Perspectives sur la sécurité alimentaire

Récoltes incertaines en saison B au nord-est et centre-est dans un contexte de crises multiformes

Juin 2020 - Janvier 2021

Juin - Septembre 2020

Résultats estimés les plus probables de la sécurité alimentaire, juin 2020- septembre 2020 : La plupart de la sud-est est en Stress (Phase 3 de l'IPC) et le plupart de le nord est en Minimal (Phase 1 de l'IPC). Parts des provinces de Kasai, Kasai Central, Nord-Kivu, Ituri, Sud-Kivu, et Tanganyika sont en Crise (Phase 3 de l'IPC)

Octobre 2020 - Janvier 2021

Résultats estimés les plus probables de la sécurité alimentaire, octobre 2020-janvier 2021 : La plupart de la sud-est est en Stress (Phase 3 de l'IPC) et le plupart de le nord est en Minimal (Phase 1 de l'IPC). Parts des provinces de Kasai, Kasai Central, Nord-Kivu, Ituri, Sud-Kivu, et Tanganyika sont en Crise (Phase 3 de l'IPC), le territoire de Djugu dans la province d'Ituri est en Urgence (Phase 4 de l'IPC)

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Non cartographié
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire. FEWS NET ne cartographie que l’est de la RDC.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Non cartographié
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire. FEWS NET ne cartographie que l’est de la RDC.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Non cartographié
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • Le mois de juin marque le début des principales récoltes pour la saison B dans le nord-est et centre-est de la RDC. On s’attend à une production agricole inférieure à la normale du fait des effets conjugués des perturbations climatiques marquées par des fortes inondations dans le centre-est, de l’insécurité et des effets des restrictions en lien avec COVID-19.

  • En dépit des mesures restrictives prises par le gouvernement de la RDC pour limiter la contamination à grande échelle de COVID-19 à travers le pays, sa progression alarmante déjà dans les 13 provinces déjà touchées en trois mois, sur les 26 que compte le pays, reste préoccupante. On compte à ce jour, 7 039 cas confirmés avec un taux de létalité de 2,4 pourcents. Ces mesures ont produit des effets non négligeables impactant les moyens d’existence des ménages qui se voient limiter dans leurs mouvements.

  • Depuis avril 2020, les pluies torrentielles qui se sont déversées sur Uvira et dans la région, ont occasionné des inondations et d’importants dégâts matériels. Selon OCHA, plus de 500 000 personnes sont affectées par ces inondations avec des risques sévères d’insécurité alimentaire parce qu’ayant perdu la quasi-totalité de leurs réserves de nourriture et leurs moyens de subsistance. Malgré les efforts des humanitaires avec des plans de réponse faiblement financés à ce jour, (12 pourcents selon OCHA), on pourrait s’attendre à une détérioration certaine de la situation d’urgence actuelle dans cette partie du pays.

  • Pendant qu’on s’attendait à la déclaration de la fin de l’épidémie d’Ebola en RDC, une nouvelle apparition venait d’être déclarée dans la province de l’Equateur à Mbandaka et Bikoro. Cette onzième épidémie qui a déjà fait 6 victimes et qui s’ajoute à COVID-19, pourrait produire des effets négatifs sur la qualité de la vie et la sécurité alimentaire des ménages dans cette province considérée comme grenier de la ville de Kinshasa. Cette situation pourrait s’empirer durant cette période de soudure et d’expansion de la pandémie à COVID-19 et nécessite une intervention rapide pour limiter sa propagation dans les régions voisines.

  • Entre juin et septembre 2020 les provinces de forte insécurité, déplacement, ou ayant connu des catastrophes naturelles (Ituri, Nord Kivu, Sud Kivu, Tanganyika, Kasaï, et Kasaï Central) resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC) à la suite des chocs de ces crises sur les moyens d’existence de ménages, pendant que le reste des provinces dans l’est du pays seront en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) et les provinces du nord restent en Minimal (Phase 1 de l’IPC). Entre octobre 2020 et janvier 2021, le territoire du Djugu en Province d’Ituri, qui aura accusé une carence alimentaire significative et aura épuisé leurs stratégies de crise pourront évoluer en situation d’Urgence (Phase 4 de l’IPC), tandis que les autres zones de conflits et gros déplacement (Sud-Kivu, Nord-Kivu, Tanganyika, Ituri, Kasaï, et Kasaï Central) resteront en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC). Les régions plus stables des provinces seront en Stress (Phase 2 de l’IPC) et les provinces du nord restent en Minimal (Phase 1 de l’IPC).

Contexte National

La pandémie de COVID-19 et les épidémies : Le nombre de cas de COVID-19 en République Démocratique du Congo (RDC) est en augmentation constante. Le foyer épidémique principal se trouve actuellement à Kinshasa mais des cas ont aussi été détectés dans d'autres provinces du pays. Le Kongo Central est la seconde province la plus touchée par l'épidémie.

En ce moment, on assiste à une expansion progressive de la maladie vers des nouvelles provinces malgré les restrictions gouvernementales. Ces restrictions comprennent principalement la suspension de tous les vols internationaux, la déclaration de l’état d'urgence et la fermeture de toutes les frontières du pays sauf pour les camions, navires et avions cargos avec fret.

Alors qu’en date du 10 mars le pays comptait qu’un seul cas confirmé, au 30 juin 2020, la RDC compte 7 039 cas notifiés avec un taux de mortalité de 2.4 pourcents. Certains experts craignent une catastrophe avec la maladie dans les jours à venir et demandent carrément au gouvernement de revoir l'ensemble du plan de lutte contre l’épidémie. Les mesures de restriction mises en place pour éviter la propagation de la maladie ont plombé l’économie des ménages et du pays en général. On assiste à une augmentation du nombre des chômeurs dans les secteurs privé et informel.  

En plus de COVID-19, bien que la fin de l’épidémie de MVE (Maladie à Virus Ebola) ait été déclarée le 25 juin dans la Province du Nord Kivu, une nouvelle apparition de MVE venait d’être déclarée dans la province de l’Equateur à Mbandaka et Bikoro depuis le 31 mai 2020, ce qui pourrait compliquer et anéantir davantage les efforts dans la lutte contre COVID-19 progressant rapidement à travers le pays. En outre, il conviendra de noter que la RDC depuis près de deux ans, connait la plus grande épidémie de rougeole au monde, qui a tué plus de 6 600 personnes dans une centaine de zones de santé (1/5 du pays). Depuis janvier 2020, environ 50 000 cas de rougeole ont été officiellement notifiés, et plus de 600 décès enregistrés.

Contexte humanitaire : La République Démocratique du Congo constitue l’une des situations humanitaires les plus complexes et difficiles, compte tenu de la multiplicité des conflits qui affectent plusieurs zones de ce vaste territoire et reste le théâtre d’éruptions sporadiques de violence – en particulier dans sa partie est. A cette situation de crise prolongée s’ajoute la pandémie de COVID-19 sur laquelle toute l’attention des acteurs est tirée avec le risque que la crise ancienne soit oubliée.

Mouvements des populations : Les conflits multiples ont forcé de nombreux Congolais à fuir leurs foyers luttant pour leur survie. La situation sécuritaire en RDC demeure préoccupante, notamment dans la partie est du pays. Des milliers des personnes fuient leurs maisons pour se mettre à l’abri des violences perpétrées par les groupes armés et des violences intercommunautaires. Dans la province de l’Ituri, la situation dans les trois territoires de Bunia, Djugu et Mahagi, continue à se détériorer depuis fin décembre 2019 à la suite des affrontements entre l'armée congolaise et les groupes armés. Ce climat d’insécurité a occasionné des nouvelles vagues de déplacements des populations.

Dans la province de Tanganyika, la situation dans le secteur de Fube au sud de Moba centre demeure particulièrement préoccupante ces derniers temps, avec l’arrivée massive des déplacés de Moliro à la suite des incidents du 13 mars 2020 survenus entre les forces navales zambiennes et congolaises. Selon l’OIM, 1 435 personnes déplacées sont arrivées à Moba centre en fin mars 2020. A ce jour, l’accès des ménages aux champs et aux autres moyens d’existence dans cette localité reste limité, entrainant une forte pression sur les ressources locales.

A ce jour, la RDC compte environ 5,5 millions de personnes déplacées internes, dont près de 1,2 million dans la seule province de l’Ituri. Bien que des nombreuses personnes soient retournées dans quelques provinces du pays depuis janvier 2020, notamment dans l’Ituri (152,000 - 49 pourcents de retour), le Nord-Kivu (55,900 - 24 pourcent), le Sud-Kivu (132,000 - 12 pourcents), le Tanganyika (220,000 - 12 pourcents) et le Maniema (20,000 - 21 pourcents), leur accompagnement au retour reste un défi à relever. La plupart de ces retournés retrouvent leurs biens, leurs commerces et leurs écoles en ruines.

La RDC accueille également plus d’un demi-million de réfugiés en provenance des pays voisins. Des nouveaux flux de réfugiés continuent d’arriver du Burundi, de la République Centrafricaine et du Soudan du Sud. Selon le UNHCR, le pays compte à ce jour 524 000 réfugiés et 2 264 demandeurs d’asile. Par ailleurs près de 880 000 réfugiés congolais et demandeurs d’asile sont accueillis dans les autres pays de la région. La carte (Figure 1) ci-dessous montre les différents flux des populations à l’interne comme à l’externe.

Situation agro-climatologique : Depuis avril 2020, le pays a connu des perturbations climatiques qui se sont matérialisées par des pluies torrentielles dans plusieurs provinces causant ainsi des inondations et dégâts matériels importants du fait des crues et débordements des différentes cours d’eau. C’est le cas des territoires d’Uvira et de Fizi dans le Sud-Kivu qui ont connu des fortes crues depuis mi-avril avec un bilan qui se chiffre à 43 morts, 145 blessés, et quelques 39 910 ménages agricoles affectés par la destruction de près de 9 979 hectares des cultures vivrières et maraîchères.

Dans ces mêmes territoires, on signale également les dommages importants sur les canaux d’irrigation des champs, sept en tout, ayant la capacité de desservir au moins 15 000 ménages. On note environ 175 km de routes de desserte agricole détruites pour les mêmes causes.

Selon les estimations des autorités locales, environ 500 000 personnes sont directement affectées par ces inondations et 78 000 personnes seraient hébergées dans 38 sites de déplacés et 5 000 ménages d’accueil.

Les provinces de l’Ituri (Territoire du Djugu), du Maï-Ndombe et du Kasaï ont également été touchées par ces inondations qui ont emporté des centaines de maisons et détruit des milliers d’hectares de cultures.

Saison agricole B : A l’issue de cette catastrophe naturelle dans la région Centre-est et une partie du nord-est, sud, les récoltes de la saison B, qui est normalement récolté à partir de juin à septembre, ont été les plus incertaines et très inférieures à la normale. La plaine de la Ruzizi considérée comme le grenier agricole pour le Sud-Kivu, a perdu ses récoltes et les disponibilités présentes proviennent des zones excédentaires voisines. L’on devra signaler la perte de semences agricoles pour la prochaine saison agricole dans cette région et ceci restera un défi à relever pour une reprise de la prochaine campagne de saison A qui commence en septembre 2020 et sera récolté à partir de janvier 2021.

La situation nutritionnelle : La situation nutritionnelle en ce moment demeure préoccupante avec des taux de malnutrition de plus en plus élevés par rapport aux dernières années dans les régions qui ont connu récemment l'insécurité, la maladie ou des catastrophes naturelles. Les récentes enquêtes nutritionnelles SMART effectuées dans sept zones de santé au courant de la période de janvier à juin 2020 ont toutes révélé des taux de malnutrition aigüe globale (MAG) par le poids/taille avec le Z-score supérieurs au seuil d’alerte de plus de 10 pourcents (Zones de santé de Minembwe au Sud-Kivu, Manono et Ankoro dans le Tanganyika, , Basankusu à l’Equateur , et Bukama dans le Haut-Lomami ) et parfois au-delà du seuil d’urgence à plus de 15 pourcents (Zones de santé de Kamina, et Bikoro). Quant à la prévalence de la malnutrition chronique par (taille/âge), elle dépasse le seuil critique de 40 pourcents dans toutes les zones de santé enquêtées.

Selon le bulletin de surveillance nutritionnelle SNSAP (surveillance nutritionnelle, sécurité alimentaire et alerte précoce), au cours du premier trimestre 2020, 41 pourcents des zones de santé sont sous contrôle, alors que 44 pourcents sont à suivre de près et 6 pourcents sont en alerte. Le rapport MICS publié en décembre 2019 pour l’ensemble du pays, fait mention de la faible diversité alimentaire minimum pour les enfants de 6-59 mois et les femmes enceintes et allaitantes (15,2 pourcents) qui constitue les principales causes de la malnutrition auxquelles s’ajoutent les causes conjoncturelles et structurelles. Le cluster nutrition estime que seul un montant de 20 millions a été débloqué par les différents bailleurs de fonds sur 189 millions sollicités (soit à peine 10.6 pourcents) pour couvrir les besoins nutritionnels durant le 1e semestre de l’année 2020. Quant aux bénéficiaires assistés, seules 271 254 personnes ont été atteintes par les activités nutritionnelles sur 1 282 800 planifiées (soit 21 pourcents). La couverture spatiale des activités de nutrition est de 24 pourcents actuellement à travers le pays.

Marchés et prix des denrées : Depuis le début de cette année, on assiste à une dévaluation progressive de la monnaie locale face aux devises étrangères. Cette situation s’est accentuée avec les mesures de confinement prises pour combattre la propagation de la pandémie de COVID-19. Au début du mois de janvier 2020, 1 USD s’échangeait à 1 650 CDF mais en date du 10 juin, le taux est à 2 000 CDF sur le marché parallèle (soit une dépréciation de 21 pourcents). Cette situation a eu des effets négatifs sur le comportement des prix des produits de base malgré la suspension par le gouvernement des certaines taxes notamment la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les produits de base importés.

Flux transfrontaliers : Depuis la fermeture des frontières du fait de COVID-19, les échanges transfrontaliers sont au ralentissement. Avec les restrictions gouvernementales, seuls les cargos alimentaires sont autorisés à franchir les frontières. Cette mesure a paralysé tous les petits commerçants qui agissaient en informel et qui conditionnaient une part importante des disponibilités alimentaires sur les marchés locaux pour les produits en provenance des pays voisins notamment le Rwanda à travers Gisenyi, l’Ouganda à travers Mahagi et Kaseni, et la Zambie à travers Kasumbalesa. Il conviendra de noter que certains petits commerçants informels se sont organisés pour se mettre en association et faire des importations groupées et déclarées, cas de la ville de Bukavu, notamment pour l’approvisionnement en viande de bœuf à partir du Rwanda voisin.

Assistance humanitaire : L'insécurité a sérieusement entravé la réponse humanitaire, entraînant une diminution des activités de certaines organisations humanitaires, ce qui a permis, au cours du dernier mois, de ne toucher qu'environ 66 000 personnes sur les 200 000 personnes déplacées qui ont été ciblées comme populations ayant besoin d'assistance en Ituri. Les mesures de restriction imposées par le gouvernement pour éviter la propagation du COVID-19 ont exacerbé ce défi d’accès aux personnes en besoin d’assistance dans cette province car les humanitaires qui passaient par l’Ouganda pour accéder à Djugu et Mahagi se voient bloqués dans leurs mouvements. Selon le Dashboard du cluster sécurité alimentaire, plus de 5.8 millions de personnes étaient ciblées pour recevoir l’assistance alimentaire toute la RDC mais seulement 2,3 millions (soit 39 pourcent) ont reçu une assistance soit par le biais d'un panier alimentaire soit en espèces avec différents modes de distribution durant la période de janvier à juin 2020 et seulement 10 pourcents de financement sollicité ont été mobilisés par les donateurs.

Les acteurs humanitaires exhortent, entre autres, le Gouvernement Congolais à fournir un environnement sûr, propice à la fourniture durable et sécurisée de l'aide humanitaire. Ils appellent également les donateurs à augmenter le financement de l'opération humanitaire en RDC. A ce jour, seuls 11 pourcents des 2,1 milliards de dollars américains demandés dans le cadre du plan de réponse humanitaire de la RDC 2020 ont été financés.

Suppositions

Le scénario le plus probable de juin 2020 à janvier 2021 est basé sur les hypothèses suivantes au niveau national :

Saison agricole A : Selon les previsions de la NOAA, la prochaine saison pluvieuse devrait commencer à son temps en septembre 2020 avec des niveaux de précipitations normales au début de la saison agricole. On pourrait s’attendre à quelques anomalies en termes des pluies inférieurs à la moyenne dans certaines zones localisées au centre-est et au centre-sud. Comme indiqué sur les graphiques ci-contre. Les prévisions annoncent des précipitations adéquates et bien réparties qui pourront profiter aux cultures. Globalement, ces prévisions devront favoriser une saison agricole normale sur l’ensemble du pays.

Pandémie de COVID-19 : Étant donné la détérioration de la situation épidémiologique du COVID-19 par l'augmentation du nombre de personnes infectées et du nombre de décès, notamment à Kinshasa et dans d'autres villes du pays comme Matadi, Lubumbashi, Bukavu et Goma, on s'attend à ce que le gouvernement maintienne les mesures d'endiguement, malgré leurs effets négatifs sur les moyens de subsistance des ménages. Les frontières avec tous les pays voisins devraient rester fermées dans un avenir prévisible, y compris pendant la durée de notre période de scénario, et les activités informelles qui soutiennent des millions de ménages pauvres seront touchées. 
Macroéconomie : Etant donné que l’économie du pays repose essentiellement sur ses exportations de minerais, en particulier le cuivre et le cobalt, pour les redevances et revenus en devises, les inquiétudes concernant la logistique des chaînes d'approvisionnement et la baisse de la demande mondiale imposée par les mesures de confinement de COVID-19 pourraient diminuer les recettes publiques, ralentir l'économie et diminuer la production de ces ressources minières. Le gouvernement congolais sera donc confronté à une baisse de recettes fiscales nationales. Il en résultera une dépréciation de la monnaie dont le Comité de Politique Monétaire (CPM) estime à plus de 4,8 pourcents sur le marché officiel et plus de 7,8 pourcents sur le marché parallèle. Les estimations officielles prévoient une croissance négative du PIB entre -1,9 pourcent (Banque centrale) et -2,2 pourcents (FMI), contre une croissance de 4,4 pourcents en 2019.
Le pouvoir d’achat des ménages : Il sera atypiquement bas pendant la période d’Outlook, en raison de la dépréciation du CDF d’une part, et de la perte de revenus des ménages d’autre part. La moyenne nationale des prix nominal du maïs en mars était supérieure de plus de 100 pourcents de la moyenne décennale. Des tendances similaires ont été enregistrées pour le blé, le riz et, dans une moindre mesure, le manioc. L'inflation a augmenté de façon spectaculaire à la fin de 2019 et a culminé à 7,54 pourcents en janvier 2020. Depuis lors, il est estimé à environ 6 pourcents, mais devrait évoluer autour de 7 pourcents d'ici la fin de la période de projection.
Changement des moyens d’existence : Etant donné les pertes de revenus des ménages associée aux difficultés d’accès aux ressources du fait des mesures restrictives en vigueur d’une part et de l’insécurité persistante de l’autre, les ménages éprouveront de plus en plus des difficultés pour accéder aux revenus et à la nourriture durant la période de scenario. Face à cette situation, on pourrait assister à l’usage des stratégies dommageables et souvent irréversibles de la part des ménages pauvres, notamment les ventes précoces de bétail, la vente des actifs productifs, les activités illégales comme la prostitution des filles et l’exploitation minière illicite. Les ménages vivant de rémittence se verront affectés dans la mesure où les sources de transfert ont été également affectées par le COVID-19.
La situation nutritionnelle : Avec la pandémie à COVID-19, on pourra assister à une détérioration de la situation nutritionnelle des enfants et des femmes. Cette détérioration sera probablement liée à l’augmentation des prix des denrées alimentaires qui va limiter l’accès, la réduction de la disponibilité alimentaire et la baisse de revenus des populations à la suite du ralentissement de la vie économique. Par ailleurs, la manière dont les interventions de nutrition sont offertes devra s’adapter à l’épidémie de COVID-19 pour éviter toute propagation de la maladie à COVID-19.
Accès humanitaire : Plusieurs facteurs limitent l’accès à l’assistance humanitaire, en particulier les mesures restrictives liées à la COVID-19 et l’insécurité. Ces facteurs varient en fonction de la zone géographique et la saison. Les conflits en cours dans les provinces du Kasaï, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l'Ituri et du Tanganyika continuent de perturber les activités des acteurs humanitaires.

Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

Période de juin à septembre 2020 : Dans la mesure où la projection de la pandémie de COVID-19 est supposée couvrir toute cette première période de scenario, la situation continuera à être perturbée et les effets des restrictions seront vécus par l’ensemble des ménages des zones affectées. En plus, étant donné le niveau des récoltes actuelles de la saison B estimé inferieur à la moyenne sur l’ensemble du pays, les stocks alimentaires des ménages pourront s’épuiser plus tôt que d’habitude et l’accès alimentaire serait plus difficile aux ménages pauvres supposés vivre de la vente de leurs produits de champs. Les ménages auront recours à des stratégies d'adaptation à la crise pendant cette période pour répondre à leurs besoins alimentaires. Les provinces de forte insécurité, déplacement, ou ayant connu des catastrophes naturelles (Ituri, Nord Kivu, Sud Kivu, Tanganyika, Kasaï, et Kasaï Central) resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC) à la suite des chocs de ces crises sur les moyens d’existence de ménages, pendant que le reste des provinces dans l’est du pays seront en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC) et les provinces du nord restent en Minimal (Phase 1 de l’IPC).

Période d’octobre 2020 à janvier 2021 : Selon les projections sur l’évolution de la pandémie, cette seconde période de scenario qui va coïncider avec la période de la grande soudure de l’année. La situation pourrait être encore plus difficile en termes d’accès alimentaire des ménages qui auront vidé leurs faibles stocks de la précédente saison plus tôt que d’habitude et qui pourront développer des stratégies encore plus dommageables comme la mendicité et la vente des actifs de production dans les zones affectées notamment l’Ituri, le Nord- Kivu et le Sud-Kivu. Pendant cette période, les ménages auront recours à des stratégies d'adaptation en cas de crise et d'urgence pour satisfaire leurs besoins alimentaires, notamment la prostitution, la mendicité et l'exploitation minière illicite. En l’absence de l’assistance humanitaire suffisante, le territoire du Djugu en Province d’Ituri Kivu, qui aura accusé une carence alimentaire significative et aura épuisé leurs stratégies de crise pourra évoluer en situation d’Urgence (Phase 4 de l’IPC), tandis que les autres zones de conflits et gros déplacement (Sud-Kivu, Nord-Kivu, Tanganyika, Ituri, Kasaï, et Kasaï Central) resteront en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC). Les régions plus stables des provinces seront en Stress (Phase 2 de l’IPC) et les provinces du nord restent en Minimal (Phase 1 de l’IPC).

 

Zones

Evénements Impact sur les conditions de la sécurité alimentaire
Les provinces touchées par COVID-19 (Kinshasa, Kongo Central, Nord Kivu, Sud Kivu, Haut Katanga, Equateur, Kwango, Kwilu, Ituri, Tshopo, Haut-Lomami, Lualaba et Haut-Uele)
  • Levé de mesures de restriction imposées pour lutter contre la propagation de la pandémie de COVID 19 au niveau national.
  • Reprise normale des activités agricoles et des échanges transfrontaliers avec pour effets une amélioration de la disponibilité alimentaire dans le pays.

Ituri

  • Entente entre communautés en conflits (Hema et Lendu)
  • Accès aux terres cultivables et amélioration de la production agricole dans la zone et reprise de la pêche au Lac Edouard.

Nord Kivu, Sud Kivu, Tanganyika, Maniema

  • Evolution positive de la situation sécuritaire, arrêt des conflits.
  • Amélioration de l’accès humanitaire et aux moyens d’existence des populations jadis affectées. 

Nord Kivu, Sud Kivu, Tanganyika, Maniema, Kasaï

  • Réhabilitation des routes de desserte agricole.
  • Irrégularité des pluies en pleine saison culturale.
  • Amélioration des échanges inter zones et des disponibilités des denrées sur les marchés locaux. Cela favoriserait aussi l’intégration des marchés locaux.
  • L’excès et/ou carence/retard des pluies impacterait sur le cycle végétatif et finalement sur la production agricole de saison A et pouvant exacerber les dégâts des inondations.

Pour plus d'informations sur les perspectives concernant des domaines de préoccupation spécifiques, veuillez cliquer sur le bouton de téléchargement en haut de la page pour obtenir le rapport complet.

This report is being translated into English

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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