Perspectives sur la sécurité alimentaire

La hausse continue des prix des denrées et de l’insécurité maintiennent les ménages dans l’insécurité alimentaire

Octobre 2022 - Mai 2023

Octobre 2022 - Janvier 2023

Février - Mai 2023

IPC v3.1 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC v3.1 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC v3.1 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC v3.1 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • La crise sécuritaire persiste avec les enlèvements de personnes pour demande de rançons, le prélèvement de taxes et impôts sur les animaux et la pose d’engins explosifs improvisés. Ces actes terroristes affectent négativement la sécurité alimentaire des ménages en perturbant les activités de moyens d’existence et le fonctionnement des marchés dans les zones affectées des régions de Tillabéry et de Diffa et le Nord-ouest et le Sud-ouest des régions de Tahoua et de Maradi.

  • Les récoltes sont en cours pour les céréales et pour les cultures de rente dont les résultats provisoires sont estimés supérieurs à ceux de l’année passée et de   la moyenne quinquennale due à une bonne pluviométrique enregistrée au cours de la campagne et d’une situation phytosanitaire globalement stable. Ainsi, les disponibilités alimentaires et les revenus sont davantage renforcés grâce aux apports des cultures irriguées de janvier à mai 2023.   Cependant, selon la Direction des Statistiques de l’Agriculture, 15 pour cent des villages agricoles dans l’ensemble du pays vont enregistrer des baisses de production agricole causée par les inondations, les pauses sèches et les baisses des superficies emblavées dues à l’insécurité et à l’accès limité aux intrants dont l’engrais.

  • Les marchés ont renoué avec la tendance saisonnière normale en termes d’approvisionnement et assurent la disponibilité des céréales au niveau des ménages et sur les marchés. Toutefois, les prix restent généralement au-dessus de la moyenne quinquennale avec des hausses plus significatives sur les marchés situés en zones de conflit dans les régions de Diffa, Tillabéry et Tahoua.

  • Les opérations d’assistance alimentaire ont été conduites par le gouvernement et ses partenaires en juin, juillet et aout 2022 et les assistances ont couvert 80 à 100 pour cent des besoins alimentaires de la majorité des personnes ciblées dans les régions de Diffa et Maradi selon le rapport de suivi de la mise en œuvre de l’assistance du Custer Sécurité alimentaire de septembre 2022. Cependant, dans les régions de Tillabéry et Tahoua, moins de 20 pour cent des personnes ciblées qui ont reçu l’assistance à cause de la situation sécuritaire qui limite l’accès aux populations dans le besoin.

  • Les ménages pauvres déplacés des régions de Tillabéry et Tahoua restent en Crise (Phase 3 de l’IPC) due à la faible production liée à l’accès réduit aux champs de cultures, à la baisse des revenus et des prix élevés qui réduisent l’accès alimentaire. En plus les ménages déplacés des zones de Tillabery et Tahoua n'ont pas accès aux distributions de l'assistance alimentaire à cause de l'insécurité qui rend ces zones inaccessibles. Toutefois, les ménages pauvres déplacés des régions de Diffa et Maradi restent en Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC) grâce aux assistances alimentaires qui leur sont fournies mensuellement. 

CONTEXTE NATIONAL

Situation actuelle

La situation agricole et pastorale: La pluviométrie régulière enregistrée en août et septembre 2022 a favorisé de bonnes conditions hydriques pour le développement des cultures dans la plupart des régions du pays. Ainsi, malgré le retard de l’installation de des pluies cette année, le cumul pluviométrique saisonnier est moyen dans presque l’ensemble du pays grâce à la reprise des précipitations observée depuis  juillet 2022 (Figure 4).

Il y a eu des poches localisées où les fortes précipitations ont causé des inondations occasionnant la destruction de 2 186 hectares de cultures pluviales contre 3 299 hectares en 2021. Toutes les régions agricoles ont été affectées mais les régions ayant subi les pertes de superficies de 500 à 1 000 hectares sont celles de Tillabéry avec 953 hectares, Dosso avec 659 hectares et Zinder avec 561 hectares. Le nombre de personnes sinistrées par les récentes inondations est estimé par le ministère de l’Action Humanitaire et de Gestion des Catastrophes (MAH/GC) à 248 371 personnes contre 151 641 personnes en 2021. Les régions les plus touchées sont celles de Maradi avec 77 691 personnes, Zinder avec 77 261 personnes, Diffa avec 29 149 personnes, Tillabéry avec 25 664 personnes et Dosso avec 24 536 personnes.

Les récoltes de cultures pluviales sont en cours pour les céréales et les cultures de rente avec des prévisions des récoltes qui sont estimées globalement moyennes en comparaison à la période 2017-202. Ces prévisions ne sont pas bonnes pour certains départements de la région de Tillabéry qui ont subi des baisses significatives de production agricole suite aux effets cumulés des pauses pluviométriques, des inondations et de l’insécurité.

La zone pastorale a aussi bénéficié d’une pluviométrique favorable ayant permis le développement des plantes fourragères. En effet, à la faveur des précipitations régulières enregistrées à partir de juillet jusqu’en septembre 2022, la production fourragère est jugée moyenne à bonne dans la majorité des zones agricoles, agropastorales, enclaves pastorales et massifs forestiers où la densité de la biomasse est de 1 000 à 3 000 kilogrammes de matières sèches par hectare selon les estimations faites avec le model SARRAH du Centre de Recherche en Agriculture, Hydrologie et Météorologie (AGRHYMET).

Toutefois, l’installation tardive des pluies et les pauses pluviométriques n’ont pas permis un bon développement des plantes fourragères dans la bande pastorale de departements de Tassara, Tillia, Tchintabaraden et Abalak (Tahoua), et Iferouāne, Arlit, Ingall et Aderbissenat dans la région d’Agadez et Abala, Banibangou, Ouallam, et Ayorou dans la région de Tillabéry où une production fourragère faible voire médiocre est estimée.   

Les animaux sont actuellement plus concentrés dans la zone pastorale et sur les plateaux des grandes aires pastorales en zone agricole. Ils profitent des ressources pastorales disponibles dans la zone pastorale avant d’entamer la transhumance vers la zone Sud agricole et dans les pays frontaliers. L’abreuvement se fait principalement au niveau des points d'eau de surface qui sont un niveau suffisant de remplissage et l’état d’embonpoint est actuellement moyen dans toutes les régions du pays à la faveur des disponibilités en fourrage, en eau et une situation sanitaire calme grâce à la campagne de vaccination conduite au début de la saison des pluies.

Les marchés et des prix: L’offre des produits agricoles est en hausse progressive sur la plupart des marchés, du fait de la disponibilité des nouvelles récoltes. Cette offre est composée de 30-70 pour cent de mil et de 10-30 pour cent de produits de rente (arachide et niébé). Elle est assurée par les producteurs locaux qui alimentent 30-70 pour cent de mil et 10 -30 pour cent pour les produits de rente. L’offre est globalement en hausse rapport à la même période de l’année passée mais en baisse par rapport à la moyenne quinquennale surtout sur les marchés de la région de Tillabéry du fait de l’effet conjugué du retard enregistré dans l’installation de la saison des pluies et des pauses sèches qui ont émaillé cette campagne agricole. L’approvisionnement en céréales importées comme le maïs et le sorgho est faible car il se limite au flux du Nigéria et du Bénin suite à l’arrêt des flux du Burkina Faso consécutif à la fermeture de sa frontière. La demande des céréales est constituée par les achats des commerçants locaux et celle des ménages. La demande des produits de rente émane en grande partie des commerçants locaux et étrangers. Les prix accusent des légères hausses respectives de 7, 4 et 3 pour cent, pour le maïs ; le mil et le sorgho par rapport à la même période de l’année dernière. Ces prix moyens représentent aussi des hausses significatives de 21, 16 et 12 pour cent pour le mil, le maïs et le sorgho respectivement par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Sur les marchés de Tillabéry, les hausses varient entre 20 et 40 pour cent. A l’instar des céréales sèches, le prix du niébé connait aussi des hausses significatives de 22 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale.

Les moyens d’existence des ménages : La situation des moyens d’existence des ménages se caractérise par l’accès normal aux revenus gagnés à travers les travaux de la main d’œuvre agricoles de récoltes, la vente de cultures de rente récemment récoltées (le niébé), la vente des petits ruminants, de la paille et le bois de chauffe. Les revenus gagnés grâce à ces activités sont moyens à supérieurs suite à une demande locale moyenne et des termes de l’échange estimés en septembre 2022 à 104 g de mil pour un bouc contre 102 kg en septembre 2021 et 105 kg pour la moyenne quinquennale.

Les conflits et l’insécurité : Les problèmes sécuritaires persistent dans le pays avec des groupes terroristes actifs dans le pays et qui continuent de perpétrer des attaques sur les populations civiles. Selon les données publiées par ACLED, les actes de violence commis par les groupes terroristes ont diminué par rapport à ceux de 2020 et 2021 grâce aux forces de défense et de sécurité qui contrôlent de plus la situation, mais le nombre victimes évoluent toujours à la hausse (Figure 6). Ces incidents sécuritaires causent le déplacement de personnes. En effet, selon les résultats de l’enquête ménage conduite en septembre 2022 par OIM, les personnes déplacées internes (PDIs) sont environ 390 000 personnes dont plus de 70 pour cent sont dans les régions de Diffa (120 673) et Tillabéry (156 107 PDIs). Le reste est dans les régions de Tahoua et Maradi qui sont les deux autres régions affectées par les conflits et l’insécurité. 

L’assistance alimentaire : la mise en œuvre du plan d’assistance alimentaire aux populations vulnérables a connu un retard dans son financement et dans son démarrage et cela s’est traduit par un taux de couverture des besoins alimentaires estime à 22 pour cent en juin 2022 et 53 pour cent en juillet 2022. De juin à juillet 2022, les assistances alimentaires (constituées de 100 kg de céréales ou de cash inconditionnel de 40 000 FCFA par mois et par ménage de 7 personnes), ont couvert 80 à 100 pour cent des besoins alimentaires estimés à 2 100 Kcal par personne et par jour de la majorité des personnes pauvres et déplacées des régions de Diffa et Maradi.  Tandis que les taux de couverture des besoins alimentaires est estimé à moins de 20 pour cent pour 16 à 30 pour cent des personnes dans le besoin des régions de Tillabéry et Tahoua en juin, juillet et 2022.

Résultats actuels de la sécurité alimentaire

Les disponibilités céréalières au niveau des ménages sont globalement bonnes dans le pays. Les marchés sont suffisamment approvisionnés avec les produits locaux et importés à partir des pays voisins (Nigeria, Benin et Burkina Faso) mais à des prix supérieurs à la moyenne saisonnière. Ces disponibilités et les revenus obtenu de la main d’œuvre agricole, de la vente d’animaux des transferts d’argent envoyé par les migrants, et de la vente des cultures de rente permettent aux ménages pauvres d’assurer une consommation alimentaire suffisante. Cependant, les pertes des biens et équipement subit lors des inondations vont occasionner des dépenses non alimentaires supplémentaires que les revenus saisonniers ne permettent de couvrir totalement.

Dans certaines zones où la baisse de production agricole est aggravée par les prix élevés des denrées alimentaires, l’accès aux aliments est réduit pour les ménages pauvres et les revenus sont insuffisants pour effectuer les dépenses non alimentaires telles les dépenses de santé, les frais de scolarité des enfants. Dans ces zones c’est une insécurité alimentaire en Stress (Phase 2 IPC) qui affecte la majorité des ménages pauvres. Dans les régions affectées par les conflits et l’insécurité, les effets se traduit par une perturbation des moyens d’existence. L’accès alimentaire est assuré par l’assistance alimentaire dans les régions de Diffa et Maradi où les ménages vivent une insécurité alimentaire de Stress ! (Phase 2 ! IPC). Dans les régions de Tillabéry et Tahoua, les ménages pauvres souffrent d’une insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 IPC) car en plus de la perturbation des moyens d’existence, les conflits et l’insécurité limitent l’accès aux zones d’accueil des personnes dans le besoin.  

Suppositions

Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire d’octobre 2022 à mai 2023 se base sur des suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

La situation sécuritaire : les incidents sécuritaires perpétrés par les groupes terroristes ont connu une régression à cause de la saison des pluies comme d’habitude. Suite à la fin de la saison des pluies et le tarissement des cours d’eaux constituant les entraves naturelles aux mouvements des groupes, les attaques des groupes terroristes contre les populations et l’armée régulière vont reprendre en décembre 2022 et persister à une ampleur similaire à celle des années passées et l’insécurité pourrait même s’aggraver avec les nouveaux modes opératoires marqués par les enlèvements avec demande de rançons et le prélèvent de taxes et impôts sur les actifs productifs des ménages.

Les cultures maraichères et décrue : la production de culture irriguées va se dérouler normalement à la faveur des appuis fournis par le gouvernement et ses partenaires et eu égard aux grandes quantités de pluies enregistrées qui permettent une bonne recharge de la nappe phréatique et des disponibilités en eaux pour l’irrigation des cultures maraichères et de décrues. Les récoltes pour les cultures de tomates, de laitues, de pommes de terre, de pastèques, de l’oignon et du riz irrigué seront bonnes et seront de sources de revenus ménages en janvier jusqu’en mai 2023. On s’attend également à la disponibilité dans les ménages et sur les marchés qui vont contribuer à l’accès et la diversité alimentaires des ménages.

a production pastorale, la transhumance et l’embonpoint du bétail : l’alimentation des animaux ainsi que leur abreuvement va s’effectuer normalement en octobre 2022 jusqu’en janvier 2023 et va contribuer à décharger les ménages éleveurs des dépenses consécutives à la hausse des prix des aliments bétail couplées à celle des prix des denrées alimentaires. Cette situation va favoriser les opportunités de revenus et de nourriture dans la zone pastorale avec l’amélioration de l’embonpoint des animaux, de la production laitière et de la valeur marchande du bétail et des termes de l’échange en octobre 2022 jusqu’en janvier 2023. En février-mai 2023, les stocks fourragers va s’amenuiser et les points d’eaux vont tarir et l’alimentation des animaux va exiger des dépenses pour l’achat de compléments alimentaires dont les prix vont se situer au-dessus de la moyenne quinquennale.

Les achats institutionnels : avec les besoins d’assistance devenus énormes cette année du fait des conflits et du déficit céréalier et fourrager, les stocks institutionnels et ceux des partenaires humanitaires mobilisés pour les interventions en faveur des populations vulnérables sont épuisés. Et comme chaque année il y a des populations vulnérables à assister, des opérations d’achat seront conduits en octobre, novembre, décembre 2022 et janvier 2023 pour reconstituer les stocks d’intervention humanitaire et les tonnages qui seront achetés seront au moins égal à la moyenne soit 80 000 à 100 000 tonnes.

La main d’œuvre, la migration et es transferts : suite aux effets du COVID 19 et des conflits et l’insécurité, les opportunités d’emplois locaux et en migration pour la main d’œuvre sont réduites par rapport aux conditions normales. Toutefois, avec le recul du COVID 19 et à la faveur des bonnes conditions agricoles et pastorales, les opportunités d’emplois locaux et en migration vont devenir normales ainsi les revenus et les transferts qui seront en amélioration par rapport à ceux de l’année passée en janvier-mai 2023. Le gardiennage des animaux, la vente de bois et de paille vont aussi constituer des sources de revenus pour les ménages pauvres avec des revenus qui pourraient se situer au niveau moyen.

Flux : les flux locaux vont fonctionner plus que l’année passée mais pas comme d’habitude suite à la conjonction de plusieurs facteurs. En effet en plus de la bonne production agricole nationale et donc des disponibilités des produits locaux commercialisables, on va observer une amélioration des flux locaux mais les flux régionaux et sous-régionaux et internationaux des produits céréaliers (mil, sorgho, mais) seront limités suite aux conflits locaux (dans le Liptako Gourma et le Bassin du Lac Tchad) et à la guerre en Ukraine. Et le dysfonctionnement des flux internationaux va persister et va provoquer une baisse des produits importés sur le marché international (riz importé, blé, farine de blé, huile, pâtes alimentaires) et cela suite à la guerre en Ukraine. Avec la poursuite de guerre, la disponibilité des produits importés de cette source va continuer de diminuer.

Offre : L’offre des produits importés sur le marché international restera en dessous de la moyenne à cause des perturbations en cours dans les pays sources et des mesures protectionnistes prises par les pays de transit dans la chaine d’approvisionnement comme l’Algérie.

Demande de denrées alimentaires : On s’attend à une augmentation progressive de la demande due au recours aux marchés par les ménages pauvres et ceux des zones typiquement déficitaires. La dépendance vis-à-vis des marchés des ménages de la région de Diffa, Tillabéry et Nord Tahoua affectées par les conflits, va persister et se traduire par des quantités demandées qui seront comparables à la moyenne des 3-5 ans passés années.

Prix des produits alimentaires : Les niveaux de prix sont restés élevés et vont poursuivre leur évolution atypique à la hausse. Ils vont se situer au-dessus de la moyenne quinquennale à cause des dysfonctionnements généralisés des circuits d’approvisionnements. La hausse du prix du gasoil va se traduire par une augmentation additionnelle des prix de transports assurés par les camions de transport et cela va avoir des effets sur les prix des produits à la consommation.

Marchés et prix du bétail : Les marchés à bétail resteront bien animés et les prix des animaux seront supérieurs à ceux de l’année passée mais inférieurs à la moyenne à la faveur d’une forte demande par des ménages emboucheurs et des pays côtiers pour les fêtes religieuses en octobre jusqu’en décembre 2023 et la faible présentation en févier-mai 2023 jusqu’en départ en transhumance va occasionner une revalorisation des prix et des termes de l’échange en janvier-mai 2023.

Les interventions humanitaires : les actions humanitaires seront planifiées et financées mais leur mise en œuvre connaîtra globalement une faible couverture géographique à cause de la crise ukrainienne qui attire plus l’attention des acteurs humanitaires. De façon plus spécifique, les volumes et l’étendue des interventions seront limités dans les zones de Tillabéry et Tahoua où l’accès aux populations dans le besoin restera encore un défi difficile à relever à cause des attaques des terroristes et des mesures sécuritaires prises par le gouvernement. Elles seront toutefois conduites de façon à couvrir les besoins énergétiques des populations dans le besoin dans les zones affectées par les conflits de Diffa et Maradi.

La situation nutritionnelle : les résultats des différentes enquêtes nutritionnelles conduites ces cinq dernières années pendant la période d’août à octobre ont relevé une prévalence de malnutrition aigüe Globale (MAG) élevée de plus de 10 témoignant une dégradation sérieuse de la situation nutritionnelle selon la classification de l’OMS. Les conflits et les effets des attaques terroristes continuent toujours de limiter l’accès des populations aux services de dans les zones affectées. Par ailleurs, la pluviométrie intense enregistrée et les inondations localisées ont aggravé les conditions d’assainissement et exposent davantage les populations aux épidémies de choléra et au paludisme dont les cas pourraient s’accroitre entre octobre et janvier 2022. Les disponibilités alimentaires issues des nouvelles récoltes et la diversité des produits maraichers et bétails, les récoltes des ménages pauvres hôtes et les revenus des PDI ne seront pas suffisants pour permettre une consommation alimentaire adéquate. Globalement, une dégradation progressive de la situation nutritionnelle pourrait être observée durant toute la période du scenario pour atteindre le niveaux critiques typique de la période de soudure en avril/mai 2023.

Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

En octobre 2022 jusqu’en janvier 2023, les récoltes de céréales ainsi que des cultures de rente et de contre saison installées en octobre/novembre 2022 vont assurer les disponibilités alimentaires au niveau des ménages vont offrir des opportunités d’emplois agricoles et de revenus pour les ménages y compris les ménages pauvres dans les zones de moyens d’existence agricoles et agropastorales tout comme dans les zones de cultures irriguées. Les animaux vont profiter des résidus agricoles et des bonnes disponibilités en eaux qui vont améliorer leur état physique, la productivité en lait et les prix des ventes d’animaux et produits animaux. Toutefois, les séquelles des inondations sur les habitations vont occasionner des dépenses supplémentaires pour la reconstitution des maisons effondrées. L’insécurité civile va limiter les activités de moyens d’existence dans les zones affectées tout comme elle va réduire l’accès à certaines zones pour apporter l’assistance alimentaire. Une insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 IPC) sera observée en cette période chez la majorité des ménages dans les zones de moyens d’existence agricole, agropastorale, pastorale et de cultures irriguées mais elle va atteindre le niveau Stress ! (Phase 2 ! IPC) dans les zones de Diffa et Maradi affectées par les conflits mais qui seront accessibles pour bénéficier des assistances alimentaires couvrant les besoins alimentaires de la majorité des ménages pauvres. Les résultats de l’insécurité alimentaire seront en Crise (Phase 3 IPC) dans les zones de Tillabéry et Tahoua où les incidents sécuritaires vont réduire l’accès aux populations pour la distribution des assistances alimentaires. 

En février-mai 2023, les stocks céréaliers vont s’épuiser et les prix d’accès aux denrées alimentaires seront élevés par rapport à la moyenne quinquennale. Les revenus des emplois agricoles sur les sites de cultures de contre saison ainsi que les transferts des migrants ne seront pas suffisants pour faire face aux dépenses alimentaires et non alimentaires compte du niveau très élevés des prix à la consommation. Les animaux vont rentrer dans leur période soudure et vont perdre du poids et de la valeur marchande avec pour corollaire une baisse des revenus de la vente d’animaux et des produits animaux. Les attaques vont s’amplifier et vont continuer de perturber les activités de moyens d’existence tout rendant inaccessibles certaines zones pour la distribution de l’aide alimentaire. L’insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 IPC) va dominer dans le pays. Dans les régions de Diffa et Maradi le niveau Stress ! (Phase 2 ! IPC) sera maintenu grâce aux assistances alimentaires dont 100 kg de céréales (mil ou sorgho) par ménage de 7 personnes. Ces assistances vont permettre de couvrir 82 pour cent des besoins alimentaires journaliers (estimés à 2100 Kcal par personne et jour) de plus de 80 pour cent des ménages pauvres déplacés de ces 2 régions. L’insécurité alimentaire sera cependant en Crise (Phase 3 IPC) dans les régions de Tillabéry et Tahoua où les assistances alimentaires ne seront suffisantes pour couvrir les besoins alimentaires des populations pauvres et déplacées.

Évènements qui pourraient changer les scenarios

Tableau 1. Événements possibles au cours des mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable.

Zone

Evénements

Impact sur les conditions de la sécurité alimentaire

 

 

 

 

National

Augmentation excessive du prix des transports des marchandises à la suite d’une hausse des prix de tous les produits pétroliers

Cela va entrainer une hausse additionnelle des produits de base, une réduction supplémentaire du pouvoir d’achats des ménages pauvres dont la majorité va faire face à un accès limité aux aliments surtout en février-mai 2023 où les stocks seront épuisés. Les couts élevés des transports vont entrainer une réduction des quantités achetées pour les assistances alimentaires qui vont couvrir une faible portion des besoins alimentaires et un nombre réduit des personnes dans le besoin. Les ménages pauvres vont basculer du Stress (Phase 2 de l’IPC) vers la Crise (Phase 3 de l’IPC) et une proportion de moins de 20% sera dans la phase pire.

Troubles sociopolitiques dans le pays

Les mesures sécuritaires qui seront prises par les autorités vont entraver les mouvements des personnes et des biens, ce qui va contribuer à la hausse des prix des produits de base et diminuer l’accès alimentaire aux ménages pauvres. Ces mesures sécuritaires pourront évoluer vers la fermeture des frontières et perturber les flux des denrées alimentaires en provenance des pays voisins qui assurent l’approvisionnement des marchés et la reconstitution des stocks pour l’assistance alimentaire. Une insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC) va dominer dans le pays avec les zones dépendantes des assistances qui vont évoluer en situation de crise.

Baisse de la production agricole dans les pays de la sous-région ouest africaine

Les pays vont prendre des mesures de restrictions des sorties des produits alimentaires et les disponibilités pour l’approvisionnement des marchés seront insuffisantes face à une demande de consommation qui va augmenter en mars avril et mai 2023. Les prix vont se situer à des niveaux plus élevés que prévus et le pouvoir d’achat va se réduire ainsi l’accès aux aliments pour la consommation alimentaire. Les ménages pauvres de toutes les zones seront en Crise (Phase 3 IPC).

Recrudescence des épidémies y compris le COVID 19

Il y’aura une réactivation des mesures sanitaires y compris la limitation de l’accès à certaines localités et certains lieux notamment les lieux de services et les marchés avec pour corollaire la baisse des opportunités de revenus qui va provoquer des chutes du pouvoir d’achat et une réduction de l’accès alimentaire des ménages pauvres y compris ceux des milieux urbains. L’insécurité alimentaire va évoluer de Stress (Phase 2 IPC) dans les zones urbaines à Crise (Phase 3 IPC), dans les zones rurales.

Extension géographique des conflits et de l’insécurité

Il aura un durcissement des mesures sécuritaires et extension de l’état d’urgence sécuritaire, une amplification des mouvements de populations, une baisse des flux des denrées alimentaires et une hausse excessive des prix à la consommation. Les activités de moyens d’existence seront fortement perturbées et les assistances alimentaires dont vont dépendre des proportions plus importantes que prévues vont diminuer en quantité et en couverture géographique. Des proportions plus significatives de zones et de personnes seront en Crise (Phase 3 de l’IPC) en février-mai 2022.

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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