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Des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) généralisées attendues en novembre, dans un contexte d’assistance humanitaire insuffisante

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Madagascar
  • Octobre 2023 - Mai 2024
Des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) généralisées attendues en novembre, dans un contexte d’assistance humanitaire insuffisante

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  • Messages clé
  • Contexte national
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Zone de préoccupation: Zone de moyen d’existence par le manioc, le maïs et le bétail (MG26), avec un accent sur Amboasary Sud (Figure 3)
  • Zone de préoccupation: Zone de moyen d’existence de la plaine de Mahafaly : manioc, chèvres et bovins (MG23), avec un accent sur le district de Betioky (Figure 6)
  • Messages clé
    • L’important phénomène El Niño actuel devrait entraîner des précipitations moyennes à supérieures à la moyenne dans le nord. Des précipitations irrégulières ou inférieures à la moyenne sont néanmoins attendues dans le sud de Madagascar, entraînant probablement des niveaux de production agricole inférieurs à la moyenne au cours de la saison 2023/24. Les précipitations constatées en octobre sont restées proches de la moyenne, avec des déficits localisés le long de la côte ouest, et certains ménages ont commencé à semer les cultures pour la saison principale. Un suivi étroit du total des précipitations et de leur répartition est nécessaire pour évaluer la sévérité des impacts négatifs sur l’état des cultures. Le nombre de cyclones prévu est inférieur à la moyenne pour l’ensemble du pays jusqu’en janvier, et inférieur à la moyenne pour le sud de Madagascar jusqu’en avril, en raison de la désintégration positive du dipôle de l’océan Indien (DOI). Si le risque d’impact de cyclones est réduit, le risque de dommages catastrophiques dus à un passage cyclonique intense demeure.
    • Des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) sont probablement en cours dans le Grand Sud, et des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) devraient apparaître après l’épuisement des stocks de racines et tubercules de la plupart des ménages, entre novembre et décembre. Les ménages pauvres et très pauvres devront alors compter sur les achats de nourriture sur les marchés, dans un contexte de hausse saisonnière des prix alimentaires. Le niveau élevé des prix alimentaires et le niveau inférieur à la moyenne des revenus contraindront considérablement la capacité des ménages à répondre à leurs besoins caloriques minimaux. Des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) devraient persister au cœur de la saison de soudure. Une importante assistance humanitaire devrait permettre d’améliorer la situation pour lui faire atteindre un niveau de Stress! (Phase 2! de l’IPC) dans les districts d’Amboasary Sud et de Betioky au cours de la période de projection, de février à mai. Après le début des récoltes en mars, la plupart des ménages devraient connaître des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) grâce à la hausse saisonnière de la disponibilité alimentaire. Les ménages auront probablement des difficultés à satisfaire leurs besoins non alimentaires, compte tenu du niveau inférieur à la moyenne des revenus tirés des activités agricoles et de la nécessité de rembourser les dettes accumulées au cours des années consécutives de sécheresse sévère. 
    • Dans le Grand Sud-Est, des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) sont probables, les ménages n’ayant pas encore épuisé leurs stocks de racines et de tubercules. Une fois ces stocks épuisés, aux alentours du mois de novembre, des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) devraient se développer dans les districts les plus isolés, qui disposent d’un accès réduit au marché et d’une production moindre de cultures de rente. Si les ménages auront accès aux cultures de riz de basse saison à partir du mois de décembre, les stocks devraient durer jusqu’en janvier au maximum. La production en basse saison et en haute saison sera probablement inférieure à la moyenne, compte tenu des prévisions de précipitations irrégulières et inférieures à la moyenne. Une amélioration vers des situations de Stress! (Phase 2! de l’IPC) est attendue au cours de la période de projection, entre février et mai, à Befotaka, Nosy Varika et Ikongo, en raison de l’importante assistance humanitaire apportée. En revanche, d’autres districts du Grand Sud-Est devraient maintenir des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) tout au long de la période du scénario. La hausse saisonnière de l’accès aux revenus liée à la récolte des clous de girofle et à la disponibilité d’une large gamme de fruits (notamment les litchis, les fruits à pain, les pommes jacques et les mangues) pour la consommation et la vente devrait permettre aux ménages d’acheter des quantités de nourriture suffisantes pour répondre à leurs besoins alimentaires minimaux. 
    • Une assistance alimentaire humanitaire est en cours dans une grande partie du Grand Sud et du Grand Sud-Est ; elle devrait augmenter tout au long de la période du scénario. Les plans actuels indiquent que les distributions ne seront probablement pas en mesure d’atteindre une part de la population suffisante pour permettre l’atténuation des situations les plus sévères au niveau de la zone avant l’augmentation du niveau d’assistance au début de l’année 2024. Au plus fort de la période de soudure, entre janvier et mars, d’importantes distributions humanitaires de vivres et d’espèces sont prévues dans plusieurs districts défavorisés du Grand Sud et du Grand Sud-Est. Une amélioration vers des situations de Stress! (Phase 2! de l’IPC) est attendue entre février et mai à Amboasary Sud, Betioky, Befotaka, Nosy Varika et Ikongo. On estime qu’un minimum de 25 pour cent de la population de ces districts sera en mesure de répondre à au moins 50 pour cent de ses besoins caloriques grâce à la nourriture ou aux espèces issues de l’assistance humanitaire. 

    Contexte national

    Situation actuelle

    Figure 1

    Précipitations saisonnières CHIRPS, pourcentage de la moyenne (1981-2020) : 1er oct. - 10 nov.
    Map of Madagascar showing deviations from the long-term rainfall average, warmer colors indicate below average precipitation and cooler colors indicate above-average precipitation.

    Source: NOAA

    La progression saisonnière : la préparation de la haute saison agricole est en cours dans le Grand Sud et le Grand Sud-Est. Les cultures du riz de basse saison sont également en cours dans le Grand Sud-Est. En octobre et début novembre, le sud de Madagascar a reçu des précipitations moyennes à quasi moyennes, permettant les activités de préparation des terres et de semis (Figure 1). Des déficits localisés ont été observés le long de la côte ouest de Madagascar, même si la saison n’est pas encore très avancée. Le nord et l’est de Madagascar ont, jusqu’à présent, connu des précipitations moyennes à supérieures à la moyenne. Les précipitations des mois de novembre et décembre devraient cependant être irrégulières, en raison de l’important phénomène El Niño en cours.

    L’accès aux intrants : les intrants agricoles (semences, engrais et pesticides) restent actuellement disponibles sur les marchés, bien que leurs prix soient supérieurs à la moyenne. Celui-ci reste prohibitif pour la plupart des ménages pauvres et très pauvres. Le niveau de production supérieur par rapport à la saison précédente a permis à la plupart des ménages de recourir à leurs stocks de semences et de vignes pour leurs activités de semis. 

    Les marchés : le manioc séché ou frais, les haricots et les patates douces demeurent disponibles sur certains marchés du Grand Sud. Les prix sur ces marchés bénéficient d’une baisse saisonnière, le manioc séché se vendant à environ 300–500 ariary/kg. Dans les zones non productrices, les prix du manioc séché représentent le double ou le triple du prix saisonnier, en raison du coût élevé des transports. Les marchés sont bien approvisionnés en riz, en maïs et en haricots, locaux ou importés. 

    Si les prix du bétail sont généralement restés stables, les prix des bovins et des caprins demeurent plus élevés que l’année passée (75 et 10 pour cent, respectivement). La demande locale en bétail reste donc faible. 

    Les cultures de rente : dans les régions de l’est et du sud-est, la vanille et les clous de girofle constituent les principales cultures de rente, et sont actuellement disponibles sur les marchés. La récolte du clou de girofle est en cours depuis septembre, et touche à sa fin. Actuellement, le prix moyen du clou de girofle est de 20 000 ariary/kg (soit 4,5 USD/kg), ce qui représente le double du prix moyen de l’année passée. Les exportations de clous de girofle devraient cependant chuter, selon la Banque centrale, de 14 pour cent en 2023. Cette baisse est probablement attribuable au fait que la production ne se soit pas encore entièrement remise des dégâts causés par les cyclones tropicaux Freddy et Batsirai. 

    Historiquement, Madagascar exporte environ 80 pour cent des gousses de vanille consommées dans le monde, soit environ 3 000 tonnes par an. Un prix minimum à l’exportation de 250 USD par kg a récemment été mis en place (à comparer à la moyenne précédente de 205 USD), rendant la vanille malgache moins compétitive sur le marché mondial. Les exportations sont désormais tombées à un tiers de la moyenne précédente, environ, ce qui se traduit par des prix locaux très bas et par un important excédent de gousses invendues. La vanille étant la principale source de revenus en espèces pour les régions de l’est de Madagascar, la baisse des cours de la vanille et des exportations a considérablement affecté les revenus des ménages producteurs. Cette situation constitue une menace pour les moyens d’existence des ménages producteurs qui dépendent des revenus générés par les cultures de rente pour financer leur consommation de nourriture et leurs intrants agricoles. Les réserves nationales de devises ont également été affectées négativement, et la baisse des exportations de vanille contribue probablement à la dépréciation continue de la monnaie locale et aux pressions inflationnistes. 

    Le travail agricole  les activités saisonnières de préparation des terres et de semis sont en cours, c aux ménages les plus pauvres. En dépit de l’amélioration globale de la production connue cette année par rapport aux années précédentes, les ménages les plus aisés ont une capacité d’embauche inférieure à la moyenne après avoir enduré plusieurs années de sécheresse.  Les salaires ont diminué et sont souvent versés en nature, généralement sous forme de semences ou d’une part de la production, lorsque le ménage n’a pas les moyens financiers de payer des salaires relativement plus élevés en espèces. D’autres ménages ont décidé de se tourner davantage vers le travail familial, voire de travailler dans les exploitations voisines dans le cadre d’un système d’assistance mutuelle. L’offre en main d’œuvre est en outre supérieure à la normale, compte tenu des revenus inférieurs à la moyenne issus de la production de cultures de base lors de la saison précédente et des possibilités de migration temporaire limitées dans un contexte où les coûts de transport sont élevés. Ces coûts de transport prohibitifs empêchent les ménages pauvres de migrer temporairement vers d’autres zones des moyens d’existence

     ou districts pour y trouver des opportunités de travail agricole plus lucratives. La diminution de la capacité d’embauche, associée à une offre de main d’œuvre élevée, entraîne des salaires journaliers d’un niveau inférieur à la normale, qui vont de 3 000 à 5 000 ariary (équivalent à 0,65 à 1,09 USD) par jour, selon le type de travail. 

    Le travail indépendant : afin de compléter leurs revenus agricoles, certains ménages pauvres continuent de recourir à des activités indépendantes telles que la fabrication et la vente de produits d’artisanat et de charbon de bois, ou la collecte et la vente de bois de chauffage. D’autres cueillent également des fruits sauvages saisonniers tels que les cactus, le tamarin et les mangues pour les vendre en échange d’espèces qui leur permettent de compléter leur consommation alimentaire. 

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    La plupart des ménages du Grand Sud et du Grand Sud-Est sont encore en capacité de consommer leurs stocks de racines et de tubercules et répondre ainsi à leurs besoins caloriques minimaux. Un accès inférieur à la moyenne à des sources de revenus telles que le travail agricole ou la production de cultures de rente, et la nécessité d’assurer le remboursement des dettes accumulées au cours des dernières années marquées par des chocs météorologiques (se référer aux Perspectives en matière de sécurité alimentaire du mois de juin pour plus de détails sur ces chocs météorologiques passés) entraînent des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) en termes de sécurité alimentaire. Les ménages les plus défavorisés, qui disposaient déjà d’un accès très limité aux semences et au matériel de semis au cours de la saison dernière, ont probablement déjà épuisé leurs stocks récoltés. Ils doivent donc acheter la majeure partie de leur nourriture à des prix de plus en plus élevés, et le faire plus tôt dans la période de soudure qu’à l’accoutumée. Ces ménages peinent à répondre à leurs besoins non alimentaires essentiels et sont probablement confrontés à des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC). On estime cependant que ces ménages représentent moins de 20 pour cent de la population. 

    Dans le reste de Madagascar, on estime des situations d’insécurité alimentaire Minimales (Phase 1 de l’IPC), la plupart des ménages étant en capacité de répondre à leurs besoins alimentaires et non alimentaires minimaux grâce à leurs sources de revenus diversifiées. Dans les zones du nord et de l’est, il existe probablement un certain nombre de ménages qui dépendent de la production de vanille pour leur subsistance et se trouvent confrontés à des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) du fait des chocs négatifs observés sur le marché de la vanille. Les revenus provenant de la production de vanille s’avérant nettement inférieurs à la moyenne, ces ménages rencontrent probablement des difficultés dans la satisfaction de leurs besoins non alimentaires essentiels ou s’engagent dans des stratégies d’atténuation insoutenables pour répondre à ces besoins. 


    Calendrier saisonnier pour une année typique
    Seasonal calendar for Madagascar, disaggregated by region.

    Source: FEWS NET

    Suppositions

    Le scénario le plus probable pour la période d’octobre 2023 à mai 2024 se fonde sur les hypothèses suivantes à l’échelle nationale : 

    • Les précipitations : les modèles prévisionnels indiquent que les performances pluviométriques seront probablement irrégulières et inférieures à la moyenne dans le sud de Madagascar, ce qui se traduira par des niveaux inférieurs à la moyenne en termes d’humidité des sols et de rendements agricoles. Les régions de l’Est et du Nord connaîtront probablement des précipitations moyennes à supérieures à la moyenne. 

    • Les cyclones : entre décembre 2023 et mars 2024, des passages cycloniques sont probables à Madagascar, entraînant des inondations et des effets associés. Si le nombre de cyclones sera probablement inférieur à la moyenne, le risque de dommages catastrophiques dus à un passage cyclonique intense demeure.   

    • La superficie rizicole et production : les déficits pluviométriques et le probable retard du début de la campagne de semis lors de la prochaine saison agricole sont susceptibles de réduire les superficies rizicoles et la production dans les zones du sud et de l’ouest. Cependant, la majeure partie du riz cultivé est irriguée dans le centre et le nord de Madagascar ; les précipitations suffisantes contribueront donc à une production quasi moyenne. Les estimations de production nationale pour cette année seront affectées négativement en fonction de la sévérité des déficits pluviométriques dans les régions du sud et de l’ouest.

    • La production de maïs : la production dans les zones occidentales et méridionales sera probablement faible, et contribuera à une production de maïs inférieure à la moyenne nationale en 2023/24. 

    • La production de manioc : Des conditions de culture positives dans l’est de Madagascar permettront probablement de maintenir la production nationale de manioc à des niveaux moyens au cours de la saison 2023/24, et ce malgré certains déficits localisés dans le sud. La disponibilité des boutures sera probablement plus importante dans le sud, après une récolte 2023 supérieure à celle de 2022. Les ménages pauvres seront donc susceptibles de s’impliquer dans des activités de préparation des sols et de semis reflétant une saison de culture normale. Cependant, les précipitations inférieures à la moyenne auront probablement un impact sur les rendements du manioc, et entraîneront un niveau de production inférieur à la moyenne. 

    • L’état d’embonpoint du bétail : dans le sud de Madagascar, les pâturages et l’eau devraient connaître une régénération saisonnière plus tardive qu’à l’accoutumée et demeurer passables à médiocres en raison de taux d’humidité des sol inférieurs à la moyenne. La taille des troupeaux, l’état d’embonpoint et les prix du bétail connaîtront probablement une détérioration au cours de la période de prévision. Au niveau national, les prix du bétail devraient rester stables, tandis que la disponibilité des pâturages et la production de lait et de viande seront proches de la moyenne.

    • Les opportunités de travail agricole : la demande en main d’œuvre devrait être légèrement plus élevée que l’année passée, les ménages les plus aisés ayant bénéficié d’une amélioration des récoltes en 2023. Les opportunités de travail connaîtront des hausses saisonnières entre novembre et décembre, lors des activités de préparation des terres et de semis, et entre mars et mai, lors des activités de récolte. Les opportunités liées à la production de basse saison dans le Grand Sud-Est culmineront entre novembre et janvier. Cependant, les salaires dans le Grand Sud et le Grand Sud-Est devraient demeurer inférieurs à la moyenne en raison de précipitations inférieures à la normale et de capacités d’embauche réduites après plusieurs années de chocs météorologiques défavorables. 

    • Les cultures de rente : dans l’est et certaines parties du nord du pays, la production de cultures de rente, qui incluent la vanille, le café et les clous de girofle, devrait être moyenne grâce à des précipitations moyennes à supérieures à la moyenne. Cependant, et compte tenu de la détérioration de la demande internationale dans un contexte où existe un excédent de 4 500 tonnes de gousses de vanille invendues, la baisse des prix devrait poursuivre sa baisse. La production de clous de girofle et de poivre reste inférieure à la moyenne dans le Grand Sud-Est.

    • Les importations de riz : les importations de riz entre octobre et janvier devraient demeurer similaires à celles de la même période l’année passée, mais supérieures à la moyenne sur cinq ans. Entre février et mai, la récolte de riz réduira le recours aux importations de riz en raison de l’augmentation saisonnière de l’approvisionnement national. Le gouvernement va poursuivre son travail avec la société SPM (State Procurement of Madagascar) pour importer du riz à bas coût. Cependant, la hausse des cours mondiaux du riz réduira probablement les volumes d’importation. L’Inde, principale source de riz importé à Madagascar, a imposé en juillet 2023 une interdiction d’exportation du riz non-basmati, entraînant une hausse des prix à l’exportation à l’échelle internationale, et des perturbations importantes sur le marché. Le gouvernement prévoit de couvrir 25 pour cent de l’déficit national estimé avec les importations de céréales jusqu’en avril 2024 au moins.

    • Les importations d’aliments essentiels : les niveaux d’importation des principaux produits essentiels, notamment le sucre, l’huile, le blé en grain et la farine de blé, devraient demeurer moyens tout au long de la période de prévision.

    • Le fonctionnement du marché : dans tout le pays, l’approvisionnement des marchés en aliments essentiels devrait rester normal tout au long de la période de soudure, même si les prix continueront à connaître des augmentations saisonnières et resteront supérieurs à la moyenne. Dans le Grand Sud, les flux d’approvisionnement pourraient être entravés, irréguliers, imprévisibles et inférieurs à la moyenne du fait de la détérioration saisonnière de l’état des routes. Les zones les plus éloignées des marchés seront confrontées à des coûts de transport élevés et recevront des volumes inférieurs à des prix supérieurs à la moyenne, entraînant des difficultés pour les consommateurs.

    Figure 2

    Prix locaux observés et projetés du riz à Toliara, Madagascar, en 2023, comparés aux valeurs de l’année passée et à la moyenne sur cinq ans
    Shows projected changes in local rice prices in Toliara over the course of the next several months. Grey bars represent the five year averages, the blue line represents the previous years prices, and the dotted lines above show projected prices within an upper and lower bound.

    Source: FEWS NET

    • Les prix des denrées alimentaires devraient rester supérieurs à la moyenne et connaître une augmentation saisonnière, mettant à rude épreuve le pouvoir d’achat déjà limité des ménages. Les prix du riz et du manioc locaux resteront supérieurs à la moyenne jusqu’en janvier. À Toliara, qui constitue un marché important dans le Grand Sud, les prix du riz devraient augmenter jusqu’en octobre, restant nettement supérieurs à ceux de l’année passée et à la moyenne sur cinq ans (Figure 2). Entre novembre et février, les prix locaux du riz devraient baisser légèrement, accompagnant la récolte du riz en basse saison. Les prix de l’huile, du sucre, de la farine blanche et d’autres produits importés seront supérieurs à la moyenne tout au long de la période de prévision, du fait de la dépréciation de la monnaie nationale et du coût élevé des transports. L’intervention du gouvernement, qui fixe un plafond de prix pour le riz à bas coût sur les marchés urbains, devrait contribuer à atténuer cette volatilité. 

    • Les conditions macroéconomiques : Madagascar devrait connaître une situation économique mitigée au cours de la période concernée par le scénario. Bien qu’elle ait ralenti au cours des six derniers mois, l’inflation – et l’inflation alimentaire en particulier – devrait commencer à subir une augmentation générale au cours de la saison de soudure. L’INSTAT prévoit une inflation moyenne atteignant les 9,9 pour cent d’ici à la fin 2023. La volatilité des prix internationaux des carburants se reflètera probablement sur les marchés nationaux, entraînant de nouvelles pressions inflationnistes. Les prix de l’essence sont cependant réglementés par le gouvernement à Madagascar, et n’ont pas augmenté depuis juillet 2022. En septembre 2023, l’ariary de Madagascar (MGA) connaissait un taux de dépréciation annuel de 7,7 pour cent, contribuant également à la pression inflationniste. La MGA devrait continuer à se déprécier, entraînant une hausse des prix des marchandises importées. La baisse de la demande internationale, et donc des prix, du nickel, du cobalt et de la vanille devraient réduire les recettes d’exportation et les entrées de devises étrangères, et exacerber le déficit commercial existant. 

    • La malnutrition aiguë : La malnutrition aiguë devrait atteindre un pic saisonnier lors de la saison des pluies, entre novembre et mars. L’augmentation des maladies hydriques (en particulier le paludisme et les diarrhées), l’impact négatif des inondations et des cyclones (dans les districts intérieurs du Sud-Est) et l’augmentation des prix alimentaires devraient entraîner une hausse des niveaux de malnutrition aiguë. La détérioration saisonnière des routes compliquera également l’accès et les flux de nourriture et de fournitures médicales essentielles.

    • L’assistance alimentaire humanitaire : les distributions humanitaires d’espèces et de vivres se poursuivront jusqu’à la période des récoltes dans plusieurs régions du Grand Sud et du Grand Sud-Est. Les niveaux d’assistance devraient augmenter à mesure que la saison de soudure progressera. Au cours de la période de projection, de février à mai, d’importants niveaux d’assistance devraient permettre d’atténuer les situations les plus sévères à Amboasary, Betioky, Befotaka, Nosy Varika et Ikongo. En effet, 25 pour cent, au moins, de la population de ces districts sera en mesure de répondre à la moitié de ses besoins caloriques grâce à l’assistance humanitaire. Des distributions humanitaires sont attendues au cours de la période de projection entre octobre et janvier, mais ne seront pas en mesure d’atteindre une proportion de la population du district à même de modifier la situation au niveau de la zone. 

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Octobre 2023 à janvier 2024 : les situations d’insécurité alimentaire aiguë devraient se détériorer dans le sud de Madagascar entre octobre 2023 et janvier 2024. À mesure que les stocks alimentaires s’épuiseront entre novembre et décembre, les ménages commenceront à dépendre d’achats alimentaires de plus en plus coûteux sur les marchés. 

    Des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) devraient émerger dans la plupart des régions du Grand Sud. Les opportunités de travail agricole connaîtront une augmentation saisonnière avec le début des activités de préparation des terres et de semis, entre octobre et novembre. Les salaires seront cependant inférieurs à la moyenne, car les ménages les plus aisés disposent de capacités de paiement et d’embauche limitées après plusieurs années successives de sécheresse. Les revenus provenant d’autres sources, comme la production de charbon de bois et la vente de bois de chauffage, devraient également être inférieurs à la moyenne, compte tenu de la surexploitation des zones forestières lors de la sécheresse et des capacités restreintes à transporter le charbon de bois à partir des zones reculées. Le niveau élevé des prix alimentaires et le niveau inférieur à la moyenne des revenus empêcheront les ménages de répondre à leurs besoins caloriques minimaux. Les ménages devront probablement vendre une quantité inhabituelle de bétail et de volailles, alors que de nombreux ménages ne disposent pas de bétail pouvant être vendu. Les sécheresses persistantes et les cyclones successifs ont affaibli les capacités de survie et de rétablissement des ménages très pauvres, en particulier dans un contexte d’inflation et de hausse des prix alimentaires. Certains ménages devront réduire la taille de leurs portions et la fréquence de leurs repas pour tenter d’atténuer leurs déficits de consommation alimentaire, ou consommer des quantités inhabituellement élevées d’aliments sauvages. Les ménages des zones côtières, qui ont un meilleur accès aux marchés et bénéficient de prix alimentaires plus abordables, seront probablement confrontés à des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) et pourraient rencontrer des difficultés dans la réponse à leurs besoins non alimentaires essentiels. 

    Des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) devraient persister dans la plupart des districts du Grand Sud-Est. La production de cultures de rente, qui constituent une source de revenus importante pour les ménages de cette région, ne s’est pas complètement remise des dommages causés par les deux dernières saisons cycloniques. Les revenus tirés des ventes de clous de girofle, de vanille et de poivre resteront probablement inférieurs à la moyenne. Les ventes de fruits cultivés et sauvages, notamment les litchis, permettront d’accéder à des revenus supplémentaires permettant les achats alimentaires, mais devraient également demeurer inférieures à la moyenne. Les stocks alimentaires augmenteront temporairement entre décembre et janvier, à l’occasion de la récolte du riz de basse saison, mais la production devrait s’avérer inférieure à la moyenne compte tenu des mauvaises performances pluviométriques. Pour les ménages pauvres, les stocks ne devraient pas durer au-delà du mois de janvier. Des opportunités de travail agricole seront disponibles lors des préparatifs de la principale campagne rizicole et de la récolte du riz de basse saison. Cependant, les salaires et les paiements en nature provenant de ces activités devraient être inférieurs à la moyenne. Dans les districts reculés et enclavés, où la production de cultures de rente et l’accès aux marchés sont plus faibles, des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) devraient émerger. Il s’agit des districts de Midongy-du-Sud, Befotaka, Ikongo et Nosy Varika. Les prix alimentaires seront probablement nettement plus élevés dans ces districts, et les ménages ne seront pas en capacité d’atténuer leurs déficits de consommation alimentaire au vu de leur pouvoir d’achat inférieur à la moyenne. 

    Février à mai 2024 : À mesure que la période de soudure progressera, les ménages continueront d’acheter la majeure partie de leur nourriture sur les marchés. Les prix alimentaires atteindront alors leurs sommets saisonniers avant de diminuer à mesure de l’avancée de la récolte principale, entre mars et mai. Il est important de noter que période entre janvier et mars correspond au pic de la saison cyclonique et des inondations. Ces phénomènes demeurent un risque potentiel important pour les activités économiques, en particulier celles liées à l’agriculture et à l’élevage.

    Plusieurs régions du Grand Sud-Est, qui bénéficient d’un meilleur accès aux marchés et d’une production plus élevée en matière de cultures de rente, seront en mesure de maintenir des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC). Bien que la plupart des ménages ne disposent plus de stocks de riz issus de la basse saison, les revenus provenant de la vente de cultures de rente et du travail agricole seront probablement suffisants pour acheter des quantités de nourriture à même de répondre à leurs besoins caloriques minimaux. Dans le Midongy-du-Sud, des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) persisteront probablement jusqu’à la fin de la saison de soudure en l’absence d’assistance humanitaire significative. Certains ménages devront se tourner vers le petit commerce, la vente de charbon de bois et à l’exploitation minière pour dégager des revenus supplémentaires permettant de financer leurs achats de nourriture. Pour autant, la concurrence accrue limitera cette source de revenus. Les ménages sont plus susceptibles de s’engager dans des stratégies d’adaptation telles que l’augmentation de leur consommation de fruits sauvages jusqu’à des niveaux atypiques, la réduction de la fréquence de leurs repas et de la taille de leurs portions, et la vente des ressources productives qui leur restent. Les situations à Befotaka, Nosy Varika et Ikongo devraient passer au niveau Stress (Phase 2 de l’IPC), car 25 pour cent, au moins, de la population de ces districts sera en capacité de répondre à au moins 50 pour cent de ses besoins caloriques grâce à l’assistance humanitaire.

    Dans le Grand Sud, des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) devraient également persister dans des zones sans assistance humanitaire significative. Les cultures de rente sont rares dans le Grand Sud, et les ménages devront donc compter sur le travail agricole et sur d’autres activités telles que le petit commerce ou la fabrication de briques pour financer leurs achats alimentaires. D’autres pourraient intensifier leurs activités de vente de bois de chauffage et de charbon de bois pour tenter de compenser le niveau inférieur à la moyenne des salaires agricoles. Il est probable que les ménages recourent à des stratégies d’adaptation de plus en plus négatives jusqu’à la période de récolte, réduisant les portions et la fréquence de leurs repas et consommant des quantités inhabituellement élevées d’aliments sauvages. Amboasary Sud et Betioky devraient recevoir une importante assistance humanitaire au cours de la période de projection, et donc bénéficier d’une amélioration de la situation jusqu’à un niveau de Stress! (Phase 2! de l’IPC). 

    La plupart des ménages du Grand Sud et du Grand Sud-Est devraient connaître des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) lorsque la disponibilité alimentaire saisonnière s’améliorera lors de la période de récolte. Ils seront probablement en mesure de satisfaire leurs besoins caloriques minimaux, même dans un contexte où les récoltes de maïs, de riz et de haricots sont inférieures à la moyenne. Ils rencontreront cependant probablement des difficultés à satisfaire leurs besoins non alimentaires, compte tenu du niveau inférieur à la moyenne des ventes de cultures, des revenus tirés du travail agricole et de la nécessité pour eux de rembourser les dettes accumulées au cours des années consécutives de sécheresse et de passages cycloniques sévères. 

    Événements qui pourraient changer les scenarios

    Tableau 1
    Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable
    AreaÉvénementsImpact sur les conditions de la sécurité alimentaire
    NationalDépréciation de l’ariary plus importante qu’anticipéeToute nouvelle dépréciation de la monnaie nationale augmentera les coûts des produits importés et exacerbera des pressions inflationnistes déjà élevées. Les ménages des zones urbaines qui dépendent des marchés pour leurs achats alimentaires et non alimentaires seraient alors les plus touchés, et on constaterait probablement une augmentation du nombre de ménages confrontés à des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) ou plus graves. Dans les zones rurales, l’impact serait important après l’épuisement des stocks des ménages, entre novembre et décembre, et on constaterait probablement une augmentation du nombre de ménages confrontés à des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC). 
    Grand Sud et Grand Sud-Est Augmentation de l’assistance humanitaire L’expansion des distributions humanitaires prévues dans le Grand Sud et le Grand Sud-Est pourrait empêcher les situations de se détériorer jusqu’à des niveaux de Crise (Phase 3 de l’IPC) entre octobre et mars, celles-ci demeurant à un niveau de Stress! (Phase 2! de l’IPC).
    Grand Sud-EstUn cyclone intense frappe le Grand Sud-EstLa reprise complète après deux années consécutives ayant impliqué des impacts cycloniques directs en 2021/22 (Batsirai et Emnati) et 2022/23 (Freddy) a entraîné pour les cultures de rente, qui constituent une source de revenus essentielle pour les ménages de cette zone, des niveaux de production nettement inférieurs à la moyenne. Bien que les prévisions anticipent un nombre de cyclones inférieur à la moyenne au cours de la saison à venir, une troisième année consécutive impliquant un passage cyclonique direct sur le Grand Sud-Est aurait des conséquences dévastatrices. Les dommages infrastructurels pourraient entraîner des pénuries, perturbant les flux de produits alimentaires et non alimentaires essentiels des zones excédentaires vers les zones déficitaires. Des pics supplémentaires dans le prix de ces produits pourraient creuser les déficits de consommation alimentaire et augmenter le nombre de ménages confrontés à des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) ou à des situations plus graves encore, en particulier si le passage cyclonique venait à se produire avant la fin des récoltes. La récolte 2024 et les récoltes subséquentes des cultures de rente seraient alors menacées, certaines plantes demandant plusieurs années pour arriver à maturité. 

    Zone de préoccupation: Zone de moyen d’existence par le manioc, le maïs et le bétail (MG26), avec un accent sur Amboasary Sud (Figure 3)

    Figure 3

    Carte de référence du secteur préoccupant : zone de moyen d’existence MG26
    Map of southern Madagascar with MG26 livelihood zone shaded in purple.

    Source: FEWS NET

    Production des cultures : selon le ministère de l’Agriculture (MINAE), la production 2022/23 dans la région d’Anosy a été légèrement inférieure à celle de l’année précédente, avec des baisses de 7 pour cent pour le maïs, de 5 pour cent pour l’oignon et de 8 pour cent pour le manioc, l’exception étant la production de patates douces, qui a augmenté de 12 pour cent. Ces baisses sont en grande partie le résultat des dommages causés par les nuisibles sur cultures de maïs et par un accès inférieur à la normale aux vignes pour la production de manioc. Elles sont particulièrement prononcées dans le district d’Amboasary Sud. La production de haricots a connu une forte diminution de 94 pour cent, de nombreux ménages ayant dû consommer leurs stocks de semences pendant la sécheresse et les nouvelles semences étant inabordables. Ainsi, les semences de maïs se situent à un prix oscillant autour de 3 000 ariary/kilogramme (0,65 USD). 

    Figure 4

    Manioc récolté observé lors d’une visite de terrain à Amboasary Sud, en septembre 2023
    Image of a pile of freshly harvested cassava in Amboasary Sud

    Source: FEWS NET

    Les prix alimentaires : en août et septembre, les prix du manioc ont augmenté de 10 pour cent en raison de la moindre disponibilité des produits frais sur les marchés, et ce alors que les marchés demeuraient correctement approvisionnés (Figure 4). Dans les communes d’Ebelo et d’Ifotaka, les prix de la patate douce ont augmenté de 15 pour cent au cours de la même période. Le maïs importé est disponible en quantités limitées sur les marchés, et à des prix supérieurs à la moyenne. Les prix du riz importé sont stables depuis avril 2023. Globalement, les prix des marchés locaux restent supérieurs à la normale. 

    La consommation alimentaire : les ménages voient leur consommation alimentaire se détériorer, car ils commencent à dépendre fortement des achats de riz, de manioc, de patates douces et de haricots sur les marchés. Certains ménages consomment encore du manioc et de la patate douce provenant de leurs récoltes de septembre, mais la plupart des ménages verront leurs stocks épuisés entre les mois de novembre et décembre. La diversité alimentaire dont profitent les ménages est faible, compte tenu de l’épuisement de leurs stocks alimentaires, des limites de leurs possibilités de revenus et de la cueillette limitée d’aliments sauvages.

    La production animale : dans cette zone, les ménages les plus aisés possèdent généralement du gros bétail, tandis que les ménages pauvres se contentent principalement de volailles et, parfois, de chèvres. Les ménages très pauvres ne possèdent que de la volaille. L’état d’embonpoint du bétail pour les chèvres, les moutons et les bovins est demeuré passable à bon pendant la majeure partie de l’année, compte tenu de la disponibilité de l’eau et des pâturages provenant de cumuls de précipitations positifs. L’état d’embonpoint actuel du bétail connaît une détérioration saisonnière, les pluies n’étant pas encore établies. La taille des troupeaux reste inférieure à la normale en raison des menaces de vol de bétail (par ceux qu’on appelle localement les Dahalo). En raison de l’isolement relatif de ses communes et de ses villages, le district d’Amboasary Sud est fréquemment ciblé par les Dahalo et reste, par conséquent, l’une des zones les plus dangereuses du Grand Sud.

    Les prix du bétail : les besoins de revenus des ménages, liés au financement de leurs achats alimentaires, entraînent des prix inférieurs à la moyenne pour les volailles, compte tenu des excédents existant sur le marché. La demande en bovins et en caprins est inférieure à la normale en raison des vols de bétail et du niveau inférieur à la moyenne du pouvoir d’achat. Les prix des bovins et des caprins restent supérieurs à la moyenne en raison de la réduction de l’offre.

    La vente de charbon de bois et de bois de chauffage : la production de charbon de bois et la collecte de bois de chauffage sont limitées en raison de l’épuisement des forêts par suite d’une exploitation excessive de ces ressources lors des sécheresses précédentes. Les prix du charbon de bois sont supérieurs à la moyenne, car l’offre est faible et la demande élevée dans les centres urbains. 

    La production de sisal : la récolte de sisal est une pratique courante à Amboasary Sud (Figure 5) et est facilitée par plusieurs entreprises de la zone. Bien que la demande en feuilles de sisal soit élevée, il ne s’agit pas d’une source d’emploi stable, et les salaires journaliers restent faibles. 

    Figure 5

    Récolte de sisal observée lors d’une visite de terrain à Amboasary Sud, en septembre 2023
    Image shows a tractor loaded with freshly harvested sisal leaves

    Source: FEWS NET

    Suppositions

    En plus des hypothèses établies au niveau national, les hypothèses suivantes s’appliquent à ce secteur préoccupant :

    • Les incidents liés au vol de bétail, par ceux qu’on appelle localement les Dahalo, devraient augmenter à mesure que la saison de soudure progressera. Ils devraient contribuer à des troupeaux d’une taille inférieure à la moyenne.
    • Les infestations de nuisibles devraient avoir un impact négatif plus important que l’année passée sur la production de maïs, compte tenu des prévisions de précipitations inférieures à la moyenne et des températures élevées.
    • D’importantes distributions humanitaires de vivres et d’espèces devraient être lancées en février et se poursuivre tout au long de la période de soudure. 

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    D’octobre 2023 à janvier 2024, les ménages seront probablement confrontés à des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) à Amboasary Sud, après que les stocks de racines et de tubercules auront été épuisés. Ils devront donc acheter la plupart de leurs aliments sur les marchés, à des prix élevés et croissants.  Les revenus tirés des activités agricoles devraient rester inférieurs à la moyenne en raison de la faible demande en bétail et en volailles, et du niveau inférieur à la moyenne des salaires. Les ventes de charbon de bois et de bois de chauffage devraient également être inférieures à la moyenne du fait de l’épuisement progressif des zones forestières et des capacités restreintes à transporter le charbon de bois à partir des zones reculées. Dès le mois d’août, bien avant le début de la saison de soudure, certains ménages pauvres ont réduit leur nombre de repas par jour de trois à deux dans le cadre de stratégies d’adaptation, et les ménages les plus défavorisés pourraient réduire plus encore le nombre de leurs repas. De nombreux ménages sont susceptibles d’augmenter leur consommation d’aliments sauvages pour tenter d’atténuer leurs déficits de consommation alimentaire. 

    De février 2024 à mai 2024, des améliorations aboutissant à des situations de Stress! (Phase 2! de l’IPC) sont attendues grâce au lancement d’importantes distributions humanitaires de vivres et d’espèces. De mars à mai, la plupart des ménages connaîtront des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) accompagnant la disponibilité progressive des récoltes de maïs et de niébé qui entraînera une amélioration saisonnière dans l’accès alimentaire. Cependant, la production globale devrait rester inférieure à la moyenne en raison de prévisions défavorables en termes de précipitations, et les revenus tirés de la vente de cultures devraient donc être inférieurs à la moyenne. La demande en main d’œuvre lors des récoltes devrait se situer à des niveaux inférieurs à la moyenne du fait du faible niveau des salaires et des paiements en nature. D’autres sources de revenus telles que la vente de bétail, de charbon de bois et de bois de chauffage seront probablement limitées par le faible niveau de la demande. En dépit d’améliorations dans l’accès à la nourriture, les revenus attendus pour les ménages ne seront pas suffisants pour répondre à leurs besoins non alimentaires lors de cette période.

    Les résultats de l’enquête du troisième trimestre menée par le Système de Surveillance Nutritionnelle (SSN) en septembre 2023, lors de la période post-récolte, montrent une prévalence de 5,3 pour cent de la MAG au niveau du district, la classant au niveau d’Alerte (Phase 2 de l’IPC). Cependant, le niveau de malnutrition dans le district d’Amboasary devrait se détériorer pour atteindre le niveau Grave (Phase 3 de l’IPC) en raison de l’augmentation saisonnière des maladies d’origine hydrique et de la diminution de l’accès alimentaire des ménages. Le pic de malnutrition annuel se produira probablement entre janvier et mars 2024. La situation nutritionnelle devrait s’améliorer entre mars et mai ; les résultats devraient alors passer du niveau Grave (Phase 3 de l’IPC) au niveau d’Alerte (Phase 2 de l’IPC) grâce à la disponibilité des stocks récoltés et aux revenus supérieurs issus du travail agricole qui impliqueront un meilleur accès alimentaire supérieur pour les ménages très pauvres.


    Zone de préoccupation: Zone de moyen d’existence de la plaine de Mahafaly : manioc, chèvres et bovins (MG23), avec un accent sur le district de Betioky (Figure 6)

    Figure 6

    Carte de référence du secteur préoccupant : intersection de la zone de moyen d’existence MG23 avec le district de Betioky
    Zone de preoccupation MG23 avec un accent sur Betioky

    Source: FEWS NET

    La production agricole 2022/23 : comme dans la majeure partie du Grand Sud, les précipitations moyennes à supérieures à la moyenne observées à Betioky ont entraîné une amélioration significative de la production agricole par rapport aux années de sécheresse précédentes. Selon le ministère de l’Agriculture (MINAE), la production de manioc dans la région d’Atsimo-Andrefana a augmenté de plus de 30 pour cent par rapport à l’année précédente, et la production de maïs a augmenté de 7 pour cent. Cependant, la production de patates douces et de haricots est restée inférieure aux niveaux de la campagne précédente, et la production de manioc, de patates douces, de maïs et de haricots est restée inférieure à la moyenne sur cinq ans en raison d’un accès limité aux semences et à la vigne. La production de haricots a connu une diminution marquée de 59 pour cent par rapport à l’année dernière, de nombreux ménages ayant consommé leurs stocks de semences pendant la sécheresse et n’ayant pas les moyens d’en acheter de nouvelles. Malgré l’amélioration des performances pluviométriques, la zone ouest du district de Betioky, dans la MG23, a rencontré des difficultés dans la relance de sa production agricole et animale. La gestion de l’eau demeure un obstacle important. Après le passage du cyclone Freddy, plusieurs portions du fleuve principal, l’Onilahy, se sont trouvées envasées, entraînant une mauvaise production de riz. Lors d’une évaluation menée sur le terrain à Betioky en septembre, de nombreux ménages ont expliqué qu’un déficit pluviométrique localisé de courte durée lors du stade végétatif du développement du maïs et du haricot avait eu un impact négatif sur la production dans cette zone. La mauvaise qualité des sols dans le district demeure également un facteur limitant.

    Les stocks alimentaires des ménages : de nombreux ménages sont actuellement en fin de récolte de manioc. Les stocks alimentaires des ménages pauvres sont proches de l’épuisement ou effectivement épuisés, et ces ménages commencent à dépendre davantage des achats sur les marchés pour leur alimentation. Mais les prix élevés des denrées alimentaires essentielles et la faiblesse des revenus limitent la capacité des ménages pauvres à accéder aux aliments sur les marchés.

    Figure 7

    Manioc récolté, observé lors d’une visite de terrain à Betioky, en septembre 2023
    A pile of cassava at the main market in Betioky

    Source: FEWS NET

    L'accès et disponibilité alimentaire : les marchés sont bien approvisionnés en manioc (Figure 7), et la production locale permet toujours d’approvisionner d’autres districts. Le prix du manioc séché connaît une baisse saisonnière (à 300-500 ar/kilo) sur les marchés locaux, bien que les prix soient deux à trois fois plus élevés à Toliara en raison des coûts de transport élevés. Les prix de la citrouille et de l’arachide pratiqués actuellement sur les marchés sont faibles en raison de niveaux de production supérieurs à la moyenne et d’un accroissement de l’offre. 

    Les prix du bétail : les pâturages et l’eau disponibles grâce à une saison des pluies favorable ont permis de bonnes conditions de vie pour le bétail. Bien que les prix actuels des bovins soient élevés, ceux-ci devraient chuter de plus de 50 pour cent lors du pic de la saison de soudure, car la réduction du pouvoir d’achat engendrera une faible demande. Les ménages pauvres vendent sporadiquement des poulets pour couvrir leurs déficits immédiats. 

    Le travail indépendant : de nombreux ménages comptent sur la vente de produits d’artisanat, de charbon de bois et de bois de chauffage pour compléter leurs revenus, bien que la demande pour ces articles reste inférieure à la moyenne à la suite d’années successives de chocs météorologiques. La vente d’aliments sauvages commence généralement en octobre, au début de la saison de soudure, lorsque les stocks alimentaires des ménages sont presque épuisés. Les ménages pauvres et très pauvres comptent souvent sur la cueillette de mangues immatures, de moky (une sorte de racine sauvage comestible), de cactus et de fruits de tamarin qui sont mélangés à des cendres pour la consommation et la vente.

    Suppositions

    • L’accès aux semences (pour le maïs et les haricots) devrait rester limité en raison de coûts élevés et d’un approvisionnement réduit, entraînant une réduction des superficies semées par les ménages pauvres et très pauvres.
    • Les prix du poulet devraient rester stables tout au long de la période du scénario.
    • Des portions du fleuve Onilahy devraient rester envasées, empêchant une production significative du riz lors de la prochaine saison agricole.
    • Les infestations de nuisibles et de chenilles légionnaires sur les plants de maïs et de légumineuses pourraient entraîner une production inférieure à la moyenne, limitant les stocks et augmentant la demande en manioc. Les prix du maïs, du manioc et des légumineuses sur les marchés seront probablement supérieurs à la moyenne. 
    • D’importantes distributions humanitaires de vivres et d’espèces devraient être lancées en février et se poursuivre tout au long de la période de soudure. 

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    D’octobre 2023 à janvier 2024, des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) sont attendues, les ménages pauvres épuisant leurs stocks de racines et de tubercules et se mettant à dépendre d’achats alimentaires sur les marchés. Bien que les activités de travail agricole soient appelées à constituer la principale source de revenus, les prévisions qui annoncent des niveaux de production inférieurs à la moyenne réduiront probablement les revenus issus de ces activités. Les revenus et le pouvoir d’achat inférieurs à la moyenne des ménages pauvres et très pauvres limiteront leur capacité à se procurer sur les marchés des aliments en quantités suffisantes pour répondre à leurs besoins caloriques minimaux, dans un contexte de prix élevés et en hausse. Les ménages intensifieront probablement d’autres stratégies de subsistance, comme le petit commerce et la vente de produits artisanaux, de bois de chauffage et de fruits sauvages. Les revenus provenant de ces sources devraient cependant rester inférieurs à la moyenne, et il est peu probable qu’ils couvrent les besoins alimentaires et non alimentaires minimaux. Pour atténuer leurs déficits de consommation alimentaire, les ménages augmenteront probablement leur consommation d’aliments sauvages. En raison d’un accès limité à la nourriture, de nombreux ménages réduiront la fréquence de leurs repas à un repas par jour. 

    De février à mai 2024, d’importantes distributions humanitaires de vivres et d’espèces devraient permettre des améliorations aboutissant à des situations de Stress! (Phase 2! de l’IPC). Entre mars et mai, la consommation et la diversité alimentaire devraient tendre à s’améliorer, à mesure que les ménages commenceront la récolte du maïs, des arachides, et des patates douces destinés à la consommation et à la vente limitée. Des situations de Stress (Phase 2 de l’IPC) sont probables au cours de cette période. Cependant, l’impact du phénomène El Niño devrait réduire la production agricole. Les stocks ne devraient donc pas durer au-delà du mois de mai pour les ménages pauvres et très pauvres. Ces ménages continueront probablement à s’appuyer sur les achats sur les marchés pour compléter leur production inférieure à la moyenne. Compte tenu des niveaux de production inférieurs à la moyenne et des capacités d’embauche réduite des ménages aisés, les revenus tirés des activités agricoles devraient s’avérer inférieurs à la moyenne. En outre, la vente de fruits sauvages deviendra indisponible en tant que source de revenus du fait de la saison. Les revenus provenant d’autres opportunités de travail indépendant devraient rester inférieurs à la moyenne, et les ménages continueront de rencontrer des difficultés dans la satisfaction de leurs besoins non alimentaires essentiels. 

    Les résultats de l’enquête du troisième trimestre menée par le Système de Surveillance Nutritionnelle (SSN) en septembre, lors de la période post-récolte, montrent une prévalence de 5,4 pour cent de la MAG au niveau du district, indiquant un niveau d’Alerte (Phase 2 de l’IPC). Pour autant, le district de Betioky devrait connaître une aggravation de la malnutrition, laquelle devrait atteindre un niveau Grave (Phase 3 de l’IPC) en raison de la recrudescence saisonnière des maladies hydriques et de la réduction de l’accès alimentaire des ménages. Les niveaux de malnutrition aiguë devraient atteindre leur pic entre janvier et avril 2024. Un changement positif dans le scénario nutritionnel est attendu entre les mois de mars et de mai. La situation devrait alors passer de Grave (Phase 3 de l’IPC) à Alerte (Phase 2 de l’IPC), grâce à la disponibilité des aliments récoltés et à l’augmentation des revenus provenant du travail agricole qui amélioreront ainsi l’accès alimentaire des ménages extrêmement pauvres.

    Citation recommandée: FEWS NET. Madagascar Perspectives sur la sécurité alimentaire Octobre 2023 - Mai 2024: Des situations de Crise (Phase 3 de l’IPC) généralisées attendues en novembre, dans un contexte d’assistance humanitaire insuffisante, 2023.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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