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L’insécurité et les faibles récoltes d’automne augmentent les prix, provoquant une insécurité alimentaire généralisée de Crise (IPC Phase 3) en Haïti

  • Mise à jour sur la sécurité alimentaire
  • Haïti
  • Décembre 2023
L’insécurité et les faibles récoltes d’automne augmentent les prix, provoquant une insécurité alimentaire généralisée de Crise (IPC Phase 3) en Haïti

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  • Messages clé
  • Situation actuelle
  • Calendrier saisonnier pour une année typique
  • Suppositions mises à jour
  • Perspectives jusqu’ à mai 2024
  • Messages clé
    • L'amélioration provisoire et localisée de la disponibilité de certains produits alimentaires locaux sur certains marchés est due aux récoltes d'automne, bien qu'inférieures à la moyenne. Cependant, la violence des gangs et la hausse des droits de passage illégaux imposés par ces derniers créent des distorsions dans la chaîne d'approvisionnement des marchés, entraînant ainsi une augmentation des prix. Il en résulte le maintien de l'insécurité alimentaire aiguë généralisée de Crise (Phase 3 de l'IPC) en Haïti, bien qu'une légère baisse du nombre de personnes en insécurité alimentaire soit observée à travers le pays par rapport à octobre et novembre. Toutefois, l’intensification de l’insécurité à Cité Soleil continue de le maintenir en situation d'Urgence (Phase 4 de l'IPC).
    • Malgré l'appréciation continue de la monnaie nationale par rapport au dollar américain, les prix des produits alimentaires de base demeurent élevés par rapport aux évolutions mensuelles, annuelles et quinquennales, principalement en raison des distorsions dans la chaîne d'approvisionnement. Les coûts de transaction élevés liés, entre autres, au paiement de droits de passage illégaux de plus en plus importants imposés aux transporteurs par des gangs armés sur les routes nationales contribuent également à des prix atypiquement élevés.
    • Hormis les marchés du Cap-Haïtien et de Ouanaminthe, où la disponibilité relative des récoltes d'automne de haricot noir a entraîné une baisse de son prix, les prix du haricot ont connu une hausse allant jusqu'à 27,7 pour cent en novembre par rapport au mois d'octobre, notamment dans les départements affectés par les intempéries de novembre. Par ailleurs, des récoltes de pois congo et de sorgho sont observées présentement un peu partout, mais les prix restent élevés. 

    Situation actuelle

    Situation sécuritaire : Selon un rapport du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), cité par le Bureau de liaison et de sécurité des partenaires d'Haïti (PLSO), près de 80 pour cent de la région métropolitaine de Port-au-Prince est soit sous l'influence de gangs armés, soit directement contrôlée par eux. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), de janvier jusqu'au 8 décembre 2023, il y avait plus de 8 000 victimes (3 960 morts, 1 432 blessés et 2 951 kidnappés), dépassant largement le nombre de victimes de l'année 2022. Les cas de violence sont plus particulièrement élevés à Port-au-Prince et Croix-des-Bouquets (Figure 1). 

    Selon le Centre d'analyse et de recherche en droits de l'homme (CARDH), 362 cas d’enlèvement ont été enregistrés pour le troisième trimestre de 2023, soit une augmentation de plus de 140 pour cent par rapport au deuxième trimestre, au cours duquel 150 enlèvements ont été enregistrés. La violence des gangs continue d’alimenter les dysfonctionnements dans la chaîne d'approvisionnement des marchés. Cela restreint non seulement le flux de marchandises, mais aussi accroît les coûts de transaction en raison des droits de passage illégaux, de plus en plus importants, imposés par les gangs qui contrôlent la plupart des axes routiers, en particulier les routes nationales reliant Port-au-Prince au nord (RN1), au Sud (RN2) et au Centre (RN3). Cela a un impact sur l'approvisionnement des marchés et les prix des produits de base dans l'ensemble du pays.

    Figure 1

    Evolution du nombre d’événements violents par arrondissement, juin à décembre 2023
    Nombre d'evenements violent par arrondissement

    Source: ACLED

    Conditions pluviométriques et évolution des campagnes agricoles : Depuis les intempéries de la deuxième décade de novembre, qui ont provoqué des inondations à travers différentes régions du pays, en particulier dans la Grand'Anse, les Nippes, le Sud et le Nord-Ouest, des pluies inférieures à la moyenne ont été enregistrées dans tout le pays. Bien que ces précipitations soient en deçà de la moyenne en raison de l'irrégularité spatio-temporelle des pluies et de la faible capacité financière des agriculteurs, entre autres facteurs, les récoltes de haricots, de sorgho, de pois Congo, entre autres, sont en cours dans la plupart des départements.

    Dans le Sud, la faible récolte actuelle, comprenant notamment des ignames, du maïs de bouche et du sorgho, contribue à maintenir des prix élevés sur le marché. Les pluies actuelles favorisent les opérations de semis dans des parcelles préparées en anticipation des précipitations. En raison de la fermeture de la frontière avec la République dominicaine, l'approvisionnement en engrais provenant d'autres pays par bateau entraîne des coûts de transport plus élevés.

    Dans le Centre, des récoltes de haricots et surtout de pois congo sont observées. Néanmoins, la faible pluviométrie et la diminution des activités de préparation de sols conduisent à une production en-dessous de la moyenne, réduisant ainsi l’offre locale de produits alimentaires. Actuellement, la pluviométrie est relativement régulière dans le Nord-Ouest, où des récoltes de manioc, de bananes, d'igname et de pois sont signalées. Dans l'Artibonite, la plantation de haricots dans le haut Artibonite et la récolte de maïs sont en cours. Dans les Nippes, la faible récolte de pois congo et l'absence de pluie en décembre contribuent à une faible disponibilité alimentaire locale.

    Marchés et prix des produits de base : Les marchés ont continué à fonctionner dans tout le pays, à l'exception de ceux de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, comme Croix-des-Bossales et Croix-des-Bouquets, entre autres, en raison de la nouvelle poussée des affrontements entre gangs au centre-ville de Port-au-Prince et ses environs. Cette situation impacte les transports en commun et la circulation des marchandises à travers le pays. Outre les aliments importés, les cultures saisonnières comme les pois congo, les racines, les tubercules, les céréales et autres produits saisonniers ont diminué avec les activités hivernales. Cela explique la hausse des prix de tous les produits alimentaires de base, locaux et importés, au cours du mois de novembre par exemple (Figure 2).

    Par ailleurs, malgré la réouverture de la frontière par les autorités dominicaines, les activités et les échanges commerciaux de produits alimentaires de base restent officiellement limités entre les deux pays. Cela accroit la contrebande sur la frontière haïtiano-dominicaine au point que les produits dominicains tels que les œufs, les huiles, les condiments et la farine de blé sont observés sur les marchés locaux. Malgré leur disponibilité, ils sont vendus au marché noir a des prix exorbitants. Les détaillants locaux continuent d'augmenter leurs prix sur les marchés haïtiens. C’est, outre l’insécurité et la baisse de la disponibilité des produits alimentaires locaux, l’une des principales causes de la hausse des prix des denrées alimentaires de base en novembre par rapport à octobre.

    Le 14 décembre, à la frontière entre Ouanaminthe et Dajabon, des citoyens haïtiens et dominicains ont endommagé et retiré la barrière haïtienne à la frontière dans le but de faciliter les échanges commerciaux. L'impuissance des agents douaniers et de la police frontalière (Polifront) a entraîné dès le lendemain une réouverture forcée de la barrière haïtienne à la frontière haïtiano-dominicaine, provoquant la reprise des activités commerciales sur le marché binational côté Dajabon. Les autorités départementales haïtiennes ont remis la barrière, mais n’ont pas encore communiqué leur intention de maintenir ouverte ou fermée la frontière.

    Les prix des produits locaux suivis par FEWS NET, le maïs en grain et les haricots noirs secs, ont fluctué à la hausse respectivement de 6.2 et 8 pour cent en moyenne entre octobre et novembre à l’échelle nationale. Le pot de cinq livres des deux produits a été vendu respectivement à plus de 373 et 1147 gourdes, alors qu'il était vendu à 351 et 1059 gourdes un mois auparavant. Dans le même temps, les prix des produits importés comme le riz, les huiles de cuisson, la farine de blé, entre autres, ont considérablement augmenté. Par exemple, en moyenne, le prix du riz importé à quatre pour cent de brisure a fluctué à la hausse de 15 pour cent entre octobre et novembre. Dans l’ensemble, les prix de détail de tous les produits de base, locaux ou importés, restent atypiquement supérieurs à la moyenne quinquennale, dans des proportions supérieures à 100 pour cent comme illustré à la figure 2.

    Figure 2

    Evolution du prix moyen en gourdes des céréales de base (HTG/kg), avril 2019 à novembre 2023
    Evolution du prix des cereales

    Source: FEWS NET

    Sources de revenus : Les principales sources de revenus des ménages pauvres comprennent le petit commerce, la vente de main-d’œuvre agricole et non agricole, ainsi que la vente des produits de la pêche dans les zones côtières. Comparé à octobre, une légère amélioration des revenus du petit commerce a été observé, mais les perturbations dans le transport des marchandises, résultant de l'insécurité liée à la violence des gangs, maintiennent ces revenus en dessous de la normale. Les activités agricoles liées aux campagnes d'automne et d'hiver dans la plupart des régions du pays ne suscitent pas une demande soutenue de travailleurs agricoles. Des conditions météorologiques relativement plus stables récemment qu'en octobre ont favorisé la pêche, entraînant une légère amélioration saisonnière des prises, augmentant les revenus tout en restant en dessous de la moyenne. Les revenus de la migration restent inférieurs à la moyenne, notamment en raison de la fermeture des frontières entre Haïti et la République Dominicaine à la suite de la prise d'eau sur la rivière Massacre par les Haïtiens.

    Propagation du choléra : Au cours des dernières semaines, le pays a continué de connaître une augmentation des cas suspects de choléra. Le dernier communiqué du ministère de la Santé publique publié le 7 novembre a enregistré 73 689 cas suspects de choléra ; sur les 12 174 tests (17 pour cent) administrés, 4 080 (34 pour cent) se sont révélés être des cas confirmés. À noter que le taux de positivité au cours des derniers mois a atteint jusqu'à 40 à 60 pour cent.

    Malnutrition : Les résultats de l'atelier IPC sur la malnutrition aiguë en novembre soulignent des variations significatives dans la situation de la malnutrition en Haïti, influencées par divers facteurs. L'Artibonite et le Sud-est font actuellement face à une situation d’Alerte (Phase 2 de l’IPC MNA), situation qui devrait se maintenir jusqu’en mai 2024. Mais ces deux départements devraient passer à une situation Sérieuse (Phase 3 de l’IPC MNA), de juin à novembre 2024, en raison de la détérioration des conditions de la consommation alimentaire minimale, de niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë et de l'insécurité civile. Le Nord devrait maintenir une situation Sérieuse (Phase 3 de l’IPC MNA) jusqu’à novembre 2024, avec des défis liés au choléra, à la pénurie de carburant, à l'insécurité et à l'insécurité alimentaire aiguë. Les autres régions présentent également des dynamiques complexes aigues, indiquant la nécessité d'interventions ciblées pour améliorer les conditions de vie des populations locales. 

    Aide humanitaire d’urgence : Selon les données du Cluster de sécurité alimentaire, de janvier à octobre 2023, le nombre cumulatif de bénéficiaires de l’assistance alimentaire d’urgence, tous types d’assistance confondus, se chiffre à près de 1.57 millions, ce qui représente moins de 10 pour cent par rapport au nombre total des personnes en besoin.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire : 

    Le niveau élevé des prix, l’insécurité, le faible niveau de revenu et l’irrégularité spatio-temporelle des pluies constituent les facteurs déterminants de la sécurité alimentaire, rendant fragiles les moyens d’existence dans la plupart du pays. Les récoltes d'automne, bien qu'inférieures à la moyenne, contribuent momentanément et de manière localisée à améliorer la disponibilité alimentaire pour certains produits sur certains marchés. Cependant, la violence continue des gangs et la hausse des droits de passage illégaux imposés par ces derniers créent des distorsions dans la chaîne d'approvisionnement des marchés, entraînant ainsi une augmentation des prix. Il en résulte le maintien de l'insécurité alimentaire aiguë généralisée en Haïti de Crise (Phase 3 de l'IPC), avec Cité Soleil restant en situation d'Urgence (Phase 4 de l'IPC), bien qu'une légère baisse du nombre de personnes en insécurité alimentaire soit observée à travers le pays par rapport à octobre et novembre. Cité Soleil est en proie à un conflit armé récurrent, en plus d'une situation de pauvreté extrême à laquelle les ménages font face. De plus, la commune a le taux de malnutrition aiguë globale le plus élevé de toutes les régions du pays, selon le SMART 2023.


    Calendrier saisonnier pour une année typique
    Calendrier saisonnier

    Source: FEWS NET


    Suppositions mises à jour

    Les hypothèses du rapport sur les perspectives de la sécurité alimentaire d’octobre 2023 à mai 2024 se maintiennent, à l'exception de celle sur l’agro-climatologie selon laquelle des précipitations moyennes et des températures supérieures à la moyenne sont prévues jusqu'au début du printemps 2024, selon NOAA, USGS et Climate Hazards Center.


    Perspectives jusqu’ à mai 2024

    La période décembre 2023 à janvier 2024 coïncide avec les récoltes d’automne (pois congo, maïs, igname, racines et tubercules), et aussi avec le lancement de la campagne d’hiver dans les plaines irriguées et les montagnes semi-humides. C’est également la période de fin d’année pendant laquelle les ventes et les achats sont plus importants entraînant ainsi une amélioration de certaines sources de revenu telles que le travail occasionnel, le petit commerce, la vente de charbon en milieu urbain, à côte des transferts monétaires de l’étranger. Une légère amélioration dans la consommation des ménages sera observée jusqu’à janvier, laquelle amélioration sera accompagnée d’une légère diminution des personnes en insécurité alimentaire (Phase 3 et plus de l’IPC). Cette diminution ne sera pas suffisante pour des changements de phase, en raison du niveau élevé des prix des produits alimentaire par rapport à la moyenne quinquennale.

    Une insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) sera encore observée à travers le pays. Dans l’Aire Métropolitaine de Port-au-Prince, notamment dans les zones contrôlées par les gangs, des écarts de consommation alimentaire prolongés seront observés chez les ménages pauvres et très pauvres. Un nombre croissant de ménages pourra liquider leurs biens productifs et s’engager encore dans des stratégies d’adaptation négatives d’urgence. Cité Soleil connaîtra encore une situation d’Urgence (Phase 4 de l’IPC) au cours de la période considérée.

    La période de février à mai 2024 est la période de soudure où les réserves alimentaires issues des récoltes d’automne et d’hiver sont généralement limitées, entraînant une période de pénurie ou de difficulté d'accès à la nourriture. La consommation des ménages dépendra beaucoup plus des achats au marché dans un contexte de revenu limité et de prix élevé. Il en résultera une augmentation progressive du nombre de ménages en insécurité alimentaire par rapport, ce, jusqu’au mois de mai. Conséquemment, certaines zones et des ménages dans certaines zones seront passés de la Phase 2 à la Phase 3 pendant cette période.

    Citation recommandée: FEWS NET. Haïti Mise à jour sur la sécurité alimentaire Décembre 2023: L’insécurité et les faibles récoltes d’automne augmentent les prix, provoquant une insécurité alimentaire généralisée de Crise (IPC Phase 3) en Haïti, 2023.

    Cette mise à jour des perspectives sur la sécurité alimentaire présente une analyse des conditions actuelles d'insécurité alimentaire aiguë et de toute évolution de la dernière projection de FEWS NET concernant les résultats de l'insécurité alimentaire aiguë dans la géographie spécifiée au cours des six prochains mois. Pour en savoir plus sur le travail, cliquez ici.

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