Perspectives sur la sécurité alimentaire

La production de denrées de base en dessous de la normale conduit à une soudure précoce et sévère dans le sud de Madagascar

Juin 2020 - Janvier 2021

Juin - Septembre 2020

Octobre 2020 - Janvier 2021

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • Le gouvernement de Madagascar a levé de nombreuses mesures adoptées pour ralentir la propagation du COVID-19, ce qui a permis une reprise des activités économiques dans une certaine mesure. Le mouvement des personnes n’est plus restreint sauf dans les régions d’Analamanga et d’Antsinanana.

  • Les sources de revenus des ménages pauvres sont inférieures à la moyenne dans plusieurs zones. Les envois de fonds dans le sud de Madagascar, par exemple, restent inférieurs à la normale, du fait que la main-d’œuvre agricole ne peut pas migrer vers l’ouest et le nord de Madagascar comme d’habitude, ces zones n’étant accessibles que par des routes nationales qui traversent des villes confinées.

  • En moyenne, bien que la période de récolte ait débuté, les prix sont restés stables ou ont diminué légèrement d’avril à mai dans le sud, en raison d’une production attendue inférieure à la moyenne. Les prix des denrées de base sur les marchés urbains ont également baissé de 10 %, mais ils restent au-dessus de la moyenne.

  • L’insécurité alimentaire de la majeure partie du pays reste minime (Phase 1 de l’IPC), y compris dans les trois villes précédemment confinées où l’aide alimentaire humanitaire en cours maintient la situation au niveau « minimal ! » (Phase 1 ! de l’IPC). Dans le Sud du pays, des situations de stress (Phase 2 de l’IPC) et de crise (Phase 3 de l’IPC) sont observées et devraient persister jusqu’en octobre, après quoi la sécurité alimentaire devrait légèrement se détériorer avec le début de la soudure.

Contexte National

Situation actuelle

Suite à la confirmation du premier cas positif de COVID-19 au mois de mars, le gouvernement malgache a déclaré l’état d’urgence sanitaire et a pris des mesures pour contenir la propagation du virus. Les mesures qui ont affecté le plus durement l’économie et les activités génératrices de revenus chez les ménages pauvres ont notamment été l’interdiction des voyages internationaux à Madagascar, les couvre-feux dans les principales villes touchées et la restriction des transports en commun au départ et à destination des villes confinées. Le 29 juin, le pays avait atteint 2 138 cas confirmés, avec 20 décès enregistrés. Les mesures du gouvernement ont été levées dans certains districts aux abords de Fianarantsoa, Antananarivo et Toamasina, mais tout déplacement au départ ou à destination de ces deux dernières reste interdit.

Au premier trimestre 2020, l’Institut National de la Statistique (INSTAT) a constaté que les revenus d’exportation ont diminué de 2,4 % par rapport à l’année précédente en raison de la chute des prix des exportations courantes et d’une diminution brutale du tourisme, situation due en grande partie à la pandémie de COVID-19. Ces conséquences viennent s’ajouter à celles de la chute des revenus d’exportation entre 2018 et 2019, estimée à environ 52 % en raison de la baisse des exportations de minerais, de vanille et de crevettes. En termes de valeur, l’exportation des cultures marchandes et des minerais est la plus touchée, avec une baisse de 20 % pour la vanille et de 60 % pour les minerais exploités. Le secteur touristique est également touché ; on constate une baisse de 100 % du nombre de touristes arrivant sur l’île d’avril à juin par rapport à 2019, en raison de l’interdiction des vols de passagers internationaux à destination de Madagascar.

La campagne agricole de 2019-2020 a été marquée par plusieurs catastrophes, notamment des inondations dans le centre et le nord du pays, des infestations d’insectes comme des chenilles légionnaires d’automne principalement dans les régions du sud et du centre-ouest, ainsi qu’un déficit pluviométrique important dans le sud depuis fin décembre. Les inondations n’ont eu qu’une faible incidence sur la production de riz, mais ont endommagé considérablement les infrastructures agricoles, telles que les barrages, les routes et les canaux dans l’ouest du pays. Selon des estimations de la FAO, la production nationale de maïs a baissé du fait de la réduction de la superficie cultivée avec des prévisions de faibles rendements, des infestations de chenilles légionnaires d’automne, des pertes dues aux inondations et de la sécheresse dans le sud. La sécheresse a également eu une incidence négative dans les légumineuses et l’élevage.

La production nationale de riz de 2020/2021 devrait être proche de la moyenne. La plupart des zones agricoles ont commencé la récolte de riz en avril, comme c’est habituellement le cas. D’autres zones, telles que la région d’Aloatra-Mangoro et le nord-ouest où l’on a replanté des rizières après les inondations survenues en janvier et en février, ont néanmoins commencé la récolte en mai. Dans le sud, la disponibilité du riz local était inférieure à la normale en mai, ce qui s’explique par les déficits pluviométriques dans les zones principales de production, telles que les districts de Betroka, d’Amboasary, de Bekily, de Betioky, de Tuléar II et de Benenitra. Le maïs a été la denrée la plus touchée par les déficits pluviométriques de janvier et février 2020. Les réserves des ménages sont aujourd’hui quasiment épuisées et la quantité stockée par les grossistes est très basse. Quant au manioc, malgré une production presque normale pendant la période de récolte de 2019 dans le sud, son stock de manioc sec est quasiment épuisé depuis fin mai.

Les importations de produits alimentaires du premier trimestre de 2020 ont diminué de près de 10 % par rapport à la même période l’année dernière. Malgré quelques perturbations au niveau international dues au COVID-19, et des délais occasionnés pour les marchandises importées, l’offre est désormais revenue à la normale dans l’ensemble du pays. Les prix restent néanmoins élevés en raison de la dévaluation du MGA et de la hausse des coûts de transport. Par exemple, le taux d’inflation annuel de Tuléar, principale ville du sud, était de 12 % en avril 2020, ce qui est bien plus élevé que le niveau national qui s’élève à 4,6 %. Les prix, notamment des denrées alimentaires, sont anormalement élevés malgré la période de pré-récolte. Selon un rapport de suivi du marché publié par le PAM, plusieurs marchés ont connu des hausses du prix du maïs, du riz local, des légumineuses et du manioc en mai. En outre, les prix des denrées de base et des produits de première nécessité sont bien au-dessus de la moyenne sur les marchés non intégrés les plus reculés. Ces prix supérieurs à la moyenne dans le sud s’expliquent principalement par une mauvaise récolte due aux faibles précipitations de 2019/2020.

Dans les centres urbains, les ménages pauvres dépendent des marchés pour se procurer des denrées alimentaires et ils y ont actuellement accès en réduisant les dépenses non alimentaires pour maintenir leur niveau de consommation. Le confinement des villes de fin mars à mai/juin a diminué de moitié les revenus des ménages pauvres en milieu urbain qui dépendent du travail quotidien, du petit commerce et de l’accès aux transports en commun, ainsi que les revenus de ceux qui ont perdu leur emploi stable. Les revenus des ménages qui dépendent des exportations et du tourisme ont été quasiment nuls depuis le début d’année en raison de la baisse de la demande envers certaines exportations et des interdictions de voyager.

Dans la plupart des zones non urbaines du pays, les ménages pauvres dépendent aujourd’hui principalement de leur propre production, mais ceux de l’extrême sud dépendent toujours des marchés. Pour se procurer de la nourriture, les ménages pauvres doivent acheter à crédit auprès des commerçants. En fin mai, les ménages pauvres consommaient généralement des aliments sauvages, notamment les fruits de cactus rouges (Opuntia stricta) que l’on trouve sur la côte, les tubercules sauvages que l’on trouve surtout aux alentours des forêts et d’autres fruits pour satisfaire leurs besoins. Toutefois, la consommation excessive de ces aliments depuis novembre réduit leur disponibilité et la consommation actuelle est ainsi plus limitée que d’ordinaire. Chez les ménages plus aisés, les revenus découlant de l’élevage et de la vente des récoltes de cultures marchandes ont diminué, tandis que chez les ménages pauvres, les opportunités de diversification des sources de revenus sont limitées. En outre, les ménages pauvres vivant dans le sud de Madagascar envoient généralement un membre de leur famille travailler dans d’autres régions quand l’année est mauvaise. Depuis mars, les restrictions liées au COVID-19 ont eu une incidence sur les déplacements, ce qui explique les faibles montants des envois de fonds. Bien que les travailleurs du sud ne migrent habituellement pas vers les villes précédemment confinées, les villes de l’ouest et du nord de Madagascar ne sont accessibles que par des routes nationales qui traversent Fianarantsoa et Antananarivo. En fin mai, les ménages pauvres dépendaient plus de la vente de charbon ou de bois de chauffage pour leurs revenus.  Même les revenus des exploitations minières informelles ne sont pas rentables en raison de la faible demande.

Les conséquences sur le commerce risquent d’avoir une incidence sur la rentabilité de la production et la disponibilité alimentaires. Pour ce qui est des zones qui dépendent des commerçants informels pour la commercialisation de la production (excédentaire) et l’offre des marchés (déficitaires), les restrictions du commerce interrégional ont entraîné une baisse des prix à la production dans les zones excédentaires, réduisant ainsi les revenus des producteurs, et une hausse des prix du marché dans les zones déficitaires.

L’aide humanitaire à Madagascar est centrée sur le sud et les centres urbains précédemment confinés de Fianarantsoa, Toamasina I et Antananarivo. Aujourd’hui plus de 25 % de la population totale, soit 220 000 personnes, bénéficient des interventions du PAM dans le sud du pays, avec une ration de 15 jours et des denrées alimentaires supplémentaires pour les femmes enceintes/allaitantes et les enfants âgés de moins de 2 ans. Les programmes d’aide de l’association CRS dans les communes de Tsihombe, de Beloha et d’Ampanihy permettent aujourd’hui à 279 400 personnes de bénéficier d’une distribution alimentaire générale. Le projet « Argent Contre Travail » de l’ONG Welthungerhilfe dans les quatre communes vulnérables de Fort-Dauphin cible environ 20 % des ménages pauvres et très pauvres. L’ACF et l’UNICEF soutiennent des programmes qui luttent contre la malnutrition aiguë sévère chez les enfants dans les centres de prise en charge (PECMAS), en maintenant le Système de Surveillance Nutritionnelle (SSN) et en renforçant la chaîne d’approvisionnement des apports nutritionnels jusqu’au mois de septembre 2020. Dans le cadre de l’intervention d’urgence en réponse au COVID-19, le gouvernement malgache, avec l’aide financière de donateurs internationaux, effectue des transferts monétaires dans les villes précédemment confinées à 30 % des ménages, les plus pauvres, dont les moyens d’existence dépendent du secteur informel, pour améliorer leur accès aux principaux produits alimentaires et non alimentaires. Près de 140 000 ménages vivant à Antananarivo, 25 000 à Toamasina et 20 000 à Fianarantsoa ont pu recevoir 100 000 MGA par mois en mai et en juin. Ces transferts ont permis de répondre à 70 % de leurs besoins mensuels.

 

Événements susceptibles de faire évoluer les prévisions

Différents événements possibles au cours des huit prochains mois qui risquent de changer le scénario le plus probable. 

Zone evenement consequences pour les situations de la securite alimentaire
Nationale Cyclones La saison des cyclones 2020/2021 devrait commencer plus tôt, en décembre 2020. Des perturbations risquant de toucher Madagascar, potentiellement sur la côte est, une augmentation des prévisions pluviométriques est donc à prévoir. Ces précipitations risquent également d’entraîner des dommages et inondations pour les rizières et les cultures marchandes le long de la côte est. Selon la force et la trajectoire du cyclone, la sécurité alimentaire dans les zones d’impact pourrait détériorer ou s’améliorer. Si des cyclones touchent le nord, l’ouest ou l’est du pays, ces zones localisées pourraient passer temporairement en situation de stress (Phase 2 de l’IPC), avec certains ménages susceptibles de passer en situation de crise (Phase 3 de l’IPC). La situation, cependant, devrait s’améliorer si un cyclone touche le sud ou le sud-ouest du pays, car une hausse des précipitations améliorerait les conditions de culture. Les conséquences sur la sécurité alimentaire dépendraient également du moment de passage du cyclone.  
Nationals  Nouvelles restrictions du gouvernement liées au COVID-19  Une seconde vague du COVID-19 est possible. Quelque soit le moment et la manière dont le gouvernement adoptera des mesures restrictives pour lutter contre cette seconde vague, celles-ci pourraient avoir des conséquences négatives sur l’économie, en particulier pour les ménages les plus pauvres, et sur l’accès aux sources de revenus et aux denrées alimentaires. L’insécurité alimentaire des trois centres urbains les plus touchés, et potentiellement d’autres grandes villes, risque de passer en situation de stress (Phase 2 de l’IPC), avec plus de ménages en situation de crise (Phase 3 de l’IPC).

 

 

Pour plus d'informations sur les perspectives concernant des domaines de préoccupation spécifiques, veuillez cliquer sur le bouton de téléchargement en haut de la page pour obtenir le rapport complet.

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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