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Des chocs multiples, successifs accélèrent la dégradation de la sécurité alimentaire

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Haïti
  • Octobre 2012 - Mars 2013
Des chocs multiples, successifs accélèrent la dégradation de la sécurité alimentaire

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  • Messages clé
  • Présentation nationale
  • Zones de preoccupation
  • Evenements qui pourraient changer les scenarios
  • Messages clé
    • Suite aux différents chocs auxquels sont soumis la production agricole au niveau national depuis juin, l’insécurité alimentaire continue d’évoluer beaucoup plus vite que prévue. Les pertes des cultures et par conséquent du revenu saisonnier et des produits d’épargne ont conduit des communes habituellement en insécurité alimentaire minime à IPC Phase 2 : Stress.  

    • Les dégâts causés par le passage de l’ouragan Sandy à la fin du mois d’octobre pourraient exacerber la situation de l’insécurité alimentaire dans certains départements du pays comme le sud-est et l’ouest.  Certaines communes, surtout Pointe Raquette et Bainet dans les départements de l’ouest et du Sud-est respectivement risquent de passer à la phase 3 de l’échelle IPC ou crise entre janvier et mars. 

    • Avec ces chocs qui ont provoqué une baisse très significative de la production agricole, les prix des denrées alimentaires de base ont affiché une tendance haussière atypique.  Cette situation frappe particulièrement les pauvres en milieu urbain et rural qui dépendent du marché pour se nourrir.  Déjà, certains produits de base comme les haricots ont  atteint en octobre des hausses de 40 pour cent par rapport à juillet.


    Présentation nationale
    Situation actuelle

    La situation actuelle de la sécurité alimentaire dans la plupart des régions du pays se caractérise par les retombées de multiples chocs sur les ménages.  Le déroulement des deux principales campagnes agricoles du printemps et de l’automne est perturbé par des intempéries surtout dans les départements du sud-est (à La Vallée et Bainet), nord-ouest (à Bombardopolis et Baie de Henne), nord (à Ranquite et Bahon), nord-est (Mombin Crochu et Caracol) et finalement toute la péninsule du sud après le passage de l’ouragan Sandy. L’impact des chocs sur la production agricole, les revenus saisonniers et les épargnes a augmenté de manière significative la population en insécurité alimentaire depuis septembre.  Cette situation a conduit à une détérioration rapide de l’accès à la nourriture des ménages pauvres, urbains et ruraux, qui sont les plus touchés par la combinaison de ces différents facteurs, décrits ci-dessous :

    • Une première période sèche en mai et juin qui a affecté la campagne agricole du printemps dans presque tout le pays, laquelle campagne normalement apporte 60 pour cent de la production nationale en juillet et aout, et de laquelle les ménages pauvres dépendent fortement pour presque 20 pourcent de leurs besoins alimentaires entre  juillet et octobre.  La CNSA estime les pertes des cultures de base (maïs, sorgho, riz, légumineuse, banane) provoquées par ce fléau à  40 pour cent par rapport à la production de 2011.  Le sud-est, certaines zones dans les départements de l’ouest et du Centre, le haut-Artibonite, le Nord-ouest, le Nord et le Nord-est en sont les plus affectés.
    • Une deuxième période de sécheresse entre août et septembre a réduit les superficies habituellement plantées au cours de la campagne d’automne, qui commence en août et se termine en décembre. Cette campagne est normalement très critique pour la production du sorgho, du pois congo, des haricots et de la patate douce dont  dépendent les pauvres pour  satisfaire les besoins alimentaires entre  décembre et février.  Le département de l’ouest, le haut Artibonite et les régions du nord ont le plus souffert de carence hydrique en aout et en septembre.
    • Le passage de l’ouragan Isaac en octobre a causé des pertes considérables aux cultures dans le sud-est et l’ouest, zones  affectées aussi par la sécheresse au printemps et en été.  Les bananeraies, les arbres fruitiers, les tubercules et les haricots sont parmi les cultures les plus touchées par cette intempérie.  La CNSA estime ces pertes entre 40 et 80 pour cent suivant les cultures et la zone spécifique.
    • Le passage de Sandy en octobre sur la péninsule du sud a sérieusement perturbé cette zone considérée comme la plus productive et moins touchée par la sécheresse en 2012.  Les bananeraies, le pois congo, le sorgho les tubercules et les haricots actuellement en récolte dans les montagnes humides sont les plus fortement dévastés.  De plus, les dommages causés aux routes vicinales ralentissent le flux des produits dans les aires affectées 
    • La tendance haussière des prix sur le marché international des denrées de base a eu aussi des impacts sur l’accessibilité des produits alimentaires en Haïti.  Le riz et le maïs importés et largement consommés en Haïti ont subi des augmentations sur tous les marchés.

    Ces chocs multiples et répétés non seulement réduisent la disponibilité alimentaire mais contribuent également à l’accélération de la décapitalisation des producteurs agricoles.  Beaucoup de ménages pauvres ont perdu des têtes de bétail, principale forme d’épargne, pendant ces intempéries.  De plus, la demande de la main-d’œuvre agricole a beaucoup diminué et dans certaines zones comme La Gonâve, le salaire journalier se trouve réduit et même rare car les activités agricoles ont significativement diminué.  Cette situation s’explique par le fait que l’offre de main d’œuvre excède la demande et les récoltes en cours et à venir dans de nombreuses zones sont trop faibles pour absorber cette dernière.  La sécheresse d’août et de septembre a limité les investissements dans les champs en automne surtout dans les départements du nord, nord-est, certaines zones de l’ouest et du haut Artibonite. Vu que la main-d’œuvre constitue plus de 50 pour cent des sources de revenu des ménages pauvres en milieu rural, ces derniers doivent trouver d’autres sources pour compenser les manques engendrés par la faible demande en main-d’œuvre. Les ménages pauvres qui sont également des producteurs et qui dépendent de leur production à la fois comme source de revenu et de nourriture, ont déjà épuisé toute leur réserve alimentaire. 

    Les contraintes à la production agricole ont conduit à une tendance haussière des prix des produits alimentaires de base amorcée depuis août.  Elle se poursuit encore au cours du mois d’octobre, aggravant davantage l'accès des ménages pauvres aux aliments.  Cette augmentation atypique touche presque tous les produits et varie d’une région à l’autre.  Par exemple, le riz importé a affiché à la hausse sur tous les marchés suivant une proportion variant de 6 à 10 pour cent depuis aout.   Le haricot noir a connu une progression de 17 pour cent au Cap-Haitien et de 40 pour cent à Hinche entre juillet et octobre.  Les produits locaux ont sensiblement diminué sur les marchés renforçant ainsi la prédominance des produits importés dont les prix continuent de croître. Se nourrissant en grande partie du marché, ces ménages ont vu leur pouvoir d’achat s’amenuiser à cause de la hausse des prix. 

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire, d’octobre 2012  à mars 2013, se fonde sur les hypothèses générales suivantes:

    • La pluviométrie aura tendance à être normale entre octobre et décembre selon les prévisions de l’International Research Institute for Climate and Society  et de NOAA pour cette période.  Si cette tendance se précise, elle permettra en plus des chutes reçues pendant le passage de Sandy d’améliorer le développement des cultures en cours et de recharger les nappes souterraines des bassins versants des périmètres irrigués. 
    • La disponibilité des produits alimentaires locaux sera plus faible sur tous les marchés par rapport à une année normale à cause des pertes élevées à travers toutes les régions du pays, surtout dans le Nord, le nord-est, le nord-ouest, et les Nippes.  Il en résultera un enchérissement des prix des produits locaux, tels que les haricots, les bananes et le maïs dès le mois d’octobre sur tous les marchés, rendant ainsi ces produits moins accessibles aux ménages pauvres.
    • La récolte du sorgho et du pois congo en novembre- janvier à travers le pays sera inférieure à la moyenne compte tenu des périodes sèches enregistrées en aout et en septembre et au passage des deux ouragans. Le pois congo est largement consommé comme produit de base, surtout pendant les fêtes.
    • Les agriculteurs font face aux attaques des pestes  induites par la sécheresse sur les cultures du riz et de l’arachide dans le Nord-est.  Les conditions sèches semblent être favorables à la prolifération de ces pestes contre lesquelles les agriculteurs ne disposent d’aucuns moyens de  lutte.  Les récoltes attendues en automne en seront affectées.
    • Le gouvernement continuera à subventionner le prix des fertilisants chimiques pendant toute la période de la perspective.  Ces subventions assureront un plus grand accès aux fertilisants dans les aires irriguées pour les cultures du riz, des haricots et des maraichers entre novembre et mars.  Cependant, le prix de base des fertilisants a déjà plus que doublé depuis 2010, alors, même avec les subventions de 45  pour cent de l’Etat, cet intrant pourrait se révéler inaccessible aux petits exploitants.  Ces subventions seraient critiques pour la production dans les zones de la Plaine des Cayes, la Vallée de l’Artibonite, St Raphael et certaines montagnes humides comme Kenskoff et Foret des Pins, affectées elles aussi par la sécheresse ou les inondations.
    • Avec la perte des récoltes des deux dernières campagnes agricoles, les agriculteurs disposent de beaucoup moins de ressources pour l’achat des intrants et le paiement de la main-d’œuvre. La demande de la main-d’œuvre agricole sera inférieure à la normale entre octobre et mars donc il y aura moins d’emplois disponibles pour les pauvres qui dépendront davantage du marché. 
    • Les produits locaux seront moins disponibles sur les marchés ce qui se traduira par une augmentation de l’importation alimentaire pour combler le déficit de la production.  
    • Les départements du Nord, de l’Artibonite, de l’Ouest, du Sud et du Sud-est seront exposés à d’éventuelles inondations en octobre et novembre, lesquelles sont fréquentes à cette époque de l’année.  L’occurrence de tels chocs provoquera la perte de têtes de bétail, la destruction localisée des habitations et des infrastructures agricoles et la recrudescence des épidémies.  
    • Les dépenses obligatoires des ménages augmenteront en décembre suite aux festivités de fin d’année, et entraineront vers la décapitalisation accélérée chez les ménages pauvres.
    • Les transferts de l’étranger sur Haïti augmenteront substantiellement en décembre dû aux fêtes de fin d’année comme c’est souvent le cas pendant cette période.
    • Augmentation des importations entre octobre et mars en vue de suppléer aux pertes de récolte occasionnées  par la sécheresse et les ouragans, ce qui pourrait avoir comme effet une stabilité des prix des produits importés.
    • La dépréciation de la gourde continuera pendant la période du scénario.  On a remarqué un accroissement  beaucoup plus rapide de cette situation en 2012 qu’en 2010 et 2011.  De 40.50 gourdes en 2010, le dollar s’achète maintenant à 42.70 gourdes.  L’augmentation probable du volume d’importation des produits alimentaires est de nature à contribuer à une appréciation continue du dollar pendant toute la période de la perspective, soit d’octobre à mars.
    • Augmentation des prix des produits alimentaires de base comme le riz, le maïs, les haricots, l’huile et la farine, entre octobre et mars ce qui aura un impact considérable sur le cout du panier de la ménagère et contribuera à faire baisser l’accès des pauvres à la nourriture tant dans les zones de préoccupation qu’au niveau national.
    • Appui du Gouvernement à la réalisation de la campagne agricole de l’hiver en novembre dans les zones irriguées, par la mise à disposition de certains intrants agricoles (semences, fertilisants) et la mise en état de fonctionnement des infrastructures agricoles endommagées par les dernières intempéries.
    • Démarrage prématuré de la période de soudure (janvier/février au lieu de mars/avril) pour les ménages pauvres dans presque toutes les régions du pays en particulier le nord-est, la péninsule du nord-ouest, certaines zones du département de l’ouest, et certaines zones de la péninsule du sud.
    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    La situation alimentaire va continuer à se dégrader pendant toute la période de la perspective dans les zones affectées par les intempéries et aussi suite à l’augmentation des prix des produits alimentaires de base.  En effet, les réserves alimentaires des ménages pauvres sont complètement épuisées alors que leur revenu potentiel demeure très faible.  Les récoltes des haricots en octobre dans les montagnes humides sont faibles ou quasi-nulles due à la sécheresse et aux passages des cyclones Isaac et Sandy. La plupart des ménages pauvres dans les zones touchées par ces chocs sont maintenant en IPC Phase 2 : Stress. Les récoltes faibles de tubercules, de pois congo et de sorgho attendues entre novembre et janvier/février ne permettront pas aux ménages pauvres de faire face à leurs besoins alimentaires pendant ces mois et en mars.  Ils dépendront principalement du marché pendant toute la période de la perspective pour se nourrir dans un contexte de la baisse de la demande de la main-d’œuvre, leur principale source de revenu, d’une augmentation généralisée des prix des produits alimentaires de base, et d’une intensification de décapitalisation. Les ménages pauvres et très pauvres, particulièrement dans le Sud-est, la Gonâve et Nord-ouest, passeront en crise ou phase 3 de l’IPC entre janvier et mars sans une assistance bien ciblée et planifiée.


    Zones de preoccupation

    L’île de la Gonâve

    Situation actuelle

    L’île de la Gonâve est partagée entre deux zones agro pastorale et agro pastorale sèche, où l’achat et la production agricole constituent les principales sources de nourriture alors que la vente de main d’œuvre et les dons sont les principales sources de revenus pour les pauvres.  La période d’octobre-décembre est marquée par la  récolte du pois congo, du petit mil et de l’arachide. Durant cette période les pauvres tirent leurs revenus de la forte demande de main d’œuvre. Cette année la demande sera très faible et en conséquence les pauvres seront dans de graves difficultés économiques. Le trimestre janvier-mars attire habituellement aussi une forte demande de main d’œuvre pendant la préparation de la campagne de printemps. Pourtant, les chocs successifs qui se sont abattus sur le pays compromettent sérieusement la disponibilité  des semences dans cette zone.

    Les activités agricoles sont pour l’instant au point mort, comme conséquence directe des effets du binôme sécheresse/tempête. Ainsi, les pauvres auront peu de possibilités de génération de revenus tirés du travail agricole, une situation qui se manifeste d’ailleurs depuis quelques mois.   La récolte de maïs de la deuxième saison habituellement  réalisée entre septembre et octobre, n’aura  pas  lieu cette saison, du fait que les conditions sèches ont majoritairement empêché le semis qui s’étale normalement entre juin et juillet.  Habituellement, la deuxième saison apporte assez de produits alimentaires et de revenus tirés du travail agricole pour satisfaire entre 2 et 3 mois de sécurité alimentaire chez les pauvres et très pauvres.  Cette année, suite aux conditions  sèches  et à la tempête Isaac, la demande de main d’œuvre locale qui représente l’une des principales sources de revenus pour les ménages pauvres est presque nulle, ceci étant dit, les gens font face à de graves difficultés alors que leurs stocks sont pratiquement vides, presque 3 mois plus tôt qu’à l’ordinaire.   Depuis le passage de la tempête Isaac, le climat se veut favorable à la reprise des activités agricoles en déversant des pluies plus ou moins modérées sur la région, mais les agriculteurs pauvres ne peuvent pas en profiter pleinement à cause de l’indisponibilité de semences à laquelle ils font face.  Certaines familles, mais beaucoup moins que d’habitude, ont émigré vers Port au Prince. 

    Les récoltes de sorgho, pois congo et d’arachide, semés entre mars et avril, s’étaleront entre novembre et décembre. Pourtant, selon les  producteurs locaux, ces  récoltes vont probablement être inférieures à leur niveau habituel d’environ la moitié. Après le passage de  l’ouragan Sandy, on attend qu’en fait, les récoltes soient encore  moins que prévues par les  estimations des dégâts qui ont succédé à l’ouragan Isaac. La récolte de l’arachide qui est l’une des cultures de rente de la zone car elle résiste la sécheresse mieux que les autres cultures, entrainera une demande de main d’œuvre pendant cette période. Bien que celle-ci n’atteigne pas son niveau habituel, elle permettra pourtant à certains travailleurs agricoles de gagner un revenu journalier entre 100 et 110 HTG, soit un peu plus de 50 HTG de moins de la rémunération normale.  Certains travailleurs préfèrent être payés en espèce qu’ils pourront eux-mêmes monétiser plus tard.

    La période de soudure qui s’étend habituellement d’avril à juin commencera en février cette année. Durant cette période de soudure, les pauvres verront leur situation se dégrader puisque les faibles récoltes auxquelles ils s’attendent ne garantissent aucunement un entreposage qui ira au delà du mois de janvier.  Entretemps, la fabrication de charbon de bois représentera la principale source de revenus des plus pauvres.  Certains auront choisi de migrer vers les grandes villes en quête d’emploi. La grande saison agricole qui démarre aussi en mars/avril peut être compromise à moins qu’une aide extérieure vienne palier le manque de semences.

    Après une longue période de maigreur, due à une pauvre végétation qui découle des mauvaises conditions édaphiques et une pénurie chronique en eau, accentuée par la sécheresse,  le cheptel vif a commencé par prendre de l’embonpoint depuis les dernières averses apportées par la tempête Isaac. Pourtant la population caprine, l’une des principales sources d’épargne a diminué suite au passage de la tempête Isaac dont les averses ont emporté près de 2000 têtes, affectant ainsi le potentiel économique des ménages en les rendant du même coup plus vulnérables aux futurs chocs.  Le prix d’une tête de bétail, nettement inférieur actuellement compte tenu de l’accroissement de l’offre, s’élèvera à partir du mois de décembre avec l’augmentation de la demande qu’auront entrainée les festivités de fin d’année. Présentement, un cabri dont le prix oscillait entre 1600 et 2000 HTG en septembre 2011 se vend entre 1200 et 1400 HTG.

    La rareté de produits locaux et  l’enchérissement général des produits importés disponibles, réduisent le pouvoir d’achat des plus pauvres. Depuis la fin du mois d’août, sur les marchés de la Gonâve, les prix des produits alimentaire de base affichent une tendance nettement haussière. Le haricot noir se vend à 250 HTG la marmite, soit 36 pour cent plus cher qu’en septembre 2010 et 60 pour cent plus élevé que le prix moyen quinquennal pour le département de l’ouest. Cette même tendance s’observe aussi pour l’huile de cuisine qui s’achète 23 pour cent plus cher qu’en septembre 2010 en passant de 252 HTG en septembre 2010 à 331 HTG le gallon. Les récoltes attendues entre novembre et décembre seront trop faibles pour pouvoir contribuer à une chute considérable des prix, toutefois on peut s’attendre à une légère amélioration de la situation en novembre et décembre quand les récoltes  d’arachide et sorgho seront disponibles sur le marché.

    Suppositions
    • Entre octobre et mars, les marchés seront peu approvisionnés en produits locaux et les produits importés seront à leur pic, réduisant ainsi le pouvoir d’achat des ménages pauvres.
    • La demande de main d’œuvre ainsi que son coût seront inférieurs à la normale entre octobre et décembre mais les récoltes de novembre et décembre soulageront la situation alimentaire des ménages pauvres.  Cependant, ces récoltes seront nettement inférieures à leur niveau normal empêchant ainsi aux ménages pauvres de satisfaire leurs besoins alimentaires même pendant la période de  la récolte.  La période de soudure pourrait commencer deux mois plus tôt qu’à l’ordinaire, soit en février au lieu d’avril.
    • De nombreux ménages ont déjà vendu des têtes de bétail pour l’envoi des enfants a l’école au cours du mois d’octobre.  D’autres vont être contraints de vendre du bétail pour se nourrir.  Ce faisant, ils seront décapitalisés et incapables de faire des investissements futurs dans la production agricole.
    • Une augmentation de la production du charbon est attendue de janvier à mars.  C’est une forme de stratégie que la plupart des ménages pauvres mettront en pratique pendant cette période mais non sans conséquence sur les ressources naturelles qui tendront vers la déplétion et une réduction continue de leur potentialité productive.
    • Les candidats à la migration vers la grande terre s’intensifieront.  Les migrants qui seront embauchés apporteront un appui financier aux membres de leur famille qui sont restés sur l’ile, et pourront même réunir assez de ressources pour investir dans la campagne agricole du printemps.
    • Comme un impact direct de l’ouragan Sandy,  la recrudescence du cholera est possible dans les zones les plus vulnérables.  L’eau potable est très rare à la Gonâve, ce qui expose la population à des risques de contamination.  En frappant les apporteurs de ressources dans les ménages, ceux qui ne sont pas actifs se trouvent plus exposés  à l’insécurité alimentaire.
    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Due aux différentes périodes de sécheresses et aux passages des ouragans Isaac et Sandy, la production agricole demeure très faible sur l’ile de la Gonâve, ce qui a provoqué une situation de stress depuis juillet/aout parmi les ménages pauvres et dans laquelle ils vont rester d’octobre à décembre.  Les récoltes prévues en novembre décembre seront trop faibles pour satisfaire les besoins. De plus, la baisse de la demande de la main-d’œuvre ne les permettra pas de générer les revenus nécessaires à l’achat de nourriture.  Il faut noter que les prix affichent une tendance haussière qui devrait continuer pendant toute la période de la perspective.  Dans ces conditions, il est possible que sans assistance,  la situation alimentaire des pauvres continuent à se dégrader pour atteindre l’IPC Phase 3 : Crise entre janvier et mars 2013. 

    Sud est (Zone sèche d’agriculture et de pêche)

    Les principales sources de nourriture sont l’achat et la production agricole.  Cependant, novembre, décembre et janvier sont des mois de récolte du maïs, de l’arachide, de la patate douce, du pois congo et du sorgho.  Les ménages pauvres dépendent moins pendant cette période du marché.  Compte tenu de la part de la production par rapport au marché dans l’alimentation des ménages pauvres, même pendant les récoltes, elle demeure très peu significative.  Cette année, le marché devra jouer un rôle encore plus prépondérant comme source de nourriture face à  la faible récolte de ces cultures frappées par de nombreuses intempéries.  La migration interne atteint son pic entre février et avril.  Il s’est déjà intensifié comme conséquence des différents chocs qui ont frappé la zone.  Mars marque en général la période des plantations si la saison pluvieuse démarre à temps.  Une situation qui fait augmenter la demande de la main-d’œuvre, constituant près de 70 pour cent de la source des revenus des ménages pauvres.  Toutefois, suite aux pertes des récoltes du printemps et de l’automne, la demande en main-d’œuvre n’atteigne pas son niveau normal.   Les différents groupes socio-économiques sont vulnérables à la hausse des prix, car l’achat reste la principale source de nourriture. Chez les ménages pauvres de la zone côtière la pêche représente une source importante de nourriture et sont en conséquence vulnérables aux intempéries. 

    Après que les conditions sèches eurent conduit à la perte d’environ 50 pour cent des récoltes de la campagne de printemps, le passage de la tempête Isaac a laissé derrière des dégâts significatifs sur les infrastructures agricoles et a causé des pertes estimées à 80-90 pour cent pour les haricots, 80 pour cent pour les bananeraies et environ 40 pour cent pour les tubercules, selon  les résultats préliminaires d’un rapport d’une ONG. La sécheresse qui a suivi durant tout  le mois de septembre, du moins pour certaines communes, n’aura pas permis le bon développement des cultures d’automne, telles que le haricot  et le maïs et comme conséquence les récoltes qui auront lieu dans les mois à venir seront très faibles.

    La période allant d’octobre à décembre sera surtout marquée par la maturation et la récolte du maïs, du sorgho  et du pois congo.  Dans tous ces  cas, on s’attend à une baisse des récoltes qui peut s’élever  surtout pour le pois congo à 70 pour cent après avoir souffert de longues sécheresses et des dégâts des ouragans Isaac et Sandy. Dans le cas du sorgho grandement affecté par l’ouragan Isaac, les techniciens ont fait mention d’une réduction des superficies emblavées par rapport aux années précédentes. Les bourrasques de vent qui ont accompagné la tempête Isaac a précipité la fin de la récolte d’avocats et en guise de stratégie les ménages pauvres ont amorcé  la récolte de chadèques qui devraient normalement débuter en février.  De plus le passage de l’ouragan Sandy a affecté les cultures en cours ainsi que le bétail.  Une évaluation post-désastre précisera l’impact de ce dernier choc.

    La demande de main d’œuvre agricole, dont le coût varie entre 75 et 200 HTG, connait un très bas niveau suite au ralentissement des activités agricoles au lendemain du passage de la tempête Isaac. Contrairement à la routine migratoire qui commence en février, les travailleurs s’émigrent déjà vers  Port au Prince ou la République Dominicaine en quête d’emplois. Il est rapporté que dans la commune de Belle-anse, il est courant que les familles envoient au moins un membre travailler à Port Au Prince pour pouvoir subvenir aux besoins du reste de la famille.

    Sur les différents marchés, la sécheresse et la tempête Isaac ont conduit à une rareté des  produits  locaux tels que le haricot noir et la banane plantain.  Les produits importés connaissent une hausse importante depuis les récoltes peu performantes du printemps dernier.  Durant le mois de septembre le maïs moulu importé a connu une hausse de 34 pour cent par rapport au mois de septembre 2011 en passant  à 161 HTG la marmite contre 106 HTG en septembre de l’année dernière. Quand au prix du maïs local l’augmentation est de l’ordre de 34 pour cent pendant la même période. Le haricot qui s’achetait en septembre 2011 à 178  HTG la marmite a enregistré une hausse de 36 pour cent cette année. L’huile de cuisine se vend dans le département du sud-est à 391 HTG,  soit une hausse de 17 pour cent par rapport au mois d’août 2012 et 7 pour cent de plus par rapport au mois de septembre 2011.                                                                                                  

    Suppositions
    • On attend une augmentation des prix des produits alimentaires de base due à la production agricole dans la zone, la dépréciation de la gourde liée à l’importation des produits de base comme le riz et la farine grandement consommés par les ménages et la tendance haussière de certains produits comme le maïs sur le marché international. 
    • Baisse de la demande de la main-d’œuvre agricole pendant la période sera une conséquence de la faible production résultant des différents chocs qui ont affecté les cultures.  Les agriculteurs auront besoin de moins de bras pour les récoltes de novembre-janvier.  Disposant alors de moins de ressources et ayant subi des pertes durant deux campagnes successives, ils seront moins enclins ou surtout incapables d’investir à la prochaine campagne qui devra démarrer en mars, ce qui représentera un manque à gagner pour les ménages pauvres qui tirent le gros de leur revenu de la vente de leur force de travail.
    • Une augmentation du choléra en novembre est probable dans les localités où l’eau et l’assainissement constituent des problèmes majeurs.  Des communes comme Bainet, certaines zone dans la commune de Jacmel sont parmi les plus vulnérables à cette épidémie comme on l’a constaté au cours des deux dernières années.  Les ménages dont les membres actifs sont affectés ou tués par cette maladie verront leur capacité productive diminuer et donc plus exposés à l’insécurité alimentaire.
    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Avec les récoltes de pois congo et de petit mil, les familles pauvres pourront satisfaire les besoins alimentaires essentiels en novembre et décembre. Mais les récoltes seront si faibles que les réserves s’épuiseront deux mois plus tôt c'est-à-dire au mois de janvier au lieu de mars.  A partir du mois de décembre, même si la demande de main d’œuvre ne sera pas élevée, certaines familles recevront des transferts de l’étranger et la sécurité alimentaire au niveau IPC 2 : Stress connaitrait une légère amélioration. Pourtant, certaines communes comme Belle Anse, Côtes de fer, grand Gosier et marigot qui sont actuellement en IPC Phase 2 : Stress à cause des méfaits des intempéries resteront dans la même situation entre octobre et décembre. 

    A partir du mois de janvier les réserves de grain seront complètement épuisées, les ménages pauvres s’approvisionneront surtout aux marchés alors que la demande de main d’œuvre sera faible  et les prix des produits alimentaire de base tels que le haricot, le maïs et le riz pourront s’élever à plus de 25 pour cent. Cette situation placera les ménages pauvres des communes de Marigot, Belle Anse, Côtes de fer et  Grand Gosier dans une situation de crise (Phase 3) entre janvier et mars 2013, et les autres zones en Phase 2 : Stress.


    Evenements qui pourraient changer les scenarios

    Zone

    Evénement

    Impacts sur la sécurité alimentaire

    Péninsule sud, ouest, Artibonite

    Un ouragan frappe le pays et cause des nouveaux dommages aux plantations.

    Difficulté  à approvisionner les marchés en produits alimentaires.

    Tout le pays

    Hausse des prix des produits alimentaires sur  le marché international, particulièrement celui du maïs.

    Transmission des prix sur le marché local, prix inabordables pour les pauvres et très pauvres.

    Le nord-est

    Attaque des pestes

    Pertes des cultures comme les arachides et le riz, des cultures de rente, épuisement plus tôt que prévu des stocks

    Tout le pays

    Prise en charge par l’Etat du coût de l’écolage au niveau du primaire.

    Les parents pauvres pourront en conséquence améliorer le niveau de leur alimentation, vu l’influence du coût de l’éducation sur la sécurité alimentaire des ménages pauvres.

    Tout le pays

    Les différents corps de l’Etat, les partis politiques et les organisations de la société civile arrivent à un consensus qui permet l’organisation d’élections législatives et locales libres et acceptées de la grande majorité.

    Les acteurs économiques en profiteront pour investir, ce qui contribue à la création d’emplois durables.

    Sud-est, sud, nord, Artibonite, nippes

    La livraison d’assistance bien ciblée et planifiée par le gouvernement ou les agences humanitaires.  LE gouvernement pourra aussi, en collaboration avec ses partenaires, créer des activités à haute intensité de main-d’œuvre dans les zones les plus affectées ou entreprendre des activités de relance de la production agricole comme on l’a vu en 2009 après le passage de quatre ouragans en rendant accessibles des intrants et des équipements agricoles.   Ces investissements avaient provoqué une augmentation de plus de 20 pour cent de la production agricole au cours de cette année.. 

    Augmentation de la production agricole et création d’emplois au profit des pauvres, réduction de dépendance sur le marche, renforcement de pouvoir d’achat et accès améliore aux marchés.

    Sud-est, La Gonave, nord-est, Nord-ouest

    Augmentation des interventions types filets de sécurité sociale à travers des transferts de fonds tant par le gouvernement que les ONG ou par des subventions des prix des produits alimentaires de base tel le riz comme on l’a constaté en 2008 après les émeutes de la faim.

     

    Bien ciblée, cette activité contribuerait a faire baisser le nombre de ménages en insécurité alimentaire.

    Figures Calendrier saisonnier pour une année typique

    Figure 1

    Calendrier saisonnier pour une année typique

    Source: FEWS NET

    Carte des résultats actuels de la sécurité alimentaire, Octobre 2012

    Figure 2

    Carte des résultats actuels de la sécurité alimentaire, Octobre 2012

    Source: FEWS NET

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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