Perspectives sur la sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire devrait s’améliorer avec les récoltes de printemps en juin/juillet

Juin 2017 - Janvier 2018

Juin - Septembre 2017

Haiti June 2017 Food Security Projections for June to September

Octobre 2017 - Janvier 2018

Haiti June 2017 Food Security Projections for October to January

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Serait probablement pire, au moins une phase, sans l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
La manière de classification que FEWS NET utilise est compatible avec l’IPC. Une analyse qui est compatible avec l’IPC suit les principaux protocoles de l’IPC mais ne reflète pas nécessairement le consensus des partenaires nationaux en matière de sécurité alimentaire.
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.

IPC 2.0 Phase d'Insécurité Alimentaire Aiguë

Pays de présence:
1: Minimale
2: Stress
3: Crise
4: Urgence
5: Famine
Pays suivis à distance:
1: Minimale
2: Stress
3+: Crise ou pire
Serait probablement pire, au moins une phase, sans
l'assistance humanitaire en cours ou programmée
Pour les pays suivis à distance par FEWS NET, un contour coloré est utilisé pour représenter la classification de l’IPC la plus élevée dans les zones de préoccupation.
Partenaires: 
MARNDR/CNSA

Messages clés

  • La sécurité alimentaire en Haiti devra s'améliorer dès juin/juillet avec les récoltes de printemps et la baisse des prix qui y est associées. Entre juillet et septembre 2017, le pays sera en insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC) et dans les zones affectées par l’ouragan Matthew, en Stress (Phase 2 de l’IPC). 

  • D’octobre 2017 à janvier 2018, la combinaison des récoltes et la main d’œuvre agricole et non agricole maintiendront la plupart du pays en Minimale (Phase 1 de l’IPC), sauf certaines zones localisées dans la Grand'Anse, Sud, Sud-Est et Nippes qui seront en Stress (Phase 2 de l’IPC). 

  • Les premières indications suggèrent une production agricole de printemps 2017 autour de la moyenne, avec des pluies cumulatives autour ou au-dessous de la moyenne. Néanmoins, la saison a été marquée par des inondations en avril/mai, des périodes de sécheresse en mai/juin, et démarrage tardif qui affectent probablement les récoltes dans certaines zones.

Contexte Nationale

Situation actuelle

Progrès saisonnier du printemps

Des pluies abondantes et bien réparties à travers le pays marquent la première saison agricole de 2017, ce qui fournit près de 60 pour cent de la production annuelle en Haïti. Les cumuls pluviométriques ont été moyenne dans le plupart du pays et ont été au-dessus de la moyenne dans la partie sud-ouest des départements de la Grand’Anse et du Sud. Les produits de télédétection et les rapports sur terrain indiquent que la saison a commencé d’une à deux semaines d’avance, sauf en quelques parties du Haut Plateau, les Nippes, le Nord-Est et le Nord-Ouest où les rapports sur terrain indiquent des pluies tardives. Dans le plupart du pays de très fortes pluies ont eu lieu entre mi-avril et mi-juin, surtout dans la Grand’Anse et le Sud, ce dernier entrainant les inondations et des pertes de cultures de haricots dans certains endroits localisés.

Les pluies se sont déclinées de façon significative entre mi-mai et mi-juin, menant à des périodes de sécheresse prolongées dans les dernières semaines de la saison. Les rapports du terrain indiquent un effet mixte sur les cultures, avec des pluies en fin juin supportant la réussite des cultures, mais dans certains endroits la sécheresse a mené à des réductions de rendements.

Mises à part des inondations localisées dans quelques communes de la Presqu'ile du Sud notamment, les pluies sont favorables au développement des cultures de printemps (hormis le haricot). La différence dans la santé et le développement de la végétation par rapport à la moyenne (2007 à 2015) est évidente selon l’Indice de différence normalisée de la végétation (NDVI). A travers le pays, le NDVI a montré des conditions au-dessus de la moyenne lors du pic de la saison (Figure 1).

Impact sur la production agricole.

Une production saisonnière proche de la normale. De manière générale, les pluies favorisent le développement des principales cultures de printemps, dont en particulier le maïs et le haricot, bien qu'ayant causé en certains endroits des inondations et des pertes de cultures. Le maïs, en particulier, constitue encore la culture saisonnière qui a le mieux profité de ces conditions climatiques. Les agriculteurs l’ont semé dans des proportions proches de la moyenne dans les zones agro écologiques du pays où les pluies ont commencé en février et mars, bien que l'appui en intrant attendu cette année n'ait pas été au rendez-vous dans certaines régions. On doit signaler que la plupart des aides pour cette campagne a été concentrée dans les zones touchées par le passage de Matthew, comme le Grand Sud et une partie du Nord-Ouest. Dans les autres régions, les agriculteurs ont dû eux-mêmes faire face à la rareté et à la cherté des semences. De telles contraintes ont eu un impact négatif sur les superficies cultivées dans les Nippes, le Haut Plateau, le Haut Artibonite, et le Nord-est.

Néanmoins dans les régions emblavées, le maïs se développe très bien et atteint présentement une phase d'épiaison avancée. C'est le cas des départements du Sud, du Sud-est, de la Grand'Anse, de l'Artibonite (zone de montagnes), du Nord et du Nord-est. Dans les zones où les semis étaient initiées en février, la récolte du maïs vert est en cours (Bas Plateau, Sud) et même déjà réalisée dans la vallée de l'Artibonite où les récoltes ont été supérieures à la production d'une année normale. Pour les autres régions, l'actuel développement de cette culture laisse présager de bonnes récoltes. Cela est surtout évident dans le Nord-est et dans les Nippes où l'arrêt des pluies, de la fin de mai à la première décade de juin, a failli compromettre les plantations qui ont dû subir, à une phase importante de leur développement, un déficit hydrique énorme. Mais avec les précipitations de mai et de juin, ces plantations ont du se recouvrir. On doit en outre signaler que, dans les zones où les pluies saisonnières ont été tardives comme les Nippes (en particulier à Arnaud, Grand Boukan, Petite Rivière de Nippes), le Haut Plateau, le Nord-Ouest, les opérations de semis ont démarré fin mai et se poursuivent tout au cours du mois de juin.

Cependant, les cultures de haricot, représentant le tiers des superficies cultivées dans le Sud et la Grand'Anse, ont souffert des pluies des dernières semaines d’avril et de mai, causant dans certains cas, la germination des haricots déjà en stade de maturité. Les plantations sont aussi partiellement détruites dans le Nord où la production de haricot est réduite de moitié par rapport à la normale, en raison de l’excès d’humidité. Les plantations ont par contre réussi dans les autres régions telles le Nord-Est dans les zones de montagnes humides comme Mont Organisées et Carice, le Sud-Est, et une partie des Nippes (Miragoane, Fond-des Nègres, Paillant) où le rendement est dans la moyenne.

Cette année, les manguiers ont donné une production sensiblement inférieure ou égale à la moyenne saisonnière, en raison des conséquences de l'ouragan Matthew, notamment dans le Sud, les Nippes et même nulle dans la Grand'Anse. Elle est plutôt faible dans les régions montagneuses du Nord-Est et maintient la tendance habituelle au niveau de l'Artibonite, notamment à Gros Morne, bastion de la production de mangues et dans l'Ouest particulièrement à Léogane, Grand Goave et Petit Goave. En effet, les mangues, à la fois source de nourriture et de revenu, continuent de créer des emplois au bénéfice des ménages pauvres et très pauvres dans les zones productrices particulièrement de mangue francisque, dont la production est grandement destinée à l’exportation. Toutes les opérations, de la cueillette à la mise en caisse, génèrent des emplois.

Quant aux fruits d’arbre véritable, dont la récolte commence ordinairement en juin, la production cette année a baissé dans le Grand Sud, en raison du passage de l'Ouragan en Octobre. A date, aucune récolte de ce fruit n'a été signalée dans la Grand'Anse. A la faveur des pluies de mars à aujourd'hui, le milieu naturel de cette région se régénère progressivement. Le feuillage d'arbre véritable, de manguiers et d'autres fruitiers commencent à pousser, sauf que les fruits prendront du temps à apparaitre, l'arbre véritable en particulier, qui pourtant joue un rôle important dans la diète des ménages en termes d’apport calorifique. La disponibilité observée sur le marché, en particulier celui de la Grand'Anse, lors d'une évaluation conduite sur le terrain en mai par FEWS NET, vient pour la plupart de quelques communes de l'Ouest (Arcahaie), du Nord et du Nord-Ouest.

Par ailleurs, dans les zones rizicoles, comme la Vallée de l’Artibonite, la plaine des Cayes dans le Sud et la plaine Maribahoux dans le Nord-est, les conditions sont favorables pour une bonne production cette année. Par exemple, au niveau de la Vallée où se cultive près de 75 pour cent du riz dans le pays, commencent les activités de repiquage. Les travaux de curage de canaux d'irrigation en cours, initiés par le chef d'Etat haïtien, dans le cadre de la caravane du changement, créent les conditions pour une amélioration de la production rizicole cette année dans le bas Artibonite.

Au niveau de la plaine Maribahoux, le riz de la première saison (janvier-mars) est en train d'être récolté. Selon l'observatoire de sécurité alimentaire établi dans la région, les estimations situent la production à 65 pourcent supérieure à la normale; d'où un accroissement de la disponibilité du riz local dans cette région. Les préparatifs sont en cours en vue de la deuxième saison (campagne d'été) qui va être lancée à partir de juillet, une campagne appuyée par le projet AVANSE de l'USAID qui cible 8 à 10 mille bénéficiaires entre le Nord et le Nord-Est. Dans la plaine des Cayes, les parcelles cultivées sont en très bon état, les pluies d'avril et de mai leur étant bénéfiques.

Cependant, comme cela a été le cas en 2016, la cherté des fertilisantes chimiques demeure le principal obstacle à une production beaucoup plus élevée. En fait, ce problème est typique à l'ensemble des cultures pratiquées à cette période de l'année. Les riziculteurs devront continuer à s’approvisionner auprès des distributeurs privés. Malgré tout, les évaluations préliminaires effectuées sur le terrain par diverses institutions (FAO, PAM, CNSA, FEWS NET, etc.) s'accordent globalement 

sur l'éventualité d'une bonne production agricole de la saison de printemps, autour de la normale. Toutefois, l’évaluation qu’effectuera le Ministère de l'Agriculture fournira de plus amples informations sur le niveau de production de chaque culture de cette campagne.

Disponibilité des produits alimentaires. Le riz, le maïs, les haricots, les bananes sont en récolte actuellement et présents sur tous les marchés. En fait, les récoltes en cours contribuent à augmenter la disponibilité alimentaire globale du pays. Cependant, comme à l'ordinaire, les produits importés y sont plus importants, ceci particulièrement dans les zones sévèrement touchées par Matthew. En effet, dans la Grand'Anse, compte tenu du manque de production propre, les ménages s’approvisionnent essentiellement au marché pour la nourriture. Un changement notoire est alors observé dans leur diète alimentaire, en raison de la faible disponibilité des racines et tubercules, de l’arbre véritable et de la banane, produits localement et rares depuis le passage du cyclone. Les marchés sont bien approvisionnés en produits locaux provenant du Sud-est, des Nippes, du Sud, du Plateau central et du Nord-est (notamment de Mont Organisé et de Carice) où du haricot, entre autres, a été récolté.

Evolution des prix. Le prix du riz importé, aliment de base principale, est resté très stable en mai et légèrement au-dessus de la moyenne quinquennale (Figure 2). L'amélioration de la disponibilité des produits locaux favorise une certaine stabilité à l'échelle nationale et une légère baisse saisonnière des prix des produits locaux dans certaines régions. Par exemple, en Mai 2017, les prix du maïs a affiché un comportement relativement stable, avec en revanche de légères variations positives, contrairement au mois d'avril. Cette tendance est aussi observée sur les différents marchés, à l'exception de Jacmel où le prix du maïs notamment a montré un comportement atypique (augmentant de plus de 5 pourcent en moyenne mensuelle et en glissement annuel), en raison de la faible disponibilité locale, les récoltes n'ayant pas encore eu lieu. Le prix du pois noir a le plus varié, bien que de façon modeste, avec une hausse de 2.4 pourcent, due surtout à son comportement très atypique observé sur le marché du Cap Haïtien (plus de 46 pourcent en mai contre une baisse de 25 pourcent entre mars et avril et sur celui de Port-au-Prince (11.6 pourcent) (Figure 3).

En outre, le prix du pois noir a été influencé par d'autres variétés locales (pois de souche, notamment) en vogue à cette période et aussi par la grande disponibilité des pois importés (notamment la variété Pinto). Les prix demeurent très fermes, en comparaison à leur niveau de l'année précédente, et très au-dessus de leur moyenne quinquennale, ceci malgré un début de récoltes et de la baisse du dollar américain par rapport à la gourde depuis l'annonce d'une enveloppe de 120 millions de dollars à injecter sur le marché des changes par les autorités monétaires haïtiennes. Une telle mesure vise à accroitre l'offre de devises afin d'atténuer les pressions sur le marché des changes, et donc sur les prix des produits, notamment ceux des produits importés.

Production animale. La saison pluvieuse a facilité le développement des fourrages permettant aux éleveurs de nourrir convenablement les animaux de ferme, ceci à travers tout le pays, et même dans les zones très affectées par Matthew. Dans le Grand Sud, plus particulièrement dans la Grand'Anse, les pertes en bétail ont été importantes. Mais avec la régénération du milieu naturel, les animaux commencent à reprendre de l’embonpoint et leur capacité reproductrice. Mais la quantité disponible fait encore défaut en raison de l'ampleur des pertes subies. On doit signaler, malgré tout, qu'en plusieurs endroits du pays la maladie du New Castle représente une menace imminente pour la population de volailles. Cette épidémie tend à décimer cette espèce. Dans l'Artibonite, le Centre, le Nord-est, en plus du New Castle, des parasites attaquent l'espèce caprine; tandis que le Teschen continue de se répandre au sein de la population porcine, ceci de manière particulière dans la Vallée de l'Artibonite.

Demande de la main d’œuvre. Après une augmentation saisonnière due aux activités de la campagne de printemps, la demande de main-d’œuvre a été stable durant la période de soudure. Elle est sur le point de connaitre un nouvel élan, ceci à deux égards. D'une part avec les pluies en cours dans les Nippes, le Haut plateau, le Nord-Ouest et d'autres régions du pays, qui démarrent fin mai et juin leur campagne de semis, la demande de main-d'œuvre augmente. D'autre part, dans les zones qui ont semé à temps, les activités de récoltes en cours nécessitent de la main-d'œuvre. Certaines régions comme l'Artibonite, le Centre (Haut Plateau), le Nord-est, en particulier font l'objet de forte demande en raison des activités en cours. Dans l'Artibonite, malgré la forte demande, la rareté relative des travailleurs agricoles fait augmenter le coût du travail journalier, soit environ 200 gourdes avec repas contre 100 à 150 gourdes avant. C'est que les travailleurs s'intéressent de moins en moins aux activités agricoles, préférant ainsi migrer vers la République dominicaine ou s'adonner à la pratique très courante du transport à moto (le taxi moto). Il y a lieu de souligner une migration saisonnière des travailleurs agricoles résidant dans les zones de montagnes, ceci au niveau de l'Artibonite et du Nord-Est. En période de récoltes ou de semis, ils migrent vers les plaines irriguées, estimant les conditions de travail meilleures que dans leurs régions respectives.

Autres sources de revenus. Outre la main-d'œuvre agricole, les ménages pauvres s'adonnent aussi aux activités de petit commerce, comme la vente de produits agricoles ou non agricoles comme les vêtements usagers, les sucreries, etc., et aussi à la production et vente du charbon de bois. Ce sont des activités qui permettent aux ménages de compléter quelque peu leur revenu habituel.

Transferts privés en augmentation continue. Les données sur les transferts privés de la Banque de la République d’Haïti (BRH) suggèrent une progression continue. En effet, le volume transféré jusqu'à février 2017 par rapport à février 2016 a subi une augmentation de plus de 7 pour cent, soit un montant de plus de 277 millions de dollars. Un montant qui est susceptible de s'accroitre d'ici septembre à l'occasion de la réouverture des classes et aussi à l'occasion des festivités de fin d'années en décembre. On doit préciser, toutefois, que les très pauvres ordinairement ne reçoivent pas de transferts privés venus de l’étranger. Ils peuvent en bénéficier indirectement dans la mesure où les bénéficiaires utilisent une partie de ces fonds dans la production agricole et d’autres activités.

Assistance humanitaire d’urgence. La majorité des programmes d'assistance humanitaire devait se terminer en juin. C'est pourquoi, à partir de ce mois, une forte réduction dans le nombre de personnes bénéficiaires, quelque soit la forme est donc notée. Ainsi, les programmes exécutés durant le premier semestre de l'année qui sont en cours, en particulier ceux financés par USAID implémentés par CARE, CRS et d'autres entités, continuent d'apporter une assistance à moins de 25 pourcent des ménages ciblés, soit environ 234 mille, notamment dans les zones touchées par l'ouragan et les dernières inondations. De surcroit, la Croix Rouge Américaine, Solidarité Internationale, la Croix Rouge Suisse et Haïtienne, ainsi que d'autres organisations internationales, dans le cadre de leur programme de sécurité alimentaire et de relèvement rapide entendent assister plus de 9000 ménages à partir du mois de juin. De tels appuis concernent d'une part des distributions de semences (maïs, pois, manioc), de matériels de pêche et de femelles de cabris dans les Nippes (Petite Rivière, L'Asile), et d'autre part des transferts monétaires aux agriculteurs pour relancer leur production agricole dans le Sud-Est (commune de Bainet), etc.

Saison cyclonique typique. Le mois de juin marque d'ordinaire le démarrage de la saison cyclonique qui prendra fin le 30 novembre. Située sur la trajectoire des cyclones, son environnement dégradé, la faiblesse de ses infrastructures et la qualité des habitats, Haïti reste un pays très vulnérables aux ouragans. Ces phénomènes naturels généralement affectent les moyens d'existence, en provoquant la destruction des cultures, du bétail, et des infrastructures économiques et sociales, les pertes en vie humaine, etc. Or, dans la panoplie des Cyclones annoncés, 2 à 4 seraient de catégorie majeure. Cela indique que, compte tenu du degré de vulnérabilité du pays, des précautions doivent être prises pour répondre en cas des frappes sévères.

Suppositions

Le scénario le plus probable de Juin 2017 à Janvier 2018 est basé sur les hypothèses suivantes au national niveau :

  • Production agricole de la saison de printemps. En se basant sur les pluies supérieures ou égales à la moyenne d'avril à juin 2017, et de l'état du développement des cultures de printemps, la production agricole de printemps, notamment le maïs, sera proche de la normale, y compris dans le Département du Sud et la Grand'Anse.
  • En se basant sur les prévisions du CARICOF et une combinaison des prévisions internationales (NMME, ECMWF, USGS), il est probable que les pluies soient supérieure ou égale à la moyenne en termes cumulatifs, de juin à août, ceci à l'échelle du pays. Cependant, entre septembre et novembre, il est probable que les pluies soient au-dessus de la normale dans la zone Nord et dans la moyenne dans le reste du pays. En se basant sur ces prévisions, il est probable que la production de la saison d’été/automne, relativement importante dans le Plateau Central et dans les montagnes semis-humides, soit autour de la moyenne à travers le pays. Cela indique que, compte tenu du degré de vulnérabilité du pays, des précautions doivent être prises en cas des frappes sévères.
  • Demande et prix de la main d’œuvre agricole et non agricole. Une augmentation de la demande de main-d'œuvre agricole est probable, avec les activités de cueillette et de semis respectivement en juin/juillet et août (récoltes de printemps, activités de semis pour la saison d'été/automne), ainsi que les activités de préparations de sols et semis pour la campagne d‘hiver (octobre-novembre). Toutefois, pour la saison d’été, il est probable que, dans les zones plus sèches, la demande de la main d’œuvre agricole diminue, en raison d'un ralentissement saisonnier des activités de production et de récoltes ce qui réduirait les revenus du travail des ménages pauvres et très pauvres. Avec les travaux de reconstruction en cours dans les zones affectées, il est probable que des travailleurs agricoles y soient aussi recrutés. De ce fait, une rareté de main-d'œuvre disponible pour l'agriculture durant l'exécution de ces travaux dans ces zones est possible, ce qui entrainer une augmentation du coût du travail journalier.
  • Comportement des autres sources des revenus. Les activités de petit commerce, le transport à moto, sources de revenus complémentaires aux ménages pauvres, continuent d'occuper une place prépondérante un peu partout dans le pays, les conditions socio-économiques étant favorables à leur développement.
  • Transferts des fonds privés de la diaspora. La diaspora haïtienne injecte plus de 2 milliards de dollars américains dans l’économie haïtienne chaque année, soit le quart du produit intérieur brut du pays. Pour beaucoup de ménages, cela représente la principale source de revenus, alors que pour d’autres cela intervient uniquement en période de grandes dépenses que doit consentir le ménage, particulièrement à l’ouverture de l’année scolaire en septembre/octobre et en décembre pour les fêtes de fin d’année.
  • Prix des aliments importés (y compris le comportement attendu des prix internationaux du riz). Quant aux produits alimentaires importés, notamment le riz, le marché mondial reste relativement bien approvisionné et les conditions de production sont favorables dans la majeure partie des grands pays exportateurs. Ainsi, malgré une hausse modérée du prix en mai, le niveau des stocks reste inchangé et il est moins probable qu'il y ait des changements significatifs dans les prix durant la période des perspectives. Dans cette optique, les importateurs haïtiens devraient pouvoir continuer à s'approvisionner des sources habituelles et un changement quelconque du prix n'aurait pas d'impact significatif sur leurs habitudes d'achats. Entre juin 2017 et janvier 2018, il est probable que les prix des denrées alimentaires de base importées, surtout le riz, restent proches des niveaux actuels, surtout avec la relative stabilité du taux de change gourde/dollar depuis l'injection des dollars sur le marché des changes par les autorités monétaires, dont la BRH.

Prix des aliments locaux. Pour les produits locaux tel que le maïs moulu, le haricot, en particulier il est probable que l’augmentation de l’offre avec les récoltes en juin/juillet fera tomber les prix de leur niveau actuel, mais ils resteront au-dessus de la moyenne quinquennale. Les prix élevés augmenteront les revenus des producteurs aisés mais nuiront au pouvoir d’achat des ménages pauvres. Il est aussi probable que l'ajustement à la hausse des prix du carburant à la pompe, en augmentant les coûts de transport, fasse renchérir les produits alimentaires de base, ceci à travers le pays, notamment dans les milieux les plus reculés.

  • Prévisions de la saison cyclonique. En se basant sur les prévisions du Projet de Météorologie Tropicale de l'Université d'Etat du Colorado, le scénario le plus probable pour la saison cyclonique de 2017 et pour l’activité cyclonique au-dessus de la normale jusqu’en novembre 2017. Ces analyses ne prennent pas en compte la frappe directe d’un cyclone qui peut induire des dégâts importants avec des impacts significatifs sur la sécurité alimentaire.
  • Assistance humanitaire. En juin 2017, une forte réduction dans le nombre de personnes bénéficiant de l’assistance humanitaire est prévue, avec la fin des projets d’assistance planifiés et financés pour la période. Peu d’assistance est planifié, financé et probable au cours de la période du scénario.

Résultats les plus probables de la sécurité alimentaire

Les effets résiduels de l'ouragan Matthew ainsi que des inondations d'avril et de mai subsistent encore, ce au fort même des progrès observés dans l'agriculture et l'élevage au niveau des zones touchées. La persistance de certains problèmes majeurs comme le niveau élevé des prix, etc., occultent en fait certains résultats en termes de sécurité alimentaire. Par rapport au premier semestre de l'année en cours, la situation tend à s'améliorer, cela à divers égards. En premier lieu, la production agricole de la saison de printemps s'annonce bonne, notamment pour le maïs et d'autres cultures, hormis le haricot, ceci en divers endroits, à l'exception de la Grand'Anse et le Sud touchés par les récentes inondations et après les chocs provoqués par Matthew. Une augmentation de la disponibilité ou de l'offre alimentaire nationale induira une baisse de prix des produits alimentaires locaux, améliorant ainsi leur accessibilité. En second lieu, les activités génératrices de revenu, l'augmentation de la demande de main-d'œuvre dans la plupart des régions semble indiquer une augmentation des revenus pour les très pauvres.

Dans cette perspective, une amélioration des conditions de sécurité alimentaire est évidente. Ainsi, entre juin et septembre 2017, la plupart des ménages pauvres et très pauvres connaitront une certaine amélioration dans leurs conditions alimentaires, à partir de leur production propre et des achats sur le marché en utilisant des revenus provenant des opportunités de la main d’œuvre agricole, la production et la vente du charbon de bois. Une amélioration de leur pouvoir d'achat est aussi possible avec la stabilité et la baisse des prix des denrées de bases, issues des récoltes de printemps. Dans ce sillage, la plupart des zones seront dans une situation d’insécurité alimentaire Minimale (Phase 1 de l’IPC). Cependant, dans les zones les plus touchées par l’ouragan Matthieu, notamment la Grand'Anse, le Sud, certaines parties du Sud-Est, et des Nippes, les ménages auront des difficultés à répondre à leurs besoins minimums même en employant des stratégies non soutenables. Ainsi ces zones seraient en Stress (Phase 2 de l’IPC) du moins jusqu'à septembre avec une réduction des zones en Stress (Phase 2 de l’IPC) entre octobre 2017 et janvier 2018. En septembre prochain, une analyse de classification IPC organisé par le Groupe Technique de Travail devra mettre à jour et préciser ces analyses et les classifications.

 

Pour plus d'informations, prière de cliquer sur le lien dessous pour télécharger le rapport complet.

A Propos de l’Élaboration de Scenarios

Afin d’estimer les résultats de la sécurité alimentaire pour les prochains six mois, FEWS NET développe les suppositions de base concernant les événements possible, leurs effets, et les réponses probables des divers acteurs. FEWS NET fait ses analyses basées sur ces suppositions dans le contexte des conditions actuelles et les moyens d’existence locaux pour développer des scénarios estimant les résultats de la sécurité alimentaire. D’habitude, FEWS NET prévient du scénario le plus probable. Pour en savoir plus, cliquez ici.

About FEWS NET

Le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine est l’un des principaux prestataires d’alertes précoces et d’analyses de l’insécurité alimentaire. Constitué par l’USAID en 1985 pour aider les décideurs à planifier pour les crises humanitaires, FEWS NET fournit des analyses factuelles  concernant quelque 35 pays. Les membres des équipes de mise en œuvre incluent la NASA, la NOAA, le département américain de l ‘Agriculture (USDA) et le gouvernement des États-Unis (USGS), de même que Chemonics International Inc. et Kimetrica. Vous trouverez d’autres informations sur notre travail.

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