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Légère amélioration de l’accès en marge de la baisse des prix due à l’appréciation du taux de change

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Haïti
  • Octobre 2020
Légère amélioration de l’accès en marge de la baisse des prix due à l’appréciation du taux de change

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  • Messages clé
  • CONTEXTE NATIONAL
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    • De la mi-septembre à la première décade d’octobre, une distribution irrégulière des précipitations a été observée à travers le pays. Toutefois, le développement normal des cultures en cours se poursuit. L’indice de végétation, légèrement au-dessus de la moyenne depuis la mi-juillet, témoigne d’un niveau suffisant d’humidité favorable.

    • Le climat sécuritaire est délétère, à la suite des événements comme les assassinats ciblés, les cas de kidnapping, les manifestations socio-politiques sporadiques, etc. De plus, la formation du Conseil Electoral Provisoire pour l'organisation des prochaines élections, non sur une base consensuelle, présage une intensification de tels évènements. Cela risquerait de détériorer davantage les conditions de disponibilité et d'accès alimentaires, vue l'impact sur l'approvisionnement des marchés et les prix.

    • Par ailleurs, la gourde qui s’est appréciée de plus de 80 pour cent par rapport au dollar américain, entre le 10 août et le 30 septembre, s’est stabilisée depuis le premier octobre autour de 62 gourdes pour un dollar. Cette appréciation a induit une baisse importante de prix des produits alimentaires importés, dont le riz, l’huile comestible, la farine de blé, etc.

    • Les moyens d’existence sont toujours perturbés, malgré une amélioration légère de l’accès économique, résultant de la baisse des prix. Les ménages pauvres et très pauvres continueront donc d'adopter des stratégies de crise ou de stress pour maintenir le niveau actuel de leur consommation alimentaire. Une insécurité alimentaire de Crise (IPC Phase 3) et de Stress (IPC Phase 2) se maintiendra donc dans la plupart des régions.


    CONTEXTE NATIONAL

    Situation actuelle

    Le contexte de la pandémie de COVID-19. La vitesse de propagation du COVID-19 poursuit sa tendance à la baisse depuis juin. Selon le Ministère de la Santé Publique et de la Population, au 22 octobre, plus de 9000 cas ont été enregistrés, dont 232 morts et 7422 rétablis (MSPP, 2020). Les mesures contre la propagation du virus telles que le port de masques et la distanciation sociale sont de moins en moins respectées par la population, mais n’ont aucun impact sur la poursuite des activités économiques, notamment dans les centres urbains.  

    Contexte sociopolitique et macroéconomique. Le climat sociopolitique se détériore davantage à la suite des cas d’assassinat et de kidnapping qui se multiplient, notamment dans la capitale. Cette situation, en compromettant le fonctionnement normal de l'économie, affecte le fonctionnement des marchés et les activités génératrices de revenus.

    Par ailleurs, l’appréciation significative de la gourde par rapport au dollar américain et au peso dominicain, due, entre autres, à la politique de « Open Market » de la banque centrale, a induit une baisse de prix des produits alimentaires importés comme le riz, farine, sucre, huile comestible, etc. Parallèlement, le secteur textile, fortement affecté par cette appréciation, menace de fermer ses portes et de licencier ses employés si une solution n’est pas adoptée rapidement par les autorités haïtiennes pour ramener la monnaie haïtienne à un niveau soutenable pour leurs coûts d’opération.

    Pour un meilleur contrôle du marché des changes, en appui à la stabilité du taux de change, la banque centrale a fait exigence aux sous-agents des bureaux de transfert de payer les contreparties des transferts reçus en gourdes. Le profit des sous-agents ayant été basé sur les gains de change, cette décision a entrainé, pour un temps, la fermeture de la majorité des bureaux des sous-agents et, donc, la perte temporaire d’un certain nombre d’emplois dans ce secteur.

    Conditions pluviométriques. De la mi-septembre à la première décade d’octobre, une distribution irrégulière des précipitations a été observée, mais sans problème pour le développement normal des cultures. L’indice de végétation est légèrement au-dessus de la moyenne depuis la mi-juillet. La partie nord du pays a reçu entre 50 à 80 pour cent des précipitations normales alors que la partie sud (Grand’Anse, Sud et Nippes) a reçu des précipitations au-dessus de 80 jusqu’à 120 pour cent de la normale, notamment liée au passage du tempête Laura qui est passé en aout.

    Impact sur la production agricole de la saison. Le niveau d’humidité des sols s’avère favorable à la saison agricole d'été/automne dans les zones ordinairement sèches comme le Nord (La Victoire, Ranquitte, Limonade, etc.), le Haut Artibonite (Gros Morne, Ennery, St Michel), les Nippes, l'Ouest (la Gonâve, Fond Baptiste à Cabaret, etc.), le Bas Nord-Ouest (Bombardopolis, Jean Rabel), à l’exception du Haut Plateau (Thomassique, Cerca Cavajal). Dans l’ensemble des régions, les cultures en cours (le haricot de montagnes, le maïs, les racines et tubercules, le pois Congo, l’arachide, etc.) se développent normalement. Les récoltes de riz sont signalées dans les zones rizicoles du pays, en particulier dans l’Artibonite où, parallèlement des plantations de maraichers sont en train d’être mises en place. Pour ces dernières, le constat est aussi fait dans les Nippes, notamment au niveau de la commune de Paillant. Malgré les pertes de printemps, certaines régions (les Nippes, Corail/Pestel et Anse d’Hainaut dans la Grand’Anse) profitent des dernières pluies (Septembre/Octobre) pour semer du maïs, bien que la saison se soit déjà passée. Selon nos informateurs, les plantations se développent normalement. Toutefois, en raison de la baisse des superficies cultivées et/ou de la distribution temporelle irrégulière des pluies, les récoltes seront globalement en dessous de la moyenne.

    Les marchés et prix des produits alimentaires. Les marchés sont régulièrement approvisionnés. Depuis septembre, les prix des produits alimentaires de base ont montré une tendance à la baisse, ceci de manière plus ou moins significative pour les produits importés, dont en particulier le riz, toutes variétés confondues. En effet, le prix moyen du maïs en grain a baissé de près de 6 pour cent entre août et septembre.  Cette baisse est due à la baisse du prix des variétés de maïs importées (Gradoro, Alberto), à la suite de l'appréciation de la gourde face au dollar américain. Par ailleurs, le prix du maïs en grain reste élevé de plus de 21 pour cent comparé à 2019. Il l'est encore davantage par rapport à la moyenne de cinq ans, affichant un comportement très atypique, soit approximativement 81 pour cent.

    Le prix du haricot noir local a également fluctué à la baisse au cours du mois de septembre, sa variation par rapport au mois d'août ayant été autour de 10 pour cent en moyenne mensuelle. Cette situation est attribuable à une augmentation importante de l'offre sur les marchés par des importations en raison de la baisse de la production locale. Par rapport aux prix de 2019 et à la moyenne quinquennale, le prix du haricot noir affiche encore un comportement très atypique, en augmentant respectivement de plus de 55 et 86 pour cent.  

    Les produits importés, en particulier le riz, sont ceux qui ont enregistré les plus fortes fluctuations de prix durant le mois de septembre, à la suite de la forte appréciation de la monnaie haïtienne par rapport au dollar américain. Ainsi, contrairement à son comportement stable au cours du mois d’août, le prix du riz importé a diminué de plus de 15 pour cent en moyenne mensuelle en septembre (voir figure 2). 

    Situation du bétail. Présentement, la situation de l’élevage s'est légèrement améliorée par rapport aux mois précédents en raison de la disponibilité de fourrage et d’eau, occasionné par le niveau élevé de l’humidité des sols en raison des pluies de septembre et d’obtobre. Toutefois, les porcins continuent de faire face a la maladies du Teschen en milieu rural, dont la prévalence représente une sérieuse menace pour les ménages qui s'en servent comme épargner en vue des dépenses occasionnelles.

    Main-d’œuvre agricole et autres sources de revenu. En milieu rural, la demande de main-d’œuvre est plus faible que d’habitude en raison du ralentissement des activités économiques dans les mois précédents, lequel ralentissement a réduit la capacité des agriculteurs à financer les activités agricoles de la campagne d’été/automne. Par ailleurs, l’offre de main-d’œuvre agricole a augmenté à cause du flux de migrants haïtiens venant de la République Dominicaine. Ainsi, cette source de revenu relativement importante pour les ménages ruraux les plus pauvres est en dessous de la moyenne. Par ailleurs, les frontières avec la République Dominicaine restent fermées, et le revenu tiré de la migration continue d’évoluer en dessous de la moyenne.

    Cependant, dans l’Artibonite, avec les récoltes en cours dans les rizières et la mise en place des plantations de maraichers, une augmentation de la demande est observée. Cette situation est aussi observée dans le Sud, la Grand’Anse et les Nippes qui confrontent plutôt une carence de main-d’œuvre agricole, laquelle se trouve beaucoup plus engagée présentement dans la pêche aux anguilles. Cela impacte négativement les activités agricoles dans ces zones, en augmentant le coût de la journée de travail pour les agriculteurs. Par ailleurs, en raison de la baisse des prix des produits alimentaires et non alimentaires importés, consécutivement à la chute du cours du dollar sur le marché haïtien, on assiste à une augmentation du nombre de marchands ambulants s’adonnant au petit commerce. Le revenu dans ce secteur reste toutefois marginal.

    Impact sur la sécurité alimentaire actuelle. Avec la baisse des prix des produits alimentaires et les récoltes d’été/automne en cours, les conditions de la sécurité alimentaire des très pauvres ont légèrement amélioré. Toutefois, le revenu des ménages les plus pauvres restent toujours en dessous de la moyenne, et limite leur pouvoir d’achat. De plus, les prix des produits alimentaires baissent certes mais sont atypiquement au-dessus du niveau de l’année dernière et de la moyenne de cinq ans. Dans ce contexte, certaines zones, tels que Artibonite, Sud, Nord, Ouest, Grand’Anse, Haut Plateau, ont beaucoup plus de ménages à s’engager dans des stratégies de stress telles que la réduction des dépenses non essentielles, l’intensification des achats de nourriture à crédit, la consommation de nourriture non préférée, la réduction de la consommation des adultes au profit des enfants, etc., pour être à même de maintenir leur consommation courante. Ces zones font donc face à une insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC).

    Dans d’autres zones plus vulnérables et aux faibles revenus (Nord-est HT02, Sud-est HT01, Grand’Anse et Sud HT08, Nord-Ouest HT01, HT03 Haut Plateau, certaines régions dans l’Ouest comme la Gonâve, etc.), l’impact de la baisse des prix des produits alimentaires mettra beaucoup plus de temps à atteindre les plus pauvres. Ces derniers doivent s’engager davantage dans des stratégies de crise, telles que l’intensification de la vente de charbon et d’animaux, la consommation des semences et d’aliments à faible valeur nutritive. L'impact de la perte de récoltes du printemps a été plus sévère dans ces zones au cours de 2020. Dans ce sillage, les ménages pauvres de ces zones n’ont pas tout à fait la capacité de financer la saison d'automne et ne peuvent maintenant profiter de leurs propres récoltes. Ils sont donc en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Suppositions

    Fort des considérations précédentes, le scénario le plus probable d’octobre 2020 à mai 2021 se base sur les hypothèses suivantes au niveau national :

    Pluviométrie et agroclimatologie

    • Entre octobre 2020 et mai 2021, des précipitations allant de normale à supérieure à la moyenne sont attendues.

    COVID-19

    • Le nombre de nouveaux cas liés à la COVID-19 en Haïti continuera d’augmenter, mais de moins en moins. La levée de mesures contraignantes (fermeture des ports, des aéroports des postes frontaliers, couvre-feu) se poursuivra et continuera de favoriser les activités économiques pendant toute la période du scénario.
    • Les mesures restrictives relatives à la propagation de COVID-19 (fermeture de la frontière terrestre du côté dominicain, renforcement des mesures dans les points d’entrée informels par le gouvernement dominicain) impacteraient négativement la disponibilité d'une catégorie de produits alimentaires en Haïti (farine, huile, condiments, œufs, sucre, etc.), en limitant les échanges commerciaux entre les deux pays.

    Situation sociopolitique et macroéconomique

    • Les appels à la démission du président au début de 2021 seront susceptibles d’amplifier l’instabilité sociopolitique dans le pays. Bien que FEWS NET n'anticipe pas de manifestations d’envergure comparables à celles d’octobre 2019, ayant notamment perturbé les mouvements et les flux commerciaux, des troubles sociopolitiques au-dessus du niveau actuel sont considérés comme probables à partir de février 2021. (Veuillez consulter le tableau des événements qui pourraient changer le scénario à la page 7 de ce rapport).
    • D’octobre 2020 à janvier 2021, le taux de change maintiendra sa stabilité enregistrée depuis le premier octobre (après la forte appréciation de plus de 80 pour cent entre le 10 août et le 30 septembre 2020), grâce à certaines mesures prises par le gouvernement qui se poursuivront (opération  « Open Market » de la banque centrale, exigence de paiement en gourde des transferts par les sous agents des maisons de transfert pour un meilleur contrôle de la masse monétaire en circulation, exigences aux entreprises et commerçants par le Ministère du Commerce et de l’Industrie de fixer les prix en gourde, meilleur contrôle des banques commerciales par la banque centrale face à la spéculation par ces dernières), aux transferts, entre autres. De février à mai 2020, les injections de la banque centrale à la fin de 2020 auront moins d’impact sur le taux de change. Les autres mesures se poursuivront, certes, mais d’autres facteurs, notamment l’instabilité politique, affecteront négativement la valeur de la monnaie nationale par rapport au dollar, mais le taux de change n’atteindra pas le niveau atteint en août 2020 (environ 120 gourdes pour un dollar).

    Production agricole

    • Globalement, les récoltes d’été/d’automne seront en dessous de la normale. En effet, à cause de la faible performance de la principale campagne de printemps, les agriculteurs n’avaient pas la capacité financière adéquate pour financer les activités agricoles successives que même avec les bonnes conditions pluviométriques les surfaces agricoles utiles (SAU) ont été t limitées.
    • Pour les campagnes agricoles d’automne 2020, d’hiver (2020-2021) et de printemps 2021, la disponibilité de semences sera en dessous de la normale à cause des récoltes de 2020 en dessous de la normale.

    Sources de revenu

    • L’offre de main-d’œuvre agricole et non agricole sera au-dessus de la normale à cause du flux de migrants haïtiens en provenance de la République Dominicaine.
    • La frontière du côté dominicain restera fermée et sera renforcée à cause des problèmes sociopolitiques en Haïti. Ainsi, la migration des haïtiens en République Dominicaine diminuera induisant des revenus inférieurs à la normale.
    • Le revenu tiré de la vente de produits agricoles sera en dessous de la normale puisque les récoltes seront également en dessous de la normale.
    • Les revenus tirés du secteur informel dans les centres urbains continueront de rebondir à la suite de la réouverture de l’économie et de la levée des mesures restrictives contre le COVID-19. A partir de janvier 2020, les revenus issus de ces secteurs seront moyens.

    Prix/Marchés

    • L’approvisionnement des marchés devrait se faire de façon normale ; mais, avec la mauvaise performance des campagnes agricoles successives, en particulier celle du printemps 2020, la disponibilité de produits locaux devrait se voir réduite. La situation s'amplifierait davantage entre mars et mai 2021, période de soudure alimentaire pendant laquelle les maigres réserves s'épuiseront. Ainsi, tenant compte de l'insuffisance de l'offre alimentaire locale en cette période, la part des importations alimentaires restera importante dans l'offre alimentaire globale. Une intensification des importations de céréales, particulièrement le maïs, en comparaison à l’année dernière, est anticipée, tandis que celle du riz resterait stable (FEWS NET, Haïti : Perspective de l’offre et de marché, Septembre 2020). Par ailleurs, des perturbations sporadiques seront observées dans l’approvisionnement des marchés à cause de la situation sociopolitique et d’éventuelles mesure-barrière au niveau des poste-frontières haïtiano-dominicaines.
    • Les prix des aliments de base, notamment les produits importés, vont rester stables, au moins jusqu’en janvier 2021. Ce, à cause de l’appréciation de la gourde par rapport au dollar et au peso dominicain. Toutefois, ils resteront au-dessus de ceux de 2019 et de la moyenne quinquennale. A partir de février 2021, ils suivront la tendance saisonnière à la hausse, et seront impactés par d’éventuelles fluctuations du taux de change.
    • La chute du peso dominicain par rapport à la gourde sur le marché des changes devrait rendre plus compétitifs les produits dominicains vendus en Haïti (majoritairement au niveau des quatre départements limitrophes de la République Dominicaine : Nord-Est, Centre, Ouest et Sud-Est) et se traduira par une baisse de prix de ces produits sur les marchés, au moins jusqu’à janvier 2021. A partir de février 2021, la tendance pourrait être renversée avec le retour de la dépréciation de la gourde.

    Autres suppositions

    • Selon la BRH, les transferts de la diaspora ont baissé entre février et mars 2020, mais ont évolué à la hausse entre avril et juillet 2020, puis ont diminué au cours du mois d’Août.  Les transferts suivront leur tendance saisonnière : hausse entre octobre 2020 et janvier 2021 ; ce qui favorisera l’alimentation en devise du marché des changes et, conséquemment, l’appréciation (ralentira la dépréciation) de la gourde.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire pour la période des perspectives

    La première période du scénario (octobre 2020 à janvier 2021) coïncide avec les récoltes de la campagne d'été/automne et au lancement de la campagne d’hiver. On y trouvera du haricot et du maïs dans les plaines irriguées et en montagnes humides, des racines et tubercules et de la banane un peu partout. Cette période coïncide aussi avec les récoltes des cultures saisonnières comme le pois congo (Cajanus cajan), le pois de souche (Phaseolus lunatus L.) et le pois inconnu (Vigna ungiculata), ainsi que du riz dans les plaines rizicoles de l’Artibonite, des Cayes/Torbeck (Sud) et de Maribahoux (Nord-est). En dépit des conditions agro-climatologiques favorables pour ces campagnes, les pertes issues de la campagne de printemps affecteront négativement la production de cette période, réduisant la quantité de terres ordinairement emblavées et impactant négativement la capacité des agriculteurs d’acheter des intrants, selon l’Enquête SAMEPA (CNSA, 2020). Ainsi, la performance de la campagne d’été/automne sera en dessous de la moyenne, donnant aussi lieu à des revenus agricoles en-dessous de la normale.

    Le pouvoir d’achat des ménages pauvres et très pauvres s’est conjoncturellement amélioré en raison de la baisse temporelle des prix des produits alimentaires, consécutivement à l’appréciation de la monnaie nationale face au dollar, bien que le niveau de revenus soit encore insuffisant. En effet, les revenus agricoles sont en-dessous de la normale, d’une part ; d’autre part, les prix des aliments de base par rapport à l’année dernière et à la moyenne quinquennale sont encore élevés. Les ménages les plus pauvres devront encore recourir majoritairement à des stratégies de de stress (réduction de la quantité consommée et de la qualité de la diète, achats à crédit, entre autres) et de crise comme l'intensification de la vente de charbon, la consommation des aliments à faible qualité ou précoces, etc., pour pouvoir maintenir leur niveau de consommation. Dans ce contexte, la plupart des régions du pays resterait en Stress alimentaires (IPC Phase 2), avec les zones le plus touchées par la baisse de production des campagnes consécutives en Crise (Phase 3 de l’IPC).  Un certain nombre de ménages précédemment en Crise (Phase 3 de l’IPC), se basculent en Stress (Phase 2 de l’IPC), notamment en zones urbaines, par suite de la reprise totale des activités économiques depuis juillet, lesquelles seront amplifiées à l’approche des festivités de fin d’année.

    La deuxième période du scénario (février à mai 2021) coïncide avec le pic des récoltes d’hiver, le lancement des activités de la campagne de printemps 2021 et la période de soudure qui commence à partir de mars 2021. La campagne d’hiver se lance uniquement dans les plaines irriguées et dans certaines montagnes humides, ceci à partir de novembre. Des récoltes été/automne performantes sont indicatrices d’une saison d’hiver relativement bonne. Le pois congo, le haricot, le riz, ainsi que les racines et tubercules y seront récoltées. Malgré tout, l’approvisionnement des ménages aux marchés restera prédominant avec la période de soudure caractérisée par une réduction significative des activités de récoltes. L’effet résiduel des campagnes agricoles en dessous de la moyenne durant l’année 2020, induisant un certain niveau de décapitalisation des agriculteurs, se traduit par une capacité d’investissement réduite se rapportant aux préparatifs pour la campagne de printemps de 2021. Le revenu des plus pauvres sera encore en-dessous de la moyenne.

    De plus, les appels par l’opposition à la démission du président au début de 2021 sont susceptibles de dégrader la situation sociopolitique, conduisant ainsi à la dépréciation de la gourde, laquelle dépréciation est historiquement corrélée à l’instabilité sociopolitique dans le pays. De plus, l'opération d’«Open Market » de la banque centrale d'Haïti entre août et septembre 2020 aura moins d’impact à partir de février 2021. Une hausse de prix de denrées de base à la suite de la dépréciation de la gourde, ajoutée à la hausse saisonnière des prix pendant la période de soudure, va encore détériorer le pouvoir d’achat des ménages pauvres.  Dans ces conditions, cette catégorie devra continuer de recourir à des stratégies d’adaptation pour satisfaire leurs besoins alimentaires. Ainsi, des communes dans presque toutes les zones de moyen d’existence seront basculées de Stress (IPC Phase 2) en Crise (Phase 3 de l’IPC) et d’autres de Minimale (Phase 1 de l’IPC) à la phase de Stress (Phase 2 de l’IPC) à partir de mars/avril 2021.

    Événements possibles au cours des six mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable.

    Zone

    Evénements

    Impact sur les conditions de la sécurité alimentaire

    National

    Résurgence des troubles sociopolitiques

    L’escalade de la violence perturberait le fonctionnement actuel de l’économie et des marchés. Ceci conduirait à une diminution de la disponibilité et de l’accès alimentaires, portant plus de ménages à adopter des stratégies négatives. Face à l’épuisement de la disponibilité de certaines stratégies, des déficits de consommation pourraient apparaitre. Ainsi, un nombre plus important de zones et de ménages pourrait être en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Le ralentissement économique dans les pays de prédilection des migrants haïtiens, les Etats Unis et la République Dominicaine particulièrement, en raison de la résurgence de la COVID-19

    Le ralentissement économique globale impacterait les flux des transferts d’argent importants vers le pays et la migration des travailleurs vers le territoire voisin. Ces sources de revenu pourraient donc se retrouver en-dessous de la normal. Ceci devrait entrainer un accroissement du nombre de personnes et de zones en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Zones de production

    Un cyclone majeur en fin de période cyclonique

    Inondations dans les zones de production de riz, de maïs, de haricot, pourrait occasionner des pertes importantes de cultures d’été/Automne. Ce qui causerait des dommages aux moyens d’existence des ménages plus pauvres.

    Zones frontalières

    Réouverture de la frontière du côté dominicain

    Cela conduira à un plus grand approvisionnement des marches frontaliers et donc à une baisse plus importante des prix des produits, en particulier des aliments : comme la farine, les huiles végétales, le sucre, etc. Ensuite, l’impact sur la sécurité alimentaire aiguë sera positif pour la population résidant le long de la frontière.

    Figures Calendrier saisonnier pour une année typique

    Figure 1

    Calendrier saisonnier pour une année typique

    Source: FEWS NET

    Figure 2

    Source: WFP, CHIRPS

    Figure 3

    Source: FEWS NET/CNSA

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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