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La sécurité alimentaire, fragile après Irma, s’améliorera grâce à la campagne de printemps

  • Perspectives sur la sécurité alimentaire
  • Haïti
  • Février 2018
La sécurité alimentaire, fragile après Irma, s’améliorera grâce à la campagne de printemps

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  • CONTEXTE NATIONAL
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    • Les moyens d’existence dans le Nord peinent à se récupérer, en raison des effets résiduels d'Irma. Ainsi, une bonne partie de la zone HT02 (particulierement le Nord-Est) est en Crise (phase 3 de l’IPC), les autres régions, y compris la Grand-Anse et la Côte Sud sont en stress ou en minimale (Phase 1 et 2 de l’IPC). 

    • Les averses de novembre à Janvier ont entravé les activités agricoles dans le Nord-est, notamment dans les plaines. Très peu d’agriculteurs ont pu mettre en place les plantations d’hiver, il n'y a donc pas eu de récoltes, à l’exception des montagnes, où les rendements sont malgré tout inférieurs à la normale à cause de la diminution des investissements liée à la baisse des moyens économiques.

    • Les précipitations supérieures à la moyenne ont favorisé les semis d'hiver dans le reste du pays et ont permis des récoltes de haricot, de banane, de pois Congo et de racines et tubercules, améliorant ainsi la disponibilité locale.

    • Les marchés sont bien approvisionnés en produits locaux saisonniers, mais les prix restent élevés tandis que ceux du riz et du maïs importés, maintiennent leur stabilité, ceci malgré le niveau de la dépréciation de la gourde par rapport au dollar.


    CONTEXTE NATIONAL

    Situation actuelle

    Bilan et perspectives climatologiques

    Les conditions pluviométriques ont été très favorables, depuis décembre et se sont même améliorées en janvier. Selon les centres de prévision (NOAA, USGS, etc.), des pluies allant de normale à supérieure à la normale ont été enregistrées durant cette période. Même le Sud, particulièrement au niveau des plaines côtières ayant été en proie à une grande sécheresse de juillet à septembre 2017, a reçu des averses régulières, lui permettant de combler le déficit accumulé pendant la campagne d'été, notamment à Tiburon, Chardonnières, Port-à-Piment, Coteaux et Roche-à-Bateaux.

    Cette situation s'est avérée très favorable aux cultures d'hiver semées en novembre et en cours de récolte dans la plupart des régions depuis début janvier. Cela stimule aussi les agriculteurs qui ont entamé les préparatifs en vue de la prochaine campagne, les activités de préparations de sols ayant déjà démarré.

    L’indice de végétation (NDVI) atteste des conditions bien au-dessus de la moyenne (figure 1) par rapport à l'année dernière et à la moyenne de 2007, pour l'ensemble du pays.

    Cependant, dans le Nord-Est, le passage d'Irma et les averses subséquentes ont entravé les activités agricoles, notamment dans les plaines : Ouanaminthe, Ferrier et Fort Liberté ont enregistré un excès d'humidité au niveau des sols et les agriculteurs n'ont pas pu mettre en place les plantations d’hiver. Il n'y a donc pas eu de récoltes, à l’exception des communes montagneuses comme Sainte Suzanne, Mont Organisé, Carice et Vallière. Les rendements sont malgré tout inférieurs à la normale à cause de la diminution des investissements liée à la baisse des moyens économiques des ménages.

    Par ailleurs, le Haut-Plateau central a fait face à des épisodes secs qui ont perturbé les cultures d'hiver dans la région, particulièrement au niveau des communes de Thomassique, Cerca la Source et Cerca Carvajal.

    Impact sur la production agricole de la saison

    Hormis Le Nord-Est et le Haut-Plateau, les récoltes d'hiver, dont la culture principale est le haricot, sont normales ou supérieures à la normale, en particulier dans la Côte sud et la Grand'Anse, grâce aux conditions pluviométriques favorables. C'est aussi le même constat pour la banane, les racines et tubercules (igname et patate douce notamment) et l'arachide. De plus, selon des informateurs clés sur le terrain, la situation agricole s'est avérée bonne dans les autres régions comme le Sud-Est, les Nippes, le Nord-Ouest, l'Artibonite et certaines communes de l'Ouest.

    Dans le Nord-Est, les cultures d'hiver ont été perturbées par les précipitations enregistrées entre novembre et janvier. Présentement, à Fort Liberté (localité Chalopin), des rizières sont réhabilitées, contrairement à Ouanaminthe et Ferrier.

    Dans le Plateau-central, cette saison a coïncidé avec les récoltes de haricot, d'arachide et de pois Congo. Si les plantations de haricot ont été perdues en raison d'un excès d'humidité (Bas-Plateau) entrainant le pourrissement des racines, les récoltes d'arachide et de pois Congo ont été bonnes.

    En revanche, dans le Haut-Plateau, les épisodes de sécheresse ont perturbé les plantations d'hiver, donnant lieu à un faible, voire inexistant niveau de récoltes, en particulier pour le pois Congo, une des principales cultures de rente pour cette période de l’année. Les producteurs disposant d’un système d’irrigation – généralement traditionnel – sont parvenus à mettre en place leurs cultures.

    Disponibilité des produits alimentaires

    Les cultures de banane, pois Congo, racines et tubercules ont fourni des récoltes supérieures ou égales à la normale, particulièrement dans la Grande-Anse, le Sud, les Nippes et le Sud-Est, ce qui a augmenté leur disponibilité sur les marchés. Un accroissement de la disponibilité des denrées locales est remarqué dans toutes les communes des zones visitées, en particulier le Sud et la Grand'Anse ainsi que d'autres régions selon les représentants des observatoires de la CNSA contacté à cet effet.

    Les marchés sont donc bien approvisionnés en denrées locales de saison comme les racines, le haricot, le pois Congo, la banane, ainsi qu’en produits alimentaires importés, selon une mission conjointe conduite par FEWS NET, la CNSA et la FAO. Toutefois, cette disponibilité n'a pas trop influencé les prix à la baisse.

    Evolution des prix

    Les prix des produits locaux tels que le maïs et le pois noir ont augmenté respectivement de 6,4 et de 3 pourcent en moyenne entre décembre et janvier. Le prix du maïs local s'affiche à la hausse, notamment sur les marchés de Fond-des-Nègres (28,5 pourcent) et des Cayes (21,7 pourcent) ; celui du pois noir ne fait que reprendre le rythme de croissance affichée en octobre-novembre. Le prix du riz importé a, en revanche, maintenu sa légère tendance à la baisse (moins de 1 pour cent en moyenne) entamée en novembre-décembre, après trois mois consécutifs de hausse (plus de 4 pourcent en moyenne). C'est aussi le cas pour le maïs importé (variété Gadoro), dont le prix a fait montre d'une faible variation (environ - 1 pour cent) durant la même période.

    Il importe d'attirer l'attention sur le rebondissement du prix du sel de cuisine sur la plupart des marchés suivis, en particulier Croix-des-Bossales (Port-au-Prince) et Jérémie, où le prix augmente respectivement de 20 et 17 pourcent en de décembre à janvier. Les marchés des Cayes, de Fond-des-Nègres, des Gonaïves et de Hinche sont aussi concernés, mais dans une moindre mesure, étant pour la plupart situés dans des zones de production. La raison en est qu'une baisse significative de la production de sel a été constatée au cours du mois de janvier en raison d'un excès d'eau dans les salines.

    Les prix des autres produits alimentaires, en particulier l'huile de cuisine et la farine de blé, demeurent relativement stables pour la période. Celui du sorgho a été significativement à la hausse, et de manière atypique à Port-de-Paix (plus de 21 pourcent), Fond-des-Nègres (plus de 18 pourcent) et aux Cayes (plus de 10 pourcent), entre décembre et janvier dernier.

    Par ailleurs, à l’exception du riz importé (lequel est 8,6 pourcent plus cher en janvier 2018 qu'en janvier 2017), le prix du pois noir et celui du maïs local (-6,4 pourcent) sont en dessous de leur niveau de janvier 2017. En revanche, les prix de ces produits alimentaires sont nettement au-dessus de leur moyenne quinquennale : soit 25,6 et 28,7 pourcent respectivement pour le pois noir et le maïs, produits localement et d'à peu près 22 pourcent pour le riz importé.

    Production animale

    Les précipitations enregistrées durant le mois de janvier sont au-dessus de la normale et ont facilité le développement des fourrages permettant aux éleveurs de nourrir convenablement leurs animaux. Ainsi, le gardiennage, qui constitue une assurance pour l’agriculteur, se situe à un niveau normal, à travers le pays. Même au niveau des régions touchées par les catastrophes naturelles des deux dernières années, les animaux reprennent leur forme et leur capacité reproductrice s’améliore. De plus, des organisations comme Oxfam GB (Côte Sud) et Caritas, puis le ministère de l'Agriculture (Grand'Anse) ont pu contribuer au repeuplement des espèces caprine et équine, en fournissant un appui approprié aux éleveurs tant en formation qu'en distribution de bétail. Cependant, le Teschen ainsi que le New Castle continuent d’affecter la population porcine et aviaire, malgré les interventions des responsables de médecine vétérinaire du ministère.

    Demande et offre de la main-d’œuvre agricole

    La demande de travailleurs agricoles est pour l'instant motivée par les récoltes d'hiver dans la plupart des régions et par les activités de préparation des sols en vue de la campagne de printemps 2018. Ces activités ont démarré dans la Grand'Anse et le Sud, compte tenu des conditions pluviométriques encore favorables. Ces activités constituent une source d’emploi importante pour les ménages pauvres et très pauvres qui peuvent vendre des journées de travail aux agriculteurs. Cette source de revenu leur permettrait de se procurer des semences et d’autres intrants en préparation de la campagne de printemps 2018.

    Cependant, la rareté des travailleurs agricoles fait augmenter le coût du travail journalier, qui passe de 100-150 à 200-250 gourdes voire même plus (300 à 500 gourdes) en moyenne, dans la plupart des régions à forte propension à migrer (le Nord-Est par exemple). Ceci est dû au fait que les travailleurs s'intéressent de moins en moins aux activités agricoles, préférant migrer vers la République Dominicaine ou s'adonner à la pratique très courante du transport à moto (taxi moto).

    Autres sources de revenus

    Les ménages pauvres s'adonnent aussi aux activités de petit commerce de produits agricoles ou non agricoles, ainsi qu’à la production et vente de charbon de bois, permettant aux ménages de compléter leur revenu habituel. D'autres, notamment les ménages moyens, peuvent bénéficier des transferts d'argent de l'étranger, qui tendent à s'accroître depuis ces dernières années avec l’augmentation du nombre de migrants.

    Les données de la Banque de la République d’Haïti (BRH) suggèrent une progression de 17,5 pourcent en glissement annuel (décembre 2016/2017) des transferts privés de la diaspora haïtienne vers le pays, le volume transféré ayant été de près de 341 millions de dollars américains (BRH, Note sur la Politique monétaire, décembre 2017). On doit encore rappeler que les très pauvres n'en reçoivent pas directement mais peuvent en bénéficier dans la mesure où une partie de ces fonds soit canalisée vers la production agricole (en milieu rural par exemple) et d’autres activités génératrices de revenu (construction, petit commerce, etc.).

    Suppositions

    A l'échelle nationale, le scénario le plus probable de février 2018 à septembre 2018 se base sur les hypothèses suivantes :

    • Prévisions saisonnières. La situation ENSO de type la Niña indique que les précipitations devraient être normales au début de la période de perspective ainsi qu’avec le retour à des conditions neutres jusqu’en juin. Des conditions de type El Niño pourraient commencer à apparaitre en juin-juillet mais les effets ne devraient pas être ressentis avant la fin de la période de projection.
    • Perspective des campagnes de printemps et d’été 2018. Les conditions pluviométriques anticipées pour la période devraient favoriser le bon déroulement de la campagne de printemps dans toutes les zones agro-écologiques du pays pour l'ensemble des cultures de saison. Néanmoins, le manque de moyens économiques pour s'approvisionner en intrants agricoles pourrait retarder le lancement de cette campagne, surtout dans les zones où les agriculteurs ont été fortement décapitalisés suite au différents chocs climatiques (Nord-Est). Ceci ne devrait cependant pas avoir un impact significatif sur la campagne dans son ensemble.
    • Main-d’œuvre agricole. La demande devrait augmenter à nouveau entre février et mars avec le lancement de la campagne de printemps. Les activités de récoltes, dès les mois d'avril pour certaines régions (Grand'Anse et Côte Sud par exemple), et à partir de juillet pour d'autres, ainsi que le lancement de la campagne d'été, donneront aussi lieu à un nouvel élan à la demande de travailleurs agricoles. L'offre pourrait s'avérer limitée en raison de la migration importante des travailleurs.
    • Prix des aliments importés et locaux. Le prix du maïs local pourrait continuer à croitre jusqu'en avril, en l'absence de nouvelles récoltes durant la saison d'hiver et en raison des semis en cours dans certaines zones. Pour le pois noir, vu qu'une bonne partie des récoltes d'hiver atteindra les marchés en février, un accroissement de la disponibilité sur certains marchés demeure possible, en particulier les Cayes, Fond des Nègres, Sud-Est et finalement Port-au-Prince. Conséquemment, le prix de ce produit demeure relativement bas en février pour s'accroitre ensuite jusqu'aux prochaines récoltes (avril, juin, juillet). Les prix des produits alimentaires importés, en particulier le riz, le maïs, la farine, l'huile comestible, ainsi que le sucre, resteront stables mais à un niveau élevé. Ils suivront la tendance observée sur le marché mondial et s'ajusteront éventuellement au taux de change gourde/dollar sur le marché des changes.
    • Inflation générale. Selon la Banque de la République d'Haïti (BRH), le taux d'inflation annuel pourrait s'établir au cours du mois de mars à 12,7 pourcent, après 13,1 et 12,5 pourcent respectivement en janvier et février 2018 (BRH, Note sur la Politique Monétaire, Décembre 2017).
    • Transferts de fonds privés de la diaspora. Les transferts de fonds de la diaspora haïtienne continuent de représenter une contribution importante aux revenus de beaucoup de ménages. Pour certains d'entre eux, c’est la principale source de revenus, alors que pour d’autres, cela intervient uniquement en période de grandes dépenses, particulièrement à l’ouverture de l’année scolaire en septembre/octobre ou décembre à l'occasion des fêtes de fin d’année. Toutefois, il est probable que ces transferts stagnent durant les quatre premiers mois de la perspective pour s'intensifier ensuite avec la réouverture des classes.
    • L’évolution du taux de change. Après six mois de stabilisation, le taux de change s’est remis à croitre depuis octobre. On ne s'attend pas à un retournement de tendance, malgré l'injection de 25 millions de dollars US en janvier dernier sur le marché des changes par la BRH. Le déficit fiscal enregistré au niveau des finances publiques durant les quatre premiers mois de l'exercice en cours, augure plutôt d’un renforcement de la dépréciation de la monnaie nationale face au dollar, donc un environnement macroéconomique peu viable aux nouveaux investissements et donc à la création d'emplois.

    Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

    De février à mai, la situation alimentaire devrait rester stable, tenant compte des récoltes d’hiver consistant en haricot, pois Congo et surtout de racines, de tubercules et de banane. La bonne performance de la production de ces cultures indique une certaine stabilité au niveau de la disponibilité locale, ceci jusqu'à la période de soudure (mars-mai). Par ailleurs, les revenus générés par la vente de main-d’œuvre et par les récoltes de ces denrées permettront aux pauvres d’accéder au marché, bien que de manière limitée, les prix des produits alimentaires étant peu enclins à baisser. Ainsi, la plupart des régions resteront en situation d´insécurité alimentaire Minimale et de Stress (phases 1 et 2 de l'IPC). Le nord-est du pays, particulièrement dans les régions basses, et quelques communes dans le centre (le Haut-Plateau notamment), connaissent des problèmes structurels et de nombreux ménages adoptent des stratégies inhabituelles du fait de la conjoncture pour accéder aux produits alimentaires et non alimentaires, amenant ces zones en situation de Stress ou de Crise (phases 2 et3de l’IPC).

    De juin à septembre, période coïncidant, d'une part, avec les récoltes de printemps et, d'autre part, avec le lancement de la deuxième saison agricole (été), la consommation devrait retrouver un niveau normal, en partie du fait des récoltes mais aussi de l’augmentation saisonnière des revenus agricoles. De plus, la vente de main-d'œuvre et les autres revenus devraient permettre aux ménages d’accéder aux produits locaux et importés vendus au marché. L’ensemble du pays restera donc en phase 1 et 2 de l'IPC.

    Il est à noter que les cartes de FEWS NET reflètent l’insécurité alimentaire au niveau des zones de préoccupation et au niveau des communes. Chaque zone est donc classifiée dans la mesure où plus de 20 % des ménages se trouvent dans une phase déterminée, ou plus, ce qui veut dire qu’il est possible qu’un certain nombre de ménages ne dépassant pas les 20 % se trouvent dans une situation plus sévère que celle indiquée sur la carte. 
    Figures Indice de différence normalisée de végétation (NDVI), anomalie du 21 au 31 janvier 2018

    Figure 1

    Indice de différence normalisée de végétation (NDVI), anomalie du 21 au 31 janvier 2018

    Source: USGS/FEWS NET

    Figure 2

    Calendrier saisonnier pour une année typique

    Source: FEWS NET

    Figure 3

    Retail prices of locally grown black beans in Port-au-Prince (in HTG/kg)

    Source: CNSA/FEWS NET

    Figure 4

    Retail prices of imported rice in Port-au-Prince (in HTG/kg)

    Source: CNSA/FEWS NET

    Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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