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L'intensification des conflits à l’est et les inondations à l’ouest exacerbent l’insécurité alimentaire des ménages

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • République démocratique du Congo
  • Février - Septembre 2024
L'intensification des conflits à l’est et les inondations à l’ouest exacerbent l’insécurité alimentaire des ménages

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  • Messages clé
  • Contexte national
  • Résultats actuels de la sécurité alimentaire
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire
  • Évènements qui pourraient changer les scenarios
  • Zone de préoccupation: Province du Nord-Kivu/Territoire de Lubero/CD12 (forêt – cultures et produits) (Figure 2)
  • Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire
  • Messages clé
    • Depuis le dernier trimestre 2023, la multiplication des attaques menées principalement par les groupes armés les rebelles M23, les ADF, le CODECO et les milices Mobondo ont élevé un niveau de violences, occasionnant de nouveaux déplacements des populations. Avec l’arrivée des troupes de la SADEC en renfort à l’armée nationale, une augmentation de violences est attendue et par conséquent des mouvements des populations supplémentaires. Selon OCHA, plus de 10 millions des personnes sont déjà touchées par ces mouvements incluant les déplacés internes, les retournés et les ménages d’accueil. Ces personnes éprouvent une limitation d’accès à leurs sources typiques de nourriture et de revenus. Les zones les plus impactes par la crise sécuritaire à l’est du pays restent en Crise (Phase 3 de l’IPC).
    • En plus des effets conjugués de l’insécurité et des mouvements des populations, les deux dernières saisons agricoles ont connu une pluviométrie excessive supérieure à la normale causant ainsi des inondations, des éboulements de terres cultivées, des destructions des actifs pour des milliers de ménages, avec des infrastructures endommagées. Selon le gouvernement congolais, environ un demi-million de ménages ont été touchés et 400 mille hectares de terres cultivées détruits dans 18 des 26 provinces du pays, ce qui représente environ 3.5 pour cent de terres cultivées. 
    • Le franc congolais continue sa dépréciation au cours de l’année 2024. En janvier, cette monnaie a connu une dépréciation hebdomadaire de 1.34 pour cent.  Par conséquent, les prix des principales denrées augmentent de façon inhabituelle sur les marchés en RDC. En janvier 2024, le prix des denrées de base (haricot, farines, huile végétale …) était environ 27 pour cent au-dessus de celui de l’année dernière et 134 pour cent au-dessus de la moyenne quinquennale. Les effets conjugués de la dévaluation de la monnaie locale et de la hausse continuent des prix des produits stratégiques comme le carburant maintiennent les prix des denrées en hausse continue.
    • En ce mois de février 2024, dans une ambiance de reprise des hostilités à l’est du pays, les zones les plus impactées par les conflits sont en Crise (Phase 3 de l’IPC). Dans la cuvette centrale, notamment dans la province de l’Equateur qui a subi des inondations est aussi en Crise (Phase 3 de l’IPC). Les provinces de Sankuru, Tshuapa, Tshopo, Haut-Uele, Bas-Uele, Sud Ubangi, Nord Ubangi, Mongala, Kasaï Oriental, Kasaï Central, une partie du Maniema et Haut-Katanga qui sont stable, et où les ménages ont un meilleur accès à la nourriture, seront en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC), laquelle s’étant sur une vaste partie du pays. Les provinces de l’ouest (Kongo Central, Kwango) et celles du sud-est (Haut Lomami et Lualaba) qui n’ont pas connu des chocs importants et qui n’accusent pas de déficit de consommation alimentaire restera en Minimale (Phase 1 de l’IPC).

    Contexte national

    Situation actuelle

    Conflits et mouvements des populations: Les affrontements se sont intensifiés depuis les deux derniers mois dans les territoires de Masisi et Rutshuru au Nord Kivu entre les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) et les milices Wazalendo appuyées par l’armée nationale. Les nouvelles escalades des violences continuent à occasionner des mouvements des populations tels que selon OCHA, cette crise a engendré plus de 2,5 millions de personnes déplacées internes (PDI). En novembre, la RDC a signé un accord avec la Communauté de Développement de l'Afrique australe (SADC) autorisant le déploiement de 5 000 soldats dans l'est du pays, avec l’arrivée des premières troupes en fin décembre 2023, afin de neutraliser les groupes armés et de protéger les civils et les infrastructures essentielles. En outre, dans la partie nord de la province du Nord-Kivu et de l’Ituri, les Forces Démocratiques Alliées (ADF) ont continué à mener des attaques et des exactions contre les populations civiles, malgré les opérations militaires conjointes des Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et des forces ougandaises (UPDF). Les acteurs de la société civile estiment à environ 800 civils ont été tués au cours de l’année 2023 dans différentes attaques attribuées aux rebelles ADF.

    D’autres parts, les miliciens du Coopérative pour le Développement du Congo (CODECO) et Zaire continuent leurs exactions dans les territoires de Djugu et Mahagi. Selon la société civile locale, au courant de ce mois de janvier 2024, plus de 44 personnes ont été tuées à la suite des attaques de ces miliciens. Depuis janvier, un regain de violences est observé après environ six mois d’accalmie dans cette partie du territoire. OCHA estime à plus d’un million de personnes déplacés disséminés dans les différents sites en Ituri à la suite de ces conflits.

    Dans la partie Sud-Ouest du pays, depuis le mois de décembre, une résurgence de l'activisme des miliciens Mobondos dans la province de Kwilu et Kwango est observé. Au mois de janvier 2024, ces miliciens ont attaqué plusieurs villages où ils auraient tué des dizaines des personnes et incendier des habitations, des écoles et des églises. Depuis fin décembre 2023, ces miliciens avaient réussi à bloquer des passagers sur la route nationale 17 dans le territoire de Kwamouth (Province de Mai-Ndombé), ce qui avait poussé le gouvernement provincial du Kwilu à suspendre, depuis lundi 1er janvier, tout trafic sur la route nationale numéro 17 (RN17). Cette situation a entraîné des conséquences sur la disponibilité des produits alimentaires dans cette région.

    Situation agro-climatologique: Les précipitations au-dessus de la moyenne qui ont débuté en mi-novembre 2023 se sont intensifié jusqu’au mois de janvier 2024, provoquant des inondations majeures dans au moins 18 des 26 provinces du pays. Selon les autorités congolaises, les inondations ont affecté environ un demi-million des ménages et fait près de 300 morts.

    De plus,1 632 417 d’hectares de terres (1,6M) ont été touchés dont environ 400 000 hectares de terres cultivables, avec 282 665 ménages touchés, 221 décès et 625 blessés, selon le Cluster Sécurité Alimentaire et le Ministère des Affaires Humanitaires. Les dégâts matériels comprennent 67 519 maisons détruites, 1528 écoles et 267 centres de santé touchés, et 211 marchés touchés avec 146 kilomètres de route impraticables du fait des inondations. L’ampleur des inondations a été particulièrement intense dans les zones situées le long du fleuve Congo, de l’ouest vers le centre-nord du pays. Les provinces les plus touchées ont été l’Équateur, le Kongo Central, le Lualaba, la Tshopo, le Nord-Ubangi, le Sud-Ubangi, le Tanganyika et le Mai-Ndombe. 

    Dépréciation de la monnaie locale et conjoncture économique: Comme les années antérieures, le franc congolais continue sa dépréciation durant cette année 2024. En effet, la monnaie nationale de la RDC a enregistré un taux à 2.727,48 CDF pour 1 USD au 26 janvier 2024, une dépréciation hebdomadaire de 1,34 pour cent . Cette dépréciation constatée de la monnaie nationale est susceptible d’occasionner une hausse des prix des biens et services sur le marché.

    S’agissant des pesanteurs macroéconomiques, les prix des certains produits miniers exportés par la RDC continuent de baisser sur les marchés internationaux. Le cuivre devrait connaître une baisse de prix considérable de 2.7 pour cent alors que le zinc devrait enregistrer une baisse de prix de 0,65 pour cent selon les experts du gouvernement congolais. En revanche, certains produits miniers exportés par le pays, comme l’étain, l’or, l’argent et le tantale, connaissent une hausse de leur valeur à la tonne. L’étain a gagné 0.63 pour cent de sa valeur alors que l’argent devrait être marchandé à 1,33 pour cent de plus par rapport au mois d’août dernier.  Au regard de cette situation de flambée et de baisse des prix des matières premières susmentionnées, il en ressort une capacité d’auto-équilibrage de la situation économique. Sachant que les matières premières contribuent à plus de 80 pour cent aux recettes d’exportation du pays, la diminution du prix de celles-ci présage des pertes à l’économie du pays. 

    Résurgence des épidémies: La RDC est confrontée à un nombre croissant des cas de choléra dans plusieurs provinces du pays. En effet, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), durant l’année 2023, le pays a enregistré 51 461 cas, soit une augmentation de 34 pour cent t de cas de choléra comparé à l’année 2022. Au courant du mois de janvier 2024, plus de 862 cas ont été signalés dans plusieurs provinces, une augmentation de 45 pour cent de cas comparé à la même période de l’année 2022. Par ailleurs, l’OMS rapporte que sur un total de 13 000 cas de maladie Monkey Pox (variole du singe) détectés dans 22 provinces entre janvier et mi-novembre 2023, 600 personnes sont décédées.

    Fonctionnement des marchés et tendance de prix des denrées de base: Comme les années antérieures, les prix des principales denrées alimentaires montent de façon inhabituelle sur les marchés en RDC (Figure 1). Les effets conjugués de la dévaluation de la monnaie locale et de la hausse continuent des prix des produits comme le carburant maintiennent les prix des denrées de base en hausse continue. En janvier 2024, le prix de denrées alimentaires de base (haricot, farine de maïs, huile végétale et le riz) était environ 27 pour cent au-dessus de celui de l’année dernière et 134 pour cent au-dessus de la moyenne quinquennale. 

    En dépit des baisses saisonnières de prix liées aux récoltes de la saison A, l'insécurité et les coûts de transport élevés perturbent le fonctionnement des marchés et maintiennent les prix des aliments de base au-dessus de la moyenne. Dans certaines zones du pays, l’insécurité et l’enclavement dû au manque d’infrastructures de transport contribuent à cette hausse des prix des denrées alimentaires. Les données collectées par FEWS NET dénotent que l’évolution des prix des produits semblent être relativement stable à Kinshasa (notamment les produits importés) que sur les marchés d’autres villes du pays. En effet, les prix des principales denrées ont connu en moyenne une hausse de seulement 22 pour cent durant les cinq dernières années à Kinshasa alors qu’à Lubumbashi et Mbandaka, cette hausse est respectivement de 56 pour cent et 48 pour cent. Cette situation s’explique par les facilités d’importation que dispose Kinshasa par rapport à d’autres villes du pays.

    Ajoutons que dans les zones qui ont été touchées par le récentes inondations, les échanges commerciaux des principales denrées entre différentes zone ont été ralentis du fait de l’état des infrastructures routières qui se retrouvent dans un niveau de dégradation avancée dans ces zones où la situation humanitaire est déjà préoccupante.

    Figure 1

    Projection de prix de la farine de maïs à Mbandaka
    Projection de prix de la farine de maïs à Mbandaka

    Source: FEWS NET

    Sources de revenus: Les principales sources de revenu des ménages sont actuellement perturbées, principalement dans les zones de conflits où l’accès à ces derniers est fortement limité. La vente des produits agricoles et des produits d’élevage demeure la principale source de revenus pour près de 70 pour cent des ménages. Ces revenus sont en baisse actuellement dans certaines zones affectées par les conflits ainsi que les zones affectées par les inondations. Certains ménages pauvres, notamment ceux qui n’ont pas pu cultiver, s’adonnent aux travaux agricoles temporaires dans un contexte de faible demande face à une offre grandissante. 

    Quant à la pèche, elle demeure à 99 pour cent artisanale et les revenus sont en baisse à la suite de montée des eaux sur les principales cours d’eau. En effet, la production annuelle actuelle, essentiellement artisanale et continentale, est d’environ 240,000 tonnes soit environ 30 pour cent du potentiel halieutique, estimé à plus de 707,000 tonnes de production annuelle. 

    S’agissant de la vente des produits miniers artisanaux, les activités se poursuivent en dépit de l’activisme des groupes armés dans certaines zones minières ; le cas de l’Ituri, dans le territoire de Djugu où les groupes rivaux se battent autour de zones minières. En effet la Banque mondiale estime à 10 millions le nombre de personnes, soit 16  pour cent de la population, qui dépendent de l’activité minière artisanale pour leur survie quotidienne.

    Avec plus de 1 450 000 fonctionnaires de l’état sur l’étendue du pays, la fonction publique constitue aussi une source de revenu important au pays. Cependant, la dévaluation continue de la monnaie locale érode les salaires indécents de ces fonctionnaires de l’état et diminue ainsi la capacité des ménages à se procurer de la nourriture. 

    Malnutrition: Selon les enquêtes nutritionnelles territoriales SMART organisées en juillet 2023 dans les 4 provinces de l’est du pays (Tanganyika, Sud Kivu, Nord Kivu et Ituri), la situation demeure préoccupante avec des taux avoisinant le seuil critique. Cependant, cette situation nutritionnelle semble s’améliorer par rapport aux cinq dernières années tandis que le taux de la malnutrition chronique est en hausse dans tous les territoires enquêtés comparé au même période. 

    Assistance humanitaire: Selon le cluster sécurité alimentaire, de janvier à octobre 2023, les acteurs humanitaires avaient ciblés environ 10 millions des personnes en besoin pour recevoir une assistance en sécurité alimentaire, mais seulement environ sept millions ont été atteint, dont 96 pour cent se trouvant dans les zones de l’Est et du centre affectées par les crises d’insécurité. Selon OCHA, de juillet à décembre 2023, seule une proportion de 47 pour cent des bénéficiaires ciblés pour l’assistance dans le secteur de la sécurité alimentaire a été atteinte (Figure 2). Toutefois, la délivrance de l’assistance demeure un défi compte tenu du contexte sécuritaire volatile, l’impraticabilité des routes, et les déplacements continues de populations, entre autres. 

    Figure 2

    Bénéficiaires atteints/mois par le PAM en novembre, décembre et janvier 2024
    Bénéficiaires atteints/mois par le PAM en novembre, décembre et janvier 2024

    Source: FEWS NET, basée sur les données du WFP


    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    En ce mois de février 2024, dans une ambiance de reprise des hostilités dans le Nord-Kivu, notamment dans sa partie sud-ouest (Masisi et Rutshuru), l’accès aux champs reste très limité pour les ménages agricoles qui ont eu la possibilité de cultiver. Selon les informateurs clés contactés, une bonne partie de récoltes de ces territoires est quasi perdues et les populations des villages occupés se retrouvent dans les localités plus sures sous leur protection par les FARDC sans accès à leur production. Ces dernières sont soit récoltées par les groupes rebelles qui doivent se nourrir, soit détruits par ces mêmes groupes. Les rebelles occupent les principaux axes menant vers les zones de productions ainsi ils asphyxient les centres de consommations notamment Goma, Sake et autres centres urbains notamment Bukavu réduisant ainsi la disponibilité alimentaire dans ses centres. En outre les populations se déplacent et se concentrent autour de le la ville de Goma. Ces déplacés reçoivent une assistance alimentaire qui n’arrive pas à couvrir le 20 pour cent de la population de la zone selon OCHA. Certains ménages déplacés vivent des travaux domestiques et doivent se déplacer des camps vers le centre-ville pour offrir leur main d’œuvre. D’autres par contre font usage des stratégies d’urgence, où certains membres font recours à la mendicité et les activités illicites. Selon les informateurs clés, les ménages en majorité limitent à un, le nombre de repas et réduisent les portions de nourriture ou réduisent la consommation des adultes au profit des enfants. D’autres ménages vendent leurs avoirs productifs dans la mesure où l’accès à la terre ne leur est plus possible, en leurs lieux de déplacement. Dans les autres zones de conflits dans le Sud-Kivu (Fizi, Kalehe et Walungu qui continuent à subir les effets des conflits) et celles de l’Ituri (notamment Djugu, Irumu et Mahagi), l’accès des ménages aux sources de revenu et de nourriture reste perturbé Les zones les plus impactées par les conflits à l’est du pays, ainsi que dans le territoire de Kwamouth, sont en Crise (Phase 3 de l’IPC). Une sous-proportion de la population la plus impactée par les conflits, notamment des déplacés les plus pauvres de Rutshuru, Masisisi, et Djugu sont en Urgence (Phase 4 de l’IPC). 

    Dans la partie Centre et Ouest du pays, notamment dans la région équatoriale et du Kasaï, les pertes de cultures occasionnées par les inondations ont baissé le niveau des disponibilités dans les territoires affectés (Bomongo, Ingende, Mbandaka et bien d’autres localités riveraines du fleuve Congo). Les infrastructures routières étant complètement détruites, le commerce se fait par voie des eaux et par conséquent les prix des denrées de base en provenance des zones affectées restent en hausse depuis le mois de novembre 2023.Ces zones sont ainsi en Stress (Phase 2 de l’IPC).

    En revanche, les zones d’accalmie de la zone équatoriale qui profitent des produits de cueillette avec des récoltes échelonnées continues dans l’année sont en Minimale (Phase 1 de l’IPC). 

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de février à septembre 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national:

    Conflits et mouvements des populations: D'une manière générale, les conflits en RDC devraient se poursuivre jusqu'à la période de projection, bien que à des degrés différents. Les tentatives du M23 de couper les routes commerciales vers les zones urbaines du Nord-Kivu conduiraient à des répliques des forces gouvernementales et probablement à des déplacements continus de population, notamment dans le Masisi. 

    Dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, les opérations conjointes FARDC-UPDF continuent et les attaques des ADF contre les civils pourront se poursuivre, bien qu'à des niveaux inférieurs à ceux observés en 2023 dans les deux provinces. En outre, dans l’Ituri, les différents miliciens refusent de déposer les armes. Ainsi les rivalités entre CODECO et les milices Zaire vont continuer avec des exactions contre les communautés antagonistes.

    Dans le sud-ouest du pays, les conflits intercommunautaires Teke-Yaka en cours devraient se poursuivre de manière sporadique, même si le nombre d'événements conflictuels devrait rester inférieur aux niveaux observés en 2023. 

    Conditions agro-climatologiques et production agricole: Il est prévu que les effets d’El Niño, qui se traduisent par des précipitations excessives dans la partie nord-est de la région SADEC et qui ont causé des inondations dans plusieurs territoires de la RDC, devraient se poursuive jusqu’à la mi-2024 dans l’est (Provinces du Sud Kivu, Nord Kivu et Tanganyika) ainsi qu’à l’ouest (Provinces de l’Equateur, Kongo Central et Kinshasa). La période de mars à mai, couvre la saison pluviale B dans la partie nord-est et centre-est du pays et le démarrage de la campagne agricole de la saison B. Ces conditions devront perturber le cycle cultural dans la saison agricole B (mars-juin) dans la partie est et centre du pays qui sont bimodales et ainsi réduire la production agricole en fin de campagne, laquelle devra être inférieure à la normale et à la précédente saison A.

     Selon les prévisions de la SADEC, il est fort probable que ces conditions d’excès pluviométrique se poursuivent, causant des nouvelles pertes des récoltes et glissements de terrain notamment dans les zones est et ouest du pays. Ainsi, on pourrait s’attendre à la continuité des inondations dans le bas-fond et des érosions des cultures sur les pentes. En outre, les activités de préparation des semis pour la saison agricole B seront perturbées par ces fortes pluies. Tenant compte de cette situation, on pourrait s’attendre à des récoltes de la saison B supposées inferieures à la normale et à la précédente saison. Les moyens d’existence des milliers des ménages vivant sur les sites à risque seraient impactés, en face d’une réponse insuffisante du gouvernement à abriter les ménages affectés.

    Fonctionnement des marchés et prix des denrées alimentaires: Les prix des denrées alimentaires de base en Afrique australe devraient augmenter de manière saisonnière au cours de la période de projection. Compte tenu de l’importance des importations des pays voisins pour l’approvisionnement dans la partie est du pays, il y aura notamment une réduction sur la disponibilité du maïs et du riz dans le sud-est (Haut Katanga, Lualaba) et centre du pays (région du Kasaï), ainsi que sur les prix en fonction des sur les fluctuations des prix des pays sources. 

    Il est probable que la stabilité des prix des principaux produits alimentaires depuis la fin de l’année précédente et le début de cette année se poursuivre jusqu’en mars, pour ensuite connaître des variations saisonnières pendant la période de la petite soudure (avril-mai). En revanche, en juin 2024, malgré les récoltes attendues qui seraient inférieures à la normale, cependant ces récoltés devront améliorer la disponibilité alimentaire. Il est probable que les prix des produits locaux se stabilisent à nouveau, améliorant ainsi l’accès alimentaire des ménages pauvres. 

    Instabilité de la monnaie locale: Le franc congolais pourrait continuer à se déprécier durant la période de projection. Cette instabilité de la monnaie locale va continuer à occasionner l’instabilité des prix tant pour les produits importés (l’huile raffinée, le riz) que pour des produits pétroliers (essence et Gasoil) ce qui impactera sur le coût du transport, ayant un effet sur le prix des autres produits durant la période de scenario.

    Disponibilité des produits de base: Tenant compte de l’augmentation du prix du carburant de l’ordre de 20 pour cent au mois de décembre 2023, ainsi que la détérioration des routes et autres infrastructures de transport à la suite des fortes pluies durant les deux derniers mois, une baisse de la disponibilité des produits de base dans les localités de l’intérieur du pays sera attendue jusqu’en septembre. Cependant, l’offre pourra rester la même dans les villes frontalières qui pourront continuer à bénéficier des importations avec les pays voisins.

    Main d'œuvre agricole: Avec le nombre croissant de personnes déplacées dans les zones de conflits, la main d’œuvre agricoles pourra être abondamment disponible dans les zones d’accueils. Cette disponibilité de la main d’œuvre pourra conduire à la diminution du salaire journalier des travaux agricoles ainsi que les revenus de ménages pauvres qui auront difficulté d’accès aux aliments. 

    Main d’œuvre temporaire et salarié (exploitation minière): Etant donné que 16 pour cent de la population Congolaise dépendent des activités minières (artisanales et non artisanales), la détérioration des cours mondiaux des matières premières, notamment le cuivre et le cobalt ; pourra affecter le revenu des ménages vivant de ces activités. 

    Assistance humanitaire: Les détails des assistances humanitaires planifiés pour 2024 ne sont pas encore disponibles. Toutefois, FEWS NET estime que les assistances humanitaires en cours poursuivront, notamment dans les zones prioritaires d’accueil de PDIs dans l’est du pays. 


    Calendrier saisonnier pour une année typique
    Calendrier saisonnier pour une année typique

    Source: FEWS NET


    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Entre février et mai, l’épuisement des stocks qui sera plus précoce que d’habitude dans les zones nord-est et centre-est en raison de faibles productions consécutives dans les zones de conflits entraîneront une soudure précoce à partir d’avril. Certaines zones du Centre-Est, dans le Maniema, le Haut Lomami et le Lualaba en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) vont basculer en Crise (Phase 3 de l’IPC) dans cette période, marquée par la soudure de la saison B (avril-mai). En cette période de récolte, il est quasi impossible aux dits ménages de retourner dans leurs champs au risque de succomber aux attaques des rebelles et milices armées qui pullulent dans la zone.

    Dans les zones de conflits notamment dans l’Est du Pays (Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu) et la province du Mai-Ndombe, avec l’intensification des combats en fin de cycle cultural, laquelle a fait perdre une partie importante des récoltes de la saison, les ménages en déplacement et hôtes dépendent essentiellement de l’assistance humanitaire. Par contrainte, certains ménages font des mouvements pendulaires pour tenter de récolter leurs produits laissés aux champs lors de leur mouvement vers des lieux plus surs.  Cette première période de scenario connaîtra en juin une période de récolte, qui permettra aux agriculteurs ayant accéder à leurs champs d’améliorer leur niveau de consommation alimentaire et de dépendre ainsi de leur propre production. Etant donnée la faible production, les deux derniers mois de la seconde période de scenario seront déficitaires et le déficit saisonnier de consommation maintiendra un bon nombre des zones en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Dans la partie ouest du pays, les causes structurelles associées à l’augmentation de prix des denrées alimentaires ont détériorées sensiblement la situation de la sécurité alimentaire de ménages et ainsi bon nombre des zones pourront se retrouver en Stress (Phase 2 de l’IPC), notamment dans le Tshuapa et Mai-Ndombe. 

    Dans la province de l’Equateur, les espaces cultivées ont été dévastées par les inondations de novembre 2023 à février 2024, créant une grande perte de production ainsi qu’une diminution des captures des poissons. Par conséquent les prix des produits agricoles et de pèche ont augmenté limitant de plus en plus l’accès des ménages à la nourriture. Cette situation de baisse de perte de production agricole et halieutiques a placé cette zone en Crise (Phase 3 IPC).

    La zone du Sud Est, souvent déficitaire en production agricole, sera en période de soudure entre le mois de février et de mai ; les ménages dépendront des importations de produits alimentaires en provenance de pays de l’Afrique australe (Zambie, Zimbabwe…) où la dernière saison agricole a connu plusieurs aléas. Ainsi, cette situation pourra réduire la disponibilité des vivres sur le marché et l’accès de ménages pauvres à ces vivres.  Les provinces du Haut Katanga, du Haut Lomami et une partie du Kasaï qui font partie de cette zone seront donc en Stress (Phase 2 de l’IPC). 

    De juin jusqu’en septembre, les zones nord-est et centre-est connaitront une période de récoltes au mois de juin et juillet. Ces récoltes permettront aux ménages d’améliorer leur consommation alimentaire pour le temps que dureront leurs stocks alimentaires. Ces ménages qui auront amélioré leurs revenus par la vente des produits de récolte dépendront de leur propre production. Les stocks des ménages de la saison agricole B s’épuiseront tôt, dès le mois d’aout dans un contexte de faibles revenus. A partir du mois d’aout, et avec un épuisement des réserves, les ménages devront alors dépendre de l’approvisionnement aux marchés pour leur besoins alimentaires. Les zones de l’est qui connaissent les effets du conflit prolongé resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC), notamment l’Ituri (Irumu et Djugu), le Sud-Kivu (Uvira, Fizi) et le Nord-Kivu (Beni, Nyiragongo, Rutshuru et Masisi), une partie de la province du Tanganyika (excepté Kalemie et Kongolo). 

    Les zones de la cuvette centrale (équateur) qui ont connue des inondations durant plusieurs saisons resteront également en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Le territoire de Kwamouth et ses périphéries dans la province de Mai-Ndombe qui connaissent de déplacement de populations à la suite de l’activisme du groupe armé Mobondo ne sont pas encore remis et pourront rester en phase de crise (Phase 3 de l’IPC)

    Les provinces de Sankuru, Tshuapa, Tshopo, Haut-Uele, Bas-Uele, Sud Ubangi, Nord Ubangi, Mongala, Kasaï oriental, Kasaï Central, une partie du Maniema et Haut-Katanga qui sont stable, et où les ménages ont un meilleur accès à la nourriture, aux revenus et une consommation alimentaire minimalement adéquate, seront en Stress (Phase 2 de l’IPC). 

    Les provinces de l’ouest (Kongo Central, Kwango) et celles du Sud-Est (Haut Lomami et Lualaba) qui n’ont pas connu des chocs importants et qui n’accusent pas de déficit de consommation alimentaire restera en Minimale (Phase 1 de l’IPC).


    Évènements qui pourraient changer les scenarios
    Tableau 1
    Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable
    ZoneÉvénement Impact sur les conditions de la sécurité alimentaire
    NationaleAugmentation des inondations dues aux perturbations des pluies dans les zones de l’Est et de l’OuestCeci limiterait la production agricole normale et réduira les flux des produits locaux dans le pays. Une augmentation de zones en Crise (Phase 3 de l’IPC) sera probable dans les zones de déficits pluviométriques.
    Ituri, Nord Kivu, Sud Kivu, Tanganyika, Espace Bandundu, KasaïLa baisse d’intensité des conflits armées et reddition importante des groupes armés en réponse aux initiatives de paix en coursLa réussite des processus de paix en cours dans la région conduirait à une réduction des nouveaux déplacements et favoriserait des mouvements de retour progressifs des populations dans leurs villages d’origine. Cette situation augmentera la participation des ménages aux activités agricoles et à d’autres moyens d’existence et par conséquent, améliorerait l’accès alimentaire et les sources de revenus des ménages pauvres.

    Zone de préoccupation: Province du Nord-Kivu/Territoire de Lubero/CD12 (forêt – cultures et produits) (Figure 2)

    Figure 3

    Carte de référence pour la zone concernée: Province du Nord-Kivu, Territoire de Lubero, CD12 (forêt – cultures et produits)
    Carte de référence pour la zone concernée :    Province du Nord-Kivu, Territoire de Lubero,  CD12 (forêt – cultures et produits)

    Source: FEWS NET

    Situation actuelle

    Situation sécuritaire et mouvement des populations: Bien que les groupes armés locaux sévissent dans le territoire de Lubero et occupent plus du tier de sa superficie, ce territoire se trouve également situé entre les trois territoires les plus affectés de la province du Nord-Kivu. Il s’agit notamment du territoire de Rusthuru au sud, du territoire de Beni au nord ainsi que le territoire de Walikale à l’Ouest. Ainsi donc, la situation sécuritaire reste volatile dans le territoire de Lubero à cause de la poursuite des affrontements armés entre FARDC/Wazalendo et M23 dans le territoire de Rutshuru et Masisi ainsi que la poursuite de l’offensive contre les ADF par la coalition FARDC/UPDF dans le territoire de Beni. 

    En effet, à la suite des offensives du M23 dans le Rutshuru et des ADF dans le territoire de Beni, une proportion importante des militaires de FARDC affectée à Lubero a été transféré à Rutshuru et Masisi pour renforcer les positions des FARDC, créant ainsi un vide sécuritaire dans le Lubero. Cette situation avait poussé les groupes armés locaux présents dans ce territoire à récupérer les positions jadis contrôlées par l’armée nationale. Selon les informateurs clés, près d’un tiers de la superficie du territoire de Lubero est sous contrôle des groupes armés locaux. Ces groupes armés imposent leur loi, notamment le payement des taxes aux producteurs (1000 FC par personne adulte) pour accéder à leur champ, ainsi qu’à toute autre activité économique.

    La poursuite des violences dans les trois territoires voisins (Rutshuru avec la rébellion du M23, Beni avec les ADF, Walikale avec les groupes armés locaux) occasionne des déplacements massifs des populations vers le territoire de Lubero. Selon l’OCHA, le territoire de Lubero compte près de 350 313 personnes déplacées en décembre 2023. La majorité de ces déplacés vivent dans les familles d’accueil. Avec cet afflux des IDP, certaines agglomérations du territoire comme Kanyabayonga, Kayna et Kirumba deviennent des cités Urbano rurales avec des conséquences socio-économiques énormes, notamment lies aux contraintes d’accès à la terre et aux infrastructures.

    Progrès saisonnier: La production pour la saison A qui a débutée en mi-décembre 2023 et qui va s’étendre jusqu’en fin février 2024 est en-dessous de la moyenne. En effet, le territoire a connu de perturbations de pluies caractérisées par des précipitations abondantes mais mal reparties ainsi que la réduction de terre disponible de la suite du conflit et de la présence d’un grand nombre de déplacés.

    Dans ce territoire, un faible encadrement technique des agriculteurs est observé, lequel se traduit par l’usage des techniques rudimentaires, moins productives. Cependant, selon certains acteurs sur place, compte tenu une pluviométrie suffisante, la production est estimée moyenne a bonne pour certaines cultures.

    De manière significative, la production de maïs a également connu une croissance. La culture du blé a été relancée dernièrement avec des nouvelles variétés par Virunga Développement qui travaille avec les coopératives locales. Plus de 400 tonnes sont attendues sur une étendue cultivée de 192 hectares. 

    Au cours de la saison A, une augmentation notable de la récolte de pommes de terre a été constatée par rapport aux années précédentes, attribuable à l'adoption réussie de nouvelles variétés.

    Situation de l’élevage: Certains ménages du territoire de Lubero vivent de l'élevage, notamment du gros bétail (bovins), du petit bétail (chèvres, moutons, porcs) et de la volaille (poules et canards). Selon les informations de la division de l’élevage, en 2020, le territoire comptait environs 99 812 têtes de Bovins, 89 818 têtes de caprins et 18 537 têtes de porcs. Etant donné que ce territoire est dominé par les groupes armés, on dénombre plusieurs cas de pillage de bêtes, et la création de taxes par les groupes armés payables selon le nombre des bêtes en possession. Le secteur de l’élevage dans ce territoire est aussi marqué par une insuffisance des géniteurs de qualité et de centre spécialisé dans la production des géniteurs. 

    L’explosion des maladies zoonotiques tel que la fièvre aphteuse et la peste des petits ruminants, le manque des produits vétérinaires, la spoliation des pâturages et piste d’abreuvement ne facilitent pas une bonne production animale dans la zone et pour ce faire, menace la sécurité alimentaire des ménages. 

    Evolution des moyens d’existence: En temps normal, pendant la récolte de la saison A (mi-décembre et mi-février) et de la saison B (entre mi-juin et mi-septembre), la vente des récoltes (haricot, manioc, maïs et pomme de terre, entre autres) constitue la principale source de revenus des ménages, leur permettant l’accès à la nourriture, aux soins et à d'autres besoins primaires du ménage. Actuellement, les travaux journaliers salariés qui s’élèvent entre 2 500 FC à 3 000 FC par personne (suivant le type de travail) deviennent la source des revenus des ménages pauvres. La culture des produits maraichères réussit bien sur toute l’étendue du territoire de Lubero. La culture du manioc est très préférée par les paysans, n’est pas très exigeante et constitue un aliment de base.

    Fonctionnement des marchés et prix alimentaires: Le marché local se voit perturbé avec la forte demande due à la présence des déplacés dans la zone. Cette perturbation des marchés locaux est occasionnée par l’instabilité due à l’insécurité que connaît les territoires voisins de Rutshuru et de Beni qui sont de ponts où passent certains produits vivriers industriels venant de Goma et de l’Ouganda.

    Disponibilité de la main d’œuvre agricole/Minière: La zone de Lubero dispose d’une offre accrue de la main-d'œuvre, du fait de la présence massive des déplacés, et avec un fort brassage entre les populations locales et les déplacés. La demande de la main-d’œuvre est plus élevée pendant la période de préparation du sol, semis, désherbage et récolte. La limitation d’accès aux champs réduit la chance d’usage de cette main d’œuvre malgré son abondance. 

    Les mines qui occupent une faible proportion des ménages (moins de 3 pour cent) essentiellement localisée dans le secteur de Mangurujipa, actuellement occupé par les groupes armés. 

    Situation nutritionnelle: Selon les résultats des enquêtes SMART réalisées en juillet 2023 et novembre 2020 dans le territoire de Lubero, le taux de la malnutrition aiguë globale (MAG) est inférieur à 5 pour cent et celui de la malnutrition aiguë sévère (MAS) est inférieur à 2 pour cent.

    Assistance Humanitaire: L’assistance humanitaire reste globalement inferieure aux besoins sur terrain et la dégradation persistante du contexte sécuritaire affecte l’accès humanitaire dans cette zone. Durant la période allant de janvier à novembre 2023, le Cluster sécurité alimentaire avait estimé à seulement 52 pour cent la couverture des besoins en assistance alimentaire dans le territoire de Lubero, touchant 290 437 personnes, soit environ 15 pour cent de la population du territoire avec un ration d’environ un mois et demi. 

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de février à septembre 2024 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national:

    Production agricole: Avec la présence active des groupes armés et des exactions commises par ces derniers sur les populations civiles, les activités agricoles pour la saison A dans le territoire de Lubero ont été à nouveau perturbées. Cette situation de conflits qui occasionnent les déplacements des populations limitera la participation des ménages à la saison agricole B (mars-juin) et éventuellement au début de la saison A en septembre; ce qui entraînera une production agricole en baisse pour cette zone jadis de surplus pour les principales cultures vivrières et principal grenier pour le Nord-Kivu. L’accès aux semences de qualité, avec la baisse des revenus pour les ménages agricoles restera un défi notamment dans la première période de scenario.

    Fonctionnement des marchés et prix des denrées: Compte tenu de la production agricole inférieure à la moyenne qui pourra subvenir dans la zone CD12 (forêt, cultures et produits) due à l’insécurité persistante et au déplacement massif de la population, les prix des aliments de base augmenteront dans l’ensemble tout au long de la période de projection. Ils resteront supérieurs à la moyenne quinquennale avec des fluctuations atypiques comparées à l’année précédente, malgré des périodes de baisse temporaire lorsque les premières récoltes de décembre stimuleront l’offre du marché (Figure 3).

    Petit commerce: Etant donné qu’il existe plusieurs barrières des différents acteurs armés sur les principaux axes routiers dans le territoire de Lubero et ses environs, les activités liées aux petits commerces se sont réduites dans ces entités. Des milliers des ménages qui vivaient de ces activités et du commerce informel transfrontalier (Bunagana et Ishasha) sont profondément affectés ainsi que les moyens d’existence des ménages pauvres qui vivaient de ces activités.

    Assistance humanitaire: Les planifications pour l’assistance humanitaire 2024 ne sont pas encore disponible. Toutefois, FEWS NET estime que l’assistance humanitaire continuera à Lubero a des niveaux similaires de ce qui était observé en 2023. 

    Figure 4

    Projection de prix de la farine de manioc à Beni
    Projection de prix de la farine de manioc à Beni

    Source: FEWS NET


    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    La période de février à mai correspond à la période de semis entre mars et avril et le début des récoltes vertes de la saison agricole B en fin mai 2024. Cependant, vu qu’une partie importante de la population agricole est déplacée dans le territoire, la production sera inférieure à la normale pour les cultures vivrières. Etant donné la petite soudure précoce qui est attendue fin mars dans la zone, on pourra s’attendre à une détérioration de la consommation alimentaire des ménages en cette période qui sera marquée par un déficit modéré. Les ménages des déplacés, pourront compter sur l’assistance alimentaire, tandis que les ménages pauvres auront difficile d’accès à leurs sources de nourriture habituelle. De ce fait, ils subiront une dépendance accrue au marché pour leur consommation alimentaire. La zone sera en Crise (Phase 3 de l’IPC). 

    La période entre juin et septembre connaitra à la fois, les récoltes de la saison B et le début de la soudure dans le territoire de Lubero. La situation des ménages sur l’ensemble de la zone sera de plus en plus difficile avec un accès limité à la nourriture du fait de l’épuisement précoce des stocks. Les disponibilités alimentaires seront moins que d’habitude dès le début du mois d’aout. De ce fait, la consommation alimentaire pourra s’améliorer pendant les deux premiers mois de la période de scenario et se détériorer durant la période restante. Les ménages très pauvres et pauvres pourront se rabattre sur les aliments les moins coûteux et moins préférés voire dépendre de la solidarité des autres ménages tandis que les déplacés compteront plus sur l’éventuelle assistance humanitaire dans la zone. Ainsi donc, la situation de la sécurité alimentaire dans ce territoire demeurera en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) avec probablement une sous-proportion de la population en Urgence (Phase 4 de l’IPC).

    Citation recommandée: FEWS NET. République démocratique du Congo Perspectives sur la sécurité alimentaire Février - Septembre 2024: L'intensification des conflits à l’est et les inondations à l’ouest exacerbent l’insécurité alimentaire des ménages, 2024.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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