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L’insécurité persistante, les prix élevés et les chocs climatiques maintiennent des résultats de Crise et d’Urgence

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  • Messages clé
  • Contexte de la sécurité alimentaire
  • Anomalies actuelles des conditions de sécurité alimentaire en juin 2026
  • Résultats actuels de l’insécurité alimentaire en juin 2026
  • Suppositions clés sur les conditions atypiques de sécurité alimentaire soutenant le scénario le plus probable jusqu’au janvier 2027
  • Résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë jusqu’au janvier 2027
  • Annexe 1 : Principales sources de preuves utilisées dans cette analyse
  • Annexe 2 : Approche analytique de FEWS NET expliquée
  • Annexe 3 : Calendrier saisonnier
  • Annexe 4 : Évènements qui pourraient changer les résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë
  • Annexe 5 : Un examen plus approfondi du transport maritime national et de ses impacts sur les résultats de sécurité alimentaire
  • Messages clé
    • Entre juin 2026 et janvier 2027, 3,0 à 3,49 millions de personnes devraient être confrontées à des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) ou d’Urgence (Phase 4 de l’IPC), avec un pic du PIN attendu en novembre, avant les récoltes d’hiver. Malgré les améliorations saisonnières attendues durant les récoltes en cours, l’accès des ménages pauvres à la nourriture demeure limité en raison de la violence persistante, des déplacements de population, des prix alimentaires élevés et des revenus inférieurs à la moyenne. Les plus durement touchés sont concentrés dans la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince, l’Artibonite, le Centre et certaines communes du Nord-Ouest.
    • Les personnes déplacées internes (PDI) et les ménages urbains très pauvres continueront de faire face aux niveaux les plus élevés d’insécurité alimentaire aiguë. Les communes de Port-au-Prince, Cité Soleil, Croix-des-Bouquets, Cornillon et Ganthier devraient rester en Urgence (Phase 4 de l’IPC) ou en Crise (Phase 3 de l’IPC). L’assistance humanitaire devrait rester insuffisante pour couvrir l’ampleur des besoins et modifier significativement les résultats de sécurité alimentaire.
    • L’expansion de l’insécurité vers les principales zones agricoles et les corridors commerciaux continue de perturber les moyens d’existence, les marchés et les flux commerciaux. L’Artibonite, principal bassin agricole du pays, demeure particulièrement affectée par les violences et les déplacements, tandis que les restrictions sur les axes stratégiques RN1, RN2 et RN3 maintiennent des coûts de transport élevés et limitent l’approvisionnement des marchés.
    • Les récoltes de 2026 devraient apporter une amélioration limitée, insuffisante pour compenser les effets cumulés de l’insécurité et de l’érosion des moyens d’existence. Les superficies cultivées demeurent inférieures à la moyenne en raison de l’insécurité, des déplacements de population, du coût élevé des intrants agricoles et l’insuffisance des services de vulgarisation. L’intensification probable d’un épisode El Niño durant le second semestre 2026 accroît les risques de déficits pluviométriques et de rendements inférieurs à la moyenne pour les campagnes d’automne et d’hiver.

    L’analyse présentée ici est basée sur les informations disponibles au 22 juin 2026.

    Contexte de la sécurité alimentaire

    L’insécurité et la dégradation économique continuent d’éroder les moyens d’existence des ménages à travers le pays. Haïti demeure fortement dépendante des importations alimentaires, qui assurent près de la moitié de l’approvisionnement alimentaire national et plus de 70 pour cent de la disponibilité céréalière, tandis que l’agriculture contribue à environ un cinquième du PIB et constitue une source essentielle de revenus et de nourriture pour la majorité des ménages ruraux. L’expansion des groupes armés, les restrictions de circulation sur les principaux axes routiers et l’insécurité dans plusieurs zones de production limitent l’accès des producteurs aux terres, aux intrants, à la main-d’œuvre et aux marchés. Ces contraintes réduisent les superficies cultivées, les rendements et les revenus agricoles, tandis que les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les coûts élevés de transport maintiennent les prix alimentaires à des niveaux élevés. Dans un contexte marqué par plusieurs années de crise sécuritaire, de ralentissement économique, de forte inflation et de chocs climatiques récurrents, la capacité des ménages à faire face aux chocs, à reconstituer leurs moyens d’existence et à satisfaire durablement leurs besoins alimentaires de base reste fortement réduite. 

    Malgré l’intensification des opérations de sécurité depuis 2024, les groupes armés continuent de contrôler une grande partie de la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPP) et plusieurs corridors stratégiques reliant la capitale au reste du pays. Les restrictions de circulation, les prélèvements illégaux sur les axes routiers et les perturbations des marchés augmentent les coûts de transport, limitent les échanges commerciaux et réduisent les opportunités de revenus, notamment dans le secteur informel dont dépendent de nombreux ménages urbains pauvres. La transition politique consécutive à l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) le 7 février 2026 a consolidé l’autorité exécutive sous la direction du Premier ministre, avec pour priorités le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections. Toutefois, la capacité d’action de l’État demeure limitée dans les zones sous influence des groupes armés, ce qui freine la reprise économique, restreint l’accès humanitaire et compromet la fourniture des services essentiels.

    Les déplacements forcés atteignent des niveaux historiquement élevés et accentuent les besoins humanitaires. Selon l’OIM, environ 1,47 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, soit plus de 12 pour cent de la population nationale, dont plus de 234 000 dans des sites où l’accès à la nourriture, à l’eau potable, aux soins de santé et aux moyens d’existence demeure très limité. Une part importante des déplacés connaît plusieurs épisodes de déplacement successifs, ce qui érode progressivement leurs actifs, leurs réseaux de soutien et leurs capacités d’adaptation. Bien que 84 pour cent des déplacés soient encore hébergés par des familles d’accueil, cette situation exerce une pression croissante sur les ressources des ménages hôtes.

    Les prix élevés continuent de limiter l’accès alimentaire malgré un ralentissement relatif de l’inflation. Après sept années consécutives de contraction économique, dont une baisse du PIB de 2,7 pour cent en 2024/25, l’économie demeure fragilisée. Selon l’IHSI, l’inflation annuelle est remontée à 21,0 pour cent en avril 2026 après 20,6 pour cent en mars, tandis que l’indice général des prix a progressé de 3,4 pour cent sur un mois. Cette accélération est principalement liée à la hausse des prix des carburants en avril (37 pour cent pour le diesel et 29 pour cent pour l’essence) ainsi qu’aux tensions sur les marchés pétroliers internationaux. Les analyses de la BRH indiquent également que l’insécurité et les perturbations des chaînes d’approvisionnement demeurent des facteurs majeurs de la hausse des prix. Malgré la relative stabilité du taux de change et le maintien des transferts de fonds à des niveaux élevés, les prix alimentaires restent largement supérieurs à leur moyenne quinquennale, réduisant le pouvoir d’achat des ménages pauvres fortement dépendants des marchés.

    La production agricole demeure inférieure à la moyenne sous l’effet combiné de l’insécurité, des coûts élevés et des chocs climatiques. Dans plusieurs zones de l’Artibonite, du Centre et de l’Ouest, l’insécurité a limité l’accès aux terres agricoles, aux infrastructures d’irrigation et aux marchés. La campagne de printemps, qui représente habituellement près de 60 pour cent de la production agricole annuelle, demeure essentielle pour les disponibilités alimentaires nationales. Toutefois, les déplacements de population, l’abandon de terres agricoles et le coût élevé des intrants ont ramené les superficies cultivées à des niveaux inférieurs à la moyenne. Le manque d’accompagnement technique, l’insuffisance des services de vulgarisation et l’accès limité aux conseils agricoles réduisent également la capacité des producteurs à améliorer leur productivité et à s’adapter aux chocs climatiques. Les revenus agricoles et non agricoles des ménages pauvres demeurent inférieurs à la moyenne, tandis que l’insécurité continue de perturber le commerce informel dans la ZMPP. Pour de nombreux ménages déplacés et très pauvres, la perturbation des moyens d’existence accroît la dépendance à l’assistance humanitaire pour satisfaire les besoins alimentaires essentiels.

    En savoir plus

    Les liens suivants fournissent des informations supplémentaires :

    Anomalies actuelles des conditions de sécurité alimentaire en juin 2026

    Figure 1

    Principaux corridors commerciaux, niveau d’activité des marchés et zones affectées par l’insécurité en Haïti, janvier 2025 à juin 2026

    Source: FEWS NET

    L’insécurité continue de s’aggraver et demeure le principal facteur de détérioration de la sécurité alimentaire. Selon les données d’ ACLED, 519 événements de violence et 1 394 décès ont été enregistrés entre janvier et mai 2026. Même si ces chiffres sont peut-être sous-estimés, ils restent inférieurs à ceux observés au cours de la même période en 2025 qu’à la moyenne triennale pour la période de janvier à mai 2023-2025, ils demeurent élevés et continuent d'avoir des effets significatifs sur les déplacements de population, le fonctionnement des marchés et les moyens d'existence. L’Ouest reste l’épicentre de la crise, concentrant 66 pour cent des événements et 63 pour cent des décès. Toutefois, l’évolution la plus préoccupante est l’extension de la violence vers l’Artibonite, avec une concentration à Dessalines, Saint-Marc et Gonaïves. Le Centre demeure également affecté, notamment autour de Mirebalais et Lascahobas.

    Les déplacements internes demeurent à des niveaux sans précédent. Selon un rapport de l’OIM publié en mai 2026, près de 1,47 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, soit plus de 12 pour cent de la population nationale, contre moins de 160 000 au début de 2023. Entre janvier et mai 2026 (du 12ieme au 13ieme cycle de suivi de l’OIM), la ZMPP a enregistré une hausse de 6 pour cent du nombre de déplacés et compte désormais plus de 300 000 personnes déplacées, tandis que l’Artibonite a connu une augmentation de 5 pour cent. La nourriture constitue le besoin prioritaire le plus fréquemment rapporté par les personnes déplacées (73 pour cent). Par ailleurs, le nombre de sites de déplacement est passé de 229 à 262, tandis que les retours forcés de migrants depuis la République dominicaine, dans un contexte de durcissement des politiques migratoires, d'intensification des opérations de rapatriement et de préoccupations persistantes soulevées par plusieurs organisations concernant le respect des droits des migrants haïtiens, continuent d’accroître les besoins humanitaires et la pression sur les communautés d’accueil.

    L’accès aux marchés demeure atypiquement perturbé malgré une disponibilité alimentaire globalement proche des niveaux typiques. Les principaux marchés départementaux continuent d’être approvisionnés grâce au maintien des importations, au fonctionnement du port de Port-au-Prince, à l’utilisation accrue des ports secondaires et aux échanges transfrontaliers avec la République dominicaine. Toutefois, l’insécurité persistante sur les corridors stratégiques reliant Port-au-Prince au reste du pays continue de perturber les flux commerciaux, d’accroître les coûts de transport et de limiter l’accès physique et économique des ménages aux marchés. Les routes nationales RN1, RN2 et RN3 demeurent soumises à des restrictions de circulation, à des paiements informels et à des risques élevés pour les transporteurs (Figure 1). Parallèlement, la réorganisation des circuits commerciaux, liée notamment au dysfonctionnement persistant du marché de Croix-des-Bossales et au déplacement partiel des activités vers Delmas, Pétion-Ville et d’autres centres secondaires, réduit l’accès des ménages pauvres à des sources d’approvisionnement traditionnellement moins coûteuses et fragilise les moyens d’existence de nombreux petits commerçants. Bien que certains corridors et pôles commerciaux alternatifs demeurent fonctionnels, ils ne compensent que partiellement les perturbations du principal système de redistribution des marchandises. 

    L’inflation générale et les prix alimentaires demeurent anormalement élevés malgré une relative stabilité du taux de change de la gourde par rapport au dollar américain. Bien que les pressions inflationnistes se soient atténuées par rapport à 2024 et au début de 2025, les prix de nombreuses denrées alimentaires restent largement supérieurs à leur moyenne quinquennale. Après un ralentissement au premier trimestre 2026, l’inflation annuelle est repartie à la hausse, atteignant 21,0 pour cent en avril contre 20,6 pour cent en mars, selon l’IHSI, tandis que l’indice général des prix progressait de 3,4 pour cent sur un mois. Selon la BRH, l’insécurité, les perturbations logistiques, la hausse des prix des carburants et les coûts d’importation continuent d’alimenter l’inflation, réduisant fortement le pouvoir d’achat des ménages pauvres.

    Les coûts de transport demeurent atypiquement élevés. La hausse des prix domestiques des produits pétroliers entrée en vigueur le 2 avril 2026 a fortement accru les coûts de transport des personnes et des marchandises. Bien que les prix aient ensuite été ajustés à la baisse, ceux de l’essence, du diesel et du kérosène restent supérieurs d’environ 25, 16 et 28 pour cent à leurs niveaux de mars 2026. Ces coûts continuent de se répercuter sur les prix alimentaires, limitant l’accès économique des ménages pauvres aux marchés. 

    Les conditions agroclimatiques sont plus favorables qu’en 2025, mais des anomalies persistent. Les précipitations enregistrées depuis le début de la campagne de printemps ont amélioré les conditions de végétation dans plusieurs zones agricoles. Toutefois, leur répartition reste irrégulière, avec des déficits localisés dans certaines parties du Nord-Ouest, du Sud et de la péninsule du Sud, ainsi que des épisodes de fortes pluies ayant provoqué localement des inondations et des pertes de cultures. Les déficits pluviométriques observés entre la fin avril et mai sont survenus pendant une phase critique de croissance des cultures et pourraient réduire les rendements. Les superficies cultivées restent inférieures à la moyenne, tandis que le manque d’encadrement technique limite l’adoption de pratiques agricoles améliorées et la capacité des producteurs à gérer les risques climatiques.

    Assistance alimentaire humanitaire

    L’assistance alimentaire est nécessaire pour les ménages les plus touchés par la crise sécuritaire et politique actuelle, mais sa couverture reste limitée. De janvier à mars 2026, les partenaires du Cluster de Sécurité alimentaire ont assisté environ 1,05 million de personnes, dont plus de 976 000 personnes au titre de l’assistance alimentaire d’urgence, soit 31 pour cent de la population prioritaire ciblée par le Cluster Sécurité Alimentaire, établie à 3,2 millions de personnes, selon le Plan de réponse humanitaire. Cette assistance a été fournie principalement sous forme de de distributions alimentaires, de transferts monétaires et de bons d’achat. Toutefois, sa mise en œuvre demeure fortement contrainte par l’insécurité, les restrictions d’accès, les perturbations logistiques et les insuffisances de financement, notamment dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, l’Artibonite et les zones accueillant des personnes déplacées.

    La couverture de l’assistance reste inférieure au seuil retenu pour être considérée comme ayant un effet significatif sur les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë. Bien que certains ménages, notamment dans certains sites de déplacés, reçoivent temporairement une assistance couvrante au moins 25 pour cent de leurs besoins caloriques, ces interventions restent trop limitées en couverture géographique et en durée pour modifier la classification des zones. Elles contribuent néanmoins à réduire temporairement les déficits de consommation alimentaire des ménages bénéficiaires et à limiter le recours à certaines stratégies d’adaptation négatives. En leur absence, les déficits de consommation alimentaire seraient probablement plus importants, en particulier parmi les populations déplacées et les ménages les plus pauvres.

    Résultats actuels de l’insécurité alimentaire en juin 2026

    L’insécurité continue de s’étendre au-delà des zones les plus directement touchées, avec des effets sur les moyens d’existence et l’accès alimentaire dans l’ensemble du pays. Les perturbations socio-économiques qui en résultent (notamment les faibles revenus), les prix alimentaires atypiquement élevés, la baisse de la production agricole et l’instabilité politique persistante, continuent de réduire le pouvoir d’achat et les capacités d’adaptation des ménages pauvres. Dans la plupart des zones agroécologiques classées en crise (Phase 3 de l’IPC), une intensification de la vente de bois de chauffage (sous-tendant une intensification illégale de la coupe d’arbres) et, par ricochet, de la production du charbon de bois, est observée. En outre, une augmentation significative de la migration vers la République dominicaine, le Mexique, le Chili et le Brésil a été aussi observée. Ce constat est particulièrement notable dans les départements du Nord et du Nord-est, où la rareté de main-d’œuvre agricole compromet les activités agricoles.

    Pour la ZMPP, les plus concernés sont les PDI vivant dans les sites où prévaut une insécurité alimentaire d’Urgence (Phase 4 de l’IPC), en raison de la perte de leurs moyens d’existence, du manque d’opportunités de revenus et des cycle récurrents de déplacements résultant de la crise sécuritaire au centre-ville. Parallèlement, les risques de malnutrition aiguë augmentent, en particulier chez les enfants de moins de cinq ans et les populations déplacées, en raison des conditions de vie précaires et d'un accès limité à l'alimentation. 

    Dans les départements de l’Ouest, du Centre et de l’Artibonite, en proie à la violence armée, les moyens d’existence des ménages continuent de se détériorer. Les groupes armés contrôlent plusieurs zones de production et axes routiers, entravant la circulation normale des personnes et des denrées locales. Face à la détérioration de leurs conditions alimentaires, les ménages sont contraints d’adopter des stratégies d’adaptation négatives telles que la mendicité, la vente d’actifs et l’envoi des enfants manger ailleurs. Les communes de Port-au-Prince, de Cité Soleil, de Croix-des-Bouquets, de Cornillon et de Ganthier, où les violences, la baisse des revenus journaliers et les prix élevés limitent sévèrement l’accès alimentaire, sont classées en Urgence (Phase 4 de l’IPC), tandis que le reste de la ZMPP demeure en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Dans le Nord-Ouest, les résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) sont généralisés, avec des poches de ménages confrontés à des résultats localisés plus sévères dans les communes de Baie-de-Henne et de Bombardopolis. Les moyens d’existence des ménages pauvres sont perturbés, en raison d’un manque significatif d’activités génératrices de revenus. L’activité agricole est presque à l’arrêt, en raison de la mauvaise répartition temporelle des pluies, malgré des cumuls pluviométriques proches des niveaux typiques. Cette irrégularité a perturbé les semis et le développement des cultures de printemps dans plusieurs zones. De surcroît, l’insécurité sur la RN5 reliant l’Artibonite et le Nord-Ouest perturbe le transport public et la circulation des marchandises en provenance de Port-au-Prince et des Gonaïves. Cela pose un problème sérieux d’approvisionnement des marchés en produits alimentaires de base et en carburants. Ainsi, une inflation élevée touche la zone dans un contexte de revenus nettement inférieurs à la moyenne, ce qui entraîne une forte détérioration du pouvoir d’achat des pauvres. Certaines zones sont classées en Stress (Phase 2 de l'IPC) en raison de la poursuite des activités portuaires à Port-de-Paix et à Saint-Louis-du-Nord.

    Dans le Grand Sud, les activités génératrices de revenus ont été proches de la normale, grâce aux activités agricoles de printemps, dont les récoltes précoces sont sur le point d’être initiées et la disponibilité de certaines denrées locales (maïs, haricot, arbre véritable, mangue) n’arrivent pas à atteindre les marchés dans la zone métropolitaine, en raison du blocage de la route nationale RN2. Cette situation induit la diminution des prix de ces produits sur les marchés régionaux, améliorant ainsi l’accès pour certains groupes de ménages. Néanmoins, la situation reste très volatile dans les zones vulnérables à l’insécurité alimentaire et aux catastrophes naturelles, notamment la Grand’Anse et la côte Sud, ou les moyens d’existence sont sous pression, en raison de l’accueil des deplacés internes. Le Grand Sud est la région qui reçoit le flux le plus important de personnes déplacées internes, et qui, par conséquent, en subit les répercussions les plus importantes sur les moyens d’existence disponibles. Bien que la région soit classée en Crise (Phase 3 de l’IPC), certaines communes (arrondissement des Cayes dans le Sud et de Miragoâne dans les Nippes) sont classées en Stress (Phase 2 de l’IPC). Toutefois, il existe des poches de ménages classés en Urgence notamment dans les communes de Gran Boukan et Arnaud (Nippes), Tiburon (Côte Sud), les Irois (Grand’Anse), et Belle-Anse (Sud-Est), où les moyens d’existence des ménages pauvres se sont détériorés en raison des effets résiduels des chocs antérieurs (l’ouragan Melissa), l’absence d’appui externe, et la chute des revenus liée à la crise sécuritaire sur la route nationale RN2

    Suppositions clés sur les conditions atypiques de sécurité alimentaire soutenant le scénario le plus probable jusqu’au janvier 2027
    • La poursuite de l’expansion et de la consolidation de la présence des gangs dans les principales zones agricoles et le long des corridors commerciaux devrait continuer à limiter l’accès des ménages à la nourriture et aux revenus jusqu’à la fin de 2026. Les groupes armés devraient maintenir ou renforcer leur présence dans plusieurs communes de l’Artibonite, du Centre, de l’Ouest et de la ZMPP, notamment le long des corridors RN1, RN2 et RN3. L’insécurité devrait continuer à perturber les activités agricoles en limitant l’accès aux terres, en réduisant la disponibilité de la main-d’œuvre agricole et en contraignant le transport des intrants et des récoltes. Dans l’Artibonite et le Centre, ces perturbations devraient limiter les superficies cultivées et réduire les revenus tirés de la production et de la commercialisation agricoles. 
    • Les barrages routiers, les extorsions et les risques sécuritaires devraient maintenir des coûts élevés de transport et ralentir l’approvisionnement des marchés, réduisant la disponibilité alimentaire et le pouvoir d’achat des ménages pauvres dépendants des marchés. Les déplacements de population et la poursuite des perturbations économiques devraient également limiter l’accès des ménages déplacés vivant dans des sites aux sources habituelles de revenus et renforcer leur dépendance aux marchés et à l’assistance humanitaire.
    • Les améliorations sécuritaires devraient rester limitées et temporaires, sans stabilisation durable des moyens d’existence et de l’accès humanitaire. Malgré le déploiement progressif d’une force de répression des gangs, les gains sécuritaires devraient demeurer localisés et réversibles. Des améliorations ponctuelles pourraient faciliter temporairement la mobilité et les flux commerciaux sur certains axes, mais les déplacements de population, les restrictions d’accès et les perturbations des moyens d’existence devraient persister. Les ménages pauvres urbains, les PDI et les ménages agricoles des zones affectées continueront de faire face à un accès limité aux revenus et à la nourriture.
    • Le taux de change HTG/USD devrait rester relativement stable grâce aux interventions de la BRH et à des transferts de fonds supérieurs à la moyenne quinquennale, bien que des pressions à la dépréciation restent possibles en cas de détérioration sécuritaire au-dessus des prévisions ou de ralentissement des transferts.
    • L’inflation alimentaire devrait rester élevée au-dessus de 20 pour cent et supérieure à la moyenne quinquennale, soutenue par la hausse des coûts de transport, des carburants et des intrants agricoles, ainsi que par les perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement.
    • Les conditions El Niño constituent un risque important pour les perspectives agricoles et les moyens d’existence ruraux à la fin de 2026 et au début de 2027. Selon le Climate Prediction Center (CPC) de la NOAA, les conditions El Niño, déjà présentes, devraient se renforcer jusqu’à l’hiver 2026/27 dans l’hémisphère Nord. Selon l’International Research Institute for Climate and Society (IRI) de l’Université Columbia, les épisodes El Niño atteignent généralement leur apogée entre octobre et février, marqués en Haïti par des températures supérieures à la moyenne et un risque accru de déficits pluviométriques durant les campagnes d’automne et d’hiver. 
    • Les campagnes agricoles de printemps, d’automne et d’hiver devraient rester inférieures à la moyenne, en raison de l’insécurité persistante, des déplacements de population, de l’accès limité aux intrants agricoles et de la hausse des prix des engrais et du carburant. Dans l’Artibonite et certaines zones du Centre, l’accès réduit aux terres et à la main-d’œuvre devrait limiter les superficies cultivées, les rendements et les revenus des ménages ruraux.
    • Les prix des carburants, du fret maritime et des engrais devraient continuer d’exercer une pression à la hausse sur les coûts de transport, de commercialisation et de production agricole, dans un contexte de volatilité des marchés mondiaux. En conséquence, les coûts logistiques et les délais d’approvisionnement devraient rester supérieurs à la moyenne et aux niveaux observés en 2025. Toutefois, une stabilisation progressive des prix mondiaux des produits énergétiques et des intrants pourrait apporter un certain allègement des pressions sur les coûts d’ici novembre.
    • Les prix des denrées de base locales et importées devraient demeurer supérieurs à la moyenne malgré les améliorations saisonnières de l’approvisionnement. Bien que les prix des produits locaux (maïs, haricot) suivent leur tendance saisonnière habituelle à la baisse après les récoltes de printemps, particulièrement dans les zones de production et les marchés régionaux, ces baisses devraient rester limitées en raison d’une production inférieure à la moyenne, de coûts de transport élevés et des perturbations persistantes des flux commerciaux. Les prix devraient ainsi demeurer à des niveaux supérieurs à la moyenne, notamment dans l’Ouest, le Centre et l’Artibonite. 
    • Les revenus des ménages pauvres devraient rester inférieurs à la moyenne quinquennale aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural. En milieu urbain, les activités informelles et le petit commerce devraient continuer à être perturbés par l’insécurité, les restrictions de mobilité et la contraction de certaines activités économiques. Toutefois, le maintien des niveaux actuels du salaire minimum, après les ajustements intervenus en mai 2026, ainsi que des transferts privés élevés, notamment les remises migratoires, devraient partiellement atténuer la baisse des revenus et soutenir l’accès des ménages à la nourriture dans certaines zones. 
    • Bien qu'une amélioration saisonnière de la consommation alimentaire et des revenus agricoles des récoltes de printemps (de juin à août 2026) soit attendue dans plusieurs zones rurales, ces gains resteront limités dans les zones affectées par l’insécurité, les déplacements et les perturbations des marchés. À partir de septembre, la situation actuelle dans ces zones sera aggravée par l’épuisement progressif des stocks, entraînant une détérioration graduelle des conditions alimentaires des ménages pauvres. Cette évolution devrait accroître les risques de malnutrition aiguë et maintenir des besoins alimentaires humanitaires élevés.

    Assistance alimentaire humanitaire

    • De juin 2026 à janvier 2027, l’assistance alimentaire humanitaire devrait demeurer insuffisante pour couvrir les besoins croissants. Malgré la poursuite des interventions du PAM et de ses partenaires, les importantes contraintes de financement du Plan de Réponse Humanitaire 2026, combinées aux difficultés d’accès et aux déplacements de population, devraient limiter la couverture, la fréquence et l’impact des distributions. L’assistance devrait rester principalement concentrée sur les PDI de la ZMPP et les ménages les plus touchés par l'insécurité ou d'autres chocs, tout en couvrant généralement moins de 20 pour cent des besoins caloriques mensuels, ce qui est insuffisant pour changer les classifications IPC.
    Résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë jusqu’au janvier 2027

    La persistance de l’insécurité, les déplacements de population, les prix alimentaires élevés et les revenus inférieurs à la moyenne continueront de restreindre l’accès des ménages pauvres à la nourriture et aux moyens d’existence. Les niveaux d’assistance humanitaire prévus demeurent insuffisants pour compenser significativement les effets de ces contraintes.

    Les récoltes de printemps devraient temporairement améliorer l’accès alimentaire entre juin et août, grâce à l’augmentation de consommation propre, des revenus issus des récoltes et des opportunités de travail agricole. Toutefois, les bénéfices de cette amélioration devraient rester limités par des superficies cultivées inférieures à la moyenne, les contraintes d’accès aux terres agricoles dans certaines zones de l’Artibonite, du Centre et de l’Ouest, ainsi que par la poursuite des perturbations des marchés et des flux commerciaux liées à l’insécurité. La malnutrition aiguë devrait connaître une amélioration saisonnière limitée entre juin et août. Toutefois, cette amélioration devrait rester modeste dans les zones affectées par l’insécurité et les déplacements. À partir de septembre, les risques de malnutrition aiguë devraient augmenter progressivement à mesure que l’accès alimentaire se détériore, particulièrement parmi les PDI, les ménages urbains pauvres et les populations vivant dans les zones sous forte influence des groupes armés.

    À partir de septembre, les conditions de sécurité alimentaire devraient se détériorer progressivement, à mesure que les stocks issus des récoltes de printemps s’épuisent et que les ménages redeviennent davantage dépendants des marchés. Les prix alimentaires devraient rester supérieurs à la moyenne quinquennale tandis que les opportunités de revenus agricoles et non agricoles demeureront limitées. Les effets attendus d’El Niño, notamment des températures supérieures à la moyenne et une distribution irrégulière des précipitations, pourraient également limiter les performances des campagnes agricoles d’automne et d’hiver dans plusieurs régions.

    La ZMPP devrait continuer à enregistrer les résultats les plus sévères du pays. Les communes de Port-au-Prince, Cité Soleil, Croix-des-Bouquets, Cornillon et Ganthier devraient rester en Urgence (Phase 4 de l’IPC) ou avoir des poches de ménages en Urgence tout au long de la période de projection. Les PDI, les ménages urbains pauvres et ceux ayant perdu leurs moyens d’existence devraient continuer à faire face à d’importants déficits de consommation alimentaire et à un recours soutenu aux stratégies d’adaptation d’urgence. Le reste de la ZMPP devrait demeurer en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    La majorité des autres zones du pays devrait rester en Crise (Phase 3 de l’IPC), les améliorations saisonnières demeurant insuffisantes pour permettre une reconstitution durable des moyens d’existence. Des poches de ménages devraient connaître des résultats de sécurité alimentaire plus sévères dans certaines communes du Nord-Ouest, notamment Baie-de-Henne et Bombardopolis, ainsi que dans certaines localités du Grand Sud, notamment Belle-Anse, Les Irois, Tiburon, Grand-Boucan et Arnaud. Ces ménages continueront de faire face à des revenus largement inférieurs à la moyenne ainsi qu’aux effets cumulés de l’insécurité, des chocs climatiques et des perturbations commerciales. 

    Les améliorations attendues en fin d’année devraient être insuffisantes pour modifier significativement l’ampleur des besoins humanitaires. Bien que les récoltes d’automne et d’hiver ainsi que l’augmentation saisonnière des transferts de fonds contribuent à améliorer temporairement la consommation alimentaire de certains ménages, les effets cumulatifs de plusieurs années d’insécurité, de déplacements répétés, de pertes d’actifs productifs et d’érosion du pouvoir d’achat continueront de limiter les capacités de relèvement. En conséquence, une proportion importante de la population devrait demeurer confrontée à des déficits de consommation alimentaire ou à un recours soutenu aux stratégies d’adaptation de crise jusqu’en janvier 2027.

    Annexe 1 : Principales sources de preuves utilisées dans cette analyse
    Preuves SourceFormat des donnéesÉléments d'analyse de la sécurité alimentaire 
    Profils de moyens d'existenceFEWS NETQualitativesSources typiques de nourriture et de revenus par zone de moyens d'existence
    Note sur la politique monétaire, janvier-mars 2026BRHQualitatives/QuantitativesInflation, taux de change, masse monétaire et leurs impacts sur le pouvoir d’achat et les prix des produits alimentaires
    Plans de distribution d’assistance alimentaire du Cluster de sécurité alimentaire, y compris une analyse des tendances historiquesFSCQualitatives/QuantitativesCouverture géographique et temporelle de l’assistance alimentaire, nombre de bénéficiaires, tendances de la couverture humanitaire
    Haïti — Suivi des Urgences 93.2 — Mise à jour sur les déplacements liés aux affrontements armés à Cité Soleil (10 - 22 mai 2026)OIMQualitatives/QuantitativesNombre de PDI, causes des déplacements, zones de concentration, impact sur les moyens d’existence et l’accès à la nourriture
    Analyses des conflitsACLEDQualitatives/QuantitativesNombre d’incidents violents, zones affectées, évolution des conflits et leurs impacts sur l’accès aux marchés, la production et les déplacements
    Entretiens avec des informateurs clés, notamment les collecteurs de prix de FEWS NET, les leaders communautaires, entre autresFEWS NETQualitatives/QuantitativesInformations de terrain sur les prix, la disponibilité alimentaire, les stratégies de survie, les perceptions locales et les tendances des marchés
    Indice des prix à la consommationIHSIQuantitativesInformation sur le taux d’inflation des produits alimentaires et non alimentaires, des produits locaux et importés
    Rapports et bulletins humanitairesOCHAQualitatives/QuantitativesSuivi de la situation humanitaire, couverture sectorielle, financement de l’assistance, zones prioritaires d’intervention et coordination intersectorielle
    Prévision climatiqueNOAA/IRI/OMMQualitatives/QuantitativesPrévisions saisonnières des précipitations et des températures, probabilités d’El Niño/La Niña, risques agroclimatiques susceptibles d’affecter la production agricole, les revenus saisonniers, la disponibilité alimentaire locale
    Annexe 2 : Approche analytique de FEWS NET expliquée

    L’alerte précoce en cas d’insécurité alimentaire aiguë nécessite de prévoir les résultats futurs plusieurs mois à l’avance afin de donner aux décideurs suffisamment de temps pour budgétiser, planifier et répondre aux crises humanitaires attendues. Toutefois, en raison des facteurs complexes et variables qui influencent l’insécurité alimentaire aiguë, il est impossible de faire des prévisions définitives. Le développement de scénarios est une méthodologie qui permet à FEWS NET de répondre aux besoins des décideurs en élaborant un scénario « le plus probable » du futur.

    Les principes clés du processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET incluent l’application du cadre de réduction des risques de catastrophe et une approche basée sur les moyens d’existence pour évaluer les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë. Le risque d'insécurité alimentaire aiguë d'un ménage dépend non seulement des dangers (comme une sécheresse), mais aussi de sa vulnérabilité face à ces dangers (par exemple, le niveau de dépendance à la production de cultures pluviales pour sa nourriture et ses revenus) et de sa capacité d'adaptation (qui prend en compte à la fois la capacité du ménage à faire face à un danger donné et le recours à des stratégies d’adaptation négatives qui nuisent à la résilience future). Pour évaluer ces facteurs, FEWS NET fonde cette analyse sur une solide compréhension approfondie des moyens d’existence locaux, qui sont les moyens par lesquels un ménage répond à ses besoins fondamentaux. Le processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET prend également en compte le Cadre des moyens d’existence durables ; les Quatre dimensions de la sécurité alimentaire ; et le Cadre conceptuel de la nutrition de l’UNICEF, et est étroitement aligné sur le cadre analytique de la Classification intégrée des phases de la sécurité alimentaire (IPC).

    Comment FEWS NET analyse-t-il les résultats actuels de l’insécurité alimentaire aiguë ? FEWS NET évalue dans quelle mesure les ménages sont susceptibles de satisfaire leurs besoins caloriques minimaux. Cette analyse fait converger les preuves des conditions de sécurité alimentaire avec celles de la consommation alimentaire au niveau des ménages et de changement des moyens d’existence. FEWS NET prend également en compte les preuves disponibles sur l'état nutritionnel et la mortalité, en évaluant si celles-ci reflètent les impacts physiologiques de l'insécurité alimentaire aiguë. FEWS NET utilise l’échelle de Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC) en cinq phases, mondialement reconnue, pour classer les résultats actuels de l’insécurité alimentaire aiguë. De plus, FEWS NET applique le symbole de « ! » pour désigner les zones où la Phase de l’IPC cartographiée serait probablement pire d'au moins une Phase sans les effets de l'assistance alimentaire humanitaire en cours.

    Comment FEWS NET élabore-t-il ses suppositions clés pour le scénario le plus probable ? Une étape clé du processus d'élaboration de scénarios de FEWS NET consiste à développer des suppositions fondées sur des preuves sur les facteurs influencent les conditions de sécurité alimentaire. Cela inclut les dangers et anomalies susceptibles d'affecter l'évolution de l'alimentation et des revenus des ménages au cours de la période de projection, ainsi que les facteurs affectant l'état nutritionnel. FEWS NET développe également des suppositions sur les facteurs censés se comporter normalement. Ensemble, ces suppositions forment la base du scénario « le plus probable ». 

    Comment FEWS NET analyse-t-il les résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë ? En utilisant les suppositions clés soutenant le scénario « le plus probable », FEWS NET projette les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë en évaluant l’évolution de la capacité des ménages à satisfaire leurs besoins caloriques minimaux au fil du temps. FEWS NET fait converger les attentes concernant la trajectoire de la consommation alimentaire et les changements dans les moyens d’existence au niveau des ménages avec l’état nutritionnel et de la mortalité au niveau de la zone. FEWS NET classe alors les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë.  Enfin, FEWS NET utilise le symbole de « ! » pour désigner les zones où la Phase de l’IPC serait probablement plus sévère d’au moins une Phase sans les effets de l’assistance alimentaire planifiée, qui devrait être financée et livrée.

    Comment FEWS NET analyse-t-il l’assistance alimentaire humanitaire ? L’assistance alimentaire d’urgence (en nature, en espèces ou en vouchers) peut jouer un rôle clé dans l’atténuation de la sévérité de l’insécurité alimentaire aiguë. Les analystes de FEWS NET intègrent toujours les informations disponibles sur l’assistance, bien que ces informations varient considérablement selon les zones géographiques et au fil du temps. Conformément aux protocoles IPC, FEWS NET utilise les meilleures informations disponibles pour évaluer où l'assistance est « significative » (définie par au moins 25 pour cent des ménages dans une zone donnée recevant au moins 25 pour cent de leurs besoins caloriques grâce à l'assistance). En outre, FEWS NET analyse les impacts probables de l’assistance sur la sévérité des résultats, comme détaillé dans les orientations de FEWS NET sur L’intégration de l’assistance alimentaire humanitaire dans l’élaboration de scénarios

    Annexe 3 : Calendrier saisonnier

    Source: FEWS NET

    Annexe 4 : Évènements qui pourraient changer les résultats projetés de l’insécurité alimentaire aiguë

    Même si les projections de FEWS NET se concentrent sur le scénario « le plus probable », il existe toujours un certain degré d’incertitude dans les prévisions à long terme. Cela signifie que les conditions de la sécurité alimentaire et leurs impacts sur les résultats aigus de la sécurité alimentaire peuvent évoluer différemment de ce qui était initialement prévu. FEWS NET publie des mises à jour mensuelles de ses projections, mais les décideurs ont besoin d'informations préalables sur cette incertitude et d'une explication des raisons pour lesquelles les choses peuvent se dérouler différemment de ce qui était prévu. En tant que tel, la dernière étape du processus d’élaboration de scénarios de FEWS NET consiste à identifier brièvement les événements clés qui aboutiraient à un scénario alternatif crédible et modifieraient considérablement les résultats projetés. FEWS NET considère uniquement les scénarios qui ont une chance raisonnable de se produire.

    National 

    Dégradation sécuritaire majeure ou expansion rapide du contrôle territorial des groupes armés

    Impact probable sur les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë : Une détérioration plus importante que prévue de la situation sécuritaire dans la ZMPP, l’Artibonite ou le Centre entraînerait une augmentation des déplacements de population, des perturbations plus sévères des marchés et des flux commerciaux, ainsi qu’une réduction accrue des opportunités de revenus. L’accès humanitaire pourrait être davantage restreint, limitant la couverture de l’assistance alimentaire et nutritionnelle. Dans les principales zones agricoles, l’abandon de terres, les difficultés d’accès aux intrants et la réduction de la main-d’œuvre agricole compromettraient davantage la production. En milieu urbain, la contraction des activités économiques informelles et la hausse des coûts de transport accentueraient les déficits de consommation alimentaire. Dans ce scénario, le nombre de personnes confrontées à des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) ou d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) dépasserait les niveaux actuellement projetés, avec un risque d’extension géographique des zones en Urgence, notamment dans l’Artibonite, le Centre, le Nord-Ouest et certaines parties du Grand Sud.

    Déficits pluviométriques importants liés à des conditions El Niño plus sévères que prévu

    Impact probable sur les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë : Un épisode El Niño plus intense que prévu pourrait entraîner des déficits pluviométriques significatifs durant les campagnes agricoles d’automne et d’hiver 2026/27, réduisant davantage les rendements agricoles dans plusieurs zones du pays. En plus de la baisse attendue des précipitations, des températures atypiquement élevées accéléreraient l’évapotranspiration et la perte d’humidité des sols, en particulier dans les zones dépendantes des pluies. Ces conditions aggraveraient le stress hydrique des cultures, limiteraient le développement végétatif et pourraient compromettre les perspectives de production, notamment si les déficits pluviométriques coïncident avec les périodes critiques de semis, de floraison ou de remplissage des grains. Cette situation limiterait les revenus tirés des activités agricoles, réduirait les disponibilités alimentaires locales et augmenterait la dépendance des ménages aux marchés. Les prix des produits locaux, notamment le maïs, les haricots et certains tubercules, pourraient augmenter plus rapidement que prévu, accentuant l’érosion du pouvoir d’achat des ménages pauvres.

    Dans ce scénario, les ménages déjà fragilisés par l’insécurité, les personnes déplacées et les ménages à faibles revenus seraient contraints d’intensifier davantage les stratégies d’adaptation négatives. Les zones agricoles du Nord-Ouest, de l’Artibonite, du Centre ainsi que certaines parties du Grand Sud seraient particulièrement exposées à une aggravation des déficits de consommation alimentaire et à une augmentation du nombre de ménages en Urgence (Phase 4 de l’IPC).

    Impact direct d’un ouragan majeur ou d’une succession de tempêtes tropicales sur Haïti durant la saison cyclonique 2026

    Impact probable sur les résultats de l’insécurité alimentaire aiguë : Un ouragan majeur ou plusieurs tempêtes tropicales affectant directement Haïti pourraient provoquer des inondations, des glissements de terrain et des dommages importants aux infrastructures, aux cultures et aux moyens d’existence. Les pertes de récoltes, la mortalité du bétail, la destruction des stocks alimentaires et les dégâts aux systèmes d’irrigation réduiraient les disponibilités alimentaires et les revenus des ménages agricoles. Les dommages aux routes, aux marchés, aux ports et aux infrastructures de transport pourraient perturber davantage les flux commerciaux et l’approvisionnement des marchés, entraînant des hausses localisées des prix alimentaires. Les populations vivant dans les zones côtières, les plaines inondables et les bassins versants dégradés seraient particulièrement exposées aux déplacements de population et à la perte temporaire de leurs moyens d’existence.

    Dans ce scénario, les besoins d’assistance humanitaire augmenteraient rapidement dans les zones touchées. Les ménages pauvres affectés par les pertes de récoltes, les dommages aux actifs productifs et les perturbations des marchés pourraient faire face à des déficits de consommation alimentaire plus importants que prévu. Le nombre de personnes en Crise (Phase 3 de l’IPC) et en Urgence (Phase 4 de l’IPC) pourrait alors dépasser les niveaux projetés, notamment dans le Grand Sud, le Sud-Est, l’Artibonite, le Nord et certaines zones côtières particulièrement vulnérables aux aléas cycloniques.

    Annexe 5 : Un examen plus approfondi du transport maritime national et de ses impacts sur les résultats de sécurité alimentaire

    Le transport maritime national constitue un mécanisme d’adaptation de plus en plus important dans le système alimentaire haïtien. Compte tenu de la forte dépendance du pays aux importations alimentaires, notamment pour le riz, la farine de blé, les huiles végétales, le sucre et d’autres produits de base, les ports constituent les principaux points d’entrée des denrées consommées par les ménages. Historiquement, le port de Port-au-Prince assurait une grande partie des importations nationales et servait de centre de redistribution vers les autres régions du pays. Toutefois, l’insécurité persistante dans la ZMPP et sur les principaux axes terrestres a profondément modifié les flux commerciaux. Le secteur logistique rapporte que l’accès au port international de Port-au-Prince reste fortement restreint par l’insécurité, tandis que de nombreuses routes entre départements sont contrôlées ou bloquées par des groupes armés, rendant le transport terrestre imprévisible, coûteux et dangereux. 

    Face à ces contraintes, les acteurs commerciaux et humanitaires recourent davantage au cabotage et aux ports secondaires, notamment Cap-Haïtien, Miragoâne, Saint-Marc, Gonaïves et Petit-Goâve (Table 1). Ces itinéraires permettent de contourner partiellement les corridors routiers affectés par l’insécurité et de maintenir des flux de marchandises vers les marchés situés hors de la ZMPP. 

    Cette réorganisation contribue au maintien du fonctionnement des marchés dans plusieurs régions du pays. Bien que les circuits commerciaux restent perturbés, la disponibilité alimentaire ne s’est pas effondrée dans l’ensemble du pays. Le principal avantage du transport maritime est sa sécurité relative par rapport aux corridors routiers les plus exposés. Les groupes armés imposent des barrages, des paiements informels, des détournements et des restrictions de passage sur plusieurs routes terrestres stratégiques, ce qui augmente les coûts de transport, réduit la prévisibilité des livraisons et limite l’écoulement des produits agricoles. En revanche, les itinéraires maritimes restent plus difficiles à contrôler de manière continue et les groupes armés n'ont pas réussi à mettre en place un système d'extorsion le long des voies maritimes nationales.

    Cette sécurité relative a néanmoins un coût. Le recours accru aux ports secondaires et au transbordement maritime augmente les dépenses liées au carburant, à la manutention, au stockage, à la sécurité privée et à la redistribution finale vers les marchés intérieurs. Les infrastructures portuaires secondaires disposent généralement de capacités plus limitées que celles de Port-au-Prince, en particulier pour l’entreposage, la manutention de gros volumes et la coordination logistique. Le secteur logistique souligne que les services de transport, tant maritime que terrestre, deviennent plus difficiles à opérer en raison des contraintes d’accès liées à la sécurité, ce qui entraîne une hausse importante des coûts opérationnels.

    Les impacts sur les revenus varient selon les zones et les groupes de moyens d’existence. Dans plusieurs régions agricoles, notamment l’Artibonite, le Centre, le Nord-Ouest et le Grand Sud, les difficultés de transport limitent l’écoulement des produits vers les principaux centres de consommation, réduisant les revenus tirés de la vente des récoltes. Les commerçants, transporteurs, manutentionnaires, conducteurs et autres travailleurs du secteur informel subissent aussi des coûts d’exploitation plus élevés et une baisse de leurs marges. Bien que le recours accru au transport maritime crée des opportunités économiques pour certains ménages et travailleurs déjà impliqués dans les activités portuaires, le transport, la manutention ou les services connexes, ces opportunités restent localisées et ne compensent pas les pertes de revenus subies par les nombreux acteurs dépendant des corridors routiers, dont les compétences, les activités ou la localisation ne permettent pas toujours une réorientation vers les activités maritimes.

    Le transport maritime national constitue ainsi une source importante, mais partielle, de résilience pour les communautés, les travailleurs et les ménages. En réduisant la dépendance exclusive aux routes menacées ou contrôlées par les groupes armés, il permet de préserver une partie des flux commerciaux entre les bassins de production, les ports secondaires et les marchés de consommation, tout en limitant le risque de ruptures majeures de stocks. Cette résilience reste toutefois coûteuse et ne compense pas entièrement la désorganisation des corridors routiers, la faiblesse des infrastructures secondaires, la baisse du pouvoir d’achat et les pertes de revenus.

    Dans le scénario le plus probable, les routes maritimes nationales devraient continuer à jouer un rôle déterminant dans l’approvisionnement alimentaire et le fonctionnement des marchés hors de Port-au-Prince. Les zones bénéficiant d’un accès relativement direct aux ports secondaires, notamment dans le Nord et certaines parties du Grand Sud, devraient continuer à mieux absorber les perturbations commerciales que les zones enclavées ou fortement dépendantes des corridors routiers affectés par l’insécurité. Toutefois, tant que l’insécurité continuera de perturber les principaux axes terrestres et les infrastructures stratégiques, les coûts logistiques devraient rester supérieurs à la moyenne, les prix alimentaires devraient demeurer élevés et les revenus de nombreux ménages pauvres devraient rester sous pression. Combinés à l’insécurité persistante, aux déplacements de population et à la faiblesse des moyens d’existence, ces facteurs continueront de contribuer au maintien de résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans une grande partie du pays et d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans certaines parties de la ZMPP et parmi les populations déplacées internes.

    Table 1. Principales alternatives de transport maritime pour contourner la violence des gangs en Haïti

    Origine

    Destination

    Importance du flux

    Type de produits

    Port-au-Prince/LafitoMiragoâneÉlevéeImportés
    GonaïvesMoyenneImportés
    Saint-MarcFaibleImportés
    JérémieFaibleImportés
    GonaïvesPort-au-Prince/LafitoÉlevéeAgricoles
    Cap-HaïtienMoyenneAgricoles
    MiragoâneFaibleAgricoles
    Saint-MarcGonaïvesMoyenneAgricoles
    MiragoâneFaibleAgricoles
    Cap-HaïtienGonaïvesMoyenneImportés
    Port-au-Prince/LafitoFaibleImportés
    Port-de-paixFaibleImportés
    MiragoânePort-au-Prince/LafitoÉlevéeAgricoles
    JérémieMoyenneAgricoles
    Saint-MarcFaibleAgricoles
    Port-de-paixCap-HaïtienÉlevéeAgricoles

     

    Citation recommandée: FEWS NET. Haïti Perspectives sur la sécurité alimentaire Juin 2026 - Janvier 2027: L’insécurité persistante, les prix élevés et les chocs climatiques maintiennent des résultats de Crise et d’Urgence, 2026.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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