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- L’insécurité généralisée, causée par la recrudescence de la violence des gangs, entraîne des perspectives graves de sécurité alimentaire en Haïti. À la fin de l’année 2024, FEWS NET avait déjà prévu que les résultats d’insécurité alimentaire aiguë de Crise (Phase 3 de l’IPC) seraient répandus dans le pays jusqu’à mai 2025, avec Cité Soleil en Urgence (Phase 4 de l’IPC). FEWS NET a également évalué que des poches de personnes déplacées internes (PDIs) et des ménages très pauvres dans les départements de l’Ouest, du Nord-Ouest et de la Grand’Anse étaient confrontés à une insécurité alimentaire aiguë d’Urgence (Phase 4 de l’IPC). Le nombre de personnes qui devraient avoir besoin d’aide alimentaire avait été estimé à 2,0-2,5 millions, soit 20 à 25 pour cent de la population, jusqu’à mai 2025. Cela concerne particulièrement les déplacés internes qui ont perdu leurs moyens de subsistance, n’ont pas d’abri et sont confrontés à des risques physiques et financiers croissants pour accéder à la nourriture à cause des extorsions et de la violence des gangs. L’assistance alimentaire humanitaire, bien que présente, restait très insuffisante pour répondre à l’ampleur des besoins, notamment dans les camps de déplacés internes.
- Avec la nouvelle recrudescence de la violence des gangs depuis mars 2025, la sécurité alimentaire s’est détériorée à l’échelle nationale, notamment dans la capitale affectée par la violence des gangs, ainsi que dans les départements d’Artibonite et du Centre. Le pays demeure confronté à l’insécurité alimentaire aiguë dans un contexte d’effondrement institutionnel et d’escalade de la violence des gangs. Malgré les récoltes de printemps de juin à juillet qui ont permis aux ménages ruraux d’accéder à leurs propres productions et d’améliorer légèrement leur consommation alimentaire, une détérioration de la sécurité alimentaire est anticipée dans tout le pays entre juillet et décembre 2025, principalement attribuée à l’intensification de la violence des gangs et de ses répercussions sur les activités génératrices de revenus, l’accès aux terres agricoles, ainsi que sur l’approvisionnement et le fonctionnement des marchés. L’insécurité alimentaire serait plus prononcée pour les personnes déplacées internes vivant dans les sites d’accueil, les ménages très pauvres dans les zones affectées par les attaques des gangs, plus particulièrement dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, le Bas Artibonite et le département du Centre, mais aussi les ménages très pauvres dans les départements de l’Ouest, du Nord-Ouest, et de la Grand’Anse, faisant d’eux les groupes de populations les plus préoccupants.
- La violence s’est étendue dans le département du Centre depuis mars. Les gangs conduisaient des attaques armées dans les communes de Mirebalais, Saut-d’Eau et récemment Lascahobas. Cette expansion a provoqué de nouveaux mouvements de population vers des zones comme Hinche, Belladère ou le Nord. En juin 2025, le nombre total de déplacés internes a atteint près de 1,3 million de personnes, soit une augmentation de 24 pour cent par rapport à décembre 2024. De plus, à la suite des attaques perpétrées par le gang « Kokorat sans ras » dans l’Artibonite, dans les communes de Dessalines et de Verrettes, le 16 juillet, près de 15 000 personnes se sont déplacées, se réfugiant, pour la plupart dans des familles d’accueil. Ces déplacements s’ajoutent à une pression énorme sur ces familles hôtes, notamment en zone rurale, et les sites d’hébergement improvisés en milieu urbain, dépourvus d’accès à l’eau, à la santé et à l’alimentation. La zone métropolitaine de Port-au-Prince, en particulier, demeure l’épicentre de la violence, où la plupart des PDIs habitent surtout dans des sites de fortune, exposées à des conditions de vie alarmantes telles que le manque de nourriture et d’opportunités de revenus, l’épuisement des moyens d’existence, entre autres.
- De plus, les déportations massives d’Haïtiens, près de 136 000 personnes entre janvier et juin 2025, dont 98 pour cent sont en provenance de la République dominicaine, mais aussi des États-Unis, des Bahamas et des îles Turques et Caïques, aggravent encore la pression sur les communautés locales. Elles seront confrontées au défi des moyens de subsistance limités, poussant certains jeunes déportés, sans perspectives économiques, à rejoindre les gangs armés, alimentant ainsi un cercle vicieux de violence.
- La dégradation sécuritaire a également perturbé l’activité commerciale, formelle comme informelle, qui représente les deux tiers du tissu économique national. Le contrôle accru des principales routes et axes d’approvisionnement, notamment les nationales 1 et 2, par des gangs armés, qui imposent des droits de passage sur les produits de base, limitent fortement l’accès physique et économique à la nourriture. Les marchés du centre-ville de Port-au-Prince, surtout Croix-des-Bossales, restent dysfonctionnels, contraignant les détaillants à migrer vers des zones comme Pétion-Ville et Delmas. Les produits locaux parviennent difficilement dans la capitale, ce qui entraîne la hausse des prix et réduit considérablement les marges bénéficiaires des agriculteurs.
- Les prix des denrées alimentaires de base restent très élevés, sous l’effet combiné de l’inflation et de la rareté des produits locaux. L’inflation des produits alimentaires s’est maintenue à un niveau supérieur à 31 pour cent en glissement annuel au premier semestre 2025, dépassant l’inflation globale qui oscille entre 20 et 30 pour cent. Dans ce contexte, l’accès économique à la nourriture est fortement compromis, notamment pour les ménages urbains pauvres dont les revenus sont en chute libre. Les zones les plus touchées sont celles où l’activité économique est paralysée par les violences, comme Port-au-Prince, Croix-des-Bouquets, Delmas, mais aussi dans les communes rurales confrontées au contrôle des circuits de commercialisation par les gangs.
- Sur le plan agricole, le mois de juillet coïncide avec la période des récoltes de printemps, notamment dans les départements du Sud, de la Grand’Anse, du Nord, de l’Artibonite et des Nippes. Grâce à des précipitations proches ou supérieures à la moyenne en mars et avril, les productions de maïs, haricot, riz et tubercules sont estimées proches de la normale. Toutefois, ces récoltes n’alimentent que très partiellement les marchés de Port-au-Prince, en raison de l’insécurité qui empêche les agriculteurs et les commerçants d’y acheminer leurs produits. Bien que ces récoltes soient une source de nourriture pour les ménages ruraux, elles ne profitent pas aux producteurs, en ce qui se rapporte aux revenus, compromettant ainsi leur capacité à acheter d’autres biens alimentaires ou à investir dans les prochaines saisons agricoles, en particulier la campagne d’automne. Les perspectives pour la campagne agricole d’automne sont déjà en deçà de la normale. L’insécurité empêche l’accès aux terres et entrave les préparatifs de la saison, tandis que le manque de soutien technique et financier limite la capacité des agriculteurs à produire. Le financement des activités agricoles d’urgence reste insuffisant, malgré l’appel de la FAO de 48 millions de dollars pour venir en aide à plus de 600 000 personnes, car la couverture actuelle est très faible, même dans les zones prioritaires comme la Grand’Anse ou l’Artibonite.
- Dans ce contexte de détérioration généralisée, les besoins humanitaires augmentent à un rythme plus rapide que la capacité de réponse, avec une aide alimentaire en forte diminution à cause des difficultés de financement. La réduction significative des projets d’assistance humanitaire et de développement depuis janvier 2025 a profondément affecté les capacités de réponse des acteurs humanitaires, laissant des millions de personnes encore plus exposées. En outre, la vulnérabilité structurelle de la population, combinée avec l’effondrement progressif des mécanismes d’entraide sociale, contribuera à la détérioration de la sécurité alimentaire en Haïti entre juillet et décembre, en l’absence de réponse d’urgence appropriée et de solution politique et sécuritaire durable.
Citation recommandée: FEWS NET. Haïti Mise à jour des messages clés Juillet 2025: La recrudescence de la violence des gangs continue de détériorer la situation de la sécurité alimentaire en Haïti, 2025.
Cette mise à jour des des messages clés présente une analyse succincte des conditions actuelles d'insécurité alimentaire aiguë et de toute évolution de la dernière projection de FEWS NET concernant les résultats de l'insécurité alimentaire aiguë dans la géographie spécifiée. Pour en savoir plus sur le travail, cliquez ici.