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Sécurité alimentaire fragile dans un contexte macro-économique incertain

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Haïti
  • Février - Septembre 2019
Sécurité alimentaire fragile dans un contexte macro-économique incertain

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    CNSA
    Messages clé
    • Les marchés sont bien approvisionnés en produits locaux saisonniers, mais les prix restent toujours élevés tandis que ceux du riz et du maïs importés, s'affichent à la hausse, sous l'effet de la conjoncture socio-politique et de l'envolée du cours du dollar américain par rapport à la gourde.

    • Les moyens d’existence dans certaines zones comme le Nord-Est et le Plateau-Central subissent les effets de la sécheresse qui compromet presque toute activité agricole et d'élevage. Ainsi, une bonne partie de la zone est en Crise (phase 3 de l’IPC), les autres régions, y compris la Grand-Anse et la Côte Sud sont en stress ou en minimale (Phase 1 et 2 de l’IPC).

    • Les averses de janvier à février ont favorisé les activités agricoles dans les autres régions du pays, notamment dans le grand Sud et dans les zones de montagne humide de l'Ouest et du Sud-Est.


    CONTEXTE NATIONAL

    Situation actuelle

    Perturbations sociopolitiques

    Durant les mois de janvier et de février, un certain nombre d’évènements ont perturbé le climat sociopolitique du pays. L’évolution du taux de change en 2018 n’a cessé d’exercer une pression à la hausse sur les prix des biens importés, qui constituent une part importante des produits consommés couramment par les haïtiens. Cette situation a porté certains importateurs et distributeurs de riz à menacer de suspendre provisoirement toute importation de cette céréale jusqu’au rétablissement d’un taux de change qui permette d’assurer un certain équilibre dans les transactions commerciales. Ceci a marqué le début de négociations entre le secteur et le gouvernement qui se sont soldées par une proposition de subventions sur un certain nombre de produits de première nécessité, dont le riz en particulier.

    Cependant, étant donné la forte pression sur le budget des ménages et la perspective de voir le coût de la vie connaitre de nouvelles flambées, ajoutées à des revendications d’ordre politique, de nombreuses manifestations ont eu lieu dans l’ensemble du pays pendant près de 2 semaines avec certains foyers de violence ainsi que le blocage presque total des activités économiques. Les marchés ont fonctionné au ralenti et ont même été fermés dans certains cas et l’approvisionnement des magasins de proximité a été interrompu. Les sources de revenu des ménages ont également été affectées.

    De nombreux ménages ont dû consommer leurs stocks et ont eu recours à diverses stratégies pour maintenir une consommation minimale, dont l’achat dans des marchés plus éloignés de leur domicile, le partage de repas ou la diminution des rations. Les zones les plus affectées sont les aires urbaines où les activités économiques étaient plus perturbées par les manifestations, dont Port-au-Prince, Cap Haïtien, Gonaïves, les Cayes.

    La situation semble s’être calmée au moment de la publication de ce rapport et l’impact sur la sécurité alimentaire pourrait être de courte durée. Les suppositions établies ici seront révisées si la situation venait à changer prochainement.

    Bilan et perspectives climatologiques

    Les conditions météorologiques actuelles se caractérisent par la sécheresse dans différentes aires du pays où de faibles précipitations sont enregistrées. Néanmoins, dans la Grand'Anse, le Sud, le Sud-Est, l'Ouest, l'Artibonite, le Nord (exception des communes Bahon, Ranquit, la Victoire) et le bas Nord-Ouest, des précipitations proches de la normale sont observées.

    L’indice de végétation (NDVI) atteste de conditions très proches de la moyenne (figures 1 et 2), notamment dans les régions ayant observé des précipitations moyennes. Dans les zones en proie à la sécheresse, la différence de végétation négative est évidente, surtout dans le Plateau Central et les zones basses du Nord-Est.

    Impact sur la production agricole de la saison

    Les précipitations se sont avérées très favorable aux cultures d'hiver semées en novembre et actuellement en récolte dans la plupart de ces régions, ceci depuis janvier, et les préparatifs en vue de la prochaine campagne dont les activités de préparations de sols et de semis ont démarré. En effet, mises à part les plaines du Nord-Est et les communes du Haut-Plateau, ces conditions pluviométriques ont favorisé les récoltes de haricot, en particulier sur la Côte Sud et la Grand'Anse. C'est le même constat pour la banane, les racines et tubercules (igname et patate douce notamment), l'arachide, les agrumes et certains fruits comme le corossol ou la papaye. De plus, la situation agricole s'est avérée bonne dans les autres régions comme le Sud-Est (en montagne particulièrement), le Nord-Ouest, l'Artibonite et certaines communes de l'Ouest.

    Dans les zones rizicoles (Artibonite et plaine des Cayes), les pluies ont amélioré le débit de l'eau dans les canaux d'irrigation, ce qui a donné lieu à des récoltes, et parallèlement aux préparations de pépinières en vue du repiquage, particulièrement dans le Sud (Torbeck), où les riziculteurs bénéficient de l'appui de techniciens taïwanais dans la préparation des semences. De plus, des opérations de préparation des sols et de semis de haricot, de maïs et de mil sont lancées à la faveur des pluies enregistrées au cours du mois de février.

    Cependant, dans les zones affectées par la sècheresse (Nippes, Nord), la situation a entravé les activités agricoles et les agriculteurs n'ont pas pu mettre en place les plantations d’hiver. Il n'y a donc pas eu d'activités agricoles. Malgré tout, les agriculteurs s'activent en vue de la campagne de printemps, même s'ils ne disposent pas encore de moyens économiques adéquats.

    Disponibilité des produits alimentaires

    Sur le plan local, la disponibilité est actuellement dominée par la banane, les racines et tubercules, le pois Congo, les produits maraîchers, les produits issus de la cueillette comme l'arbre véritable, et certains fruits (agrumes, corossol). Dans l'ensemble, les marchés sont toujours bien approvisionnés, pour la plupart, en produits alimentaires importés.

    Evolution des prix

    Les prix des produits alimentaires de base ont connu une hausse importante en janvier et février, exacerbée surtout par la situation politique et les fluctuations à la hausse du dollar américain. En effet, le prix du maïs en grain local a observé une augmentation de plus de 11 pourcent, passant de 89,3 gourdes/marmite de six livres à plus de 100 gourdes. La hausse est la plus importante sur les marchés des Cayes (près de 36 %), du Cap Haïtien (plus de 22 %), de Fond-des-Nègres et de Jérémie (plus de 18 %). Pour sa part, le prix du haricot noir, affiche une hausse modérée (3 %), passant de 281 gourdes/marmite de six livres à près de 289 gourdes. La hausse est très significative sur le marché des Cayes (plus de 36 %) et, conséquemment, sur celui de Fond des Nègres (14,1 %). Il a pourtant chuté sur les marchés de Port-de-Paix (-9,5 %), de Jacmel (-5 %) et de Jérémie (-4 % environ), en raison des récoltes enregistrées en décembre, dont la disponibilité continue d'approvisionner ces marchés.

    Le prix du riz importé a affiché un comportement à la hausse à l'échelle nationale. La marmite de six livres est passée de 207,63 gourdes à plus de 218 gourdes, soit une hausse d'environ 5 % en moyenne en janvier. En raison des menaces des importateurs et des distributeurs de fermer leurs magasins, suite à l'accentuation de la crise socio-économique et politique à travers tout le pays, et durant les troubles de février, le prix du riz importé, toutes variétés confondues, a fait montre d'une hausse significative. Par exemple, une augmentation de plus de 50 % a été observée sur le marché de Port-au-Prince (figure 3). Or ce marché influe beaucoup sur la détermination des prix du riz dans les autres régions du pays.

    Production animale

    Présentement la situation n'est pas bonne en raison de la sécheresse, à l'exception des départements ayant connu des pluies plus ou moins régulières durant les deux derniers mois.

    Demande et offre de main-d’œuvre agricole

    Au cours du mois de février, les activités agricoles sont dominées par les récoltes d'hiver, là où les conditions pluviométriques ont été favorables, et les préparatifs en vue de la campagne de printemps dans les zones où la saison commence plus tôt. La demande de main-d’œuvre est relativement faible en raison de la période sèche sur le reste du territoire. Toutefois la configuration est différente dans certaines zones, en particulier le Sud où les travailleurs sont embauchés sur des plantations de vétivers et payés 100 gourdes par jour. Cette filière est très dynamique dans cette zone, étant donné l'importance de cette culture dans la production des huiles essentielles haïtiennes très demandées sur le marché international. Il est signalé que des terres autrefois allouées aux cultures traditionnelles sont maintenant affectées à la culture du vétiver, jugée plus rentable par certains agriculteurs.

    De plus, dans les régions frontalières, de nombreux ménages obtiennent leur revenu d’autres sources, dont la migration en ville ou à l’étranger. La faible demande de main d’œuvre présente un impact uniquement auprès des ménages ayant des difficultés à accéder aux autres sources de revenus ou à migrer.

    Autres sources de revenus

    Les ménages pauvres s'adonnent aussi aux activités de subsistance telles que le petit commerce et surtout la vente de charbon, dont l'intensification progressive constitue une stratégie de stress puis de crise. Dans les zones frontalières, en plus du charbon, la migration représente une alternative intéressante face à la détérioration des conditions socio-économiques du pays, tenant compte des conditions de travail plus compétitives en République Dominicaine.

    En ce qui concerne les transferts de travailleurs migrants, le rythme de croissance indique une augmentation d’environ 10 pourcent d'octobre à décembre 2018 par rapport à l’année précédente. On doit souligner toutefois que cela n'a pas vraiment diminué la pression sur le taux de change gourde/dollar, dont la dépréciation a atteint un niveau important, soit plus de 83 gourdes pour un dollar américain à la première quinzaine de février.

    Consommation alimentaire et changements dans les moyens d’existence actuels

    Les plus pauvres, qui dépendent en grande partie des achats aux marché pour leur consommation alimentaire, ont vu leur pouvoir d’achat diminuer à cause d’une baisse significative des activités agricoles génératrices de revenu et de la cherté des produits alimentaires de base, les émeutes de février ne faisant qu'accentuer cette situation. Ainsi, les chocs répétés et la durée de leur impact sont des éléments essentiels qui affectent les stocks et l’épargne des plus pauvres. En milieu rural notamment, une intensification de la fabrication et de la vente du charbon de bois, en plus du petit commerce, reste présentement une alternative pour faire face à la situation engendrée par ces chocs.

    Suppositions

    Le scénario le plus probable de février à septembre 2019 se base sur les hypothèses suivantes :

    • Prévisions saisonnières. Les conditions d’El Niño pourraient avoir une incidence sur le début de la saison de printemps 2019, notamment dans les zones semi-arides et sèches.
    • Les activités de récolte d’hiver et le lancement de la campagne de printemps généreront des revenus substantiels. Cependant, le pouvoir d'achat des plus pauvres resterait faible, compte tenu du contexte de hausse des prix, tant pour les produits locaux que pour les produits importés.
    • La campagne d'été qui dépend de la performance de la campagne de printemps et de la régularité des précipitations pendant la deuxième saison (juillet-septembre) devrait donner des résultats autour de la moyenne.
    • La demande de main-d’œuvre agricole devrait augmenter en mars et avril avec le lancement officiel de la campagne de printemps. Les activités de récoltes, dès le mois d'avril pour certaines régions (Grand'Anse et Sud), et à partir de juillet pour d'autres, ainsi que le lancement de la campagne d'été, donneront aussi lieu à un nouvel élan de la demande de travailleurs agricoles. L'offre pourrait s'avérer limitée en raison de la forte propension à migrer des travailleurs, attirés par des conditions de travail plus intéressantes ailleurs.
    • Prix des aliments importés et locaux. Les prix des produits alimentaires de base sont en hausse. Cette situation pourrait s'accentuer, avec la crise socio-politique et économique actuelle et la période de soudure. Les prix des produits alimentaires importés, en particulier le riz, resteront également stables mais encore rigides à la baisse, en raison de la dépréciation de la monnaie nationale par rapport au dollar, dont le cours dépasse déjà les 80 gourdes, bien que l'on s'attende à un retour à la normale pour le prix de cette céréale qui vient de bénéficier d'une subvention de la part du gouvernement haïtien en vue de le faire baisser de 30%.
    • Inflation générale. L'inflation générale se chiffre présentement à plus de 15 % en glissement annuel, situation qui tient aux incertitudes entourant le climat des affaires et à l'évolution de la situation financière de l'Etat haïtien.
    • Transferts de fonds privés de la diaspora. Les transferts de fonds de la diaspora haïtienne pourraient stagner durant les quatre premiers mois de la perspective pour s'intensifier avec la prochaine réouverture des classes en septembre. Cela ne bénéficie pas directement aux ménages très pauvres en général, mais compte tenu d'un éventuel impact sur la disponibilité et la circulation de la devise américaine dans le pays, cela pourrait contribuer à faire baisser la pression sur le taux de change gourde/dollar et donc sur les prix des produits alimentaires importés les rendant ainsi plus accessibles.
    • L’évolution du taux de change. La monnaie haïtienne continue de perdre de la valeur par rapport au dollar américain et au peso dominicain. Cela aura un impact important sur les prix des aliments de base importés. Conséquemment, l’accès aux produits alimentaires pourrait être très limité, en particulier pour des produits tels que le riz, les huiles végétales, la farine de blé ou le maïs.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    De février à mai, dans le nord-est du pays, particulièrement dans les régions basses, les communes du Haut-Plateau, quelques communes dans les Nippes (Petit trou, Grand Boukan, etc.), certaines communes dans la Grand'Anse comme Pestel et Corail, et d'autres dans l'Ouest et le Sud-Est, déjà aux prises à des problèmes structurels majeurs, de nombreux ménages devraient intensifier le recours à certaines stratégies de façon inhabituelle du fait de la conjoncture pour accéder aux produits alimentaires et non alimentaires, amenant ces zones en situation de Crise (phases 3 de l’IPC).

    Dans le reste du pays, la disponibilité alimentaire devrait être alimentée par des récoltes d’hiver consistant en haricot et d'autres cultures saisonnières comme le pois Congo et surtout de racines, de tubercules, de banane, de l'arbre véritable et des fruits, en particulier la mangue. La performance de ces cultures indiquerait une certaine stabilité au niveau de la disponibilité locale, ceci jusqu'à la période de soudure (mars-mai). Par ailleurs, les revenus générés par la vente de main-d’œuvre et de récoltes permettront aux très pauvres d’accéder au marché, bien que de manière limitée, les prix des produits alimentaires étant peu enclins à baisser. Ainsi, la plupart des régions resteront en situation d´insécurité alimentaire de Stress (phases 2 de l'IPC).

    De juin à septembre, période coïncidant, d'une part, avec les récoltes de printemps et, d'autre part, avec le lancement de la deuxième saison agricole (été), la consommation devrait retrouver un niveau normal, en partie du fait des récoltes mais aussi de l’augmentation saisonnière des revenus agricoles. De plus, la vente de main-d'œuvre et les autres revenus devraient permettre aux ménages d’accéder aux produits locaux et importés dont les prix pourraient baisser ou rester stables. L’ensemble du pays restera donc en phase 1 ou 2 de l'IPC, tandis qu’une partie des zones présentement en crise pourraient se retrouver en situation de stress (phase 2 de l'IPC).

    Figures The map shows average conditions, except for part of the south, north-east and north-west.

    Figure 1

    Normalized Difference Vegetation Index (NDVI) anomaly, 11 to 20 February 2019

    Source: FEWS NET/USGS

    Rainfall is slightly below average at the beginning of the year, and NDVI is around average.

    Figure 2

    Haiti: Rainfall trends in mm and NDVI 2019

    Source: WFP-VAM CHIRPS/MODIS

    Prices are well above average.

    Figure 3

    Port-au-Prince: Retail price of imported rice (4% broken rice) (HTG/6 lbs)

    Source: FEWS NET

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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