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En plus de l'insécurité et de l'inflation, la sécheresse aggrave l’insécurité alimentaire en Haïti

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Haïti
  • Février - Septembre 2023
En plus de l'insécurité et de l'inflation, la sécheresse aggrave l’insécurité alimentaire en Haïti

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  • Messages clé
    • Les impacts de la violence des gangs sur l'économie, de l'inflation élevée sur le pouvoir d'achat des ménages et des conditions de sécheresse atypiques sur la production limitent considérablement l'accès des ménages pauvres à des revenus et à une alimentation suffisante. L’insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) devrait rester répandue à travers le pays, avec certains ménages en situation d'Urgence (Phase 4 de l’IPC) dans les zones rurales des départements du Nord-Ouest, de la Grand'Anse et du Sud. Par ailleurs, l’Urgence (Phase 4 de l'IPC) devra persister à Cité Soleil – la zone la plus touchée de Port-au-Prince – si la violence des gangs continue à couper l'accès à l'aide humanitaire et à perturber de manière significative les activités économiques de subsistance.

    • Les pluies de septembre á décembre 2022 ont été inférieures à la moyenne, entraînant des récoltes d'automne et d'hiver inférieures à la moyenne dans la majeure partie du pays, en particulier dans les plaines irriguées et les montagnes humides du sud.  En outre, la première saison des pluies avril-mai 2023 devrait également être inférieure à la moyenne, ce qui se traduira très probablement par une récolte de printemps inférieure à la moyenne en juin/juillet. Alors que la production agricole propre ne représente généralement qu'environ 20 pour cent des besoins alimentaires annuels des ménages très pauvres et pauvres, la baisse de la disponibilité du riz, du maïs, des tubercules et des bananes exacerbe l'impact de la réduction du pouvoir d'achat sur leur consommation alimentaire.

    • La forte dépendance d'Haïti des importations – qui représentent plus de la moitié de tous les aliments consommés, y compris environ 80 pour cent de la consommation totale de riz – et les prix élevés des aliments et du carburant au niveau mondial, la dépréciation de la gourde (HTG) et la taxation illicite par les gangs sur les routes commerciales continuent de faire grimper les prix des aliments de base et de réduire l'accès des ménages à la nourriture. Selon la banque centrale d'Haïti, le HTG a perdu près de 33 pour cent de sa valeur par rapport au dollar américain entre février 2022 et février 2023, atteignant plus de 149 HTG/USD en février 2023.  Consécutivement, les prix des denrées alimentaires de base ont plus que doublé par rapport à la moyenne quinquennale, le prix du maïs et des haricots noirs (HTG/six livres) ayant augmenté d'environ 60 à 70 pour cent par rapport à l'année dernière.

    • La situation sociopolitique s’est considérablement détériorée. Le nombre d’incidents et de décès perpétrés par les gangs a presque doublé entre février 2022 et février 2023, selon ACLED. Alors que les gangs cherchent à étendre leur territoire, la violence se caractérise par les attaques et des enlèvements de civils, en particulier dans les départements du Nord-Ouest, de l’Artibonite, et dans la capitale Port-au-Prince, où les zones de Cité Soleil, Croix des Bouquets, Martissant et de Pétion-Ville sont particulièrement touchées. Cela perturbe considérablement le fonctionnement des marchés et la capacité des ménages à s’engager dans les activités génératrices de revenus. Dans les zones rurales touchées, la violence perturbe périodiquement les flux commerciaux et limite la capacité des ménages à se rendre sur les grands marchés pour s’adonner au petit commerce et au travail.


    Contexte National

    Situation actuelle

    L’insécurité : Grâce à une trêve observée par certains groupes armés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, un calme apparent a été observé depuis décembre 2022 jusqu’au début de janvier 2023, sauf à Pétion-Ville, Croix-des-Bouquets et dans le bas Artibonite. Les activités économiques informelles ont repris, ainsi que les flux terrestres de produits alimentaires et non alimentaires essentiels entre la capitale et certaines régions du pays, notamment le grand Sud. Cependant, le transport de marchandises est soumis au paiement de droits de passage illégaux imposés par les gangs armés qui contrôlent cet axe routier.

    Figure 1

    Évènements de violence et de décès, fevrier 2022 à février 2023
    Évenement de violence et décès

    Source: ACLED

    Néanmoins, la situation demeure volatile, en raison de l’augmentation du nombre d’enlèvements et de l’extension croissante des gangs armés qui encerclent la capitale. Le nombre d’évènements de violence et de décès rapportés a presque doublé, passant de 77 en février 2022 à 144 en février 2023, selon ACLED. De surcroit, le nombre d’évènements de violence et de décès en février est d’environ 170 pour cent au-dessus de la moyenne quinquennale (Figure 1). La violence, caractérisée par une augmentation des cas d’enlèvement et des tentations des gangs de contrôler de plus en plus de territoires, continue d’avoir lieu dans l’Artibonite, le Nord-Ouest, et surtout au niveau de la capitale haïtienne, où Martissant, Cité Soleil, Pétion-Ville, Croix des Bouquets, sont les plus directement affectées par la distorsion des marchés créée par cette crise sécuritaire.

    La rareté de carburants : Compte tenu de la forte dépréciation du taux de change, les groupes du secteur pétrolier privé continuent de réclamer des ajustements à la hausse du prix de la gasoline pour refléter la dépréciation de la gourde, alors que le problème de distribution de carburants persiste à l’échelle nationale. Seules de légères améliorations ont été observées au niveau de la capitale. Cette situation entraine une augmentation de la vente illégale de produits pétroliers à des prix supérieurs à ceux fixés par le gouvernement. Le prix du gallon de gasoline est de 1000 gourdes sur le marché noir, même dans la capitale, et entre 1200 et 1500 gourdes dans le reste du pays. Même dans les stations d’essence, le prix antérieurement ajusté par le gouvernement de 570 gourdes n’est pas respecté ; le gallon de gasoline se vendant à 750 gourdes.

    Contexte macroéconomique : L'inflation globale annuelle atteint 48.3 pour cent en décembre 2022 et plus en janvier 2023, selon la dernière mise à jour par l'Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique (IHSI). Le coût du transport et de l’alimentation sont les principaux moteurs de l’inflation (Figure 2).

    Figure 2

    Taux d’inflation annuelle par poste, janvier 2022 à janvier 2023
    Taux d'inflation annuelle

    Source: L'Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique (IHSI)

    Alors que l’inflation alimentaire reste dans la fourchette 40 á 50 pour cent entre novembre 2022 et janvier 2023, celle du transport a augmenté rapidement, dépassant les 150 pour cent en novembre et se situant autour de 121 pour cent en décembre 2022 et janvier 2023. Cette augmentation drastique fait suite à la nouvelle tarification (plus de 50 pour cent) de tous les circuits de transports publics par le gouvernement en novembre dernier et les droits de passage que les conducteurs doivent payer aux gangs armés. Le manque de régulation sur ce secteur laisse le pays avec les coûts alimentaires et de transport les plus élevés dans la région de l'Amérique centrale et des Caraïbes (Figure 3).

    La dépréciation de la monnaie locale est l'un des facteurs contribuant à une forte inflation, liée à la faiblesse des recettes en devises et à une forte dépendance à l'égard des biens importés. La gourde continue de se déprécier durant le premier trimestre de l’exercice fiscal 2022/2023. De septembre 2022 à février 2023, elle a perdu plus de 20 pour cent de sa valeur (Figure 4). Avec la forte proportion d'importations alimentaires d'Haïti — plus de 70 pour cent des céréales — la dépréciation continue de faire grimper les prix des produits alimentaires de base, en particulier ceux importés.

    Figure 3

    Inflation alimentaire par pays en pourcentage, janvier 2022 à janvier 2023
    Inflation alimentaire par pays

    Source: FEWS NET et Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique (IHSI)

    Figure 4

    Evolution du taux d’échange officiel de change (USD/HTG)
    Evolution du taux de change

    Source: BRH

    Les transferts de migrants, source importante de devises pour l’économie nationale, ont chuté de 5.4 pour cent en moyenne en 2022 par rapport à 2021 (Figure 5). Selon la Banque Centrale de la République d’Haïti (BRH), le montant moyen mensuel des transferts de migrants haïtiens de janvier à septembre 2022 est estimé à près de 264 millions de dollars par mois par rapport á 284.4 millions pour la même période en 2021. Une augmentation a été observée en décembre 2022, de plus de 63 pour cent par rapport à octobre et novembre 2022. Cependant, au cours du premier trimestre de l'exercice 20222023, à l’occasion des festivités de fin d’année, les transferts ont maintenu tendance à la baisse de plus de 11 pour cent en moyenne. La réglementation de la BRH, imposée en septembre 2022, qui oblige les maisons de transferts à payer les bénéficiaires en monnaie nationale, a réduit la valeur des transferts de migrants vers Haïti. Cette réduction a entrainé une contraction des réserves de change et affecté le déséquilibre de la balance des paiements.

    Figure 5

    Evolution des transferts nets de migrants en million de dollars US
    Évolution des transferts

    Source: BRH, janvier 2023

    Les marchés et les prix : Bien que l’insécurité persiste, la trêve entre gangs rivaux en janvier a généralement facilité une reprise des activités économiques par rapport au pic d'insécurité enregistré en 2022. Cela a favorisé, plus ou moins, le fonctionnement et l’approvisionnement des marchés à travers le pays. Les marchés sont approvisionnés en produits locaux et importés tels que le maïs, le haricot, le riz, les racines et tubercules et les produits maraichers. D'après l'analyse de l'offre et de la demande de céréales effectuée par FEWS NET pour la campagne 2022/2023, la production et les importations de riz devraient répondre à la demande, mais le maïs ne devrait en satisfaire qu'environ 60 pour cent, tandis que le sorgho ne devrait couvrir qu'environ 85 pour cent de la demande. Cependant, Il existe quelques exceptions à la tendance nationale. En raison des gangs qui continuent d'opérer dans des zones telles que Pétion-Ville, Croix-des-Bouquets, Canaan, le bas Artibonite, Bassin Bleu et Gros Morne, l'approvisionnement de ces marchés est perturbé de façon sporadique. Les gangs contrôlant la route nationale numéro 2 vers le Grand Sud réclament des frais pour permettre le transport sur cette route. En revanche, l’insécurité croissante sur la route nationale numéro 1, au niveau de Canaan et de l’Artibonite, perturbe les transports publics et les flux entre la capitale et le Nord du pays.

    Les prix des produits alimentaires de base locaux continuent d’afficher des hausses significatives à cause des campagnes consécutifs en dessous de la moyenne et la hausse du coût du transport dû au coût du carburant élevé et l’insécurité. De plus, les frais de passage versés par les "madan Sara" pour pouvoir traverser les zones contrôlées par les gangs, sont aussi reflétés dans les prix de vente des produits, amplifiant ainsi les prix au détail. Les prix des produits locaux fluctuent de plus de 100 pour cent au-dessus de la moyenne quinquennale, au mois de février. Le prix de la marmite de six livres de maïs en grain local a augmenté de près de 69 pour cent par rapport à l'année dernière, passant de 215 gourdes en février 2022 à environ 427 gourdes en février 2023, tandis que les haricots noirs locaux ont augmenté de près de 57 pour cent pour la même période, s’étant vendue de 616 gourdes à environ 1,084 gourdes. Les facteurs déterminants de cette hausse sont multiples, en particulier les coûts de production plus élevés et une récolte inférieure à la moyenne en raison de précipitations irrégulières. Comparativement à la moyenne des cinq dernières années, le prix au mois de février de ces deux produits locaux fluctue dans une fourchette de 115 et 128 pour cent.

    A l’instar des produits alimentaires locaux, les prix des produits alimentaires importés ont augmenté en glissement annuel et par rapport à la moyenne de cinq ans dus notamment à l’inflation persistante dans le pays. Le prix du riz, toutes variétés confondues, est 103 pour cent au-dessus de la moyenne au mois de février. La marmite de six livres est actuellement proposée sur le marché à 669 gourdes contre 316 en février 2022.

    Campagnes agricoles d’automne : Les estimations gouvernementales de la production agricole totale en haiti ne sont pas disponibles. Cependant, les données de télédétection et les informations recueillies sur le terrain indiquent que la saison de production des cultures d'automne a été inférieure à la normale. Entre septembre et décembre, des pluies en dessous de la moyenne et mal-reparties ont négativement affecté la croissance des cultures d'automne et d'hiver dans toutes les régions. De plus, l’absence de support en intrants agricoles, en particulier les semences, en plus des prix élevés des fertilisants, a significativement réduit les surfaces emblavées. Le haricot – qui est généralement produit en Haïti à des niveaux allant de l'autosuffisance à l'excédent – est l’une des cultures les plus affectées. Il est à noter que dans le bas Artibonite, qui est la zone de production de riz la plus importante d'Haïti, les plantations ont subi non seulement les effets de la sécheresse et des vents violents en décembre et janvier, mais aussi des attaques de gangs armés ont obligé les agriculteurs à fuir les zones de production.

    Conditions pluviométriques : Habituellement, le pays enregistre en moyenne moins de 10 mm de pluies en janvier et février. Bien que les données pluviométriques en début janvier 2023 aient montré une légère augmentation par rapport à la moyenne, surtout dans les zones de montagnes humides, les précipitations sont en-dessous de la normale jusqu’en fin février. Cela entraîne des déficits hydriques dans la plupart des régions agroécologiques du pays comme le Nord-ouest, le Sud, le Sud-Est, le Haut Artibonite, le Nord-Est, le Haut Plateau, les Nippes et la Grand'Anse, affectant ainsi le lancement des activités de la campagne de printemps.

    Néanmoins, dans les montagnes semi-humides (Sud, Nippes, Nord-Est, Ouest) et les zones irriguées, les récoltes de haricot, de maïs, de riz de lagon, de légumes, de racines et tubercules, de bananes et même de sorgho ont eu lieu en février. Malgré la sécheresse, dans l’attente de la première saison pluvieuse, les activités de préparations des sols sont en cours dans presque tout le pays. D’ordinaire, les départements du Sud, et de la Grand’Anse, démarrent leur campagne agricole de printemps en janvier et février, la première saison pluvieuse commence dès janvier. Mais cette année, en raison de pluies tardives, cela n’a pas encore commencé.

    Situation du bétail : Dans les régions semi-humides et celles ayant reçu des pluies proches de la normale, la situation des animaux est stable, grâce à la disponibilité d’eau, de fourrage et de soins vétérinaires. Cependant, dans les zones touchées par la sécheresse depuis novembre, telles que le Nord-ouest, le Nord-Est, le Sud, le Sud-Est et la Grand’Anse, la situation est différente. Certaines maladies telles que le Teshen (affectant les porcins) et le New Castle (affectant les volailles) sont courantes dans ces régions. Selon les rapports des informateurs clés, il y a un nombre important de décès parmi ces espèces, particulièrement dans la Grand'Anse dans les communes Corail, Anse-d'Hainaut, Dame-Marie et les Irois, entre autres ; cependant, il n'existe pas d'estimations vérifiées des décès des porcins et des volailles.

    Sources de revenu : En milieu rural, les ménages pauvres dépendent principalement des sources de revenus telles la vente de main-d’œuvre, du bois, du charbon de bois, la pêche ou la vente de produits de pêche, prédominent, pour l’achat de nourriture. Au cours de la campagne agricole d’hiver, les revenus provenant de la vente de main-d’œuvre agricole ont été limités en raison de la faible capacité d’embauche des mieux lotis et des impacts résiduels des différents chocs climatiques, sociopolitiques et économiques qui réduisent leur capacité d’investissement. Il en résulte des revenus en-dessous de la moyenne. Néanmoins, avec les préparatifs pour la campagne agricole de printemps en cours, il y a une augmentation saisonnière relative de la demande de main-d'œuvre en divers endroits. Cette situation entraîne une augmentation du coût de la main-d'œuvre qui varie entre 250 et 700 gourdes. L'année dernière, à la même époque, le coût de la main-d'œuvre était compris entre 200 et 400 gourdes. Toutefois, la hausse des revenus issus de la vente de main-d’œuvre n’est pas vraiment proportionnelle au taux d’inflation, réduisant ainsi le pouvoir d’achat des travailleurs agricoles.

    La vente de bois et de charbon de bois représente une source importante de revenus, notamment pour les ménages pauvres de la zone de moyenne d’existence HT01. Cette source est autour de la normale, bien que les ménages doivent intensifier leurs efforts pour accéder à la ressource en bois qui se raréfie progressivement, notamment dans la Grand’Anse et le Sud.

    La pêche habituellement absorbe de la main-d’œuvre, même si ce n’est pas en grand nombre, dans des zones de pêche telles que la côte Sud, le Nord-Est, les Nippes, la Grand’Anse, le Sud-Est et le Nord-Ouest. Actuellement, il y a un ralentissement saisonnière des activités qui entraîne une faible disponibilité des produits de pêche. De plus, le secteur fait aussi face à un manque d’équipements adéquats, susceptible de limiter sa production et de diminuer les revenus générés. Cela est particulièrement évident pour la Côte Sud (Les Anglais, Port-à-Piment, Tiburon) où des matériels de pêche ne peuvent pas y être acheminés depuis Port-au-Prince en raison de l’insécurité sur la nationale numéro 2.

    En somme, dans les zones où l’agriculture est la principale source de revenu et qui connait une baisse, les ménages pauvres et très pauvres se tournent vers des activités occasionnelles de subsistance et peu rémunératrices telles que la manutention dans la construction. Certaines femmes exercent le métier de blanchisseuse auprès des ménages urbains moyens ou mieux lotis.

    En milieu urbain, les ménages pauvres, qui tirent leurs revenus du petit commerce, du travail occasionnel (manutention, bagagistes, transporteurs non motorises, ramasseurs de déchets et de produits de recyclage et les lessiveuses), ont un revenu en dessous de la moyenne en raison des incertitudes et de la volatilité du contexte sécuritaire et socio-politique, malgré la reprise des activités informelles. La migration vers la République Dominicaine, une source importante de revenus pour les ménages pauvres des zones frontalières, fournit des revenus inférieurs à la moyenne en raison des déportations massives et les mesures de contrôle des flux migratoires entraînent les mauvais traitements infligés aux Haïtiens.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire

    À Cité Soleil, la reprise temporaire des activités économiques au centre-ville a contribué à améliorer, de court-terme, l'accès aux revenus pour les ménages pauvres, mais la situation alimentaire et nutritionnelle reste précaire. En effet, le coût actuel du panier alimentaire national, calculé par la CNSA en décembre, est supérieur à 28,000 gourdes, fournissant 1800 kilocalories par personne et par jour. Les ménages les plus pauvres ne peuvent accéder à ce panier, ni même atteindre même le minimum de 2100 kilocalories journalières requises, ce qui leur coûterait environ 31,500 gourdes en moyenne. On constate une nette détérioration de la diète alimentaire due à l’augmentation des prix des produits alimentaires de base. Ainsi, les stratégies d'urgence comme la mendicité, le placement des enfants en domesticité et la vente d’actifs productifs, entre autres, pour faire face à la pénurie alimentaire, continuent d'être utilisées. Les ménages pauvres restent en insécurité alimentaire d'Urgence (Phase 4 de l'IPC). Dans le reste de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, les ménages pauvres continuent de mener leurs activités génératrices de revenus qui restent, malgré tout, en-dessous de la moyenne, et de recourir aux stratégies de crise, les plaçant en insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l'IPC).

    Pour le reste du pays, la disponibilité de nourriture et de revenus provenant des récentes récoltes, l'augmentation saisonnière de la main-d'œuvre agricole et d'autres activités génératrices de revenus empêchent une détérioration plus importante des niveaux d'insécurité alimentaire aiguë. Cependant, des récoltes en-dessous de la moyenne en automne et en hiver, et le faible revenu des ménages ont conduit à la détérioration de la disponibilité et de l’accessibilité des aliments par rapport à l’année précédente. La crise socio-politique qui perdure, l’insécurité civile, compromettant la stabilité économique du pays, et l’inflation qui est proche de 50 pour cent sont, entre autres, des facteurs aggravants de la situation d’insécurité alimentaire à travers le pays. Les ménages pauvres et très pauvres qui, habituellement, dépendent de la vente de leurs récoltes, augmentent l’autoconsommation de leur production afin de combler une partie des déficits liés à la baisse du pouvoir d’achat. Ceux qui vivent de la vente de main-d’œuvre agricole et de la pêche se tournent vers d’autres activités pour subvenir à leurs besoins, telles que des travaux non-agricoles (la lessive et des travaux domestiques en ville) ou vers des stratégies d'adaptation négatives, pour maintenir un niveau acceptable de consommation alimentaire. En conséquence, la plupart du pays reste en situation de Crise (Phase 3 de l'IPC) ou en Stress (Phase 2 de l’IPC). Cette situation est observée dans les régions telles que l’Ouest (Arcahaie, Fonds-Verrettes, Forêt-des-Pins, Kenskoff), le Nord-Ouest (hormis les communes de Baie de Henne, Bombardopolis et Mole Saint Nicolas), le Nord-Est, le Centre (Haut Plateau), le Sud-Est (Belle-Anse, Grand- Gosier), l’Artibonite, le Nord (la Victoire, Pignon, Ranquite, Bahon), les communes sur la Côte Sud (HT08), les Nippes (HT01) et la Grand’Anse (HT08).


    Calendrier saisonnier pour une année typique
    Calendrier saisonier Haiti

    Source: FEWS NET

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de la sécurité alimentaire de février à septembre 2023 se base sur les suppositions fondamentales suivantes, par rapport à l’évolution du contexte national :

    Pluviométrie-agroclimatologie

    • Selon les prévisions de l’USGS et le NOAA, des précipitations en-dessous de la moyenne sont attendues entre février et mai, alors que les températures seront en-dessous de la normale.
    • Entre juin et août, les précipitations seraient aussi en-dessous de la moyenne dans les régions centrale, de l’ouest, du Sud-Est, de l’Artibonite et des Nippes. Les précipitations seraient proches de la normale dans le reste du pays.

    Production agricole

    • Les récoltes d’automne et d’hiver, qui ont été en-dessous de la normale, n’ont pas permis aux agriculteurs de conserver des semences. Ils seront obligés d’en acheter à des prix plus élevés pendant la campagne agricole de printemps 2023. L’acquisition de semences à des prix au-dessus de la moyenne et d’autres facteurs de production (main-d’œuvre, engrais et carburant, entre autres), dans un contexte où très peu d’investissements publics ont été alloués à ce secteur, obligera les agriculteurs à limiter leurs surfaces emblavées, ce qui limitera la production printanière – qui seront récoltés en juin/juillet – à un niveau en-dessous de la moyenne.

    Perspectives macroéconomiques

    • Selon les prévisions de la Banque mondiale, une fois de plus, une contraction de l’ordre de 3.6 pour cent du PIB d’Haïti est attendue en 2023, une tendance qui s’est installée depuis 2018 et qui s’explique, en majeure partie, par l’instabilité socio-politique compromettant tout investissement productif dans le pays.
    • Les transferts de fonds reçus de l’étranger, qui constituent la principale source de devise pour l’économie haïtienne, ont diminué de l’ordre de 7 pour cent au cours de l’année fiscale 2021-2022, tandis que les transferts de fonds vers l’étranger ont augmenté de plus de 15 pour cent, selon le gouverneur de la Banque Centrale. Ce scénario va probablement perdurer, en raison du contexte macroéconomique global et de la baisse de pouvoir d’achat de la diaspora à cause de l’inflation internationale.
    • Les réformes apportées à la douane ont permis d’améliorer les recettes budgétaires de l’exercice fiscal 2021-2022. Cependant, malgré les prévisions très optimistes du gouvernement concernant les recettes pour l’exercice fiscal 2022-2023 (hausse de 28.6 pour cent par rapport à l’exercice fiscal 2021-2022), il est peu probable qu’elles suffiraient à couvrir les dépenses globales prévues pour cette période. Les principales dépenses seront celles qui sont liées aux défis d’établir un climat de sécurité pour l’organisation des élections et le financement des partis politiques.
    • En raison de prix élevés pour les produits de base importés et le carburant, les factures des importations continueraient à augmenter les déficits de la balance commerciale, ce qui entraînerait davantage la dépréciation de la monnaie nationale.
    • La Banque Centrale d’Haïti pourrait ne pas avoir les moyens de mettre en œuvre sa politique monétaire pour contrôler la dépréciation de la gourde. La gourde pourrait continuer à se déprécier pendant la période de perspective en raison de la détérioration constante de la balance commerciale, du déficit de la balance des paiements, de la fuite croissante de capitaux et du niveau bas des réserves de change, selon la BRH.
    • Selon des prévisions de GardaWorld, le taux de change officiel pourrait augmenter de février à septembre 2023 pour atteindre 195 gourdes pour un dollar. Le taux de change sur le marché informel devrait suivre la même tendance, mais atteindre normalement un niveau plus élevé, soit 214 gourdes en septembre 2023.

    Situation sociopolitique et violence des gangs

    • Les troubles civils sont très probables de s’intensifier durant la période de perspective, dans un contexte d’organisation éventuelle d’élections dans le pays, ainsi que la manque de mesures politiques et de stratégies adéquates pour faire face à la situation économique actuelle et à la violence persistante des gangs armés.
    • Les niveaux de criminalité devraient rester à des taux élevés jusqu'en septembre 2023 au moins, à mesure que les gangs se renforcent et reprennent leur emprise sur certains quartiers de la ville. Les enlèvements devraient particulièrement augmenter au cours de la période de projection en raison de l'amélioration de la disponibilité et de l'accès au carburant à Port-au-Prince.
    • Les épisodes de violence sont susceptibles d'être d'une intensité similaire à ceux observés dans la seconde moitié de 2022 (juillet à novembre), en particulier dans les zones disputées par des gangs, telles que Bas Artibonite, Cité Soleil, Bel-Air, Martissant, Delmas, Croix des Bouquets, Pétion-Ville et ses environs, Cap Haïtien et certaines communes de la région du Nord-Ouest.
    • En outre, les déplacements forcés de population pourraient continuer en marge des affrontements armés et de l’assiègement des quartiers de la capitale.

    Offre et les prix des marchés

    • L’approvisionnement des marchés, en particulier ceux de la capitale, devrait rester perturbé à cause des coupures anticipées en raison des perturbations politiques pour la période et du contrôle exercé par les gangs armés à Port-au-Prince. Ces perturbations limiteraient la circulation des marchandises et des individus dans d’autres villes de provinces, notamment au niveau du Grand Sud, du Grand Nord et du Centre.
    • Les exportations de la République dominicaine vers Haïti devraient diminuer pour certains produits alimentaires de base, tels que la farine de blé et les œufs. La menace de fermeture de l'une des deux entreprises qui produisent de la farine de blé en Haïti est également présente en raison d'attaques par des gangs. Par conséquent, le prix déjà élevé de ce produit de grande consommation pourrait connaître une augmentation sans précédent.
    • Les pénuries de carburant, causées principalement par l’insécurité et la capacité limitée d’importation due à la dépréciation de la monnaie nationale et au manque de réserves de change, devraient se poursuivre, entraînant des prix élevés du carburant, en particulier sur le marché informel. Cela aura pour conséquence une augmentation des coûts de transport public, ce qui entraînera une répercussion sur les prix des produits alimentaires de base.
    • Les prix des produits alimentaires de base, notamment les produits importés, devraient rester en hausse, au-dessus de ceux de 2022 et atypiquement au-dessus de la moyenne quinquennale en raison de la dépréciation de la gourde par rapport au dollar américain et au peso dominicain et de la hausse des prix du carburant.
    • Les prix des produits alimentaires locaux devraient suivre habituellement leur tendance saisonnière, particulièrement au cours de la période de soudure. Toutefois, compte tenu de la dépréciation continue de la monnaie, des couts de transports élevés, et la baisse de production, ils resteront aussi au-dessus de l’année dernière et de leur moyenne quinquennale.
    • Les prix des semences et des engrais devraient rester nettement supérieurs à la moyenne, tant que la crise en Ukraine se poursuit, entraînant une contraction de l’offre et donc une hausse des prix sur les marchés internationaux.
    • L’inflation générale, en particulier celle des produits alimentaires, devrait rester au-dessus du niveau d’octobre 2022 (47.2 pour cent pour l’inflation générale et 53.1 pour cent pour les produits alimentaires et boissons non alcoolisés).

    Sources de revenu

    • Le revenu de la main-d’œuvre agricole sera en-dessous de la moyenne. La cherté des intrants, en particulier les semences et les engrais, ainsi que la rareté et la hausse du coût de la main-d’œuvre agricole, limiteront la capacité financière des agriculteurs pour financer normalement leurs activités agricoles. Cela les incitera à réduire leur demande pour la main-d’œuvre.
    • Le revenu provenant de la vente de produits agricoles de printemps serait en-dessous de la moyenne à cause de la baisse de la production et des perturbations au niveau de la chaine de distribution liée à l’insécurité.
    • La vente de charbon et le petit commerce pourraient générer des revenus autour de la normale durant la période de perspective, surtout en milieu rural. Ce ne serait pas le cas pour les zones urbaines, en particulier la capitale haïtienne, qui est confrontée à l’instabilité (perturbations récurrentes) et à l’insécurité civile, compromettant le fonctionnement normal des marchés et des activités informelles.
    • La migration vers la République Dominicaine, qui est en régression en raison des déportations massives de migrants haïtiens, continue de fournir des revenus en-dessous de la normale. Les opportunités d’emploi sont de plus en plus réduites pour des Haïtiens en République Dominicaine.

    Assistance humanitaire

    • Bien que l’assistance alimentaire soit prévue au cours de 2023, FEWS NET ne dispose pas de planifications mensuelles sur le nombre de bénéficiaires ni la taille des rations. En se basant sur les tendances historiques de la distribution de l’assistance, son ampleur en termes de population couverte et de besoins n’aura pas un impact significatif majeur dans la réduction de l’insécurité alimentaire.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Les situations de Crise (Phase 3 de l'IPC) devraient rester généralisées dans les zones rurales d'Haïti et également dans la majeure partie de la zone métropolitaine de Port-au-Prince pendant toute la durée de la projection, sous l'effet de la violence des gangs, d'une inflation élevée et de précipitations inférieures à la moyenne sur les sources d'alimentation et de revenus des ménages. La zone la plus préoccupante est la commune de Cité de Soleil, la plus touchée par la violence des gangs et où une situation d'Urgence (Phase 4 de l'IPC) est attendue. Les besoins d'assistance alimentaire devraient être les plus importants au plus fort de la période de soudure, d'avril à juin, et l'on ne s'attend qu'à une amélioration marginale des résultats en matière de sécurité alimentaire au cours de la période de récolte suivante. Toutefois, certaines communes du Grand Sud, telles que Plaine des Cayes, Torbeck, Saint-Louis-du-Sud, Miragoâne, Fonds-des-Nègres, Paillant, La Vallée-de-Jacmel et Bainet, pourront lancer leur campagne de printemps normalement. Ce qui donnera lieu à un accroissement de la demande de travailleurs, susceptible de générer des revenus, bien qu'encore inférieurs à la moyenne. Les ménages pauvres de ces zones ne pourront pas satisfaire pleinement leurs besoins non-alimentaires et seront en en insécurité alimentaire de Stress (Phase 2 de l’IPC).

    La période de février à mai coïncide avec la récolte d’hiver, qui atteindra son pic en février dans les plaines irriguées et les montagnes semi-humides, suivie de la période de soudure de mars jusqu’à mai. Pendant la période de soudure, les ménages ruraux sont confrontés à l’épuisement des réserves des récoltes d’hiver et achètent principalement leur nourriture. Bien que les revenus de la main-d’œuvre agricole augmentent de manière saisonnière en raison du lancement des opérations de semis de printemps, la demande de main-d'œuvre ne permettra pas de générer des revenus adéquats pour la plupart des ménages leur permettant d'acheter suffisamment de nourriture. Les agriculteurs n’auront pas la capacité suffisante pour normalement emblaver des terres, embaucher des travailleurs agricoles ou acheter des intrants, touchés par la crise socio-politique, les chocs climatiques, l’augmentation du coût des intrants et l’impossibilité d’écouler leurs denrées en raison de l’insécurité. Dans le même temps, le revenu total provenant des activités non agricoles telles que le travail occasionnel, le petit commerce et la vente de charbon en milieu urbain seront inférieurs à la normale. Par conséquent, les ménages seront confrontés à une baisse de leurs revenus et de leur pouvoir d’achat, compte tenu du niveau élevé d’inflation alimentaire surtout des produits importés. Le panier alimentaire typique restera donc très peu accessible, réduisant encore davantage la quantité de kilocalorie absorbée par les pauvres et très pauvres.

    Dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, les ménages pauvres, qui dépendent principalement des activités informelles, telles que le petit commerce et le travail occasionnel, ne verront pas une amélioration de leurs revenus, dans un contexte de hausse significative de prix des aliments de base et la crise socio-politique. Dans les zones contrôlées par les gangs, en particulier Cité Soleil, les perturbations combinées de l'activité économique et la gravité des augmentations des prix des denrées alimentaires se traduiront par des écarts de consommation alimentaire prolongés chez les ménages pauvres. On s'attend à ce qu'un nombre croissant de ménages liquident leurs biens productifs et en s’engagent dans des stratégies d’adaptation négatives telles que la mendicité et l’envoie des enfants manger ailleurs, entre autres.

    La période de juin à septembre coïncide avec les récoltes de printemps à partir de juillet et aussi avec le lancement de la campagne d'été/automne, ce qui devrait générer aussi des revenus provenant des ventes de récoltes pour les agriculteurs et indirectement pour les travailleurs agricoles. Une plus grande disponibilité de produits locaux comme le haricot, le maïs, le riz et des produits de cueillette (la banane, l'arbre véritable et la mangue) devrait être observée et contribuer à ce titre à améliorer légèrement et temporairement la sécurité alimentaire des ménages les plus pauvres. En outre, l’accroissement de la disponibilité locale par rapport à la première période devrait faire baisser les prix des produits alimentaires de base et également améliorer l’accès à ces produits, ce qui est conforme aux projections de prix saisonnières. Malgré tout, les prix seront toujours au-dessus de leur moyenne de cinq ans et de l’année précédente. En outre, la production agricole ne couvre qu'environ 20 pour cent des besoins alimentaires annuels des ménages très pauvres et pauvres, et beaucoup d'entre eux devront encore acheter leur nourriture. Seules quelques régions devraient disposer d'une production alimentaire propre suffisamment importante à partir de la récolte de printemps pour passer de la situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) à celle de Stress (Phase 2 de l’IPC), notamment le Bas Plateau, Sud, Sud-Est et Nord, et donc pourront se trouver en Stress (Phase 2 de l'IPC).

    Tableau 1
    Événements qui pourraient changer le scenario
    ZoneEvénementsImpact sur les conditions de la sécurité alimentaire
    NationaleApaisement des troubles sociopolitiques/intervention militaire, à la suite de l’envoie d’une force multinationaleLa diminution de la violence aurait un impact positif sur le fonctionnement de l’économie et des marchés, ce qui entraînerait une reprise rapide des activités formelles et informelles. Cela améliorerait la disponibilité et de l’accès alimentaires, réduisant le nombre de ménages adoptant des stratégies négatives. En conséquence, un nombre moindre de zones et de ménages pourraient être en Crise (Phase 3 de l’IPC) ou en Urgence (Phase 4 de l’IPC). A Cité Soleil, une amélioration de la situation serait donc probable, passant d’une phase d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) à une phase de Crise (Phase 3 de l’IPC).
    Une distribution normale du carburant et sa vente au prix normal à travers le paysToutes entreprises et institutions, y compris des hôpitaux, reprendront leur horaire normal de travail. Une baisse du coût du transport contribuera à réduire l’inflation. Ainsi, moins de zones seraient en insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) ou d’Urgence (Phase 4 de l’IPC).
    Zones de productionUne amélioration des conditions pluviométriquesUne augmentation et une distribution plus ou moins normale des pluies affectera positivement les cultures saisonnières et entraînerait une augmentation des fourrages et de l’eau disponible pour le bétail, ainsi qu’une bonne performance de la campagne agricole de printemps 2023. Cela entraînera également des conséquences positives sur les moyens d’existence des ménages les plus pauvres et, par conséquent, diminuera le nombre de personnes en situation de Crise (Phase 3 de l’IPC) et d’Urgence (Phase 4 de l’IPC).

     


    Zones de Préoccupation

    Aire Métropolitaine de Port-au-Prince (HT09) : Cité Soleil (Figure 6)

    Situation actuelle

    Situation socio-politique dans la capitale : De décembre à la mi-janvier, les gangs ont observé une trêve, facilitant une reprise d’activités économiques, et aussi la réouverture des écoles. Selon l’Organisation Internationale pour la Migration (OIM), sur les 19 725 déplacés internes ou autres de Cité Soleil, 8 067 personnes (près de 41 pour cent des déplacés), ont pu retourner à leur lieu d’habitation en février.

    Toutefois, la situation sécuritaire reste volatile dans cette commune, bastion des conflits armés et de massacres récurrents. Par exemple, la route nationale numéro 1 traverse Cité Soleil en plusieurs points stratégiques, connectant la Capitale aux quatre départements du Grand Nord, à savoir l’Artibonite, le Nord-ouest, le Nord et le Nord‑Est. Il est sous le contrôle du gang de Canaan qui rançonne et pille camions et passagers s’aventurant sur cette voie. Par ailleurs, les tirs, les enlèvements et les mouvements de panique s’y poursuivent, induisant des perturbations des marchés de la zone.

    Figure 6

    Carte de délimitation de la zone de préoccupation Cité Soleil
    AOC-HT-LHZ09

    Source: FEWS NET

    Marchés et prix : Depuis décembre un regain d’activités caractérise le marché de la Croix-des-Bossales et de ses environs, lesquels sont bien approvisionnés, avec un accroissement de la disponibilité. Cette dynamique favorable n’a pas été observée depuis 2020, et se produit même malgré l’insécurité au bas de la ville qui tend à s’intensifier après quelques semaines de trêve. Les prix de certains produits alimentaires locaux et importés se sont montrés un peu stables, entre décembre et février, sauf le riz importé et le maïs en grain local, ayant fluctué modérément. Par exemple, le prix de la marmite de six livres du riz importé, ayant entamé une tendance baissière depuis décembre, a diminué de plus de 12 pour cent en janvier, soit de 725 à 640 gourdes en moyenne (Figure 7). Entre janvier et février, une baisse de plus de 6 pour cent a été observée, le prix étant tombé à 600 gourdes.

    Figure 7

    Croix des Bossales : prix du riz importé 4% Broken observé et projeté (HTG/6lbs)
    {rix du riz importé

    Source: FEWS NET/CNSA

    Deux des principales raisons de cette baisse est, d’une part, l'amélioration significative de la circulation des denrées alimentaires depuis décembre et, d’autre part, l'augmentation de la distribution et de la disponibilité des produits pétroliers, bien que la situation n'atteigne pas encore le niveau normal. Par ailleurs, malgré ces fluctuations à la baisse, les prix restent significativement au-dessus de l’année dernière et de la moyenne quinquennale. Le prix du riz importé affiche une hausse de 62 pour cent comparé à février 2022 et de 100 pour cent comparé à la moyenne quinquennale.

    Sources de revenu : Les sources de revenus des ménages très pauvres de Cité Soleil sont constituées du petit commerce (plus de 40 pour cent de leur revenus), le travail occasionnel (environ 38 pour cent), la vente ambulante (15 pour cent) et les transferts (5 pour cent). La reprise des activités informelles au centre-ville de Port-au-Prince facilite le retour des activités génératrices de revenus pour ces ménages, comme la vente ambulante de produits alimentaires et de nourriture des rues, la reprise des petits kiosques de quartiers, ainsi que l’activité informelle de petit commerce. A ce titre, la plupart des résidents de la commune de Cité Soleil ont pu reprendre leurs activités, renforcées aussi par la reprise des activités scolaires.

    On doit noter que, malgré tout, les revenus ont évolué à la baisse en termes réels, tenant compte du niveau de l’inflation. Ainsi, la dynamique économique informelle au centre-ville ou à l’intérieur de la commune de Cité Soleil n’induit pas vraiment un accroissement ou une amélioration des revenus, en termes de pouvoir d’achat.

    Le revenu annuel moyen des ménages pauvres et très pauvres a été de 156,500 gourdes, soit 13 042 gourdes par mois à cette date en 2009. Présentement, ce revenu vaut à peine 7 000 gourdes/mois (approximativement 84,000 gourdes pour l’année), en dehors de toutes perturbations ou d’arrêts de travail. Ainsi, le revenu moyen de cette catégorie a diminué d’environ 50 pour cent par rapport à la ligne de base, soit une détérioration significative de l’accès économique des ménages très pauvres.

    Assistance humanitaire : Comme pour les activités économiques, la trêve entre les gangs rivaux a favorisé le renforcement des activités des acteurs humanitaires dans la commune. Au cours du mois de janvier, un total de 2 906 ménages, soit 20,342 personnes, résidant dans 14 quartiers de Cité Soleil ont bénéficié d’un cash transfert électronique d’un montant équivalent à $95 USD dans le cadre de la réponse humanitaire menée par Concern Worldwide. Les bénéficiaires de cash transferts ne représentent qu’un peu plus de 4 pour cent de la population totale de la commune uniquement, soit un peu moins de 6 pour cent des populations en besoins d’assistance alimentaire.

    Néanmoins, les efforts des agences humanitaire pour avoir accès aux populations affectées dans les quartiers impactés par les violences urbaines, a permis d’atteindre un plus grand nombre de bénéficiaires. Ainsi, dans la zone de moyens d’existence Cité Soleil, l’assistance humanitaire d’urgence (ration sèche et cash transferts) a pu atteindre 30 pour cent de la population bénéficiaire en février, selon le rapport de mise à jour de l’IPC au début du mois de mars 2023. Toutefois, vue l’ampleur des besoins, autres que alimentaires, cette assistance reste insuffisante et peu durable, vue la volatilité de la situation sécuritaire et son impact négatif sur l’accessibilité de la zone.

    Suppositions

    En plus des suppositions au niveau national, les suppositions suivantes s'appliquent à cette zone de préoccupation :

    • Les produits alimentaires importés seront disponibles tout au long de la période de perspective, bien que l’approvisionnement des marchés de la zone pourrait être perturbé sporadiquement par endroit.
    • Si elle perdure, la trêve observée par les gangs rivaux au bas de la ville et particulièrement à Cité Soleil pourra entraîner une augmentation des revenus, du moins nominale, issus du petit commerce avec un retour à la normale des activités économiques formelles et informelles.
    • Le revenu tiré du travail occasionnel (ouvrier du bâtiment, ouvrier dans la sous-traitance, lessivage et portier, entre autres) sera en-dessous de la normal aussi, impacté par la violence des gangs, notamment.
    • Le niveau d’inflation actuel devrait perdurer, impactant le pouvoir d’achat des revenus en termes réels de plus de la moitié.
    • Les prix des aliments de base resteront à la hausse et au-dessus de ceux de l’année dernière et de la moyenne quinquennale à cause de la dépréciation de la gourde par rapport au dollar et de la hausse du coût du transport urbain résultant de la rareté de carburants.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    Les ménages continueront à s’approvisionner en nourriture au marché et dans les rues—seules sources de nourriture des ménages très pauvres à Cité Soleil. Vue le niveau actuel de l’inflation alimentaire et la perte de la valeur externe de la gourde prévue pour la période de perspective (approximativement 200 gourdes pour USD), les ménages ne pourront pas subvenir à leurs exigences alimentaires de base. Leurs revenus restent constants malgré la reprise des activités génératrices de revenus, tandis que leur pouvoir d'achat se dégradera beaucoup plus par rapport à la période précédente compte tenu ce contexte d’inflation. Ils ne seront, à cet effet, pas à même de se permettre des dépenses non alimentaires, voire protéger leurs moyens d’existence. De surcroit, la période de soudure (de février à mai) va amplifier cette situation à travers des fluctuations à la hausse des prix des produits locaux et importés. Par ailleurs, en raison d'un manque de financement humanitaire et des contraintes d'accès à la zone, l’aide alimentaire restera limitée alors qu'une augmentation de la malnutrition aiguë et une prévalence du choléra sont toujours présentes. D’un autre côté, la résurgence soudaine de l'insécurité, caractérisée par une remontée significative des cas d’enlèvement, pourrait freiner ces efforts d’assister les plus pauvres, entravant ainsi l’acheminement de l'aide humanitaire.

    Les ménages pauvres et très pauvres pourront s’adonner à leurs activités de subsistance à travers la reprise des activités au bas de la ville et aussi à l’intérieur de la commune. Mais la situation reste très volatile avec des tirs sporadiques entre gangs rivaux dans la zone, créant un climat de peur qui perturbe les marchés à chaque fois. Ainsi, outre l’instabilité sociopolitique, et l’insécurité, l’inflation et la dépréciation du taux de change, les revenus des ménages les plus pauvres seront aux prises avec un faible pouvoir d'achat. Cette combinaison de facteurs les conduira à réduire leur consommation alimentaire en quantité et en qualité, et maintiendra Cité Soleil en insécurité alimentaire d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) au cours des deux périodes de la perspective, ce qui les obligera à adopter encore des stratégies négatives d’urgence observées durant la période courante. Ils devront donc recourir, en particulier, à la consommation de nourritures à faible valeur nutritive, à la mendicité, à l’entraide, en plus de l’envoie des enfants manger ailleurs, ou vendre des articles personnels ou productifs.

    Nord-Ouest (HT01) : Maïs et charbon de bois (Figure 8)

    Figure 8

    Zone de préoccupation HT01 – Nord-Ouest
    AOC-HT-LHZ01

    Source: FEWS NET

    Situation actuelle

    Progrès saisonnier : La zone Nord-Ouest HT01 a subi une longue période de sécheresse qui a grandement affecté les activités agricoles d'automne et d'hiver, et qui continue de limiter les activités de la campagne agricole de printemps. Les cultures comme les haricots, le maïs et les patates douces ont flétri en raison de l'absence de pluie, et la plupart des agriculteurs n'ont pas encore semé leur terre préparée. Les récoltes dans les zones avec des périmètres irrigués ne représentent qu'une petite partie de la superficie totale de la zone, et la campagne agricole d'hiver est perdue en raison de la sécheresse prolongée. Le département du Nord-Ouest a enregistré l'indice de végétation normalisé le plus bas des dix départements du pays au cours des quatre derniers mois. La commune de Jean-Rabel, qui alimente en grande partie les marchés locaux en produits, a connu une période de sécheresse prolongée, entraînant la perte de la récolte de haricots d'hiver.

    Disponibilité alimentaire : En raison de la sécheresse, la NO‑HT01 souffre d'une pénurie de produits alimentaires locaux. Les réserves des récoltes d'automne sont épuisées et la dernière récolte de pois Congo était très faible et la campagne agricole d'hiver n'a pas été productive. Seuls les petits périmètres irrigués ont une récolte de haricots moyenne. Plus de 80 pour cent des produits alimentaires locaux proviennent du Haut Nord-ouest et d'autres départements, avec une faible offre locale sur les marchés alimentés principalement en produits importés des États-Unis, tels que le riz, la farine de blé, l'huile végétale et le maïs. Toutefois, l’approvisionnement des marchés en ces produits est fortement perturbé en raison de la réduction du nombre de bateaux assurant le transport de marchandises entre Florida et Port-de-Paix, une augmentation des coûts de transport amplifié par la rareté de carburant et l’insécurité.

    Évolution des prix : Comme au niveau national, une inflation atypique des produits alimentaires de base a été enregistrée dans la zone. Entre septembre 2022 et février 2023, le prix du haricot noir local sur le marché de Port-de-Paix a augmenté de 28 pour cent. Toutefois, les prix des produits importés tels que le riz, la farine de blé et l’huile, plus fortement corrélés à la dépréciation de la gourde, ont fluctué davantage à la hausse.

    Le prix du riz (Méga) sur le marché de Port-de-Paix a augmenté de plus de 35 pour cent aussi entre septembre 2022 et février 2023. La tendance est quasi similaire pour les autres produits alimentaires importés comme la farine de blé et l’huile végétale, dont les prix sont respectivement en hausse de 33 à 47 pour cent. De plus, les prix des produits importés sur les marchés communaux de la zone, plus accessibles aux plus pauvres, sont plus élevés que les prix sur le marché de Port-de-Paix, en raison des coûts de transaction élevés.

    Par ailleurs, le prix du haricot en février 2023 a augmenté de 100 pour cent par rapport à l'année dernière et de 154 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale (Figure 9). De même, le prix du maïs en grain local a suivi la même tendance avec une augmentation de 108 pour cent par rapport à l'année dernière et de 174 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale. En revanche, l'huile végétale et la farine de blé, qui font partie des produits les plus consommés, ont subi l'inflation la plus forte ; pour l'huile végétale avec une augmentation de 120 pour cent et de 242 pour cent par rapport à la moyenne annuelle et quinquennale, respectivement.

    Figure 9

    Port-de-Paix : prix observés et projetés du pois noir local, en gourdes/6 livres
    Prix observés et projetés du pois noir local

    Source: FEWS NET/CNSA

    Sources de revenu : Les principales sources de revenus des ménages très pauvres, telles que la vente de journées de travail, la pêche, la vente de charbon de bois, ont toutes diminué par rapport à la moyenne. Les agriculteurs ont réduit leur niveau d'activité agricole en raison de la sécheresse et de la baisse de leur capacité à financer leurs activités agricoles. Cela a entraîné la diminution de la demande de main-d'œuvre, et par conséquent, la réduction du revenu provenant de la vente de journées de travail. Par ailleurs, les travailleurs agricoles qui migrent vers l’Artibonite pour profiter d’une meilleure demande de main-œuvre et d’une meilleure rémunération font face à une diminution de la demande de travail en raison de l’insécurité dans la zone et de la baisse des activités agricoles dans la vallée de l’Artibonite causée par la sécheresse.

    Le revenu provenant de la vente de charbon est inférieur à la moyenne en raison de la rareté des ressources forestières, ainsi que de l'insécurité routière causée par des gangs armés qui limitent le flux de camions assurant le transport du charbon. Dans la filière charbon, le risque d'insécurité routière est élevé, ainsi que les coûts de transport dus à la rareté du carburant. Par conséquent, avec les offres d'achat étant limitées, les plus pauvres sont obligés de vendre à bas prix aux grossistes qui achètent le charbon et l'acheminent vers les marchés de Port-de-Paix, des Gonaïves et de Port-au-Prince.

    Le revenu provenant de la pêche est en dessous de la moyenne. Malgré l’intensification des efforts de pêche, les prises de pêche n’ont pas augmenté en raison de la surexploitation de la ressource côtière entrainant la destruction des habitats de pêche. Les zones de mangroves sises le long des côtes, essentielles au cycle de vie de nombreuses espèces marines, sont peu à peu détruites. En raison de l'insécurité, les grossistes et les agences de pêche ont du mal à vendre leurs produits sur le marché des Gonaïves et sont obligés de les vendre à des prix plus bas sur d'autres marchés locaux. Par conséquent, ces agents de la filière qui sont contraints de vendre à des prix plus bas, répercutent ce manque à gagner dans les prix offerts aux pêcheurs, qui sont obligés de vendre car ils n’ont aucun moyen de conservation des prises qui sont déjà très périssables.

    Suppositions

    En plus des suppositions au niveau national, les suppositions suivantes s'appliquent à cette zone de préoccupation :

    • Les ménages pauvres pourraient intensifier les activités liées à la pêche pour maintenir leur niveau de prise autour de la moyenne pendant toute la période du scénario. Cette intensification des efforts dans la zone de pêche des pêcheurs traditionnelles, en l'absence des réglementations sur la gestion et l'exploitation, ajouterait des pressions supplémentaires sur les ressources marines côtières.
    • La production agricole d’hiver 2022-2023 et celle de printemps 2023 seront en dessous de la normale, car l'irrégularité pluviométrique et les faibles récoltes de printemps 2022 n'ayant pas généré suffisamment de revenu qui permettrait de financer la campagne agricole ultérieures. Les surfaces agricoles utiles déjà très réduites pour les très pauvres seront également limitées.
    • Le revenu net tiré de la vente des récoltes d’hiver 2022-2023 et celles de printemps 2023 seraient en dessous de la normale, en raison de l’écart des prix des facteurs de production et même de la production par rapport à la moyenne qui ne sera pas compensé par la hausse des prix de la production.
    • La demande de travailleurs agricoles des ménages moyens et aisés restera en-dessous de la moyenne durant la période de perspective, en raison de la faible capacité d’investissement des agriculteurs qui est la conséquence de la détérioration cumulée des sources de revenu. Ainsi, le revenu tiré de la main-d’œuvre agricole des ménages pauvres et très pauvres sera en dessous de la normale.
    • Le petit commerce sera en dessous de la normale pendant toute la période du scénario, en raison de la diminution de la demande globale due à la baisse du pouvoir d’achat à cause de l’inflation.
    • Le prix de la marmite de six livres du haricot noir local sur le marché de Port-de-Paix fluctuera dans une fourchette de 1 000 à près de 1 600 gourdes. De plus, il sera toujours très atypiquement au-dessus de l’année dernière et de la moyenne de cinq ans.
    • L’insécurité au niveau du réseau routier se maintiendra pendant toute la période du scenario, car les causes profondes de la crise sociopolitique et de la multiplication des gangs armés n’ayant pas été adressées.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    De septembre 2022 à février 2023, plusieurs facteurs ont contribué à une augmentation significative des prix des produits alimentaires. La dépréciation de la monnaie nationale et l'insécurité sur le réseau routier, obligeant à emprunter des trajets plus longs, sont parmi principales causes. Aussi, la sécheresse prolongée a fortement perturbé les campagnes agricoles d'automne et d'hiver, et qui continue de perturber la campagne agricole de printemps. La rareté du carburant et la réduction de 50 pour cent du nombre de bateaux dans le port de Port-de-Paix ont également entraîné une augmentation significative des prix des produits alimentaires.

    Le charbon, qui représente l’une des principales sources de revenu des plus pauvres, est parmi les rares produits dont le prix a baissé en glissement annuel de 14 pour cent. Le pouvoir d’achat des ménages pauvres se détériore, dans un contexte où toutes les sources de revenu des ménages pauvres ont baissé et où ces derniers dépendent de plus de 80 pour cent du marché pour leur consommation alimentaire. Dans le bas Nord-Ouest HT01 (Baie de Henne, Bombardopolis, Mole-Saint-Nicolas), suivant les données qualitatives recueillies des informateurs clefs, certains ménages ont recours à des stratégies d’urgence pour satisfaire minimalement leurs besoins alimentaires de base. En particulier, la mendicité qui a significativement augmenté, et la vente des caprins, de matériels de pêche, d’outils agricoles, et de terres sont utilisés. Une hausse de ménages qui épuisent leurs biens productifs afin de combler des larges déficits de consommation alimentaire est anticipé. Une augmentation des ménages, bien qu’en dessous de 20 pour cent de la population totale de la zone, sont en Urgence (Phase 4 de l’IPC). Toutefois, pour l’ensemble de la région, les ménages adoptent des stratégies de Crise telles que l’intensification des efforts de pêche et des activités de production et de vente de charbon, ainsi que la consommation d’aliments moins appréciés pour satisfaire leurs besoins minimaux. La zone restera donc en Crise (IPC Phase 3) au cours de la première période des perspectives.

    Compte tenu du contexte actuel où toutes les sources de revenu sont en dessous de la moyenne, y compris l'inflation alimentaire et l'insécurité routière, la situation ne devrait pas changer de manière significative jusqu'en septembre. Cependant, une légère amélioration de la consommation alimentaire est possible entre juillet et août, ce qui pourrait conduire à une diminution du nombre de personnes en Urgence ou en Crise. Néanmoins, il est peu probable que cela conduise à un changement de phase. Ainsi, les très pauvres continueront à adopter les stratégies actuelles pour satisfaire leurs besoins alimentaires minimaux au cours de la deuxième période et seront encore en Crise (Phase 3 de l’IPC).

    Citation recommandée : FEWS NET. Haïti Perspectives sur la sécurité alimentaire février à septembre 2023 : En plus de l'insécurité et de l'inflation, la sécheresse aggrave l’insécurité alimentaire en Haïti, 2023.

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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