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Production agricole des saisons en baisses consécutives dans les zones de conflits actifs

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • République démocratique du Congo
  • Février - Septembre 2023
Production agricole des saisons en baisses consécutives dans les zones de conflits actifs

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  • Messages clé
  • Contexte National
  • Calendrier saisonnier pour un année typique
  • Zone de Preoccupation
  • Messages clé
    • La faible participation des ménages à la saison agricole A du fait des déplacements intempestifs des populations a conduit à des récoltes de la saison A moins performantes particulièrement dans le nord-est et le centre-est du pays. Une pluviométrie excessive dans les hauts-plateaux du Sud-Kivu et les inondations en moyenne terre ont occasionné des glissements de terres et perte des cultures, notamment autour de Minembwe donnant lieu à une production en dessous de la moyenne et à des difficultés d’accès alimentaire dans cette zone.

    • L’offensive de la rébellion du M23 et les opérations conjointes des armées loyalistes contre les ADF dans le Nord-Kivu et l’Ituri ont sensiblement augmenté le nombre des déplacés d’environ 49 pour cent durant le deuxième et troisième trimestre de l’année 2022, passant de 270 000 à 542 000 personnes. Depuis janvier 2023, ces conflits s’amplifient avec des mouvements des populations. Cette situation présage des perturbations des activités agricoles liées aux mouvements des populations dans ces zones jadis, considérées comme grenier de la région est, avec à terme, des disponibilités alimentaires réduites.  

    • Les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en situation de conflits continus, vont creuser leurs déficits de consommation alimentaire et resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC) avec une augmentation de populations en Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans certaines zones de santé des territoires de Rutshuru et Djugu, dans un contexte d’extrême violence. Les zones plus stables du nord, notamment Bas-Uele, Haut-Uele et Tshopo auront des saisons agricoles normales et seront en Minimale (Phase 1 de l’IPC).  En revanche, le Maniema, le Lualaba, Haut-Katanga, la plupart des provinces des Kasaïs, et la Lomami restent en Stress (Phase 2 de l’IPC).


    Contexte National

    Situation actuelle

    Contexte politique général: La prochaine saison des élections présidentielles a commencé à travers le pays. Le calendrier électoral a été publié et l'inscription des électeurs a commencé bien qu'avec des difficultés importantes. Les observateurs électoraux ont critiqué les nombreux défis techniques dans le processus d'inscription des électeurs, le fait que le calendrier électoral semble irréaliste et le manque d'investissement financier dans les élections.

    Situation sécuritaire et mouvements des populations: Des millions de Congolais continuent de subir les effets des conflits multiformes qui sévissent dans la partie est du pays. Malgré la prolongation de l'état de siège, mis en vigueur pour la première fois en mai 2021 en réponse à l'augmentation des violences dans les provinces de l'Ituri et du Nord-Kivu, les attaques des groupes armés se sont poursuivies dans tous les territoires de l'Ituri et du Nord-Kivu. Alors que la Coopérative pour le Développement du Congo (CODECO) continue d'opérer principalement dans la province de l'Ituri, les Forces Démocratiques Alliées (ADF) ont de plus en plus démontré leur capacité à opérer dans des localités en dehors de leurs zones d'opération traditionnelles dans les territoires de Beni et Irumu en province du nord Kivu et de l’Ituri. En plus, la rébellion du M23 continue ses attaques pour élargir ses zones d’influence dans les territoires de Rutshuru, Masisi, et Nyiragongo et son contrôle des principaux axes commerciaux et routiers.

    Au Sud-Kivu, malgré la présence des militaires réguliers de l’armée Burundaise qui sont venus appuyer les FARDC, la situation continue de se dégrader. On signale le renforcement de l’activisme des combattants Twirwaneho-Gumino-Androïd et alliés, rebelles burundais dans les hauts plateaux de Mwenga, Uvira et Fizi. Aussi, les groupes des rebelles locaux—Maï-Maï, Biloze, Bishambuke et Yakutumba—continuent de renforcer leurs positions.

    Face à cette situation, la population continue à se déplacer; OCHA estime à plus de 1.5 millions des personnes déplacées internes dans la province de l’Ituri en fin décembre 2022. Environ 1.36 millions de personnes ont été déplacés dans le Sud-Kivu, alors que 2.2 millions personnes ont été en situation de déplacement dans le Nord-Kivu voisin, dont près de 264,000 personnes vivent sur des sites aménagés/camps dans le périmètre péri-urbain de Goma (Figure 1).

    Figure 1

    Carte des mouvements des populations
    Map showing displaced populations in the DRC.

    Source: UNOCHA/UNHCR/FEWS NET

    Conditions agro climatologiques et production agricole: Entre octobre 2022 et février 2023, campagne de la saison A dans les zones bimodales de la RDC, les précipitations reçues étaient légèrement en dessous de la moyenne des 30 dernières années. Toutefois, compte tenu des cumuls pluviométriques que ces zones reçoivent, la baisse n’as pas eu d’impact significative pour avoir des effets sur la conduite d’un cycle cultural normal. En revanche, une pluviométrie excessive dans les hauts-plateaux du Sud-Kivu et les inondations en moyenne terre ont occasionné des glissements de terres et perte des cultures, notamment autour de Minembwe. Dans l’est du pays, notamment dans l’Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu, la production est significativement impactée par les conflits qui limite l’accès aux champs et perturbe la conduite des activités agricoles, donnant lieu à une production en dessous de la moyenne.

    Dévaluation de la monnaie locale: La monnaie locale, le franc congolais (CDF), continue sa dépréciation par rapport au dollar américain (USD) sur le marché des changes de la RDC. Cependant, la monnaie est restée stable au cours de l'année écoulée.

    L'une des raisons de la stabilité du franc congolais est l'augmentation des revenus miniers (cuivre et cobalt). Cette stabilité a également contribué à stabiliser les prix des aliments importés (huile végétale, riz) et du carburant.

    Malgré la stabilité relative du taux de change, l'inflation a continué d'augmenter tout au long de 2022 et jusqu'en 2023. Les niveaux d'inflation correspondent actuellement aux taux de 2020, l'un des plus grands chocs de marché pour l'économie. Les sous-indices clés de l'inflation sont l'alimentation et les transports.

    Fonctionnement des marchés et prix des denrées alimentaires: Les effets conjugués de la dévaluation de la monnaie locale et de la hausse généralisée des prix mondiaux des denrées alimentaires et du carburant maintiennent les prix des denrées de base nettement supérieure à la moyenne. En dépit des baisses saisonnières liées aux récoltes de la saison A, l'insécurité et les coûts de transport élevés perturbent le fonctionnement des marchés et maintiennent les prix des aliments de base au-dessus de la moyenne. En janvier 2023, le prix de denrées alimentaires de base (haricot, farine de maïs, huile végétale et le riz) était environ 51 pour cent au-dessus de celui de l’année dernière et 101 pour cent au-dessus du moyen quinquennal. L'insécurité perturbe également les flux commerciaux traditionnels, obligeant les commerçants à emprunter des voies détournées pour commercialiser les marchandises. Par exemple, les denrées en provenance de Rutshuru passent par l’Ouganda ensuite le Rwanda pour se retrouver sur les marchés de Goma.

    Résurgence des épidémies: Les épidémies de choléra et de rougeole se propagent de plus en plus par rapport aux années précédentes. Selon le cluster santé, 33 zones de santé se trouvant dans cinq provinces (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tanganyika, Haut -Katanga et Haut-Lomami) sont touchées par l’épidémie de choléra en ce début de l’année 2023. Le mois de janvier 2023 a connu une augmentation de 15 pour cent de cas comparativement au mois de janvier 2022 et de 76 pour cent comparativement à janvier 2021. Quant à la rougeole, toutes les 26 provinces de la RDC ont connu cette épidémie, laquelle se poursuit en 2023, avec une augmentation de 62 pour cent de cas comparé à l’année 2021.

    Assistance humanitaire: La réponse humanitaire est en cours, mais ne couvre qu’une faible proportion de la population totale des territoires affectés, du fait des contraintes logistiques et financières. A titre d’exemple, pour le plan de réponse d’urgence de la crise M23 à Rutshuru et Nyiragongo, l’assistance humanitaire n’a couvert que 9,9 pour cent de la population totale de ces deux territoires en 3 mois.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    En cette période de récolte de la saison A dans le nord-est et le centre-est, on observe globalement une amélioration saisonnière de la consommation alimentaire des ménages à partir de janvier, notamment ceux qui ont eu la chance de cultiver. Cependant, dans les zones de conflits où une bonne proportion des champs a été abandonnée avec l’intensification des conflits, les ménages qui se sont déplacés ne s’attendent pas à une récolte régulière, voire à aucune récolte. Certains qui sont réinstallés pas trop loin de leurs champs, et qui ont conduit leurs cultures aux trois quarts du cycle, tentent de faire des mouvements pendulaires pour des récoltes potentielles. C’est le cas dans les provinces de Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri, où des nombreux ménages agricoles n’ont pas eu accès à leurs récoltes. Certains qui courraient les risques de franchir leurs champs malgré l’insécurité ont réussi à obtenir des très faibles récoltes, dans la mesure où une bonne partie fût récoltée par les groupes armés. Les ménages qui n’ont pas récolté font recours aux stratégies d’adaptation en lien avec des nouvelles opportunités économiques à leurs lieux de déplacement à la recherche des nouvelles sources de revenu. Pour certains ménages, il y a du travail journalier agricole et non agricole, la vente de bois de chauffe et charbon de bois et le vente des fruits, et pour d’autres, la vente du petit bétail pour ceux qui ont eu à se déplacer avec leurs animaux. A ces stratégies s’ajoutent la réduction du nombre de repas et des portions alimentaires, la consommation des aliments moins chers et moins préférés. De ce fait, les populations des zones de conflits qui connaissent des déficits de consommation alimentaire, à savoir les provinces de l’Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Kasaï, Maniema et Tanganyika, sont en Crise (Phase 3 de l’IPC). Dans les zones de santé de Mugwalu et Drodro de Djugu et Rwanguba, Bambo, et Mweso à Rutshuru, les plus impactées par les conflits et où une grande proportion des PDIs n’ont pas pu cultiver, une augmentation de la population en Urgence (Phase 4 de l’IPC) est signalée, caractérisée par une augmentation de signes visibles de malnutrition et l’usage des stratégies d’urgence notamment la mendicité et passer des jours entiers sans rien manger.

    Les zones avec une consommation alimentaire minimalement adéquate et qui ont conduit une campagne agricole quasi complète (Maniema, Haut-Katanga, région du Kasaï et Lwalaba) restent en Stress (Phase 2 de l’IPC). Ces zones pour la plupart sont en situation post-conflit et ont connu une bonne reprise des activités agricoles, avec une dépendance à leur propre production. Les provinces du nord (Bas-Uele, Haut-Uele et Tshopo) restent en Minimale (Phase 1 de l’IPC).


    Calendrier saisonnier pour un année typique
    Seasonal calendar for DRC.

    Source: FEWS NET

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de févier à septembre 2023 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national:

    • Conflits et mouvements des populations dans l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu: En dépit de la légère baisse des attaques en Ituri en ce début 2023, le niveau des violences et décès resteront à leur plus haut niveau depuis 2019, et une baisse significative en 2023 est peu probable.
      Au Nord-Kivu, malgré l’intention déclarée du M23 de se retirer des territoires conquis, il est probable qu’il continuera à tenter de consolider les gains territoriaux pendant toute période de scénario. Les incidents pourront augmenter en nombre et en intensité, érodant la confiance entre les autorités de la RDC et le Rwanda, ce qui compliquerait davantage le processus de recherche de solution de paix. La poursuite des opérations du M23 devrait entraîner de nouveaux déplacements de population. Toutefois, avec l’arrivée des forces de l’EEAC en mi-2023, M23 aura probablement des difficultés pour continuer sa progression sur d’autres territoires.
      Dans le Sud-Kivu, les tendances actuelles de la crise de Banyamulenge dans les hauts plateaux de Minembwe à Fizi font qu’il est fort probable que le nombre d'incidents et de décès associés continue d’augmenter au fil de l'année, à l'instar de ceux observées au second semestre 2022. Ce niveau de conflit restera inchangé jusqu'en mai 2023.
      Dans les provinces du Tanganyika, du Kasaï, du Kasaï-Central et du Maniema, les conflits intercommunautaires en cours se poursuivront de manière sporadique avec une intensité qui devrait rester similaire à celle des derniers mois. Aussi, le conflit entre les autochtones Teke et les non-autochtones Yaka dans le territoire de Kwamouth (province du Mai-Ndombe) pourrait continuer à impacter la reprise de la saison agricole et perturber les moyens de subsistance.
    • Les violences pré-électorales: Face à la tâche d'organiser des élections dans un pays qui compte plus de 100 millions d’habitants, une histoire nationale d'élections retardées, l'absence de consensus entre les parties prenantes et un système de partis fragilisé à la suite de la réorganisation de la majorité parlementaire, il est probable que les élections soient retardées. Les tensions politiques seront probablement fortes, engendrant des manifestations toute au long du période d’analyse.
    • Conditions agro climatologiques: Une grande partie de l'Afrique australe, y compris la partie sud de la RDC, devrait connaître des accumulations de précipitations proches de la normale jusqu'en mai selon les prévisions dynamiques à ce jour (Figure 2). Cela soutiendra la production agricole pendant le cycle culturale. Des inondations soudaines dans certaines zones puissent se produire, et en cas de pluies torrentielles, on s’attend à des inondations régionalisées en Uvira, Fizi et Kalemie.
      Par ailleurs, dans la partie ouest du pays, malgré les prévisions inferieures à la normale, le fleuve Congo dans sa partie ouest pourrait s’attendre à des inondations en aval.

    Figure 2

    National Multi-Model Ensemble Forecast (NMME) pour mars-mai 2023
    National Multi-Model Ensemble Forecast (NMME) pour mars-mai 2023

    Source: USGS/FEWS NET

    • Conjoncture économique: Avec les données de la Banque Centrale Congolaise (BCC), l’inflation du Franc congolais de près de 4,46 pour cent sur le marché parallèle observée en 2022 constituera un risque susceptible d’influencer la conjoncture économique actuelle.  Les fluctuations de l'inflation en RDC sont liées au fonctionnement du marché mondial. Par conséquent, le mouvement des tendances mondiales aura probablement des impacts parallèles en RDC.
    • Fonctionnement des marchés et prix des denrées alimentaires: Selon les analyses marché de FEWS NET faites en janvier 2023, les prix de principaux produits alimentaires locaux suivront leurs tendances saisonnières, mais resteront au-dessus de leurs moyennes quinquennales. Par ailleurs, les prix des principales denrées alimentaires importées, comme le riz et l'huile végétale, resteront stables sur les trois prochains mois, mais élevés (11 pour cent) comparativement à l’année 2022 et à la moyenne des cinq dernières années.
    • Main d’œuvre temporaires et salariés: La stabilité de prix des matières premières sur le marché international devra favoriser la stabilité de l’économie nationale qui dépend à plus de 65 pour cent des exportations de ses matières premières. Dans cette situation, les ménages pauvres pourraient s’orienter vers ces nouvelles opportunités économiques dans les exploitations minières artisanales et dans les travaux domestiques.
    • Travaux temporaires agricoles: Sur la base des tendances récentes sur les mouvements des populations dans les zones de conflits qui font plusieurs déplacés en cette période de reprise de production agricole, les ménages pauvres dans les provinces de l’Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu, offriront une main d’œuvre bon marché à la portée des moyens et nantis, surtout pendant cette période de faibles récoltes et pendant la prochaine saison culturale saison B.
    • Assistance humanitaire: La couverture de l’assistance humanitaire restera probablement faible dans la plupart des zones ciblées. Compte tenu la volatilité des affrontements dans l’est du pays, l’accès humanitaire restera un défi et pourra réduire de façon sporadique.
    • Restrictions transfrontalières: Au 5 janvier 2023, le gouvernement Burundais vient de mettre fin à l’exigence du test rapide COVID-19 pour entrer au Burundi, alors que les frontières avec l’Angola ont été réouvertes depuis le mois de juillet 2022. Ces mesures permettront aux petits commerçants de continuer de reprendre de leurs activités. On pourrait s’attendre à une hausse du niveau des flux transfrontaliers informels qui vont se traduire par des volumes d’échanges de plus en plus importants. En outre ; la déclaration de la fin de l’épidémie d’Ebola en Ouganda rassure sur la fluidité des trafics avec la RDC.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    De février à mai 2023: Cette première période de scenario sera marquée par une période post-récoltes de deux mois (février et mars) et la période de la petite soudure de la saison B (avril et mai) dans le nord-est et centre-est du pays. Entre février et mars, les ménages procèderont à la vente des produits agricoles pour recréer leurs revenus et dépendront plus de leur propre production pour se procurer les aliments. Toutefois, avec les productions en dessous de la moyenne, et le manque d’accès aux récoltes de saison A dans les zones de conflit de l’Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu, les ménages ne seront pas capables de faire face à leurs besoins alimentaires. En plus, les déplacements de populations et l’accessibilité limitée aux champs pourront réduire la participation des ménages à la saison agricole B de mars à juin. Certaines zones vont rester en Crise (Phase 3 de l’IPC), notamment Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu et Tanganyika. Dans quelques zones de santé des territoires de Djugu et Rutshuru, les plus impactées par les conflits et où une grande proportion des PDIs n’ont pas pu cultiver, une augmentation de la population en Urgence (Phase 4 de l’IPC) est anticipé au cours de la période de projection, caractérisée par une augmentation de signes visibles de malnutrition et l’usage des stratégies d’urgence notamment la mendicité et le vol des récoltes dans les champs. Le centre-sud et le sud-est, principalement Maniema, Sud-Kivu, et ex-Katanga, qui arrivent à couvrir leurs besoins alimentaires minimaux et qui ont connu des saisons agricoles complètes évolueraient en Stress (Phase 2 de l’IPC). Les provinces de Haut-Uele, Bas-Uélé, Tshopo et une partie du Maniema qui évoluent dans un contexte de paix, sans accuser des déficits alimentaires, resteront en Minimale (Phase 1 de l’IPC).

    De juin à septembre 2023: Comme pour la précédente période de scenario, les zones nord-est et centre-est connaitront successivement une période post-récoltes de deux mois (juin et juillet). Les récoltes de juin permettront aux ménages d’améliorer leur consommation alimentaire pour le temps que dureront leurs stocks alimentaires. Ces ménages qui auront amélioré leurs revenus par la vente des produits de récolte dépendront de leur propre production. Les stocks des ménages de la saison agricole B s’épuiseront tôt, dès le mois d’aout dans un contexte de faibles revenus. A partir du mois d’aout, et avec un épuisement quasi total des réserves, la dépendance au marché sera le mode d’approvisionnement de la plupart des ménages. Les zones de l’est qui connaissent les effets du conflit prolongé resteront en Crise (Phase 3 de l’IPC), notamment l’Ituri (Irumu et Djugu), le Sud-Kivu (Uvira, Fizi) et le Nord-Kivu (Beni, Nyiragongo, Rutshuru et Masisi). Les provinces de Lomami, Sankuru, Kasaï oriental, Kasaï, une partie du Maniema et l’ex-Katanga qui essayent de se stabiliser, et où les ménages ont un meilleur accès à la nourriture, aux revenus et une consommation alimentaire minimalement adéquate, seront en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC). Les provinces de Haut-Uele, Bas-Uélé, Tshopo qui n’ont pas connu des chocs importants et qui n’accusent pas de déficit de consommation alimentaire restera en Minimale (Phase 1 de l’IPC).

    Evènements qui pourraient changer le scenario

    Tableau 1
    Événements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable.
    ZonesEvénementsImpact sur les conditions de la sécurité alimentaire
    NationalGrandes perturbations des pluies dans les zones de l’est et de l’ouest.Ceci limiterait la production agricole normale et réduira les flux des produits locaux dans le pays. Une augmentation de zones en Crise (Phase 3 de l’IPC) sera probable, dans les zones de déficits pluviométriques.
    Détérioration de la situation politique du pays, à l’approche des prochaines électionsOn pourrait s’attendre à un embrasement général qui sera marqué par des manifestations publiques, qui pourront immobiliser les l'activités économiques dans les centres urbains, notamment les sources de revenus liés au transport, petits commerces, etc. Cela pourra conduire à l’augmentation probable de population en Stress (Phase 2 de l’IPC) et Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les centres urbains.
    Hausse de prix de carburantUne hausse des coûts de transport entraînerait une augmentation des prix des principales denrées alimentaires et la diminution de l’accès aux aliments importés pour les ménages pauvres.
    Ituri, Nord Kivu, Sud Kivu, Tanganyika, Maniema, KasaïLa baisse d’intensité des conflits arméesReduction des mouvements des populations tout en augmentant la participation aux activités agricoles qui en fin de campagne amélioreraient l’accès alimentaire et les sources de revenus des ménages pauvres.

    Zone de Preoccupation

    Nord-Kivu/Territoire de Rutshuru/CD11 (Figure 3)

    Situation actuelle

    Conflits et mouvement des populations: Il est signalé dans les territoires de Rutshuru et Nyiragongo, la poursuite d’affrontements armés, entrainant des mouvements des populations. Actuellement, une stabilité sur l’axe Sud (Nyiragongo) est observée avec la cristallisation des positions vers Kibumba/Buhumba (prise de position des Forces de l’EAC), l’annonce de retrait du M23 (Kibumba/Buhumba) en décembre 2022, et Camp de Rumangabo en janvier. On enregistre des nouveaux déplacements des populations dans les zones de conflits. Des destructions d'infrastructures sociales de base (écoles, centres de santé, routes/ponts…) et plusieurs incidents de protection (extorsions, pillages, viols, coups et blessures, travaux forcés) dans la Chefferie de Bwisha sont également enregistrées. Selon OCHA, le territoire compte 602,000 personnes déplacées et 154,593 personnes retournées officiellement enregistrés dans cette zone depuis le mois de février 2023. Plus de 7,000 personnes ont trouvé refuge en Ouganda, selon le HCR. La majorité des personnes déplacées se trouve dans le territoire de Nyiragongo (233,000 personnes) dont plus de 97 pour cent sont logés dans des églises, écoles, stades et des sites improvisés tandis qu’une faible proportion (15 pour cent) vit dans les familles d’accueil.

    Figure 3

    Carte de référence pour la zone concernée: Territoire de Rutshuru, CD11
    Carte de référence pour la zone concernée : Territoire de Rutshuru, CD11

    Source: FEWS NET

    Conditions agro climatologiques: La zone de moyen d’existence CD11 (Sols agricole volcaniques de Rutshuru) a bénéficié des conditions agro climatiques favorables pour un cycle cultural complet, sur un sol volcanique très riche en minéraux. Les vivriers comme le haricot, le maïs, le manioc, la pomme de terre et le sorgho sont les principales cultures pratiquées au cours de la saison agricole A. Sur certains endroits du territoire, notamment dans la partie nord-ouest, on a observé une pluviométrie excessive depuis le démarrage de la saison agricole A, laquelle a provoqué des inondations et pertes des sols et cultures pratiquées sur les flancs des montagnes.

    Progrès saisonnier: Le territoire de Rutshuru dans la CD11 (Sols agricoles volcaniques de Rutshuru) est en fin de récolte de la saison A qui a débuté en mi-décembre 2022 et qui va s’étendre jusqu’en fin février 2023. Cette saison agricole qui a démarré en période de conflits a connu une faible participation des ménages agricoles du fait des déplacements massifs et continus observés depuis le début de la saison en septembre 2022. Pour les ménages qui ont eu la chance de cultiver, les récoltes ont été perdus avec la reprise des affrontements dans la zone à la suite des déplacements et à l’abandon des cultures. Certains ménages qui ont pu récolter disposent des faibles stocks en lien avec la faible production. Dans les parties occupées par les rebelles, on observe les pillages des cultures caractérisés par des récoltes précoces.

    Etant donné la présence des déplacés et des retournés dans la zone, à la suite des conflits entre FARDC et Mouvement du 23 mars (M23), les populations des plusieurs localités occupées se sont déplacées alors qu’elles avaient déjà procédé au semis des vivriers. Ainsi, la plupart de déplacée dans cette zone (OCHA janvier 2023) n’ont donc pas eu accès à leurs récoltes. Globalement les récoltes en cours sont nettement inférieures à la saison précédente, avec une baisse estimée à 50 pour cent, et à la moyenne des cinq dernières années.

    Moyens d’existence et accès à la terre: En territoire de Rutshuru, l’accès aux terres agricoles restent l’apanage des grands concessionnaires terriens (Chefferies). Les paysans n’ont pas assez de terre pour cultiver du fait des difficultés pour son acquisition. Les conflits fonciers se terminent souvent par des violents affrontements. Ceci reste une grande préoccupation dans le secteur agricole au niveau de Rutshuru. A ce jour, l’accès à la terre se fait sous le principe de location auprès des grands propriétaires de terre à raison de 400 dollars par hectare et par saison culturale.

    Fonctionnement des marchés et prix alimentaires: Le marché local de Rutshuru se voit perturbé avec la forte demande issue de la présence des déplacés dans le territoire et également à Nyiragongo territoire dans un contexte des faibles disponibilités alimentaires face à une demande croissante.

    Cette perturbation des marchés locaux est occasionnée par l’instabilité due à l’insécurité que connaît ce territoire depuis la résurgence du M23 en mars 2022, au mauvais état des routes de desserte agricole, aux pillages des cultures dans les zones occupées, à l’abandon des champs à cause des conflits et à la fermeture des axes routiers Goma-Rutshuru et Rutshuru-Lubero. Les producteurs passent par l’Ouganda puis par le Rwanda pour faire arriver leur production à Goma.

    FEWS NET ne dispose pas de donnees sur des prix a Rutshuru, du faite de l’inaccessibilite de la zone. Toutefois, les prix de la plupart des produits de base sont au-dessus de la moyenne sur le marche de Goma, qui approvisionne celui de Rutshuru. Compte tenu des hausses du cout de transport, ainsi que la volatilite de la situation, il est probable que les prix des aliments a Rutshuru soient au-dessus de celles de Goma (Figure 4). 

    Figure 4

    Projection de prix de la farine de maïs à Goma
    Combined bar/line chart showing projected prices of maize flour in Goma.

    Source: FEWS NET

    Disponibilité de la main d’œuvre agricole: En cette période des conflits, l'offre et la demande de la main-d'œuvre est en déséquilibre dans le territoire de Rutshuru. Le coût de la main d’œuvre/travail journalier agricole qui était à environ 5 000 CDF avant la crise, revient actuellement à 2 500FC, pour une matinée de travail, soit une baisse de moitié. Cette baisse du taux journalier se justifie également par la grande disponibilité de la main d’œuvre fournie par les déplacés qui continuent d’arriver. L’offre reste donc grande face à une demande en baisse, malgré la période de récolte. La main d’œuvre journalière reste la principale source des revenus pour les déplacés vivant sur les sites.

    Elevage: Le conflit actuel du M23 dans le Rutshuru a occasionné une baisse sensible de la production animale. Les populations en fuite des exactions faites par les belligérants se sont parfois déplacées avec leurs bétails dans les zones de déplacement notamment dans les camps. Cela étant, les bétails ne reçoivent pas les soins vétérinaires, vivent en promiscuité avec les êtres humains, sont abattus dans les camps de déplacés sans aucune inspection vétérinaire.

    Situation nutritionnelle: La situation nutritionnelle dans cette zone n’est pas bien connue car aucune enquête n’a été effectuée récemment. Les dernières enquêtes nutritionnelles SMART datent de juillet 2020 dans la zone de santé de Rutshuru et Mbinza. Cependant, l’évolution des données sur les admissions des cas de malnutrition dans les structures de santé montre une augmentation importante des cas de 244 pour cent dans le seul territoire de Rutshuru, dans la période de janvier à octobre 2022 période qui coïncide avec la reprise des hostilités.

    L’épidémie de Choléra: Le cholera qui sévit actuellement dans les sites de déplacement pourrait aggraver cette situation nutritionnelle déjà précaire. Selon OCHA, environs 600 cas de nouvelle contamination sont enregistrés chaque jour malgré la prise en charge effectuée par les humanitaires sur terrain. En date du 15 janvier dernière, plus de 1193 cas été déjà notifiés. La ville de Goma voisine des sites de déplacés connait déjà des cas de choléra.

    Assistance Humanitaire: L’assistance humanitaire reste globalement inferieure aux besoins sur terrain. A titre d’exemple, sur les 77 Millions de dollars attendus en 2022, seulement 27 millions ont été mobilisés (soit 35%) pour la réponse humanitaire aux personnes en situation de déplacement, à la suite de la crise de la rébellion du M23. La réponse à la crise se concentre actuellement dans la zone de santé de Nyiragongo, Kayna et Karisimbi. Toutefois, cette assistance délivrée couvre moins de 10 pour cent de la population totale des territoires de Rutshuru et Nyiragongo, qui a reçu un nombre important des déplacés.

    Consommation alimentaire: Tenant compte du contexte humanitaire actuel, et des campagnes agricoles successives moins performantes, les ménages éprouvent des difficultés pour se nourrir. En effet, les récoltes de la saison agricole A, quasi inexistante, du fait des déplacements des ménages agricoles en plein cycle cultural, n’a pas permis aux ménages de compter sur leur propre production. La baisse des stocks, la hausse de prix des denrées, et la baisse des revenus sont des contraintes à l’accès a l’alimentation alors que les ménages sont plus dépendants des marchés dans un contexte de faible pouvoir d'achat et des difficultés d’accès à la terre. L’assistance humanitaire est restée déterminante pour les ménages qui n’ont pas pu cultiver, avec un important déficit de consommation, souvent comblé par l’apport alimentaire des humanitaires. On note également l’usage des stratégies d’épargne (consommer les aliments moins préférés et moins chers) auprès de certains ménages de la zone et surtout la dépendance aux familles d’accueil et l’assistance alimentaire reçue des partenaires humanitaires.

    Changement dans les moyens d’existence: Habituellement, les ménages du territoire sont essentiellement agriculteurs. Etant donné les conflits qui sévissent dans la zone, l’accès des ménages aux sources de revenu typiques reste un défi majeur. L’accès à la terre, déjà difficile dans le passé, devient encore plus compliqué avec les mouvements des populations. Les revenus actuels des ménages pauvres et déplacés proviennent essentiellement de la vente de produits de cueillettes (bois et charbon de bois), mais aussi de la main d’œuvre journalière auprès des ménages moyens et nantis. Ils procèdent aussi aux ventes précoces de leurs animaux pour accéder aux aliments.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable dans le territoire de Rutshuru, de février à septembre 2023 est basé sur les hypothèses suivantes:

    • Production agricole: Bien que la pluviométrie ait été favorable dans ce territoire pour cette saison agricole A 2022/2023, la résurgence généralisée des violences dans le territoire de Rutshuru a conduit à une faible participation des ménages aux activités de récoltes de la saison A. L’accès aux semences pour les ménages agricoles restera un défi notamment pour la prochaine saison agricole B, du fait des très faibles récoltes de la saison précédente. Cette zone pourra de façon consécutive, connaitre des récoltes inférieures à la normale toute au long du période de scenario.
    • Fonctionnement des marchés et prix des denrées: Compte tenu de la production agricole inférieure à la moyenne qui pourra subvenir dans la zone CD11 (Sols agricoles volcaniques de Rutshuru) du fait de l’insécurité persistante, au déplacement massif des populations, et à la fermeture des axes routiers Goma-Rutshuru et Rutshuru -Lubero, les prix des denrées de base seront en hausse tout au long de la période de projection et resteront supérieurs à la moyenne quinquennale avec des fluctuations atypiques comparées à l’année précédente, en dépit des courtes périodes de baisses temporaires à observer lors des premières récoltes de la saison B en juin 2023.
    • Petit commerce: Etant donné le contrôle des frontières de Bunagana, les menaces de contrôle des autres postes frontaliers comme Ishasha, Kasindi par le M23, les activités informelles liées au petit commerce transfrontalier se verront fortement réduites avec une baisse drastique du niveau des revenus des ménages riverains et bien d’autres vivant dans cette activité, qui seront profondément affectés, ne pouvant accéder à leurs moyens d’existence.
    • Assistance humanitair: Le plan de réponse humanitaire de la crise Rutshuru - Nyiragongo - Lubero - Goma de OCHA n’avait reçu que 37 pour cent des fonds requis (soit 27 millions sur plus de 77 millions de dollars américains attendus) pour assister les personnes dans le besoin alors que le conflit continue ainsi que les mouvements des populations. Dans ce contexte de manque de fonds, les acteurs humanitaires ne seront pas en mesure d’apporter une assistance suffisante aux ménages en déplacement et aux familles d’accueil. Ceci conduirait à des situations de plus en plus sévères d’insécurité alimentaire dans les zones en crise.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Février à mai 2023: Cette période connaitra le semis (mars, avril) et le début de récoltes vertes de la saison agricole B en fin mai 2021. Cependant, vu qu’une part importante de la population agricole déplacée ne sera pas de retour, on assistera à une production inférieure à la normale pour les cultures vivrières. D’autres ménages ne pourront pas avoir accès aux semences après avoir perdu la saison agricole précédente à la suite des déplacements. L’état des infrastructures routières et l’activisme des groupes armés ne pourra plus favoriser les flux commerciaux. Ainsi donc, le territoire restera en phase de Crise (Phase 3 de l’IPC). Cependant, on pourra connaitre une augmentation de populations qui connaissent d'importants déficits de consommation alimentaire et se retrouveront en phase d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans les zones de santé de Rwanguba, Bambo du fait de la liquidation totale de moyens d’existences dans ces zones qui connaissent les violences depuis déjà plus de 8 mois.

    Juin à septembre 2023: C’est la période post- récoltes de deux mois (juin et juillet) et le début de la grande de soudure dans le territoire de Rutshuru. La situation des ménages sur l’ensemble de la zone sera de plus en plus difficile avec un accès limité à la nourriture du fait de l’épuisement précoce des stocks prévu en juillet. La disponibilité alimentaire dans le territoire sera moindre vu l’état des infrastructures routières et des attaques des groupes armés qui pourraient éventuellement continuer. De ce fait, la consommation alimentaire pourra se détériorer et les ménages pourront se rabattre aux aliments moins coûteux et moins préférés voire dépendre de la solidarité des autres ménages. Ainsi donc, la situation de la sécurité alimentaire dans ce territoire restera en Crise (Phase 3 de l’IPC) avec une frange importante des personnes en phase d’Urgence (phase 4 de l’IPC).

    Sud Kivu/Territoire de Fizi/CD03

    Situation actuelle

    Situation sécuritaire et mouvements des populations: Le territoire de Fizi est particulièrement touché par des conflits inter ethniques soutenus par les intérêts des puissances régionales voisines. Plusieurs groupes armés d’auto-défense communautaire Gumino, Twigwaneho de l’ethnie Banyamulenge combattent les autres groupes de l’ethnie Bembe, Rega, Fuliru et Nyindu. L’activisme de ces groupes armés qui se battent entre eux d’une part et contre les FARDC d’autres part a créé plusieurs vagues de déplacés. Hormis le mouvement de la population, on assiste aussi à l’incendie des maisons et destruction des champs, vol et pillages des bétails, assassinats ciblés et bien d’autres différents incidents de protection. OCHA estime à plus de 100,000 personnes nouvellement déplacées dans le territoire de Fizi en décembre 2022. En outre, le territoire héberge plus de 50,000 réfugiés Burundais. Ces refugies partagent les mêmes ressources avec les populations autochtones.

    Figure 5

    Carte de référence pour la zone concernée: Territoire de Fizi, CD03
    Territoire de Fizi, CD03

    Source: FEWS NET

    Progrès saisonnier: Les hauts plateaux du Sud-Kivu est une zone agropastorale qui appartient au bloc centre-est, et est actuellement en pleine récolte de la saison agricole A. Toutefois, une faible participation des ménages agricoles est observée au cours de la saison A du fait du contexte actuel de conflit qui a limité l’accès aux champs et des glissements de terres emblavées dans certaines localités autour de Minembwe. La production agricole, notamment celle des vivriers comme le maïs et le haricot, reste donc en dessous de la moyenne. Les conditions agro climatiques sont restées favorables pour un cycle cultural normal avec des précipitations excédentaires dans certaines localités. Ces pluies avaient détruit près de 500 hectares de cultures maraîchères et vivrières dans cette zone.

    Moyens d’existence et accès à la terre: Normalement, la vente des récoltes (haricot, manioc, mais, sorgho) constitut la principale source de revenus des ménages, leur permettant un accès à la nourriture. Cette source est suivie par la vente des produits d’élevage. Actuellement, les déplacés exécutent des travaux agricoles journaliers rémunérateurs, soit en espèce (ex: 0,5 ares pour 5,000 CDF ou 3 gobelets de « Guigoz », environ 2,5 kg de farine de manioc) alors qu’avant le conflit, le prix du travail agricole journalier était de 10,000 CDF. L’accès à la terre payante reste un défi pour la plupart des petits producteurs, qui doivent payer 10,000 CDF à 15,000 DCF pour une surface de 6,25 ares pour une saison culturale. La surpopulation dans les villages entraîne la hausse de prix de location de la terre. L’accès des déplacés à la terre est difficile car il faut louer les terres à exploiter alors que les ménages déplacés n’ont pas des moyens pour louer la terre.

    Disponibilité de la main d’œuvre agricole: La densité de population (environ 100 hab/km²) dans la zone accessible à la suite de l’insécurité constitue une contrainte limitant la superficie des terres cultivées et crée également un surplus de main-d'œuvre. Toutefois, la demande en main d’œuvre reste limitée du fait de la baisse de superficies emblavées.

    Fonctionnement des marchés et prix alimentaires: Dans un contexte de faible production, le territoire poursuit sa dépendance aux importations à partir de la Tanzanie via le lac Tanganyika pour approvisionner les marchés locaux en produits de base. Cette situation facilite aussi la disponibilité des vivres aux marchés, notamment pour les produits importés de certains pays voisins comme le Burundi, la Tanzanie et la Zambie. Les prix de denrées de base se situent au-dessus de la moyenne en raison de pression constante de la demande consécutive à une faible production, a la dépendance aux importations ainsi qu’au mouvement de la population (Figure 6).  Par exemple, bien que le prix de la farine de maïs à Uvira, principale marché d’approvisionnement des marchés secondaires de la zone, connaitra des variations saisonnières typiques, l’offre restera inferieure à la demande pendant la période de scenario, maintenant les prix au-dessus de leur niveau typique.

    Figure 6

    Projection de prix de la farine de maïs à Uvira
    Projection de prix de la farine de maïs à Uvira.

    Source: FEWS NET

    Elevage: Les hauts plateaux du Sud-Kivu est une zone pastorale où les ménages vivent de l'élevage notamment les gros bétails, les petits bétails et la volaille. Cependant, les exactions des milices armées occasionnent des vols de bétail surtout lors des affrontements intercommunautaires. Les autres contraintes de cette activité sont notamment le manque des produits vétérinaires pour les animaux. A cela s’ajoute des épizooties comme, PPCB (péri pneumonie contagieuse bovine), PPR (peste des petits ruminants), PPA (peste porcine africaine) et la peste bovine. Notons aussi que la zone manque des moyens de transformation des produits d’élevage.

    Assistance Humanitaire: A la suite des problèmes d’accès physique et sécuritaires, les interventions en sécurité alimentaire, ne sont organisées que vers les zones de santé accessibles de Fizi et Nundu et qui sont considérés comme zones d’accueil des déplacés en provenance de hauts plateaux. Selon le profil humanitaire de OCHA, de janvier à décembre 2022, les réalisations n’ont permis de couvrir jusqu’à 60 pour cent des besoins humanitaires dans le territoire de Fizi.

    Sécurité alimentaire: Elle reste préoccupante dans ce territoire. Les disponibilités alimentaires baissent d’année en année depuis le début des conflits en 2020. Les principales sources de revenus pour les ménages pauvres de la zone sont la vente des récoltes, la main d'œuvre auprès des nantis, la vente de bois, le petit commerce. Actuellement, toutes ces sources de revenus sont perturbées avec les conflits en cours qui font baisser leurs revenus et réduisent l’accès des ménages aux aliments provenant jadis de leur propre production. Les productions agropastorales restent faibles. Dans les zones de provenance, des champs ont été abandonnés par les déplacés et des dizaines de bétails emportés par les groupes armés. Les déplacés dépendent essentiellement de la solidarité des familles d’accueils, et de la rémittence et d’autres formes d’entraide, à travers les humanitaires.

    Consommation alimentaire: Les facteurs cités ci-hauts ne permettent pas aux ménages pour se procurer la nourriture. En effet, les stocks de la saison agricole A en cours, quasi inexistante, la hausse des prix et l’insécurité, ne permettent pas aux ménages de faire face à leurs besoins alimentaires. Selon les observations sur le terrain, le nombre de repas par jour est de un ou zéro. Ce repas est essentiellement constitué de la pâte de la farine de manioc (fufu) et des feuilles. Les ménages sont obligés de faire recours à quelques stratégies d’adaptation pour accéder à la nourriture, notamment les travaux temporaires auprès des autochtones, à des prix dérisoires et inférieurs au prix d’avant la crise.

    Changement dans les moyens d’existence: Essentiellement agriculteurs (65 pour cent) et éleveurs (35 pour cent) les ménages des hauts-plateaux, face aux chocs subits, connaissent des limitations d’accès voire des pertes de leurs sources de revenus. Ceux des éleveurs qui ont perdu la totalité des bêtes se sont convertis en agriculteurs.

    Stratégies d’adaptation des ménages: Pour combler le déficit de consommation, les ménages font recours à quelques stratégies d’adaptation comme « Travailler contre de l'argent / de la nourriture, Diminuer le nombre de repas par jour / les quantités, Emprunter de l'argent ou de la nourriture, Consommer les aliments les moins préférés ». Les autres ménages procèdent à la récolte précoce des cultures et la vente de bétails à bas prix.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable dans le territoire de Fizi, de février à septembre 2023 est basé sur les hypothèses suivantes:

    • Production agricole: Tenant compte des anomalies dans les années antérieures marquées par une mauvaise répartition des pluies avec des séquences des précipitations excessives causant des inondations dans le territoire de Fizi, on s’attendrait à une situation similaire qui conduirait à une production agricole inferieure à la moyenne. Cette situation qui se produit dans une région déficitaire et subissant une forte pression de la part des personnes déplacées et retournées de toutes catégories, présage des difficultés d’accès à la nourriture dans le court terme, notamment pour les ménages pauvres.
    • Conflits et mouvements des populations: Selon les informations de la récente mission interagence dans le territoire de Fizi en janvier 2023, l’arrivée massive en plusieurs vagues des personnes déplacées dans certaines localités de zone de la santé de Fizi est enregistrée. La plupart de ces ménages ont dû abandonner leurs récoltes, et dépendent du marché et de l’assistance humanitaire pour la plupart de leur alimentation. La poursuite des affrontements entre différents groupes armés d’une part et d’autre part entre les groupes armés et la coalition FARDC- armé Burundaise sur les hauts plateaux de Minembwe, pourrait créer des mouvements des populations supplémentaires et encore réduire l’accès des ménages aux champs.
    • Fonctionnement des marchés et prix des denrées: Tenant compte de l’intégration des marchés dans le territoire de Fizi et ceux marchés d’Uvira, les échanges inter frontaliers se portent bien, et vont se poursuivre sans restriction administrative qui bloquerait le commerce régional. Ainsi, la zone connaitra une évolution typique des prix pendant la période de la petite soudure prochaine. A partir de mois d’aout jusqu’en novembre 2023, les prix subiront une allure ascendante allant jusqu’à une moyenne de 10 pour cent de hausse et pourront se stabiliser voire baisser à partir de la deuxième quinzaine du mois de décembre 2023 à cause des récoltes vertes prévues en cette période du cycle cultural. Toutefois, les prix resteront significativement au-dessus de leur moyenne quinquennale.
    • Moyens d’existence des populations: Au cours de cette période, dans la mesure où beaucoup des ménages en déplacement n’ont pas pu cultiver leurs champs, les ménages pauvres s’adonneront plus aux travaux temporaires tant agricoles que domestiques. La priorité sera donnée aux dépenses alimentaires. L’aide alimentaire sera déterminante et les ménages pourront rencontrer des difficultés pour faire face aux dépenses scolaires et de santé.
    • Disponibilité de la main d’œuvre agricole et non agricole: Etant donné la présence des déplacés n’ayant pas accéder aux terres au cours de la dernière saison agricole et la présence des refugies Burundais se trouvant dans les camps, la main d’œuvre agricole devra être bon marché pour les moyens et les nantis de la zone, dans les travaux de récolte de la saison A et de la préparation de la prochaine saison B en mars 2022.
    • Assistance Humanitaire: La couverture de ces interventions humanitaires dans le territoire de Fizi devra continuer à rester faible. Cette situation pourra exacerber la situation des ménages en déplacement et des ménages retournés qui comptent beaucoup sur l’assistance humanitaire pour améliorer leur sécurité alimentaire et conditions de vie.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Février à mai 2023: Cette période connaitra le semis en mars- avril et le début des récoltes vertes de la saison agricole B en fin mai 2022. Cependant, vu qu’une partie importante de la population agricole déplacée ne sera pas de retour, on assistera à une production inférieure à la normale pour les cultures vivrières. Etant donné la petite soudure de la saison B précoce qui est attendue fin mars dans la zone, on pourra s’attendre à une détérioration de la consommation alimentaire des ménages en cette période qui sera marquée par un déficit modéré. Les ménages pauvres et déplacées de la zone subiront une dépendance accrue au marché pour leur consommation alimentaire. Compte tenu des activités de moyens d’existence qui sont également perturbés par ces conflits, leur accès au marché sera réduit, et en l’absence d’assistance alimentaire, ils devront faire recours à des stratégies négatives, telles que la vente d’actifs ou la diminution du nombre de repas pour accéder à la nourriture et ces ménages seront en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Juin à septembre 2023: Durant la deuxième période du scénario, les ménages seront dans la période de production agricole notamment en juin. Toutefois, la production agricole devra rester inférieure à la normale au vu de la situation sécuritaire sur terrain. Durant la période d’aout-septembre, les ménages pourront assister aux effets de la période de soudure précoce vu le niveau de leurs stocks qui seront inférieurs à la normale. Certaines stratégies de survie de d’urgence pourront être utilisées. Ainsi, cette zone restera en situation d’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Citation recommandée: FEWS NET. RDC Perspectives sur la sécurité alimentaire Février à Septembre 2023: Production agricole des saisons en baisses consécutives dans les zones de conflits actifs, 2023.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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