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L’insécurité persistante et les effets de l’ouragan Melissa maintiennent une insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) et d’Urgence (Phase 4 de l’IPC)

L’insécurité persistante et les effets de l’ouragan Melissa maintiennent une insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) et d’Urgence (Phase 4 de l’IPC)

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  • Messages clé
  • Contexte de la sécurité alimentaire
  • Anomalies actuelles des conditions de sécurité alimentaire en octobre 2025
  • Résultats actuels de l’insécurité alimentaire en octobre 2025
  • Suppositions clés sur les conditions atypiques de sécurité alimentaire soutenant le scénario le plus probable jusqu’au mois de mai 2026
  • Résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë d’octobre 2025 à mai 2026
  • Annexe 1 : Principales sources de preuves utilisées dans cette analyse
  • Annexe 2 : Approche analytique de FEWS NET expliquée
  • Annexe 3 : Calendrier saisonnier
  • Annex 4 : Évènements qui pourraient changer les résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë
  • Annexe 5 : Un examen plus approfondi du conflit et ses impacts sur les résultats de la sécurité alimentaire
  • Messages clé
    • La persistance des violences perpétrées par les gangs continue d’entraîner des déplacements forcés de la population, de perturber les activités génératrices de revenus et d’affecter le fonctionnement normal des marchés. Ainsi, entre octobre 2025 et mai 2026des résultats d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) sont attendus à Cité Soleil, Port-au-Prince, Croix-des-Bouquets, ainsi que les personnes déplacées internes (PDI) vivant dans les sites dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPP). Parallèlement, des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) sont anticipés dans plusieurs départements du pays.
    • En raison de la détérioration de l’insécurité, en particulier dans la ZMPP et de l’expansion des activités des gangs dans les départements de l’Artibonite et du Centre, entre 3.0 à 3.49 millions de personnes auront besoin d’assistance alimentaire entre octobre 2025 et mai 2026, qui atteindra le maximum entre avril et mai 2026.
    • Plus de 1,4 million de PDI sont recensées en Haïti, dont environ 210 000 dans des sites précaires de la ZMPP, avec un accès limité aux marchés et aux services essentiels. Elles ont perdu leurs moyens d’existence et dépendent d’une assistance alimentaire financièrement limitée et intermittente.
    • Le passage de l'ouragan Melissa vers la fin d'octobre a affecté les moyens d’existence des ménages ruraux et urbains dans le Grand Sud (Sud-Est, Sud, Nippes et Grand’Anse), l’Ouest et l’Artibonite. Des pertes en vies humaines ont été enregistrées, accompagnées de dégâts importants sur les cultures d’automne et le bétail. Les inondations ont endommagé sévèrement des infrastructures routières, sociales et même des sites d’hébergement des PDI, aggravant ainsi leur précarité alimentaire. Ces impacts compromettent les revenus et l’accès à la nourriture des ménages touchés, entraînant une augmentation du nombre de personnes dans le besoin entre novembre et décembre 2025.  
    • L’inflation reste élevée, atteignant 31.9 pour cent, tandis que l’inflation alimentaire dépasse 35 pour cent en septembre 2025. Les prix ont augmenté de 1.8 pour cent entre août et septembre 2025. Les prix des denrées demeurent nettement au-dessus de la moyenne quinquennale, réduisant le pouvoir d’achat des ménages.

    L’analyse présentée ici est basée sur les informations disponibles au 31 octobre 2025.

    Contexte de la sécurité alimentaire

    L’insécurité persistante demeure l’un des principaux facteurs déterminants de l’insécurité alimentaire en Haïti. Les activités des gangs armés se sont intensifiées à Port-au-Prince depuis les années 2000, malgré une période d’accalmie entre 2006 et 2011. Depuis 2019, la recrudescence des violences liées aux gangs armés, particulièrement dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPP), a profondément perturbé les moyens d’existence des ménages. Ces violences ont entraîné le déplacement de plus de 1,4 million de personnes, entravé le fonctionnement des marchés, limité l’accès humanitaire et compromis les activités économiques essentielles.

    La ZMPP, qui compte près de trois millions d’habitants, constitue l’épicentre des violences et est aujourd’hui contrôlée à près de 90 pour cent par des groupes armés. Cette situation a paralysé les activités génératrices de revenus, notamment le commerce informel, la vente ambulante et le travail occasionnel, qui représentent plus de 90 pour cent des revenus des ménages pauvres urbains. La violence des gangs, dans leur volonté d’élargir leur territoire de contrôle, s’étend désormais au-delà de la zone métropolitaine, touchant particulièrement les départements de l’Artibonite et du Centre. Par ailleurs, les gangs ont établi des points de contrôle sur les principaux axes routiers, notamment les routes nationales reliant la capitale au nord, au centre et au sud du pays, où ils imposent des taxes illégales, entravant ainsi la liberté de circulation et la chaîne d’approvisionnement. Les marchés de Croix-des-Bossales et de Croix-des-Bouquets sont à plus de 80 pour cent non fonctionnels, en raison des violences et des pillages. L’insécurité a entraîné une forte baisse des revenus de la plupart des ménages, qu’ils soient déplacés et non déplacés, affectant à la fois les activités formelles et informelles.

    Les conditions macroéconomiques se sont fortement détériorées. Le pays a connu sept années consécutives de contraction économique entre 2019 et 2025. En effet, le PIB, ayant déjà enregistré une baisse de plus de 4 pour cent durant l’exercice 2023/2024, se contracte encore en 2024/2025, compte tenu du contexte actuel de crise socio-politique et sécuritaire, ainsi que du ralentissement des différents secteurs d’activité. Le niveau général des prix reste élevé, atteignant en moyenne près de 32 pour cent en glissement annuel, avec une inflation alimentaire supérieure à 35 pour cent en septembre 2025. Par ailleurs, bien que les prix des produits importés soient relativement stables depuis trois ans, ils restent au-dessus de la moyenne quinquennale, ce qui réduit le pouvoir d’achat des ménages et leur accès aux marchés, principale source d’approvisionnement alimentaire.

    La production agricole nationale est également affectée par l’insécurité et le manque d’investissements publics. L’agriculture, bien que secondaire face aux importations, reste une source essentielle de revenus et de nourriture pour les ménages ruraux. Toutefois, l’insécurité a conduit à l’abandon de terres cultivables, notamment dans les départements de l’Artibonite, du Centre et de l’Ouest. La persistance de l’insécurité et la détérioration du contexte économique limitent la capacité du gouvernement à investir dans l’amélioration et la maintenance des infrastructures agricoles. Dans certaines zones clés, comme Liancourt, Verrettes et Petite Rivière de l’Artibonite, les gangs contrôlent les systèmes d’irrigation et imposent des paiements illégaux pour l’accès à l’eau. Bien que le pays ait trois saisons de production agricole, le printemps, l’automne et l’hiver, le printemps constitue la principale saison, puisqu'il contribue pour 60 pour cent à la production nationale. Cependant, l’abandon des champs et les précipitations inférieures à la moyenne enregistrées au cours du premier semestre 2025 ont contribué à une récolte printanière inférieure à la moyenne. 

    En savoir plus

    Les liens suivants fournissent des informations supplémentaires :

    Anomalies actuelles des conditions de sécurité alimentaire en octobre 2025

    Figure 1

    Superficie inondée par section communale en Haïti, 29-30 octobre 2025

    Source: REACH

    L’insécurité s’est détériorée dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et s’étend vers le Bas-Artibonite et le Centre. La violence armée reste concentrée dans la ZMPP, où les gangs contrôlent près de 90 pour cent du territoire. Les incidents de violence des gangs se sont multipliés, avec 70 pour cent concentrées dans l’Ouest, une augmentation des attaques dans le Bas-Artibonite, le Centre et certaines zones du Sud, selon Armed Conflict Location & Event Data (ACLED) et Partner Liaison Security Office (PLSO). Ces attaques ont entraîné plus de 1,4 million de PDI, dont 210 000 vivent dans des sites aux conditions de vie précaires. La majorité des PDI (85 pour cent) est hébergée par des familles rurales, aggravant la pression sur leurs ressources limitées. Ces déplacements massifs perturbent les moyens d’existence agricoles et non agricoles et accentuent la vulnérabilité des ménages hôtes. Les violences récurrentes ont aussi freiné le commerce et l’investissement, bloqué l’acheminement des intrants agricoles et imposé des droits de passage sur les principaux axes (RN1, RN2, RN3). L’accès humanitaire demeure restreint, notamment dans la ZMPP, où les distributions sont souvent interrompues. 

    Bien que l’ouragan Melissa n’a pas traversé directement Haïti, il a provoqué des inondations et des glissements de terrain qui ont entraîné des pertes en vies humaines (43 dont 25 à Petit-Goâve), la destruction d’infrastructures routières et sociales, ainsi que des pertes importantes dans le secteur agricole, de l’élevage et de la pêche. L’analyse satellitaire réalisée par REACH a permis d’évaluer l’ampleur des superficies inondées (Figure 1). Les départements les plus touchés sont le Sud, le Sud-Est, les Nippes, la Grand’Anse, l’Ouest (Leogane et Petit-Goâve) et l’Artibonite. Plus de 15 861 personnes ont été sinistrées et hébergées dans des abris provisoires, principalement dans le Grand Sud. En outre, plusieurs sites des PDI dans la ZMPP ont été inondés, aggravant les conditions de vie précaire de ces ménages. Les cultures de bananes, de sorgho, de pois Congo, de maïs, d’arbres fruitiers, des racines et tubercules ont été endommagés. Dans le Sud-Est, les dégâts aux infrastructures routières ont affecté la route reliant Jacmel à Port-au-Prince ainsi que des routes locales de Belle-Anse et Marigot. Les glissements de terrain et les inondations ont détruit des routes, perturbant les chaînes d’approvisionnement, l’accès aux marchés et la délivrance des assistances humanitaires d’urgence. Ces dégâts entraînés par l’ouragan Melissa ont impacté négativement les moyens d’existence, les revenus et l’accès aux marchés, ainsi que l’accès aux nourritures des ménages affectés. Bien que les évaluations complètes des impacts de l’ouragan sur les conditions de la sécurité alimentaire soient en cours, une mise à jour sera apportée dans le prochain rapport. 

    La production agricole de 2024/2025, en particulier les récoltes de printemps en juin-juillet, a temporairement amélioré la disponibilité locale et soulagé les ménages des achats sur les marchés, mais les faibles rendements dus à un manque d'intrants et à l'insécurité affecteront la consommation des ménages. La production céréalière (maïs, riz, sorgho) en particulier a chuté de 12 pour cent par rapport à 2023/24 et de 24 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale. Les produits locaux (mangues, avocats, bananes, tubercules) ne couvrent qu’un à deux mois de stocks de consommation pour les ménages pauvres. Dans plusieurs zones du Nord-Ouest et de l’Artibonite, les ménages ont déjà épuisé leurs réserves et dépendent quasi exclusivement du marché.  

    L’économie haïtienne enregistre une septième année consécutive de récession, avec un recul du PIB estimé à 1 pour cent en 2025. L’inflation générale atteint 31 pour cent en août 2025 et 34 pour cent pour les produits alimentaires. Bien que le taux de change se soit stabilisé autour de 130–131 HTG/USD depuis début 2024, le pouvoir d’achat demeure fortement érodé. La dépendance structurelle aux importations, conjuguée à la cherté du transport et de l’énergie, continue de restreindre l’accès alimentaire des ménages pauvres et très pauvres. 

    Les revenus des ménages pauvres et très pauvres provenant de diverses sources sont en baisse. La diminution des revenus issus de la vente de produits agricoles en 2025 est due à l’accès limité aux marchés et le coût des intrants. La main-d’œuvre agricole se contracte, sa demande étant en-dessous de la moyenne, résultant en une stagnation des salaires. Les activités non agricoles déclinent sous l’effet de l’insécurité et de la faible demande. Les revenus hors ferme chutent, poussant les ménages à adopter des stratégies négatives telle que la vente d’actifs, la réduction des repas, et la migration interne.

    Dans la ZMPP, le fonctionnement et l’approvisionnement des marchés demeurent perturbés par l’insécurité entraînant la hausse des prix des produits de base. Les perturbations sécuritaires continuent d’entraver l’accès au port de Port-au-Prince, forçant les importateurs à privilégier le port du Cap-Haïtien. Cette réorganisation logistique a réduit le volume importé et augmenté les coûts de transport. D’après le USDA, une part importante des cargaisons de riz a été redirigée vers le Nord, une anomalie de flux entraînant des retards et des surcoûts.

    Les marchés régionaux (Grand Nord, Artibonite, Centre, Grand Sud) demeurent approvisionnés, mais en raison des frais de transport et la rareté du carburant, les prix sont élevés. En août 2025, des hausses continues des prix des denrées de base ont été observées, soit de plus de 13 pour cent pour la farine de blé, plus de 18 pour cent pour l’huile végétale et plus de 9 pour cent pour le riz importé. Les produits locaux (racines, tubercules, maïs vert) restent disponibles, mais leurs prix dépassent largement la moyenne quinquennale, limitant l’accessibilité alimentaire des ménages pauvres — une anomalie persistante liée aux chocs logistiques, à l’inflation des intrants, et à la fragmentation des marchés.

    Assistance alimentaire humanitaire

    En octobre 2025, l’assistance reste très en-deçà des besoins et subit de fortes contraintes opérationnelles et financières : le PAM a suspendu les repas chauds pour les nouveaux déplacés et réduit de 50 pour cent les rations générales depuis juin 2025, en raison des défis de financements, et n’a pas pu prépositionner des vivres pour la saison cyclonique. Les partenaires signalent des couvertures intermittentes dans la ZMPP et autour des sites de déplacés, avec des interruptions d’accès dues aux violences et aux coûts logistiques élevés. En outre, les impacts de l’ouragan Melissa a augmenté davantage le besoin immédiat en assistance alimentaire d’urgence. Malgré tout, les volumes d’assistance alimentaire demeurent insuffisants au regard d’une demande en forte hausse, tandis que le Plan de réponse aux besoins humanitaires (PRH) 2025 reste sous-financé. Il en résulte que l’impact de l’assistance sur les déficits de consommation est limité et très hétérogène selon l’accès humanitaire.

    Résultats actuels de l’insécurité alimentaire en octobre 2025

    Les ménages des PDI vivant dans des sites d’accueil à Port-au-Prince demeurent en Urgence (Phase 4), principalement en raison de l’insécurité qui les a contraints à abandonner leurs zones d’origine, entraînant ainsi la perte de leurs moyens d’existence. Ces ménages font face à un manque criant d’opportunités d’emploi, ce qui limite fortement leur capacité à générer des revenus. L’assistance humanitaire, bien que présente par intermittence dans ces sites d’accueil, ne parvient même pas à couvrir 25 pour cent de leurs besoins essentiels. En conséquence, la majorité de ces ménages continuent de recourir à des stratégies de survie extrêmes, telles que la mendicité, le travail des enfants, la vente d’effets domestiques, voire la pratique de petits délits urbains. 

    Les communes de Port-au-Prince et de Cité Soleil et les deux communes à Croix-des-Bouquets, Cornillon et Ganthier, dans la ZMPP sont en Urgence (Phase 4 de l’IPC). En effet, ces zones sont marquées par une intensification des violences armées, des perturbations prolongées de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, une forte baisse des revenus et des prix élevés. Ces facteurs combinés affectent sévèrement l’accès à la nourriture et les moyens d’existence des ménages, entraînant des déficits de consommation alimentaire importants. En effet, selon l’enquête MSNA 2025, les ménages interrogés qui ont déclarés ne pas avoir souvent de nourriture à Cité Soleil, Cornillon et Croix des Bouquets sont respectivement de 37, 25 et 16 pour cent. Cependant, les autres communes constituant la zone métropolitaine sont en Crise (Phase 3 de l’IPC) en raison des impacts de l’insécurité sur leurs moyens d’existence, en particulier les activités génératrices de revenus et l’accès aux marchés, limitant ainsi leur accès aux nourritures.

    Les autres régions du pays demeurent en Crise (Phase 3 de l'IPC), en raison de la violence des gangs, à la baisse du pouvoir d'achat, ainsi qu'aux perturbations des transports et de l'approvisionnement des marchés dues aux péages illégaux. Les ménages nécessitent de recourir à des stratégies d’adaptation de crise pour subvenir à leurs besoins alimentaires, dont les ventes de leurs animaux, l’intensification de la production de charbon de bois et l'endettement.

    Dans le Nord-Ouest, les pluies tardives du printemps ont provoqué des récoltes inférieures à la moyenne et réduit la demande de main-d’œuvre agricole. Les revenus saisonniers des ménages pauvres sont donc inférieurs à la normale, tandis que les prix des produits de base (riz, huile, farine) restent élevés. Ainsi, des poches de ménages en Urgence (Phase 4 de l’IPC) sont observées dans les communes de Baie-de-Henne, Bombardopolis, La Tortue, Môle-Saint-Nicolas, et Jean-Rabel.

    Dans le Grand Sud (Sud, Sud-Est, Grand’Anse, Nippes), malgré des récoltes de printemps proches de la moyenne dans certaines zones, l’afflux de déplacés en provenance de Port-au-Prince accroît la pression sur les ménages d’accueil et les ressources locales, accentuant leur vulnérabilité. Les prix élevés des transports, dus aux péages illégaux sur la RN2, continuent de se répercuter sur les marchés. Les ménages pauvres vendent leurs animaux, intensifient la production de charbon et contractent des dettes pour maintenir leur consommation. En outre, les inondations de fin septembre 2025 et le passage de l’Ouragan Melissa, affectant le Sud, les Nippes et la Grand’Anse, ont détruit des cultures d’automne et endommagé des routes secondaires, freinant ainsi l’acheminement des produits agricoles vers les lieux d’échanges. Cela entraîne des pertes de revenus pour les agriculteurs et indirectement pour les travailleurs agricoles, réduisant considérablement l’accès aux nourritures des ménages pauvres affectés et augmentant le nombre de la population nécessitant des assistances alimentaires d’urgence.

    Dans l’Artibonite et le Centre, une détérioration rapide des conditions d’accès et de disponibilité liée à l’expansion des groupes armés est observé, perturbant les moyens d’existence, les sources de nourriture des ménages, le commerce interurbain et l’accès aux marchés ruraux. Les prix des denrées restent élevés dans les grands marchés de Gonaïves et Saint-Marc, de Mirebalais où des ruptures d’approvisionnement sont fréquentes. En raison des impacts négatifs de la recrudescence de la violence sur l’accès aux aliments, entraînant des déficits de la consommation alimentaire plus accentués, des poches de ménages en Urgence (Phase 4 de l’IPC) sont observés dans les communes de La Chapelle, Petite Rivière de l’Artibonite, Liancourt, Mirebalais, Saut d’Eau, Lascahobas (Centre).

    Les régions du Nord et du Nord-Est présentent une situation relativement stable mais fragile, avec des contraintes liées au carburant et au faible dynamisme du travail non agricole. Cela se traduit par un accès difficile et limité aux produits alimentaires de base, tenant compte du niveau élevé des prix auquel les ménages pauvres et très pauvres font face. De surcroit, la situation nutritionnelle des enfants de moins de 5 ans se trouve au seuil d’alerte, notamment pour le Nord-est, avec un taux de MAG près de 10 pour cent selon le MSPP.

    En outre, sur la malnutrition, l’UNICEF, au début du mois d’octobre 2025, estime qu’environ 288 500 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë, dans un contexte de déplacements massifs et d’effondrement des services de santé. En juin 2025, 30 376 enfants ont été dépistés et plus de 9 600 cas de malnutrition aiguë sévère (MAS) ont été admis en traitement, soit près du triple du nombre enregistré en mai. Cette hausse traduit une forte pression sur les capacités de prise en charge nutritionnelle. Les facteurs aggravants de cette détérioration sont surtout l’insécurité perturbant l’accès aux soins, l’inflation alimentaire réduisant la qualité des régimes, les épisodes hydriques (choléra/diarrhées) et l’accès limité à l’eau potable et à l’assainissement. Les zones à risque élevé restent la ZMPP, les camps de déplacés et des poches de ménages dans l’Artibonite et le Plateau Central, où l’accès humanitaire est restreint et la morbidité infantile élevée.

    Suppositions clés sur les conditions atypiques de sécurité alimentaire soutenant le scénario le plus probable jusqu’au mois de mai 2026
    • En Haïti, la violence alimentée par les gangs s'est intensifiée dans la ZMPP, dont près de 90 pour cent est désormais sous leur contrôle. Les homicides et les attaques contre les civils et les forces de sécurité devraient se maintenir à leur niveau actuel à très court terme, avant de connaître une hausse d’ici février 2026, voire au-delà.
    • Les gangs devraient étendre leur emprise vers le Centre et l’Artibonite, provoquant violences, déplacements forcés et perturbations des moyens d’existence, des marchés et du commerce. Les restrictions persistantes sur les principaux axes autour de la capitale (Port-au-Prince) continueront de freiner les échanges entre la capitale et le reste du pays.
    • L’insécurité liée aux gangs, qui contrôlent les principales routes nationales (RN1, RN2 et RN3), continuerait à perturber l’approvisionnement des marchés urbains, notamment ceux de la ZMPP, et de limiter la circulation entre les grandes villes.
    • En raison de la persistance des violences, des déplacements de la population continueraient dans l’Artibonite, le Centre et la ZMPP. Cette dynamique devrait se poursuivre d’octobre 2025 à mai 2026, compte tenu de la faiblesse de la réponse étatique face aux gangs armés. Parallèlement, près de 227 000 Haïtiens ont été rapatriés de janvier au 2 novembre 2025, dont 98 pour cent de la République dominicaine; les expulsions devraient continuer sur la période de perspective.
    • Hormis le passage de l’ouragan Melissa ayant provoqué des pluies supérieures à la normale, la combinaison de précipitations proches de la moyenne et de températures supérieures à la moyenne pourrait réduire l’humidité des sols, accroître l’évapotranspiration et, par conséquent, limiter la croissance et diminuer les rendements des cultures d’automne et d’hiver comme le maïs, le haricot, les racines et tubercules.
    • Le taux de change de référence de la Banque de la République d’Haïti (BRH) resterait stable autour de 130 HTG/USD durant la période de perspective. L'obligation de ne percevoir les envois de fonds qu'en gourdes de la diaspora et les restrictions bancaires limitant les retraits et acquisitions quotidiens de devises en espèces (plafonds journaliers) réduisent la pression immédiate sur le marché. Par ailleurs, la faible demande de devises, liée à la contraction des activités économiques et à la baisse des importations, contribuerait à limiter la pression sur le dollar.
    • Une relative stabilité des prix des variétés de riz importées est attendue sur le marché haïtien, en particulier celui de la Croix-des-Bossales. Une production quasi record et d'importants stocks de riz (USDA) devraient entraîner une baisse des prix mondiaux, tandis qu'une offre record soutenue dans les pays asiatiques devrait maintenir des prix bas tout au long de la période de prévision. Les prix des produits tel que le blé (pour la farine), l’huile comestible, entre autres, devraient afficher un comportement similaire à ceux du riz importé.
    • Les prix locaux du maïs jaune, des haricots noirs et du riz local devraient rester supérieurs à la moyenne et augmenter probablement en fonction de la saisonnalité.
    • L'inflation alimentaire annuelle devrait rester supérieure à 30 pour cent, avec des hausses saisonnières attendues vers la fin de l'année. Les pressions inflationnistes générales devraient s'intensifier, sous l'effet de la hausse des coûts des transports, de l'alimentation et des services publics.
    • L’approvisionnement en carburants resterait limité par l’insécurité et les perturbations des routes de distribution et des sites de stockage. Malgré la stabilité internationale, les prix locaux demeureraient supérieurs à la moyenne quinquennale en raison des coûts de transport et des contraintes logistiques.
    • Les transferts de fonds devraient rester importants, dépassant la moyenne et les niveaux de 2024, et soutenir la consommation des ménages tout au long de 2025 et 2026. En 2026, les transferts de fonds devraient diminuer par rapport à 2025 et rester supérieurs à la moyenne, sous l'effet du durcissement des politiques migratoires et des nouvelles taxes sur les transferts d'argent en provenance des États-Unis, qui devraient décourager les envois de fonds.
    • Le revenu des ménages pauvres, tant en milieu rural qu'en milieu urbain, serait en dessous de la moyenne quinquennale, en raison de la baisse continue de leurs principales activités économiques. En milieu rural, la diminution des revenus découlerait principalement de la réduction des bénéfices tirés de la vente de travail agricole, causée par la cherté des intrants, la rareté et le coût élevé de la main-d'œuvre agricole, ainsi que par les distorsions persistantes dans la chaîne de distribution dues à l'insécurité. En milieu urbain, le petit commerce, une source clé de revenu, subirait également une baisse notable.

    Assistance alimentaire humanitaire

    Pour la période de perspective (octobre 2025 – mai 2026), la couverture de l’assistance alimentaire serait faible. En outre, vu la diminution significative de la ration depuis juin, les défis liés aux financements et les contraintes logistiques et sécuritaires, il est probable que le niveau d’assistance diminuera davantage pendant la période de perspective.

    Résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë d’octobre 2025 à mai 2026

    D’octobre 2025 à mai 2026, Cité Soleil, Port-au-Prince, Croix-des-Bouquets ainsi que les PDI dans les sites de la ZMPPresteront en Urgence (Phase 4 de l’IPC). La recrudescence des affrontements entre gangs et forces de sécurité restreint sévèrement la mobilité et l’accès aux marchés de proximité, tandis que les principaux axes d’approvisionnement (RN1, RN2, RN3) demeurent sous influence ou intermittence de groupes armés. Ces violences des gangs entraînent des perturbations prolongées des marchés et des flux logistiques. La fermeture ou le fonctionnement irrégulier des marchés de Croix-des-Bossales, Croix-des-Bouquets et Cité Soleil continue de désorganiser l’approvisionnement en denrées de base, renchérissant les prix et limitant la disponibilité locale. Par ailleurs, les moyens d’existence de la majorité des ménages pauvres sont détériorés (commerce informel, transport, services domestiques) et ils sont confrontés à la baisse de revenus et à la faiblesse du pouvoir d’achat. Certains ménages continueront à recourir à la mendicité, à vendre des biens productifs, à sauter des repas et à retirer les enfants de l'école comme stratégie de survie et à l’assistance alimentaire qui sont insuffisantes pour couvrir la population dans le besoin. En outre, les PDI vivent dans une promiscuité marquée par l’insécurité, la malnutrition et des cas de diarrhée aiguë, avec un accès très limité à l’eau et aux soins, aggravant davantage leur situation alimentaire.

    La majorité des départements du pays demeurera en Crise (Phase 3 de l’IPC) d’octobre 2025 à mai 2026 avec des poches de ménages en Urgence (Phase 4 de l’IPC) persistant dans le Nord-Ouest (HT01–HT02), le Bas Plateau Central et certaines zones de l’Artibonite (notamment Petite-Rivière, Verrettes et L’Estère). Dans la ZMPP, les communes de Carrefour, Delmas, Pétion-Ville et Tabarre conserveront des conditions légèrement moins dégradées grâce à une reprise partielle des activités de services et de commerce urbain. Toutefois, la volatilité sécuritaire, le coût élevé du transport et la contraction des revenus du petit commerce continueront de restreindre l’accès à la nourriture. 

    En milieux ruraux — notamment dans le Nord, le Nord-Est, le Centre, les zones touchées par l’ouragan Melissa comme le Sud-Est, le Sud, l’Ouest (notamment Petit Goave, Leogane), les Nippes, l’Artibonite et la Grand’Anse — la baisse persistante de la production céréalière (riz, maïs, sorgho), le manque d’intrants, les prix supérieurs à la moyenne et la forte dépendance aux marchés maintiendront la consommation alimentaire en dessous des besoins minimaux. Les ménages du sud continueront subir les effets résiduels de l’ouragan jusqu’à la fin de l’année et devront faire face aux conséquences négatives sur la campagne d’hiver (à partir de décembre) et même sur le lancement de la campagne agricole de printemps. Cela limitera la capacite des agriculteurs à embaucher des travailleurs ou à acheter des semences pour ces campagnes. En outre, les rapatriements massifs depuis la République dominicaine et les déplacements internes accentueront la pression sur les communautés d’accueil déjà précarisées. 

    Aussi, dans le Nord-Ouest, la série de campagnes agricoles ratées due à la sécheresse, au manque d’intrants et à la dégradation environnementale a réduit la disponibilité locale à un niveau historiquement bas. Dans le Plateau Central et le Bas Artibonite, la violence des gangs armés perturbe les échanges commerciaux le long des RN1, RN2 et de la République Dominicaine, affectant l’écoulement des produits et les revenus agricoles. Ces zones combinent donc faible disponibilité alimentaire, accès limité et revenus fortement érodés. 

    Annexe 1 : Principales sources de preuves utilisées dans cette analyse
    Preuves SourceFormat des donnéesÉléments d'analyse de la sécurité alimentaire 
    Profils de moyens d'existenceFEWS NETQualitativesSources typiques de nourriture et de revenus par zone de moyens d'existence
    Perspectives de l’offre et du marché de céréales en HaïtiFEWSNETQualitatives/QuantitativesAnalyse des tendances nationales et régionales de l’offre et de la demande de céréales ; suivi des importations, des flux internes, des niveaux de stocks, et de l’évolution des prix sur les principaux marchés
    Rapport annuel sur les céréales produit par le Département de l'Agriculture des États-UnisUSDAQualitatives/QuantitativesTendances de production mondiale et régionale des céréales ; impact sur les prix internationaux et la disponibilité sur les marchés haïtiens
    Note sur la politique monétaire, avril-juin 2025BRHQualitatives/QuantitativesInflation, taux de change, masse monétaire, et leurs impacts sur le pouvoir d’achat et les prix des produits alimentaires
    Plans de distribution d'aide alimentaire du Cluster de sécurité alimentaire, y compris une analyse des tendances historiquesFSCQualitatives/QuantitativesCouverture géographique et temporelle de l’assistance alimentaire, volume de bénéficiaires, tendances de la couverture humanitaire
    Haïti — Rapport sur la situation de déplacement interne en Haïti — Round 10 (juin 2025)OIMQualitatives/QuantitativesNombre de PDI, causes des déplacements, zones de concentration, impact sur les moyens d’existence et l’accès à la nourriture
    Analyses des conflits produitesACLEDPLSOQualitatives/QuantitativesNombre d’incidents violents, zones affectées, évolution des conflits et leurs impacts sur l’accès aux marchés, la production et les déplacements
    Entretiens avec des informateurs clés, notamment les collecteurs de prix de FEWS NET, les leaders communautaires, entre autresFEWS NETQualitatives/QuantitativesInformations de terrain sur les prix, la disponibilité alimentaire, les stratégies de survie, les perceptions locales et les tendances des marchés
    Enquête de sécurité alimentaireREACH/MSNAQualitatives/QuantitativesInformations de terrain collectées par REACH sur la situation de sécurité alimentaire, à savoir la consommation, les moyens d’existence, la stratégie de survie, par région
    Indice des prix à la consommationIHSIQuantitativesInformation permettant de mesurer le taux d’inflation des produits alimentaires et non alimentaires, des produits locaux et importés
    Rapports et bulletins humanitairesOCHAQualitatives/QuantitativesSuivi de la situation humanitaire, couverture sectorielle, financement de l’aide, zones prioritaires d’intervention et coordination intersectorielle
    Surveillance du marché haïtien août 2025WFPAnalyse et suivi des marchésRapport d’analyse de la sécurité alimentaire
    Rapport d’Analyse WFPQualitatives  Analyse de l’impact de la violence sur la sécurité alimentaire dans la capitale haïtienne, dans un contexte de la réduction de l’assistance alimentaire
    Article de presseMiami Herald, Haitian TimesInformation qualitative et quantitativeArticle sur l’impact de l’ouragan Melissa
    Actualités des interventions d'urgence World VisionInformation et pré positionnementEvaluation rapide de l’impact de l’ouragan Melissa
    Annexe 2 : Approche analytique de FEWS NET expliquée

    L’alerte précoce en cas d’insécurité alimentaire aiguë nécessite de prévoir les résultats futurs plusieurs mois à l’avance afin de donner aux décideurs suffisamment de temps pour budgétiser, planifier et répondre aux crises humanitaires attendues. Toutefois, en raison des facteurs complexes et variables qui influencent l’insécurité alimentaire aiguë, il est impossible de faire des prévisions définitives. Le développement de scénarios est une méthodologie qui permet à FEWS NET de répondre aux besoins des décideurs en élaborant un scénario « le plus probable » du futur.

    Les principes clés du processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET incluent l’application du cadre de réduction des risques de catastrophe et une approche basée sur les moyens d’existence pour évaluer les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë. Le risque d'insécurité alimentaire aiguë d'un ménage dépend non seulement des dangers (comme une sécheresse), mais aussi de sa vulnérabilité face à ces dangers (par exemple, le niveau de dépendance à la production de cultures pluviales pour sa nourriture et ses revenus) et de sa capacité d'adaptation (qui prend en compte à la fois la capacité du ménage à faire face à un danger donné et le recours à des stratégies d’adaptation négatives qui nuisent à la résilience future). Pour évaluer ces facteurs, FEWS NET fonde cette analyse sur une solide compréhension approfondie des moyens d’existence locaux, qui sont les moyens par lesquels un ménage répond à ses besoins fondamentaux. Le processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET prend également en compte le Cadre des moyens d’existence durables ; les Quatre dimensions de la sécurité alimentaire ; et le Cadre conceptuel de la nutrition de l’UNICEF, et est étroitement aligné sur le cadre analytique de la Classification intégrée des phases de la sécurité alimentaire (IPC).

    Comment FEWS NET analyse-t-il les résultats actuels de l’insécurité alimentaire aiguë ? FEWS NET évalue dans quelle mesure les ménages sont susceptibles de satisfaire leurs besoins caloriques minimaux. Cette analyse fait converger les preuves des conditions de sécurité alimentaire avec celles de la consommation alimentaire au niveau des ménages et de changement des moyens d’existence. FEWS NET prend également en compte les preuves disponibles sur l'état nutritionnel et la mortalité, en évaluant si celles-ci reflètent les impacts physiologiques de l'insécurité alimentaire aiguë. FEWS NET utilise l’échelle de Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC) en cinq phases, mondialement reconnue, pour classer les résultats actuels de l’insécurité alimentaire aiguë. De plus, FEWS NET applique le symbole de « ! » pour désigner les zones où la Phase de l’IPC cartographiée serait probablement pire d'au moins une Phase sans les effets de l'assistance alimentaire humanitaire en cours.

    Comment FEWS NET élabore-t-il ses suppositions clés pour le scénario le plus probable ? Une étape clé du processus d'élaboration de scénarios de FEWS NET consiste à développer des suppositions fondées sur des preuves sur les facteurs influencent les conditions de sécurité alimentaire. Cela inclut les dangers et anomalies susceptibles d'affecter l'évolution de l'alimentation et des revenus des ménages au cours de la période de projection, ainsi que les facteurs affectant l'état nutritionnel. FEWS NET développe également des suppositions sur les facteurs censés se comporter normalement. Ensemble, ces suppositions forment la base du scénario « le plus probable ». 

    Comment FEWS NET analyse-t-il les résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë ? En utilisant les suppositions clés soutenant le scénario « le plus probable », FEWS NET projette les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë en évaluant l’évolution de la capacité des ménages à satisfaire leurs besoins caloriques minimaux au fil du temps. FEWS NET fait converger les attentes concernant la trajectoire de la consommation alimentaire et les changements dans les moyens d’existence au niveau des ménages avec l’état nutritionnel et de la mortalité au niveau de la zone. FEWS NET classe alors les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë.  Enfin, FEWS NET utilise le symbole de « ! » pour désigner les zones où la Phase de l’IPC serait probablement plus sévère d’au moins une Phase sans les effets de l’assistance alimentaire planifiée, qui devrait être financée et livrée.

    Comment FEWS NET analyse-t-il l'aide alimentaire humanitaire ? L’assistance alimentaire d’urgence (en nature, en espèces ou en vouchers) peut jouer un rôle clé dans l’atténuation de la sévérité de l’insécurité alimentaire aiguë. Les analystes de FEWS NET intègrent toujours les informations disponibles sur l’assistance, bien que ces informations varient considérablement selon les zones géographiques et au fil du temps. Conformément aux protocoles IPC, FEWS NET utilise les meilleures informations disponibles pour évaluer où l'assistance est « significative » (définie par au moins 25 pour cent des ménages dans une zone donnée recevant au moins 25 pour cent de leurs besoins caloriques grâce à l'assistance). En outre, FEWS NET analyse les impacts probables de l’assistance sur la sévérité des résultats, comme détaillé dans les orientations de FEWS NET sur L’intégration de l’assistance alimentaire humanitaire dans l’élaboration de scénarios

    Annexe 3 : Calendrier saisonnier

    Source: FEWS NET

    Annex 4 : Évènements qui pourraient changer les résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë

    Même si les projections de FEWS NET se concentrent sur le scénario « le plus probable », il existe toujours un certain degré d’incertitude dans les prévisions à long terme. Cela signifie que les conditions de la sécurité alimentaire et leurs impacts sur les résultats aigus de la sécurité alimentaire peuvent évoluer différemment de ce qui était initialement prévu. FEWS NET publie des mises à jour mensuelles de ses projections, mais les décideurs ont besoin d'informations préalables sur cette incertitude et d'une explication des raisons pour lesquelles les choses peuvent se dérouler différemment de ce qui était prévu. En tant que tel, la dernière étape du processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET consiste à identifier brièvement les événements clés qui aboutiraient à un scénario alternatif crédible et modifieraient considérablement les résultats projetés. FEWS NET considère uniquement les scénarios qui ont une chance raisonnable de se produire.

    National 

    Un retard ou une mauvaise répartition des pluies dans les zones de production agricole : Sud, Sud-Est, Nippes, Grand’Anse, Ouest, Artibonite, Grand Nord

    Impact probable sur les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë : Un retard ou une mauvaise répartition des pluies, entre février et mai 2026, compromettrait le lancement temps de la campagne de printemps et hypothéquerait la performance des cultures. Ces conséquences entraîneraient des pertes économiques considérables pour les agriculteurs et créeraient des pénuries alimentaires au sein des communautés touchées. Potentiellement, les moyens d’existence des ménages les plus pauvres seraient sévèrement affectés, notamment ceux dépendant de la vente de main-d’œuvre et des produits agricoles pour accéder aux revenus. Cela entraînera une augmentation du nombre de ménages en situation d'insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) ou d’urgence (Phase 4 de l’IPC) dans les zones vulnérables aux catastrophes naturelles comme la presqu’ile du Sud, l’Ouest et à l’insécurité alimentaire comme le Nord-Ouest.

    Annexe 5 : Un examen plus approfondi du conflit et ses impacts sur les résultats de la sécurité alimentaire

    Figure 2

    Concentration spatiale de la violence en Haïti.

    Source: ACLED

    Le conflit armé en Haïti, particulièrement dans la capitale, l’Artibonite et le Centre, a de graves impacts sur la sécurité alimentaire. Cette violence consiste en des attaques des gangs contre des civiles, des forces de sécurité, des établissements de commerce, des marchés, des institutions publiques et privées. Les vagues de violence entraînent la dévastation entière du Centre-Ville de Port-au-Prince, contraignant ses habitants à fuir, la destruction et le pillage des infrastructures commerciales pour la plupart, et leur délocalisation vers d’autres endroits comme Pétion-Ville, Delmas et l’Aéroport, non encore directement sous contrôle des gangs. Dans l’Artibonite, non seulement les gangs contraignent les populations agricoles à fuir la zone de production, les gangs brulent ou détruisent les plantations rizicoles, en pleine période de croissance, hypothéquant ainsi la production rizicole d’hiver. 

    Depuis 2019, la montée de la violence armée en Haïti s’est transformée en un conflit prolongé opposant les forces de l’État à des groupes armés organisés, dont le plus connu est l’organisation dénommée « Viv ansanm ». Ce regroupement de gangs, autrefois rivaux, s’accorde pour exercer aujourd’hui une emprise quasi totale sur la ZMPP (90 pour cent). En 2025, leur présence s’est consolidée dans l’Ouest, l’Artibonite (Saint-Marc, Petite-Rivière-de-l ’Artibonite, Verrettes, L’Estère, Gros-Morne, Marchand-Dessalines, Liancourt), le Centre, et dans des communes du Nord-Ouest comme Bassin Bleu, Chansolme, entre autres (Figure 2). 

    Environ 200 gangs sont armés en Haïti, aux revendications et objectifs variés. Ces groupes trouvent leur origine dans le paysage politique haïtien. Aujourd'hui, les gangs utilisent leurs activités illicites et leurs relations politiques pour accumuler du pouvoir, contrôler des territoires et répondre à des doléances politiques et économiques.

    L’OIM estime à plus de 1,4 million le nombre de personnes déplacées internes causés par la violence des gangs, soit une hausse de 31 pour cent par rapport à fin 2024. Ces personnes ont perdu leurs moyens d’existence essentiels et vivent au bord de la survie. Les gangs ont étendu leur emprise vers le Centre et l’Artibonite, provoquant violences, déplacements forcés et perturbations des moyens d’existence, des marchés et du commerce dans ces régions. En plus des mouvements de populations et de leur impact direct sur les conditions de sécurité alimentaire, les effets du conflit se manifestent sur la production agricole et l’accès économique. En premier lieu, les campagnes agricoles de printemps 2025 ont enregistré des rendements inférieurs à la moyenne quinquennale, notamment dans la vallée de l’Artibonite et la presqu’île du Sud, où les violences et l’accès limité aux intrants ont réduit les superficies cultivées (FEWS NET). 

    L’insécurité sur les routes commerciales empêche la circulation normale des personnes et des biens. Les transporteurs qui, malgré les risques de sécurité, empruntent les routes nationales doivent verser des taxes illégales de taux variable aux membres de gangs, augmentant leurs coûts opérationnels. D’autres commerçants et particuliers sont obligés de recourir au transport maritime pour éviter les attaques armées des gangs. Tout cela fait grimper les coûts de transport public pour les particuliers et les commerçants et par ricochet les prix des produits de base. Ceci est particulièrement évident au niveau du département de l’Ouest et de la ZMPP dont les principales voies d’accès sont sous contrôle des gangs armés, empêchant les produits locaux et importés d’approvisionner les principaux marchés urbains et les ménages d’exercer leurs activités génératrices de revenus liées au petit commerce et au travail journalier et occasionnel. Cela réduit l’accès économique et physique de ménages pauvres qui, pour faire face à cette situation, se devraient recourir aux stratégies de survie alimentaire et de moyens d’existence négatives.

    Les restrictions persistantes sur les principaux axes autour de la capitale (Port-au-Prince) continueront de freiner les échanges entre la capitale et le reste du pays. Des déplacements de la population continueraient dans l’Artibonite, le Centre et la ZMPP. Cette dynamique devrait se poursuivre d’octobre 2025 à mai 2026, compte tenu de la faiblesse de la réponse étatique face aux gangs armés. Ainsi, le conflit armé et la dégradation sécuritaire continueront d’être les principaux facteurs de l’insécurité alimentaire en Haïti. Leurs effets cumulés sur la production, les marchés et l’accès humanitaire maintiennent des millions de personnes dans l’insécurité alimentaire aiguë de Crise et d’Urgence (Phases 3 et 4 de l’IPC). Sans amélioration sécuritaire ni soutien humanitaire accru, cette situation risque de se prolonger au-delà de mai 2026.

    Citation recommandée: FEWS NET. Haïti Perspectives sur la sécurité alimentaire Octobre 2025 - Mai 2026: L’insécurité persistante et les effets de l’ouragan Melissa maintiennent une insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) et d’Urgence (Phase 4 de l’IPC), 2025.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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