Perspectives sur la sécurité alimentaire

Les récoltes de la saison A au Nord-est et Centre-est ont amélioré la disponibilité et l’accès alimentaire

Février 2019 - Septembre 2019

Février - Mai 2019

Carte de la Sécurité alimentaire courante, février 2019: Minimal (Phase 1 de l'IPC) dans le centre-nord, Stress (Phase 2 de l'IPC) dans le sud-est et partis de l'est et le centre-sud, Crise (Phase 3 de l'IPC) dans parts de l'est, nord-est et centre-sud, C

Juin - Septembre 2019

Carte de la Sécurité alimentaire courante, février 2019: Minimal (Phase 1 de l'IPC) dans le centre-nord et sud, Stress (Phase 2 de l'IPC) dans le sud-est et partis de l'est et le centre-sud, Crise (Phase 3 de l'IPC) dans parts de l'est, nord-est et centre

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Non cartographié
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire. FEWS NET ne cartographie que l’est de la RDC.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Non cartographié
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire. FEWS NET ne cartographie que l’est de la RDC.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Non cartographié
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • Depuis la mi-décembre 2018, les récoltes de la saison A sont en cours dans les zones Nord-est et Centre-est du pays. Comparativement à la campagne précédente, la production est estimée moyenne en raison des bonnes conditions agro-climatiques observées durant la saison dans les principaux bassins de production. Cette situation pourrait apporter une amélioration de la durée des stocks alimentaires des ménages.

  • Depuis fin janvier 2019, suite aux affrontements au Soudan du Sud, la République Démocratique du Congo (RDC) a reçu un nouvel afflux des réfugiés estimé à près de 5 000 personnes dans plusieurs villages du territoire d’Aru en Ituri. Ces derniers s’ajoutent aux premières vagues encore présentes dans cette zone déficitaire et continueront à exercer une pression de plus en plus importante sur les ressources locales dans cette zone aux multiples défis agro pastoraux.

  • La saison des pluies d'octobre 2018 à mars 2019 a démarré avec près d’un mois de retard dans l’ensemble des pays de l’Afrique australe notamment la Zambie, le Zimbabwe et l’Afrique du sud, avec des précipitations nettement inférieures à la moyenne. On s’attendrait à des faibles performances des récoltes qui pourrait impacter la zone Sud-est de la RDC, qui dépend principalement des importations à partir de ces pays.

CONTEXTE NATIONAL

Situation actuelle

Situation des élections : En dépit de la période Post-électorale relativement apaisée dans laquelle se retrouve la RDC, la situation humanitaire continue à demeurer précaire et extrêmement instable du fait principalement de la persistance de conflits entre communautés, groupes armés non étatiques et forces de sécurité congolaises, en plus des défis socio-économiques actuels qui touchent les Congolais les plus vulnérables.

Situation sécuritaire et mouvements des populations : Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), plus de 4,5 millions de Congolais sont actuellement déplacés à l'intérieur du pays, tandis que près de 814 975 réfugiés ont fui dans les pays voisins. Plusieurs provinces de l'est de la RDC, notamment le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l'Ituri et le Tanganyika, ont été frappées par une recrudescence des violences intercommunautaires et des attaques des groupes armés. Des attaques présumées des forces démocratiques alliées (ADF) et d'autres milices près de Beni, dans le Nord-Kivu, ont même entravé les efforts déployés pour faire face à une épidémie d'Ebola apparu depuis début août 2018. A l’intérieur du pays et selon l’UN HCR, on compte 546 123 réfugiés en RDC en provenance des pays voisins.

Depuis le 31 janvier 2019, suite à des affrontements au Soudan du Sud, d’autres milliers de demandeurs d’asile sont arrivés dans plusieurs villages de la province de l’Ituri en RDC, Selon des informations reçues des notables locaux, 5,000 personnes auraient trouvé refuge dans plusieurs villages du territoire de Aru.

En 2018, les attaques des ADF et d'autres milices ont tué près de 235 civils autour de Beni, tandis que plus de 165 personnes ont été enlevées par des groupes armés. Les affrontements autour de l'accès à la terre et à l'eau entre les groupes ethniques Banyamulenge et Bafuliro et les milices affiliées près d'Uvira, dans le Sud-Kivu, ont également déplacé plus de 76 000 personnes au cours de l’année 2018.

Malgré l’offensive militaire menée par les forces armées du gouvernement (FARDC) avec l'appui de la Mission des Nations Unies pour la stabilité du Congo (MONUSCO) et de sa brigade d'intervention, les attaques par des groupes armés et les violences intercommunautaires se poursuivent. Le 16 janvier, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a annoncé que plus de 890 personnes avaient été tuées lors de violences intercommunautaires dans la province de Mai-Ndombe entre le 16 et le 18 décembre 2018. Les attaques et les meurtres commis lors des affrontements entre les communautés de Banunu et de Batende dans plusieurs villages du territoire de Yumbi se seraient intensifiés à la suite d'un différend concernant l'inhumation d'un chef local. Des milliers de personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays par les affrontements et environ 16 000 personnes ont trouvé refuge en République du Congo voisine.

Dans cette ambiance chaotique de perpétuels déplacements, il serait difficile aux communautés affectées de se remettre normalement et d’engager des travaux agricoles habituels.

Selon une évaluation de l’organisation internationale de migration (OIM) conduite dans sept provinces du Centre-est notamment le Kasaï, le Kasaï Central, le Kasaï Oriental, la Lomami, le Sankuru, le Sud Kivu et le Tanganyika du 22 février au 28 novembre 2018 dans 137 zones de santé et sur les mouvements de population des trois dernières années 2016, 2017 et 2018 ; on compte, actuellement, dans ces provinces 2 964 264 personnes déplacées contre 4 526 559 personnes retournées. La plupart des ménages se sont déplacés en 2017 (58 pourcents). Environ 55 pourcents des retournés ont été identifiés au Kasaï Central et au Kasaï. Dans ces deux provinces, on estime à plus de 2 500 000 individus qui ont regagné leurs localités d’origine après leurs déplacements depuis 2016.

Dans le Sud-Kivu et au Kasaï Oriental, respectivement 37 et 30 pourcents des déplacements ont eu lieu en 2018. Les populations se sont principalement déplacées (soit 64 pour cent) suite aux attaques armées. Près de 29 pourcents de la population ont été déplacés suite aux conflits intercommunautaires. Par ailleurs, les mouvements de déplacement liés à la crise alimentaire de 2016 à 2018 sont respectivement passés de 5 à 9 pourcents. Les populations affectées vivent principalement dans les zones rurales et dépendent de l’agriculture de subsistance. Une proportion importante de ces ménages a raté une ou deux saisons agricoles et pourront éventuellement démarrer les activités agricoles durant la prochaine saison.

Agro climatologie : La saison des pluies d'octobre 2018 à mars 2019 a commencé avec presque un mois de retard dans tous les pays d'Afrique australe, en particulier la Zambie, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud, avec des précipitations bien en dessous de la moyenne. Cette situation laisse à penser que les récoltes de ces pays seront insuffisantes voire médiocres, ce qui affectera probablement les exportations vers les pays voisins. Cela aura un impact particulièrement négatif sur la province du Haut-Katanga en RDC qui est une zone de déficit et importe près 70 pourcents de sa nourriture, notamment le maïs, de la Zambie et de l’Afrique du Sud.

L'épidémie de la Maladie à Virus Ebola (MVE) : L’épidémie de MVE continue de faire des victimes dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. Au 23 février 2019, on comptait 864 cas enregistrés, dont 540 décès. Toutefois, le faible niveau de sécurité dans les zones touchées, en particulier à Beni dans le Nord-Kivu, à la suite d'attaques perpétrées par des groupes armés dans le Centre-ville, a réduit les efforts de lutte contre la maladie et la poursuite des activités agricoles. À moyen terme, on pourrait s'attendre à une détérioration significative de la sécurité alimentaire dans cette zone.

Suppositions :

Le scénario le plus probable de février à septembre 2019 est basé sur les hypothèses suivantes au niveau national :

Production agricole :

  • Précipitations : Les prévisions des pluies sont bonnes pour la saison B qui va de Mars à Juin 2019, ceci permettrait aux ménages agricoles de démarrer la saison normalement avec les semis dès le début de la saison en mars 2019. La prochaine grande saison culturale (saison A) commencera également sans retard en septembre2019 avec des niveaux de précipitations annoncés moyens en début de saison.
  • Maladies et ravageurs des cultures : Bien qu’aucune réponse globale et efficace n’ait été adressée aux différentes maladies des plantes connues ces dernières années en RDC, on observe quand même un ralentissement ou une stagnation de leurs impacts sur la production agricole. Cette situation est consécutive à la maitrise de certaines de ces phytopathologies par les agriculteurs locaux qui utilisent des moyens locaux de base pour mitiguer ces menaces.
  • Accès aux semences et outils aratoires : L’accès aux semences de qualité par les ménages pourra constituer un défi majeur. En effet, on assiste à une dégénérescence des semences qui prédispose à des rendements de plus en plus réduits. Le retour progressif de milliers de ménages retournés pourrait exacerber cette problématique d’accès aux semences d’autant plus que bon nombre d’entre eux ont perdus plus de deux saisons agricoles pendant leur séjour lors des déplacements.

Le contexte politico-sécuritaire :

  • Alors que la situation politique du pays reste instable, Les changements politiques actuels semblent donner de l’espoir ; on note dans la plupart des cas des tendances et des promesses de reddition des groupes armés notamment dans le Maniema, le Kasaï, l’Ituri et le Sud Kivu. Les activités des nouvelles autorités issues des élections  contribueront à stabiliser progressivement le contexte social et faciliterait le retour progressif des personnes déplacées tel qu’observés actuellement et par conséquent, l’accès à leur moyens d’existence.
  • Ainsi, les mouvements de retour des personnes déplacées dans leurs milieux d’origine pourraient se poursuivre notamment dans les provinces de Tanganyika, Kasaï, Kasaï central, Sud-Kivu et le Maniema. Cependant, dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, on pourrait s’attendre à une réticence aux mouvements de retour suite aux conflits actuels.

Les marchés et prix :

  • Valeur de la monnaie nationale : Selon la banque nationale, les réserves de change sont progressives actuellement et la croissance projetée est de 5,6 pourcent. Ceci pourrait avoir une incidence sur la stabilité de la monnaie locale.
  • Approvisionnement et fonctionnement des marchés : Etant donné les récoltes moyennes de la saison A qui ont permis une disponibilité des denrées sur les marchés dans le Nord-est du pays, les prix des denrées vont connaître une certaine stabilité avec une tendance à la baisse durant la période de février à avril 2019 à l’exception des zones affectées par les mouvements des populations. Cependant, il est probable que les marchés connaissent des perturbations d’approvisionnement surtout dans l’ex-Katanga.
  • Transport des denrées : Malgré les dommages observés sur les infrastructures routières occasionnés par les pluies abondantes de la saison A, lesquelles ont occasionné une augmentation des frais de transport des denrées alimentaires en provenance des zones rurales de production, il est fort probable que la praticabilité de ces infrastructures reprenne normalement à partir de juin 2019 qui correspond à la fin de la saison des pluies et le début de la saison sèche et se poursuive durant la deuxième période du scenario, ce qui occasionnerait l’augmentation de la fréquentation des transporteurs dans les zones de production avec comme corolaire la baisse de prix de transport des denrées alimentaires.

Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

Février à mai 2019 

Les effets des chocs liés aux mouvements des populations devront continuer à se manifester au sein des ménages notamment dans les provinces de l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud Kivu, le Tanganyika et le Kasaï. Cependant, il faudra noter que dans ces provinces, les mouvements de retour ont été importants durant la période allant de janvier à décembre 2018 mais la reprise des activités agricoles et d’autres moyens d’existence demeure timide. De ce fait, avec une production de la saison agricole A 2018-2019 inférieure à la moyenne, les faibles disponibilités des denrées alimentaires de base, notamment le maïs, le riz, le haricot et le manioc pourraient occasionner des distorsions dans le fonctionnement de marché. Les ménages pourront faire recours aux stratégies de survie les plus négatives Les stratégies de survie comme la vente des avoirs productifs, le retrait des enfants de l’école, la diminution du nombre de repas, , le vol, les migrations économiques, l’endettement, etc. jusqu’au mois de juin 2019 qui correspond au début de la récolte de la saison agricole B. Plusieurs ménages vont se convertir en main d’œuvre temporaire, ce qui pourrait occasionner la baisse de son coût et par conséquent la baisse des revenus des ménages pauvres. L’accès à la nourriture sera limité durant cette période où plus de 50 pourcents de la nourriture consommée par les ménages pauvres provient des achats au marché, ce qui affectera considérablement leur consommation alimentaire, voire leur état nutritionnel se dégrader. De ce fait, ces zones pourraient rester en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC).

Juin à Septembre 2019 

La seconde période de scenario va coïncider avec les récoltes des vivriers comme le maïs, le haricot, et l’arachide pour la saison B (Mars-juin). Une proportion importante de ménages retournés pourra participer à cette deuxième saison agricole, et la surface emblavée pour les producteurs agricoles pourrait éventuellement augmentée avec une amélioration possible de la production. Cela pourrait donner à nouveau de la nourriture aux ménages pauvres qui dépendraient en ce moment de leur propre production.

Etant donné le faible niveau d’assistance reçu par les ménages agricoles dans la zone, notamment les retournés, la production de cette saison B restera toujours inferieure à la moyenne et la période de soudure s’annoncerait plus précoce déjà à partir du début d’août au lieu de septembre comme d’habitude. La situation de la sécurité alimentaire ne pourrait pas s’améliorer dans la mesure où les éléments de résultats de la sécurité alimentaire ne seraient pas encore améliorés avec une seule campagne moins productrice et un faible niveau d’assistance à ce jour dont l’absence ne pourrait changer la phase actuelle, il s’agit notamment de la province du Kasaï orientale qui a connue également l’afflux des congolais expulsés de l’Angola. Cette zone devra donc rester en phase de Crise (Phase 3 IPC) et par conséquent l’assistance humanitaire pourra être déterminante. En outre, les entités comme l’Ituri et le Nord Kivu qui connaissent actuellement des conflits et violences ainsi que l’épidémie à Virus Ebola sont toujours confrontés à des mouvements importants des populations. La situation dans ces contrées ne pourra s’améliorer et elles pourront rester en Crise (Phase 3 de l'IPC).

Pour plus d'informations sur les perspectives des zones de préoccupation, veuillez, s'il vous plaît, cliquer en haut de la page pour télécharger le rapport complet.

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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