aurait déjà fait plus de 50 000 de PDI dans ces provinces.

    Situation agricole : Dans les zones Nord-Est et Centre-Est, les ménages qui ont eu à cultiver se trouve en pleine période de récoltes de la saison B (Mars-Juin) pour les principaux vivriers comme le maïs, l’arachide et le haricot, en dépit de la faible participation consécutive aux déplacements des populations au démarrage de la campagne agricole. Toutefois, les récoltes sont en-dessous de la moyenne dans la plupart des zones de l’Est, compte tenu de l’insécurité persistante qui limite l’accès aux champs, perturbe les distributions de semences et d’engrais, et engendre des déplacements de populations. En Ituri, par exemple, des informants clés notent que 30-40 pourcent des ménages agricoles n’ont pas pu cultiver dans certaines zones du territoire de Djugu. On note également des faibles surfaces emblavées par ces ménages qui ont cultivé, Dans la zone Sud-Est unimodale, on s’achemine vers la fin des récoltes, lesquelles ont démarré en avril 2023. On note dans les trois zones, des pertes de récoltes à l’issue des inondations et glissements des terres cultivées notamment dans le Sud-Kivu, le Tanganyika et le Haut-Katanga. Globalement, par contre, selon les données de la FAO, seulement 3 pour cent des ménages enquêtées ont signalé les difficultés d’accéder a leurs parcelles comme facteurs limitant la production.

    Conjoncture économique : Depuis sa chute brutale au mois de juillet 2022, les prix des principales matières précieuses continuent de baisser sur les marchés internationaux. D’après les prévisions de la Commission Nationale des Mercuriales, les prix des principales produits miniers exportés par la RDC tels que le cuivre, le cobalt, l’étain, l’or, l’argent et le tantale seront en baisse de 2 à 3 pour cent au cours de deux prochains mois comparés au mois de mai 2023. En outre, la monnaie nationale a connu une dépréciation mensuelle depuis fin mai 2023 d’environ 9 pour cent comparé au mois de janvier 2023. En glissement annuel, cette dépréciation a atteint 13 pour cent entre mai 2022 et mai 2023. Selon la Banque Centrale du Congo, cette dévaluation est consécutive à la contraction de l’offre de devises sur le marché de change à la suite de la baisse du flux d’exportations des ressources naturelles, entraînant ainsi la baisse de rapatriement des devises principalement de la vente des produits miniers. L’instabilité de la monnaie locale et la diminution des prix des matières exportées occasionne également l’instabilité des prix, non seulement des produits importés tels que l'huile végétale et le riz mais aussi des commodités produites localement.

    Catastrophes naturelles : Depuis janvier 2023, une série de catastrophes naturelles caractérisées par des inondations et des éboulements se sont produites dans plusieurs territoires. Dans plusieurs provinces (Haut Lomami, Maniema, Kwilu, Nord Kivu, Kasaï Central, Kinshasa et Sud-Kivu), des routes ont été coupées, des maisons emportées, des carrières minières engloutis et des milieux d’hectares emportés par des inondations récurrentes, des glissements de terre. Dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu, presque 500 personnes sont mortes à la suite des inondations et éboulements provoqués par de fortes pluies qui se sont abattues la nuit du 4 au 5 mai 2023. Les villages les plus touchés sont Bushushu et Nyamukubi où plus de 1,200 maisons sont détruites et plus de 600 champs dévastés. Selon, OIM, presque 1500 personnes sont déplacées vers les localités voisines, soit moins de 1 pourcent de la population totale du territoire. Bien que ces inondations aient impacté les ménages qui ont perdus leurs biens productifs et ont perturbé le fonctionnement du marché principal au court terme, les informant clés indiquent que les flux des biens ont repris vers cette zone et les activités typiques de moyens d’existence sont en cours pour la plupart de la population de cette zone.

    Sources de revenus : Sur l’ensemble des zones de l’Est analysées, la vente des produits agricoles et des produits d’élevage demeurent la principale source de revenus pour près de 70 pour cent des ménages desdites zones.  Ces revenus sont en baisse actuellement dans certaines zones affectées par les conflits. Dans le territoire de Rutshuru par exemple, l’administration locale tenue par les occupants actuels (M23) a exigé aux ménages agricoles de ne prélever que les 30 pour cent de leurs production et de laisser les 70 pour cent  au champ pour le compte de l’administration locale, pour constituer une ration de guerre, en prévision de la période des attaques éventuelles de FARDC attendues très prochainement, selon les occupants actuels du territoire. Certains ménages pauvres, notamment ceux qui n’ont pas pu cultiver, s’adonnent aux travaux agricoles temporaires dans un contexte de faible demande face à une offre grandissante. Certains payments sont faits en nature, une opportunité pour les travailleurs de disposer de la nourriture. Dans les camps des déplacés, les animaux, pour ceux qui en détiennent, sont vendus précocement pour subvenir aux besoins immédiats des ménages. Les sources de revenus des ménages ont été fortement perturbées sur l’ensemble de la zone Est.

    Fonctionnement marchés et tendance de prix des principales denrées : Globalement, les marches restent suffisamment approvisionnées ; toutefois, ils restent en dessous de la normale. En plus de la baisse de production et l’insécurité dans l’est du pays le mauvais état routier dans la plupart du pays perturbe l’approvisionnement des marches, notamment de l’est. Des pénuries de produits de base, telle que l’huile végétale, sont observés de façon sporadique. Toutefois, ces pénuries de denrées alimentaires de base ne durent pas longtemps, étant donné la nature volatile du conflit.  Au cours de cette période post-récolte, les ménages consomment principalement leurs propres récoltes et réduisent de manière saisonnière leur dépendance à l'égard des marchés. Cependant, la demande du marché reste atypiquement élevée dans les régions de l'est de la RDC touchées par le conflit, où les ménages ont peu ou pas de récoltes et restent dépendants du marché pour la majorité de leurs besoins alimentaires. Malgré la stabilité observée dans les trois mois précédents, les prix des principaux produits alimentaires de base continuent d’afficher une tendance atypique à la hausse après les récoltes saisonnières, due principalement aux faibles récoltes face à une demande constante et la dévaluation de la monnaie locale face au dollar (Figure 2). Par exemple, sur les marchés suivis de l'Est, la farine de maïs est supérieure de 68 pour cent à la moyenne quinquennale et de 17 pour cent par rapport à la même période de l'année précédente. Ces prix supérieurs à la moyenne entravent particulièrement l'accès à une alimentation suffisante pour les personnes déplacées dans l'est de la RDC, qui ont perdu l'accès à leurs sources de revenus habituelles.

    Figure 2

    Évolution des prix nominaux de la farine de maïs sur les principaux marchés de l'est de la RDC, janvier 2021-mai 2023 (CDF)
    Évolution des prix nominaux de la farine de maïs sur les principaux marchés de l'est de la RDC, janvier 2021-mai 2023 (CDF).

    Source: FEWS NET

    Les violences pré et post-électorales : Durant cette année électorale, la situation politique ne cesse de se détériorer. Alors que certains partis politiques tentent de boycotter le processus électoral, l’accusant d’insuffisances techniques et de manque de clarté. Certains observateurs notent que cette situation présage des contestations avant ou après les élections qui pourraient perturber les moyens d’existence des populations notamment celles dans l’Est du pays, meurtries par des années de conflits.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    En ce mois de juin 2023, les récoltes de la saison agricole B dans le Nord-Est et le Centre-Est, bien que jugées inférieures à la normale, ont amélioré la consommation alimentaire des ménages pauvres. Cependant, certains ménages déplacés et ceux qui n’ont pas eu accès à la terre pour diverses raisons, doivent recourir au marché pour s’approvisionner en nourriture. Ces derniers font usage des stratégies d’adaptation qui leur permettront de générer un revenu et accéder à la nourriture sur les marchés locaux. Certains autres dépendront de la main d’œuvre agricole en cette période de récolte et d’autres feront recours à d’autres opportunités économiques possible dans les deux zones (petit commerce et vente précoce du bétail, entre autres). De nombreux ménages sont cependant contraints de faire usage des stratégies de crise liées à la consommation alimentaire comme la consommation des aliments moins chers et moins préférés, la réduction du nombre de repas voire la réduction des portions consommées ou encore la diminution d’autres dépenses essentielles comme la santé ou l’éducation. Ainsi, les ménages en zones de conflits et de catastrophes naturelles (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, une partie du Kasaï, du Maniema et du Tanganyika) qui n’arrivent pas à résorber leur déficit de consommation alimentaire restent en Crise (Phase 3 de l’IPC). Dans certains hotspots des conflits en Ituri et au Nord Kivu, une augmentation des personnes en phase d’Urgence (Phase 4 IPC) est observée. Bien que la production soit estimée en dessous de la normale dans la plupart du pays, les récoltes de juin, dédié notamment à l’autoconsommation, seront assez pour couvrir les besoins alimentaires des ménages dans la plupart du centre et du nord du pays. De plus, les revenues liées aux activités minières et au petit commerce seront assez pour garantir les besoins alimentaires des ménages qui restent dépendant des marchés, notamment dans les zones urbaines. La plupart du pays restera alors en Stress (Phase 2 de l’IPC). En revanche, les ménages de la zone Nord (Haut-Uele, Bas-Uele, Tshopo et Nord-Ubangi) dans une situation de stabilité sécuritaire et qui arrivent à couvrir leurs besoins alimentaires et non alimentaires sans engager des stratégies sont en Minimale (Phase 1 de l’IPC). 


    Calendrier saisonnier pour une année typique
    Calendrier saisonnier pour une année typique.

    Source: FEWS NET

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de juin 2023 à janvier 2024 année se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    Conflits et mouvements des populations : Malgré une accalmie relative entre le M23 et les FARDC, un retour sporadique des hostilités est attendu car le M23 vise à renforcer et consolider ses positions. Tout au long de la période de projection, le M23 continuera à lancer des attaques sur l'axe de Saké-Goma afin forcer les négociations avec le gouvernement. Les violences et exactions des rebelles et des milices dans le Nord Kivu et l'Ituri sont susceptibles d'atteindre des niveaux élevés au cours de cette période de projection. Cette situation pourra continuer à déplacer les populations qui pourront être coupées de leurs moyens d’existence. Au Sud-Kivu, le contexte sécuritaire devrait rester très instable, avec la poursuite des affrontements, des violences et des attaques des groupes armés contre les populations locales, provoquant de nouveaux déplacements. À l'approche de la période électorale prévue en décembre 2023, le niveau de violence devrait être plus élevé qu'au trimestre précédent.

    Dans le Bandundu, les niveaux de violence intercommunautaire Yakar et Teke va probablement persister dans les prochains mois sur fond d'attaques répétées, perturbant la reprise attendue des activités agricoles de la principale saison agricole A. Les moyens de subsistance dans les zones environnantes continueront d'être affectés en raison de l'imposition de couvre-feux à l'échelle de la province et des restrictions de mouvement, en particulier le long de la route nationale (RN1).

    Dans la Tshopo, la présence limitée des forces de sécurité dans la province a contribué à une stabilité du conflit entre les communautés Mbole et Lengola, mais avec un risque de réescalade au cours de la période électorale de décembre.

    Conjoncture économique : Les prix des principaux produits miniers exportés par la RDC à savoir le cuivre, le cobalt, l’étain, l’or, l’argent et le tantale seront en baisse de 2 à 3 pour cent au cours des prochains mois. De plus, la monnaie nationale continuerait sa dépréciation jusqu’en janvier 2024.

    Figure 3

    Prix observé et projeté de la farine de maïs jaune à Kinshasa, RDC
    Prix observé et projeté de la farine de maïs jaune à Kinshasa, RDC.

    Source: FEWS NET

    Catastrophes naturelles :  A la suite du manque de planification territoriale et l’incapacité du gouvernement à reloger les ménages se trouvant dans les sites à risque, les catastrophes naturelles pourraient continuer pendant la période pluvieuse (de septembre 2023 à janvier 2024) et impacteraient les moyens d’existence des milliers des ménages.

    Main d’œuvre temporaires et salariés : La main d’œuvre non agricole, notamment dans les mines, pourra connaître une diminution de revenus dans les zones minières, principalement dans le Sud-Est du pays (Provinces de Lualaba et Haut Katanga) en raison de la détérioration des cours mondiaux des matières premières, notamment le cuivre et le cobalt. Compte tenu de la baisse de production agricole, les revenus tires de la main d’œuvre agricole restera en dessous de la moyenne. En outre, dans la partie est du pays, la main d’œuvre non agricole pourra diminuer sensiblement suite à l’activisme des groupes armés et leurs occupations des carres miniers. Cette situation pourrait donc diminuer sensiblement la disponibilité de la main d’œuvre agricole notamment pour les ménages pauvres.

    Travaux temporaires agricoles : Sur la base des tendances récentes sur les mouvements des populations dans les zones de conflits qui font plusieurs déplacés en cette période de récoltes saisonnières, l’offre de main d’œuvre des ménages pauvres déplacés dans les provinces de l’Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu sera au-dessus de la normale dans un contexte de demande en baisse. Cette tendance devra se poursuivre au démarrage de la prochaine saison culturale A.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    De juin à septembre 2023, les récoltes de la saison B dans le Nord-Est et le Centre-Est auront lieu alors que dans la zone Sud-Est unimodale, ça sera la période post récolte. Dans les zones qui ne sont pas affectées par les conflits, ces récoltes vont améliorer la disponibilité alimentaire et ainsi favoriser la consommation alimentaire des ménages agricoles de ces zones. En revanche, dans les zones de conflits, des ménages déplacés et ceux n’ayant pas eu accès à la terre rencontreront des difficultés pour s’approvisionner en nourriture et dépendront de l’achat au marché. Les provinces qui subissent une forte insécurité et des catastrophes naturelles diverses (Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tanganyika, Kasaï, Kasaï Central, Maniema et Haut-Katanga) resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC) à la suite des chocs de ces crises sur les moyens d’existence de ménages. Dans certains hotspots des territoires de Djugu et Rutshuru, une augmentation des personnes en Urgence (Phase 4 IPC) sera observée. Le reste des provinces dans l’Est du pays sera en Stress (Phase 2 de l’IPC) et les provinces du nord restent en Minimale (Phase 1 de l’IPC).

    La période d’octobre 2023 à janvier 2024 comprend la reprise des travaux agricoles de la saison A et le pic de la soudure en novembre. À ce stade, beaucoup des ménages auront déjà épuisé leurs stocks alimentaires de la précédente saison de production inférieure à la normale. Ces ménages auront une forte dépendance au marché comme source d’approvisionnement en nourriture. Cette situation va s’observer jusque mi-décembre et pourra être atténuée par les récoltes vertes de la saison A en janvier. Ainsi, les ménages déplacés et ceux n’ayant pas participé à la campagne agricole, déjà vulnérables à l’insécurité alimentaire, devront poursuivre l’utilisation de stratégies d’adaptation négatives telles que la réduction du nombre de repas et la consommation des aliments moins chers et moins préférés. En l’absence de l’assistance humanitaire suffisante, les zones de conflits et celles qui connaissent des déplacements des populations (Sud-Kivu, Nord-Kivu, Tanganyika, Ituri, Kasaï, Kasaï Central, Maniema et Haut Katanga) resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC). Dans certains hotspots des conflits en Ituri et au Nord Kivu, une augmentation des personnes en phase d’Urgence (Phase 4 IPC) est attendue.

    En revanche, les ménages de la zone Nord (Haut-Uele, Bas-Uele, Tshopo et Nord-Ubangi) qui ont régulièrement cultivé au fil des saisons agricoles arrivent à constituer des stocks de nourriture leur permettant de passer une soudure normale, en attendant les récoltes de la prochaine saison. Ces derniers sont à l’abri des déficits de consommation alimentaire et vivent dans une ambiance de stabilité sécuritaire et arrivent à couvrir leurs besoins alimentaires et non alimentaires sans engager des stratégies. Leurs sources de revenus n’auront pas beaucoup changé. Ces zones sont en Minimale (Phase 1 de l’IPC) . Cependant, les ménages du Centre-Est, qui dans une bonne partie de la zone, sont en situation post-conflits continuent à cultiver et à dépendre de leur propre production sur une bonne partie de la période de soudure leur permettant d’avoir une consommation alimentaire minimalement adéquate avec par moments, l’usage des stratégies négatives. Ces ménages sont en Stress (Phase 2 de l’IPC).

    Tableau 1

    Tableau 1. Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable

    Zone Événement Impact sur les conditions de la sécurité alimentaire
    National Détérioration de la situation politique et sécuritaire globale à la suite des échéances électorales En cas de la détérioration globale de la situation pré ou post-électorale, un embrasement général sera attendu qui sera marqué par des manifestations publiques. Cela pourrait immobiliser les l'activités économiques dans les centres urbains, notamment les sources de revenus liés au transport et petits commerces, entre autres, et conduire à l’augmentation probable de population en Stress (Phase 2 de l’IPC) et Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les centres urbains.
    Augmentation des catastrophes naturelles dues aux perturbations des pluies dans les zones de l’Est et de l’Ouest Ceci limiterait la production agricole normale et réduira les flux des produits locaux dans le pays. Une augmentation de zones en Crise (Phase 3 de l’IPC) sera probable dans les zones de déficits pluviométriques.
    Ituri, Nord Kivu, Sud Kivu, Tanganyika, Espace Bandundu, Kasaï La baisse d’intensité des conflits armées et reddition importante des groupes armés en réponse aux initiatives de paix en cours La réussite des processus de paix en cours dans la région conduirait à une réduction des nouveaux déplacements et favoriserait des mouvements de retour progressifs des populations dans leurs villages d’origine. Cette situation pourrait augmenter la participation des ménages aux activités agricoles et à d’autres moyens d’existence et par conséquent, améliorerait l’accès alimentaire et les sources de revenus des ménages pauvres.
    Augmentation de conflits dans l’Est du pays Une augmentation de l’intensité de violence dans l’est du pays continuera à provoquer des déplacements massifs de populations. Si les conflits augmentent pendant la période agricole de la saison A, cela diminuera de plus la participation de la population dans les activités agricoles, et engendra une augmentation de populations en Crise (Phase 3 de l’IPC). Djugu et Rutshuru, qui ont déjà une augmentation de populations qui font face a l’Urgence (Phase 4 de l’IPC) détérioreront en situation d’Urgence (Phase 4 de l’IPC)

     

     


    Zone de préoccupation: Zone de moyens d’existence agriculture des hautes terres du Nord-Est (CD14) du territoire de Djugu dans la province d’Ituri

    Situation actuelle

    Situation sécuritaire et mouvements des populations : La situation sécuritaire dans le territoire de Djugu s’est très dégradée et reste préoccupante. En dépit d’une accalmie observée au début de cette année 2023, il y a eu de plusieurs exactions et attaques contre les populations civiles par les groupes armés CODECO et ZAIRE, y compris sur les sites de personnes déplacées. Le mois passé, des dizaines des déplacés ont été massacrés dans les camps par les miliciens de CODECO en représailles à leurs adversaires de la milice ZAIRE. Cette situation continue d’entraîner d’importants mouvements des populations. Selon OCHA, le territoire de Djugu compte au total 687 869 PDI et 240 000 personnes retournées en mai 2023. Selon les alertes sur les mouvements des populations, le territoire de Djugu a enregistré 273 137 personnes nouvellement déplacées et 47 699 nouvellement retournées depuis le début de cette années 2023. La commission mouvement des populations a inventoriée 160 953 PDI dans les camps dans ce territoire en date du 12 mai dernier. Ces populations qui se déplacent abandonnent leurs moyens d’existence et sont menacés par l’insécurité alimentaire. Selon les données de l’inspection de l’agriculture, durant les trois dernières années, le nombre de ménages agricoles a diminué de 27 pour cent. Beaucoup de PDI vivent en familles d’accueil, dont les membres sont essentiellement des retournés, ne disposant pas de moyens suffisants pour la prise en charge de ces personnes déplacées.

    Figure 4

    Carte de référence du territoire de Djugu
    Carte de référence du territoire de Djugu.

    Source: FEWS NET

    Saison agricole : Selon l’inspection provinciale de l’agriculture, les entités administratives du territoire ont procédé à des estimations différentes du niveau de production perdu pour la saison agricole B 2023 perdue. Dans certaines entités, notamment la collectivité de Banyali Kilo, la chefferie de Ndoo Okebo et la chefferie de Malendi, les ménages agricoles n’avaient pas du tout pu accéder à leurs champs. Cependant, dans Secteur Walendu Pitsi, Collectivité de Bahema Bajere, Collectivité de Bahema Baguru et Collectivité de Walendu Tatsi, entre 60 à 70 pour cent de ménages agricoles ont cultivé cette saison à la suite de l’accalmie relative dans cette zone.

    Dans les zones où les ménages avaient pu cultiver, les champs sont parfois récoltés par les miliciens et parfois par les militaires de l’armée régulière qui ne reçoivent pas régulièrement leurs rations de survie. Comparées à l’année 2018 avant le début de la crise, les quantités récoltées ont pratiquement diminué de moitié durant ces 4 dernières années. Pour cette saison B, des perturbations climatiques caractérisées par les retards des pluies au démarrage de la saison et une abondance des pluies pendant la période de floraison ont été observées, ce qui a eu d’impacts sérieux sur la production agricole durant cette saison.

    Revenus de ménages : L’agriculture constitue l’activité principale du territoire de Djugu, pratiquée par environ 80 pour cent de la population. Cependant, les champs sont abandonnés à la suite des déplacements de la population. A cela s’ajoute l’insécurité dans les champs pour ceux qui arrivent à cultiver et qui les empêchent de s’y rendre souvent par crainte d’enlèvements et autres exactions. Le pillage des récoltes par les assaillants ne permet plus à cette population de retrouver leur niveau de revenus d’avant l’escalade des conflits dans le territoire. Selon l’inspection de l’agriculture, les effectifs des ménages agricoles ayant participé aux trois dernières campagnes agricoles sont en baisse à la suite des déplacements massifs des populations. Ce qui explique la baisse de la production agricole au fil des campagnes dans le territoire.

    Activités minières : Les miliciens contrôlent un bon nombre des carrés miniers et souvent les atrocités se concentrent autour des sites miniers. Le mois passé, des dizaines des mineurs ont été massacrés dans les carrés miniers en périphérie de la cité minière de Mungwalu par les miliciens de CODECO en représailles à leurs adversaires de la milice ZAIRE. Les informateurs clés sur le terrain dans le territoire de Djugu estiment que plus de 18 pour cent des ménages vivent de l’exploitation minière comme moyen d’existence, contre huit pour cent avant la crise actuelle, selon l’évaluation de la sécurité alimentaire en situation d’urgence (EFSA) de 2018. Étant donné que l’accès aux champs est devenu difficile à la suite de l’insécurité, des nombreuses personnes se sont engagées dans les activités minières contrôlées par les groupes armés.

    La compagnie minière Kilo Moto en faillite depuis plusieurs années n’offre plus une garantie de main d’œuvre aux autochtones. Afin de desservir les populations de la ville de Bunia et de ses environs, elle se limite à fonctionner sur les taxes prélevées sur les surfaces exploitées et les revenus tirés de l'énergie hydroélectrique produite en propre.

    L’élevage : Même si la vente des produits agricoles reste la principale source de revenus de l’ensemble des ménages de la zone CD11 (sols volcaniques agricoles de Rutshuru), le petit élevage constitue un complément sur de revenus pour les ménages pauvres de la zone. Toutefois, l’élevage a été sérieusement affecté par le conflit et les exactions multiples des groupes armés dans ce territoire. À la suite du conflit, plusieurs têtes de bétail ont été pillées, et la plupart des éleveurs de grands bétails ont migré vers le territoire d’Aru et la province voisine du Haut-Uele plus stables.

    Selon l’inspection provinciale de l’élevage, depuis le début du conflit en janvier 2019 jusqu’ à ce jour, plus de 80 pour cent des caprins ont été décimés et l’aviculture a été systématiquement pillée. Seuls les porcins subsistent encore dans le territoire car pour des raisons mystico-religieuses, les miliciens ne s’approchent pas des porcs. Cependant, le territoire est touché de la peste porcine depuis près de 5 ans. L’inspection provinciale estime à plus de 12 pour cent des animaux perdus durant les deux dernières années à la suite des épizooties.

    Evolution des activités de pêche sur le lac Edouard : Toute la partie Est de Djugu est bordé par une zone littorale longeant le lac Albert. Selon les statistiques de l’inspection provinciale de la pêche, l’activité de pêche est en recrudescence de 57 pour cent depuis 2010. L'insécurité et l'activisme des groupes armés qui promeuvent la pêche illicite sur le lac Edouard grandissent, tout comme la marine ougandaise le non-respect de la frontière maritime en traquant et en procédant à des arrestations répétées de pêcheurs congolais. En réponse à cette situation, les autorités provinciales de l’Ituri avaient mis sur pied un organe chargé de surveillance sur le lac mais cet organe peine à fonctionner. Cette situation est à la base de la rareté des produits de pèche sur les marchés locaux.

    Fonctionnement des marchés et flux commerciaux : Les flux commerciaux a été complètement perturbé car les gens ne peuvent plus se déplacer à une distance de plus de 2 km de leurs villages respectifs à la suite de l’insécurité et aux exactions des groupes armés. Les marchés de Kpandroma, Bule et Linga fonctionnent de façon hebdomadaire encore mais à faible fréquentation et pour y accéder, chaque personne est tenue de payer une taxe de 2.000Fc aux miliciens. Les routes d’approvisionnement sont aussi insécurisées par les miliciens. Les prix des principaux produits alimentaires et du carburant ont augmenté, tandis que les revenus des ménages ont fortement baissé à la suite des conflits. L'accès à la nourriture devient donc de plus en plus difficile, notamment pour les ménages pauvres.

    Assistance humanitaire : Selon les statistiques du cluster sécurité alimentaire, en Ituri, au 1er trimestre de l’année 2023, la réponse humanitaire en sécurité alimentaire a atteint 276 273 personnes, soit 10 pour cent de la population de la province avec un ration qui couvre presque 30 pour cent de leurs besoins. Cependant, dans le territoire de Djugu durant la même période, seuls 8,7 pour cent de ces personnes ont été atteints par les différentes d’interventions d’assistance alimentaire. Ceci représente 15,1 pour cent de l’ensemble du territoire de Djugu. Des gaps énormes sont encore observés dans la couverture des besoins des personnes ciblées. Les réponses se focalisent sur les nouveaux déplacements mais parfois de problèmes d’accès physique et sécuritaire sont aussi notés.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    La crise prolongée et ses nombreuses conséquences sur le territoire de Djugu ont modifié les différentes sources de nourriture avec une forte dépendance de l’achat au marché qui limite l’accès alimentaire aux ménages qui dans l’ensemble ont perdu leurs sources de revenus, conservant ainsi leur déficit de consommation. Les mouvements des populations et les faibles performances enregistrées au cours des dernières saisons agricoles n’ont fait qu’exacerber la situation de la consommation alimentaire qui se détériore au fil des années à la suite de la poursuite des conflits et aux déplacements des populations.

     L’activité agricole constitue la principale source de revenus à travers la vente des produits agricoles vers Bunia et d’autres centres de consommation. Cependant, des violences et des exactions causées par les groupes armés ont eu de fortes impactés négatives sur tous les moyens d’existences. Ainsi, certains ménages utilisent des stratégies de crise qui conduisent à l’épuisement des actifs non productifs et d’autres font recours aux stratégies d’urgence, souvent irréversibles et dommageables. Des informants clés signalent que certaines activités inhabituelles comme les vols dans les champs, la mendicité et l’appui aux groupes armés (sexe de survie auprès des miliciens, informateurs et trafiquants illicites, entre autres) ont augmenté et sont utilisée comme stratégie de survie.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de juin 2023 à janvier 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    Conditions climatologiques : Selon les modèles de prévision, les précipitations moyennes sont les plus probables pour cette zone. La saison des pluies bimodale en RDC devrait commencer à temps en septembre avec des niveaux de précipitations inférieures à la moyenne au début de la saison.

    Production agricole : Tenant compte de la présence des groupes armes et des exactions commises par ceux-ci, plusieurs ménages se sont déplacés durant la saison agricole passée. Le nombre des ménages s’occupant de l’agriculture continuera de diminuer dans le territoire de Djugu et la production agricole déjà inférieure à la moyenne poursuivra sa baisse   notamment pendant la saison agricole A en septembre.

    Petit commerce transfrontalier : L’activisme des groupes armés va continuer de limiter la circulation des personnes et des biens sur les routes et sur le lac. Cette situation pourra continuer à impacter négativement les moyens d’existence des ménages pauvres qui vivent du commerce informel.

    Main d’œuvre agricole et non agricole : Avec la présence massive des déplacés disséminés dans les agglomérations urbano-rurales notamment Bunia, les travaux temporaires dans les champs devraient constituer une des principales sources des revenus de ces personnes en déplacement. Cependant, l’accès aux champs reste très limité à la suite des exactions des groupes armés.

    Mouvements des populations : En raison de la violence des milices contre les populations susceptible de se poursuivre toute la période de projection du fait des limites des opérations et les objectifs de l’état de siège décrétée en Ituri, les mouvements de populations se poursuivront également. Les exactions contre les populations civiles par les groupes armés pourront continuer d’autant plus que les miliciens de CODECO et ZAIRE sont réfractaires au processus de paix de Nairobi. En outre, ces groupes armés sont constitués de plusieurs groupuscules ne pouvant pas être concilier pour une paix durable. Par ailleurs, le mécanisme de démobilisation et réinsertion prévu par le gouvernement, piétine par manque de financement et de stratégie adéquats. Aucune voie viable n'a été tracée pour favoriser le retour des populations vers leurs localités de provenance.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Entre juin et septembre 2023, la consommation alimentaire des ménages pourrait s’améliorer avec les faibles récoltes de la saison agricole B. Cependant, vu que le niveau de stock sera très bas au niveau des ménages, le nouvel accès aux aliments ne pourra durée qu’un mois et demi. Au cours de cette période, dans la mesure où beaucoup des ménages en déplacement n’ont pas pu cultiver leurs champs, et l’assistance alimentaire n’est pas suffisant, cette zone restera en situation d’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Entre septembre 2023 et janvier 2024, la consommation alimentaire pourra se détériorer avec la soudure agricole qui s’installe. Avec l’accentuation de l’insécurité dans la zone, les ménages déplacés n’auront pas accès à leurs moyens d’existence et ces ménages dépendront de l’assistance alimentaire qui malheureusement ne pourra pas couvrir tous les besoins. La plupart des ménages resteront dans l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC). Toutefois, dans les zones de santé qui connaissent des grands mouvements des populations, notamment Mangala, Drodro, Damas, Mungwalu, Fataki, Bambo, Lita et Nizi, une minorité des ménages qui ont perdus toutes leurs biens productifs et n’ont pas pu s’occuper de l’agriculture du tout seront en Urgence (Phase 4 de l’IPC).


    Zone de préoccupation: Zone de moyenne d’existence sols agricoles volcaniques de Rutshuru du Nord-Kivu (CD11) du territoire de Rutshuru

    Situation actuelle

    Situation sécuritaire et mouvement des populations : Le territoire de Rutshuru est affecté par une crise prolongée liée aux conflits armés entre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et le Mouvement du 23 mars (M23) qui a eu un impact considérable sur la population. Malgré une accalmie relative observée depuis l’arrivée des forces régionales de l’EAC (Eastern African Community) et le retrait du groupe M23 de certaines zones jadis sous son contrôle, des affrontements et les attaques sporadiques des groupes d’autodéfense (Wazalendo, Nyatura et APCLS, entre autres) continuent. Les zones de santé de Rwanguba, Rutshuru et Binza sont les plus affectées. Cependant, les zones de santé de Birambizo et une partie des zones de santé de Kibirizi ont été épargnées. La localité de Kanyabayonga en territoire de Lubero et la collectivité chefferie de Bwito constituent de ce fait les zones d’accueil des déplacés. Toutefois, selon OCHA, dans les zones de santé de Rwanguba et Rutshuru, 45 pour cent de la population, soit environ 145 000 personnes qui s'étaient déplacées sont retournées dans leurs villages. De plus, au moins 26 500 autres personnes qui avaient fui leurs villages dans la zone de santé de Birambizo entre novembre et décembre 2022 sont retournées dans leurs localités de provenance, selon une récente évaluation de l'ONG HEKS/EPER.

    Figure 5

    Carte de référence du territoire de Rutshuru
    Carte de référence du territoire de Rutshuru.

    Source: FEWS NET

    Conditions agro climatologiques : Sur certains endroits du territoire, telle que dans la chefferie de Bwito, des pluies torrentielles ont détruit les cultures en pleine croissance. Dans la partie Est du territoire, il y a eu une saison sèche prolongée jusque mi-mars 2023, période coïncidant avec le semis, ce qui a retardé les activités de plantations dans la zone.

    Progrès saisonnier : Le territoire de Rutshuru dans cette zone est en période de récolte de la saison agricole B. Toutefois, cette saison agricole qui a démarré en période de déploiement des forces régionales de l’EAC et le retour timide des déplacés, a connu une faible participation des ménages à la campagne agricole qui ont cultivé sur environ 33 pour cent de terres habituellement emblavées. Certains ménages qui sont restés dans la zone et qui ont pu cultiver pourraient s’attendre à de faibles récoltes dues à une petite surface emblavée (environ un tiers de la normale) compte tenu de l’inaccessibilité aux champs par crainte des représailles ou des violences de la part des acteurs dans les conflits. Dans les zones occupées, la population fait des récoltes précoces de peur d’être totalement pillées par les rebelles.

    Cette zone était une zone excédentaire pour le maïs, le haricot et approvisionnait les villes de Goma, Bukavu et parfois les villes de l’ouest et du centre de la RDC. Les excédents pour le sorgho, le soja, et les bananes étaient exportées vers le Rwanda et l’Ouganda. Actuellement, en raison du conflit prolongé et de ses répercussions, le niveau de production agricole ne permet pas de générer un approvisionnement suffisant pour la région ou d'exporter vers ses voisins. Par conséquent, les récoltes ne peuvent plus couvrir les besoins de la population.

    Moyens d’existence et accès à la terre : Actuellement, en raison du conflit prolongé et de ses répercussions, le niveau de production agricole ne permet pas de générer un approvisionnement suffisant pour la région ou d'exporter vers ses voisins. Par conséquent, les récoltes ne peuvent plus couvrir les besoins de la population. L’accès à la terre dans le Rutshuru avec des coûts de location de plus en plus élevés (400 $>Ha et par saison agricole) reste une préoccupation agricole majeure. Cette source est suivie par la vente des produits d’élevage qui se fait aussi de façon précoce du fait de la cohabitation difficile avec les animaux sur les sites des déplacés. Des ménages des territoires de Rutshuru, essentiellement agriculteurs (75 pour cent), connaissent des limitations d’accès voire des pertes de leurs sources de revenus. Les difficultés d’accès à leurs champs, ont considérablement réduit les revenus des agriculteurs. 

    Fonctionnement des marchés et prix alimentaires : Le marché local est perturbé avec la forte demande issue de la présence des déplacés dans le territoire de Rutshuru et également à Nyiragongo dans un contexte des faibles disponibilités alimentaires face à une demande croissante. Les prix des produits de base comme les haricots blancs, la farine de maïs blanc, l’huile de palme, et l’huile végétale sont supérieurs de 28 pour cent à ceux de la même période de l’année passée et 82 pour cent à la moyenne quinquennale. Ceci est dû au manque de liaison entre les bassins de production notamment Beni, Walikale et la ville de Goma. Cette perturbation des marchés locaux est occasionnée par l’instabilité due à l’insécurité que connaît ce territoire depuis la résurgence du M23 en mars 2022, au mauvais état des routes de desserte agricole, aux pillages des cultures dans les zones occupées, à l’abandon des champs à cause des conflits.

    Disponibilité de la main d’œuvre agricole : Avec une population estimée à 1,746,000 habitants et une superficie d’environ 5,289 km2 soit une densité moyenne d’environ 330 hab./km², le territoire de Rutshuru présente plusieurs contraintes qui limitent la superficie des terres cultivées et créent un surplus de main-d'œuvre, en particulier dans sa partie est et ouest. La demande de la main-d'œuvre est plus élevée pendant la période de la préparation du sol, plantation, désherbage et récolte. Avec les conflits actuels et les multiples déplacements de la population, la main d’œuvre est plus élevée dans les zones d’accueil tandis que dans les zones de provenance, la main d’œuvre est inferieure par rapport à la normale.

    L’élevage : Le territoire de Rutshuru est une zone agricole, mais associe également de l’élevage. Jadis, certains ménages vivaient de l'élevage de gros bétail (bovins), du petit bétail (chèvres, moutons et porcs) et de la volaille (poules et canards) possédés principalement par les ménages pauvres. Selon la division provinciale pêche et élevage, avant le conflit, le territoire regorgeait environs 20 160 têtes de bovins, 12 381 têtes de caprins et 9 009 têtes de porcs avec 54 pâturages opérationnels. Cependant avec ce conflit, les exactions des milices armées occasionnent le vol et l’abattage non organisé de bétail par des belligérants en conflits. L’explosion des zoonoses telles que la fièvre aphteuse et la peste des petits ruminants, le manque des produits vétérinaires et la spoliation des pâturages et piste d’abreuvement ne facilitent pas une bonne production animale dans la zone et par conséquent menace la sécurité alimentaire des ménages. La pratique de la destruction du cheptel bovin par les forces combattantes, dont le dernier cas s'est produit en avril 2023 sur l’axe Tongo-Kalengera, utilise la stratégie d’anéantir l’ennemi en réduisant ses moyens d’existence (sa richesse).

    Situation nutritionnelle : Les données actualisées sur la situation nutritionnelle dans le territoire de Rutshuru ne sont pas disponibles. Cependant, une enquête nutritionnelle réalisée en avril 2023 auprès des déplacés se trouvant dans les sites de déplacés de Nyiragongo révèle une prévalence de 10,2 pour cent de la malnutrition aigüe globale (avec 1,9 pour cent pour la malnutrition aigüe sévère). Il existe des apports alimentaires inadéquats, non-variés et non-fortifiés et pour les enfants de moins de 2 ans, d’une alimentation de complément insuffisante en qualité et en quantité. Actuellement, plusieurs partenaires humanitaires interviennent dans la prise en charge des personnes atteintes de la rougeole dans les sites de personnes déplacées de la ville de Goma et du territoire de Nyiragongo. Selon OCHA, la plupart de ces partenaires risquent de devoir mettre fin à leurs interventions d'ici fin juin 2023 en raison d'un manque de financement. Cette situation est critique et nécessite une mobilisation urgente des ressources pour éradiquer la maladie, qui risque d'entraîner une augmentation des cas de malnutrition chez les enfants, en particulier dans les sites de personnes déplacées.

    Assistance humanitaire : L’assistance humanitaire reste globalement inferieure aux besoins sur terrain. Sur les 77 millions de dollars attendus, seulement 27 millions ont été mobilisés (soit 35 pour cent) pour la réponse humanitaire aux personnes en situation de déplacement, à la suite de la crise M23. Du 1er au 15 mai, le Programme alimentaire mondial (PAM) et ses partenaires World Vision et CARITAS ont fourni de la nourriture à plus de 70 400 personnes déplacées vivant dans les sites de Bulengo et Rusayo, en territoire de Rutshuru.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    Dans un  contexte humanitaire actuel complexe caractérisé par la présence des déplacés internes  et des retournés faiblement assistés,  , dans les territoires de Rutshuru et Nyiragongo, les récoltes de la saison B viennent améliorer la consommation alimentaire des ménages  et  les disponibilités alimentaires de la zone.  Cette amélioration sera de courte durée du fait que les stocks saisonniers pourront s’épuiser  dans Les deux prochains mois, après le début des récoltes.. En effet, la production de la saison agricole B en cours, ne pourra pas couvrir les besoins alimentaires des ménages du fait de la faible participation à la campagne agricole due aux déplacements des populations, qui n’ont pas permis aux ménages de compter sur leur propre production. La hausse des prix observée du fait de l’inaccessibilité à la suite des mauvais états des routes, l’interdiction des circulations, les multiples barrières érigées sur le passage et le nombre croissant des personnes en besoin qui fait augmenter la demande face à une offre insuffisante. Bref le manque de production pour certains ménages n’ayant pas eu accès à la terre a rendu la situation encore plus difficile. Ces derniers sont obligés de faire recours à quelques stratégies d’adaptation pour accéder à la nourriture, y compris accepter du travail journalier à des prix dérisoires.

    Changement dans les moyens d’existence : Les ménages des territoires de Rutshuru et Nyiragongo, dont 75 pour cent sont agriculteurs, face aux chocs subits, connaissent des limitations d’accès voire des pertes de leurs sources de revenus. Ces difficultés d’accès à leurs champs ont considérablement réduit leurs revenus des agriculteurs. 

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de juin 2023 à janvier 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    Production agricole : La pluviométrie soit annoncée favorable dans ce territoire pour la saison agricole A 2023-2024, malgré une saison agricole précédente (saison B) globalement moins performante. Comme elle avait démarré dans un contexte des hostilités généralisées entre la rébellion du M23 et l’armée gouvernementale FARDC, une production inférieure à la normale s'en est suivie, rendant ainsi de l’accès des ménages aux semences pour la prochaine saison agricole un défi majeur à relever. Cette situation présage des difficultés d’accès à la nourriture durant la période de projection dans ce territoire jadis considéré comme le grenier de la région Est.

    Fonctionnement des marchés et prix des denrées : Compte tenu de la production agricole de la saison actuelle B attendue inférieure à la moyenne dans cette zone en ce mois de juin 2023, les disponibilités seront faibles. Les prix des aliments de base augmenteront dans l’ensemble du territoire et tout au long de la période de projection, et resteront supérieurs à la moyenne quinquennale avec des fluctuations atypiques comparées à la même période de l’année précédente.

    Petit commerce : La réduction des flux commerciaux liés au petit commerce transfrontalier et informel, ainsi que la fermeture des principaux axes routiers, ont profondément perturbé les moyens d'existence et les revenus des milliers des ménages qui vivaient de ces activités commerciales.

    Assistance humanitaire : La situation humanitaire dans le territoire de Rutshuru demeure préoccupante avec un accès sensiblement limité des acteurs humanitaires. En outre, le plan de réponse humanitaire de OCHA de la crise Rutshuru - Nyiragongo - Lubero - Goma n’avait reçu que 37 pour cent des fonds requis (soit 27 millions sur plus de 77 millions de dollars américains attendus) pour assister les personnes dans le besoin alors que le conflit continue ainsi que les mouvements des populations. Dans ce contexte de manque de fonds, les acteurs humanitaires ne seront pas en mesure d’apporter une assistance suffisante aux ménages en déplacement et aux familles d’accueil.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    De juin à septembre 2023 : Pendant cette première période de scenario, caractérisée par le début de la récolte de la saison agricole B, les ménages qui ont cultivé dépendront de leur propre production sur une très courte période (plus ou moins 1 mois par rapport à la normale, 3 mois) pour satisfaire leurs besoins alimentaires et non alimentaires par la vente de leur production. Les autres ménages essentiellement constitués des déplacés et retournés effectueront des travaux journaliers (paiement cash) auprès des autres pour se procurer un revenu et accéder à la nourriture, en plus de leur dépendance à l’assistance alimentaire (paquet de retour). Ainsi donc, la situation de la sécurité alimentaire dans ce territoire restera en Crise (Phase 3 de l’IPC) avec une frange des personnes (moins de 20%) en situation d’Urgence (Phase 4 de l’IPC).

    D’octobre 2023 à janvier 2024 : Cette deuxième période de scenario sera plus difficile en termes de consommation alimentaire avec la grande soudure de la saison A, dont le pic est attendu en novembre. L’accès alimentaire sera plus difficile dans un contexte de production consécutivement inferieures aux saisons précédentes et à la moyenne des cinq dernières années. La plupart des ménages resteront dans l’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC). Certaines zones de santé comme Rwanguba, Rutshuru et Jomba qui ont été affectés lors du début des affrontements et n’ont pas pu s’occuper de l’agriculture pourraient avoir des populations en Urgence (Phase 4 de l’IPC), mais qui n’atteindront pas les 20 pour cent de la zone analysée.

    Citation recommandée: FEWS NET. RDC Perspectives sur la sécurité alimentaire juin 2023 : Besoins en assistance alimentaire concentrés dans les zones de conflits de l’Est, 2023.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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