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Persistance de l’insécurité alimentaire aigüe exacerbée par l’insécurité et l’instabilité politique en Haïti

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  • Messages clé
  • Contexte national
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Zone de préoccupation Ouest HT07 Haricot, Banane et Petit Commerce, Arrondissement de Croix-des-Bouquets et Cité Soleil (Figure 6)
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    • La persistance de l’insécurité alimentaire aigüe en Haïti s'explique de manière intrinsèque par les facteurs sécuritaires, sociopolitiques et économiques actuels. Les manifestations sporadiques réclamant la démission du Premier ministre et les affrontements récurrents entre gangs rivaux dans la Capitale, outre les cas d’enlèvement, constituent la toile de fond de la crise sociopolitique actuelle. Ces groupes armés cherchent à étendre leur emprise territoriale en érigeant illégalement des postes de péage sur les principaux axes routiers, entraînant ainsi des déplacements massifs de population et perturbant le fonctionnement des marchés et donc les activités génératrices de revenus. Dans la commune de Cité Soleil, les ménages défavorisés, sous l’influence des gangs armés, continuent de faire face à un déficit alimentaire significatif, les contraignant à recourir principalement à des stratégies d'urgence. Une insécurité alimentaire d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) persiste dans cette commune, tandis que le reste du pays, en majeure partie, se trouve principalement en Crise (Phase 3 de l’IPC).
    • Bien que les conditions pluviométriques suscitent des préoccupations, une amélioration par rapport à l'année dernière a été observée. Cependant, plusieurs facteurs ont affaibli leur impact, conduisant ainsi à des répercussions défavorables sur la performance de la campagne agricole d'hiver, laquelle se situe en dessous de la moyenne. Parmi ces facteurs figurent la faible disponibilité des intrants de qualité, l'accentuation de la violence des gangs, le manque d’entretien des canaux d'irrigation, la hausse des prix des intrants et la cherté de la main-d'œuvre agricole. La fermeture temporaire de la frontière, antérieurement, avec la République dominicaine a également exacerbé ces défis, ayant entrainé une augmentation du coût de certains facteurs de production, notamment le coût du labourage mécanisé, service assuré, en partie, par des Dominicains.
    • L’assistance alimentaire s’avère non seulement insuffisante face aux besoins croissants, mais soulève également des préoccupations majeures en matière de ciblage et de répartition. Selon les données du Cluster de sécurité alimentaire, de janvier à novembre 2023, le nombre cumulatif de bénéficiaires de l’assistance alimentaire d’urgence ne dépasse pas 14 pour cent de la population totale et 10 pour cent du nombre des personnes en besoin. Selon les prévisions des partenaires du Cluster sur le nombre cumulatif des bénéficiaires, jusqu’à septembre 2024, 70 pour cent se trouveront dans la Grand'Anse. 
    • Malgré l'appréciation de la monnaie nationale depuis avril 2023 et une meilleure disponibilité du carburant par rapport à l'année dernière, entraînant une diminution du taux d'inflation annuelle, les prix des produits alimentaires de base restent atypiquement élevés par rapport à la moyenne, en raison de leur faible distribution à travers le pays et des frais de passage imposés par les gangs sur les axes routiers Il en résulte une détérioration du pouvoir d'achat des ménages pauvres qui ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins minimaux en kilocalories, compte tenu du coût moyen du panier alimentaire de référence en nette augmentation par rapport à la moyenne quinquennale.
    Contexte national

    Situation actuelle

    L’insécurité : La situation sécuritaire continue de se détériorer, marquée par une intensification des manifestations, parfois violentes et/ou meurtrières, à travers tout le pays, exigeant le départ du Premier ministre Ariel Henry, ainsi qu'une intensification de la violence des gangs contre les civils, des conflits inter-gangs et des enlèvements. Après trois ans à la tête du gouvernement depuis l'assassinat du Président Jovenel Moïse et malgré la signature d'accords avec des dirigeants de l'opposition et d'autres groupes de la société civile, le Premier ministre n'a pas réussi à organiser les élections, plongeant ainsi le pays dans un vide institutionnel qui aggrave davantage les défis sécuritaires et socioéconomiques.

    Selon le Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), le nombre d'événements de violence sociopolitique a presque doublé au cours des trois dernières années, passant de 455 en 2020 à 874 en 2023. La situation pour 2024 s’annonce déjà plus préoccupante. En effet, par rapport au mois de janvier 2023, le nombre d’évènements en janvier 2024 a augmenté de 44 évènements violent à 76, soit plus de 70 pour cent en glissement annuel (par rapport à janvier de 2023) et de plus de 60 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale (Figure 1).

    L’intensification des conflits entre les gangs pour le contrôle de plus en plus de territoire, en particulier dans les départements de l'Ouest (Port-au-Prince) et l’Artibonite contraignent la population à quitter leur zone de résidence et ainsi augmentent le nombre de déplacés internes.

    Selon les dernières estimations de l'ONU, basées sur une étude conjointe de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et de la Direction générale de la Protection civile (DGPC) haïtienne, datant de janvier 2024, près de 314 000 personnes réparties dans sept départements (Ouest, Artibonite, Centre, Grand’Anse, Nippes, Sud et Sud Est), dont 170 000 enfants, ont été contraintes de fuir leur domicile pour trouver refuge ailleurs dans le pays. Cette situation met à rude épreuve les ressources déjà limitées des communautés d'accueil et des services sociaux existants. Selon l'Organisation mondiale pour les migrations (OIM), 94 pour cent des personnes déplacées en Haïti sont originaires du département de l’Ouest, la capitale en étant la principale source.Selon l’OIM, cité par le Bureau de liaison et de sécurité des partenaires d'Haïti (PLSO), 3 314 personnes ont été déplacées entre le 27 et le 31 janvier 2024 en Haïti, en raison de la violence des gangs : 1 398 à Pernier, 1 239 à Wharf de La Saline, et 677 à Drouillard.

    Figure 1

    Évènements violents, janvier 2023 à janvier 2024

    Source: ACLED

    L’impact de la violence des gangs ne se limite pas seulement au déplacement massif de la population, mais englobe également des perturbations significatives de l'activité économique et des transports publics. Les gangs continuent d’exercer une influence préoccupante sur le fonctionnement des marchés. Cette situation est exacerbée par le fait que le transport de marchandises et de personnes demeure soumis au paiement de droits de passage illégaux imposés par les gangs armés. Ces derniers exercent un contrôle sur la plupart des axes routiers, en particulier les routes nationales cruciales telles que la RN1 vers le nord, la RN2 vers le sud et la RN3 vers le centre, entravant ainsi le flux des marchandises et l'approvisionnement des marchés à l'échelle nationale. La Figure 2 présente une classification des marchés et des routes qui y donnent accès, en se basant sur le volume d'activité déterminé en grande partie par l'impact de l'insécurité.

    Figure 2

    Fonctionnement des marchés en raison de l’insécurité en Haïti

    Source: FEWS NET

    Conditions pluviométriques et évolution de la campagne agricole : Bien que les conditions pluviométriques suscitent des préoccupations, une amélioration par rapport à l'année dernière, mesurée en termes d’indice de végétation normalisée (NDVI), a été constatée. En effet, contrairement à février 2023, où le NDVI était en dessous de la moyenne, celui-ci a dépassé la moyenne pour le mois de février 2024 (Figure 3). Cependant, d'autres défis majeurs persistent dans différentes régions du pays, tels que la faible disponibilité des intrants de qualité, l'accentuation de la violence des gangs, des canaux d'irrigation négligés, la hausse des prix des intrants, la cherté de la main-d'œuvre agricole, et la fermeture temporaire de la frontière avec la République dominicaine, entre autres. Ces facteurs ont affaibli l'impact de la pluviométrie et, par conséquent, ont entraîné des répercussions sur la performance de la campagne agricole d'hiver. Selon la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA), les données recueillies sur le terrain indiquent que la performance de la campagne d'hiver est peu satisfaisante, principalement en raison des éléments défavorables ci-dessus mentionnés.

    Figure 3

    Indice de différence normalisée de végétation (NDVI), anomalie du 11 au 21 février 2024 par rapport à 2023

    Source: FEWS NET/USGS

    Contexte macroéconomique : L'environnement macroéconomique en Haïti continue d'être affecté par les chocs sociopolitiques qui ont accentué les déséquilibres existants, affaiblissant ainsi la base productive de l'économie haïtienne. Le produit intérieur brut (PIB) au cours des quatre dernières années a affiché des taux de croissance négatifs de 1.7 et 1.9 pour cent respectivement au cours des exercices 2022 et 2023, selon l’IHSI. Le cadre macroéconomique a également été caractérisé par le chômage, la contraction du l'instabilité des prix, des déficits de la balance commerciale, des déficits budgétaires, la baisse des transferts privés de fonds sans contrepartie, et la diminution des investissements directs étrangers, entre autres. Par ailleurs, après une appréciation progressive de la gourde par rapport au dollar américain depuis avril 2023, le taux de change s'est globalement stabilisé au cours des deux derniers mois autour de 131 gourdes pour un dollar. Par rapport à février 2023, il a augmenté d'environ 15 pour cent, mais il reste toujours supérieur à la moyenne quinquennale.

    Selon l'IHSI, les importations ont connu une légère diminution de 0,4 pour cent en volume en glissement annuel. Parmi les produits les plus importants dans la structure des importations haïtiennes, ce sont principalement les produits comestibles minéraux (-8,5 pour cent), les produits chimiques (-16,3 pour cent) et les articles manufacturés (-9 pour cent) qui ont enregistré les plus fortes baisses en 2023. En revanche, les produits alimentaires, représentant environ 17 pour cent du total des importations, ont augmenté de 39,9 pour cent. 

    Les exportations en valeur constante en 2023 ont enregistré une baisse significative de 9,6 pour cent. De plus, l'analyse du panier d'exportations d'Haïti pour l'année 2023 révèle une chute considérable de 26.6 pour cent dans les exportations d'articles manufacturés, représentant près de 35 pour cent du total des exportations. Cette diminution des activités, notamment dans le secteur textile, a entraîné des répercussions sur la main-d'œuvre de la sous-traitance, qui a connu une baisse d’emploi de plus de 20 pour cent (IHSI), à cause de l’insécurité induisant la fermeture ou la délocalisation de la plupart des industries de ce secteur.

    Au cours de l’exercice fiscale 2022/2023, les trois grands secteurs de l’économie—primaire, secondaire et tertiaire—ont tous vu leur valeur ajoutée contracter. Il en est résulté des taux de croissance négatifs de -5.6 pour cent, -3.7 pour cent et de ‑2.9 pour cent, respectivement, pour ces secteurs. Par rapport à l’année dernière, les envois de fonds des migrants haïtiens ont légèrement diminué (1.2 pour cent) en 2023, contre une chute (4.9 pour cent) relativement plus substantielle en 2022 par rapport à 2021.

    Ce sombre panorama économique reste un défi majeur à l’objectif de croissance positive du PIB (1.5 pour cent) attendue pour l’année 2024. Cela pose la nécessité aux acteurs locaux et internationaux de s’engager à mettre un terme à cette crise multidimensionnelle qui a trop duré. C’est l’une des conditions indispensables en vue de l’obtention de cet objectif de croissance.

    Inflation : Depuis janvier 2023, au cours duquel l'inflation en glissement annuel a atteint son pic de 49,3 pour cent, les prix ont continué à augmenter, mais à un rythme de plus en plus lent. Cette tendance s'est maintenue jusqu’à un taux d’inflation annuelle de 21,2 pour cent au mois de décembre 2023 (Figure 4). L’un des principaux facteurs à l’origine à ce ralentissement du rythme de l’inflation est la chute des cours mondiaux ; l’indice mondial des prix alimentaires a chuté de 13,3 pour cent, passant de 143,7 en 2022 à 124,7 en 2023. D’autres facteurs incluent une plus grande disponibilité des produits pétroliers sur le marché local, et la baisse relative du taux de change (IHSI, 2023). Les produits qui ont surtout influencé le glissement annuel de l'IPC sont le citron (76.1%), les poissons frais (49.5%), l’huile comestible (44.6%), le harengs (42.8%), le loyer du logement (39.9%), l’eau (32.5%), et le millet (31.5%). Les prix des produits locaux et importés ont crû respectivement de 22.6 pour cent et 21.4 pour cent, en glissement annuel. Au niveau régional, les hausses de prix les plus élevés sont observées au niveau des région Sud et l’Ouest avec respectivement 23 pour cent et 22.4 pour cent en glissement annuel. Les hausses des autres régions sont en deçà de 21 pour cent.

    Figure 4

    Évolution du taux annuel d’inflation, en pourcentage

    Source: IHSI

    Les marchés et les prix : En raison de l'insécurité liée à la violence des gangs armés et au contrôle des principaux axes routiers par ces derniers, le flux d'approvisionnement des marchés subit des perturbations significatives (Figure 2). Selon cette figure, le marché régional le plus affecté est celui de la Croix-des-Bossales dans le département de l'Ouest. Ensuite, viennent le marché des Gonaïves (Artibonite) et celui de Port-de-Paix (Nord-Ouest). Selon les estimations de FEWS NET, le marché de la Croix-des-Bossales, le plus grand de la Capitale, fonctionne seulement entre 40 à 60 pour cent de sa capacité en raison de la panique suscitée par les groupes de bandits. La fermeture de nombreux entrepôts de produits alimentaires dans le centre-ville de Port-au-Prince a considérablement réduit la disponibilité alimentaire sur ce marché. Les consommateurs limitent strictement leurs allers-retours vers ce marché en raison de l'insécurité qui sévit dans le centre-ville. De plus, en raison de l'accès limité aux routes nationales, les produits alimentaires provenant d'autres régions du pays sont très rares sur ce marché, entraînant une augmentation significative des prix de ces produits.

    En ce qui concerne le marché des Gonaïves, il n'y a pas de problème d'insécurité au niveau du marché. Cependant, ce marché rencontre des difficultés à recevoir des produits de la capitale en raison de l'insécurité dans la Capitale et au niveau des axes routiers. Une grande partie de l'offre et de la demande sur ce marché provient de l'Ouest (Port-au-Prince), qui est fortement touché. De plus, l'insécurité a fortement impacté la production rizicole dans le département de l'Artibonite, qui alimente les marchés de Gonaïves.

    Quant au marché de Port-de-Paix dans le nord du pays, il est indirectement impacté par l'insécurité à Port-au-Prince, notamment sur la route nationale numéro 1, entraînant une réduction de la disponibilité des produits et, par conséquent, une hausse des prix alimentaires. Par son impact sur les axes routiers, l'insécurité affecte la disponibilité du carburant dans cette région, ce qui a également un impact sur les prix des denrées alimentaires de base. Cette région est structurellement en déficit alimentaire et dépend davantage d'autres régions, en particulier de l'Artibonite et de l'Ouest (Port-au-Prince). À l'exception de certains produits locaux tels que les haricots et le maïs, ce marché dépend en grande partie de produits importés pour son approvisionnement.

    Les données sur l'évolution du prix moyen en gourdes des céréales de base, de la farine de blé et du haricot de janvier 2019 à janvier 2024 (Figure 5) montrent que les prix des produits alimentaires locaux et importés, qui restent malgré tout à un niveau très élevé par rapport à la moyenne annuelle et quinquennale, ont très peu fluctué. En effet, les prix des produits locaux suivis par FEWS NET, le maïs en grain et le haricot noir sec, ont fluctué modérément à la hausse entre décembre 2023 et janvier 2024, soit respectivement de 6 et approximativement 3 pour cent en moyenne. Le pot de cinq livres des deux produits a été encore vendu respectivement à plus de 395 et 1157 gourdes, alors qu'il était vendu à 374 et 1128 gourdes un mois auparavant. Dans le même temps, les prix des produits alimentaires importés comme les huiles de cuisson, la farine de blé, restent aussi plus ou moins stables, fluctuant faiblement durant la même période. 

    Le prix du riz importé à quatre pour cent de brisure a fluctué à la baisse de plus de 5 pour cent entre décembre et janvier, passant de 761 à près de 720 gourdes la marmite de six livres. Pour leur part, les prix de la farine de blé et de l’huile de cuisson affichent aussi une tendance stable durant la même période, à savoir stable par rapport à décembre dernier, et ont chuté par rapport à l’année dernière, respectivement de 25 et de 13 pour cent. Toutefois, les prix de détail de tous les produits de base, locaux ou importés, restent atypiquement au-dessus de la moyenne quinquennale, dans des proportions allant de 85 à 114 pour cent. 

    Figure 5

    Evolution du prix moyen en gourdes des céréales de base, de la farine de blé et du haricot noir, janvier 2019 à janvier 2024

    Source: FEWS NET

    Sources de revenu : En milieu rural, les ménages pauvres dépendent principalement de la vente de main-d’œuvre agricole et du petit commerce. En effet, selon une étude1 sur les revenus hors-ferme des ménages très pauvres, menée en Haïti par FEWS NET en janvier 2024, plus de 60 pour cent des personnes interrogées déclarent que ces deux principales sources de revenu (vente de la main-d’œuvre agricole et le petit commerce) constituent l’activité prédominante des ménages très pauvres en milieu rural. Viennent ensuite, en ordre de grandeur décroissant, l’élevage de bétail, l’auto-emploi, la main-d’œuvre non agricole (pêche, construction et charbon), et la vente de charbon, entre autres. Cette étude, bien qu’un peu mitigée pour certaines sources de revenu, a globalement révélé une tendance à la baisse de la disponibilité des opportunités dans ces différentes sources de revenu par rapport à une année normale (Tableau 1). Le tableau 1 montre le pourcentage des personnes interrogées qui pensent que le revenu de la source de revenu en question a varié dans un sens plutôt que dans un autre.

    Selon l'étude, l’insécurité est la principale raison de la baisse globale de la disponibilité de ces sources de revenus et des opportunités de travail qui y sont associées. D'autres facteurs secondaires signalés comprennent la baisse de l'offre, le manque de pluie et le niveau élevé du coût de la vie (pour la main-d’œuvre agricole), les maladies (pour l'élevage), et le manque de ressources financières et matérielles (pour la construction), entre autres.

    Table 1
    Tendance des sources de revenu par rapport à la moyenne, en pourcentage 
    Source de revenuHausseBaisseStable
    Main-d’œuvre agricole

    25

    56

    19

    Petit commerce

    44

    47

    9

    Élevage de bétail

    25

    53

    22

    Auto-emploi

    41

    41

    18

    Main-d’œuvre dans la pêche

    54

    38

    8

    Main-d’œuvre dans la construction

    40

    50

    10

    Main-d’œuvre dans le charbon

    50

    33

    17

    Vente de charbon

    55

    36

    9

    Source: FEWS NET, Enquêtes sur les revenus hors-ferme, janvier 2024

    Propagation du choléra : Au terme du mois de janvier 2024, les données émanant du ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) signalent un nombre alarmant de 1 172 décès attribuables au choléra. Parallèlement, 79 411 individus ont présenté des symptômes, tandis que 75 160 ont nécessité une hospitalisation. Sur les 13 618 tests effectués, 4 608 cas ont été confirmés, indiquant un taux de positivité préoccupant de 33,8 pour cent, accompagné d'un taux de mortalité dépassant les 25 pour cent. Il est crucial de noter que ces chiffres pourraient sous-estimer significativement l'ampleur réelle de la situation, en particulier dans les communautés défavorisées et les bidonvilles, où la réalisation de tests est entravée par divers facteurs tels que l'insécurité et l'insuffisance des infrastructures sanitaires.

    À ce jour, depuis le dernier test effectué le 28 décembre 2023, qui a porté le nombre total de tests à 13 618, aucune analyse supplémentaire n'avait été entreprise jusqu'au 30 janvier. Cette lacune dans la surveillance a conduit à l'apparente stagnation du nombre de cas confirmés à 4 608, malgré l'enregistrement de onze nouveaux décès, 1 806 nouvelles hospitalisations et 2 327 cas suspects au cours de cette période.

    Les trois départements les plus affectés par cette épidémie, classés par ordre décroissant, sont l'Ouest, le Centre et l'Artibonite. Notablement, près de la moitié des cas confirmés sont concentrés dans le département de l'Ouest, où plus de 40 pour cent des tests sont réalisés. Par ailleurs, il est impératif de souligner que la prévalence persistante du choléra accroît substantiellement le risque de malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans dans ces régions, représentant ainsi l'un des facteurs de contribution significatifs, indépendamment de toute mesure entreprise pour contenir cette infection. 

    Situation de la malnutrition : Les conclusions de l'atelier IPC sur la malnutrition aiguë, mené en novembre 2023, sous la direction du MSPP, mettent en lumière des variations significatives dans la situation de la malnutrition en Haïti, influencées par divers facteurs comme l’insécurité, la hausse des prix des produits alimentaires et non alimentaires de base, la prévalence de certaines maladies infantiles (choléra, diarrhée), et la faible disponibilité en eau potable et des services de santé. Actuellement, l'Artibonite et le Sud-Est sont confrontés à une situation d'Alerte (Phase 2 de l'IPC MNA). Les autres régions présentent également des dynamiques complexes aiguës, soulignant la nécessité d'interventions ciblées pour améliorer les conditions de vie des populations locales.

    Assistance alimentaire d’urgence : La question de l'assistance alimentaire suscite une vive inquiétude. Non seulement elle s'avère insuffisante face aux besoins pressants, mais elle soulève également des préoccupations majeures en matière de ciblage et de répartition. Selon les données du Cluster de sécurité alimentaire, de janvier à novembre 2023, le nombre cumulatif de bénéficiaires de l’assistance alimentaire d’urgence, toutes les modalités d’intervention confondues (bons d’achat/coupons, transferts espèces, transferts en nature), ne dépasse pas 1.66 millions de personnes sur une population estimée à 11 724 763, soit environ de 14 pour cent de la population totale et moins de 10 pour cent du nombre des personnes en besoin. Selon les prévisions de février à septembre des partenaires du Cluster, le nombre cumulatif de bénéficiaires de l’assistance alimentaire d’urgence ne dépasse pas 700 000 (le nombre est de 664 809). De ces bénéficiaires, près de 70 pour cent se trouvent dans le département de la Grand'Anse.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    La lutte entre les groupes de gangs armés pour le contrôle croissant du territoire entraîne des déplacements de population, accroît le nombre de personnes à charge dans les familles d'accueil, restreint les activités économiques dans la capitale haïtienne et indirectement à travers tout le pays. Cela limite l'approvisionnement en nourriture et autres produits de première nécessité pour les personnes dans le besoin. Les récoltes d'hiver sont en cours, mais elles ne représentent que moins de 20 pour cent de la production agricole annuelle et sont en dessous de la moyenne. Ainsi, les ménages dépendent principalement des marchés.

    Malgré l’appréciation du taux de change et la relative disponibilité du carburant par rapport à l'année dernière, entraînant une diminution du taux d'inflation, les prix des produits, y compris les produits alimentaires de base, sont atypiquement très élevés par rapport à la moyenne quinquennale. Les principales sources de revenus étant également en baisse par rapport à la moyenne, il en résulte une détérioration du pouvoir d'achat des ménages pauvres, qui ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins minimaux en kilocalories (à peine 1 870 sur 2 100 kilocalories selon l’analyse du panier alimentaire de la CNSA), se basant sur le coût moyen dudit panier (environ 26 000 gourdes). 

    Dans l'aire métropolitaine de Port-au-Prince, en particulier dans les zones contrôlées par les gangs, des écarts prolongés de consommation alimentaire seront observés chez les ménages pauvres et très pauvres. En raison de l'intensification de la violence des gangs, de la forte prévalence du choléra, de la baisse continue des activités dans le centre-ville, des déficits alimentaires chroniques, de la malnutrition aigüe, et de la diminution du taux d'emploi des ménages dans la commune de Cité Soleil, les ménages pauvres de cette commune adoptent des stratégies d’urgence comme la mendicité, la prostitution, l’envoie des enfants manger ailleurs, entre autres. Donc, ils se retrouvent dans une situation d’insécurité alimentaire aigüe d'Urgence (Phase 4 de l'IPC).

    Dans le reste de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, telle que Croix-des-Bouquets, Delmas, Pétion-Ville et Carrefour, bien qu'ils soient également affectés par l'insécurité liée aux gangs et aux manifestations sociopolitiques qui ont un impact négatif sur les activités économiques, la situation est relativement moins critique par rapport à Cité Soleil. Cette commune est confrontée à une pauvreté extrême chronique et, selon l'analyse IPC AMN, menée en novembre 2023, a enregistré le taux de malnutrition aiguë globale le plus élevé. Ainsi, les ménages continuent de mener des activités génératrices de revenus qui restent en dessous de la moyenne, et ils recourent aux stratégies de crise, les plaçant en insécurité alimentaire aigüe de Crise (Phase 3 de l'IPC). 

    Pour le reste du pays, les récoltes inférieures à la moyenne en automne et en hiver, ainsi que le faible revenu des ménages et les prix élevés des produits alimentaires de base, contribuent à la détérioration de la disponibilité et de l'accessibilité des aliments par rapport à l'année précédente. La crise sociopolitique persistante et l'insécurité civile, compromettant la stabilité économique du pays, sont parmi les facteurs aggravants de la situation d'insécurité alimentaire à travers le pays. Les ménages pauvres et très pauvres, qui dépendent généralement de la vente de leurs récoltes, augmentent l'autoconsommation de leur production pour compenser une partie des déficits liés à la baisse du pouvoir d'achat. Ceux qui tirent leurs revenus de la vente de main-d'œuvre agricole et de la pêche se tournent vers d'autres activités pour subvenir à leurs besoins, telles que des travaux non agricoles (la lessive et des travaux domestiques en ville), ou adoptent des stratégies d'adaptation négatives de crise, telles que l'intensification de la production et de la vente de charbon, afin de maintenir un niveau acceptable de consommation alimentaire. En conséquence, ces zones se trouvent actuellement en situation d’insécurité alimentaire aigüe de Crise (Phase 3 de l'IPC).

    Calendrier saisonnier pour une année typique

    Source:

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de février à septembre 2024 se base sur les suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    Situation sociopolitique et violence des gangs :

    • La violence liée aux activités des gangs armés a augmenté et devrait continuer à augmenter, atteignant des niveaux records, à mesure que les gangs gagnent et renforcent leur emprise sur des quartiers spécifiques du pays.
    • Il est très peu probable que les acteurs politiques trouvent un accord en vue de l’organisation des élections prochaines en raison des niveaux élevés de violence des gangs, des défis économiques et de l’incapacité constante des dirigeants politiques à parvenir à un consensus dans les négociations. 
    • Les troubles sociaux d’origine politique devraient s’intensifier au moins jusqu’en septembre 2024, dépassant les niveaux de troubles observés en 2023, en partie à cause de la nouvelle vague de protestations depuis janvier et s’est intensifiée en févier. Toutefois, les troubles sociaux devraient rester en deçà des pics observés en 2018-2021.
    • Néanmoins, des troubles sociaux soutenus, provoqués par des facteurs économiques et sociaux sont attendus tout au long de 2024, alimentés par une inflation continue et croissante, une insécurité accrue et des niveaux de pauvreté extrêmes.
    • En outre, une recrudescence des manifestations déclenchées par l'insécurité est attendue au cours de la période considérée, à mesure que les gangs prendront davantage le contrôle des quartiers résidentiels de la capitale, entraînant une augmentation des déplacements de population.
    • À la suite d’une décision du 26 janvier de la Haute Cour de justice du Kenya bloquant le déploiement de policiers en Haïti, il est peu probable que des déploiements aient lieu jusqu'en septembre 2024. De plus, l'efficacité de la force dépendrait dans une large mesure de facteurs tels que son mandat, sa composition, sa taille et les règles d’engagement.
    • Les gangs contrôlant toutes les routes nationales, restreignant ainsi l’accès à la capitale et à d’autres régions, entravent l’accès au carburant et sa distribution dans de nombreuses zones rurales. Cette situation risque de persister à mesure que les gangs continuent d’étendre leur influence à travers le pays.
    • Les enlèvements, les homicides, les attaques contre des civils, les affrontements entre gangs et les attaques contre les forces de sécurité devraient augmenter au moins jusqu'en septembre 2024, atteignant des niveaux records à mesure que les gangs consolident leur contrôle sur des zones de Port-au-Prince.

    Agroclimatologie :

    • Selon les prévisions de l’USGS, des précipitations moyennes et des températures au-dessus de la normale sont attendues au début de la saison du printemps 2024. Cela devrait favoriser le démarrage de la campagne agricole au cours de cette période. Cette situation devrait durer durant la première période du scenario le plus probable. 
    • Selon la NOAA, des précipitations légèrement supérieures à la moyenne sont prévues de mai jusqu’au mois d’août 2024, correspondant à la deuxième période du scenario.

    Production agricole :

    • La production agricole, notamment la production de céréales locales (riz, maïs et sorgho) d’hiver 2023 et de printemps 2024 serait relativement en baisse de moins de cinq pour cent en glissement annuel, et en dessous de la moyenne quinquennale (baisse de plus de 20 pour cent). Cette diminution résulterait principalement de la chute significative de la production de riz locale et de maïs dans les principales zones de production telles que l'Artibonite, l'Ouest et le Centre. En dépit des prévisions de précipitations moyennes, des températures au-dessus de la moyenne pourraient augmenter l’évapotranspiration dans le sol et réduire les effets autrement positifs des précipitations. Le faible accès aux intrants de qualité (semences, engrais, produits phytosanitaires), le manque de financement, des précipitations avec une distribution spatio-temporelle irrégulière et, par-dessus tout, par l'insécurité due à la violence des gangs qui affecte la mobilité des facteurs de production et l’accès à certaines zones de production, influencera également la production, notamment dans l’Artibonite et l’Ouest.

    Perspectives macroéconomiques : 

    • Selon l'USDA, pour l'année de commercialisation 2023/2024, les importations de blé, de riz et de produits dérivés du blé et du riz devraient augmenter à peine d'un pour cent par rapport à 2022/2023 en raison de la croissance des stocks de riz entreposés par les importateurs et du commerce illégal. Bien qu'il n'y ait pas de changements dans les taxes ou les politiques concernant les importations de riz en Haïti, la situation sécuritaire précaire, notamment autour des principaux ports maritimes, menacerait la commercialisation locale du riz.
    • Après cinq années consécutives de croissance négative, la Commission économique pour l'Amérique latine et la Caraïbe (CEPALC) prévoit une croissance du produit intérieur brut (PIB) de l'économie haïtienne de 0,5 pour cent. Les prévisions de croissance du gouvernement haïtien, basées sur une augmentation des recettes douanières, sont de 0,7 pour cent et celles de la Banque mondiale de 1,3 pour cent.
    • Selon l’IHSI, les transferts de migrants haïtiens à l’étranger en 2023 ont diminué de l’ordre de 1.2 pour cent par rapport à 2022. Cette situation est susceptible de se maintenir en 2024, compte tenu de l’émigration massive des Haïtiens, principalement vers les États-Unis, le Mexique et le Brésil et aussi par des transferts de capitaux qui en résulteront.
    • Selon la banque centrale d’Haïti (BRH), les investissements directs étrangers, principalement des réinvestissements dans le secteur de la communication, sont passés de 39 millions de dollars à 24 millions de dollars de 2022 à 2023, soit une baisse d'un peu moins de 40 pour cent. En raison du climat sécuritaire défavorable à l'investissement en général, il est fort probable que cette tendance se maintienne en 2024. Cela continuerait d’impacter négativement les opportunités d’emploi, notamment dans le secteur textile qui, en termes de nombre d’emplois, a déjà connu une baisse d’environ 18 pour cent, entre novembre 2022 et mai 2023, selon l’Association des Industries d’Haïti (ADIH), cité par ProFin.
    • Les recettes fiscales ont bénéficié de droits de douane renforcés au cours de l'année fiscale 2023, et cette tendance devrait se poursuivre en 2024. Cela devrait aider le gouvernement à maintenir un financement du budget au lieu de recourir au financement monétaire de la banque centrale ; Ce qui soulagera davantage les goulots d'étranglement du côté de l'offre monétaire qui ont alimenté l'inflation et permettant la stabilisation de la gourde.
    • La monnaie nationale s'est appréciée d'environ 15 pour cent en glissement annuel (février 2023 - février 2024). Selon les prévisions de S&P Global, basées principalement sur la performance des recettes douanières, cette tendance devrait se maintenir. Entre février et septembre 2024, une appréciation d'environ 2 pour cent est prévue. Sur la période de septembre 2023 à septembre 2024, la monnaie nationale devrait s'apprécier d'environ 6 pour cent.
    • L'appréciation continue de la monnaie nationale, la gourde, devrait rendre les importations moins coûteuses et contribuer à diminuer quelque peu le déficit de la balance commerciale. La baisse des factures d'importation de carburant devrait également influencer favorablement les prix du transport, contribuant ainsi à la poursuite de la désinflation.
    • Selon les résultats d’un sondage réalisé en décembre 2023 par ProEco, 75.2 pour cent des professionnels haïtiens restent dans l’expectative  quant à une augmentation du taux d’inflation en 2024. FEWS NET prévoit un niveau d’inflation au-dessus de la moyenne quinquennale. 

    Marchés et prix des denrées alimentaires : 

    • L'approvisionnement des marchés devrait demeurer perturbé en raison des interruptions causées par l'insécurité liée à la présence des gangs sur les routes nationales pendant cette période, ainsi que par le contrôle exercé par les gangs armés à Port-au-Prince. Cette situation continuera de limiter la circulation des marchandises entre les grandes villes. Parmi les dix marchés départementaux, le marché de la Croix-des-Bossales, ayant déjà perdu plus de 50 pour cent de sa capacité en termes de volume d'échange, continuerait d'être le plus affecté par l'insécurité liée à la violence des gangs. En effet, des perturbations fréquentes continueraient d'entraîner des pénuries notables de biens alimentaires et non alimentaires en raison de la fermeture des entrepôts de tels produits au bas de la ville de Port-au-Prince, et des échanges irréguliers sur ce marché, se traduisant par une participation des consommateurs nettement en dessous de la moyenne.
    • Ainsi, malgré la désinflation générale, les prix des produits alimentaires de base (importés et locaux) et ceux des intrants agricoles (semences, engrais, pesticides) resteront autour de la moyenne en glissement annuel, mais seraient au-dessus de la moyenne quinquennale.
    • Une baisse du flux commercial entre Haïti et la République Dominicaine est à prévoir, en raison des conflits entre les deux pays, si les négociations actuelles autour de la construction du canal échouent à nouveau.

    Sources de revenus des ménages : 

    • Le revenu de la main-d’œuvre agricole sera en-dessous de la moyenne. La cherté des intrants en particulier les semences et les engrais, la rareté et la hausse du prix de la main-d’œuvre agricole limiteront la capacité financière des agriculteurs à financer normalement les activités agricoles, ce qui leur pousseront à réduire leur demande.
    • Le revenu provenant de la vente de produits agricoles de printemps sera en-dessous de la moyenne, à cause de la baisse de la production et des distorsions au niveau de la chaine de distribution liée à l’insécurité.
    • Le petit commerce en milieu rural pourra générer des revenus autour de la normale durant la période de perspective. Tel ne serait pas le cas pour les zones urbaines, en particulier Port-au-Prince, en proie à l’instabilité (perturbations récurrentes), l’insécurité civile, compromettant le fonctionnement normal des marchés, du transport public sur les routes nationales et des activités informelles.
    • La migration vers la République Dominicaine, en régression en raison des déportations massives de migrants et des départs volontaires des Haïtiens depuis les conflits liés à la construction du canal d’irrigation sur la rivière Massacre, continue de fournir des revenus en dessous de la normale. 
    • Selon les prévisions des partenaires du Cluster, l'assistance alimentaire est prévue pour l’année 2024. Cependant, sa durée diffère d’une région à l’autre et sa couverture serait peu significative pour avoir des changements significatifs. Certaines communes auront une assistance jusqu’en avril, d’autres jusqu’aux mois de juillet et août. Ainsi, de mai à septembre, environ 200 000 bénéficiaires sont prévus pour recevoir une assistance alimentaire d'urgence, de manière cumulative. 

    Situation de la malnutrition : 

    Hormis le département du Nord, qui devrait maintenir une situation de malnutrition Sérieuse (Phase 3 de l'IPC MNA) jusqu'en novembre 2024, l’Artibonite ainsi que le Sud devraient passer de la Phase 2 à la Phase 3 à partir de juin et jusqu’à novembre 2024. Dans tous les autres départements, la malnutrition de Phase 2 devrait perdurer jusqu’en novembre. L’insécurité, la détérioration des conditions de consommation alimentaire minimale, l'instabilité civile, la pénurie de carburant, des défis liés au choléra seraient, entre autres, à l’origine de cette détérioration dans ces trois départements.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    La période de février à mai 2024 correspond à la période de soudure, durant laquelle la production agricole déjà en dessous de la moyenne et faible des récoltes d'hiver dans les plaines irriguées et les montagnes humides sera complètement épuisée avant mars. Cela ne permettra pas de constituer des réserves alimentaires suffisantes pour cette période. Par conséquent, les ménages pauvres, qui possèdent déjà très peu de moyens de production, y compris la terre, dépendront davantage du marché pour leur consommation alimentaire.

    Cela se déroulera dans un contexte où les prix alimentaires sont atypiquement élevés par rapport à la moyenne quinquennale, et la demande de main-d’œuvre est limitée en raison des pertes successives de récoltes subies par les agriculteurs moyens et aisés. Cela limite ainsi leur capacité à embaucher de la main-d’œuvre agricole pendant la campagne agricole de printemps.

    Compte tenu du contexte d'incertitude politique, les différentes sources de revenu des ménages pauvres continueront d'être significativement impactées. Dans ce contexte, le pouvoir d'achat et donc l'accès alimentaire des ménages pauvres diminueront. La sécurité alimentaire se détériorera davantage dans toutes les zones de moyens d'existence, illustré par une augmentation progressive du nombre de personnes en insécurité alimentaire Phase 3 de l'IPC ou plus jusqu'à mai. De plus, certaines zones, comme la plupart des communes dans l’Ouest, de l’Artibonite, de la Grand’Anse, du bas Plateau Central et du Sud-Est, passeront de la Phase 2 à la Phase 3, comme indiqué précédemment dans la carte de résultats estimés les plus probables de la sécurité alimentaire de février à mai. Les zones qui connaîtront le plus de changement sont celles les plus susceptibles d’être affectées par la violence des gangs et les zones sèches agricoles qui dépendent uniquement de la pluie.

    La période de juin à septembre connaîtra une amélioration progressive de la disponibilité des produits agricoles locaux, en raison des récoltes de printemps qui représentent la principale période de récolte du pays. Cependant, les impacts de l'insécurité sur l'économie en général et sur l'agriculture en particulier limiteront ces récoltes ainsi que leur écoulement sur les marchés. Ainsi, la situation décrite dans la période de février à mai ne s'améliorera que provisoirement et de manière localisée, de juin à septembre, notamment dans les zones moins impactées par la violence des gangs et les zones irriguées, comme le Grand Sud, le Nord, le Nord-Est.

    Évènements qui pourraient changer les scenarios

    Table 2
    Évènements possibles au cours des huit mois à venir qui pourraient changer le scénario le plus probable
    ZoneEvénementsImpact sur les résultats de la sécurité alimentaire
    NationaleDémission du Premier ministre et déploiement efficace et efficient d’une force étrangère de maintien de la paixAu niveau national, une nouvelle entité à la tête du pays pourrait grandement contribuer à limiter les conflits et les tensions au sein de la population et à créer un environnement favorable et sécuritaire en général aux activités commerciales normales et mêmes à l'organisation des élections libres, transparentes et démocratiques. De plus, un tel environnement serait propice aux investissements étrangers, ce qui conduirait à la reprise normale des activités économiques dans un environnement stable. Cela contribuerait à améliorer les principales sources de revenu et à réduire l'inflation, améliorant l'accès alimentaire des ménages pauvres, ainsi qu'à réduire le nombre de ménages en situation d'insécurité alimentaire (Phase 3 et plus). Un passage de certaines zones de la Phase 4 (Cité Soleil) à la Phase 3 et de la Phase 3 à la Phase 2, et ainsi de suite sera également observé.
    Zones de productionFermeture de la frontière haïtiano-dominicaineLa fermeture de la frontière entre Haïti et la République Dominicaine pourrait entraîner une détérioration de la disponibilité de certains produits alimentaires de base, en particulier, des œufs, de la farine de blé et de l’huile comestible, ce qui pourrait conduire à une hausse des prix de ces produits. De plus, les ménages dépendant des activités frontalières, notamment les petits commerçants et motocyclistes verront leurs revenus diminuer. Une augmentation du nombre de ménages en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC), bien que relativement faible, serait possible, notamment dans les zones frontalières.
    Zones de productionInondationsDes averses prolongées et intenses entraîneraient des inondations, dévastant ainsi les cultures en place, emportant le bétail, et causant des dommages aux infrastructures critiques telles que les routes, les ponts, les systèmes de distribution d'eau et d'assainissement, ainsi que les infrastructures agricoles. Ces conséquences entraîneraient des pertes économiques considérables pour les agriculteurs et créeraient des pénuries alimentaires au sein des communautés touchées. De plus, ces averses peuvent accroître les risques pour la santé en favorisant la propagation de maladies liées à l'eau, en contaminant les sources d'eau potable et en créant des conditions propices à la reproduction de vecteurs de maladies. Par conséquent, les moyens d’existence des ménages les plus pauvres seraient sévèrement affectés, potentiellement conduisant à une augmentation significative du nombre des ménages en situation d'insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC).
    Zone de préoccupation Ouest HT07 Haricot, Banane et Petit Commerce, Arrondissement de Croix-des-Bouquets et Cité Soleil (Figure 6)

    Figure 6

    Carte de délimitation de la zone de préoccupation Ouest HT07

    Source: FEWS NET

    Situation actuelle 

    Progrès saisonnier : Sur le plan agro climatique, la situation n’a guère amélioré depuis l’analyse d’octobre 2023. La zone continue de faire face à des épisodes de sécheresse, ceci malgré son potentiel hydrique avec le lac Azuei (Thomazeau) et la rivière grise (Plaine du cul de Sac). Le control par des gangs armés de la localité de Dumay, où se trouve le « Bassin général », principale prise sur la rivière grise permettant d’arroser des terres dans la vaste plaine du cul de sac, empêche l’exploitation du potentiel hydrique de la région. Les agriculteurs ne sont pas à même d’exploiter les eaux du barrage et aussi du lac, alors que les canaux d’irrigation sont disponibles. Tout cela limite le développement de l’agriculture dans la zone, qui est pourtant, en temps normal, la première source de revenu des habitants travaillant, pour la plupart, comme main-d’œuvre.

    Ayant perdu les récoltes de printemps 2023, la zone n’a pas en effet lancé les campagnes d’automne et d’hiver, dont les récoltes devraient servir aux opérations de semis de printemps 2024. Actuellement, quelques récoltes de pois congo et de haricot sont observées, uniquement dans la localité « Belle Fontaine », ainsi que de la banane qui se produit toute l’année. La commune de Fond Verette fait exception surtout avec ses cultures maraichères, notamment au niveau de la zone Forêt des Pins. D’ordinaire, la production de cette commune alimente les marchés de la Croix-des-Bouquets et de la Croix-des-Bossales. L’insécurité, et particulièrement le prix exorbitant imposé par les membres de gangs pour que les camions de produits puissent traverser la nationale numéro 3 et la route internationale (Croix-des-Bouquets/Ganthier), décourage le transport public et de marchandises vers le Centre-ville de Port-au-Prince. 

    Marchés et prix : Le marché principal pour la zone ainsi que pour Cité Soleil est celui de la Croix-des-Bossales. Son environnement sociopolitique et sécuritaire reste très volatile ; d’un moment à l’autre, des émeutes ou des affrontements armés s’éclatent. Pour cause, la plupart des entrepôts de marchandises locales et surtout importées sont fermés. Ce qui réduit (à près de 60 pour cent selon notre collecteur) la dynamique de fonctionnement du marché qui, en temps normal, approvisionne toute l’aire métropolitaine et d’autres régions rurales avoisinantes. Une diminution de la disponibilité, ainsi qu’un fort ralentissement de la demande, y sont observés. 

    Cependant, les prix des produits alimentaires locaux et importés, qui restent malgré tout à un niveau très élevé, ont très peu fluctué. En effet, les prix des deux produits locaux suivis par FEWS NET, y compris le maïs en grain et les haricots noirs secs, n’ont pas vraiment fluctué entre décembre 2023 et janvier 2024. Dans le même temps, les prix des produits importés comme les huiles de cuisson, la farine de blé et le riz, restent plus ou moins stables. A noter que le prix de la marmite de six livres de riz importé à quatre pour cent brisure se vend toujours à 700 gourdes en janvier comme ce fut le cas en en fin d’année, après la hausse de plus de 15 pour cent entre novembre et décembre 2023. Dans l’ensemble, les prix de détail de tous les produits de base, locaux ou importés, restent atypiquement au-dessus de la moyenne quinquennale, dans des proportions supérieures à 100 pour cent.

    Sources de revenu : La main-d’œuvre agricole est typiquement la première source de revenu pour les très pauvres dans la zone Ouest HT07 haricot, banane et petit commerce, contribuant pour près de 54 pour cent de leur revenu annuel (environ 65 000 gourdes à l’année de référence). Cependant, en raison de la sécheresse et de l’insécurité, les agriculteurs mieux lotis, décapitalisés, ont dû réduire significativement des terres cultivées et donc leur demande de travailleurs. Le revenu issu de la vente de main-d’œuvre, diminuant significativement, est en-dessous de la moyenne. Le revenu qui en résulte reste en-dessous de la moyenne, en raison de la crise sociopolitique et surtout de la vague d’insécurité qui frappe la zone, à la suite des hostilités entre gangs rivaux pour le contrôle de territoire. La vente de bois et de charbon est une activité de revenu complémentaire, somme toute insuffisante, étant donnée sa faible contribution dans la gamme des revenus des plus pauvres. Selon l’ENSSAN 2023, cette contribution se situe à 8 pour cent.

     A Cité Soleil, les sources principales de revenus pour les très pauvres c’est le petit commerce (plus de 40 pour cent de leur revenus) consistant en des ventes ambulantes de produits alimentaires et non alimentaires, le travail occasionnel (environ 38 pour cent) y la vente ambulante (marchands ambulants) de produits (15 pour cent), qui sont les plus répandus. Il faut noter aussi, que selon une étude de ligne de base de Concern Worldwide en 2019 sur les moyens d’existence dans la commune, des manutentionnaires, des dockers, des bagagistes, des transporteurs, et des ramasseurs de déchets recyclables sont observés. De telles activités de subsistance, vulnérables à l’insécurité sévissant dans cette zone, fonctionnent très peu de façon régulière. Ainsi, tenant compte du faible pouvoir d’achat, avec le niveau d’inflation élevée et le ralentissement considérable de ces activités, les revenus issus de ces sources sont en-dessous de la moyenne. 

    Assistance humanitaire : L’assistance alimentaire ne parvient pas toujours à atteindre les quartiers de la zone Ouest HT07 Croix-des-Bouquets, en raison des attaques récurrentes des gangs armés. En novembre et décembre, moins de 5 000 personnes ont bénéficié d’assistance en nature consistant en distributions mensuelles de kits alimentaires au niveau des ménages et des orphelinats, dont près de 95 pour cent sont des nouveaux bénéficiaires. Selon le Cluster de sécurité alimentaire, des kits alimentaires sont distribués chaque mois aux orphelinats et familles avec enfants. Chaque famille reçoit un kit alimentaire de riz mixe de 5.6 kilogrammes contenant 18 200 calories. En outre, environ 6 000 bénéficient mensuellement de cash transferts d’un montant moyen de 160 dollars américains. Toutefois, l’assistance alimentaire n’atteint que les localités les plus accessibles au niveau de Croix-des-Bouquets mais n’arrive pas dans celles plus reculées où résident en fait les plus pauvres. Ainsi, sur une population de près de 310 000 personnes, cet effectif de bénéficiaires est significativement négligeable. 

    A Cité Soleil, les distributions sont similaires à celles observées à Croix-des-Bouquets, consistant en des kits alimentaires de riz et de transferts monétaires. En revanche, le nombre mensuel de bénéficiaires est plus de deux fois que celui de la Croix-des-Bouquets et cible la même catégorie : des orphelinats et des familles avec enfants. Selon des données disponibles jusqu’à décembre 2023, plus de 9 500 kits leur ont été distribués. Il faut aussi noter que le nombre de bénéficiaires de cash assistance avoisine 23 000 personnes recevant en moyenne 115 dollars. En outre, le nombre de bénéficiaires dans cette commune diminue drastiquement en raison des affrontements qui ont lieu entre divers groupes armés rivaux compromettant l’accès de l’aide humanitaire d’urgence. 

    Situation nutritionnelle : Selon l’analyse IPC AMN, conduite en novembre 2023, couvrant la période de décembre 2023 à novembre 2024, les indicateurs nutritionnels se détériorent significativement au niveau de l’Ouest 1 ou l’Aire Métropolitaine de Port-au-Prince, comprenant l’arrondissement de la Croix-des-Bouquets et la commune de Cité Soleil. La situation est surtout pire à Croix-des-Bouquets qui est classifiée en Phase 4 pour la situation courante. Elle se détériore aussi à Cité Soleil, laquelle est classifiée en Phase 2 pour la situation actuelle. A rappeler que ces deux zones sont en proie à une violence armée qui perturbe les conditions de moyens d’existence contraignant les populations à fuir ces zones. En outre, le fait que, malgré les violences, la commune de Cité Soleil est quelque peu plus accessible que Croix-des-Bouquets, un grand nombre d’habitants bénéficient beaucoup plus d’assistance alimentaire d’urgence (sous forme de cash et en nature) que ceux résidant dans l’arrondissement de la Croix-des-Bouquets. Cela peut expliquer le fait que sa situation nutritionnelle est de loin mieux par rapport à Croix-des-Bouquets.

    Suppositions

    En plus des hypothèses nationales, les suppositions suivantes s'appliquent à cette zone de préoccupation :

    • La banane, récoltée presque sur toute l’année, continuera d’alimenter la disponibilité locale pour les ménages très pauvres, ceci durant les deux périodes du scénario le plus probable.
    • Le petit commerce, la vente de bois et du charbon se comporteront de façon plus ou moins normale au cours des deux périodes de perspective, bien que leur contribution au revenu total ne soit vraiment guère importante comparativement à la main-d’œuvre agricole (à Croix-des-Bouquets principalement). 
    • La demande de travailleurs agricoles pourrait connaître un certain rebond dans le contexte du lancement de la campagne de printemps 2024, à partir de mars. Mais elle restera en-dessous de la moyenne compte tenu des impacts résiduels des chocs tels que la sécheresse, l’insécurité sur les agriculteurs mieux lotis de la zone sous étude.
    • En raison du ralentissement des activités génératrices de revenu dans la zone de Cité Soleil, en raison des affrontements entre gangs rivaux, les ménages très pauvres pourront toujours s’adonner aux activités informelles au niveau de la Saline et de Croix-des-Bossales telles que débarquement et embarquement de camions, transport à pied de charges pour des tiers.  
    • La persistance de la crise sécuritaire dans les deux zones (arrondissement de la Croix-des-Bouquets et commune de Cité Soleil) continuera de limiter l’accès aux communes en ce qui se rapporte aux distributions  de l’assistance alimentaire d’urgence aux populations en besoin.
    • Les prix des produits locaux et importés (le riz en particulier) resteront atypiquement au-dessus de la moyenne de cinq ans durant toute la période des perspectives. Le prix de la marmite de six livres de riz à quatre pour cent brisure fluctuera dans une fourchette de 600 à 700 gourdes en moyenne au cours de la période de perspective (Figure 7).
    • L’Assistance alimentaire d’urgence, en nature ou sous forme de cash sera disponible jusqu’à juillet 2024. Toutefois, seule la commune de Cité Soleil en sera bénéficiaire. Il n’y pas d’assistance planifiée pour l’arrondissement de la Croix-des-Bouquets au cours de la période de perspective. En outre, cette assistance n’atteindra pas une proportion significative de la population pour pouvoir impacter positivement la situation de sécurité alimentaire dans cette commune, tenant compte de l’ampleur des besoins à satisfaire.

    Figure 7

    Prix du riz importé quatre pour cent brisure, observé et projeté à Croix des Bossales/Port-au-Prince

    Source: FEWS NET/CNSA

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    La période de perspective coïncide, d’une part, avec les semis de printemps en parallèle avec la période de soudure, et d’autre part avec les récoltes de printemps suivies du lancement des activités agricoles d’eté/automne. La sécheresse et l’insécurité limiteront les activités de revenus pour les ménages mieux lotis, qui n’auront pas la capacité d’embaucher des travailleurs. L’insécurité affectera même les activités de petit commerce qui absorbe une bonne partie des travailleurs informels.

    Il n’y aura pas vraiment de produits agricoles locaux disponibles, mis à part la banane et quelques produits maraichers, notamment pour la zone Ouest HT07 haricot banane et petit commerce (arrondissement de la Croix-des-Bouquets). Le pouvoir d'achat se dégradera beaucoup plus par rapport à la période précédente. Les ménages, à cet effet, ne seront pas à même d’effectuer des dépenses non alimentaires, voire compenser la détérioration de leurs moyens d’existence. De surcroit, la période de soudure (de février à mai) va amplifier cette situation à travers des fluctuations à la hausse des prix des produits alimentaires de base. La consommation alimentaire serait basée essentiellement sur les achats aux marchés. Cela restera toujours limitée, tenant compte du niveau d’inflation des produits alimentaires et de la faiblesse des revenus. Dans ce sillage, les déficits alimentaires se maintiendront tout au long de la période de perspective : les plus pauvres ne seront pas en mesure de couvrir que 65 pour cent de leurs besoins alimentaires de base (FEWS NET 12-month Outcome Analysis, actualisé en février 2024). 

    Les ménages très pauvres, avec un déficit de 100 pour cent de protection de leurs moyens d’existence, devront recourir, une fois de plus, aux stratégies d’adaptation de crise telles que la vente d’actif productifs (matériels de travail, équipements de production, biens ménagers), l’intensification de l’abatage d’arbres fruitiers pour la vente de bois et du charbon de bois ou de la vente d’animaux et la réduction de la quantité et de la qualité des repas journaliers. Une insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) sera donc observée sur toute la période d’analyse.

    Dans le cas de Cité Soleil, la situation s’annonce plus difficile que partout ailleurs, au regard de la détérioration des conditions de sécurité dans l’Aire Métropolitaine en générale, impactant significativement le fonctionnement des marchés, d’où dépendent les nourritures des ménages, et des activités génératrices de revenus. Les activités génératrices de revenus sont de plus en plus réduites, avec la fermeture de la plupart des entrepôts et entreprises au bas de la ville, en raison de l’insécurité. Les revenus seront encore en-dessous de la moyenne et leur pouvoir d'achat se dégradera davantage. Les ménages, à cet effet, ne seront pas à même de se permettre des dépenses non alimentaires, voire protéger leurs moyens d’existence. De surcroit, la période de soudure (de février à mai) va amplifier cette situation à travers des fluctuations à la hausse des prix des produits alimentaires de base.

    Par ailleurs, en raison d'un manque de financement humanitaire et des contraintes d'accès liées à l’insécurité, l’assistance alimentaire d’urgence restera limitée, dans un contexte de malnutrition aiguë et de prévalence du choléra. Les déficits alimentaires se creuseront tout au long de la période de perspective. Les moyens d’existence pourront s’épuiser durant la période de perspective. Les ménages adopteront encore des stratégies négatives d’urgence comme la mendicité, l’envoie des enfants manger ailleurs, le placement des enfants en domesticité et leur retrait de l’école, indicateurs d’une insécurité alimentaire aigüe d’Urgence (Phase 4 de l’IPC). 

    Citation recommandée: FEWS NET. Haïti Perspectives sur la sécurité alimentaire Février - Septembre 2024: Persistance de l’insécurité alimentaire aigüe exacerbée par l’insécurité et l’instabilité politique en Haïti, 2024.

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    Le revenu hors-ferme désigne tous les revenus en espèces ou en nature générés en dehors de l'exploitation agricole (c'est-à-dire tous les revenus qui ne proviennent pas de sa propre production agricole et d’élevage). Les enquêtes OOFI sont menées à partir d'un centre d'appel par des enquêteurs formés à l'aide d'interviews téléphoniques assistées par ordinateur (CATI). Les personnes interrogées sont des informateurs clés locaux qui s'expriment au nom des ménages pauvres dans leur région (par exemple : quartier, municipalité) au sein d'une zone de moyen d’existence spécifique.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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