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La rareté du dollar sur le marché des changes risque de compromettre l’accès alimentaire dans un contexte d’instabilité socio-politique

  • Mise à jour sur la sécurité alimentaire
  • Haïti
  • Décembre 2020
La rareté du dollar sur le marché des changes risque de compromettre l’accès alimentaire dans un contexte d’instabilité socio-politique

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  • Messages clé
  • SITUATION ACTUELLE
  • SUPPOSITIONS MISES À JOUR
  • PERSPECTIVES ESTIMÉE JUSQU’EN MAI 2021
  • Messages clé
    • Les récoltes d’automne en dessous de la normale, dues à l’irrégularité des pluies et à la baisse des surfaces agricoles cultivées, ont impacté négativement le lancement de la campagne d’hiver, déjà peu importante dans la production nationale, hormis les plaines irriguées et les montagnes humides. Les agriculteurs, décapitalisés par la faible performance des campagne antérieures, ont tiré peu de revenu pour financer la campagne d’hiver.

    • Le climat sécuritaire se détériore davantage à l’approche de février, le Président étant appelé à quitter le pouvoir. Les cas d’enlèvement contre rançons, d’assassinat et des manifestations sociopolitiques se poursuivent. Cela risquerait de détériorer davantage les conditions de disponibilité et d'accès alimentaires, en perturbant l'approvisionnement des marchés ce qui induirait une hausse des prix.

    • Par ailleurs, malgré des injections régulières de dollars par la Banque Centrale (BRH) sur le marché des changes, il devient de plus en plus difficile d’en faire l’acquisition. Le taux de change sur le marché informel va jusqu’à 85 gourdes pour un dollar alors que celui de référence calculée par la BRH est de 70 gourdes, au 11 décembre. Cela a inversé la tendance baissière des prix des produits importés, observée depuis septembre.

    • Ainsi, les prix élevés des produits alimentaires de base, dans un contexte de revenus en-dessous de la moyenne, affectent l’accès alimentaire des plus pauvres. Une insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) et de Stress (Phase 2 de l’IPC), pour la plupart, se maintient d'ici à mai 2021.


    SITUATION ACTUELLE

    Le contexte de la pandémie COVID-19. Selon les rapports du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP,2020), le nombre de cas testés positifs de COVID-19 augmente de moins en moins, depuis le pic en mai. Ceci jusqu’au 8 décembre, ou le nombre total de cas s’est élevé à plus de 9000, avec environ 232 décès, selon les statistiques officielles. Cependant, la deuxième quinzaine de décembre a vu une augmentation importante (près de 8 pour cent) de nouveaux cas, faisant croire à une nouvelle vague de la pandémie dans le pays.  Les mesures contre la propagation du virus telles que le port de masques et la distanciation sociale sont toujours en vigueur, mais sont moins contraignantes et donc moins en moins respectées par la population, ce qui se traduit par une poursuite normale des activités économiques. Malgré cette remontée, les autorités n’entendent pas adopter de confiner le pays, préférant avertir la population de respecter les mesures barrière pour freiner la propagation de la maladie.

    La situation sociopolitique. La situation sociopolitique est très instable et des mouvements de panique sont observés de temps en temps dans certaines zones, en particulier l'Aire Métropolitaine de Port-au-Prince. Les facteurs comme la hausse de prix, et l’appel au Président de la République de quitter le pouvoir au plus tard le 7 février 2021, etc., continuent d'alimenter l'instabilité dans le pays, particulièrement dans la capitale haïtienne.

    Les conditions pluviométrique et évolution de la campagne agricole d’hiver. En termes cumulatifs, les précipitations enregistrées au cours du mois de novembre ont été irrégulièrement réparties dans le temps et dans l’espace, hormis l’Ouest, le Sud-Est, le Nord et le Centre. Dans le Nord, des précipitations très inférieures à la normale ont été enregistré au cours du mois de novembre. Malgré ces irrégularités temporelles et spatiales, l’indice de végétation a été toujours autour de la moyenne au cours du mois de novembre, témoignant ainsi un niveau d’humidité suffisant. Malgré tout, les agriculteurs, déjà décapitalisés par les mauvaises campagnes antérieures, sont obligés de limiter leur surface agricole cultivée pour la campagne d’hiver, a l’exception des plaines irrigués dans le Sud, le Nord, et des montagnes humides (dans les Nippes, le Sud-est, etc.).

    Disponibilité alimentaire. La disponibilité alimentaire des ménages est composée des récoltes récentes d’automne de maïs et de haricot. Additionnellement, ils disposent de bananes, du pois Congo, des racines et tubercules et des produits maraichers. Le marché national continue d’être bien approvisionné en produits alimentaires, surtout importés. Aucune rupture de stock n’a été observée jusqu’ici. Les produits alimentaires de base ont pu circuler normalement.

    Marchés et prix des produits alimentaires. Au cours du mois de novembre, malgré l’intensification de l’insécurité avec de fréquents cas d’enlèvement, aucune perturbation n'a été enregistrée sur les marchés. Ces derniers sont très bien approvisionnés et achalandés. Les produits importés sont prédominants, mais les produits locaux saisonnier et ceux issus des récoltes d’automne y sont très remarqués.

    Alors que les prix des denrées alimentaires locales, en particulier le mais en grain et le haricot noir, se montrent relativement stables en novembre, ayant faiblement baissé (entre 3 et 4 pour cent en moyenne à l’échelle nationale) par rapport à septembre et octobre, les prix des produits importés, en particulier le riz, ont affiché une tendance à la hausse.

    Globalement, on observe un niveau des prix plus faible en comparaison a novembre 2019. Par exemple, pour le maïs local et surtout le riz importé, les prix ont chuté respectivement de 4 pour cent et de 25 pour cent. Ceci en raison du fait que le dollar est moins cher par rapport à l’année dernière à la même période (environ 70 gourdes contre 93 en novembre 2019). Toutefois, les prix des aliments de base restent nettement au-dessus de la moyenne quinquennale.

    Main-d’œuvre agricole et autres sources de revenus. Malgré les préparatifs dans le contexte de la campagne d'hiver et les opérations de semis ou de repiquage du riz, la demande de main-d’œuvre est plus faible que d’habitude. En raison du ralentissement des activités économiques, les agriculteurs ont des moyens réduits pour entamer cette campagne et embaucher des travailleurs. Par ailleurs l’intensification de la vente de charbon constitue, présentement, une source de revenus importante pour les ménages très pauvres, ceci jusqu’aux prochaines activités agricoles (notamment la campagne de printemps 2021). Cette situation s’observe notamment dans le Haut Plateau, le Nord-est, le Nord, les Nippes, le Sud-est.

    Résultats actuels de la sécurité alimentaire. Les moyens d'existence demeurent fragiles, en raison de l’augmentation des prix des produits de base et de la faible performance de la campagne agricole d’automne donnant lieu à des revenus en-dessous de la moyenne. Le pouvoir d’achat continue à diminuer et certains ménages ont toujours recours à des stratégies d’adaptation négatives (consommation des stocks de semence qui devaient être gardés pour la campagne d’hiver ou autre), consommation des denrées précoces, réduction de la consommation des adultes au profit des enfants, afin de se procurer de la nourriture. Cette catégorie de ménages se retrouve en Crise (Phase 3 de l’IPC). Tandis que d’autres ont des difficultés à engager des dépenses non alimentaires, recourent aux achats à crédit d’aliments, entre autres. Ils se retrouvent donc en situation de Stress (Phase 2 de l’IPC). Dans ce contexte, une insécurité alimentaire en Crise (Phase 3 de l’IPC) et en Stress (Phase 2 de l’IPC) se maintiennent dans tout le pays, ceci jusqu’au mois de mai 2021.


    SUPPOSITIONS MISES À JOUR

    Les hypothèses du rapport sur les perspectives de la sécurité alimentaire d’octobre 2020 à mai 2021 se maintiennent, à l'exception de celles mises à jour ci-dessous :

    • De décembre 2020 à janvier 2021, l’écart entre le taux de change du marché informel et le taux de change de référence de la banque centrale continuerait à être très grand, en raison de la forte spéculation observée sur ce marché et aussi de son accessibilité du fait que les banques commerciales limitent à 50 ou 100 dollars par jour le volume qu’elle souhait vendre aux particuliers. Toutefois, celui-ci maintiendra sa stabilité jusqu’à janvier 2021, grâce à un certain niveau d’équilibre en l’offre et la demande et aussi à la poursuite de certaines mesures prises par le gouvernement tels que l’opération d’Open Market de la Banque Centrale, l’exigence de paiement en gourde des transferts par les sous agents des maisons de transfert pour un meilleur contrôle de la masse monétaire en circulation, les exigences aux entreprises et commerçants par le Ministère du Commerce et de l’Industrie de fixer les prix en gourde,  et le meilleur contrôle des banques commerciales par la Banque Centrale face à la spéculation par ces dernières, ainsi que grâce à la hausse de transferts à la fin de l’année, entre autres.
    • De février à mai 2020, d’autres facteurs, notamment l’instabilité politique, affecteront négativement la valeur de la monnaie nationale par rapport au dollar. Toutefois, l’annonce de la Banque Centrale d’injecter $150 millions USD dans l’économie en janvier-février 2021 n'auront probablement pas le même impact que les premières injections en août 2020, mais la dépréciation n'atteindra probablement pas le niveau du mois d’aout (environ 120 gourdes pour un dollar).  
    • Bien que certains points frontaliers soient ouverts au commerce, l’accentuation des problèmes sociopolitiques en Haïti pourrait porter les autorités dominicaines à renforcer les mesures de sécurité sur la frontière provoquant un ralentissement des échanges frontaliers. La migration des haïtiens en République Dominicaine restera encore très limitée, induisant, une fois de plus, des revenus inférieurs à la normale.

    PERSPECTIVES ESTIMÉE JUSQU’EN MAI 2021

    Les récoltes de la campagne d’automne permettent d’améliorer temporairement la disponibilité alimentaire pour certains ménages, mais ceci de façon limitée. De surcroit, le renversement de tendance du taux de change depuis mi-novembre, donnant lieu à de nouvelles dépréciations de la gourde par rapport au dollar américain conduira à un faible renchérissement des prix des produits alimentaires importés, en particulier le riz, l’huile végétale, la farine de blé, entre autres. Les régions qui font l’objet d’une vulnérabilité plus importante à l’insécurité alimentaire du fait de facteurs chroniques (taux de pauvreté plus important, accès difficile aux marchés), et n’ayant pas bénéficié de précipitations suffisantes, qui ont essuyé des pertes de récoltes, auront une disponibilité alimentaire plus faible, en pleine saison de soudure. Les ménages devront s’approvisionner davantage aux marchés pour se procurer de la nourriture. Par ailleurs, de nombreux ménages subissent toujours les effets des perturbations sociopolitiques, et des gangs armés, notamment dans certains quartiers de la Capital, ce qui limite la circulation des personnes et entravent certaines activités informelles génératrices de revenu. De nombreuses zones, adoptant encore des stratégies négatives citées ci-dessus, devraient se maintenir donc en Crise (Phase 3 de l’IPC) tandis que d’autres adoptant des stratégies de stress, seraient en Stress (Phase 2 de l’IPC).

    La deuxième période du scénario coïncide avec le pic des récoltes d'hiver, qui ne sont pas importantes en termes de volume et qui sont dominées par le haricot en plaines irriguées et montagnes humides ainsi que par le pois Congo, puis de quelques racines et tubercules, de la banane et par le lancement de la campagne de printemps 2021. Une fois les stocks des récoltes d’hiver et d’automne épuisés, les ménages devront donc s’approvisionner au marché à partir de Mars 2021. Les sources de revenus non agricoles pourraient être perturbées par les troubles sociopolitiques, notamment à partir de février. Ceci ajouté au niveau élevé des prix des produits de base pourrait diminuer le pouvoir d’achat des ménages, en dépit des injections de la Banque Centrale prévu pour janvier et février 2021. Ainsi, les ménages les plus pauvres devraient encore avoir recours à des stratégies de crise comme l'intensification de la vente de charbon, la consommation des aliments de faible qualité ou la réduction du nombre de repas journalier. Ceci contribuerait à amplifier l'érosion des moyens d'existence. Dans ce contexte, le nombre de zones en Crise (Phase 3 de l’IPC) alimentaire pourrait augmenter.

    Figures Calendrier saisonnier pour une année typique

    Figure 1

    Calendrier saisonnier pour une année typique

    Source: FEWS NET

    Cette mise à jour des perspectives sur la sécurité alimentaire présente une analyse des conditions actuelles d'insécurité alimentaire aiguë et de toute évolution de la dernière projection de FEWS NET concernant les résultats de l'insécurité alimentaire aiguë dans la géographie spécifiée au cours des six prochains mois. Pour en savoir plus sur le travail, cliquez ici.

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