Perspectives sur la sécurité alimentaire

L’instabilité sociopolitique accentue les besoins d’aide alimentaire déjà élevés après le séisme.

Octobre 2021

Octobre 2021 - Janvier 2022

Février - Mai 2022

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC v3.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

Messages clés

  • Le climat sécuritaire s’est détérioré depuis le début du mois de septembre. Les activités criminelles et les enlèvements contre rançons se sont intensifiés. Cela, ajouté à la rareté persistante du carburant, a poussé la population à adopter des journées de grève entrainant la paralysie des activités économiques, principalement dans les grandes villes, entrainant la perturbation du transport public, entrepôts, entreprises et écoles.

  • L’irrégularité dans la distribution spatio-temporelle des pluies, les effets résiduels du séisme et de la dépression tropicale Grace sur la production agricole respectivement dans le Sud, la Grand ’Anse, les Nippes et le Sud-est, se caractérisant par la perte de biens productifs, y compris des intrants, entre autres, limitent la performance de la campagne agricole d’automne.

  • Le taux de change gourde/dollar continue de se déprécier amplifiant la volatilité du pouvoir d’achat des ménages. Les prix des produits alimentaires importés, fortement corrélés au taux de change du marché informel, restent significativement au-dessus de la moyenne. 

  • Les zones affectées par le séisme (Sud, Nippes, Grand ‘Anse) et la dépression tropicale Grace (Sud-est), celles où les récoltes seront inférieures à la moyenne (Nord-Ouest, Nord-Est, Haut-Plateau, Haut-Artibonite, Ouest), et Port-au-Prince, sous l’emprise des gangs, seront en Crise (IPC Phase 3), les ménages encore contraints d'adopter des stratégies de crise (consommation des récoltes précoces ou des semences, vente de bois, réduction de la qualité et/ou de la quantité des repas, etc.) pour maintenir leur consommation alimentaire. Dans certaines zones telles que Camp Perrin, Maniche, et Pestel, l’assistance alimentaire permettra aux ménages pauvres de couvrir leurs besoins alimentaires ; ils sont alors en Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC).

CONTEXTE NATIONAL

Situation actuelle

Le retour de la Peste Porcine Africaine en Haïti. Depuis la découverte de la Peste Porcine Africaine (PPA) en République Dominicaine, les autorités sanitaires haïtiennes ont pris des mesures préventives, en particulier celles d’interdire l’importation de la viande et des produits dérivés de porc sur le marché haïtien et d’effectuer des tests de diagnostic le long de la frontière. Malgré tout, cela n’a pas empêché l’introduction de la PPA sur le territoire haïtien, en particulier dans la zone frontalière d’Anse-à-Pitre, où le premier cas a été confirmé le 21 septembre, 2021. Bien que le nombre de cas signalés soit faible en Haïti, étant donné la nature hautement transmissible du virus et la faible capacité de dépistage adéquat, FEWS NET suppose que le nombre réel de cas de PPA en Haïti soit plus élevé que celui réellement signalé. Il existe peu d'informations sur le nombre de décès porcins dus à la PPA, mais FEWS NET prévoit que les décès sont plus élevés que ceux reportés.

N’ayant aucun traitement et vaccin contre la PPA, l’approche du Gouvernement consiste à abattre et enterrer avec de la chaux tous les porcs suspects. Le ministère de l’agriculture, en charge de ce dossier, avec le support de la FAO, prend des dispositions pour circonscrire l’expansion de la maladie. De plus, selon des informateurs clés, l’annonce de l’apparition de cas de Peste Porcine Africaine en Haiti a incité les éleveurs de porcs à réduire leur cheptel porcin par des ventes excessives, en prévision des impacts potentiels de l’épidemie sur leur revenu.

Il est important de rappeler que l’élevage en général a une fonction d’épargne dans l’économie paysanne haïtienne. Selon le MARNDR, la population porcine a été estimée à 1,1 million en 2009 (Atlas Agricole 2009). Depuis, le cheptel porcin a chuté, se situant entre 800,000 et 1,000,000. Les principales zones de production de porcs sont dans la région du Sud du pays (Figure 1). Mais le nombre moyen par ménage est surtout important dans le Sud-est, particulièrement dans la zone de moyen d’existence HT07, où, avant le passage de la dépression tropicale Grace, le nombre moyen avoisinait 2 porcs par ménage. En effet, selon l’ESSAN 2021, le nombre moyen de porcs par ménage dans cette région a diminué à la suite des impacts de Grace jusqu’à 0.82 porcs contre une moyenne nationale qui est tombée de 0.73 porc par ménage à 0.55.

La hausse de prix du pétrole sur le marché international. Depuis le mois de juin, durant lequel les gangs commençaient à s’affronter à Port-au-Prince, le blocage des voies principales (Martissant, Varreux, etc.), empêchait la distribution de l’essence dans les différentes stations dans la capitale haïtienne et dans les villes de provinces. La rareté artificielle que cela provoque, en plus de la hausse de prix du carburant sur le marché international, a entrainé une augmentation du prix de ce produit stratégique sur le marché parallèle. Par exemple, le prix du gallon d’essence sur le marché informel a connu une flambée depuis septembre. Au 25 octobre, cela se vend jusqu’à 3000 gourdes dans certains endroits alors que le prix sur le marché formel est de 201 gourdes le gallon. Cette situation s’est davantage aggravée, ceci à deux égards.

D’une part, les activités criminelles des gangs se sont accentuées depuis septembre, rendant le transport public quasi impossible sur certaines artères et bloquant l’accès aux stations d’essence. D’autre part, la nouvelle hausse de prix du carburant sur le marché international vient alourdir davantage la facture pétrolière pour l’État haïtien, lequel encourt déjà des déficits significatifs de plus de 21 milliards de gourdes en subventionnant le prix du carburant au cours de l’exercice fiscal 2020/2021. Selon le ministre de l’Économie et des Finances, l'augmentation des prix du carburant sur le marché international alourdit sa facture d’importation en Haïti et porterait le montant de la subvention de ce produit par l’État haïtien à plus de 30 milliards de gourdes, soit une hausse approximative de 43 pour cent par rapport à l’exercice fiscal précédent (Haïti économie). Dans cette optique, la rareté de carburant sur le marché haïtien persiste, ce qui suscite, à certains égards, les grèves et les protestations observées ces derniers jours à travers le pays.

La dépréciation de la gourde. Après l’appréciation brusque en septembre 2020 à la suite des injections successives de la devise américaine sur le marché bancaire, le taux de change gourde/dollar s’est apprécié rapidement dès le mois de novembre 2020. Lente au début, la dépréciation du taux de   change de la monnaie nationale s’est accélérée à partir d’avril 2021, la Banque Centrale Haïtienne n’étant pas en mesure d’intervenir pour la contenir en raison de l’effritement drastique de ses réserves nettes de change. Conséquemment, la crise socio-politique aussi aidant, le taux de change gourde/dollar s’est déprécie de près de 46 pour cent entre octobre 2020 et octobre 2021, le dollar américain s’échangeant à 98.93 gourdes contre 62.59 gourdes en octobre de l’année dernière (Figure 2).

Le contexte de la pandémie de la COVID-19. Depuis la découverte des deux nouvelles variantes de COVID-19 en Haïti, Mu et Delta, lesquelles variantes réputées extrêmement contagieuses, une augmentation du nombre d’infection a été observée. Selon le ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), jusqu’au 11 octobre, le nombre de cas se chiffre à 23 042 personnes, soit une augmentation de plus de 42 pour cent, comparativement au mois de juin. Les cas de décès ont aussi augmenté de près de la moitié, passant de 333 personnes en juin à 657 durant la même période.

Cette résurgence se fait dans un contexte où le processus de vaccination, qui a débuté en juillet 2021, n’a pas vraiment progressé. A la mi-octobre, 27,035 personnes ont été vaccinées, soit moins de 0.3 pour cent de la population pour 5.4 pour cent des vaccins disponibles. Cela porte les autorités haïtiennes, à l’approche de la date d’expiration de ces vaccins en novembre 2021, d’envisager de retourner le stock restant ou de le passer à d’autres pays de la région, la population haïtienne étant très peu enclin à se faire vacciner.

Cette tendance a poussé certains responsables sanitaires à parler d’une quatrième vague de COVID-19 dans le pays. Malgré tout, il n’y a pas encore de nouvelles mesures de restrictions si ce n’est que d’avertir la population du danger de la situation et de la nécessité de maintenir les gestes barrières et les mesures de distanciation sociale, le port du masque, etc.

Le contexte sociopolitique. La crise politique actuelle s’est considérablement aggravée à la suite de l’assassinat du président Moïse en juillet 2021, culminant avec de nouveaux troubles politiques. Malgré le transfert pacifique du pouvoir à Ariel Henry, que Moise a nommé Premier Ministre un jour avant son assassinat, et l’accord ultérieur d’Henry avec des groupes de la société civile pour organiser les élections présidentielles, diverses factions politiques continuent de se disputer le pouvoir. Par ailleurs, les appels à la grève, en raison de la détérioration du climat sécuritaire et de la rareté de carburant sur le marché haïtien, perturbent davantage les activités économiques, formelles et informelles, ceci pendant presque deux semaines dans les grandes villes du pays, particulièrement dans la capitale (Figure 3).

La recrudescence des activités criminelles liées aux gangs et des enlèvements visant des églises et des dirigeants de la société civile, en particulier dans la capitale, Port-au-Prince, est de nature à détériorer davantage la situation sécuritaire du pays (Figure 4). Des affrontements entre gangs rivaux dans les quartiers Martissant, Croix-de-Bouquets, Laboule 12, Cité Soleil, Bel Air, Torcelle, et Fontamara ont entraîné d’importants déplacements de population, soit environ 19 000 personnes, ceci depuis juin. Tout cela ne fait qu’engendrer des perturbations dans les transports publics et des marchés induisant des pénuries notables de produits de base et de carburant.

Aggravant des niveaux déjà élevés d’insécurité dans la capitale, le pays est également aux prises avec les effets du tremblement de terre majeur qui a dévasté plusieurs zones du sud le 14 août 2021. Bien que les gangs armés aient promis un passage sûr pour que les humanitaires et les victimes du tremblement de terre passent par Martissant, une importante zone de transport de la capitale vers les zones touchées, plusieurs barrages routiers et attaques de convois auraient augmenté à la fin du mois d’août, mais ont depuis diminué en septembre en raison de la réduction du trafic humanitaire.

Conditions pluviométriques et impact sur la production agricole. De la troisième décade d’août à la troisième décade de septembre, des pluies en dessous de 40 pour cent à la moyenne, ont été enregistrées. Dans certains départements, les pluies par décade ont été inférieures à la moyenne, à plus de 50 pour cent, particulièrement le Nord-Ouest et le Sud-Est. La troisième décade du mois d’août a accumulé le plus faible déficit pluviométrique par rapport à la moyenne. Les pluies ont été inférieures à la moyenne à plus de 60 pour cent dans 8 départements (hormis la Grand ’Anse et les Nippes) et à plus de 70 pour cent au niveau de 5 autres (le Centre, le Nord, le Nord-est, l’Ouest et le Sud-Est).

Cette irrégularité dans la distribution spatio-temporelle des pluies n’a pas permis au sol de maintenir un niveau d’humidité assez suffisant pour garantir normalement la croissance et le développement des plantes saisonnières à cycle court comme le haricot, le maïs, entre autres. Toutefois, les plantes les plus résistantes au stress hydrique à cycle relativement plus long comme la banane, la patate douce, les tubercules, entre autres, ont pu passer cette période de rareté de pluies jusqu’à maintenir un indice de végétation autour de la moyenne pendant la période (Figures 5 et 6).

Outre la situation climatique déficitaire, les effets résiduels du séisme sur les infrastructures de production et sur les cultures en cours au niveau des départements du Sud, de la Grand’Anse et des Nippes, et ceux des inondations liées au passage de la dépression tropicale Grace dans le Sud-Est, limitent la performance agricole d’été et d’automne. Selon le ministère de l’Agriculture, les pertes de cultures ont été plus importantes dans le Sud-Est en particulier pour le pois congo, le maïs et surtout le haricot, soit respectivement des baisses de l’ordre de 20, 30 et de 45 pour cent. Toutes régions confondues, l’impact a été plus important sur le secteur agricole et la pêche.

Les marchés et les prix. Au cours du mois de septembre, les marchés ont fonctionné normalement, à l’exception encore de ceux de la Croix des Bossales et de la Croix des Bouquets, respectivement situés au Centre-ville de Port-au-Prince et dans la commune de Croix-des-Bouquets, en proie aux activités criminelles des gangs armés. Cela, ayant paralysé le fonctionnement normal de ces marchés, entraine une diminution de la demande impactant négativement les prix des produits alimentaires de base. Globalement, les prix des produits locaux, en particulier le maïs et le haricot, ont baissé à l’échelle nationale de 2.5 et 3 pour cent en moyenne, respectivement, notamment dans le grand Sud, où les marchés ont repris leur fonctionnement normal après étant partiellement détruites par le séisme. Cette tendance s’attribue aux récoltes d’été observées, malgré qu’elles soient en-dessous de la normale. Pour les marchés situés dans les zones durement frappées par le séisme, la baisse observée résulte encore de la diminution de la demande en raison, notamment, de l’afflux d’aide humanitaire d’urgence aux victimes, lequel accroit la disponibilité alimentaire au niveau des ménages bénéficiaires. De surcroit, les prix du haricot et du maïs ont significativement baissé par rapport à l’année dernière mais restent atypiquement élevés par rapport à la moyenne de cinq ans.

Les prix des produits importés continuent de s’accroitre, mais de façon plus ou moins modérée (Figure 7). En effet, le prix du riz importé a montré une relative stabilité ayant chuté de moins de 1 pour cent en septembre, en comparaison au mois d’août.

Sur le front des autres produits tels que l’huile comestible, la farine de blé, etc., les prix continuent d’afficher un comportement à la hausse en septembre, mais de manière moins significative, comparé au mois d’août, soit respectivement de 1 et 4 pour cent en moyenne au niveau national.

Situation du bétail. A la faveur des pluies d’octobre qui ont occasionné la disponibilité de l’eau et du fourrage, l’état physique des animaux est globalement normal. Toutefois, la filiere a été severement touchée par les inondations générées par Grace, notamment au niveau des caprins.

Main-d’œuvre agricole et autres sources de revenu. Le revenu tiré de la vente de main-d’œuvre est limité en raison de la faible capacité d’embauchemnent des mieux lotis, en raison des impacts residuels de différents des chocs climatiques, sociopolitiques, et économique qui reduisent leur capacité d’investir dans la main-d’oeuvre. Avec très peu de produits de récoltes en ce moment, la période normale de récolte étant en Juillet pour l’ensemble du pays, le revenu de la main-d’oeuvre agricole compte très peu présentement. La vente de bois et de charbon de bois est autour de la normale, bien que les menages doivent intensifier leurs efforts pour accéder à la ressource qui se raréfie progressivement. Les menages pauvres en milieu  urbain tirent des revenus du petit commerce, qui restent toutefois en dessous de la moyenne, en raison des turbulances socio-politiques, des affrontements armés entre  gangs et de la baisse de la demande solvable. Le revenu de la migration en République Dominicaine, importante source de revenus pour les ménages pauvres des zones frontalières, reste en dessous de la moyenne a cause  de la prévalence de la COVID-19 et d’autres mesures de contrôle de flux migratoire en territoire voisin et dans d’autres regions (Mexique, Bahamas, etc.), donnant lieu à des déportations massives ces derniers mois.

Impact sur la sécurité alimentaire. De septembre à octobre, l’accès de ménages pauvres à l’alimentation s’est détérioré. En effet, dans un contexte de faible récolte d’été et d’automne, de prix élevés et supérieurs à la moyenne quinquennale, de revenu en dessous de la moyenne, de troubles sociopolitiques impactant négativement l’approvisionnement de certains marchés, de rareté de carburant avec son effet direct sur les prix des produits, le pouvoir d’achat des pauvres s’est détérioré alors qu’ils doivent faire l’arbitrage des dépenses scolaires et alimentaires. 

Dans certaines zones comme le bas-Nord-Ouest, le Haut Plateau Central, les quartiers pauvres urbains, les zones sèches, les zones affectées par le séisme ayant reçu très peu ou aucune assistance, entre autres, les ménages font face à des stratégies de crise ou d’urgence telles que l’intensification de la vente de charbon et d’animaux, la consommation des semences et d’aliments à faible valeur nutritive, etc., pour maintenir leur consommation courante. Ces zones font donc face à une insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC).

Dans des zones moins affectées par les chocs climatiques, mis à part l’impact de l’instabilité politique et de l’insécurité et les zones irriguées, les ménages ont recours à des stratégies de Stress telles que la réduction des dépenses non essentielles, l’intensification des achats de nourriture à crédit, la consommation de nourriture non préférée, la réduction de la consommation des adultes au profit des enfants, etc., pour maintenir leur consommation courante. Elles sont donc en Stress (Phase 2 de l’IPC). Quelques zones ayant été affectées par le séisme, mais qui ont reçu et continuent de recevoir une assistance alimentaire couvrant une bonne partie de leurs besoins alimentaires, se retrouvent en Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC).

Suppositions

Le scenario le plus probable de la sécurité alimentaire d’avril à septembre 2021 se base sur des suppositions fondamentales, par rapport à l’évolution du contexte national, qui sont :

Pluviométrie- agro climatologie

  • Selon les prévisions de l’USGS, des précipitations en dessous de la moyenne sont attendues entre août et décembre 2021.
  • A partir de janvier des conditions normales, caractérisées par de faible pluviométrie, seront observées, ceci jusqu’en mars 2022.
  • D’octobre à mai, des températures supérieures à la moyenne et moyennes sont attendues.
  • Sur la base des prévisions de nombreuses institutions, une activité cyclonique supérieure à la moyenne est encore attendue jusqu'en novembre.

Impact du séisme

  • Les pertes (agricoles, dans l’élevage, biens, vies humaines) dues au séisme du 14 août 2021 et de la tempête Grace enregistrées par le ministère de l’agriculture dans le grand-sud continueront d’avoir des impacts négatifs pendant toute la période du scénario, ceci dans différents secteurs de la vie économique : agriculture (baisse des superficies cultivées, pertes de semences), baisse de la demande d’embauche avec la fermeture des entreprises, ralentissement des activités de pêche, d’élevage, etc.

COVID-19

  • L’analyse de la situation au 11 octobre de la COVID-19 montre une augmentation de nouveaux cas, le faible taux de vaccination, de nouvelles vagues restent possibles.
  • La campagne de vaccination va continuer, mais le taux de couverture restera faible.
  • Compte tenu des tendances observés en 2021, il est probable qu'aucune nouvelle mesure contre le COVID-19 ne sera mise en œuvre malgré la volatilité du nombre de cas.

Situation sociopolitique

  • L'incertitude socio-politique, qui a suivi l’assassinat du président Haïtien Jovenel Moise, devrait entraîner une augmentation des troubles, des manifestations et des violences associées aux élections générales, reportées au mois de novembre 2021.
  • L'environnement sécuritaire d'Haïti s'est encore détérioré depuis juin en raison d'une recrudescence des activités criminelles liées aux gangs et des enlèvements, en particulier dans la capitale Port-au-Prince. Il est probable que ces niveaux élevés de violence des gangs se poursuivront aux niveaux actuellement élevés tout au long de la période de projection, et qu’ils augmenteront probablement pendant les périodes de vacances telles que Noël, le nouvel an et le Carnaval.

Assistance humanitaire.

  • Les nouveaux défis engendrés par le séisme du 14 août portent à anticiper que l’assistance humanitaire continuera d’affluer, et sera surtout concentrée dans les trois départements affectés, particulièrement le Sud.

Le contexte macroéconomique

  • L’importante contraction des réserves officielles nettes de change ne permettra pas à la Banque Centrale haïtienne de pouvoir intervenir sur le marché des changes pour contenir la dépréciation progressive de la gourde. Dans ce sillage, le taux de change maintiendra sa tendance haussière enregistrée depuis le premier trimestre de l’année 2021. Cette tendance sera soutenue par l’instabilité sociopolitique et les impacts négligeables d’éventuelles mesures de la Banque Centrale. Ce qui amplifiera le renchérissement des produits alimentaires importés, même dans un contexte de marché international de céréales favorable, le cas du riz en particulier.
  • Les exportations, déjà insignifiantes, ne seront pas à même de compenser l’effritement des réserves nettes de change de la BRH.
  • L’inflation se poursuivra pendant la période du scénario et suivra la tendance du taux de change, notamment pour les biens importés.
  • Les transferts suivront leur tendance saisonnière à la hausse entre octobre 2021 et janvier 2022, ce qui favorisera l’alimentation en devise du marché et ralentira la dépréciation de la gourde. Par ailleurs, l’afflux des transferts dû au séisme fera augmenter les transferts au-dessus de la normale.
  • La tendance à la hausse du prix du pétrole sur le marché international et « la pression fiscale supplémentaire » qu’elle crée sur le budget public, portent à envisager la fin des subventions des produits pétroliers en Haïti. Par ricochet, les prix à la pompe devront rebondir, induisant ainsi des hausses des prix du transport public et, conséquemment, le renchérissement des produits de première nécessité, alimentaires et non alimentaires, sur les différents marchés locaux.

Production agricole

  • Pour les campagnes agricoles d’automne 2021, d’hiver (2021-2022) et de printemps 2022, la disponibilité de semences sera en dessous de la normale à cause d’une baisse des appuis en semence des principales organisations qui seront plus concentrées dans les zones les plus affectées par le séisme du 14 août 2021, de l’irrégularité des pluies, entre autres.
  • La production agricole des campagnes d’automne 2021 et d’hiver (2021-2022) seront alors en dessous de la moyenne.
  • Au regard des impacts du séisme, notamment sur les moyens d’existence, les activités de lancement de la campagne agricole de printemps 2022 pourront être en dessous de la normale dans les zones touchées par le séisme (Grand’Anse, Nippes et Sud) et par l’ouragan Grace (Sud-est), étant donné la décapitalisation des agriculteurs à la suite de ces deux chocs.

Sources de revenu

  • La Peste Porcine Africaine (PPA), diagnostiquée en juillet en République Dominicaine, est maintenant présente en Haïti, ceci malgré les mesures restrictives annoncées contre sa propagation. En raison du manque de capacité de contrôle/gestion du territoire par le Gouvernement haïtien et en tenant compte de la nature poreuse de la frontière haïtiano-dominicaine et de la tendance des décès anticipés en République Dominicaine, une perte de 30 pour cent du cheptel national d’Haïti est anticipée au cours des prochains huit mois.
  • Le flux commercial et migratoire entre Haïti et la République Dominicaine est susceptible d’être limité par le gouvernement haïtien à la suite du diagnostic de la PPA en République Dominicaine. De plus, la sécurité sur la frontière sera renforcée par le gouvernement dominicain à cause des troubles sociopolitiques en Haïti. Ainsi, le revenu tiré de la migration des Haïtiens en République Dominicaine restera inférieur à la normale.
  • Le revenu tiré de la vente de produits agricoles sera en dessous de la normale puisque les récoltes seront en dessous de la normale.

Autres sources de revenu

  • Dans le contexte actuel, la vente de charbon et le petit commerce (agricole et non agricole) auront un comportement normal durant la période de perspective.

Prix/Marchés

  • L’approvisionnement des marchés devrait se faire de façon normale, mais avec des coupures sporadiques dans Port au Prince à cause de la situation sociopolitique et d’éventuelles mesure-barrière au niveau des postes-frontières haïtiano-dominicaines. Ces coupures sporadiques, dues aux actions (contrôle de certains espaces) des gangs armés à Port-au-Prince, limiteront la circulation des marchandises et occasionneront la fermeture des entrepôts dans d’autres villes de provinces.
  • Les prix des aliments de base, notamment les produits importés, vont rester à la hausse et au-dessus de ceux de 2020 et ceux de la moyenne quinquennale, ce, à cause de la dépréciation de la gourde par rapport au dollar et au peso dominicain.

Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

D’octobre 2021 à janvier 2022, compte tenu des conditions agro-climatologiques défavorables prévues pour cette période, la performance de la campagne d’automne sera en dessous de la moyenne, donnant aussi lieu à des revenus agricoles en-dessous de la normale.

L’insécurité alimentaire des ménages pauvres sera aussi amplifiée par des pertes éventuelles au niveau du cheptel porcin, susceptible d’être emporté par la PPA. Selon les informations de base de FEWS NET, dans toutes les zones de moyens d'existence, la plupart des ménages pauvres possèdent entre 0 et 2 porcins. Lorsqu'une baisse de 30 pour cent des ventes de porcs a été supposée par FEWS NET, correspondant à une perte de 30 pour cent d'un troupeau en raison de décès liés à la PPA, la plus grande variation en pourcentage des calories consommées pour un ménage était une perte de 2 pour cent de kcal chez les ménages très pauvres de la zone de moyenne d’existence des Plaines Bananières Occidentales de l'Arcahaie (HT05).

En outre, les zones touchées par le séisme et la dépression tropicale Grâce, le Sud, les Nippes, la Grand’Anse et le Sud-est, pourront enregistrer aussi des récoltes en-dessous de la normale, induisant des revenus inférieurs à la moyenne. Les ménages les plus pauvres devront encore recourir majoritairement à des stratégies de Crise comme l’intensification de la vente de charbon, la consommation des aliments à faible qualité nutritionnelle ou précoces, etc.) et de Stress comme la réduction de la quantité consommée et de la qualité de la diète, l’achat à crédit, entre autres) pour pouvoir maintenir leur niveau de consommation alimentaire. Une insécurité alimentaire de Crise (IPC Phase 3) et sera alors observée. Quelques-unes de ces zones qui vont continuer à recevoir une assistance alimentaire couvrant une bonne partie de leurs besoins alimentaires jusqu’en février 2022, se retrouvent en Stress ! (Phase 2 ! de l’IPC).

La période de février à mai 2022 coïncide avec le pic des récoltes d’hiver, le lancement des activités de la campagne de printemps 2022 et la période de soudure. L’approvisionnement des ménages aux marchés restera prédominant avec la période de soudure caractérisée par une réduction significative des activités de récoltes. L’effet résiduel des campagnes agricoles d’été/automne et d’hiver en dessous de la moyenne durant l’année 2021, induisant la décapitalisation des agriculteurs, se traduit par une capacité d’investissement réduite susceptible d’impacter les préparatifs pour la campagne de printemps de 2022. Le revenu des plus pauvres sera encore en-dessous de la moyenne.

De plus, la situation sociopolitique déjà très instable est susceptible de se dégrader, conduisant ainsi à la dépréciation de la gourde. Une hausse de prix des denrées alimentaire de base importées, ajoutée à la hausse saisonnière des prix pendant la période de soudure, va encore détériorer le pouvoir d’achat des ménages pauvres. Dans ces conditions, ces ménages devront continuer de recourir à des stratégies d’adaptation négatives pour satisfaire leurs besoins alimentaires. Ainsi, la plupart des zones du pays seront en insécurité alimentaire de Crise (Phase 3 de l’IPC) et de Stress (Phase 2 de l’IPC).

EVENEMENTS QUI POURRAIENT CHANGER LES SCENARIOS

Zone

Evénements

Impact sur les conditions de la sécurité alimentaire

National

Apaisement des troubles sociopolitiques

La diminution de la violence induirait le fonctionnement de l’économie et des marchés. Ceci conduirait à une augmentation de la disponibilité et de l’accès alimentaires, portant plus de ménages à adopter moindre des stratégies négatives. Ainsi, un nombre plus moins important de zones et de ménages pourrait être en crise (phase 3 de l’IPC).

National

Une détérioration de fond de la situation induite par la pandémie du COVID-19

L'éventualité d’une forte détérioration de la crise sanitaire due à la pandémie de COVID-19 devrait obliger le gouvernement à prendre des mesures drastiques devant limiter le fonctionnement normal des marchés, le déroulement des activités informelles et nocturnes. Ceci devrait augmenter le nombre de personnes et de zones en Crise alimentaire (Phase 3 de l’IPC).

National

Perte totale du cheptel porcin au niveau nationale

L’éventualité de l’abattage systématique du cheptel porcin comme c’était le cas en 1978 aura probablement des effets néfastes non seulement sur le revenu des éleveurs et vendeurs mais aussi sur d’autres secteurs de l’économie comme l’agriculture, le commerce, l’éducation, etc. En outre, une baisse de 100 pour cent des ventes de porcs, en raison de décès liés à la PPA, entrainerait une plus grande variation des calories consommées par ménage. Cela représenterait une perte de 6 pour cent de kcal chez les ménages très pauvres de la zone de moyen d’existence « Plaines Bananières de l'Arcahaie » (HT05) par exemple.

Zones de production

Une saison cyclonique plus intense que la normale

Inondations dans les zones de production de riz, de maïs, de haricot, pourrait occasionner des pertes importantes des cultures et récoltes de printemps, d’été et d’automne. Ce qui causerait des dommages aux moyens d’existence des ménages plus pauvres, spécialement durant les quatre premiers mois de la perspective.

Zones de production

Un épisode de sécheresse

Déficit hydriques affectant les cultures saisonnières, diminution considérable des fourrages et de l’eau disponible pour le bétail, retard dans le lancement de la campagne de printemps 2022. Cela causerait aussi des dommages aux moyens d’existence des ménages plus pauvres et la demande de main-d’œuvre agricole.

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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